‹ Essai d'un traité complet de philosophieChapitre 30 sur 51 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous avons dît , en commençant ce troisienie livre y que nous nous proposions , sous le titre d'ontologie , de rechercher quelles sont les réilités existantes, soit comme êtres, soit comme rapports , dont la présence sert de fondement a la pratique , et de vérification ou de sanction ï la morale (1). Il s'agit donc , en définitive , pour

(1) Ce dernier membre de phrase, par lequel noos attribuons à un ordre de connaissances que nous avons dit ailleurs ressortir de la révélation morale , la propriété de servir de sanction à cette morale même , pourra paraître une contradiction ou un oubli. Il n'en est rien cependant : aussi nous insistons sur cette assertion ; et nous ferons remarquer que les choses» en effet, sont tellement arrangées, que l*hommc, en pratiquant selon l'enseignement qn1l a reçu, en vérifie incessamment la vérité, et en conséquence acquiert par lui-même sur le monde extérieur oie somme de connaissances dont la conclusion est la confirmation de son point de dépari primitif. Il est impossible, «n effet, que Tbomme, placé ainsi qu*il l'est, au sein des

COirSlDÉRATlOnS GiHKAALXfl. h6i

^us , dans ce deuxième chapitre , de reconnaî- "le quel est le véritable système du monde , d'en ^poser et d'en démontrer les généralités : nous ^ons , en d'autres termes , à établir et à prou- ^r quels sont les principes et les bases du plan Dcyclopédique qui devra être adopté toutes les ^ que l'on voudra ranger les connaissances mnaines dans un ordre conforme à la réalité. Dire ontologie ne sera , en eflfet , elle-même pas litre chose que ce que l'on entend par une encyopédie, mais considérée dans la plus haute àiéralité , abstraction faite de tout détail ou de »ut ce qui forme le terrain mouvant des sciens , c'est-à-dire , envisagée dans les vérités su- ^rieures , stables et coordinatrices , où la certiide peut être complète , où le doute et l'erreur

dstences qui forment le monde, étant lui-même l'une de is existences , agisse un seul instant selon la loi de ra[>- >rts qui lui a été enseignée , sans reconnaître les rapports le cette loi lui annonce, et par suite sans en vérifier exactitude. Ce qu'il expérimente lui prouve ce qu'il ne rat expérimenter; et, par une nécessité logique inévilUe, il est conduit , par ce quMl voit de la vérité morale , croire à tout ce qu'il ne lui est pas donné de voir. Enfin , Q pratiquant ou en agissant selon cette morale , il acaiert une puissance rationnelle qu'il peut considérer omme lui étant propre; il se fait une logique et une dence en conformité avec la loi de ses pratiques, et dont ; peut tirer de nombreuses démonstrations, ainsi que nous. I verrons par la suite.

662 onTOLOuiE. va&ti^b dogmatique.

s'effacent devant l'évidence des nécesalés ques , devant la multitude et la concordance preuves , devant la simplicité des faits, et la fécondité des conséquences. Si nous r à rendre ce travail aussi clair aux yeui de lecteurs qu'il le parait aux nôtres , nonsdoBtf» rons une preuve de plus de l'assertion isBâ^ ^^ dans notre définition de la philosophie , lof8i|i^ nous disions que l'ontologie était une méthodei parce qu'elle plaçait toutes les intelligences tf h 4 mêmes points de vue, dans les mêmes doQBéttf ^* primordiales » et » par suite , dans la voie^ même conclusion.

On entend par le mot encyclopédie , ou , potf parler le langage plus rigoureux du moyen âge, par le mot somme , summa , un système de coordination universelle. On a sans doute délourné plusieurs fois la signification de ces mots pour les employer à désigner des œuvres où l'on avait seulement la prétention d'être universel sans avoir celle de rien coordonner ; mais tel n est point le sens primitif, ni le sens généralement accepté dans la science ; l'idée qu'emportent ces expressions est surtout celle de coordination. Sous ce rapport, l'ontologie diflerera des sommes ou des encylopédies en cela qu'elle traitera seulement des principes fondamentaux de la coordination, tandis que l'encyclopédie tient non seulement compte de ceux-ci , mais encore ojviv

GOVSIDÊEATIOKS GÉIVÉBALKS. 463

ication de tous les ordres de connaissantt dépendent. L'ontologie différera encore rclopédie en ce qu'on s'y occupera de er les existences fondamentales, d'en r les rapports , les propriétés et les contandis que dans l'encyclopédie , il suf&t )mn)er et de les poser, toutes les autres rations qui s'y rattachent devant être par le seul fait des connaissances spé« le l'on développe sous les divers titres 3 est composée. Néanmoins, on pourra r à l'ontologie toutes les considérations ïs qui se rapportent à l'œuvre encyclopé-

, l'ontologie comme l'encyclopédie doit calque fidèle ou une image exacte de la xistante. Seulement l'encyclopédie des- »qu'aux derniers détails pour les comdans l'unité de coordination , tandis que ;ie ne s'occupe que des existences et des îrales. La première cherche à coordon- ;onnaissances humaines ; la seconde ne I qu'à trouver les moyens de coordinaus ce rapport , l'une comme l'autre ont int besoin de posséder la vérité ; mais la e est soumise a mille chances d'erreur seconde est exempte. En effet, ce qu'il y e monde de plus évident pour nous , c'est nie dans l'ensemble, en môme temps

kùk OUTOUiOlE. WAVnn WOCWATUgCE.

que la multiplicité et la Tariété dans les dét; Or, Tontologie s'occupe particulièrement d' Uir quels sont les principes de runitéetdell monie , et de déduire de là les lois de la mnlt cité et de la variété , tandis que Toeuvre encjf pédique consiste à coordonner les détails dn p de vue de l'unité et de lliarmonie : en sorte la première s'attache à ce qui est le plus à\ et le plus clair en même temps que le plus ( rai , pendant que la seconde marche sur un rain où la lumière est moindre au fur et à n» que Ton s'avance , où le fil se rompt à cl instant , où la moindre lacune fait perdre le où il s'agit enfin d'expliquer d'innombrable tradietious(l). L'ontologie» comme on le est en quelque sorte le premier chapitre d( cyclopédie; elle eu est le fondement ou le cipe , et , à cause de cela , elle est l'éviden laquelle repose depuis des milliers d'ann< conception même de la nécessité de Tœuv cyclopédique. Les facilités qu'on y trouva proportionnelles au degré de visibilité qu'c les existences générales dont elle a à s'occ

(i ) On pourrait dire encore que rencyclopédie es tologie, ou au moins à une portion de celle-ci, ce qu rjflcation est ùla thcoric.La seconde pose les princi] la première applique ei en conséquence vérifie. L'on est une synthèse faite à pnon , la seconde est uuc s; faite h potieriorl.

COlVSIDÉRATlOlfS GÉNÉRALES. 461

:idéfinitive» on pourrait dire que Tontologie C la science des principes, et que Fencyclopédie % la science des conclusions , et de là déduire certitude relative de ce qui appartient à Tune à Fautre ; la première ayant pour appui le ^ncoui^s simultané de tous les moyens , de tou- Q les puissances logiques en même temps que . simplicité des affirmations ; tandis que la semde est obligée de multiplier les affirmations , mt en étant réduite à employer, à l'occasion de bacune d'elles , seulement la moindre partie de 1 puissance logique.

