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Sur quoi Judas, qui le livrait, prenant la parole, dit

Est-ce moi, Rabbi P Il lui répondit : Tu l'as dit.

On ét"it alors, suivant saint Matthieu, au premier

jour des pains sans levain, et suivant saint Jean, avant la fête de Pâque. (Jean, ΧΙΠ, 1.) Ces deux indications semblent se contredire, car on ne mangeait pas les pains sans levain avant la fête de Pâque, mais seulement à partir de cette fête et pendant les sept jours qui la suivaient. (Exode, ΧΙ, 18.) J'ai cependant pensé qu’on pouvait les concilier, et qu'il suffisait pour cela de distinguer entre le grand jour de la fête, dont saint Jean me paraît avoir voulu parler, et la période pascale considérée dans son ensemble, que lon nommait tantôt la fête de Pâque et des pains sans levain (Marc, XIV, 1), tantôt la féle des pains sans levain appelée la Pâque (Luc, XXII, 1; Actes,

XII, 8, 4), ou simplernent la fête de Pâque. (Jean, Il, 23.)

Cette période s'ouvrait avec le 40 de nisan, parce qu’il fallait dès ce jour-là se procurer l’agneau que l’on devait sacrifier le 44. Il était naturel d’en comprendre tous les jours sous les désignations en usage que je viens de mentionner, bien qu’on ne mangeit pas de pains sans levain pendant les premiers de ces jours, et qu'il n’y en eût qu'un seul où l’on mangeät la pâque. Les Hébreux comptant leurs jours d’un soir à un autre soir, le 10 de nisan, premier jour de la période pascale, commençait au second soir du 9 de nisan. Îl en résultait des manières de s’exprimer qui manqualent nécessairement de précision, et qui expliquent comment saint Matthieu a pu donner au jour tout entier duquel 1] commence ici à nous ertretenir, un nom qui n'appartient à bon droit qu'à sa dernière partie (1).

Jésus, au matin de ce jour-là, voulant s6 confor:

(4) Il me reste à montrer que les passages parallèles des deux autres synôptiques ne font pas obstacle au sens étendu que j'ai attribué à la fête dans celui de saint Matthieu. Saint Marc, qui n'écrivait pas comme lui pour les Juifs, mais pour les Romains, ὃ trouvé bon d’expliquer à ses lecteurs ce qu’on faisait d’essentiel pendant cette fête des pains sans levain, dont c'était le premier jour : Kat τῇ πρώτῃ ἡμέρᾳ τῶν ἀζύμων, ὅτε τὸ πάσχα ἔθυον. (Marc, XIV, 44.) Ὅτε ne me paraît pas se rapporter ici ἃ πρώτῃ ἡμέρα, au premier jour, mais à τῶν ἀζύμων, à la fée des a:ymes dans son ensemble. — Quant à saint Luc, voici comment il introduit le même récit : Ἦλθε δὲ ἢ ἡμέρα τῶν ἀζύμων, ἐν ἢ ἔξει θύεσθαι τὸ πάσχα. (Luc, ΧΧΊΙ, 7.) Ici, ἐν ἦ ne peut se rapporter qu’à ἡμέρα, c’est-à-dire à un certain jour, et si saint Luc, en disatit : « Le jout dés pains sans lévain arriva, dahs lequel il fal-

MATTHIBU, XXVI, 17-28. 411} mer [υϑα ἃ la fln aux prescriptions de la loi, chargea ses disciples de réclamer, selon la coutume, pouf toùt le temps de la fête, l’usage d’un lieu où l’on püt la célébrer (1). Il importait, au milieu d’un si grand concours de peuple, de ne pas tarder davantage; cer c'est le lendemain déjà qu'on y devait conduire l'agneau pascal, afin de l'y tenir en gâtde jusqu’au

«lait que la pâque fût immolée, » avait voulu parler du sacrifice prescrit pär la loi dé Moïse (χοάς, XII, #7), le jour qu'il mentionhe de pourrait être évidemment que le jour même de 1x [818 de Pique, ou le 44 de nisan. Mais si, comme je le comprends aujourd’hui, il a voulu, en commencant l’histoire de la passion, dire pat cés Mots que le jout arriva où « il fallait que lé Christ souffrit à ἔδει παθεῖν τὸν Χριστὸν (Luc, XXIV, 46), rien n’empèche qu'il ne soit question chez Luc, aussi bien que chez Matthieu et chez Marc, dû premier jour du temps pascal, lequel s’ouvrait lé 40 de nisan. (Voif le Jour de la Préparation, page 85.) Lu avait été le coMpagnon de saint Paul, qui disait de Jésus : « Christ, notre pâque, ἃ « été immolé pour nous » (I. Corinthiens, V, 7), et il s’exprime dans tout ce récit (Luc, XXII, 3-14), comme son maître,

