DE LA FORMATION DES HOUILLES EN GENERAL
L'hypothèse déjà antérieurement énoncée par Ebel, de l'influence des forces électrochimiques, dans la formation de la croûte du globe, parait avoir fait passer de mode, et écarté pour un temps, celle des planètes tombées, et du déplacement des pôles occasionné par cette chûte. Plusieurs écrivains ont bâti sur cette hypothèse leurs systèmes géognostiques. Nous en citerons quelques passages.
M. Schmidt, directeur des mines à Siegen, en déduit la formation des filons métal- Jiques'); laissons-le parier lui-même:
»Les dépôts qui, cachés à de grandes profondeurs sous le granit, ont occasionné Venfoncement de la roche des montagnes et les crevasses qui depuis ont été remplies par
1) Darstellung mehrerer allgemeiner Verhältnisse der Gänge und der Beziehung derselben zur Formation des Gebirgsgesteins. Im Archiv fur Bergbau und Huttenwesen von HKarsten. Ater Band. îtes Heft. Berlin 1821.
les filons, devaient, relativement à l’amalgame de leurs parties 'constitutives, différer les unes des autres à des profondeurs diverses, mais être homogènes à des profondeurs égales ; partout ces dépôts devaient ètre de telle nature que l'influence électro-galvanique mise en action par des causes extérieures püt les dissoudre de sorte qu’ils étaient aussitôt, par le concours simultané de l’eau, convertis dans l’état d’une fange plus ou moins liquide.“
„Cette dissolution s'étant opérée de cette manière, la portion de la croûte du globe placée au-dessus, devait, d'apres les lois de la pesanteur. former des enfoncements partiels; alors la masse de ces dépôts, réduits à l’état de fusion et de fermentation dont nous venons de parler, a du, par la pression des fragments de la croûte supérieure qui se précipitaient sur elle, s'échapper par les crevasses occasionnées par cette révolution, et s'élever vers la surface où elle aura servi à former de nouvelles couches minérales.“
„Ges depots qui, d’après le système exposé, se trouvaient ou au-dessous ou à côté les uns des autres, pouvaient avoir des dégrés de dissolubilité différents. La cause de cette différence pouvait se trouÿer, soit dans la nature même de leur substance, soit dans celle de leur position, relativement aux couches supérieures ou inférieures dans lesquelles ils étaient enfermés.“
„Ges dernières étaient peut - être également métalliques, ce qui paraîtra plus vraisemblable, s'il est vrai que la densité moyenne du globe terrestre soit cinq fois plus grande que celle de !’eau.“*) |
„Ges dépôts métalliques ainsi interposés auraient formé d’immenses batteries galvaniques, dont l’activité a pu varier à diverses profondeurs et dans d'autres constellations.“
»Peut-être pourrait-on déduire de là, ainsi que de la plus ou moins grande susceptibilite de ces masses (ou dépôts) à s’oxider ou à se dissoudre, les périodes si distantes les unes des autres des changements de niveau, et les époques des diverses formations des roches et des filons dépendantes de ces changements etc.“
Nous ne nous arrêterons pas à la formation des terreins primitifs et intermédiaires par le galvanisme, mais nous passerons de suite à celle des houilles, que l’auteur expose de cette maniere :
„Pendant la formation successive des terreins primitifs, de nouveaux enfoncements durent constamment avoir lieu, de sorte que la mer se retira toujours davantage vers les surfaces dont le niveau s’etait abaisse. De cette maniere les portions de terreins solides et productives qui, dans le voisinage des mers, consistaient principalement en débris des terreins primitifs où l’on ne trouvait pas encore de houilleres, dut s’accroître de plus en plus.“
»Le calorique produit par la fermentation constante, qui existait dans l’intérieur de la terre, favorisa la végétation sur le sol qui lui était plus propre, et cela sans acception des zönes, et il développa dans les contrées les plus basses du continent d’alors, une riche et abondante végétation, ce qui, antérieurement, n’avoit pas pu avoir lieu sur le sol (encore aujourd'hui infertile) du granit des hauteurs qui, les premicres, furent mises à découvert.“
„Les enfoncements de l'écorce terrestre continuerent, et il en résulta que de grands espaces de terre recouverts d’epaisses forêts primitives tomberent au-dessous du niveau des mers, qui recouvrirent cette belle végétation par de vastes couches d'argile schisteuse, de psammite (grès) et de conglomerats.“
»Cependant de semblables révolutions arrivèrent dans beaucoup d'autres contrées, de sorte que la mer mit de nouveau à découvert les espaces qu’elle avait naguères submerges. Un nouveau monde végétal recouvrit alors ces mêmes espaces, et de nouveau la même cause précipita au-dessous des ondes marines, ces mêmes districts avec leur seconde végétation, de sorte que des couches minérales, semblables aux premières, la recouvrirent à son tour.“
*) (Note du traducteur.) D’Aubuisson dit, tom. I. p. 29: ,Ces diverses detere . à P 9 ” minatıons nous portent a conclure que la densité moyenne du globe terrestre, esl
environ cinq fois plus grande que celle de l’eau, par conséquent presque double de celle de l’écorce minérale de la terre.“
„Ges révolutions se répétèrent plus souvent dans un endroit que dans un autre, et autant de fois dans chaque terrein que l’on y peut compter de couches de houille.“
»Des périodes plus longues de repos precederent les couches le plus puissantes ; la où les couches sont moins puissantes, les périodes de reros ont été plus courtes.“
„Les amas les plus considérables ont été le résultat de l'accumulation des végétaux par les flots de la mer.
