NOTICES SUPPLÉMENTAIRES SUR LES LIGNITES EN GENERAL
Mr. le conseiller de justice de Heferstein, a émis sur l’origine des lignites en general, une opinion que nous devons rapporter ici, parce quelle fait naitre quelques doutes dans notre esprit.‘ Voici ce que dit l’auteur. „Les lignites avec leurs différentes couches sont répandus sur toute la terre. Ils sont suffisamment connus dans toute l'Europe, et on les a trouvés en Asie et en Amérique. Souvent ils forment le terrain le plus récent de la surface du globe, plus souvent encore ils sont recouverts par d'autres couches minérales. En Allemagne, c’est ordinairement le basalte qui les recouvre; dans les contrées septentrionales mitoyennes de la France, c'est une série de roches plus récentes, savoir: le calcaire à cérites, le gyps le plus récent, Le nouveau grès, le calcaire d’eau douce, ou le calcaire globuleux (Kalkbildung).“
„D’apres cela nous ne pouvons pas, ainsi qu'on l’a fait jusqu'ici, regarder les terrains de lignites comme une alluvion fortuite. En effet, ces terrains nous montrent des rapports qui sont absolument semblables à ceux des autres roches; nous devons donc en conclure qu'ils ont avec tous les membres qui leur sont subordonnés une origine semblable à celle de tous les autres terrains à couches. Nous voyons constamment des végétaux se transformer dans la même roche que celle dans laquelle le hasard les a jetés. C’est ainsi que du bois devient tantôt du quartz, tantôt de la mine de fer argileuse, tantôt du fer sulfuré, tantôt du lignite compact ou terreux, ayant une couleur pâle, claire ou foncée. C’est pourquoi l'opinion de ces naturalistes qui croient que les bancs de lignites doivent leur origine à des masses de bois entraînés par les flots, ne nous semble pas fondée. Il nous semble au contraire, qu'il peut tout aussi bien exister dans la nature des formations bitumineuses, que des calcaires ou des siliceuses. Les lignites appartiennent a la premiere de ces formations; ces couches de terrains bitumineux ont la propriété de conserver les végétaux mieux que d’autres. Il s’en suivrait donc que les lignites ne doivent point leur origine aux débris des plantes, mais ce sont les lits de lignites au contraire, qui conservent mieux que toute autre couche minérale, les débris des végétaux. Vraisemblablement ils ont avancé aussi en se formant, le développement de la végétation, comme on le voit dans les tourbières.“
Nous remarquerons préalablelement qu'en Allemagne comme dans d’autres pays, il y a beaucoup de bancs de lignites qui n’ont aucun point de contact avec le basalte; il y en a fort peu qui soient recouverts par cette roche.
Nous sommes parfaitement d'accord avec l’auteur sur ce point, que la formation des lignites comme toute autre, appartient a une période de formation générale, laquelle se rattache à l’époque de l’origine des terrains tertiaires. Cette formation, ainsi que celle des houilles, a commencé sous l'enveloppe des caux, au moment où elles commencaient à décroître. Mais nous ne pouvons pas admettre sans restriction, que le bois se transforme indifféremment tantôt en quartz, tantôt en mine de fer, ou en lignite; il est évident que la silice, le fer, le soufre, devaient exister préalablement à cette métamorphose, pour remplacer les fibres du bois, et tout en conservant la forme de la texture ligneuse, le changer en pierre ou en métal. C’est ce que nous pouvons voir tous les jours à la mine de St. Jean près Pograd, dans les environs d’Egra, où le bois des galeries et des puits se change, après un petit nombre d'années, en minérai de fer exploitable. |
L’infiltration du bitume et le changement du bois en charbon est un phénomène analogue; cependant il parait être le résultot d'une opération chimique plus compliquée, où le soufre qui manque rarement dans les marais, et l'hydrogène doivent certainement
concourir. Mais ce qu'il nous est impossible d'accorder, c’est que des bancs de houille
16) Keferstein, in Ritter von Leonhards mineral. Tuschenb. 1822. p. 505. Ballenstädt, Archiv der Urwelt. Vter Bd. 2tes Heft. p. 300.
preexistantes, àtent dû conserver les débris des plantes ee Pat suite d'une affinité particulière) et avoir favorisé le développement d’une nouvelle végétation. Outre que ces prétendus dépôts houillers sont une supposition purement arbitraire de l’auteur, Mr. de Keferstein aura pu sans doute se convaincre par Ini-même, que les houilles inférieures du Meifsner, et dans d’autres endroits, lesquelles sont cependant bien certainement les plus anciennes et préexistantes aux dépôts supérieurs, sont précisément celles où la texture ligneuse est la plus distincte et la mieux conservée; que beaucoup d’autres houilies au contraire ne laissent apercevoir aucune structure ligneuse, résultat qui vraisemblablement a été produit par la différence des combinaisons chimiques plutôt que par des moyens purement mécaniques. L'auteur aurait aussi, ce semble, de la difficulté à nous prouver que les marais sont favorables à la végétation des bois; car à l'exception du manglier en Amérique, de l’aulne visqueux, de quelques saules et du bouleau des marais, on ne trouve en Allemagne dans les marais tourbeux, que des bois rabougris. ) On y voit davantage des bruyères, quelques espèces de Vaccinium, l'Empetrum, qui croissent au milieu des diverses espèces de Sphagnum; ce sont ces végétaux qui recouvrent ordinairement la surface des marais, tandis que dans les lignites, on trouve une multitude de fruits et de feuilles d'arbres dicotylédones, et que la masse entière des lignites parait être un aggrégat de bois de diverses espèces. Au surplus il n’est pas nécessaire de recourir à une alluvion, ou à un flottage de ces masses de bois. Il est possible qu'aux endroits occupés aujourd’hui par des bancs de lignites, il y ait eu autrefois des forêts qui, par des révolutions quelconques, auront été recouvertes par les eaux; la surface de ces mêmes endroits aura alors été convertie en marais, et les arbres, ainsi que tous les arbustes qui couvraient le terrain, auront avec le terrain même, été transformés en lignites.