J'avais donné un autre sens à ce passagé de saint Lut dans l'écrit que j'ai publié en 4856 sous ce titre : Le Jour de la Préparation ; lettré sur la chronologie pascale, pages 26-58; et n'äyaht pas êt6 assez frappé de la justebse des objéctiotis que M. Colani y 8 faites dans un article de la Revue da TAéologie, lome IX, page 23, je l'ai maintenu en répondant à son article daris une Note, à la fin de la première partie de cet Essai d'interpré: tdlion, page 118. Mais j'ai reconnu depuis lors que les objections de M. Colani sont parfaitement fondées. J'ai renoncé, en conséquence, au sens que j'avais adopté d'abord, et qui les a motivées, οἱ j'y substitue eëlui qui précède. ἢ] est destiné à prehdte, dans lé lravail chronologique auquel je me réfère, la plate dé l'interprétalion que j'abandonne.

(A) « Hheré twilt thou that we prepare, etc. Fot they might * anywhere; since the houses at Jerusalem were not to be hired, * but during the time of the féast they Wwerë of eommoh right. ἐ Bab: Jjoma, fol: 44, 4. » (J. Liewrroor, Horæ Aebratcæ et talmudicæ. Vol: 11, page 861: Evercttations ρου δὲ. Matthew.)

quatorzième jour du mois. (Exode, XII, 3, 6,) C'était là seulement ce qui occupait les Juifs étrangers à Jérusalem dans les dispositions que, par toute la ville, ils étaient en train de prendre; mais on voit, par les termes du message de Jésus au maître de la mar son dont il a fait choix, que ses pensées vont bien au delà : « Mon temps est proche, » lui fait-il dire; « je fais la pâque chez toi avec mes disciples. » Son temps, c’est le temps de sa crucifixion; « son heure « est venue pour passer de ce monde à son Père. » (Jean, XIII, 1), et c’est cette pâque-là, ce passage-là, suivant la signification du mot (1), et non la pâque en mémoire de la sortie du pays d'Égypte, qu’il fera avec eux. S'il n'avait songé qu'à la fête nationale, on ne comprendrait pas qu’il se fût senti pressé de dire en un tel moment : « J'ai fort désiré de manger « cette pâque avec vous avant que je souffre. » (Luc, XXIT, 15.) Rien de plus naturel, au contraire, que le sentiment qu’il a exprimé ainsi, s’il a envisagé le repas qu’il allait faire comme le banquet d’adieu avant de monter vers son Père. (Jean, XX, 17.)

Le soir venu, Jésus, qui, ayant quitté la veille définitivement le temple, paraît être demeuré jusquelà sur la montagne des Oliviers, se rendit avec les apôtres à la chambre haute où l’on avait tout préparé (Luc, XXII, 12), et 1] s’y mit à table avec eux.

(4) « C’est la pâque (Phase, Passage); c’est le passage, par le « sacrifice, à la vie éternelle. » (GRATRY, Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu. Vol. IL, page 275.)

MATTHIEU, XXVI, 17-25. 413 Matthieu, depuis le commencement de cette section, nous a montré Judas prenant ses mesures pour le trahir. À cette table même où il a pris place, il en cherche et il en trouvera l'occasion. Mais le Seigneur ne veut pas que l’on puisse croire, quand la chose sera arrivée, que cela s’est fait à son insu (Jean, ΧΠῚ, 19), et que ses ennemis ont eu le dessus sur lui. (Jean, X, 18.) C’est pour cela qu’il leur dit à tous : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous me « livrera ; » et que quand, pour témoigner qu'ils se sentent incapables de rien de pareil, ils demandent chacun : « Est-ce moi? » il se borne, pour toute réponse, à répéter son affirmation en termes plus forts encore, distinguant avec soin, dans le châtiment qu'il dénonce à l’homme qui livrera le Fils de l’homme, entre le péché de l’homme etle dessein de Dieu, lesquels, malgré leur mystérieuse rencontre, s’accomplissent dans la plus entière indépendance l’un de l’autre. Judas a entendu cette parole : « Il vaudrait mieux pour cet « homme-là qu’il ne füt point né (4); » mais au lieu d’être saisi d’effroi et de s’amender, il persiste dans sa résolution, et payant d’audace, 1] demande à son tour, pour ne pas paraître s’accuser en gardant le silence : « Est-ce moi, Rabbi ? » Jésus retourne contre

