EXPOSITION CRITIQUE
Nous nous proposons dans cette partie de faire l'examen critique du matérialisme, du pai^ théisme et de l'éclectisme. Dans cet examen» nous ne suivrons particulièrement aucun des auteurs qui ont exposé et défendu ces divers systèmes. Il ne s'agit point , en effet , ici d'étudier et de discuter quelques points de vue particuliers , choisis par tel ou tel écrivain , parce que Télat de la science au temps où il vivait, le permettait ou le commandait ainisi. De cette manière nous pourrions ruiner plusieurs opinions particulières, et le système lui-même resterait encore debout; or, c'est celui-ci que nous avons en vue, et non l'une des formes qu'il a pu revêtir. Nous rechercherons donc les assertions essentielles, les principes fondamentaux sur lesquels reposent
PARTIB CRITIQUE. 249
ces doctrines ; nous les mettrons en évidence ; BOUS nous efforcerons de les présenter dans toute la force et toute la rigueur dont ils sont susceptibles. Nous tacherons d'en faire toucher, en quelque sorte à l'œil , les conditions logiques d'existence ; et nous sommes certain , en procédant ainsi, pous ne craignons pas de le dire à l'avance , de donner une démonstration complète quant à l'insuffisance de ces formules philosophiques , et quant aux erreurs fondamentales dont elles sont émanées.
C'est d'ailleurs la voie la plus courte pour atteindre le but que nous recherchons dans cet examen critique. Nous voulons prouver à tous ceux qui seront suffisamment attentifs , à tous ceux dont la vue sera nette , à tous ceux qui avsoit de lire auront la force de renoncer à la préoccupation de leur vanité et de leurs mauvaises passions , à tous ceux qui ont encore assez le sentiment des autres pour ne craindre ni la mauvaise honte d'avouer une erreur qu'ils ont long-temps professée , ni la nécessité de changer de mœurs en changeant de doctrines , nous vouloDS (HTOuver à tous ceux-là qu'il n'y a qu'une seule route ouverte à la vérité , et que c'est celle où les hommes ont marché presque unanime* ment depuis le commencement du monde ; tandis que s'il arrivait que l'un de ces systèmes, imaginés par des individus , vint à triompher, il n'y
350 OSITOLOGIE.
aurait bientôt plus ni critérium, ni science, ni humanité, ni société, ni avenir. Nous youlons, d'un autre côté , apprendre à ceux qui n'ont pas la même expérience que nous, à ceux qui comme nous ne sont pas entrés en quelque sorte en contact avec l'erreur , nous voulons leur apprendre à la reconnaître , quels que soient le langage et les formes dont elle se revêtirait. Dans ce double intérêt, l'érudition qui procède par la citation des opinions diverses qui ont eu cours , est complètement inutile. 11 est nécessaire , au contraire» d'en appeler à des généralisations qui présentent ce qu'il y a de commun dans les diverses opinions , et ce qui est véritablement constitutif du système.
11 est certain , à nos yeux du moins , qu'une confusion considérable s'est introduite aujourd'hui en philosophie. On trouve mêlées les conséquences de principes contradictoires. On voit des hommes religieux poursuivre des hypothèses matérialistes , et on voit des hommes îrréUgieui poursuivre quelques conséquences des doctrines spirituahstes^ et s'en autoriser pour se tromper eux-mêmes et se dissimuler les fâcheuses conclusions de leur croyance principale. Le pour et le contre s'échappent à la fois de la même bouche et de la même plume. Or, il n'est , nous le pensons, qu'un seul moyen de mettre un terme à une confusion si déplorable , si nuisible aux pro-
grès de la vérité : c'est de mettre en évidence les principes des mauvaises doctrines , de manière à former avec ces principes une sorte de critérium scientiCque propre à faire distinguer, au premier coup d'œil , ce qui appartient à la doctrine de ce qui lui est étranger.
Après l'examen des trois systèmes cités plus bant, nous donnerons une idée de Tontologie e de la métaphysique scolastique. Les dédnilions qui y sont contenues nous serviront dans Texposilion dogmatique qui devra suivre.
253 OlfTOKCGIU. PARTIS CUITIQUE.
Le matérialisme a pris originç d'une négatioDK .le de la négation de l'existence de Dieu ; et il se i compose , comme doctrine , des affirmations néces- i saires , soit pour défendre cette négation , soit ;à pour la rendre probable. Il ne suffisait pas » cd h effet, de nier que Dieu fût; il fallait encore • essayer de prouver que son existence n'était 4 point nécessaire a la conservation de l'univers. .; De cette négation , on fut donc entraîné à plu- ; sieurs espèces d 'affirmations ayant pour but d'ex- ; pliquer comment le monde peut subsister et j marcher sans Dieu. Le procédé employé pour ; donner quelques probabililés à cette assertion fut d'abord de considérer le monde comme éternel , n'ayant ni commencement ni (in ; puis d'élever des systèmes scientifiques spéciaux au rang de systèmes universels. Ainsi d'Holbach çssaya d'expliquer l'univers à l'aide de la théorie de la gravitation ; ainsi d'autres aujounrhui tentent de résoudre cette difficulté à l'aide d'onc théorie chimique quelconque. 11 n'en est pas moins vrai , quelle que soit l'apparence affirmative que prenne le matérialisme développé, i^ n'en est pas moins vrai qu'il part d'une né», gation.
Si l'on consulte Fhistoire , on verra que dans > temps modernes aussi bien que dans les mps anciens, il n'a pas eu d'autre origine. Qsi chez les païens il naquit de l'incrédulité à gard de la théogonie ; et chez nous Ton aperit manifestement, car aucune des circonsices ne nous est inconnue , qu'il futmspiré par 16 antipathie toute politique contre les miîtres du culte. On renia Dieu par haine contre sage que l'on faisait de son nom. Aussi voyez [nment le matérialisme commença la guerre Qtre les doctrines religieuses , comment il conîsit Toeuvre de sa propagation. C'est par là rtôut que l'on peut juger de Tesprit qui lui nna naissance. Il débuta par l'énumération s maux qu'avait causés la religion , des. crimes. mmis au nom de Dieu; il falsifia l'histoire )ur faire voir à tous ce qu'il croyait voir lui-, ême. A cet égard, Lucrèce se conduisit exacteent comme le firent plus tard les encyclopéstes du dix-huitième siècle. Or, quel était le but un pareil travail ? C'était évidemment de re\xîrser toutes les institutions religieuses. Quels, en aient le résultat et lemoyen scientifiques? C'était e supprimer la théologie , et de ne laisser subster que la partie de la science qu'on appelait aturelle ou science seconde , parce qu'elle était dnsidérée comme celle des choses créées. Le lot nature, en effet, fut substitué a celui dç
254 OIITOLOGIK. PARTIE CRITIQUE.
Dieu ; on rejeta , on oublia la théologie ; on n'é* ^ tudia , on n'estima que les sciences natordleM' De cette manière fut accompli dans les écrite WÊm^ mouvement analogue à celui qu'on voulait opév rer dans l'organisation politique. Ici on vouiai^ renverser les institutions de droit divin ; là oaH* attaquait la doctrine des choses qui justifiaieBl^ ou semblaient au moins justifier ce droit. Aimr^ le matérialisme débuta par une négation pnre^ ment subversive , aussi impropre à édifior efrw philosophie qu'était incapable de le foire en^ matière sociale la doctrine des droits indindueb proclamée en 1789.
Maintenant que nous avons établi que le n» térialisme était né de l'athéisme, c'est-à-dire^ d'une négation , nous allons examiner les affir* ♦ mations qui le constituent essentiellement à l'c-l tat de doctrine. Nous reviendrons à la fin de ce ' chapitre sur la question même de l'athéisme.
La première affirmation du matérialisme est ; que le monde n*a point commencé , qu'i/ n'aun point de fin, et qu'il a été et sera toujours ce qu'il ' est. Prouvons d'abord que ces assertions font partie des conditions essentielles et principales de la doctrine dont il s'agit ; prouvons que si c€S assertions sont démontrées fausses , le matérialisme n'existe point comme doctrine, c'est-à-dire comme chose susceptible d'clix? enseignée.
DU MATÉHIALISME. 255
Si les athées acceptaient que le inonde a comkflDcé, ils seraient contraints de reconnaître qu'il iiste en dehors de ce monde une cause qui l'eût Hjprodnire autre qu'il est. Or, c'est précisément kcause de ce genre que les hommes religieux kr^tsons le nom deDieu.U serait, en effet, ab-> ^de supposer que la cause qui a créé le monde QQD seulement inférieure en quelque chose à ce ^manifestent les diverses parties de ce monde, is encore ne fût pas supérieure en tous points ; elle sorte qu'aussitôt que l'on admet une cause nière , on est forcé de lui attribuer au moins acuités des hommes les plus éminens, l'intelice , la mémoire , etc. ; c'est ce qu'ont comdu premier coup les athées , et en consé^ ice, parce qu'ils refusaient de croire en Dieu, mt refiisé de croire au conmiencement de ivers.
est également nécessaire , du point de vue ^rialiste , d'affirmer que le monde ne doit t finir ; car s'ils acceptaient que cet univers ivoir une fin , ils se trouveraient placés sous »up d'un argument irrésistible , et qui renôrait leur hypothèse tout entière. Voici cet iment : c Si le monde n'a point commencé et cependant finir, leur pourrait-on dire, comt se fait-il qu'il ne soit pas déjà fini? » En , plaçonsHious dans la conception de l'infini urée , conception que vous êtes absolument
256 OIITOLOGIB. VÀI^TIB C&ITIQUB.
obligés d'admettre ; que vous regardiez de ou derrière vous , vous trouverez toujours durée infinie. Or, si votre monde doit fi quelle que soit la durée que vous lui attribi nécessairement , dans l'infini de durée qui i a précédés , il a eu le temps un nombre infii fois d'épuiser la période de durée que voui avez assignée. Le monde devrait donc étrei et rien de ce qui est ne devrait plus être de long- temps. » Ce n'est pas sans doute par ui gument ainsi formulé que les athées ont éfa terminés à ne point admettre que le moud une fin , mais ce fut en vertu de la simp gique du langage lui-même ; logique qui est pression abrégée du raisonnement que noi nous de faire ; logique qui , opposant com ment l'idée de fini à celle d'infini , la prei comme représentant ce qui commence et < finit , et l'autre ce qui n'a ni fin ni comm ment, entraine nécessairement la conc€ que tout ce qui commence a nécessairemeu fin, et réciproquement, etc. Nous insistoi ce fait, parce que l'argument que nous: présenté plus haut, est si évident , il est rigueur malhémalique telle, que s'il ei déjà formulé quelque part , on ne pourrait prendre comment il aurait pu encore se re trer des matérialistes assez inconséqueus accepter que le monde pût finir. Quant ai
i>U MÀTÉRIALISMB. 257
ieBOUs prenons de constituer et de bien formur le matérialisme , nos lecteurs en apprécient l'utilité par une seule réflexion. Nous nous mines aperçu maintes fois que les matériates les plus tenaces étaient ceux qui ignoraient matérialisme. Comment , en efiet , entrer en kœsion contre des gens qui ne savent pas ème en quoi consiste la doctrine dont ils ont is Je nom , et quelle est là question? Comment tt prouver qu'ils font erreur? Ne doivent-ils s même retirer de toute discussion , entrese avec eux , Une meilleure opinion de leur lyance , en ce sens qu'ils ne se sont pas même ;rçus qu'on les eût combattus ? La discussion ^ nn ignorant est sans portée et sans fruit : là pourquoi nous voulons faire bien connaître matérialisme, afîn de le mieux critiquer et »DL assurer la défaite. Il ne s'agit pour nous e de bien poser la question. Poursuivons donc^ Par mie nouvelle nécessité logique non moins idente que les deux précédentes , l'athée est lige d'aflfirmer que l'univers a été et sera tou* irs ce qu'il est. En effet , comme , selon lui , le onde est tout , qu'il contient tout , qu'il n'y a ai en dehors de lui , d'où lui pourrait arriver 1 changement d'état; ce serait un effet sans inse, qu'il serait absurde d'admettre. Dans cette mception, on ne peut comprendre d'autres vaations que des variations phénoménales ou des
s 58 ONTOLOGIE. PART» C&ITIQUC.