Quoique l'ontologie puisse différer en quelques )înts de l'encyclopédie , elle n'en différera pas lant aux propriétés ; on doit exiger de l'une et de lutre les mêmes services, soit comme moyen de assifîcation, soit comme moyen d'indication, invention ou de mnémonique. En effet, l'ontolole, en nous présentant les généralités du système ttiversel , nous donne d'abord la vraie place et s vrais rapports de chaque espèce de faits , et , w suite , de chaque spécialité d'étude. Elle nous DDpe , en outre, un ensemble d'où nous pouvons éduire , à l'aide de la seule logique , un monde e conséquences, et, ainsi, nous indique. les leux où la science expérimentale nous manque, n nous fournissant en même temps les élémens les hypothèses qui peuvent guider les premières nvestigations dans ces lieux inconnus. Enfin,

ri66 OKTOLOGIS. PAATn DOGMATIQUE. I

elle maintient incessamment présenta VoprilW'^! ^ système général des rapports existai», ^**| ?' ùât ainsi sentir incessamment le lien qui vnt W^ ^^ parties, et la dépendance de chaque spéàBlr^' ^ qnant à l'ensemble. (>tte dernière propriété Wrr ^ pas la moins importante, car les errei]n((Nf ^^ commettent les savans spéciaux, ont learsmMli; .^ ordinaire dans l'isolement où ils se placentM) |\^ souvent, et dans l'oubli complet qu'ils fontté'Fr quemment de tout ce qui n'est pas le tnni m^* même dont ils sont occupés. 1^

L'analogie , mais non la similitude , ainsi qoft P nous l'avons dit , qui existe entre Tontolo^e et W l'encyclopédie est marquée jusque danslesprodio- 1^ mes du système de travail nécessaire pour opénr I la construction, soit de l'une, soit de l'autre. Aort f égard , les savans ont adopté divers points de dé* f part : les uns sont partis de l'homme , les encyclopédistes pour en tirer un système de classification, les ontologistes pour en déduire le système des rapports. L'ccole religieuse, « contraire, se place au point de vue universel, pour de là descendre à l'étude des fonctions partielles.

VvùOl Giccvrov , coHnaiS'toi toi-même , disait h philosophie ancienne , et disent encore les éclectiques ; la science et l'art de la sagesse reposent sur cette connaissance ; et, cet axiome posé , Toi va étudier l'homme , abstraction faite de tout l'e

CORSIDÂAATIORS GÉnilALIS. 667

Parât t étranger à sa nature originelle, comme -Il lui , on était certain de rencontrer le prin- - même de la vérité , la source virtuelle de la 'Uce. Mais , répond la philosophie moderne , ^mme n'est rien par lui-même. Lorsqu'il s'étu- 9 il ne se trouve jamais seul : tout ce qu'il tcontre en lui d'idées , de raisonnemens , de trines , de moyens , sont choses communes , artenant au milieu où il vit , venant de ce ieu , variant avec ce milieu. Le corps où son rit réside, dépend étroitement de ce qui toure ; il ne se Test point donné ; il l'a reçu ,

ne le conserve qu'à une seule condition , c'est îe maintenir avec le monde environnant dans certain système de relations qu'il n'a point ». Son esprit même lui a été donné ; c'est à iication qu'il doit tout ce qu'il possède ; et la ^ avec laquelle il pense , sans laquelle il ne rrait raisonner, la langue, lui fut enseignée une tout le reste. Ainsi l'homme est une par- TiîmîTK^ , passagère , dépendante d'un ensemimmense qui était avant lui , et qui sera après

dans lequel il est né, dans lequel il mourra , s qu'il puisse savoir pourquoi il y est venu à moment plutôt qu'à tel autre , ni à quel moitil doit en sortir.

l est donc vrai de dire , même dans le sens indfique , que celui qui se cherche , se perd , que celui qui se cherche , ne se trouvera ja-

Il $8 OlITOUN}!!. FAETII DOOMÂTIQUI.

mais. Il est , en effet , impossible qu'un être qi est partie , puisse parvenir à se connaître en » considérant isolément , c'est-à-dire , en niant œ qui forme son principal caractère , sa condiLioB première d'existence , à savoir, sa dépendance 1^ qc d'un ensemble ordonné. i.i , ;

Il est vrai que l'homme est libre, et c'est cette lie considération sans doute qui a semblé jnslifier k^u l'axiome antique TvùOi ototvzôv. Mais l'homme n'ai f all< libre que dans certaines limites et certaines con* en» ditions ; dans certaines limites , car il ne pet choisir qu'entre se soumettre à telle dépendance |.)o ou à telle autre ; et il est de plus nombreuses d^ pendances vis-à-vis desquelles nul choix nelnietf donné. 11 est libre dans certaines conditions, car c'est à condition de connaître une loi, une langue, un art de raisonner, qu'il peut résister à l'entraînement des passions animales , qu'il peut les régler et les diriger. Ainsi la liberté même de l'homme accuse sa dépendance ; c'est en quelque sorte une dépendance de plus. L'animal ne dépend que de ses instincts ; l'homme dépend de ses instincts et de la loi.

Si donc nous voulons nous connaître nous-mêmes , c'est par l'étude de l'ensemble qu'il faut commencer nos recherches.

Et qu avons-nous , en effet , à connaître sur nous-mêmes? Quelles sont les questions qu'il est. {>our nous , intéressant , nécessaire même de ré-

re y et hors desquelles il n'y a de satisfaction pour une curiosité stérile et complètement ptionnelle? C'est de savoir : d'où nous ve*- \ ; où nous allons ; et qui nous sommes ? nous étions sans réponse sur ces trois ques- ^ , aucun de nous ne saurait se conduire ; aude nous n'aurait de but , ou plutôt chacun ous , abandonné au seul instinct , serait inible de prévoir et d'agir dans une fin plus ^ée que le moment présent; nous serions ts à mille erreurs , puisque nous ignorions )utes choses la portée et les limites de notre sance d'activité; nous serions de purs ani- X ; car c'est parce que l'homme possède une don sur ces questions , et s'en sert dans la ique de la vie , qu'il diffère des êtres bruts , -à-dire , qu'il connaît , et qu'il est libre. r, on ne peut répondre à ces questions en se ant ailleurs qu'au point de vue universel , et e dépendance de l'ensemble devient mani- I aussitôt que l'on examine les premiers élés du problème qui y est impliqué, a effet, d'où venons-nous? D'un passé que ; n'avons pas fait, qu'il nous est donné de înuer et quelquefois de modifier très faiblet , et encore dans une direction déterminée , nous n'avons point imaginée , et où nous déions constamment de ce qui nous a précédé et e qui nous entoure. — Où allons-nous? Nous

Il70 OATOLOGIl. VAkTIK l>OGUATlQUC.

devons tous mourir après avoir, sur un terraîûel dans des limites données , et quoi que nousayon voulu , produit quelque chose qui restera aprèi nous , soit comme pensée , soit comme exempte, 6oit comme chair, soit comme matière, soit jcomme néant. — Que sommes-nous enfin? 1x8 y effets de ce qui nous a précédé, de ce qui eiiste, et , à certaines conditions , les causes de ce qd nous suivra : êtres engendrés et engendrans, mais variables et passagers. Que chacun de noo se regarde ! qu'il se fasse à lui-même les que»* tions dont nous venons de parler ! et il recoiiniitra la vanité des philosophies qui ont cherché dans l'homme les principes absolus de la science et delà sagesse.

Il est absurde , au reste , en bonne logique, de chercher la connaissance d'un ensemble dans l'étude d'une partie , cette partie fût-elle in»'me aussi durable , aussi invariable que l'ensemble. En effet , en supposant que toutes les parties «jui entrent dans la composition de renscmblcsuienl homogènes ou semblables , comment le saurezvous , si vous n'avez vu l'ensemble lui-même. D'ailleurs, en supposant l'ensemble homojrêuc, l'espèce de connaissance appropriée h celle espèce d'ensemble , sera celle du nombr-e <U'S partics composantes : or, comment arriver<v-vui:> i» en savoir le nombre , si vous vous attachez sru! meut à en ctndiei' une partie? et si nous pivii/n'»

C05SÏDÉRAT10XS GÉrÇÉR.VLKS. 471

■^ réalité , c'est-à-dire , si nous voulons déduire ^ l'étude d'une partie variable et passagère «omme nous , ce que c'est qu'un ensemble stable «t durable comme l'univers , l'impossibilité sera plus grande encore , si toutefois il peut y avoir des différences dans l'impossible.