(1) Phrase proverbiale en usage chez les Hébreux. « Z£ were « better for him that he were not created. À very usual way « Of speaking in the Talmudists. Bab. Berac., fol. 47. 4, etc. » (Licurroor.) — « Hæc sunt verba citata ex veterum Rabbinorum « diclis : Quisquis non consulit honort (sive gloriæ) Creatoris « sui, conveniens ipsi esset si in sæculum non venisset. » (Lun. CAPELLUS.)

is MATTHIEU, XXVI, 17-25: 26-29.

lui sa question comme si elle était un aveu. Il savait qui était celui qui le livrorait (Jean, VI, 64), et il l'avait déjà fait connaître à Pierre et à Jean. (Jean, XIII, 44, 24-26.) Maintenant que Judas l'interroge impudemment, il lui déclare à lui-même que c'est

lui.

XXVI, 26. Ἐσθιόντων δὲ αὐτῶν λαδὼν ὃ Ἰησοῦς τὸν ἄρτον χαὶ εὐλογήσας ἔχλασε καὶ ἐδίδου sois μαθηταῖς καὶ εἶκε’ Λάδενε, φάγετε᾽ τοῦτό ἐστι τὸ σῶμά

XXVI, 26. Or, pendant qu'ils mangeaient, Jésus, ayant pris ke pain et prononcé la bénédiction, le rompit et le donna aux disciples, et dit: Prenez, mangef; ceci est mon corps.

27. Puis, ayant pris la coupe et rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous;

28. Car ceoi est mon sang, & sang de la nouvelle alliance, lequel est répandu pour un.grand nombre, en rémission des péchés.

29. Et désormais, je vous le dis, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je ie boirai nouveau, avec vous, dens le royaume de mon Père.

« Prenes, mangez, ceci est mon corps, » dit Jésus

aux apôtres en leur donnant le pain; puis, en leur donnant la coupe : « Buver-en tous, oar ceci est mon « sang. » Îl me paraît nécessaire, pour bien comprendre l'intention de ces paroles, de nous rendre compte d’abord du sens dans lequel le Seigneur ἃ employé les mots manger sa chair et boire son-s0ng

+ MATTHIEU, XXVI, 26-29. 415 dans une autre occasion, οἱ il ne s'agissait pas comme ici de la célébration de la pâque nouvelle à la veille de sa mort, mais, ainsi que nous allons le voir, de l’influence que cette mort, dont il n'avait pas commencé encore À leur parler ouvertement (XVT, 21), devait exercer sur leurs sentiments les plus intimes. Plus l'allusion qu’il y faisait alors était voilée, plus il ma semble avoir employé à dessein des termes étranges qu'il fût impossible à ses disciples d'oublier, afin que, lorsque l’heure de sa mort serait arrivée, ils en reçussent l'impression qu'il avait en vue en leur tenant ce langage si longtemps à l’avance.

C'était environ un an auparavant, après la multiplication des pains près de Bethsaïde, dans la tétrarchie de Philippe. (XIV, 13-21.) Saint Jean raconte qu’une partie de ceux qui en avaient mangé, croyant reconnaître, à ce miracle, en Jésus le Prophète qu'ils attendaient, avaient projeté de l'enlever pour le faire roi (1). Comme 1] s'était soustrait à leur empressement, ils se rendirent, à sa poursuite, à Capernaüm, et c’est là qu’eut lieu l'entretien qui va nous occuper. (Jean, VI, 25-63.)