mouvemens qui auraient lieu en cercle quelque sorte , et dont le retour serait ment périodique. Encore nous verrons bi que cette seule espèce de mouvement , toute treinte qu'elle soit , n*est pas même ad dans un matérialisme rigoureux , et qu'il fovtf ' conclure à Timmobilité absolue. ^
Telles sont les trois premières assertions tm?^ damentales de Fathéisme. Elles en forment \à^ conditions essentielles d'existence : tellemMl'' essentielles , que si elles sont démontrées fouMli • il est prouvé , non seulement que le matériaUson ' est une erreur, mais encore que Dieu existe f^ que Dieu a créé le monde, etc. Or, preiKM chacune de ces assertions l'une après l'autre , et nous allons voir qu'elles sont également fausses; nous allons voir que, malgré les efforts désespéré de quelques savans matérialistes, et par M efforts mêmes, la démonstration qui les condamne, est plus facile et plus intelligible qm celle qui a prétention de les défendre.
Première assertion. — Lorsqu*Aristote soutenait que le monde était éternel , on ne pouvait lui opposer que les traditions, les croyaoca universelles et l'analogie qui lui étaient cos* traires, et cette contradiction fournissait les moyens d'une argumentation assez puissants ;
1>U M\TÉRIALIS1IB 959
m empêcher Aristole de triompher dans toutes (intelligences. Aujourd'hui on peut davantage : i peut répondre à cette assertion par le système ! {M'euyes que les matérialistes prisent le plus » 8t-à-dire par des faits : il est , en effet , démoni par ceux-ci que le monde a commencé, ist la géologie, ou plutôt la géogénie, qui four- : ces faits. Elle prouve que l'espèce humaine SOT la terre depuis un temps assez peu reculé ; 3 prouve que les diverses espèces animales y ;été créées antérieurement, à diverses époques s ou moins anciennes , mais également fixes, ivant lesquelles il n'existait rien qui leur resiblât ; il en a élé de même des végétaux , d'un ad nombre de roches ; et quant au noyau du be, tout porte à penser qu'il a été enflammé, ù venait-il? On l'ignore, mais on reconnaît alors la formation en était opérée. Ce temps icandescence complète , ou plutôt d'incendie , respondait sans doute à celui où fut créé le tème planétaire , dont il fait partie.
f^e peut opposer l'athéisme à ces faits? 11 ne ut faire plus que chercher à y introduire la afusion tant à ses propres yeux qu'à ceux des très. Aussi l'on reconnaîtra l'esprit matériate, en géologie , à ceci : il préférera des classiations tirées des caractères minéralogiques à lies tirées des caractères zoologiques et botaques ; les premiers , en effet , n'ont de signifia
260 OMTOIiOGIk. VARÎ'IE CRITIQUE.
cation ][k)sitive que par Tintervention des fifi conds : donner la supériorité à ceux-là sur ceup ciyc'estdonc amoindrir,ou rendre moins évidentei les conclusions religieuses qui ressortant de l'é^ tude de Fécorce du globe. On reconnaîtra encoM l'esprit matérialiste à cette autre manière èb procéder : il subalternise les faits généraux aux faits de détail ; par exemple , il fera une description de la surface entière du globe d'a{Mrèi quelques remarques qu'il aura recueillies en un point , dans une brèche , dans une caverne i ossemens , à l'embouchure d'un fleuve ; il coih' fondra les terrains , les débris et les époqfies; multipliera les hypothèses de détail , en rempUrt ses livres , se gardant bien de faire une seule gé-* néralité , etc. Quant à nous, nous nous permettrons d'adresser une observation à ces messieurs : par cette méthode , ils ne font rien de plus qa6 des livres mauvais et sains avenir. I^ géogénie est une découverte contemporaine, i^'ignoranœ de la masse du public a l'égard de cette science, laisse la voie libre aux traités de géologie conçus selon les vieux erremens , h ceux par lesqods une génération matérialiste cherche à se défendre elle-même contre les conséquences d'une vérité qu'elle a vue naître ; mais cette ignorance disparaîtra , et le bon sens public fera justice d'ouvrages dans lesquels il ne trouvera que des faits ramassés sans critique, dépourvus de lien
DU MàTÉKIALISMB. S61
; «t de valeur réelle , et sans signilScation systé- ^ natique. Passons à la seconde assertion. r Deuxième assertion. — Le monde ne doit pas ' finir : telle est la seconde affirmation constitutive du matérialisme. Or, selon les théories nêmes qu'il a acceptées ou arrangées pour expfiqoer les phénomènes , il est assuré que ce monde doit, au contraire, avoir une fin. Examinons en effet. Il y a , selon eux , une somme quelconque de forces ou de propriétés dans la matière , ou une somme quelconque de corps doués de facultés diverses. Le mouvement résulte de r(q[>position qui existe entre ces facultés ; Tordre lésnlte de ce qu'un mouvement en engendre un intre , celui-ci un autre , de telle sorte qu'il est Trai de dire que tout effet devient cause , et que toute cause a été effet. Comme la matière est enfermée dans des espaces finis (l'animal, le globe, le système planétaire, etc.), dont les rapports avec le reste de l'univers sont toujours de la même nature , invariables , ainsi que le disait Aristote ; il en résulte qu'il n'y a qu'une somme de contacts ou de modifications possibles dans chaque espace : de telle sorte qu'un effet donné engendre toujours la même succession de phénomènes ou de modifications , après quoi il Be trouve reproduit lui-même comme effet de la succession. Cette succession a donc lieu en cercle , en ce sens qu'un phénomène donné est
2€2 ONTOLOGIE. VAftTIE CftlTIQUE.
constamment reproduit au bout d'un monri ment phénoménal d'une certaine durée. Voitty quel système les matérialistes ont été logique» ^ ment forcés de choisir pour rendre raisoa Ai . monde phénoménal » et quel système est nk» saire pour expliquer comment ce monde ne doit ^ pas finir. Mais cet arrangement est-il aussi n* tionnel qu'il le parait à la première vue? Cofr clut^il , en effet, à l'éternité?
Le vice du système est dans le point de départ: il y a du principe général à l'application une transition inadmissible.
Il ne peut résulter, en effet, de ce qu'il y a ^ plusieurs propriétés diverses, un mouvement sans fin ou tel que nous l'avons décrit. Ou ks . propriétés sont d'égale puissance , ou parmi elles . il en est une qui a plus d'énergie que les autres. Il doit donc arriver, dans le premier cas , que les forces se mettent en équilibre et produisent l'immobilité ; dans le second cas, qu'une des forces subalternise les autres selon un certain ordre, qui serait encore l'immobilité. Ainsi , du point (le départ explicatif des matérialistes, il faut rigoureusemeut conclure que le monde phénoménal doit finir (ce qui équivaut , je pense, à la fin du monde), conclusion qui est précisément h* contraire de ce qu'il leur était nécessaire Je <h*montrer. Or, maintenant que nous possédons ; cotlo (*()nclusion , euiployons roncurrennnent :
BU aiATéRiAUS)ic. 268
311e l'argument par l'indni cité plus haut, 255 , et nous trouverons que le monde deêtre immobile depuis long-temps, point de départ explicatif des matérialistes» 1 vient d'être question , a été emprunté à >nstdérations générales d'histoire naturelle, les naturalistes, loin de conclure de ce coup sur les forces circulaires que Dieu a mises la création , loin de conclure à l'éternité )nde , en ont , au contraire , induit qu'il fipar l'immobilité absolue. Newton arrivait î conséquence analogue en contemplant de sa loi de la gravitation ; c'est ce qui lui
dire qu'un jour il faudrait que la main do rint raffermir l'univers.
naturalistes , au reste , ne se bornèrent porter une conclusion , et à produire di- ; hypothèses au même point de vue. Ils se t a observer, et de là ces remarques considans divers ouvrages , sur la solidification mte du globe , sur l'accroissement des Lgnes, la diminution des eaux, la multion des polypiers qui envahissent toutes les n ter tropicales , etc.
lous citons ces observations, ce n'est pas ous-même nous croyions aux inductions is auteurs en ont fait sortir ; mais nous l(*s Ions , afin de prouver que la conclusion )ar la logique de la considération des lois
circulaires , est vérifiée par les faits de rordi^ circulaire , et qu'en tenant compte seulemenft^ de ces lois , comme le font les matérialistes , (m arrive à une conséquence qui nie directement Tun des élémens nécessaires de leur système. Quant a nous , nous nous en tenons à la paroir de saint Pierre , et nous croyons avec \uiàéi '^ nouveaux deux et à une nouvelle terre.
Troisième assertion. — Le monde a été et sen ^ toujours ce qu'il est. Voilà une assertion qû est ' directement contredite par les faits. La sede ^ géologie suiHl pour montrer que le globe a soU ^' des modiûcations tellement profondes , que poor '^ les expliquer il faut admettre l'intervention de •' forces nouvelles successivement créées pour opérer chacune d'elles. L'histoire de l'humanité montre que les sociétés humaines ont été plu» sieurs fois fondamentalement modifiées. L'histoire du ciel elle-même , ou l'observation astronomique , nous apprend que des étoiles ou des soleils ont disparu ou se sont éteints. L'aspect que présentent les comètes , dont on a étudié les retours périodiques , n'est pas toujours le mèine ' à chaque apparition ; leurs queues sont plos allongées ou plus courtes. 11 n'y a donc aucune fixité dans les choses de ce monde, et l'on a le droit de dire que notre cerf îtude de voir encore demain la lumière du jour est uniquement fondée sur la foi en cette promesse du Fils de Dieu,
que te royaume de Dieu sera réalisé sur la terre. Ces difficultés, ces objections, n'ont point échappe aux matérialistes savans. Ils ont clier- Aé à les résoudre d'abord pour eux-mêmes , et Osai te pour les autres. Nous allons voir que krs solutions n'ont abouti qu'à rendre l'absurfilé de l'assertion principale plus évidente encore. Aussi est-on en droit de s'étonner que la lupart aient persisté. On admet , en effet , avec eine que des hommes prennent sciemment et ^lontairement le parti de l'erreur. Mais cette ^Tsistance s'explique lorsqu'on tient compte des rconstances qui sont particulières a chacun eux. Quelques uns ne connaissaient pas la luse qu'ils combattaient ; ils ne voyaient que 3lle qu'ils défendaient , et ils attribuaient les icunes, les vices que présentait leur travail, à ce ue leurs recherches n'avaient été ni assez comlètes , ni assez étendues. D'autres ont été empêhés de se rétracter par mauvaise honte , par •aresse , par l'intérêt de conserver une position cqnise ; d'autres , en plus grand nombre , par a mort. Ainsi, on assure que le dernier mot de japlace mourant h ceux qui cherchaient a l'en- «urager dans ce difficile passage par le souvelir des services qu'il avait rendus à la science , ot : « Hélas ! je crains bien de m'être trompé. > ^n effet , c'est déjà une chose démontrée sur .plusieurs points aujourd'hui. Mais, arrivons a
266 ONTOLOGIE. PAKTIE CRITIQUE.
l'examen des moyens par lesquels on a tei tomner les difficultés dont il vient d'être tion.