Jugeons , au reste , les deux manières de proeéder par les résultats produits. Les encyclopédistes , placés au point de vue humain , n'ont pas trouvé de moyen de classification plus parfait que le système des facultés qu'ils supposaient exister dans l'homme, et auxquelles ils donnaient la puissance d'inventer et de conserver nos connaissances. Les ontologistes , placés au même point de départ , n'ont pu s'élever au-dessus d'un système de notions dont il a été question dans cet ouvrage , à l'occasion de l'examen du kantisme et de l'éclectisme. Les uns et les autres n'ont acquis ainsi que des méthodes artificielles , impropres à servir, soit à l'invention, soit à la prévoyance , ayant , au contraire, pour conséquence de nous présenter toujours la science comme achevée et complète. Ils ont manqué enfin tous les résultats qu'on doit se proposer dans l'œuvre de l'ontologie ou dans celle de l'encyclopédie. On n'a point les mêmes reproches à adresser aux constructions établies du point de vue de la création, c'est-à-dire , du point de vue universel. Aucune de celles-ci n'a été sans fruit, soit quant

472 OKTOLOGIC. PàKTIE DOGMATIQUE.

à rinvention , soit quant à la prévoyance. H n'y i point eu , dans ce genre , de doctrine si fausse qu'elle n'ait donné quelques conséquences olilisables ; parce qu'elles possédaient en elles-mêmes quelque chose de vrai , elles ont engendré qudque chose de profitable pour les sciences. Âiusi, en dernière analyse , la pratique juge les deox voies dont il a été question . Elle prouve ce que le raisonnement démontrait , que l'une est bonne et que l'autre est mauvaise.

Les réflexions qui précèdent , nous tracent à nous-mêmes la marche que nous devons suivre. L'ontologie sera consacrée à l'exposition du système du monde envisagé dans les généralités. Dans ce travail , nous nous placerons au point de vue universel , et au lieu de remonter des détails à l'ensemble , nous descendrons de Tensemble aux détails. Cette marche était celle adoptée dans les sommes du moyen âge. Nous ne nous proposons point d'être aussi complets que l'ont été les encyclopédistes de cette époque , parce que cela n'est point nécessaire ; nous ne traiterons point toutes les questions qu'ils ont traitées , parce que nous ne voulons point entreprendre sur la théologie ; nous nous bornerons aux connaissances qui doivent être communes a toutes les sciences, et qui sont, selon nous , indispensables dans tous les genres de pratique intellectuelle.

Il n'y a que doux fait^ à démontrer pour jusii*

COyj^lDÉRATIO.NS GÉ>ÉRALtS. klZ

#er la vérité de notre point de départ d'une masiière positive , ou , en d'autres termes , de la ma- 3aière usitée dans les sciences naturelles que le public accepte comme les plus exactes ; il suffît de prouver : t* qu'il y a harmonie entre les fonctions qui composent le monde visible ; et 2"* que ce monde a été créé^ Nous allons développer ces deux propositions d'une manière directe , afin d'établir d'une manière également directe le droit que nous avons d'adopter la marche que nous avons choisie. Nous adressons les réflexions qui vont suivre, à ceux qui sont encore sous la fascination des doctrines matérialistes , retenus dans le piège où nous avons été pris nous-mêmes. S^il y a un fait évident parmi les faits d'observation journalière , un fait incontesté et incontestable , c'est sans contredit celui de l'harmonie imiverselle, celui de l'accord parfait qui règne dans le monde. Or, nulle science d'observation fie rend compte de ce fait, ni ne l'exprime. Nulle science d'observation ne contient les moyens d'en rendre compte, ni de l'exprimer. Loin delà, chacune d'elles , précisément parce qu'elle est une spécialité , chacune d'elles est fondée sur un fait spécial qui constitue une contradiction directe à celui de l'harmonie universelle. Pour reconnaître la vérité de cette proposition, quant aux sciences d'observation , il n'est point nécessaire d'y pénétrer profondément ; il suffit de lire les

klk 0>TCM/iGIC. rAKTlC UOGlfJkTlQCK.

premières pages des traités classiques propres à chacune d'elles : là , on apprendra que Tastraio» \^ mie, la physique, la chimie, la physiologie, etc., sont fondées sur la formule ou la définition d'one inconnue qui constitue les êtres , dont l'étude ert l'objet de l'une quelconque de ces spécialités , en opposition directe avec l'inconnue sur laqudle les autres sont fondées. Les sciences naturelles, en s'exprimant ainsi , n'ont fait que représoiter la vérité même , c'est-à-dire , ce que Texpérience et l'observation apprennent à tout homme qui examine avec attention Tune des spécialités qui fonctionnent dans l'univers. Ainsi , il n'échappe à personne que chaque être naturel n'existe qu'à condition , soit au moins de résister au monde extérieur, comme les corps bruts , soit , en outre, de s'emparer des élémens de ce monde, comme les corps organisés. En tous lieux et pa^ tout nous ne voyons que des individualités qui ne subsistent que par une victoire incessante remportée par les unes sur les autres. Les espèces minérales soûl conservées par la force de cohésion qui en unit les molécules intégrantes; les êtres organisés vivent non seulement à condition de résister ciïicacement à l'énergie des affinités extérieurer, mais encore en détruisant ces allinités. Bien plus, ces êtres agissent les uns sur les autres pour se détruire ; ils se nourrissent les uns des autres. La nature semble uniquement un

CO!(SlDÉEATIO:<S GÉNÉRALES. U7 S

r*Jiamp de guerre où la paix est impossible , où L'antagonisme et la contradiction régnent d'une DDaaière absolue. Et cependant, l'observateur constatera en même temps que ces individualités dépendent les unes des autres , tellement que si l'on en supprimait une seule , même parmi les cqpèces qui paraissent les plus nuisibles, nulle antre ne pourrait exister.

Dira-t-on que le fait de l'harmonie universelle est l'effet de cette opposition également univerielle , dans laquelle chaque partie semble uniquement destinée à détruire toutes les autres ? Nous avons déjà répondu à cette objection dans notre paragraphe sur le matérialisme. Ou les forces opposées , avons-nous dit , que manifestent de tels effets, seraient égales entre elles , et alors elles devraient avoir conclu à l'équilibre, de telle sorte qu'en place du mouvement dont nous sommes témoins , nous serions plongés dans Timmobilité la plus absolue ; ou ces forces seraient inégales , et alors l'une d'elles aurait subalternisé tontes les autres , et aurait encore produit l'immobilité absolue. Le fait de la contradiction entre les parties, opposé au fait de l'accord parfait dans l'ensemble , reste donc dans toute sa force.

L'ontologie et l'encyclopédie sont destinées à exprimer le fait de l'harmonie universelle. La première doit en établir le principe ; la seconde doit étendre ce principe aux détails , et le mani-

476 o>tOloui£. partie dogmatiqui.

lester dans les parties ; c'est ainsi que celte d» ^t ^ nière accomplit l'œuvre de la classification cpi lui est réservée. Mais pour de tels résultats, iltuÉ V^ que l'ontologie ou l'encyclopédie soient vrai»; elles ne peuvent l'obtenir qu'à la condition d'et primer par une formule exacte le fait m^edb l'harmonie universelle dont nous nous oooh pons.

Or, quelle est la formule rigoureusement re> présentative de ce fait? Comment la trouver?

Pour atteindre cette découverte difficile, 3 faut raisonner sur les causes invisibles des phénomènes , examiner les rapports de ces causes , et déterminer quelle nécessité causale supérieure exigent ces rapports •

On nous objectera sans doute que raisonner sur des existences qui ne tombent point sous nos sens, qui ne sont point sujettes à l'expérience et à l'observation , c'est tenter les ténèbres , c'est entrer dans une voie, où toute lumière nous manque , où tout moyen de certitude fait défaut. Mais une teiie objection n'est pas recevable ; nous dirons qu'il suffirait aux opposans , s'il en existait , d'un seul instant de réflexion pour y renoncer.