Quand, après l'avoir trouvé, ces gens l’abordent en lui adressant une question banale, Jésus leur reproche de ne le chercher que parce qu’il a apaisé leur faim, et non parce qu’ils ont à cœur d'obtenir de Celui que Dieu a si évidemment marqué de son sceau une nourriture plus excellente se rapportant à

(4) Sur l'attente d’un Prophète-Roi, distinct du Cbrist, entretenue par les Juifs, voir Partie III, pages 88-92.

la vie éternelle. Là-dessus ils lui deviennent hostiles : « Quel miracle fais-tu done, afin que nous le voyions «et que nous croyions en toi?» lui demandent-ils, comme s’il n’en avait jusque-là fait aucun. La multiplication des pains elle-même, qui leur avait suggéré le projet de le faire roi, ne leur parut pas un signe suflisant pour reconnaître en lui cet autre envoyé de Dieu, le Christ, qu'ils attendaient également. (Jean, Ι, 25.) Il a nourri une fois cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons : à la bonne heure; mais qu'est-ce que cela auprès de Moise nourrissant avec la manne tout un peuple pendant quarante ans au désert? Certes, 1] n’a fait rien de pareil ; et cependant, suivant leurs docteurs, le libérateur qui leur était promis, devait les nourrir comme Moïse de ce pain du ciel (1).

« Moïse, leur dit-il alors, ne vous a point donné le « pain du ciel; car le pain de Dieu est celui qui est « descendu du ciel et qui donne la vie au monde. » Et quand quelques-uns d’eux lui demandent de leur donner toujours de ce pain-là, il devient plus explicite, et s’identifiant avec la nourriture dont il leur parle, 1l leur déclare qu'il est lui-même le pain du

(4) Moïse était aux yeux des Juifs un type du Messie; aussi disaient-ils : « Qualis fuit redemptor primus (Moses), talis ert « redemptor ultimus (Messias). » Εἰ encore : « Redemptor prior « descendere fecit pro iis Manna, sic et redemptor posterior des- « cendere faciet Manna, sicut scriptum est Ps. LXXIE, 46.” (Midras Coheleth, fol. 86, &. Cité par Lucxe sur Jean, VI, 31. d’après LicxTroor, Horæ hebraicæ et talmudicæ, sur le même versel.)

MATTHIEU, XXVI, 26-289. 417 ciel que son Père leur veut donner. Que leur âme se l'assimile et s’en nourrisse spirituellement comme leur corps s’assimile les aliments qui servent à sa nutrition. « Je suis le pain de vie, leur dit encore Jésus ; « celui qui vient à moi n’aura point de faim, et celui « qui croit en moi n’aura jamais soif. » Manger et botre, dans les passages où ces mots vont être tout à l'heure employés, devront donc être expliqués par ceux de venir et croître, dont Jésus se sert en celui-ci. (Verset 35.) Mais les hommes auxquels il s’adresse, et combien d’autres encore pendant les jours de sa chair, l’ont vu et cependant n’ont pas cru! (Verset 36.)

Gardons-nous d’en conclure que c’est en vain que « Dieu a tant aimé le monde que de donner son Fils «unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse « point, mais qu'il ait la vie éternelle. » (Jean, JL, 16.) Le Seigneur va nous apprendre que le plan divin comprend autre chose encore : ce n’estpas assez que le Père ait donné son Fils au monde et qu’il ait donné le monde à son Fils; il faut que ce Fils, faisant, non sa volonté, mais la volonté de celui qui l’a envoyé (verset 38), se donne lui-même à son tour, en donnant sa chair, qui seule est mortelle en lui, pour la vie du monde. (Verset 51.) Ce second acte d'amour doit s’ajouter au premier, et à ce second acte un troisième : il faut que l’on croie à ce double amour.

Qu'il s'agisse du don du Père, le pain vivant qui est descendu du ciel, ou du don du Fils, lequel est sa

propre chair, la foi à leur égard est décrite par IV. 27

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Jésus dans les termes dont nous essayons de préciser le sens : « Si quelqu'un, dit-il, mange de ce pain, ἢ a vivra éternellement. » (Verset 51.) ε Celui qui « mange ma chair, et qui boit mon sang, ἃ la vie « éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » (Verset 54.) « Comme le Père, qui est vivant, m'a « envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qu «a me mangera vivra par moi. » (Verset 57.) Ce sont exactement les promesses qu'il a faites à quiconque contemple le Fils et croit en lui. (Verset 40.) Mais si les effets annoncés sont les mêmes, la métaphore nous fait bien mieux comprendre que l'expression simple quelle est l’action et quel doit être l’objet de la foi. Elle nous apprend, d’une part, que l’on ne croit véritablement au Fils que 51 l’on croit à la vertu de son sacrifice, par lequel seul sa mission dans le monde peut atteindre son but (Jean, XIE, 24); et d'autre part, que si, par une contemplation continuelle, « nous portons toujours partout dans « notre corps la mort du Seigneur Jésus, la vie de « Jésus sera aussi manifestée dans notre corps » (EL. Corinthiens, IV, 10), suivant cette autre parole qu'il a dite : « Celui qui mange ma chair et qui « boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui.» (Verset 56.)