„Le phénomène souvent répété d'arbres qui dans les houillères ont gardé leur position verticale, parait démontrer clairement que la formation ‚des terreins houillers a été un résultat de l’enfoncement partiel de l’écorce du Lo
Nous n’avons pas besoin de faire observer à nos lecteurs, que ce que l’auteur appèle un système, n'est qu'une série d'hypothèses, fondées sur l'action contemporaine de forces postulées arbitrairement. |
Tantôt ces forces produisent des abymes, qu’elles comblent ensuite, afin de construire de nouvelles batteries, pour opérer de nouvelles révolutions. Ces batteries sont mises en
u. Jeu par une cause extérieure qui n'est point indiquée; viennent ensuite les irruptions des mers, la retraite de leurs eaux et la végétation favorisée par le calorique que développe une fermentation intérieure.
Nul doute que la croûte de notre globe ne fournisse des preuves incontestables d'affaissements, d'irruptions répétées des eaux dans certaines contrées; cependant on ne pcut avec certitude tirer des conséquences générales de faits isolés.
Par exemple, les arbres fossiles trouvés debout, indiquent avec beaucoup de vraisemblance des éboulements des bords des eaux primitives, mais géncralement, dans les houilleres, ou hors des houilleres, on ne le trouve qu en petite quantité. Le plus Grané nombre des végétaux fossiles se présente dans la position horizontale, mais il n’est pas nécessaire de recourir à une fluctuation des mers, pour expliquer la formation de couches de houille séparées, deposées à un même niveau, surtout lorsqu'on n'y rencontre ni pétrifications, ni plantes marines qui indiquent la présence antérieure des eaux salées. Des ouragans, des tremblements de terre, des inondations suffisent pour entraîner dans des lacs voisins, des forêts entières avec le sol qui les portait.
Alors il faut sans doute une période de repos pendant laquelle d’artres forêts puissent naître et pendant laquelle des couches de grès et d'argile schisteuse puissent sans obstacle se déposer sur les forêts englouties.
Nous ne nous arrêterons pas plus long-temps à ces considérations; cependant pour compléter l'historique de la géogénie, nous citerons encore de:x ouvrages où la formation et les modifications du globe terrestre sont présentées comme le résultat des forces électrochimiques.
Un écrivain connu par plusieurs écrits substantiels a, dans son dernier ouvrage sur le monde primitif?) établi son système sur la polarité des courants électro - galvaniques, et attribué les transformations survenues dans les climats et sur la surface de notre sphère à un changement des deux pôles occasionné n'importe par quelle grande révolution de la nature.
La premiere direction de la pölarite allait, ainsi que les forces dissolvantes qui agissent aujourd’hui sur la surface, de cette surface vers le centre, et du centre vers la surface avec les forces condensantes génératrices de la matiere, lesquelles agissent aujourd hui dans l'intérieur du globe, | |
Les montagnes primitives se formerent par la voie humide à une temperature élevée, dont l'existence est démontrée avoir lieu encore aujourd’hui, aux profondeurs ou l’on a trouvé le foyer des volcans. Le noyau intérieur du globe se trouve peu à peu survoüte, de sorte cependant, que d'immenses cavernes le séparent a des distances diverses de la croûte de la
terre; cette hypothèse a antérieurement été soutenue par Kant. Vient ensuite la formation
2) Die Urwelt und die Fixsterne, von Gotthelf Heinrich Schubert. Dresden 1822. pP» 181.
mea MM
des montagnes secondaires, et, un changement subit du climat, du niveau des eaux et de direction primitive des strates des roches, par des affaissements. Et cette importante cata. strophe est attribuée a linversion des pôles.
L'auteur termine l’expose de cette hypothèse, établie avec de grands frais d’Erudition, par les mots suivants”):
„De même que par une forte décharge électrique, le pôle de l'aiguille aimantée éprouverait une répulsion et une conversion subite, de sorte que l'extrémité qui était au pôle du nord, passerait au pôle sud et vice versä, de même que l’action du pôle d'une pile voltaique rebrousse alors complètement; de même aussi les pôles électro-chimiques de l'écorce solide de notre globe doivent avoir éprouvé une révolution analogue par suite de l'activité ei du développement des forces intérieures.