En géologie, la difficulté principale être d'expliquer les diversités d'organij végétale et animale dont on rencontrait le bris dans les couches formant l'écorce du g diversités également fondamentales , égale caractérisées , mais qui apparaissaient d'à plus étranges et plus anormales que Ton trait dans une couche plus ancienne et plu fonde. Dans ce but, voici le système qu< imagina : on supposa qu'un jour, par un soleil , un phénomène chimique avait , dai eau tranquille et dormante , donné lieu à I mation d'une première molécule organ d'un globule primitif. Ce point de départ é on supposa que ce globule primitif engei par son action d'autres molécules, et c mouvement vital, aidé toujours d'un miliei rable , compliquait et multipliait les forme fin on essaya de poursuivre la démonstrat; cet axiome emprunté à un homme qui i rien moins qu'athée : savoir, que l'organî se perfectionnait elle-même, et s'appn aux milieux ambians. La première objectic l'on devait naturellement opposer à ce sys c'est que le phénomène devait avoir coï incnt lieu : pourquoi , disait-on , ne ver
lous pas de pareilles formations et de semlables transformations s'opérer encore aujour- Phui sous nos yeux ? L'argument était irréfutable, knssi , il se trouva des gens qui voulurent mon- ^r qu'en effet il y en avait aujourd'hui de sem- Hables. A cette fin , ils allèrent étudier ce qui se passait dans les eaux stagnantes , dans ces mares Ktides qui contiennent des détritus de toutes iqpèces. On y trouva, en effet, des globules de Énatière organique , et ce que l'on appelle de la matière verte ; mais il fut impossible d'établir le moindre lien de continuité entre ces existences et quelques unes de celles même les plus inférieures du règne animal. On fut arrêté là par une impossibilité invincible, dans laquelle les aveugles dont nous parlons, aimèrent mieux voir une difficulté infranchissable pour le moment , qu'une condamnation de leur système ; ne réfléchissant pas que si celui-ci eût été conforme à la vérité , on n'eût pas vu seulement aujourd'hui de la matière verte se transformer en poljrpes , mais des poissons en reptiles , mais des reptiles en mammifères, mais des chiens en singes , mais des singes en hommes.
On voit que l'argument irréfutable reste toujours tel. Que s'ils disaient que les transformations dont il s'agit ne se font plus , parce que les milieux sont changés, et que celui où nous sommes ne convient qu'aux modes d'existences
268 outologie. partie critique.
aujourd'hui vivantes , ils seraient en contradie^ tion avec leur assertion principale , avec celle \ qu'ils voulaient d'abord prouver : savoir, que >• le monde a toujours été et sera toujours ce quH e est. Ils impliqueraient l'admission du commen- J cément du monde, et tomberaient sous la cou- r damnation de cet argument par l'infini, quenott ^. avons déjà cité , page 255. 5
Mais les efforts des matérialistes , pour se don* ner une démonstration à eux-mêmes , ne se sont point bornés à l'émission du seul système que nous venons de combattre. Pénétrés de la réalité et de la puissance de l'objection tirée de ceci : que l'observation actuelle ne nous faisait apercevoir aucune de ces transmutations de formes à l'aide desquelles ils cherchaient à prouver que jamais il n'y avait eu , dans le monde , ni plus ni moins de forces actives , ni plus ni moins de propriétés physiques ; certains que l'objectioD était invincible par les moyens scientifiques déjà employés, ils donnèrent à la doctrine de l'immutabilité du monde un champ plus vaste : ils supposèrent qu'il passait par une succession d'états phénoménaux circulaires , d'une durée immense, et se reproduisant à certaines périodes, selon les lois de tout ce qui obéit au mouvemenl en cercle. Ce fut à l'astronomie qu'ils empruotèreiit cette nouvelle doctrine. Dans la première période, disent-ils, ou dans celle queTonpeui
DU MATERIA1JSHE. S69
rendre pour la première , la matière est disse* inée dans l'espace. Cependant chacune des olécules de cette matière , attendu les proprié- » d'attraction qu'elle possède , tend à se faire Qtre. Après un certain temps passé dans cette tte , quelques unes attirent à elles les moléles voisines; et, comme l'attraction est en ison carrée des masses, leur puissance d'atiction est accrue par le volume. Ici remarions que Ton a oublié de nous dire pourquoi itre des molécules toutes primitivement égales i unes aux autres, la force attractive de lelques unes l'a définitivement emporté sur lie de quelques autres. Pour comprendre cela , faudrait admettre que l'égalité et l'inégalité ne ient pas des termes opposés et contraires, »nune oui et non. Cette difficulté ne laisse pas le d'être fondamentale ; elle nous montre qu'aie la meilleure volonté le système ne peut happer à la nécessité d'une intervention d'un ïnre différent de celui de la matière, même ms l'explication qu'il cherche à rendre la plus coureuse. Mais passons. Les centres d'attracm étant ainsi constitués, il devint facile de ndre compte de la formation des systèmes anétaires. Les globes les plus petits furent enainés dans la sphère d'attraction des plus *ands ; il suffit ici d'appliquer la loi de gravita- 3n formulée par Newton pour tout expliquer.
270 0:iTOUlGIE. PA&TIl GEiriQUE.
Restait à donner la raison des existences végè* taies, animales, etc. , que Ton observe sur b}^ globe. A cette fin, on se servait du système èW formation que nous venons d'exposer il y a oi i instant. Alais ici on trouvait une difficulté dont iz nous avons déjà parlé, et qui était compUqoéi iV de plusieurs autres dont nous n'avons riea ëL t Pour expliquer comment les formations et kl i transforpiations végétales et animales , qui , vu comme nous l'avons dit , d'un globule de ma* i tière verte devaient aboutir à l'homme si la doo- c trine était exacte , n'avaient cependant plus lin i sous nos yeux , il fallait admettre d'abord 11&* ly tervention des milieux, puis la transformatk» j;: de ces lieux , puis un milieu fixe , celui oùnoos , vivons , milieu qui durerait un certain temps , » après quoi il serait lui-même changé en un . autre , etc. ; pour admettre toutes ces choses, il fallait en douuer une raison ; pour que cette raison fût suffisante , il fallait qu'elle résultât de l'inteiTention d'une force quelconque , qui pôl être tantôt présente , tantôt absente , sans êirc cependant une volonté. Ainsi , de conséquaxres en conséquences on était logiquement obligé de faire agir même dans la durée du phénomène astronomique autre chose que les puissances de la gravitation. Ajoutez qu'il fallait dire pourquoi il y avait des soleils qui s'éteignaient , des comètes (|ui changeaient d'as|^ect , pourquoi il y
BU MATÉlUALISMfi. 271
QTait encore de la matière disséminée dans l'espace ; car c'est ainsi que Ton déûnissait les né-^ bilieuses. Pour rendre compte de toutes ces difficultés , on eut recours à Faction d'un fluide dit impondérable , on eut recours à l'action du calorique. On supposa que c'était celui-ci qui produisait la dissémination de la matière dans l'espace; que cette matière disséminée perdait, en se contractant sous Tinfluence de l'attraction , ce calorique ; que les masses formées par ces contractions (par exemple , notre globe terrestre) , étaient d'abord enflammées , puis fluides , puis solides et brûlantes , puis moins chaudes. Cette hypothèse permettait de dire que notre terre avait passé par des états diflerens, états qui avaient donné lieu aux milieux divers nécessaires pour expliquer les formations et les transformations animales dont il a été question. La conclusion logique de cette hypothèse, c'est qu'un jour le globe , toutes nos planètes et notre soleil lui-même , par la déperdition du calorique qu'ils contiennent encore , arriveront au froid et à la solidification absolue. C'est, en effet, l'opioion des matérialistes savans dont nous nous occupons. Ils n'ont pas d'ailleurs poussé leurs suppositions plus loin , bien qu'elles aient une suite logique bien étendue encore. Quant à nous, qui désirons donner au matérialisme toute l'apparence dont il est susceptible, tout le terrain
qu'il peut tenir, afin de le combattre mieux el [ d'en Iriompber complètement, nous all(»i achever l'hypothèse et la poursuivre jusqu'aui dernières conclusions possibles.
On est en droit de demander au matérialiste ce qui arrivera lorsque le globe , les planètes el le soleil auront atteint le dernier degré de solidification et de refroidissement ; et le matérialiste est mis, par la doctrine précédente , en voie de répondre ce qui suit : < Le calorique viendra s'emparer de nouveau de ces masses inertes ; il les réchauffera , les fluidifiera , puis les disséminera dans l'espace , c'est-à-dire , en définitive, qu'il les ramènera à l'état de matière disséminée ou de nébuleuses, > Mais , ajouterez-vous , d'où ce calorique pourra-t-il venir, et pourquoi viendrait-il dans des corps qu'il a quittés depuis si long-temps? < Cela n'est point inexplicable, dira le matérialiste : la théorie générale en rend compte. En effet , le calorique , chassé par la contraction primitive de la matière de noire monde, lorsque l'attraction la réunissait en niasse , a été s'épancher dans un système planétaire voisin, arrivé à l'état de solidification. Au furet à mesure qu'il abandonnait un système , il devenait plus abondant dans l'autre: de telle sorte que l'état de solidification parfaite de notre système planétaire peut (Hre conçu comme correspondant à l'état de dissémination complète dans
a matière d*im système voisin. Or, cet état de Usséini nation complète est positivement celui lù commence , ai-je dit , le mouvement de conraclion : il est donc tout simple que le calorique, îhassé du système voisin par ce mouvement, denne de nouveau s'épancher dans le nôtre , et f croisse d'une manière proportionnelle à la décroissance qui existe ailleurs. Ainsi toutes choses ont lieu par un passage perpétuel de l'état solide à l'état de dissémination, et réciproquement. »
Ces dernières considérations complètent la doctrine par laquelle les matérialistes se sont efforcés d'expliquer les modifications que le monde a éprouvées. Mais que d'objections invincibles , que d'oppositions de fait à chaque pas de la carrière si on veut la suivre ! A tout instant on est obligé de franchir des impossibilités logiques à l'aide d'affirmations dépourvues de toute justification. Cependant ce système est encore celui de beaucoup de savaiis de nos jours. Nos lecteurs ont dû même reconnaître, dans le cours de notre exposition, les points de départ de plus d'une opinion professée à l'Académie des sciences. Cela prouve seulement qu'on peut savoir beaucoup de faits , et n'être qu'un médiocre raisonneur ; cela prouve que la mémoire peut se passer de logique. Revenons a notre sujet.
