IV. — SYSTÈME EUROPÉEN MODERNE
Mode majeur. —• Le mode majeur ordinaire correspond exactement à notre gamme i, sans qu’aucune explication soit nécessaire.
Mode mineur. — Ici, nous demandons toute l’attention du lecteur, la manière dont on présente la gamme mineure dans l’ense gnement nous paraissant le comble de l’inconséquence.
On sait que, dans la succession ascendante de deux notes séparées par un inter valie d’un ton, notre oreille admet, sans qu’il y ait pour cela nécessairement modulation qu’a la note inférieure soit substituée la même note élevée chromatiquement d un demi-ton, recevant ainsi une sort* H’immikinn mu __
a un demi-ton, recevant ainsi une sorte d’impulsion qui l’attire plus fortement vers la note supérieure ; c’est ce qu’on appelle altération ascendante ; de même en sens inverse, l 'altération descendante. Or, nous ne croyons pas qu’aucun musicien
par celui de septième dominante, et lorsque celui-ci est devenu d’un usage général et banal, les musiciens ont été naturellement portés à l’appliquer, en quelque sorte de force, aux gammes mineures, au moyen de l’altération du 7 e degré, et alors, par suite de 1 empire de 1 habitude et de la routine, on en est venu à ne plus pouvoir supporter, en dehors du plain-chant (un peu méprisé, du reste, aux xvije et xviii* siècles, comme l’architecture dite gothique), le 7 e degré naturel, quand il était suivi de la tonique, et même quand il ne l’était pas.
Envisageons l’une des deux formes données couramment à la gamme mineure dans l’enseignement ; c’est celle qui figure dans toutes les méthodes de piano :
Dans le mouvement ascendant, rien à dire: nous reconnaissons la gamme de la 6 avec son 7 e degré altéré. Or, en descendant, cette altération ascendante cesse d avoir aucune raison d être et devient une absurdité ; il faudrait, pour rester dans la tonalité :
Mais, dira-t-on, on a bien le droit, si l’on veut, de faire entendre la succession descendante d’après l’usage établi dans la tonalité moderne ! On peut faire tout ce qu’on veut, mais la théorie doit analyser les faits et montrer ce qu’ils contiennent, et, puisqu’on a la prétention de nous donner une gamme naturelle , non modulante, voici ce que nous y découvrons.
La présence du sol 3 en descendant caractérise une modulation, si courte qu'elle soit, en la 1 , quoique le fa § qui suit constitue une altération descendante ramenant de suite à l’impression du mode mineur primitif.
Dans certains cas, une autre analyse serait possible. Considérons la série descendante ci-dessus, du sol 3 au si, accompagnée d’un seul accord de sixte majeure et quinte diminuée appartenant amphibologiquement aux tonalités la 1 ou la 6, suivant qu’on suppose l’altération descendante du fa, ou ascendante du sol. La série descendante avec sol 3 sera un véritable arpège de l'accord avec notes de passage ; cela est si vrai qu’en supposant l’altération sol S dans l’accord seulement, l’oreille admet parfaitement la descente diatonique de la gamme la 6 avec le sol b .
La seconde forme donnée aux gammes du mode mineur n'est pas plus logique : c’est celle qu’on emploie généralement dans les méthodes d’instruments à cordes, pour éviter l’intervalle de ton et demi, difficile dans les gammes rapides :
La seule inspection de la gamme ascendante nous montre la gamme de la 2 (c’est à dire sur le 2® degré de sol majeur) comportant le fa # et dont le 7 e degré est altéré.
Une explication si simple ne pouvait venir à l’esprit des théoriciens de la tonalité dite moderne, auxquels il faut leurs deux gammes, l’une majeure et l’autre mineure, pas une de plus.
Panseron dit naïvement: «En montant, on introduisit des modifications et oa
haussa d'abord la 7 e not© qui tend à se rapprocher de la tonique (il reconnaît donc l'altération): l’intervalle de fa à sol dièze était dur pour l’oreille et difficile à chanter, à cause du ton et demi, on le rapprocha de la 7 e ».
Félis, plus dogmatique, n’en est que plus embrouillé: « L'attraction de l’harmonie dissonante naturelle rendant obligatoire le demi-ton de la 7 e note à la 8 e pour la résolution ascendante, Veuphonie d'intonation et les nécessités du genre diatonique (?) qui ne peut admettre d'intervalles plus grands que le ton entre deux sons voisins (pourquoi alors altérer le 7 e ’ degré?) conduisent à élever le 6 e degré d'un demi-ton. Mais Vattraction harmonique (?) n'existant pas dans la gamme descendante, le demiton de la 7 e à la 8 e est supprimé, et le demi-ton caractéristique de la 5 e note à la 6 e est rétabli.»
Tout cela pour qu’il n’y ait qu’une espèce de gamme mineure naturelle, tandis qu’il y en a trois, comme nous l’avons montré.
Nous recommandons à toute personne ayant le sentiment musical la très simple expérience suivante. Exécutez au piano ces deux successions :
Il est impossible que, dans la deuxième, vous n’ayez pas la sensation d’une modulation plus éloignée que' dans la première, ce qui démontre pour nous très suffisamment que la gamme mineure ainsi formulée appartient bien à la catégorie des gammes construites sur les degrés de la gamme sol i ou sol majeur.
Mais, ce qui est tout à fait bizarre, c’est d’appliquer à la gamme descendante la série que nous avons montré appartenir à la première forme, en supprimant le fa dièze caractéristique de la gamme la 2 .
La manière d’écrire logique serait indiscutablement (toujours si l’on veut rester dans la tonalité) :