„En effet dans la période actuelle de notre terre, nous ne voyons plus se former*sur sa surface, par l’action des forces électro-chimiques qui y sont en activité, de ce genre de roches qui ont été le premier résultat de la neutralisation complète des oppositions électrochimiques; comme, par exemple, le granit et les roches trappéennes primitives et subséquentes; mais ces formations ont encore lieu aux profondeurs où se trouve l'atelier des volcans
»De même que les combinaisons chimiques, en général, mais particulièrement la condensation des substances fluides, produisent de la chaleur, de même la dissolution des corps solides et toute espèce d’évaporation produisent du froid. Consequemment dès que l’action des forces électro - chimiques de l’écorce solide de la terre prit vers la périphérie du globe, la direction qu’elle a aujourd’hui, il dut se manifester un refroidissement trés-grand et tressensible, surtout au commencement de cette dernière période, où la dissolution et l’évaporation des solides étaient dans la plus grande activité.“
„Une tradition des premiers âges et qui parait authentique, semblerait indiquer que l'état de l'atmosphère a tres- anciennement été différent de ce qu’il est actuellement; qu'autrefois les précipitations de l’eau, dont la combinaison chimique avec un air toujours pur et serein était plus intime, avaient lieu sur la terre d’une autre manière qu'aujourd'hui, vraisemblablement en forme de rosée.“
„Et en effet comme le rapport de l’atmosphere avec la superficie de l’eau de la terre, n'est pas seulement mécanique et fondé sur les lois de l'équilibre, mais aussi dynamique tel que celui qui existe entre le pôle d’une pile votaïque et les fluides environnants: l’action predominante des forces naturelles de l'atmosphère a dû subir une altération, et prendre une direction différente lorsque celle de la superficie de ‘la partie solide de la terre se changea elle - même.“
„Le pôle de l'appareil électro -chimique qui développe l'oxygène, provoque et appèle autour de lui lhydrogène du pôle opposé, le pôle nord de l'aiguille aimantée appele également dans le morceau de fer qu’elle touche le pôle sud De même l'écorce actuelle de la terre provoque dans les forces actives de l’atmosphère ambiante, la tendance opposée à la sienne.
„Les mêmes procédés naturels qui autrefois régnaient dans l'immensité des eaux, lorsque les montagnes se formerent, regnent donc aussi dans l’atmosphere; seulement dans des proportions plus rétrécies et beaucoup plus faibles; et aujourd’hui nous voyons en peüt, et comme en mimature, une faible image des grandes scènes qui se sont passées jadis.“
L'auteur fait dériver de ce grand évènement de la conversion des pôles, la catastrophe du déluge universel, celle de la direction des montagnes changée par l’affaissemeut d’une grand partie de la terre solide et le refroidissement subit des climats. Cette derniere circonstance est constatée par la présence des plantes et des animaux fossiles appartenants à des zônes plus chaudes.
Quant à l’époque de cette grande révolution naturelle, à l’aide de calculs compliqués et de raisonnements fondés sur des analogies, il la reporte à celle que la tradition nous indique. |
5) L. Citlp. 280,
Quelqu'ingénieuses que puissent être toutes ces hypothèses entassces avec de grands frais de recherches et d'érudition, elles n’en restent pas moins parfaitement inutiles au gc0gnoste, puisque de toutes les révolutions indiquées on ne peut en expliquer aucune qui n'eut pu être produite par d'autres causes, et que d’autres écrivains n'aient expliquée d’une autre maniere,
Effectivement peu de mois après l'apparition de ce monde primitif, il s’en présenta un second, ou les mêmes moyens sont employés d’une manière tout-à-fait différente. 4)
Cet ouvrage dont nous ne consignons que la première partie, outre l'opinion particuliere de lauteur, qui bätit et construit son monde du dedans au dehors, par intus-susception, comme la coquille d'un immense testacée, édifice dans lequel les forces impondérables jouent un grand rôle, contient aussi de courtes notices sur toutes les hypothèses qui ont été publiées, depuis les temps les plus anciens, sur la formation de la terre.