Nous ne nous proposons pas d'énumérer en ce lieu toutes les objections dont nous venons de
ilh OSTOLOGIt. PARTIE CRITIQUfi.
parl^; car, à cette fin , il ne faudrait faire net moins qu'un traité de science naturelle. I^oai . nous bornerons h mettre en saillie les principt» * les absurdités logiques.
Nous avons déjà fait remarquer, au commeiH cernent de notre exposition, qu'il était impo9- " sible de concevoir comment , parmi des corps de même force qui exerçaient les uns sur ki l autres , une égale attraction, il s'en trouva, çà et i là, quelqu'un qui devint un centre assez piûssant : pour en entraîner plusieurs dans sa sphère spéciale d'activité , ou se les assimiler en quelque sorte. Cette supposition est en opposition mani* feste avec la physique expérimentale. Celle^i nous apprend qu'un corps placé entre des attractions égales reste nécessairement inunobiie. Or, cette position est précisément celle de toults les molécules dans l'hypothèse de la matière disséminée. Toutes les molécules sont attirées également dans tous les sens ; elles devraient doue toutes rester immobiles. La conclusion est rigoureuse, et les prémisses sont, nous le croyons, irrécusables ; mais on fait intervenir le calorique, dont le mode d'action est particulièrement de séparer ce qui est uni , et la présence de ce lluiJe impondérable , nous dira-t-on , aura pour résultat , dans le cas dont il s'agit, de troubler l'action des forces attractives , et de détruire Timmobilité qui était maintenue par elles. Voici uue
4>jection qui a quelque semblant de vérité « fous allons donc nous arrêter un instant à l'exa-^ liner. L'invasion du calorique n'est point brusiie, mais lente et successivement croissante; lie a donc pour conséquence de faire passer la latière par une succession de périodes , depuis état de simple échauffemeut jusqu'à celui de issémination moléculaire. Quelque courtes que on suppose ces périodes, elles sont néanmoins. y aura donc un moment où la dissémination îra complète ; eh bien , nous ne voyons pas , ans ce moment , en quoi la présence du caloîque pourra changer le mode d'action des (tractions. La force d'attraction porte tous les )rps à entrer en contact ou en union imméiate; la présence du calorique s'oppose à ce 3ntact : nous voyons là un équilibre entre deux )rces, qui ne change rien au mode d'action pariculier à chacune d'elles ; nous voyons là , en a mot, un équilibre parfait d'où doit résulter ine parfaite immobilité. Remarquez, en effet, [ue l'on ne saurait nous dire pourquoi le caloique entre et sort d'un système planétaire. Est- « parce que la force d'attraction tantôt lui îède, et tantôt le combat? Pour cela , il faudrait [ue la force d'attraction fût tantôt forte , tantôt aible. Or, pourquoi serait-elle tantôt forte, ^tôt faible? 11 faudrait imaginer une nouvelle ^use encore pour expliquer ces modifications
276 OIITOLOGXE. PA&TIB CR1TIQI7S.
dans l'énergie des forces brutes : celte < imaginée , la même objection se présentera ainsi toujours jusqu'à ce que l'on eût reco l'intervention d'un être immatériel et libn reste , le rôle que l'on ferait jouer au calo dans le système dont nous nous occupons e opposition avec les lois constantes que Y rience nous a révélées sur la manière de comporte ce fluide. 11 tend constamment mettre en équilibre. Or, comme nous avons fini derrière aussi bien que devant nous , Ai passé aussi bien que dans l'avenir^ on ne prend pas , dans le système , comment cet libre n'existerait pas déjà depuis un tem] fini ; bien plus , on ne comprend pas , toi dans le système athéiste , comment l'équ eût commencé un jour ; car ce serait là fix< commencement au monde.
L'argument de l'infini fournit une autr jection générale au système que nous v( d'exposer : nous croyons utile de le prése moins pour accroître la démonstration de surdité logique du matérialisme (nous la en plus que sulïisante ) , que iK)ur signaler dî tage un usage d(; la considération de l'ii qu'à notre connaissance on n'a jusqu'à pr pas aperçu. Pourquoi , est-il à dire , i>oui supposer que le calorique ({uittant notre sys pianotai rcMi'ail le pas au-delà <lii système* ;i
ou MA.TÉAIALISME. 377
jue voisin? Pourquoi s'arrêterait-il dans ci , et ne passerait-il pas au-delà , c'est-àians un troisième système, puis ensuite un quatrième, et ainsi à Tinfini? Cette le est mille fois plus conforme à ce que savons de la propagation du calorique dans rps , que l'hypothèse précédente. Or, Tesîst d'une étendue infinie. Le mouvement 3us décrivons a donc à parcourir une étenifinie; par suite il devrait être terminé chez ît dans tout ce qui nous touche depuis un
infini. En effet, si ce mouvement n'a pas lencé, c'est-à-dire est infini en durée,
ce que les matérialistes sont obligés d'ade, ainsi que nous l'avons montré plus haut), re qu'il opère dans chaque système , en y Qt et en le quittant , est , au contraire , une e d'une durée finie, ayant lieu dans un e également fini , et qui par suite devrait lepuis long- temps terminée , puisqu'elle a nfini pour s'achever. On arrive donc , de s manières , par les explications matéria- , à trouver que , si elles étaient conformes érité , rien ne serait plus ; la nature serait e; et, dans le cas particulier, le système itaire rentré dans le refroidissement et la fication absolue.
îst ainsi que plus on manie ces hypothèses rialistes , qui paraissent d'abord si bien liées II. 48
378 OHTOLOGIE. PAATIE CAITIQVK.
et si bien suivies , plus on les trouve contradb^ .^ toires aux faits , à la raison et à elles-mêmes. • ^
Nous terminerons ici l'examen des concluàoDS matérialistes sur le système du monde; nooi allons aborder celles qui sont relatives à llioinroe.
La science de l'homme nous est , en quelque sorte , donnée par les affirmations matérialisteB précédentes : l'homme doit être considéréoHnme un produit , comme un résultat des forces générales de la nature ou des propriétés de la matière, comme l'etTet d'une combinaison chimique qui a lieu dans certaines circonstances , et dore un certain temps. Admettre que l'homme vint d'ailleurs , ce serait rentrer dans le système spiritualiste et religieux ; car ce serait reconnaître qu'il existe une puissance en dehors de la matière , et cependant souveraine du monde maté* riel.
L'homme n'est donc qu'un animal qui a des sens plus parfaits ou plus exercés que tout autre. Comment ces sens plus parfaits lui sont-ils venus? On répond que c'est par l'usage. D'oùFe^ pèce humaine elle-même est-elle venue? Où répond que c'est d'un singe transformé par ce^ taines circonstances favorables. Nous ne conniB* sons pas d'hypothèse plus moderne ; et ce qui prouve qu'elle n'est pas abandonnée , c'est qne
DU MiLTÉRIALISnE. 27f
Os naturalistes étudient avec le même soin, le téme amour, que dans le dix-huitième siècle , î instincts des orangs d'Asie ; qu'ils accueillent
saisissent avec la même joie et les mêmes ipressemens toutes les analogies de manières e les individus de ce genre peuvent présen- ' avec nous ; c'est enfin que Ton n'a point aban* nné ce système d'observations par lequel on ercliait à trouver, dans les variétés de l'espèce maine , la transition de l'homme caucasique
singe. En suivant la croissance des angles liaux , on cherche encore à passer du Papou
Boschimann, de celui-ci au Cafre, etc. , jusqu'à iuropéen. On trouvera dans les naturalistes yageurs un grand nombre d'observations qui rapportent à ce système.
Cependant l'anatomie a prouvé que jamais un Qge , même l'orang-outang , le plus élevé dans
série , ne pourrait devenir un homme , quel le fût le développement que certaines cir- )DStances, plus qu'hypothétiques d'ailleurs , ossent donner à ses facultés natives. L'organiition des membres inférieurs chez \% singe est nalogue à celle des mains et des bras ; il n'a KHut de mollet, disons plus, il n'a point une nain semblable à la nôtre. Voilà des choses que iNisage ne peut changer.
Quelques matérialistes ont trouvé plus convenable de considérer l'homme comme une trans^
380 outologik. partie caitiqub.
formation du phoque. Ils remarquaient que phoque élait plus intelligent que le singe , qi vivait en société, qu'il avait un certain senlinu de la propriété et de \a justice. D'ailleurs , ces vans pensaient que dans la période où la vie a\ été produite , le globe était couvert d'eau , et] suite ils concluaient que toute espèce aniin avait été primitivement une espèce aquatiq Mais comment les nageoires du phoque avaie elles jamais pu se transformer en bras et jambes? On répondait que ces nageoires s'clai allongées a force de servir à traîner le corps terre, etc. Or, Fanatomie prouve encore l'organisa tion du système osseux de cesnageo est tel , qu'on aura beau les allonger, jamais ne pourra les transformer, soit en mains, en pieds , et surtout en carpe ou en tai'se.
Voilà deux exemples de la manière dont matérialistes entendent les transformations i maies, et dont ils ont traduit le singulier axi( dont nous avons déjà parlé : savoir, <|ue Toi nisation se faisait elle-même. Les naturnli de cette secte ont cherché à trouver, entre les animaux, dc^s similitudes apparentes, : logues à celles qu'ils croyaient voir entre noi le singe. Us espéraient par là arriver à éti une ligne continue (}ui unit la nature brute nature organique , le végétal le plus sinipU végétal le plus composé, le végétal à Taninia
'Wmal le plus simple au plus élevé, c'est-à-dire à liomme. Daus ce but, ils cherchèrent des genres itermédiaires entre le carnassier et le singe , 'on Ton pût induire , d'une manière aussi pro ible qu'à l'égard de l'orang et de l'homme , l'un carnassier pouvait devenir singe', et un âge se changer en carnassier selon les cir- ^nstances , etc. Ce genre d'essai fut tenté pour utes les classes. Nous n'avons pas besoin de re que partout on échoua. Nous regrettons pendant de ne pouvoir en mettre les preuves us les yeux de nos lecteurs, rien ne serait plus •opre à rendre manifeste l'extrême absurdité 1 matérialisme; mais pour cela il faudrait ircourir le cadre entier de la zoologie , et c'est I qu'il ne nous appartient pas de faire en ce îu. 11 est bon de dire en passant, cependant, ne quelques uns des naturalistes dont il s'agit, attribuent l'arrêt qu'ont éprouvé les transforlations de ce genre qu'à la seule influence de îlles qui sont déjà opérées. C'est , selon eux , arce que l'homme existe que les autres singes e peuvent se développer, etc. ; en sorte que si homme disparaissait, immanquablement une utre classe le remplacerait, et ainsi de suite. Vilà certainement des assertions bien étranges , [ui sembleraient plutôt imaginées pour tourner « système en ridicule que pour l'appuyer et le ccMnpléter. Néanmoins elles en découlent très
989 OUTOLOGIS. PABTIB CUTIQinC.
logiquement, elles sont écrites en plusie livres , et il est peu d'étudians de mon temps n'en aient entendu dire quelque chose.