Les lignites sont répandus sur toute la terre aussi bien que la houille ancienne, Leurs couches sont plus puissantes, parce que la végétation de la seconde période parait avoir été beaucoup plus riche que la premiere. Elle est, comme Cuvier et Brongniart l'ont observé, subordonnée à Yargile plastique. Les anomalies que l’on a observées dans la höuille de la formation basaltique, et qui avaient fait naître des doutes sur leur indentite, se rapportent uniquement au basalte et non à la houille même.
Le grès trappcen, grès du lignite de Keferstein, doit être rangé non avec la houille, mais avec le basalte; car il ne se trouve jamais en masses, mais en blocs détachés et épars, comme les blocs de granite et de gneils, dans les sables de la Lusace et jusqu'aux bords oriental et méridional de la mer baltique, en Poméranie, Livonie, Finlande etc. etc.
C'est ainsi qu'on le rencontre sous l'argile plastique, sur le grès bigarre, dans les sables mouvans du Meifsner, en Hesse, dans et sous la houille à Almerode près du Habichtswald, et au picd de la WVilhelmshöhe pres de Cassel; hors de la houille dans les basaltes du Siebengebirg, sur la rive droite du Rhin, en forme de colonnes dans le basalte pres de Fulde, et au Kulmerberg près de Tetschen, en Bohème; renfermé dans une couche de basalte à la Blauekuppe près Eschwege, En revanche le grès trappeen est entièrement étranger aux lignites de la Wéterawie, à ceux du Rhin et de la Bohème, placés en dehors des basaltes. Ces faits constatent évidemment sa liaison avec le basalte; mais sa rencontre avec la houille est purement accidentelle.
On pourrait expliquer la transformation de la houille du Meifsner et d’autres houilles basaltiques, en höuille piciforme et bacillaire par l'influence du basalte, en faisant observer que les seules houilles qui aient subi ce changement, sont celles qui se sont trouvées en contact immédiat avec le basalte. Dans le Schwalbenthal au Meifsner, il n’y a que les premières assises de la houille, lesquelles ne sont séparées du basalte que par un mince feuillet de tuf basaltique, qui aient passé à l’état de houille bacillaire ou piciforme, Toutes
a) Note du traducteur, Les espèces citées sont elles-mêmes rahougries, et à l'exception de ’ , = . N r ’aulne, aucun arbre n’atteint dans les marais le même développement que dans d’autres
lerrains, comme on peut sen convaincre dans les vastes marais de la Livonie.
mas. VON ar u
les autres mines qui sont plus profondes, fournissent ordinairement du lignite avec la siructure ligneuse bien distincte.
Mr. le conseiller supérieur des mines Nöggerath nous apprend ”) qu’à l’Habichtswald, galerie numéros 3 et 4, il existe une faille perpendiculaire remplie de basalte qui a sa direction du sud vers le nord. Cette faille dans la galerie numéro 3 a trois toises, et dans la galerie numéro 4 seulement deux toises de puissance. La masse qui a comblé la faille, consiste en un tuf basaltique poreux, divisé en fragments informes.
Le lignite dans les environs de cette faille, devient par dégrés plus cassant; sa cassure est cubique, et enfin il se change en houille luisante. On n’a point trouvé ici de houille bacillaire.
A la face septentrionale du Hirschberg, non loin de Grofs- Almerode, un filon de basalte traverse les deux couches très - puissantes de lignites de la Rinkenkule (dont Yinclinaison penche vers Hirschberg) et coupe leur direction vers l’est. La direction des couches de lignite est ici heure 7.4, celle du filon de basalte heure 10.4; à son extrémité elle est presque perpendiculaire, mais d’après le rapport des mineurs qui l’ont rencontrée, à une plus grande profondeur par des travaux antérieurs, vers la quinzième toise elle s'incline vers le sud.
. Le basalte aux endroits de son affleurement se superpose en gisement transgressif à la couche du lignite et semble la recouvrir. Vers sa plus grande profondeur, ce même filon a une puissance de deux toises, et on peut observer exactement sa direction dans une longueur de douze toises. La masse du filon consiste en un tuf basaltique fortement crevassé, mais dont la cohésion et la compacite augmentent vers le milieu. Les faces laterales du filon sont inegalement onduleuses. La couche du lignite est dans le voisinage du filon repliée un peu en dehors, et le lignite en s’approchant de ce même filon, se change par degrés en houille piciforme et bacillaire. On trouve en outre sur cette derniere une écorce de houille scorifice, semblable au coack. On observe presque dans toute sa longueur entre cette écorce et la masse du filon une fente d’un à deux pouces d'ouverture.
Dans nos cahiers précédents nous avons fait mention de phénomènes semblables dans le voisinage des Dycks des houilles d'Angleterre.
Quiconque a observé avec attention les filons de basalte qui s’élèvent du fond À travers le grès bigarré de la blaue Kuppe pres d’Eschwege, à la Pflaster - Rautte près Eisenach, et dans le calcaire secondaire de l’Ahnathal au-delà de la Wilhelmshöhe près de Cassel, n'aura pas besoin d’avoir vu l'Eifel et l'Auvergne, pour ne conserver äucun doute sur le soulèvement de la masse basaltique, ni sur l'existence d’une temperature plus élevée au moment de ce phénomène, quoique les chansgmanl qui en furent la suite ne soient pas a beaucoup pres si sensibles dans le grès bigarré et même dans le calcaire secondaire, que
dans le lignite.