On devait s'attendre que l’auteur conséquent avec lui-même, rejeterait, comme il l’a fait précédemment), la formation des houilles par l’existence d’une végétation antérieure; mais lorsqu'il prononce ©), que les naturalistes qui attribuent la formation des immenses terreins saliferes à l'évaporation des eaux marines, celle des calcaires secondaires aux débris de coquillages marins, et celle des houilles à une végétation détruite, partent d’un point de vue bien bas; nous ne pouvons nous dispenser de rappeler, que ces naturalistes ne se sont point expliqués de manière à faire croire qu’ils n’admettaient l’action d'aucune force chimique pour opérer ces formations. \
D'un autre côté le point de vue élevé sur lequel l’auteur s’est placé, pourrait fort bien ne pas contenter tout-à-fait le naturaliste praticien, d'autant plus que divers passages tirés d'autres sources (que celles de l'observation), à la vérité avec d'incroyables recherches et beaucoup d’érudition, indiquent un défaut de critique, et que les preuves qu'il prétend en déduire, péchent souvent par des inexactitudes évidentes.
Par exemple, comme preuve que le sel gemme ne peut pas avoir été produit par l’évaporation des eaux marines 7), il cite les salines de Hall, en Tyrol, qui sont à 4,508 pieds au-dessus du niveau de la mer, et celles de Berchtesgaden qui se trouvent déja , selon lui, à 1,000 pieds au-dessous de ce niveau, sans que l'on soit encore parvenu à la plus grande profondeur ! |
Mais à Hall, en Tyrol, il n’y a pas de véritable sel gemme comme à Wilitzka, mais de l'argile et du carbonate de chaux, du gypse imprègné de muriate de soude (comme dans les salines dIschel, en Autriche), que l’on fait dissoudre en introduisant l'eau dans de vastes chambres, creusées à cet effet; et à Berchtesgaden, il n'existe point de galerie qui atteigne le niveau de la mer.
La voüte, par laquelle on entre dans l’intérieur de la saline de Berchtesgaden, est au niveau de l'Albe ou Alm qui jusqu'au défilé nommé der hangende Stein (la pierre penchée), d'ou le canal de l’Alm porte ses eaux à Salzbourg, a une pente d'environ 300 pieds.
Salzbourg est à 1,050 pieds au-dessus du niveau de la mer, ainsi la galerie placée à 1,900 pieds au-dessus du niveau de la mer, devrait être à 3,250 pieds de profondeur! Ce serait un ouvrage vraiment gigantesque et dont aucun naturaliste et géologue n’a encore entendu parler!
L'auteur lui-même parait (p. 276) n’avoir encore eu aucune notion de quelque chose de pareil, puisqu'il réduit à 3,000 pieds la plus grande profondeur où l'homme puisse atteindre dans l'intérieur de la terre. |
4) J. T. Krüger Geschichte der Urwelt in Umrissen, 1822. ») Archives du monde primitif, 0) pag, 427.
7) pas. 433.
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Le même auteur n’est pas plus heureux dans la description qu'il rapporte sur les dépôts ou terreins houillers. Ainsi nous lisons, p. 419, la série suivante de couches:
Sous la terre végétale viennent trois pieds de schiste argileux, ensuite une couche de houille de À pieds; grès 35 pieds, schiste argile 2 pouces, houille 9 pouces, 200 pieds de grès, 15 pieds de schiste argileux, 5 pieds houille:
Quel géognoste, après avoir visité quelquefois des houilieres, pourra douter un instant que l’auteur dans cette énumération n'ait confondu le schiste argileux avec Vargile schisteuse?
Malgre l'importance du témoignage de l’auteur, nous serions fort tentés de révoquer en doute l'existence de filons de houille traversant le granit en Auvergne, en Ecosse et dans la Lusace (p. 426), si sur des points de cette nature, ıl était possible de porter un jugement, sans avoir été soi-même sur les lieux! Selon Buckland 5) Vanthracite d'Écosse, d'Angleterre et d'Irlande est dans la quatrième classe des montagnes intermédiaires. Dans la me classe des montagnes primitives, il n’en est pas fait mention. Cela nous menerait trop loin, si nous voulions rapporter ici toutes les preuves de ce genre alléguces par l’auteur.
La formation des houilles est exposée de la manière suivante (p. 417): „Le carbone que l’on avait déjà trouvé dans les roches primitives, dans le porphyre intermédiaire et dans le traumate, s’est combiné immédiatement avec l'argile et a formé l’anthracite, ou bien, il a formé avec l’oxigène et l'hydrogène, une combinaison chimique qui a donné du pétrole ou du bitume, lesquels mêlés avec l'argile ont produit la houille.“
Si Vargile était la bäse avec laquelle le carbone s’est réuni pour former Yanthracite, ou bien si le carbone combiné avec l'argile, l’oxigene et l'hydrogène, a eu besoin du pétrole ou du bitume pour pröduire la houille, comment se fait-il que nous ayons trouvé cette formation pure de l’anthracite qui contient 95 pour cent de carbone, au milieu des couches de houille schisteuse, parmi les houilles brillantes saturces de pétrole et de bitume? Comment se fait-il qu'après la combustion des houilles primordiales nous ayons un résidu de 2—6 de cendres, qui à l'analyse chimique fournissent des parties si insignifiantes d'argile, résultat semblable à celui que la même analyse offre, quand on l’applique aux cendres de bois? Comment se fait-il que dans l'argile schisteuse, les écorces d'arbres qui s’y trouvent renfermées, le bois, les impressions les plus délicates des feuilles, soient revêtues d'une enveloppe charbönneuse, tandis que dans l'argile schisteuse environnante, qui. souvent est très homogène ou bien mêlée avec une très-faible quantité de sable, on ne décotÿre pas la plus petite trace de carbone®
Comment se fait-il que les impressions végétales sur les roches puantes dans la houille de la marne calcaire, soient également revêtues d’une enveloppe charbonneuse, tandis que les testacées qui accompagnent ces végétaux sont calcinés ?