En effet , n'apprécions-nous pas les causes par les effets? Que faisons-nous , lorsque nous disons que les phénomènes diffèrent? Y a-t-il un savant, quelque matérialiste qu'il soit , qui ignore que

COKSIDtRATTO^S GÉ^ÉRALBS. U*?7

€8t en vertu d'une cause invisible que les pro- *^tés des corps diffèrent en chimie , que c'est ^ vertu d'une cause invisible que les minéraux Mibsistent , et de même pour les phénomènes de gravitation , de même pour la conservation des Bq[>èces dans le règne animal , de même en phyriologie, en pathologie, etc. ; que ces causes invisibles manifestent leur présence par des effets physiques, c'est-à-dire sensibles, personne ne le niera. En général , les gens du monde ont une idée très fausse sur ce que c'est qu'une cause en physique ou en physiologie , et plus d'un honune qui n'a , en fait de science , que le diplôme de sarant , partage cette erreur ; à savoir qu'une cause n'est rien de plus que le contact matériel d'où résulte un effet. Ainsi , pour prendre un exemple qui comprend tous les autres , une bille vient k en toucher une autre et à lui communiquer le mouvement , on dit vulgairement que le contact de la première bille est la cause du mouvement de la seconde : or, c'est mal dire , c'est tenir un langage inexact. La vérité est que la seconde bille change de place seulement, parce qu'elle a reçu en totalité ou en partie la vitesse qui avait été déposée dans la première. Et qu'estrce que cette vitesse , c'est quelque chose certainement , mais quelque chose d'invisible ; c'est une cause et une cause si réelle, que la mécanique ssait I9 calculer à priori , et en tirer parti.

fît

/j7S o:^;o!.ogik. pautis dogmatique.

Cet exemple , nous le pensons , fera apprécNT b^^^ la véritable nature et la valeur réelle de ce (|*f *1^ Ton doit entendre par causes invisibles des phé* f co nomènes. Mais on nous demandera peut-être » core comment il est possible de raisonner sr M^^ des rapports de causes , et comment on paitèM p^' assuré de ne point se perdre sur un pareil te^ p ^ rain ? A une telle objection , nous pourrions r^ i ^ pondre , comme le fit ce philosophe ancien à «i r?^ adversaire qui niait le mouvement , il se nntk f t marcher ; nous aussi , nous pourrions nous mettre à marcher. Cependant nous préférons éclairer cette difficulté , car nous n'oublions pas qu'en ce moment nous écrivons dans l'intérêt de ceux qû sont le plus étrangers à l'espèce de considérations dont nous nous occupons.

On apprécie les rapports entre les causes quelque invisibles qu'elles soient , comme on apprécie les causes elles-mêmes , c'est-à-dire par les phénomènes ; et il ne faut pas croire que celle étude soit négligée même dans les sciences que l'on se plaît à appeler exactes ; citons deux exemples que nous choisissons à dessein dans les spécialités que le matérialisme préconise par dessus toutes les autres : la théorie de la gravitation de Newton est fondée sur l'étude et le calcul des rapports entre les causes ou les propriétés invisibles que manifestent les effets astronomiques ; la théorie chimique de Lavoisier est la formule des

C05SIDÉRATICKÎS GÉ?IÉAALES. L7^

sports entre les causes ou les propriétés invisis qui se manifestent dans certains contacts ; corps. La théorie de Newton comme celle de voisier ne sont pas complètes sans doute, parce 'elles ne sont pas assez générales, parce qu'elles formulent pas une loi de rapport assez élevée : ûs il n'en est pas moins vrai qu'elles sont exac-^ s relativement aux faits que les auteurs se "oposaient d'y comprendre , et relativement à i grand nombre de faits analogues que les auurs mêmes ne connaissaient point. Ainsi , ce est point quitter le terrain de la science posi- ^e , ni même celui de la science expérimentale, te de raisonner sur l'invisible. Abordons donc terrain.

Pour arriver à la possession d'un axiome sur principe de l'harmonie universelle , nous dens procéder par voie d'exclusion. Ce n'est int , en effet , un fait isolé , unique , que nous m vous seul quelque part. Au contraire , il est ilé à tout , présent partout ; pour en découvrir cause invisible , il faut donc la dégager de ce i n'est pas elle , en écartant ce qui y est conlire , ou ce qui manifestement tend à quelque ose de contraire à l'harmonie. Ce procédé ra- >nnel est , au reste, l'un des plus simples et des us faciles à suivre.

Or, en examinant le monde dans son ensemble, ms voyons qu'il existe un certain ordre de mou-»

k^ù OlfTOLOGIB. PARTIR DOGMATIQUE.

vemens et de repos dans lequel les ph( apparaissent comme étant en même t^nps et causes , effets de ce qui les précède , causes < ce qui les suit. Cette classe de phénomènes éf^ l'objet spécial des observations des astronomei, h des physiciens, des chimistes, desminéralogi8ia»F des physiologistes, etc. C'est sur l'étude eid^l^ sive de ces phénomènes que s'est fondé le nuA^ rialisme; c'est de cette étude qu'est résultée h conséquence dont nous avons parlé , que toaM choses devaient conclure à l'inmiobilité rtkb solidification absolue. Les causes invisibles aux* quelles la science actuelle en attribue la prodn^ tion , sont considérées conune opposées , comne naturellement en lutte , comme s'excluant essen» tiellement les unes les autres. C'est par un effet de la lutte que le mouvement a lieu ; et c'est par un effet de l'exclusion que les. unes exercent à l'égard des autres , que la tendance finale est l'immobilité absolue ou la mort universelle, conclusion dont , comme nous l'avons dit , on ne conçoit pas qu'elle ne soit point déjà parfaite, lorsque l'on compare la durée finie qui est le propre du monde , à l'infini en durée que notre esprit conçoit ; mais sans tenir compte de cette dernière conclusion , il est évident que le fait d'un mouvement qui conclut h l'inmiobilité. c'est-à-dire une contradiction , ne peut être considérée comme un principe d'harmonie. Et qof

"COnSIDÉKATlOITS GÉKÉRALr». h^\

ne voie pas dans cette proposkion une simple îîtion de mots ; si Ton veut bien se rappeler que nous avons dit sur la contradiction que entent les unes à Tégard des autres les forcés gouvernent Tordre de phénomènes dont il [ît, on reconnaîtra que notre affirmation que la représentation exacte d'un fait géqui se manifeste jusque dans les moindres ils. Passons à l'examen d'une autre classe de Lomènes. Au sein de cet ordre circulaire dé ^emens et de repos , on voit apparaître un re tout différent de phénomènes ; ce sont ceux naissances et des générations. Ceux-ci se ma- ^iiirestent par une contradiction directe aux forces ^ la classe dont il vient d'être question ; celles- -ci sont momentanément subalternisées. La nais- «mce d'un être , en effet , constitue un mouve- Aient , sui generis , en opposition positive avec la nature circulaire ; une conquête entreprise sur die ; un désaccord évident quant à la direction irt à la manière d'exister^

Mais , nous dira-t-on * ne serait-ce pas à ces forces génésiaques qui combattent incessamment les forces qui tendent à la mort , qu'il faudrait ttiribuer la conservation du monde dans l'état actuel où nous le voyons ? Non , il ne faut pas croire que l'harmonie de l'ensemble puisse résulter du balancement entre des causes dont les unes tendent à produire l'immobilité, et dont les

tl81 OKtOLOaiK. l*AATlfi DOQaiTlQiri.

autres président aux naissances ; car 1* 11 monie dans les mouvemens ne peut résnltei désaccord entre les causes motrices, pou l'égalité parfaite entre deux puissances oppa conclut à rimmobilité , et que la supériorité Fune sur Tautre conduit aux mêmes résalb V les causes invisibles qui président à res( drement des êtres , comparée les unes aux ani dans les effets , pr^entent les mêmes contra tions, les mêmes hostilités de détail queo remarquions dans les phénomènes de Foi précédent. Ainsi, pour prendre un seul exeo chaque espèce animale, comme chaque in& est en guerre au moins avec toutes les» espèces , en sorte que la tendance est qu seule espèce détruise et absorbe toutes les au et qu'enfin un individu de l'espèce victori détruise et absorbe tous les autres individu telle sorte que Ton peut dire que la conserv de rétat actuel du monde ne se préseatt comme possible , et que l'existence des f génératrices n'arrêterait qu'un moment la che des forces qui tendent à l'immobilisation, s'il n'existait , en dehors de ces puissances, que cause invisible qui en a réglé ou en règ rapports ou l'harmonie.