Les Juifs ne savaient point entrer dans ces pessées. Plusieurs des disciples de Jésus furent choqués comme eux de cequ’il avait dit. Aussi voulut-il, après qu'ils furent sortis de la synagogue, leur venir en aide dans leur incrédulité par des avertissements qu'on

MATTHIEU, XXVI, 26-29. 418 peut, je crois, paraphraser ainsi : « Vous vous scanda- [1562 de ce que j'ai dit: « Je suis descendu du ciel. » (Verset 38.) « Que sera-ce donc si vous voyez le « Fils de l’homme monter où il était auparavant ? » (Verset 62.) En ce moment, ce que je vous dis là n'est peut-être pour vous qu'un nouveau sujet de scandale; mais quand on m'’aura vu remonter au ciel, vous n'aurez plus de peine à croire que j'en suis descendu ; ce second événement devant se passer sous vos yeux, sera pour vous la preuve de la vérité du premier. Vous avez, en outre, trouvé dure cette parole que j'ai dite, qu'il faut que vous mangiez la chair du Fils de homme, pour avoir la vie en vousmêmes. (Verset 53,) Mais ne savez-vous pas que l'âme, pour se nourrir, a d’autres procédés que le corps ? L’impression spirituelle qu’elle reçoit des choses est ce’ qui la fait vivre. « C’est l’esprit qui « vivifie; la chair ne sert de rien » pour cela en tant que chair; mais « les paroles que je vous dis sont esprit et vie.» (Verset 63). Elles vous initieront au mystère de mon sacrifice, et c’est ainsi que ma

chair et mon sang vous communiqueront la vie éternelle. »

Si déjà à l’approche de la dernière pâque, alors qu'il n’avait pas encore commencé à déclarer ouvertement qu'on le ferait mourir, Jésus s’était efforcé ainsi de préparer ses disciples à accueillir ces pensées et ces sentiments, combien plus, maintenant que dans quelques heures il va offrir son sacrifice,

ne doit-il pas tenir à leur rappeler ce qu'il avait dit sur la seule manière dont ils pourraient en ürer avantage. Ge n’était pas le moment de le leur répéter en de longs discours; il aima mieux les .en faire souvenir par un acte, accompagné de courtes paroles ayant la même signification, et qui, en de telles airconstances, ne pouvait manquer de faire sur eux une profonde impression. « Ma chair est véritable- « ment une nourriture, et mon sang est véritable- « ment un breuvage » (Jean, VI, 55), avait-il dit à Capernaüm dans le seul sens où sa chair et son sang peuvent être cela pour l’âme. Se servir, pour les représenter, de pain et de vin, c’est-à-dire de la nourriture et du breuvage dont l’usage est le plus général, C'était le déclarer de nouveau par les figures correspondant le mieux à la métaphore; et comme Jésus s'était précédemment nommé le pain’ de vie et le cep dont la séve fait produire du fruit aux sarments (Jean, XV, 1, 4, 5), ces images se recommandaient par là encore plus à lui, lorsqu'il institua la cène. Assis à table avec ses disciples, c’est de sa propre main qu'il leur donne le pain et la coupe, en leur disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps; « buvez-en tous, ceci est mon sang. » Peut-être cette circonstance aurait-elle dû rendre impossibles les interprétations réalistes qu’on a données de ces mots. En tout cas, puisqu’aucun des apôtres ne s’est récrié, c'est qu'aucun d’eux ne s’y est trompé, comme les Juifs l'avaient fait autrefois.