Si le carbone pur combiné avec l'argile, ou bien au moyen de l’oxigène et de l'hydrosene, forme de la houille, alors cette dernière doit aussi se former avec l'argile de l'argile schisteuse, au-delà des limites des impressions végétales. Mais l’auteur aura sûrement de la peine à nous démontrer et à nous prouver une telle carbonisation.
Ainsi donc, aussi long-temps que nous remarquerons dans l'argile schisteuse une formation immédiate de houille sur les débris des végétaux fossiles, et seulement sur ces débris, nous assignerons à la formation houillère un principe végétal, sans cependant exclure pour cela une coopération chimique de l’oxigène et de l'hydrogène et particulièrement de Vacide sulfurique. Nôus n'avons non plus jamais contesté la combinaison du carbone avec d’autres substances minérales, ni son existence avant celle des corps organisés.
Les houilles secondaires que l’auteur range à la suite des marnes argileuses, de la marne schisteuse fetide et de l'argile schisteuse plus recente, et qui des lors répond à notre houille marneuse, n’est également point (selon lui) un produit de la végétation (p. 440)» „mais une argile qui contient beaucoup de carbone dans du bitume et est ordinairement „ımbu d'acide sulfurique, comme la houille primordiale. Cette houille est, ainsi que le
8) Buckland Order of superposition of Strata in the British islands.
„remarque l’auteur, plus friable que l’ancienne et doit acquérir plus de consistance par la „superposition d'une masse minérale étrangère. Quelquefois des troncs d'arbres qui ont »conservé la forme de leur bois et de leur écorce, la traversent, et mettent ainsi en état de »reconnaître, qu'ils pourraient bien ne pas tous appartenir aux monocotyledones; mais ceci „merite au surplus de nouvelles recherches.“
L'auteur ne désigne par son nom local aucune couche de l’houille de cette division. La houilliere d'Hering, sous la marne et la pierre puante, y appartient incontestablement; mais la houille d'Hering n’est pas plus friable; au contraire, dans les meilleures parties, elle est plus compacte que la houille schisteuse primordiale. Les impressions sont en plus grande parte des feuilles et des branches de dicotyledones, un beau palmier et quelques petites fougères exceptés, dont nous avons donné la figure dans notre second cahier.
L'auteur enfin fait aussi provenir la houille brune (lignite) „des forêts enfoncées du „monde primitif (pag: A6), cependant, dit-il, leur carbonisation n’a point été produite par „le calorique ou le feu d’etuve, mais par l’acide sulfurique, ou par l’action d’autres puis- „sances chimiques.
Cette dernière remarque pourrait paraître à - peu - près inutile, dans le dix-neuvième siècle. Souvent l’on rencontre la houille brillante avec la houille brune. Cette dernière contient aussi beaucoup de bitume. Ainsi, l’on ne conteste plus que la combinaison du carbone végétal avec le bitume ne puisse produire de la houille; pourquoi donc ce mode de formation aurait-il été impossible , ou n’aurait-il effectivement eu lieu dans une période plus réculée, puisque la présence de la végétation à cette époque ne saurait être niée?
Au reste l’auteur cité n’est pas le seul qui, depuis que Werner a assigné aux houilles une origine végétale, a combattu cette opinion.
Déjà plus anciennement, un autre écrivain ?) a prétendu que la houille était un produit volcanique. Pour appuyer cette assertion, il cite les houilles du Meifsner près de Cassel, celles de Bohème et d'Angleterre, que l'on voit en contact avec les basaltes; mais ce sont la plüpart des houilles brunes.
Cet écrivain rejete l'opinion de Werner, „parce que du bois inonde ne conserve que „peu d'huile et de bitume, comme le bois flotte, et que même s’il devient bitumineux, il reste cependant toujours du bois, comme dans le Westerwald; mais que le plus souvent, il se pétrifie. „On en trouve en couches auprès des basaltes, ainsi ils ont la même position que les érup- „tions volcaniques. Leur substance est analogue à celle des volcans; en effet, la terre, le bitume, le soufre et lalun, abondent dans les volcans; conséquemment les houilles peuvent avoir aussi été vomies par les volcans!“
Ce serait perdre son temps que de s’arrêter sur de pareilles assertions.