Mais arrivons au fait principal , au fait qui tous les yeux , spécialise l'espèce humaine l plus eiicore que les formes corporelles : arriv à Texamen des causes de l'activité de l'hom Voyons comment les matérialistes vont i les expliquer.
A l'égard de leur science de l'homme , iV sont pas plus libres qu'à l'égard de leur sci( du monde. Leur négation primitive leur im| des obligations logiques auxquelles il faut s; faire , sous peine de nier et de mettre à néaii point de départ de tout le système. Bien qu'il vantent de ne procéder que par observation s'appuyer seulement sur les faits et l'expëriei il ne leur est point permis de tirer des faits € l'expérience toutes les conséquences qui en sortent ; car ils sont contraints avant tout d< tisfaire aux conditions essentielles de leur systè
Ainsi , comme nous l'avons déjà dit , il: peuvent admettre dans l'iionime une force ciale d'un autre genre que celles (jui exis dans la nature ; car ce serait d'abord contre leur syslème général sur l'univers , et rorapi cercle <les révolutions par lequel ils cherche rendre compte de la généralité des choses outre , s'ils n.»connaissaient une force pari
DU 1IATÉRIALIS3IF. 28 S
pour expliquer le mode d'activité de l'homils seraient obligés d'en faire la théorie , et à entraînés dans une voie d'inductions qui luraient contre l'athéisme. Ainsi, ou ne rait refuser à cette force d'être éternelle , commencement , ni fin , comme l'univers léme ; car autrement elle serait un effet, et m principe ou un élément. Il serait nécesde décider si elle est commune ou indivie , d'où elle vient , où elle va , pourquoi )rend un corps , pourquoi elle le quitte , s'il étempsychoseounon, etc. De cette manière îraient ramenés à l'examen de toutes les ions théologiques qu'ils voulaient effacer à is du livre de la science. On voit par la que îgation de l'existence de l'àme est une conînce non seulement du matérialisme for- , mais encore de la simple négation de tence de Dieu.
condition essentielle du matérialisme, quant cience de l'homme , est de reconnaître et rouver que l'homme est mu seulement à riori ou par impulsion, comme un corps On objectera que les sensations qu'il reçoit londe extérieur sont extrêmement faibles et lisent cependant quelquefois des mouve- . extrêmement violens : que , par exemple , e d'un lion produit des effets d'une énergie a -fait disproporûonnée avec l'impulsion
286 ORTOLCGÎE. PAATIK CAlflQOE.
œinniuniquée à la réline par la lumière qui y porte l'image de cet animal : on répondra que l'organisme est de telle sorte que les eflets y sont multiplies selon certaines conditions préétablies. On objectera que Thomme se meut souvent par des raisons qui ne ressortent que de lui-même. On réf)ondra qu'il est toujours mu , et que , dans ce cas, il obéit à un appétit. L'homme, dîral-on , est une ( spèce de monde à part , un petit système d'une durée minime , qui est constitué par une œrtaine succession circulaire de phénomènes ; il entre dans la loi de cette succession qu'à certains momens l'homme soit mu d'une certaine manière , par exemple , par la faim, la soif, l'appétit vénérien , etc. ; c'est ce que Ton appelle obéir à l'instinct.
Les différons systèmes sur la science de l'honinie , ({ui exist(;nt dans le malérialisnic , ont tmis pour but de rendi'c cfîlle condition essenliflle probable , en ra[)[»ropriaiit aux fails , ou en iniaginrint des fails (|ui y soient a[)pr()prié'S. Nous n'(»ssai(Mons |îoint (h; faire l'énuméralion de ces lenlalives, (|ui se sont succcMlé avec une rapidité reniar(]uabl(Mle]>uis moins de soixante ans, etd(;nf le [jeu de durée montre le fieu d'apprenc(». Aujourd'hui le matérialisme s'est réfu/ié dans la |)lirénolo^ri(».
11 a (Mnprinilé à un savant relif^ieux , iiCliarl(s Itonnet , une id«*e générale sur l'or^^anisationdu
h\J MATÉAIALISME. 285
sième nerveux inlra-crânien , idée dont il a tourné la signiâcation. Charles Bonnet cher-
ait , ainsi que beaucoup d'anàtomistes avant i, l'organisme matériel qui servait d'instrumt immédiat à Tâme ; il le cherchait dans le )tème nerveux. Il émit l'hypothèse qu'il y avait itant de fibres dans le cerveau que d'idées pos- Mes. On pensa que ces fibres devaient être assées en groupes représentatifs des difierentes écialités générales de fonctions. On appela ces asses des sens intra-crâniens. Gall chercha a 1 déterminer le nombre. C'était un anatomiste sez distingué; mais à son savoir anatomique joignit le charlatanisme de la crânioscopie , et prétendit deviner les sens cérébraux d'après inspection du crâne. 11 en publia une nomenlalure; on y voyait le sens de l'amour physique, «lui de l'amour des enfans , celui du vol , ceux lu meurtre , de la ruse , de la musique , de la nalhématique , de la construction , etc. , etc. Dans ce système , l'homme n'était qu'un animal ayant l'avantage de posséder ensemble les sens dispersés dans divers animaux. On répondit à ce S)'stème crânioscopique par des plaisanteries (1) et par des argumens sérieux. Gall fit des conces-
(I) Voyez à cet égard les cliarmans articles d'Hoffmann dansle/oM/Tirt/ de l'Empire,
284 0KT0L0G2E. PARTIR CElfiQOE.
communiquée h la rétine par la lumière qui y |' porte l'image de cet animal: on répondra que ' Torganisme est de telle sorte que les effets y sont multiplies selon certaines conditions préétablies. On objectera que Thomme se meut souvent par des raisons qui ne ressortent que de lui-même. On ré[>ondra qu'il est toujours mu , et que , dans ce cas , il obéit a un appétit. L'homme , dîral-on , est une espèce de monde à part , un petit système d'une durée minime , qui est constitué par une œrlaine succession circulaire de phénomènes ; il entre dans la loi de cette succession qu'à certains momens l'homme soit mu d'une certaine manière , par exemple , par la faim , la soif, l'appélit vénérien , etc. ; c'est ce que Ton appelle obéir à l'instinct.
Les diflcrens systèmes sur la science de rhoiume , qui existent dans le malérialisme , ont Ions pour but de rendre celle condilion essenliolle probable , en l'appropriant aux (ails , ou en iniaginnnt des fails (jui y soient a[)pn)priés. Nous n'essaierons point de faire l'énuméralion de ces lenlalives, <|ui se sont succédé avec une rapi- (iilé remarquable dejHiis moins de soixante ans, et dont le peu de durée montre le peu d'apparence. Aujourd'hui le matérialisme s'est réfugié dans la plirénoloijie.
II a emprunté à un savant religieux , à Charles Bonnet , une idée générale sur l'organisation dw
hV MATÉAIALISME. 285
yslème nerveux intra-crânien , idée dont il a létourné la signiâcation. Charles Bonnet cher- ;hait , ainsi que beaucoup d'anàtomistes avant ui , Forganisme matériel qui servait d'instrument immédiat à l'âme ; il le cherchait dans le jyslème nerveux. 11 émit l'hypothèse qu'il y avait autant de fibres dans le cerveau que d'idées possibles. On pensa que ces fibres devaient être classées en groupes représentatifs des difiTérentes spécialités générales de fonctions. On appela ces masses des sens intra-crâniens. Gall chercha à en déterminer le nombre. C'était un anatomiste assez distingué; mais à son savoir anatomique il joignit le charlatanisme de la crânioscopie , et il prétendit deviner les sens cérébraux d'après l'inspection du crâne. 11 en publia une nomenclature; on y voyait le sens de l'amour physique, ceJui de l'amour des enfans , celui du vol , ceux du meurtre , de la ruse , de la musique , de la mathématique, de la construction, etc., etc. Dans ce système , l'homme n'était qu'un animal ayant l'avantage de posséder ensemble les sens dispersés dans divers animaux. On répondit à ce système crânioscopique par des plaisanteries (1) et par des argumens sérieux. Gall fit des conces-
(i) Voyez à cet égard les charmans articles d'Hoffmann dans le Journal de l'Empire.
S86 OI9TOLOGIB. PART» CAITlQUt.
sions au ridicule ; car c'était aux gens du moude ^ qu'il voulait plaire surtout, on devine dans quel > intérêt ; il remplaça le sens du vol par celui de = la propriété, celui du meurtre par celui de la des- . tructivité , etc. Il en imagina quelques autres, r II s'humilia enûn devant la plaisanterie ; mais il ne concéda rien à la science ; car elle ruinait la -. doctrine elle-même. Elle lui adressait desargnmens anatomiques qui sont encore irréfutables aujourd'hui , mais que nos lecteurs ne comprendraient pas. Elle ne lui niait pas qu'il n'eût raison, avec beaucoup d'autres avant lui, d'admettre des sens inlra-cràniens , mais elle lui niait la connaissance de ces sens; elle lui soutenait que sa méthode de les rechercher par l'étude du crâne , était absurde ; elle lui reprochait de détourner le travail de ses voies et le perdre sur un chemin sans issue ; elle lui opposait l'anatomie comparée tout entière. Ainsi il disait que le cervelet était l'organe de l'amour physique, et elle lui montrait des animaux extrêniement salaces qui n'avaient presque pas de cervelet ; elle lui montrait que cela était Taux même ilaus l'homme, etc., etc. Nous n'avons ici ni le temps, ni la volonlé de parcourir la liste des objections innombrables qui mettent cent négations de fait vis-à-vis cha(iue asseilion de raventurier allemand. Nous renvoyons, pour toutes ces
BU HATÉRIALISMl. 387
choses , à l'ouvrage de Fun de nos amis (1). A Gall a succédé Spurzheim ; celui-ci était spiritualiste. A Spurzheim a succédé Broussais , qui était matérialiste. La valeur contemporaine de cette doctrine est tout entière dans la protection du pouvoir, qui autorise ses cours , fournit des salles aux réunions de ses adeptes , et ne permet ' pas qu'on lui réponde ; dans l'ignorance du public , auquel on la donne comme une conclusion de la science , et dans la confiance même de ce public dans les' lumières du pouvoir ; car qui pourra croire que le gouvernement autorise un enseignement qu'il n'approuverait pas et ne connaîtrait pas , lui qui se montre d'ailleurs si jaloux de ce droit sous mille autres rapports ?
Quoi qu'il en soit, elle ne diffère point de toute autre doctrine matérialiste , quanta la condition essentielle que nous avons fixée. Elle explique le mode d'activité particulier à l'homme par les aptitudes qu'il possçde et qu'elle imagine, et dont elle accroît le nombre quand il est besoin ; mais elle ne change rien quant au mode par lequel ces aptitudes sont mises en action: c'est toujours sous l'influence d'une impression du monde extérieur, ou d'une impulsion émanée de ce cercle de phénomènes qui constituent la vie
(1) Exposé et examen critique du système phrénologique, par le doct. L. Cerise. Paris, 1856.