Mais voyons ce qu'il y a de plus ici que dans l’en-

MATTHIEU, XXVI, 26-29. 421 tretien de la synagogue, qui puisse aider ἃ caractériser l’acte auquel Jésus les convie. Après leur avoir donné le pain, 11] leur donne la coupe et il leur dit : « Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de «la nouvelle alliance, lequel est répandu pour un « grand nombre, en rémission des péchés. » L’invitation leur est adressée à tous, et elle le sera par eux à bien d’autres, quand ils se conformeront à l’ordre du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi. » (Luc, XXII, 19 ; I. Corinthiens, XI, 24, 25.) Mais il ne suffit pas, pour avoir part à la grâce offerte, d’accomplir l’acte extérieur auquel elle est associée. Pour ceux qui le feraient «indignement, » sans être animés des sentiments qu’il y faut apporter, la participation à cette coupe, destinée à être une « coupe de béné- « diction, » attestant aux croyants la rémission de leurs péchés, ne serait, au contraire, qu’un acte coupable, ajoutant encore à leur culpabilité, en sorte qu'en mangeant de ce pain et en buvant de cette coupe, ils ne feraient que « manger et boire leur « condamnation, ne discernant point le corps du « Seigneur. » Il faut donc s’éprouver soi-même avant de l’oser faire. (1. Corinthiens, ΧΙ, 27-29.) Le sang du Christ, gage de la rédemption et du pardon (Éphésiens, I, 7) dont il sera le prix, est en effet le sang dont va être scellée une nouvelle alliance, exigeant de ceux qu’elle embrasse, avec la foi en cette rédemption, une vie toute nouvelle. C’est l'alliance de laquelle l'Éternel avait dit par l’un de ses prophètes : « Je pardonnerai leur iniquité, et je ne me sou-

« viendrai plus de leur péché. Je mettrai ma loi au « dedans d’eux, et je l'écrirai dans leur cœur, et je « serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » (Jérémie, XXXI, 31-34.)

Ce peuple, recruté du milieu de tous les peuples, et que nous voyons s’accroître sans cesse, c'est l'Eglise. Le Christ en est le chef, et elle est son corps (Éphésiens, 1, 22, 23), appelée à vivre de sa vie sur la terre, pendant qu’il est assis à la droite de Dieu dans le ciel. Saint Paul donne ce développement important à la pensée du Seigneur instituant la cène, quand il demande : « Le pain que nous rompons « n'est-il pas la communion du corps de Christ?: et quand il affirme « qu'il n'y a qu'un seul corps, et « que nous avons tous été abreuvés d’un même Es « prit. » ([. Corinthiens, X, 16; XII, 18, 20.)

Voilà, malgré l’ardeur des polémiques qui ont troublé la paix de ce saint repas, les sentiments dans lesquels s'unissent tous ceux qui le célèbrent, en annonçant la mort du Seigneur jusqu'à ce qu’il vienne ([. Corinthiens, XI, 26), et en se confiant en la pro messe qu'il a faite à ceux que le Père lui ἃ donnés, de les ressusciter au dernier jour. (Jean, VI, 39.) « C’est là la première résurrection, » a dit saint Jean. (Rév. de 8. Jean, XX, 5.)

En cette même nuit où 1] instituait la cène, Jésus sera livré, et puis on le fera mourir. Il ne boira plus avec ses disciples de ce fruit de la vigne dont la coupe qu'il leur tend est remplie. Il est donc grand temps pour eux de renoncer à l’idée qu’une royauté tem-

MATTHIEU, XXVI, 26-20; 30-35. 423 porelle est réservée à leur maître. Mais que pour cela ils ne perdent pas courage. Jésus, en détruisant les espérances d’un ordre inférieur qu’ils entretenaient, leur donne rendez-vous dans le royaume de son Père, où 1] régnera à toujours, et que saint Matthieu oppose partout dans son Évangile au royaume d'Israël dont les Juifs attendaient la restauration par le Messie. Là, mais là seulement, il mangera encore cette pâque ; là il boira encore de ce fruit de la vigne avec eux; mais dans le royaume de Dieu son Père, ce sera la pâque accomplie (Luc, XXIT, 16), parce qu'eux-mêmes, et tous ceux qui auront cru en lui par leur parole, y seront alors parvenus pour y être avec lui. (Jean, XVII, 20, 24.) Le vin aussi, avec lequel on la célébrera, sera un vin « nouveau, » toules choses alors devant être faites nouvelles (Rév. de 8, Jean, XXI, 5), pour se trouver, par leur nature et leur destination, en harmonie avec la nature parfaite du royaume des cieux. L'alliance nouvelle, qu’il va sceller de son sang, y arrivera également à la perfection ; car la prière de Jésus : « O Père, qu'ils «soient un en nous, un comme nous sommes un» (Jean, XVII, 21, 22), sera alors pleinement exaucée.