Or, quelle est cette cause? Évidemment est supérieure à toutes celles dont nous ve de parler, puisqu'elle les gouverne ; elle pei

€0>SIDéRÀTIO.'(S Gf:!SÉAAL£S. /{S 5

.ruire > puisqu'elle peut les régler ; elle peut avoir produites, puisqu'elle peut les détruire. e est d'uue nature différente , puisqu'elle ne xi être conçue que comme une activité vis-àdes autres qui sont passives à son égard : elle maîtresse, les autres obéissent ; elle est libre, autres sont esclaves ; elle est initiale, puisque autres lui sont postérieures ; elle est intelli- Càte , puisqu'elle est l'origine de l'ordre ; elle prévoyante , puisqu'elle commande à des rétats, etc. , etc. Ainsi la cause initiale qui est |)rincipe de l'harmonie universelle , c'est Dieu -•même. Aussi les naturalistes ont-ils appelé nom de loi les systèmes de rapports qu'ils retmaissent dans les phénomènes.

Le lien de dépendance par lequel l'harmonie iverselle tient à la cause initiale , est prouvé 'le fait que toutes les fois qu'il y a eu une opéion initiale dans le monde , il y a eu aussi une ivelle harmonie. Or, ce fait s'est reproduit à icune des créations successives dont la terre ferme les traces. L'effet de ces créations a été que fois de changer le système entier des rapts phénoménaux .

ae monde n'eût-il pas commencé , il résultet des considérations énumérées plus haut qu'il ste une cause initiale; mais, le commencent du monde étant prouvé , l'existence d'une

Uk OUTOLOGIS. FAKTn DOOMATIQini.

cause de cette nature est rendue numifes même aux moins dairroyans.

Nous n'insisterons pas davantage sur une j position aussi claire i déjà reproduite lim fois dans cet ouvrage. Nous nous hâtons cPal der le sujet de ce livre*

DK DIEU. iiiS5

§ V. — DE l'existence DE DIEU.

J'ai été incrédule ; j'ai été du nombre de ceux auxquels il faut prouver que Dieu existe. Cependant maintenant que mon esprit est changé, que ma croyance est complète , il me répugne , plus que je ne puis le dire , d'écrire en tête d'un chapitre un titre pareil à celui-ci : de r existence de Dieu; c'est-à-dire de supposer un seul instant que l'on puisse mettre en doute ce qui constitue le fondement et la preuve de toutes nos connaissances. C'est , suivant moi , une honte pour l'esprit humain que nous nous pensions obligés de démontrer la vérité même , et c'est , en effet , me absurdité en logique.

S'il existe un axiome vrai et juste , c'est celuici : « On ne prouve pas les principes premiers ; car c'est par eux que l'on prouve tout. *

Cet axiome est reçu et règne en souverain dans les sciences que l'on nomme exactes par excellence , par exemple , dans les sciences ma- 'hématiques ; et l'on a dit même souvent que la ►Upériorité de celles-ci tenait à l'acceptation incontestée de cette proposition. En réalité toutes es sciences commencent de la inème manière , iciais elles ne l'avouent pas toutes aussi clairement ; n l'on peut dire qu'elles sont dans un état d'a-

I^S6 ONTOLOGIE. PABTIV DOGMATIQUE.

vancement proportionnel à Févidence qu'dteF donnent à Taxiome dont il s'agit. W

Qu'est-ce , en effet , qu'un principe premicfî p^"^ C'est un point de départ antérieur à tout antre; ^^ c'est une initiale ; c'est une cause originette qm détermine et engendre toutes les conséquences; Y^ métaphysiquement , c'est une idée qui sappott 1^ toutes les autres ; en morale , c'est le pré- jl*^ cepte général qui donne la théorie de tous ks ^ actes , etc. 'kz

Or, comment prouver un principe promier! p* Pour le prouver, il faudrait qu'il y eût quelque m chose avant lui , c'est-à-dire qu'il ne fût pas pr^ mier. — On ne peut le montrer que dans ce qâ s'ensuit.

Parce que notre nature et notre condîtioD sont telles , que toute notre logique se réduit à un art de tirer des conséquences , que nos inventions mêmes résultent de l'emploi d'une certaine méthode dans la recherche des conséquences, nous avons été conduits à appliquer cet art lotnque aux choses mêmes qui y échappent. Noos avons fait l'erreur de vouloir appliquer aux principes, la méthode qui convient aux conséquences. Puis, étant venue la théorie d'une raison humaine ayant en elle et par elle-même une force virtuelle de logique , ce qui était une erreur est devenu une prétention et un précepte ; nous notf sommes crus en droit de n'accepter que ce que

) raisonuement nous démontrait ; nous avons i tout prouver directement et à priori. Pré- )n absurde, car nous ne sommes nouses que des effets ; et il ne nous est donné de plus que de prouver que nous sommes Ofets ; et c'est assez , au reste , pour la détration.

» principes premiers sont comme une luî primitive qui éclaire tout ; or, on montre aière , on en décrit les effets , mais on ne la je pas. U suffit d'ouvrir les yeux pour voir e les hommes appellent lumière ; mais si on 3 de les ouvrir on ne la verra jamais ; et de e il suffit de vouloir pour reconnmtre Dieu ' œuvres , mais si on ne veut pas on ne le maîtra jamais. Que l'on se rappelle ce que avons dit dans ce volume (1) du quatrième ;n de vérification , et Ton comprendra comnous concevons que les principes s(mt dédrables.

us ne connaissons que deux moyens pour rer les principes premiers : l'un est de faire ]ue tout ce que nous expliquons serait inexble sans eux , en sorte qu'on acquiert pour usion qu'il est impossible qu'ils ne soient l'autre est de faire reconnaître qu'ils explit tout; mais remarquons que ces deux

Pag. 218, 219-

688 OHTOtOGIE. PABTfC B06S4TIQ1JC.

moyens seraient impraticables pour nous , si ob ne nous eût jarmais dit qu'il y a un principe pr^ mier ; car si on ne nous l'eût jamais dit , noo serions dans l'impuissance d'en acquérir la connaissance (1).

Celui, au reste, qui refuserait ces deuxmoyeos serait comme Taveugle qui , afin de ne pas Toir la lumière , se refuserait à une opération qui devrait lui rendre la vue. En effet, ces moyens sont les seuls usités dans la démonstration des principes quels qu'ils soient , bons ou mauvais.

Que font les matérialistes et les panthéistes dans leur enseignement? Ils posent leur premier principe la matière ou l'univers Dieu ; ils les supposent acceptés ; puis ils s'en servent pour expliquer les choses ; et lorsqu'ils ont cru les avoir expliquées, ils croient avoir démontré leurs principes. Quel est l'homme , en effet , qui a vu la matière ou le Dieu Pan ? Quel est le matérialiste qui pourrait définir la matière? Quel est le pan-

(1) Nous prions nos lecteurs de suspendre leur jugement à regard de la proposition contenue dans celte demièff phrase. Ils pourraient en conclure que, selon nous, Tâmc huniaine ne possède point une virtualité propre. Il n'en est rien. Nous espérons prouver plus bas, lorsque le moment en sera venu, que Fume humaine est douée de facultés, mais que ces facultés ne seraient point en acte saoi le secours de la révélation, secours dont tout homme» nvant en société , a reçu toujours une part quelconque.

DE DIEU. k89

"diéiste qui peut défînûr directement son univers.

On ne peut définir que de deux manières , ou par l'espèce de comparaison que nous avons dé-, crite dans les règles de l'affirmation, ou en exposant ce que suppose et ce que contient la chose apimnée. Les matérialistes et les panthéistes ne peuvent pas user du premier mode de définition, poisqu'à leurs yeux la matière ou Pan sont seuls dans le monde ; le second mode leur est permis ; mais ce mode n'est pas autre chose que le, procédé de démonstration dont nous nous occupons en ce moment , celui qui consiste à se servir du j^rincipe pour exposer et expliquer les faits. Que les matérialistes cessent donc de vanter la clarté de leur doctrine , ils n'ont aucun avantage sous le rapport que nous examinons , et ils sont inférieurs sous mille autres ; enfin c'est en appliquant leur doctrine selon ce procédé , c'est-à-dire selon la méthode où ils pensent triompher, que nous les avons combattus dans ce livre , et que , nous ea sommes certains , nous les avons convaincus d'erreur.