388 OHTOLOGIE. PAKTII CAlTIQUI.
organique , en un mot , d'une sensation ou (Tiui besoin. Selon elle , Tbomme , à une sensation de froid, répond vêtement; à une sensation de pluie , répond maison ; a un obstacle , destruction ; à des difficultés , ruse , etc. Elle n'a inDOvé qu'en cela , qu'elle a rendu la doctrine sur les facultés de l'homme plus simple que celle admise par les anciens matérialistes ; mais elle n'a point changé la position à posteriori où elles avaient été contraintes de placer constamment l'homme. Ainsi , parce que tous ces systèmes sont établis d'après le même point de départ , une seule et mémo objection de fait suffit à les renverser tous.
Il est certain , il est prouvé par l'histoire tout entière de l'humanité et de chacun en particulier, que riiomme n'est pas seulement passif, mais qu'il (îst actif. S'il n'était que passif, quelles que soient les aptitudes matérielles qu'on veuille lui préler, il ferait toujours la nicme chose. Au contraire , non seulenieiit il invente , mais il innove. Il trouve (îl écrit des choses «jui sont coiupléteiiieul coîilradicloires à ce que les sens lui enseignent ; |)ar exemple , le système du monde. Il imagine et. crée des formes. Ilien n'est plus manilest^' dans l(»s arts : rieu ne se n^scnible moins (|u'uue pyramiile mexicaine, <|u'un feniplc égyplien et ({u'une cathédrale golhi(iue. Rien ne se ressniihle moins qu«» de la musique chinoise.
BU MATÉRIALISMl. 289
arabe , grecque et chrétienne. L'homme est actif lorsqu'il résiste à la faim , à la soif, à la douleur. 11 est actif quand il étudie , quand il fait attention , toutes les fois qu'il obéit à un devoir, toutes les fois qu'il travaille , toutes les fois , en un mot , qu'il subit volontairement une peine , et fait un effort quelconque. Or, n'est-ce pas là la manière d'êlre la plus générale de l'humanité? La société n'est pas fondée sur autre chose ; elle ne subsiste que par l'activité constante de chacun de ses membres , et leur dévouement au devoir. Au point de vue social , on donne le nom de mal à tout ce qui est seulement l'effet de la simple passivité, de la simple obéissance à l'instinct ; on donne le nom de bien a ce qui est le produit de l'activité , c'est-à-dire à ce qui est un effort. Or, la société ne durerait pas un jour si le mal était plus abondant , plus nombreux que le bien , c'est-à-dire si la passivité l'emportait sur l'activité.
Si d'ailleurs l'homme n'était qu'un composé formé d'aptitudes , il serait dans tous les temps le même. L'histoire de l'humanité n'aurait à enregistrer que des effets toujours pareils , ressortant du jeu de passions et d'appétits toujours identiques. C'est , au reste , de cette manière que les matérialistes arrangent l'histoire ; leurs écrivains ne voient dans les choses humaines que le produit des passions et des aptitudes particu-
290 OHTOIXMUU. PAATn GAITIQUX.
lières. Mais, s'il en était réellement ainsi , coniment se serait-il produit tant de choses nouvelles dans rhumanité? Les aptitudes étant le ' seul principe de nos actions , ces aptitudes étant fixes , nécessairement les actions humaines n'au- : raient pas varié , et ne pourraient pas varier. Le progrès, ce fait aujourd'hui si bien démontré qu'il est devenu inniable, et dont les athées eux-mêmes osent prononcer le nom , le progrès serait chose impossible.
Ils répondent à cette objection de la manière suivante: ils prétendent que l'usage perfectionne les aptitudes dans chaque individu , c'est*à-Klire en accroît la puissance ou les appareils; ib ajoutent que l'excès de volume donné aux appareils ou sens nerveux se transmet par voie de génération , et qu'ainsi l'humanité va , de génération en génération , acquérant des sens plus parfaits. Or, nous disons, nous , que cela est impossible , à moins que l'on n'admette la présence d'un principe actif, d'une âme qui gouverne et excite l'appareil de l'aptitude ; et nous allons le prouver. Nous demanderons d'abord que Ton veuille bien nous faire connaître Qui fait usage des aptitudes. On nous assurera que c'est l'homme , sans doute ; mais c'est comme si Ton nous disait que ce sont les aptitudes qui foni usage des aptitudes ; c'est répondre à une objection sérieuse par une absurdité. A , B , C , D, ne
produiront jamais plus qu'A, B, C, D, etc. Jtlettous que l'on nous réponde que c'est une autre aptitude qui fait usage d'une aptitude, c'est-à-dire le sens B qui excite le sens C ; nous ferons observer que cette aptitude B ne peut exciter C que dans les proportions de Ténergie qu'elle possède elle-même , c'est-à-dire dans des proportions fixes et invariables qu'elle ne peut dépasser. Or, que doit-on entendre par le perfectionnement d'un organe résultant de l'usage? On doit entendre que , chaque jour, il acquiert une portion de force de plus, parce que, chaque joor, on lui demande un effort de plus , un effort qui est au-delà de sa puissance de la veille. Que si , au contraire , tous les jours , on ne demande à un organe qu'un effort toujours le même, évidemment il n'acquerra aucun développement nouveau. Ainsi l'aptitude C étant excitée par l'aptitude B selon des proportions qui ne croissent pas, l'aptitude C ne pourra elle-même éprouver aucune augmentation.
On conçoit très bien comment des organes prennent du développement sous l'influence de la volonté lorsque celle-ci leur demande chaque jour davantage; mais il est impossible d'admettre qu'une force de l'ordre fatal ou brut, comme celle de B, demande jamais au-delà de son aptitude , et par conséquent puisse exciter C a dépasser sa puissance première.
Mais , en admettant même que les aptiludi puissent croître sans intervention de rame ,elk ne pourraient jamais se j>erfectionner autre ment qu'en ce sens , qu'elles acquerraient m énergie plus grande ; et une énergie plus grande, dans une aptitude ou un instinct , ne peut jamais conclure à autre chose qu'a un }>esoin pluscoosidérable, plus fréquent, plus durable, desalisfaction ; mais il est impossible qu'il en résulte um modification fondamentale dans la nature de cef aptitudes et dans celle des satisfactions qu'elle réclament. L'appétit sera plus grand, mais i s'adressera aux mêmes objets : il s'épuisera moin vite ; il veillera eu quelque sorte plus long temps; mais les choses nécessaires pour Tépui scr no dinéreront pas pour c(ila. Or, précisémen l'histoire nous montre que l'humanité a chang bien des fois les objets de son amour, de sonrcs pcct et de son dévouement. Elle nous prouv <|ue, selon les temps, elle a admiré des objel fondameulalemont différons ; elle nous prouii ([u'elle a innové dans toutes les dirccliows d son activité. Le progrès consiste , non pasen( (|u'<>llo a plus d'appétits , mais en ce ([u'elleen moins on b(\iucoup de choses ; non pas enceqi ses aptitudes sont plus fortes , mais en ce qu'ell' s'appliquent a d'autres sujets. Ainsi la docirii (fui fait de Thomme un animal, est directemei d«Mn(M)tio par l'expérionco la plus étendue et
nu MATERIALISME. 2<)3
)lus positive , c'est-à-dire par Fhistoire de Thuûanité. L'animal est aujourd'hui le même qu'il tait il y a six mille ans ; il n'a ni plus ni moins e facultés ; il n'a changé ni de mœurs , ni d'inincls; mais il n'en est point ainsi de l'homme, faut donc reconnaître qu'il y a dans celui-ci lelque chose de différent de ce qui se trouve lus l'autre.
tes phrénologistes expliquent la faculté du ïgage , celle des nombres , etc. , par des orga- •mes sensitifs , qu'ils placent dans le cerveau, tle assertion aurait peut-être quelque semint de vérité s'il était prouvé que les hommes t de tout temps parlé un même langage , ils l'ont parlé naturellement comme ils man- U et comme ils boivent , c'est-à-dire sans l'ar appris ; si , en un mot , ils avaient toujours vi la même syntaxe. Or, cela n'est pas. Les mnes, dans ce qui est naturel, ne varientpas : si les accentuations des passions n'ont point •ouvé de changemens ; les cris et les gestes tinctifs ont été les mêmes de tout temps et 'tout. On remarque tout le contraire quant à angue ; il y en a plus que de nations. Les maialistes dont nous nous occupons , ne distinct point entre le son et le sens des mots ; or, le i est le côté matériel du mot , et le sens en est Aie spirituel : comment auraient-ils pu recon- Ire cette différence, eux, qui nient l'existence II. i9
296 OSTOLOQIE. PARTIE CRITIQUE.
deTesprit? Or, dans les langues , c'est le i qui ne change pas ; quant au matériel de langues , c'est-à-dire quant au son , il est tou fait arbitraire, et cela est certainement forte preuve qu'il n'existe point d'organe ^ de la parole. En outre , quand on considère sens seul des mois , on voit que les hommes créé un grand nombre de sens nouveaux, qui serait impossible si ces choses dépendai de l'organisme. Il en est ainsi quant à las taxe et quant aux nombres : les syntaxes fèrent , ainsi que les systèmes de numéral» selon les civilisations. Ainsi toujours la ilocti que nous examinons, se trouve en opposil avec le fait , bien qu'elle prétende d'ailleuR faire son unique critérium.
Tous les dogmes que nous venons de o battre peuvent être résumés et repris dans ' même et commune conclusion , que Ton f considérer comme l'idée philosophiciue généi du matérialisme , quant au monde et quan l'homme. Cette idée est une conséqueni*e le ment rigoureuse de chacune des allimiaû particulières du système a théiste , qu'il suffi de la combattre pour avoir attaqué loules assertions spéciales dont il a déjà été quesl* Aussi ne devons-nous pas manquer d'en fi mention.
DU MATÉaiÂLiaHB. 295
^ conclusion générale du matérialisme est le ilisme. Selon ce système , toutes les actions oaines , tous les phénomènes naturels , sont essaires, car ils sont également la consénce rigoureuse de ce qui précède ; de telle te qu'en remontant de conséquence en consénce , l'on trouve que toutes choses , depuis tk)n la plus considérable jusqu'à la pensée la i minime, depuis le plus grand jusqu'au ndre des phénomènes naturels, toutes choses ent déterminées, ou plutôt nécessitées, depuis temps infini. Le matérialiste, bien qu'il ré- ;ne à son sentiment intime , est forcé de renaître cette conclusion; car, autrement, il ait obligé d'admettre , dans le monde , plus î la matière et ses propriétés , et , dans l'hom- , plus que l'organisme. De quelque manière î Ton examine ce sujet , de quelque manière i l'on argumente , il est impossible , ainsi que icun de nos lecteurs peut s'en assurer, d*y lapper. Aussi cette idée domine tous les tra- IX des savans matérialistes. Nous avons déjà t connaître quelques unes de leurs opinions ant au système du monde , et nous avons vu 'dles aboutissaient uniformément à ramener ites choses à la simple formule d'une succes- ^n circulaire de phénomènes , effets de ceux ^î les précédaient , et causes de ceux qui les avaient. Il en est de même des historiens qui
196 ONTOLOGIE. PÂHTIB CAITIQUE.
appartiennent à cette secte philosophique. Vojc^ Ocrellus Lucanus et les Grecs anciens; voyexM** chiavel et Yico son imitateur ; voyez un millier de nos écrivains modernes ; ils ont unirormément essayé de généraliser les événemens sociaux sous une seule formule circulaire : selon eux , les nations naissent , croissent et meurent ; elles passent par une succession de gouvememens correspondant à ces trois temps de leur existence. 11 est vrai qu'ils ne s'accordent pas sur le caractère que revêtent ces périodes, sur les durées qu'elles ont occupées; mais la pensée philosophique qui a dicté le travail , n'en reste pas moins évidemment la même. 11 est tout simple que les tentatives de ce genre n'acquièrent jamais un résultat admissible , puisque le i)oint de départ est faux.