XXVI, 30. Καὶ ὑμνήσαντες XXVI, 30. Et quand ils eurent ἐξῆλθον els τὸ ὄρος τῶν ἐλαιῶν. chanté, ils s’en allèrent au mont

des Oliviers.

31. Τότε λέγει αὐτοῖς ὃ Ἰη- 31. Alors Jésus leur dit : Tous σοῦς᾽ Πάντες ὑμεῖς σχανδαλισ-. vous tomberez cette nuit à mon θήσεσθε ἐν ἐμοὶ ἐν τῇ νυχτὶ occasion; car il est écrit : « Je ταύτη γέγραπται γάρ - Πατάξω « frapperai le berger, et les bre-

τὸν ποιμένα, καὶ διασχορπισθή- « bis du troupeau seront dis

30. Λέγει αὐτῷ ὃ Πέτρος" Κἂν δέῃ με σὺν σοὶ ἀποθανεῖν, où μή σε ἀπαρνήσομαι. Ὁμοίως χαὶ πάντες οἱ μαθηταὶ εἶπον.

« persées (4). »

32. Mais, après que je ser ressuscité, je vous précéderai en Galilée.

33. Pierre, prenant la paroie, lui dit : Quand tous tomberaient À ton occasion, jamais moi je se tomberai ainsi !

34. Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, cette nuit, avant que ie coq ait chanté, tu me renieras trois fois.

35. Pierre lui dit : Me faliût-i même mourir avec toi, je ne te renierai point. Et tous les disciples dirent de même.

Judas était sorti avant les autres pour donner suite au dessein qu’il avait formé de livrer son maître en cette nuit même. (Jean, XIII, 30.) C’est après son départ qu’eurent lieu les entretiens rapportés par saint Jean, par lesquels Jésus voulut préparer les apôtres à sa séparation d’avec eux. Aucune de ses paroles ne fut perdue, parce que, conformément à sa promesse, après qu'il les eut quittés, « le Saint- « Esprit leur remit en mémoire toutes les choses « qu’il leur avait dites » (Jean, XIV, 26); mais ils n’en recueillirent pas immédiatement le fruit. I semble bien résulter du dernier verset que nous venons de lire, qu'ils n’osaient plus repousser alors ce qu’il leur avait dit de sa mort, et qu'ils s’atten-

(4) « Espèce de proverbe tiré de Zacharie, XILF, 7, où il y 8: « Frappe mon berger, et le troupeau sera dispersé. » (J. Ls CLenc.)

MATTHIEU, XXVI. 90-35. 4535 daient à être persécutés ainsi que lui (Jean, XV, 20); mais il y avait encore en eux une telle incertitude sur le sens de ses déclarations (Jean, XVI, 17, 18), qu'ils n'avaient pu ni en être fortement impressionnés, ni revêtir les dispositions dans lesquelles 1] aurait fallu qu’ils fussent pour ne pas être ébranlés par ce qui allait arriver. Aussi, quand, ayant terminé le souper par le chant d’un cantique d'actions de grâces, ils se furent mis en route pour la montagne des Oliviers, le Seigneur les avertit-1l de la chute que, dans leur état d'esprit, ils ne pouvaient manquer de fre, alors que, cette nuit, ils le verraient aux mains de ses ennemis. Leur épouvante sera si grande, qu’au lieu de continuer à se serrer autour de lui, ils le laisseront dans l’abandon, se dispersant comme les brebis se dispersent lorsque le berger qui les paissait a été frappé et ne peut plus les conduire. Ce sera Jà leur chute. Elle leur fera faire l’expérience de leur faiblesse, et elle leur apprendra combien ils ont besoin de rechercher le secours qui peut seul les rendre forts. Jésus, qui la leur prédit, leur promet d’ailleurs de leur venir lui-même en. aide. Affirmant de nouveau sa résurrection, comme il n’a cessé de le faire depuis qu’il leur a parlé pour la première fois de sa mort, il leur donne rendez-vous, après sa sortie du sépulcre, sur une montagne de la Galilée (XXVIIE, 16), où il les précédera, et où il les rassemblera de nouveau autour de lui. Qu'ils prennent donc courage : les brebis abandonneront, il est vrai, le pasteur; mais le pasteur est résolu à ne pas abandonner ses brebis.