Toutes les sciences positives , au reste , implicitement ou explicitement, reconnaissent ou prouvent ce que nous disons des principes premiers. Supposez , en effet , que l'affirmation première qui constitue le principe , affirmation que i'on expose, mais que l'on uq prouve paç^

ji90 ORTOLOGIt. PARTIE DOGMATIQUS^

n'existe point , s'fl â'àgît dé {Arfricpilê, dé dûnue, d'astronomie , etc. , il n'y aura plus de Uen elitie les phénomènes , et nulle certitude sûr Ite rapports ; car la certitude dans lès choses phjsiqdes n'est pas autre chose que la ôomiàissnttibe dft relations entre phénomènes , cotitiaifflanoe demi on déduit que tel fait est de tel ordre , sortide telle Boiirce, commandant telle conséqmiioe. Otez la formule qui éett de point de départ, c'est4i-dire de principe , chaque fait est isolé «t sans lignification. En m^fAiysique, 6tcs k principe» il n'y a pas mètùe d'argamentatioi possible 9 il n'y a rien; En méthode , 6te2 le principe ou le point de départ, il n'y a pas de méthode. En fait d'invention , ôtez l'hypothèse, il n'y a ni vérification , ni invention. En morale, ôtez le devoir ou le principe , il n'y a pas même d'actes , etc.

Depuis long-temps les vrais savans ont reconno le fait que nous cherchons à mettre en évidence, et c'est de leur bouche qu'est sorti cet axiome : que ce qui démontre le principe c'est la fécondité des conséquences , en sorte que le prindpe est d'autant plus vrai qu'il est plus général, c'està-dire qu'il engendre plus d'explications ou plos de conséquences. >

Nous pouvons donc , en parfaite confiance» appuyé sur l'accord unanime de toutes les pratiques scientifiques , reproduire l'axiome

DE DIBU. 491

^n tête de cette discussion , à savoir : que Ton ne prouve pas les principes , car c'est par eux que Ton prouve tout ; et par suite affirmer que Fon ne prouve pas Dieu, mais que Dieu prouve tout ; car Dieu est le principe premier sur lequel reposent toutes les origines , toutes les explications en toutes choses, sur lequel reposent toutes les certitudes; ou, en d'autres termes, sans Meu , il n'y a de principes , il n'y a de certitude nulle part. Qui doute de Dieu n*est assuré sur rien et ne sait réellement rien. Dieu est la pierre angulaire sur laquelle s'appuient nos croyances de toute espèce. Il est le fondement de la certitude , le point de départ de la science , le but de la pratique. Examinons , en effet.

L'honune a besoin de certitude pour agir. Autrement il ne se mettrait jamais en mouvement qu'à la manière des brutes, c'est-à-dire sous l'influence de ses appétits charnels; l'honune dépourvu de certitude , serait ce qu'il n*est pas,, un pur animal. Or, un individu peut douter de plusieurs choses, ou se contenter d'une certitude faible. La certitude du plus grand nombre ou de la société supplée à ce qui lui manque sous ce rapport ; mais cette société a besoin elle-même 4'une certitude proportionnée à sa puissance. Il lui faut une garantie quant à la durée de l'ordre phénoménal ; il lui faut une autre garantie quant à la durée de l'ordre moral. En effet , qui spécu-

A9I (DlITOLOOIl. FAETII BOGMÀTigUI.

lerait pour Tavenir s'il doutait de la durée? Qi trayaillerait pour ce que nousncmunoiift kUea, s'il doutait de la durée du bien? Personne.

Or 9 qu'est-ce au fond que cette foi dans la da^ rée de Tordre? N^est^e pas la croyance ea vue force supérieure et toujours présente qni Fa oéé et le maintient.

On objectera peut-être que la volonté humaine nous garantit la durée morale 9 mais la Tdonlé humaine est chose fort incertaine et fort variable ; quelques philosophes peuvent s'y fier , m» les hommes en masse n'y croient pas ; ils smità peu près unanimes à ce sujet. G^est pour cdi qu'en politique ils spéculent tant d'espèces de garanties ; c'est pour cela qu'en fait d'enseignement ils recherchent tous la sanction religieuse.

On nous objectera peut-ôtre encore que les lois du monde physique nous garantissent la dorée de l'ordre phénoménal ; mais , parce que le soleil s'est montré aujourd'hui, s'ensuit-il nécessairement qu'il se montrera demain? Le calcul des probabilités nous en assure , dira-t-on ; il nous assure , on effet , que nous avons pour voir l'astre du jour à parier un peu plus de deux millions contre un ; ainsi nous avons chance de voir le soleil demain , mais paraîtra-t-îl encore dans cinquante ans? Selon le calcul, continue-t-on , la probabilité serait accrue de dix-huit mille deux cent douze chances. Cependant , la scienre

(»\iysique nous apprend que tout mouvement ^nd à s*éteindre ; plus il est ancien , plus il a de chances pour conclure à cette immobilité de mort dont les astronomes matérialistes menacent tout le système. Remarquons d'ailleurs en terminant que la valeur que Ton prête au calcul des probabilités , repose complètement sur la confiance que Ton a dans un certain ordre et dans le principe de cet ordre. Si quelqu'un voulait tenir le calcul de la probabilité pour un élément de certitude sufiBsant à lui seul , il n'y aurait qu'un mot à dire pour renverser cette ridicule prétention ; car quelque considérables que soient les nombres de chances que l'on accumule en feveur d'un phénomène donné , ces nombres seront toujours comme zéro , vis-à-vis de l'infinie durée pendant laquelle le phénomène n'a point existé.

Pour juger de la valeur de la croyance en Dieu , comme principe de certitude , supposons que cette croyance n'existe pas, et rappelonsuous ce qui a été dit précédemment dans cet ouvrage sur la morale. 11 a été démontré que celleci était le critérium de la certitude, le fondement de la société , de la science , de la pratique. Or, eelte morale n'existera plus dès l'instant où elle ne sera plus acceptée fermement comme un commandement irréfragable ; elle n'existera plus ^ elle n'est point reçue comme une vérité de

494 onoiaoB. vamtib MKBUknqm.

Tordre abfiola et élanid ; die n'existarai phiî elle n'est point adnûse oonune ime loi dn moBil anasi certaine , aussi positire que les lois de Vmk Ters Inrut ; die n'existera lAos en on mot si mit la reçoit point connue Toont d'un èbie souverain , source de toute yénté et de toute csA tude , parce qu'il est maître de tout. Enrefasiit de reconnaître Dieu, cm nie tout cela ; <m aie la certitude , la société , la êd&ace et la pratiqis. On met chaque individu en droit , et on tai donne raison , de répondre .que l'iiitérét de la morale n'est pas le sien , que la certitude sodakh n'est pas la aenne , etc. ; et il ne manque pas de gens aujourd'hui qui font cette réponse. La 8(K ciété non plus ne sera plus obligée ni envers dleméme , ni envers ses membres , ni envers Yn^ nir. Elle devra douter aussi bien d'elle-même que de ses membres et de Tavenir. Il ne resien de vrai qu'une chose , c'est que chacun est un individu qui, de nature, a le droit de vivre pour loiméme. L'état social sera , en définitive , considéré comme une déception ou un mensonge. ïi^ en effet , l'histoire démontre que toute sodâé où l'on cesse d'enseigner l'existence de Dira , ne tarde pas à périr.

Ainsi Dieu prouve tout quant à la certitode.^ Quant à la science , il sufiBt de rappeler, soit ce que nous avons dit quelques pages plus haolr soit les considérations sur l'infini insérées dans

DE DIKU. U95

K^tre examen du matérialisme , par lesquelles ■9KRIS avons montré que , si un souverain moteur ^existait pas, le monde lui-même n'existerait ■Jlœ depuis Téternité. Passons à la pratique.