En effet, pour juger le matérialisme d'une manière générale , il suflilde comparer la conclusion dont il s'agit aux faits eux-mêmes. D'abord, quant au monde des brutes, il est très vrai qu'il est soumis à une loi circulaire, mais aussi on y trouve les marques évidentes d'une loi de progrès dont chacun dos termes est tellement séparé , tellement diffénuit de celui qui le précède et de celui qui le suit , (pfil est absolument impossible d'établir la moindre transition matérielle entre eux. Ainsi on ne troure pas la succession par laquelle on |)eut passer do
IciUDéral à l'animal , de la lortue à Toiseau , de l'oiseau au quadrupède , de celui-ci à l'homme , mtc.; chacun des termes dont nous parlons, apparaît évidemment comme une création particulière et spéciale , dont la raison est en dehors et au-delà des causes qui forment Tordre ârculaire. 11 en est de même quant à Thumattité : elle a présenté des états sociaux tellement lifférens , qu'il est absolument impossible de faire engendrer l'un par l'autre, de considérer l'un comme la conclusion de l'autre. Chacun de ces termes du progrès qui lui est propre , forme une totalité indépendante de ce qui précède et de ce qui suit. Aussi chacun d'eux a été universellement considéré comme l'effet d'une création , ou d'une révélation proposée à l'homme et acceptée par lui. Enfin il suffît que chacun de nous se consulte et se sente pour être assuré qu'il jouit de la liberté de choisir, qu'il choisit , c'est-à-dire qu'il veut. Or, le libre arbitre est la négation directe du fatalisme. 11 est donc prouvé, par les faits, que la conclusion philosophique générale du matérialisme est fausse, et, par conséquent, que la doctrine elle-même est un rêve d'esprits malades.
Ainsi , sans quitter le terrain du matérialisme, en poursuivant ses preuves , en se servant des méthodes qu'il préconise , des argumens par le fait , dont il se fait si fort , on a suffisamment
298 0KT0L06IE. PARTIB CBITIQUR.
de moyens pour le combattre et le renverser. \ L'homme qui a été assez malheureux pour être élevé dans cette doctrine , trouvera en elle , s'il ne manque ni de réflexion, pi d'intelligence, tout ce qui est nécessaire pour en sortir. Que serait-ce donc si nous nous occupions de meltre en ligne de compte l'inunoralilé à laquelle il conclut et la stérilité scientifique qu'on est en droit de lui reprocher?
On a tant de fois et si victorieusement traité la question de l'immoralité de l'athéisme , que nous ne nous y arrêterons pas. Il est sans réponse lorsqu'on lui objecte que devant lui il n'y ani vice, ni vertu , mais seulement du mal et du bien physiques ; que devant lui le vice est le mal phpiqiie, et la vertu le bien-être physique ; que le bonheur et l'égoïsme sont les seules lois des ados , bien que le désir du bonheur et l'égoïsme dans ce monde ne conduisent qu'aux choses que l'on appelle universellement mauvaises ; qu'il est injuste de punir les criminels et de récompenser les bons ; car le crime comme la bonté sont «les elFets involontaires du fatalisme qui gouverne toutes choses , et n'ont d'ailleurs aucune réalité; que les mots justice , estime , charité , etc. . etc.. sont des mots absurdes et sans but ; qu'également les mots de raison , de prévoyance , sont vides de sens , puisqu'il n'y a ni phico, ni ulililé
I raisonner et à prévoir, dans un ordre de choses complètement fatal , etc.-, etc. A ces objections, le système ne peut répondre ; bien plus , les adeptes qui ont quelque franchise et quelque savoir conviennent de toutes ces conclusions et les érigent même en principe. L'unique axiome de leur morale est de se laisser aller à Tégoïsme des appétits et des passions , ainsi qu'aux faits de ce monde.
On a dit aussi que le matérialisme était stérile sous le rapport scientifique ; mais on n'a pas ex- {Hrimé pourquoi il l'était et devait l'être. C'est ce que nous allons faire de la manière le plus abrégée possible.
Dans cette fin , nous nous placerons au point de vue encyclopédique des sciences. 11 faut d'abord se demander ce que l'on doit entendre par une encyclopédie.
L'œuvre encyclopédique a pour but de nous présenter un plan universel des existences composant le monde brut et vivant , et du monde spirituel , telles que nous les connaissons ; plan qui serait établi de telle sorte qu'il nous offrirait, si nous n'ignorions rien , un tableau parfaitement conforme à la réalité , et représentant tous les êtres selon l'ordre de leurs fonctions et des rapports qui les font parties harmoniques d'un ensemble admirablement réglé. Toutes choses ,
300 05T0UIGrE. PARTIE CRITIQUE.
dans ce caR , se trouveraient expliquées et coomies. Mais , comme dans Télat actuel nous sommes ignorans en beaucoup de points , un plan universel aura pour résultai de nous oflrir le tableau complet de nos connaissances et des lacunes qui existent dans ces connaissances, ou entre les parties connues. Partout où il y a uoe science , on la trouvera nommée ; partout où il y aura une ignorance , on la trouvera également signalée. 11 résulte évidemment d*un plan dressé de cette manière l'indication de toutes les lacunes existantes dans la science humaine ; et bien plus encore , comme la place de l'inconnue est marquée , comme les rapports de cette iaconnue avec ce cpic nous savons , sont donnés ^ il en résulte que l'on est mis sur la voie des hypothèses et des recherches propres à combler le desideratum.
Telle est incontestablement , ;i notre avis , Pimage que doit présenter une encyclopédie véritable. Or, le matérialisme permet-il d'atteindre a quehiuc chose de semblable? Ilàtons-nous de répondre qu'il ne le permet pas , et nos lecteurs vont tout de suite en apercevoir la raison.
Pour construire un i)areil édifice , il faut êire dans la vérité ; or, comme nous l'avons vu , telle n'est pas la place qu'occuj)e le matérialisme. En supposant qu'il se livre à cette tentative, il serait contraint, par les conditions de doctrine qui lu
sont propres , d'abord de tout expliquer, c'est-àdire de ne rien ignorer; ensuite de montrer toutes choses sous l'aspect d'une succession de causes qui ont été effets , et d'effets qui seront causes , de manière à présenter un cercle parfait donl tous les points seraient également indiqués, également connus, également prouvés, également visibles. Or, c'est ce qui lui est impossible ; et cette impossibilité est bien manifeste , puisqu'aucuu matérialiste n'a essayé de réaliser cette tentative.
Pour engendrer des idées scientifiques , c'està-dire une classiGcation des problèmes et des hypothèses d'où naissent les spécialités de connaissances, il faut se placer dans le principe même d'engendrement des faits. Or, lorsque ce principe est inconnu , comment le matérialisme s'y placerait-il sans nier sa propre doctrine? Pour lui , en effet , rien ne doit être inconnu ; à ses yeux , dans le rapport de la cause a l'effet , tout est successif, tout est matériel , tout est sensible et connu. Aussi , au contraire de tous les Uiventeurs , il ne se place pas du côté où ce principe d'engendrement serait d'une nature invisible; il se pose dans celui où il croit l'avoir iperçu , comme nous allons le voir.
Nous possédons le plan de plusieurs essais encyclopédiques faits au point de vue que nous signaions, entre autres celui de Bacon, bien que Bacon
302 ONTOLOGIE. PAETIB CRITIQUI.
ne fût point un homme irréligieux ; celui de d'A« lembert, qui n'en est qu'une imitation, celui p\i» moderne d'Â . Comle ,etc. ; tousont uniformément considéré la construction encyclopédique comme une simple question de classification des sdeoces et de nomenclature ; tous ont adopté un principe purement de convention. Bacon et d'Âlembert ont classé nos connaissances d'après les facultés humaines qu'ils ont supposé en être l'origiue ; A . Comte , d'après le degré d'avancement qu'il croyait y reconnaître. Dans ce tableau , ils n onl compris , ils n'ont pu comprendre que ce que nous savions. Comment , en effet , déterminer la faculté qui a produit quelque chose que nous ignorons , ou préciser le degré d'avancement de quelque chose que nous ne savons pas ?
Or, la science est stérile toutes les fois qu'elle ne voit qu'elle-même ; toutes les fois que , l'œil fixé sur ses richesses , elle n'aperçoit pas la longue liste de ses ignorances ; toutes les fois que ses regards ne sont pas constamment attache^ sur ces innombrables inconnues , dont les unes sont évidemment à jamais insolubles, et dont les autres sont , au contraire , à portée de nos recherches. Pour que la science soit active ou inventive , il faut qu'elle soit mise à même d'agir et d'inventer ; or, pour cela, il n'est qu'un moyen, c'est de lui signaler ses ignorances, et le rapport do ces ignorances avec s<« connaissances.
DU MATÉRIALTSME. 30 S
Le matérialisme est incapable de satisfaire à ces conditions , parce que , comme nous venons de le dire , il n'est pas dans la vérité ; parce qu'il ne peut rien tenter, dans ce genre , sans se perdre ou se nier lui-même ; parce qu'il ne lui est pas permis d'admettre un principe inconnu. En ccMiséquence le matérialisme est stérile sous le nppoTt scientifique. C'est un parasite qui n'invente rien et se nourrit seulement des biens qu'il n'a pas acquis.
Nous ne pousserons pas plus loin l'examen des assertions qui constituent la doctrine matérialiste. Nous avons mentionné les principales; nous ne pourrions prolonger la discussion sans nous exposer à entrer dans des questions secondaires qui sont comprises dans celles que nous avons traitées, et sans nous livrer par suite à des répétitions inutiles. Nous terminerons donc ici, nous bornant , pour toute conclusion , à rappeler ce qui a été dit.
Nous avons dit que la négation athéiste était ^origine du matérialisme ; que la négation dont n s'agit eût été une puérilité sans valeur, si elle tl'avait été appuyée d'explications qui montrassent que le monde pouvait se passer de Dieu. Ces ^plications étant réduites en système , il en résulte le matérialisme. Cette doctrine, avons-nous ajouté , est logiquement forcée de satisfaire îi
30A 05T0L0GIE. PARTIE CWLTtlQVZ.
certaines conditions hors desquelles elle n'existe pas. Si elle est fausse dans une seule de ces conditions , Tathélsme est démontré une erreur. Or, la première et la seconde de ces conditions sont que le monde soit éternel , sans commencement ni fin ; nous avons prouvé que cette assertion était fausse. La troisième est que le monde ait été toujours le même ; nous avons prouvé que cette troisième assertion était fausse. La quatrième de ces conditions , c'est que Thomme soit un être uniquement passif, et dépouiTu de liberté et d'activité ; nous avons prouvé que cela encore était faux. La cinquième, c'est que toutes choses obéissent h une loi de fatalité absolue; nous avons encore prouvé qu'en fait cette assertion était fausse. Enfin nous avons montré que le système dont il s'agit était contraire à la morale, et stérile sous le rapport scientifique. Une telle série de condamnations nous dispense de toute réflexion.