Les vestiges si frappants de la présence des mers, que nous offre l’écorce de la terre, la direction souvent presqu'inexplicable des chaînes montagneuses, les encomblements subséquents par de vastes précipitations, et les genres d'animaux et de plantes, ou complètement eteints, ou que du moins on n’est point encore parvenu à retrouver vivants, sont autant de faits qui ramenent chaque geognoste vers l’idée d’une grande catastrophe antérieure; ils excitent le désir de découvrir la cause de cette catastrophe.
Mais les moyens, qui sont a notre disposition pour cet objet, sont tellement disproportionnés, que nous sommes réduits à bâtir des hypothèses plus ou moins ingenieuses, et a les appuyer sur des vraisemblances et des analogies.
Les montagnes primitives du Brésil ont fourni à M. Eschwege l’idée, d'expliquer les enfoncements et les élévations des montagnes de la manière suivante de.
„Le quartz, le mica, le feldspath et Yamphibole, ont été les quatre ingrediens prin- „eipaux dont le noyau de ces montagnes a été composé à l’aide et par le moyen d’üune cry-
„stallisation plus ou moins calme, d’affinités chimiques, de segr egations ei de forces attractives.“
0) Beschreibung der ältesten Veränderung des Erdkorpers. Leipzig 1796. p. 110. 10) Geognostisches Gemälde von Brasilien von W. v. Eschwege. Weimar 1822.
„u résulta de la combinaison des substances indiquées, ou bien du granit, du gneiss „et du schiste micace, ou de la syenite et du trapp primitif ou amphibolite. Les causes de „cette formation existaient dans certains points centraux où les forces indiquées agissaient simultanément. La formation des mêmes roches dut aussi se répéter ; et selon que ces „forces agissaient avec plus ou moins de promptitude, il en résulta une sorte de courant, et „toujours du côté où l’une où l’autre force était prépondérante.“
„Une ségrétation paisible des substances donna lieu aux structures grenues, une plus „prompte aux grenues schisteuses, ou aux schisteuses simples. Plus l’action des forces était „rapide, plus les courants étaient forts; il en dut résulter des strates plus ou moins inclinés, et leur direction dut toujours suivre celle du courant principal.“
„Les strates des rochers resterent verticaux, ou par l'effet d’une séparation lente de leurs molécules constitutives, ou lorsque des forces égales agissaient à la fois en partant „de divers foyers.
„Les strates siinclinerent, si la ségrégation s’opérait plus rapidement, ou si les forces étaient inégales; ces forces inégales partaient-elles de foyers divers ? — dès lors la direction „des courants devait se porter vers diverses contrées. L’inclinaison et la directiou devaient „aussi différer; l'observation des montagnes nous en fournit maintes preuves. Les éléva- „tions et les enfoncements des montagnes qui m’avaient toujours paru si incompréhensibles, „qui servent cependant à expliquer la direction et linclinaison des strates, dont d’autres „geognostes voulaient chercher la cause dans l'appui de ces strates sur des roches antérieu- „res, se présente, si je ne me trompe, beaucoup plus nettement à notre intelligence, en adoptant mon idee.“ .... Sans aucun doute! Si toutefois il était si facile de concevoir, comment plusieurs foyers ont pu se former dans le fluide, sous une chaîne de montagnes, et si l’on savait de quelles forces l’auteur a voulu parler en attribuant à l'inégalité de leur action, les différents courants dont il parle, et à ces derniers, la direction des chaînes de montagnes. |
Quoique nous devions supposer que le système de Breislak, sur la formation des houilles, est connu de tous les géognostes, cependant notre travail n’en sera que plus complet, si nous en donnons ici une courte analyse; ce soin ne sera point inutile, surtout, a la fin de notre ouvrage, et cela nous mettra a même d'extraire de toutes les hypothèses fournies sur cette matière, quelques vérités généralement reconnues, qui pourront alors servir de corollaires. |
©") Suivant Breislak, la houille se treuve ordinairement dans le voisinage des montagnes primitives, de sorte que ses formations reposent sur le granit, le porphyr ou le phyllade. | |
Sur le gisement de la houille, voici sa manière de voir:
„St l’on admet que par une grande révolution terrestre quelconque, d'immenses terreins se sont affaissés, de manière que les forêts dont ils étaient couverts, ont été ensevelies sous des couches entières de roches ou de terre, il faudra aussi reconnaître qu'une telle révolution n'aurait pu produire que des amas très-irréguliers de substances charbonneuses, tandis que l'on en a découvert des couches très-régulières, très-étendues et quelquefois très - minces.‘