Le fondement de l'ordre dans la pratique c'est h devoir. Or, que deviendra le devoir si nous -l'acceptons pas qu'il y a un principe envers ile^el nous sommes absolument obligés. Ce principe sort-il de la société? Nous voulons bien l'ad- B^tre momentanément et considérer la volonté sociale comme valable pour l'individu; mais quel sera ce principe pour la société elle-même <m plutôt pour le pouvoir qui la gouverne ? Évidemment il n'y en aura pas , si cette société ou ce pouvoir ne reconnaissent qu'il existe quelque chose d'extérieur et de supérieur à eux , ayant l'autorité incontestable de les obliger? Ce sera, direz-vous , le but social ; mais comment ce but social sera-t-il obligatoire? S'il ne vient pas de Dieu > il viendra nécessairement de l'homme ; qui empêchera donc de le changer aujourd'hui , lemain et tous les jours , c'est-à-dire de tomber ians le désordre en pratique ? 11 est même imposable de concevoir qu'il y ait en cela un instant le fixité , puisque l'opinion humaine n'aura elle- Ddême aucun principe fixe, aucune stabilité autre jue les intérêts que chaque jour engendre et détruit. Comment d'ailleurs une telle société auraitelle un but? On ne peut pas dire que le présent

fc96 ovTOumiB. FA&nv MNULtnqp».

puisse jamais être un but, car le motbatindk|i|^ i une chose à venir, une chose qui esta £ûi6tin|L chose qui n'existe pas an moment même où cif en parle ; au contraire , le présent indique WÊ^\ chose qui existe , mais qulpasse. De là llmpo» bilité de déduire un but du présent; de là Rn^ possibilité d'en déduire un devoir ; car anniiftir que celui-ci serait formulé , aussitôt il oesMiil d'exister, il passerait comme la situation ioÊt on l'aurait fait sortir .^ Ainsi , à moins que Foa admette un principe de devoir supérieur à llndb vidu et à la société, et non mortel comme ibk sont , il devient impossible d'instituer le deroii comme fondement de la pratique , et le bit comme fondement de la société.. . Nous derofli doue eucore conclure que la croyance en Dioi est seule capable de prouver le devoir et le bat social.

Nous ne poursuivrons pas plus long-temps ce genre de démonstration ; nos lecteurs poorront sans peine l'appliquer à une multitude de faits par liculiers dont l'existence est directement niée, si Ton ne pose pas d'abord celle d'un principe premier tout-puissant. 11 suffit d'avoir doniié l'exemple de ce mode de raisonnement ; passoos à celui par lequel on démontre qu'il est impossible que Dieu n'existe pas.

11 est un axiome incontesté , incontestable, car pour le mettre en doute, il faudrait r^ionœr aa

DE mtu. /i97

océdé logique le plus usuel , à celui dont on it le plus fréquent et le plus fructueux usage ; faudrait enfin récuser la démonstration d'une 'atique journalière ; c'est celui-ci : Il n'y a pas Bffet sans cause. D'après cet axiome , si l'on Imet que l'univers soit un effet , on est forcé de inclure que l'univers a une cause ; et , comme est impossible de concevoir la cause connue férieure à l'effet , on conclut de plus que cette luse est infiniment supérieure en toutes choses ce qui est contenu dans l'univers qu'elle prolît ; en un mot , on s'élève d'inductions en inictions à l'idée de la perfection divine. Mais les atérialistes nièrent que l'univers fût un effet, la science n'offrit long-temps à cette assertion icune réponse qui fût dans le genre de celles l'acceptent les matérialistes, c'est-à-dire de nare à tomber sous les sens. Il n'en est plus ainsi ijourd'hui. La géologie a recueilli d'innombraes monumens qui prouvent à l'œil et au plus •ossier entendement que l'espèce humaine a nnmencé , que toutes les espèces animales et ^gétales ont commencé , que la masse minérale le-même qui forme le noyau du globe est de îlle nature qu'elle annonce un commencement, es cabinets des naturalistes sont encombrés des reuves de ce genre. Il est vrai que les observa- OBS ne prouvent pas que la matière ait reçu ussi un commencement, et cela par l'excellente

693 ONTOLOGIE. PABTIK DOGMATH^.

raison que des obserrations sur la matièfe vkq peuvent aller au-delà de la matière dlenaièMiki] &lais nous pouvons momentanémadt ccmoéleriin que la matière possède une certaine éterniié; nous n'avons pas besoin de preuve plosccHsidé^liie rable que celle qui ressort des énormes rsA pi cations dont Dieu a voulu la-Mgner.EneSet, personne ne pourra nier que l'homme et I0ito autre espèce animale, végétale ou minérale, u soient des créations, dont chacune en partiofe constitue une démonstration suffisante pour nos forcer à affirmer qu'il y a en dehors du monde un souverain créateur. Or, voilà ce que la géob* gie laisse hors de doute , voilà ce qui confond k matérialisme. Qu'objecter, en effet? Il est endent que si la matière eût existé seule , formiBt à elle seule l'univers entier, elle eût été éternellement la même. 11 est aussi impossible de concevoir qu'elle eût ajouté à ses propriétés, qne de concevoir qu'elle en eût perdu ; car, dans le premier cas , il eût fallu qu'elle prît cette propriété quelque part , et , dans le second «, qu'elle la mît quelque part. Accepter une teBc proposition , c'est reconnaître qu'il y a plusieurs êtres dans le monde , qu'il y en a un qui est actif, un souverain et causal , celui des êtres qoi prend et qui rejette, d'autres qui sont sujets, ceux qui sont tantôt appelés , tantôt renvoyé. Ainsi , le matérialiste qui veut admettre une wt

DE DIKU. A99

i ne soit pas éternellement la même, tombe 1 cercle d'absurdités où il se nie lui-même, e la matière , où , en définitive, il conclut ►rincipe d'activité est nécessaire pour exles modifications dans Tordre physique, ant , s'il accepte Tétemité de la matière ite dans le nombre des propriétés qui la lent , il lui est impossible d'expliquer la 3 arrivée d'êtres qui manifestent de nou- )ropriétés matérielles. Ainsi , il se trouve levant un argument inniable qui montre tx sens de son intelligence aussi claireue si on lui donnait de le toucher et de le r les sens de son corps. L'ignorance seule faits peut aujourd'hui excuser le matéria- }ue si , quelqu'un les connaissant , persisis l'athéisme , ce serait un malade qu'il t plaindre ou craindre , car il serait at- I quelque vice intellectuel ou moral irréle.

un autre fait de création qui ne montre

•ins clairement qu'il est impossible que

) soit pas. Nous en avons déjà fait mentkm

volume , nous ne faisons id que le rap-

a point de société possible sans langage morale. Est-ce la société qui s'est , par tion , donné un langage et une morale ? ar pour cela il eût fallu que les hommes

500 ONTOLOGIE. PARTIE DOGMATK^VB.

parlassent avant de parler, et qu'ils eussent une loi d'association avant de l'avoir. Qui donc a i&stitué la société , c'est-à-dire la morale et k langage? C'est Dieu , répond la tradition univer* selle.

Nous citerons un troisième fait d'où ressort b même démonstration , quant à Texistence et à l'action de Dieu. Ce fait est général ; il comprend l'histoire du monde physique et du monde humain ; il plane sur toutes nos traditions et toutes nos œuvres. Je veux parler du progrès.

On entend par progrès une série de transfor* \ mations ou plutôt de créations dont chacune est indépendante de toutes les autres , de telle sorte qu'il n'y a entre elles d'autre rapport que celui de croissance que nous y reconnaissons. Or, il y a eu un progrès de cette espèce dans les règnes minéral , végétal et animal avant que rhommc parût dans le monde ; et depuis que l'homme est sur cette terre , il y a un progrès de cette espèce dans rhumanité. Or, parce que le progrès s'entend d'une série de créations faites chacune de toutes pièces , et dans un moment particulier, il en résulterait par cela seul qu'il y a un créateur du progrès. Mais il y a à en induire un autre genre de preuve.