ne --.- - -- - - -

Jésus, avant de partir, avait mis Pierre sur ses gardes : « Simon! Simon ! » lui avait-il dit, « voici, « Satan a demandé à vous cribler comme on crible le « blé. » Et il avait ajouté : « Mais j'ai prié pour toi,

« afin que ta foi ne défaille point. » Averti ainsidu

danger, averti que son maître a prié pour lui, que devait faire Simon si ce n’est de prier aussi pour lui même? Mais non : « Je suis tout prêt, Seigneur, » s’était-il écrié dans sa présomption, « à aller ave « toi, et en prison, et à la mort, » ce qui lui valu dès lors cette réponse, destinée à lui apprendre combien il se connaissait mal : « Pierre, je te le dis, le « coq ne chantera pas aujourd'hui, que tu n’aies nié « trois fois de me connaître. » (Luc, XXII, 31-34.) maintenant que sur le chemin Jésus s’adresse à tous, au lieu de garder humblement le silence comme il semblait naturel qu’il le fit après la réprimande qu'il avait reçue, le voilà qui s'élève au-dessus de ses compagnons, protestant qu’alors même que tous 18 tomberaient, jamais, lui, il ne tombera. Parole arrogante, qui oblige Jésus à lui prédire une seconde fois sa chute, et cette fois devant tous, mais sans réussir mieux à le faire douter de lui-même : « Me fallüt-il « même mourir avec toi, Je ne te renierai point, » s’écrie de nouveau Pierre, et tous les autres apôtres tinrent le même langage. Vaine confiance en euxmêmes, qui leur fait oublier de demander à Dieu hs force dont ils ont besoin pour être fidèles. Tous ne le renieront pas comme Pierre, auquel une triple infidélité ouvrira les yeux pour se voir tel qu'il est;

mais tous l’abandonneront parce qu’ils n’ont pas su prier, ainsi que cela ressortira du récit suivant.

XXVI, 36, Τότε ἔρχεται per’ αὐτῶν ὁ Ἰησοῦς εἰς χωρίον λε- Ὑόμενον Γεθσημανῆ. χαὶ λέγει τοῖς μαθηταῖς Καθίσατε αὐτοῦ, ἕως οὗ ἀπελθὼν προσεύξωμαι ἐχεῖ,

δαίου ἥρξατο λυπεῖσθαι nat ἀδη- LOVELY.

38. Τότε λέγει αὐτοῖς - Περίλυπός ἐστιν ἢ ψυχὴ μου ἕως θανάτου " μείνατε ὧδε χαὶ yon Vopeite μετ’ ἐμοῦ,

40. Καὶ ἔρχεται πρὸς τοὺς μαθητὰς χαὶ εὑρίσχει αὐτοὺς χαθεύδοντας, καὶ λέγει τῷ Πέ- Tu: Οὕτως οὐχ ἰσχύσατε μίαν ὥραν γρηγορῆσαι μετ᾽ ἐμοῦ;

Ι, Γρηγορεῖτε χαὶ προσεύes, ἵνα μὴ εἰσέλθητε εἰς πειρασμόν τὸ μὲν πνεῦμα πρόθυμον, ἡ δὲ σὰρξ ἀσθενής.

0, εἰ οὐ δύναται τοῦτο τὸ ποτήριον παρελθεῖν dr’ ἐμοῦ, ἐὰν μὴ αὐτὸ πίω, γενηθήτω τὸ θέλημά σου.

XXVI, 36. Alors Jésus se rendit avec eux en un lieu appelé Gethsémané. Et ii dit aux disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je m'en irai là prier.

37. Et ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à être fort triste et dans une grande anxiété.

38. Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; demeurez ici, et veillez avec moi.

39. Et étant allé un peu plus avant, il se prosterna sur 8a face, priant en ces mots : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ; toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux ! ᾿

40. Puis il rejoint les disciples, et il les trouve endormis, et il dit à Pierre : Ainsi vous n'avez pu veiller une heure avec moi!

44. Veillez et priez, de peut que vous n'entriez en tentation; l’esprit, il est vrai, est prompt; mais la chair est faible.

42. S'en étant allé une seconde fois, il pria ainsi : Mon Père, si cette coupe ne peut s'éloigner de mof sans que je la boive, que ta volonté soit faite!

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