»Fondé sur l'observation, que les principales houilleres se trouvent dans le voisinage des montagnes primitives, je serais tres- disposé à admettre que leur formation est contemporaine à celle des montagnes secondaires.“ |
»La végétation développée par une température favorable, couvrit de bonne heure les parties de la surface du globe qui les premières avaient été solidifiées. D’immenses amas de végétaux durent être entraînés au sein des mers, par les fleuves qui traversaient dès lors,
11) Breislaks Lehrbuch der Geologie, übersetzt von Strombeck. Braunschweig 1820. Th. Li. jp. 280 —293. |
ir ur
les espaces recouverts de bois. Nous voyons encore aujourd’hui que le même phénomène a lieu relativement aux mers du nord.“ ‘
„Pendant les divers bouleversements de cette époque, quelque grand espace de terres recouvertes de bois a pu s’enfoncer dans la mer. Les molécules végétales pénétrées de la chaleur des eaux et de celle ide la terre non encore refroidie, mêlées avec les substances animales répandues dans les mers, se décomposèrent, et après leur dissolution passèrent à un état de pâte ou de bouillie.“ |
„Alors elles formerent — ici des amas, la des couches — ici, des rognons plus ou moins considerables, en proportion de l'influence des courants marins et des amas qui s’y trouvaient combinés ou dont elles étaient comprimees.“
»Ces phénomènes purent dans quelques contrées se répéter plusieurs fois, après de certaines pauses, pendant lesquelles les couches pierreuses se formerent, ainsi que cela se remarque dans les houilleres du pays de Liege.“
„Il est d’autant plus facile de concevoir, que par des inondations extraordinaires, de puissants amas d’arbres et de plantes ont pu être voitures au sein des mers par les grands fleuves, et que ces événements ont pu se renouveler après de certaines pauses, à des époques diverses, que de nos jours de pareils phénomènes ne sont pas rares, particulièrement lerloas du Bo.“
„Ainsi donc, je considère les houilleres comme de puissants dépôts de matière végétale, qui a subi une entière décomposition, à laquelle cependant quelques molécules primitives ont pu échapper.“ |
En pesant avec une nouvelle attention les aperçus que nous venons d'exposer, nous avons €té de nouveau frappés de la difficulté qu’eprouve le géognoste même le plus exercé, de faire, en s’occupant des phénomènes, ou événements naturels, abstraction de ceux du monde présent, qui cependant ne peuvent en aucune manière se rapporter à ceux qui les ont précédés.
Comment, par exemple, à l'époque des formations secondaires, un fleuve aurait-il pu porter le bois des montagnes au milieu de notre continent, où nous trouvons aujourd’hui les houilleres ?
En Bohème, la houille avec son toit est à 1259 pieds et encore plus au-dessus du niveau de la mer, 560 pieds plus haut que la Mies près Darowa, et 692 pieds plus haut que la Moldaw à Prague.
Il faudrait donc supposer qu’alors le niveau des eaux, en Bohême, était de 1300 à 1500 pieds de hauteur, et que ce pays entouré de montagnes primitives de 3,000 à 5,000 pieds d'élévation et au-delà, formait un vaste lac fermé de toutes parts, et au milieu duquel les montagnes secondaires et quelques cimes isolées s’elevaient comme des îles.
Les fleuves qui, à l'exception de l'Eger, ont tous leur source dans les montagnes environnantes, ne pouvaient à cette époque, vü le haut degré de chaleur, tant des eaux que de la partie solide du globe, admis par l’auteur, recevoir que de faibles tributs, et devaient nécessairement perdre la force de leur action dans la vaste masse d’eau qu'ils rencontraient déja aux pieds des monts qui la renfermaient, de sorte qu'il est impossible de se figurer, comment ils auraient pu voiturer les forêts jusqu'au milieu du pays, dans les cercles de Beraun et de Rakonitz!
Dans quelques contrées de l’Allemagne la houille se trouve encore beaucoup plus haut, par exemple, a Hering, où elle est a 1700 pieds d’élévation.
Nous avons déja dans le premier et dans le deuxième cahier, fait graver des impressions de plantes extrèmement délicates et cependant très-bien conservées, qui exclurent toute possibilité d'un flottage éloigné.
Cette derniere circonstance eût d’ailleurs été tout-à-fait superflue. En effet, dans un immense lac, entouré de montagnes boisées, qui en outre renfermait dans son sein une grande quantité d'îles couvertes d’une riche végétation, les ouragans, les tremblements de terre et les éboulements de terreins des rivages, étaient plus que suffisants pour fournir le bois nécessaire aux dépôts des houillères.
Mais nous partageons entièrement l'idée de l’auteur, que le bois a été précipité dans un état de dissolution pâteuse ou de bouillie.