Il nous reste à parler de quelques argunieos vulgaires sur lesquels se fonde l'athéisme , et par lescjucls il se maintient et se propage parmi 1« gens qui ne font pas profession de science. Voici le premier :
L'on ne croit , dit-on , qu'aux choses que Ton touche, en un mot, aux choses qui tombenl sous les sens. Or, on ne voit pas Dieu , on ne l«
»uche pas , il ne tombe pas sous nos sens. Donc 1 ne croit pas en Dieu, Ainsi Ton prétend être 1 droit de ne pas croire à un être parce qu'il it invisible. Or, nous voudrions que , avant de attacher à ce singulier argument , Ton se fût ccupé de compter si , parmi les choses que tout ) monde croit , le nombre des invisibles n'est as plus grand que celui des visibles. En effet , }ut le monde croit à ce qu'un autre dit : r la pensée de cet autre est-elle visible ? Tout 3 monde croit à l'avenir , à la nationalité , u devoir, à la vertu, à la justice, à la fidéîlé , etc. ; or l'avenir, la nationalité , le devoir, Dut-ils des choses visibles? Tout le monde croit u système du monde , aux propriétés des nomres , à mille théories ; or, tout cela comple-t-il armi les choses visibles ? L'on n'en finirait pas si Dn voulait dénombrer tous les invisibles auxuels on a foi entière , et sur lesquels toute vie , >ute spéculation humaine est fondée ; la certiide elle-même n'est point chose visible. Il faut re doué d'une bien grande faculté d'irréflexion )ur avancer l'argument dont il s'agit comme lose sérieuse ; il faut surtout avoir bien peu de révoyance pour ne pas craindre que celui qui îoute ne dise en lui-même : Voici un homme ni ne croit qu'à ce qu'il voit : donc il ne croit as à ma parole , a ma vertu , à ma probité , car ne les voit pas ; donc je ne dois pas croire à sa
306 Of<TOLOGl£. PARTIE CRITIQUE.
parole , à sa vertu , à sa probité , car je ne lei vois pas.
La foi , dit saint Paul , est Targument des choses invisibles. Or, qu'arriverait-il si les hommes un jour venaient à manquer de foi, et n'avoir croyance que dans les choses qui tomberaientsous leurs sens? A l'instant même tous les liens delà société seraient rompus ; l'état social , bien qu'il constitue notre premier besoin , notre premier intérêt , deviendrait impossible. Toutes les choses qui s'y rapportent , reposent , en effet , toujours sur un invisible , pour lequel on fait les plus grands efforts , pour lequel on dévoue sa vie , auquel on obéit absolument. Figurez-vous un corps d'armée , un bataillon carré , entouré d'ennemis , menacé de toutes parts : qu'arriverait-il si les soldats qui en forment un des cùlés, ne croyaient pas à ceux(iui en forment un autre, bien qu'ils ne les voient [)as? Le bataillon serait dissous, et les honnnes ([ui le composent, au lieu de restcir en ordre et de se déléndre , |)a*ndraient la fuite. C'est ainsi ([ue l'on ne fait , en aucune circonstance , quelque chose do social que par la foi dans m ({ui ne tombe pas sous nos sens.
Cependant, si Ton est forcé de reconnaîut comme vérité la définition de saint Paul : que la foi est l'argument des chosc^s invisibles, oD est obligé de reconnaître , connue consé(|uenfe,
DL' SATÉBIALISME. 207
la crovance en Dieu est le fondement de la Qui ne comprendra , en effet , que la con- 'e en la fidélité et dans les promesses des i^ , bien qu'elles soient de l'ordre invisible , >e sur la crovance commune en un être tel , témoin de nos promesses , de nos engai-ns, et qui, en quelque sorte, les sanctionne ? ne comprendra que si jamais les hommes ient cru en un Dieu qui lit au fond des "S , et tient compte de nos pensées , jamais plus ils n'eussent cru à aucune chose hue qu'ils ne pussent pas voir ? En effet , que il pour obéir au devoir ? 11 faut croire qu'on >nction , ouvrier d'un travail que l'on opère ommun , obligé envers une loi commune >ersonne ne peut changer, c'est-à-dire qu'il rroire à une théorie tout entière des choses inles, théorie cpii part de Dieu et revient à Dieu, le les incrédules, auxquels nous nous adres- , veuillent bien méditer ces idées et en suivre Ic^ conséquences ; qu'ils se demance qui résulterait si leur absurde argument étendu de Dieu à toutes les choses invisi- ? ce qui ne pourrait manquer d'arriver, s'il [jendant quelque teni[js répété sans contraon. Qu'ils regardent les hommes par\'enus , ertu de cet argument seulement , à douter choses invisibles. Pour ceux-là , il n'y a plus écurité en aucun sens ; ils ne croient pas à la
SOS OXTOUMIIE. rABTIB CB1TIQI7B.
vertu de leurs femmes , à leur paternité , à leiui enfans ; ils n'ont pas d'amis ; la parole leur p^ rait un art fait pour dissimuler la pensée ; ils trompent tout le monde de peur d'être trompés ; ils ne sont pas même sûrs de leur lendemain ; aussi ils saisissent le moment présent et le consument dans de saies plaisirs. Que leur importe la patrie, la vertu, l'avenir? ils ne les voient pas : après eux la fin du monde. Aussi jouir du présent , a quelque prix que ce soit , voilà leur morale. Et lorsque quelque infamie les amène devant la justice des hommes pour s'entendre condamner, ils se considèrent comme victimes de la violence , de l'hypocrisie de gens plus ha- , biles qu'eux ; car ils ne croient pas à la justice, . qui conserve cet être de raison qu'on appelle la société. Qu'on ne s'y trompe pas , s'il n'est guère possible de trouver ailleurs que dans les bagnes, et sur la route de l'échafaud , des hommes i|ui aient atteint les dernières consé(iuences de Tincrédulité , on en trouve un grand nombre , en tous lieux, qui sont sur la voie. Du moment où un homme s'est permis de faire un choix dans les invisibles objets de la foi , il n'y a nulle raison pour ([u'il s'arrête sur telle croyance plulùi que sur telle autre ; et , nous le disons avec une conviction complète , quel (jue soit cet homiue, il sulïlrait qu'il vécût assez long-tenij» , ou qu'il . réfléchît assez pour qu'il parvînt aux dernières .
DU UATÉHIALISME. 309
conséquences de Fincrédulité , c'est-à-dire à la morale en usage dans les bagnes.
n y a d'autres personnes qui disent qu'elles ne peuvent pas croire en un créateur, parce qu'elles ne peuvent pas admettre un Dieu méchant. Il faudrait, ajoutent-elles, le considérer comme méchant , puisque ce serait à sa volonté qu'on devrait attribuer l'existence du mal. 11 n'est point diflScile de leur répondre. Sans doute elles trou- YCDt que le libre arbitre, dont l'homme jouit, est un bien ; car c'est la cause de sa supériorité SOT tous les autres êtres. Or, le libre arbitre ne jieut exister qu'à la condition qu'un choix soit proposé ; et l'occasion de ce choix se trouve précisément dans cette opposition du bien et du Dal , qui est réglée de telle sorte que le bien moal ne s'obtient qu'à l'aide de souffrances phyiques , et le bien-être physique , qu'en néglieant la loi du bien moral. Au reste, avec un eu plus de philosophie , on n'eût jamais posé ette puérile objection. Nos lecteurs trouveront , ans la seconde partie de ce traité d'ontologie, i solution de toutes les questions qui peuvent les réoccuper sous ce rapport.
Il y a des savans qui font un autre argument, s reconnaissent la nécessité d'une cause prelière initiale inconnue , qui leur est indispenable pour comprendre l'existence du monde. lais , disent-ils , cette cause ne tombe pas soiis
lu 20
310 0!ITOLOGie. PARTIK CJIITIQUK.
nos sens , elle n'est pas du nombre des objets que nous puissions étudier, nous ne devons donc pas nous en occuper. Cependant , si vous interrogez ces mômes savans , ils conviendront avec vous qu'il n'y a , dans l'univers créé , que des fonctions ; que l'humanité est une de ces fouc^ lions , et que le plus petit individu joue un rôle qui a une importance proportionnelle dans celle iuuriense hiérarchie. Or, convenant de ces faits, comment ces gens ne voient-ils pas que si chaque espù<;e de corps, les astres, les planètes, les minéraux, les végétaux, h^ animaux, obéissent à une loi qui les lait agens de l'ensemble universel, l'honinio et l'humanité sont également agens de cet ensemble ; que si la gravitation est la loi des (;ori>s astronomiques , la morale est la loi des hommes; ([ue celle morale serait sans puissance sur des cires libres connue nous, si elle n'avait une sanction en Dieu ; que celle morale nous étant oU'erle comme obligatoire . avant de nous y son me tire , avant d'en subir les rigourv\\\ connnundeniens , nous deniandc^rons dun .. elle vic'nl, d'du émane l'autorité ([u'on lui allribn(^ , etc.? El de là dé(*oule la nécessité loj^ique , d<; s'occuper de Dieu , t-lde tenir c^ompte <lescs volonU'S. L<'s savans (|iii acceptent l)i(*u comme cause initiale créatrice, (»l ne veul(»nt pas s'occuper de lui aiitremtuil , ressemblent aux ircns«|ni acî:eptenl im princij^e cl e:) l'ei'usent les ruJi»'-
DU MATÈKIAtISME. SU
quences , ou qui s'élisent un chef et ne veulent pas lui obéir.
Nous pourrions citer encore en ce lieu plusieurs argumens athéistes , mais ils sont de trop peu de valeur pour que nous osions en parler ici ; ce serait y donner une importance qu'ils ne méritent pas , et que n'accordent pas même ceux qui en font usage. Aujourd'hui on ne croit pas en Dieu , soit parce qu'on a eu le malheur d'être mal élevé, soit parce qu'on a eu celui d'avoir trop de confiance en quelques hommes , et toujours par ignorance. On ne persiste guère dans cette croyance lorsqu'on a eu le bonheur d'approcher de la lumière ; et si tout le monde ne court pas encore vers le centre d'où rayonnent toutes les vérités , c'est qu'il y en a beaucoup qui ïedoutent d'être éclairés , et préfèrent conserver le doute plutôt que de renoncer aux mauvaises laissions , aux vanités de position dont ils ont pris l'habitude. Aussi , dans le commerce de la rie , on rencontre à tout moment de ces misérables argumentations sans valeur aucune ; monlaie fausse , dont les incrédules tâchent de se >ayer ou de se racheter eux-mêmes aux yeux les autres , mais avec laquelle d'ailleurs ils n'es^ aèrent séduire personne; et nous croyons que 2eux qui auront lu tout ce qui va suivre , n'auront aucune peine à renverser les objections que nous passons sous silence.
312 ONTOLOGIE. PARTIE CEIfigUC.