Quant à la question proposée par l’auteur, savoir, par quelles voies la nature convertit les molécules des végétaux en bitume, fait complètement disparaître leur substance primitive, efface leurs caractères distinctifs pour leur en substituer d'autres ? — il cherche lui-même à l’eclaircir par les deux remarques suivantes:
1°. „Que le bois et les plantes se changent facilement en houille quand ils sont restés long-temps enfouis dans la terre, comme on peut le remarquer dans les contrées basses des environs de Rome, dans les champs Phlégréens et dans le Vicentin, où l’on trouve souvent des morceaux de bois isolés et convertis en charbon. Il lui parait que cette carbonisation du bois enfoui dans la terre, doit être attribuée à l'humidité qui le pénètre, et qu’elle est une véritable oxidation, occasionnce par l’oxigene de l'eau.‘
9°. „Que divers acides et particulièrement l’acide sulfurique paraissent pouvoir opérer une telle metarmophose.“
„Que dans cette dernière hypothese l’oxidation du bois provient également de ce que l’oxigene se sépare peu=à-peu des acides, et se combine avec les molécules des végétaux.
„Qu’au surplus, la nature en procédant à la carbonisation des grands amas de végétaux, aura employé encore d’autres moyens plus puissants, quoiqu'analogues cependant à ceux qui ont été indiqués.“
Nous ferons seulement observer ici que le bois de chêne, que l’on a employé dans des constructions hydrauliques, et qui est resté des siècles entiers dans l’eau, est à la vérité toujours noirci, mais Jamais carbonisé; même le bois que l’on a trouvé en Hollande, et qui appartenait à un pont construit par les Romains, n’est que noirci, et peut encore être travaillé comme du bois.
Mais les environs de Rome et les champs Phlésréens sont traversés par la grande bande de soufre méditerranée, constatée par M, Przystanowsky, et l’on y a aussi trouvé des traces de diverses espèces de charbons.
Les aperçus du monde primitif que Cuvier a développés dans la seconde édition de son bel ouvrage sur les ossemens fossiles, se rapportent principalement à cette grande transformation de l'écorce de la terre par laquelle les animaux et les plantes ont été engloutis.
Ce savant admet aussi une révolution subite comme cause d’un changement également subit de climat, sans s'engager d’ailleurs dans la recherche des causes qui ont amené cette révolution. Les animaux trouverent leur tombeau dans la nature engourdie, leurs débris couvrirent divers terreins ou bien se conserverent plus où moins endommagés, dans des masses de glace, où on les a trouvés de nos Jours.
La surface que nous habitons aujourd’hui est sortie des flots à l’époque de cette grande catastrophe; mais les pétrifications que l’on trouve dans des couches de diverses formations, et dont les unes appartiennent aux eaux salées et d’autres aux eaux douces, prouvent que cette surface a souffert plus d’une inondation.
C’est pourquoi il parait plus important à ce célèbre naturaliste d'examiner attentivement la série des diverses couches minérales, à partir de la craie vers la surface, que de se perdre en hypothèses sur les formations antérieures, enveloppées nécessairement d’une obscurité encore plus mystérieuse.
Nous devons à la vérité nous réserver de remonter à la période précedente, vü que la plupart des impressions des plantes se rencontrent dans la formation des houilles primordiales, — évidemment antérieures à celle de la craie, — et qu'elles constatent ainsi une végétation plus ancienne, laquelle aura recouvert les hauteurs qui, les premieres, ont passé à un état convenable de siccité et de solidité, |
Mais nous sommes d'accord avec l’auteur, que si tous les pays étaient étudiés aussi scrupuleusement et avec autant d'attention que M. M. Cuvier et Brongniart ont étudié le terrein des environs de Paris, et M. Weifs 12) celui de la basse Bavière, et particuliere-
ment la situation des lacs et des fleuves, on serait, suivant toute apparence, parvenu par
12) Sudbaierns Oberfläche nach ihrer äussern Gestalt von IF ei ss s. @Munchen 1820.
des conséquences logiquement exactes, à des résultats plus positifs, que l’on ne le fera jamais par toutes les gcogenies hypothétiques possibles, quelqu'ingénieuses qu'elles soient d'ailleurs.
Le géognoste praticien doit se borner aux faits. Les plantes fossiles lui sont un sur garant d’une végétation antérieure. La pétrification d'un testacé indique que l'objet pétrifié a été recouvert par les eaux, celle d’un mammifere, que le terrein où il a vécu a été solide.
Un examen suivi d'un grand nombre de plantes fossiles et de pétrifications, fait reconnaître une serie de périodes qui nous ramenent au point duquel doivent partir les observations du seologue; mais pour y parvenir, il nous faut encore un grand nombre de recherches
Le. Q . . . . À q 9 ” très-exactes, et nous invitons itérativement les naturalistes de tous les pays à s’en occuper.