A quelque époque de la série progressive où l'on se place , quel que soit le terme que Yoa choisisse , soit dans le règne minéral , soit dans

DB UIEU. 508

et d'une nature dont les propriétés sont bori, quant au nombre, el quant à l'énergie, ! que les natures qu'acceptent le matérialisme î panthéisme. Ces deux doctrines ne conçoit et ne peuvent comprendre , ainsi que nous )ns déjà vu, qu'une espèce de mouvement, le ivement circulaire. Le progrès, au contraire, !n ligne droite. Or, si nous cherchons quelle la nature que nous concevons capable de luire un tel mouvement , nous voyons que irit , c'esl-à-dire l'activité libre , a seul cette ïriété. ï.e progrès est donc l'effet d'une actilibre.

e ce qui précède , nous devons conclure que imen des faits les plus importanssur la na-

universclle , sur la société et le progrès , ermet pas de concevoir que Dieu n'existe

Il nous reste maintenant à montrer que stence de Dieu explique tout, et nous aurons i atteint le résultat que nous nous proposions tenir. Dans ce but , nous nous servirons de ^oe de l'induction comme étant la plus ^^■U9 comme ce procédé est aussi le plus ^^^Hferons obligé de limiter notre sujet. ^^^^■kUlement des points généraux du

^^^^^^^•'ies sur lesquelles sont fondées e les plus exactes parmi les

'jr?

502 OJSTOLOGIE. VARTIE D0GUA.T1QGE.

que chaque terme de la série progressive K |?fc^ présente pas seulement l'apparence d'avoir été destiné à préparer celui qui le suit , mais encore a bien réellement été produit dans celle |»i fin.

Or, est-il possible d'admettre qu'il y ait bat j? ou fin devant une autre nature qu'une nature i;^ intellectuelle? Est-il possible d'admettre que ce qui a positivement une fin, soit l'efiet du hasard L; ou de je ne sais quelle force aveugle ? DansFelet ^f, nous voyons la cause ; l'effet nous révèle une iiK telligence créatrice ; il est trop fortement ma^ que au cachet de celui qui nous fit à son image et à sa ressemblance , pour que nous puissions \) méconnaître.

Si nous portions le raisonnement sur le progrès dont l'œuvre a été confiée à rimmanilé, nous V trouverions non seulement de nouvelles inductions du même ordre , mais encore la «lémonstralion de l'inniabilité de la révélation, que l'on veuille bien nous passer ce mot. Mais ce serait multiplier les preuves sans utilité, et il nous faudrait d'ailleurs, pour traiter cette quesr tion . entrer dans des détails dont nous aurons à nous occuper dans la suite de ce livre.

Nous terminerons en tirant un dernier ar|[Ument de la considération du fait progressif. Lf progrès est un mouvement en ligne droite ei ascendante; un tel mouvement ne peut ètrr

effet d'une nature dont les propriétés sont bort^es , quant au nombre , et quant^ h Ténergie, aile que les natures qu'acceptent le matérialisme t le panthéisme. Ces deux doctrines ne conçoient et ne peuvent comprendre , ainsi que nous avons déjà vu, qu'une espèce de mouvement, le louvement circulaire. Le progrès, au contraire, a en ligne droite. Or, si nous cherchons quelle st la nature que nous concevons capable de produire un tel mouvement , nous voyons que esprit , c'est-à-dire l'activité libre , a seul cette propriété. Le progrès est donc l'effet d'une actiité libre.

De ce qui précède , nous devons conclure que examen des faits les plus importans sur la naiire universelle , sur la société et le progrès , e permet pas de concevoir que Dieu n'existe as. Il nous reste maintenant à montrer que existence de Dieu explique tout, et nous aurons insi atteint le résultat que nous nous proposions 'obtenir. Dans ce but , nous nous servirons de i forme de l'induction comme étant la plus laire ; mais comme ce procédé est aussi le plus 3ng , nous serons obligé de limiter notre sujet, t de parler seulement des points généraux du problème.

Toutes les théories sur lesquelles sont fondées ios sciences même les plus exactes parmi les

bOU ONTOLOGIE. r\RT5E D0GMATI<7UE.

sciences mathématiques et naturelles , théorkd que Tobservation et la pratique vérifient chaque jour, concluent uniformément par le système de raisonnement d'où elles-mêmes sont sorties, à un résultat identiqueX'est que l'état phénoménal où nous vivons ne devrait plus subsister ; que là où règne le mouvement , il devrait régner rimmobiiité absolue. Nos théories , nos sciences sont donc fausses ; il n'est pas vrai que nous vivions , il n'est pas vrai qu'il y ait mouvement. L'observation et la pratique, qui semblent confirmer ces théories, nous trompent ; nous sommes les jouets d'une illusion effrayante ou de cette maya dont parlent les bouddhistes. — Mais, direz- vous, le monde a commencé il y a quelques milliers d'années , et voilà pourquoi le mouvement existe encore , voila pourquoi cette mort universelle que nous annoncent nos théories, n'est pas encore venue. Le monde a commencé , ajouterez- vous, le fait le prouve. — Mais, vous dirai-jehmon tour, il est impossible qiie votre monde ait commencé ; vos faits , vos preuves vous trompeni encore , car pour que ce monde ait pu commencer, il faudrait que les causes naturelles que vos théories enseignent eussent existé sans agir; ou plutôt eussent agi dans un sens opposé à celui dans lequel elles opèrent aujourd'hui , c'esi-àdire dans le sens du repos , au lieu de produire comme elles le font maintenant des phénonit'ne»

Dt DIEU. 505

. de mouvement. Alors ces causes seraient d'une . nature tout autre que celle qui ressort nécessairement de vos théories ; elles seraient libres , intelligentes , etc. , et non pas fixes et constantes , quant à la direction et à la détermination. Vous ne pouvez , au reste , admettre qu'elles soient intelligentes et libres , car s'il en était ainsi , vous seriez obligé de m'enseigner d'où vous savez que ces causes qui aujourd'hui engendrent certains mouvemens , continueront quelques jours encore dans la même direction, et m'apprendre qui vous assure qu'il ne leur plaira pas d'en changer demain , et de se reposer ! — Vous ne le pourriez pas y puisque vous établissez sur la possibilité de cette constante, des théories qui ne sont, en définitive, que des formules de prévoyance. Ou vous vous mentez à vous-mêmes en vous attribuant la puissance de prévoir, ou vous ne croyez pas que ces causes naturelles soient libres le moins du monde. En effet, comment considérer comme libres de changer par leur propre volonté , des nombres, des propriétés, des attractions? La vérité est que vous les croyez fixes et constantes, dépourvues de liberté ; vos théories ne sont point mensongères , elles sont conformes aux espérances et aux calculs que vous en déduisez. Vous faites donc erreur en disant que le monde a commencé ; car pour que cela fût , il faudrait iju'il y eût eu un temps pendant lequel ces foçcej

500 OKTOLOGIE. PAKTIE DOGUATIQUK.'

reconnues par vous n'eussent pas existé , et c'eit <;ela même dont nous venons de constater Tiiih possibilité selon la théorie naturelle. Vous faites également erreur en disant qu'il y a vie et moument dans le monde, car ces forces devaient , selon les calculs mêmes qui vous autorisait à les admettre et à en tirer des prévoyances , ces ^ ces devaient produire l'immobilité en quelques milliers d'années. Or, il y en a des milliards de milliards d'écoulées , si vous voulez bien t^ compte de l'infini en durée dont elles sont c(Mh tempor aines.

Ainsi , vous voilà par le raisonnement enfe^ mes dans un cercle de contradictions dont le raisonnement ne peut vous tirer. Vous voilà dans l'impossibilité de prouver à un sceptique , à nn bouddhiste , à un panthéiste , que le mouvement et la vie existent , qu'ils ont eu un commencement , que vos théories sont exactes , vos prévoyances assurées ; vous n'avez pas un argument à leur donner pour les convaincre que le monde et vous , et lui et vos argumens même , ne soient pas des illusions.

Vous le voyez , les théories naturelles ne se prouvent pas elles-mêmes. Il faut pour les rendre rationiiellement acceptables et solides quelque chose de plus qu'elles-mêmes ; il faut expliquer comment les causes qu'elles admettent peuvent être ce qu'elles sont , agir comme elles font ;

il ÙLUt expliquer eniiu coiuuieut elles oot pu avoir un commencement. Et, pour rendrecompte i de toutes ces choses , il faut de toute nécessité m les considérer comme des effets produits par l'ac- ■ tion créatrice d'une volonté libre et intelligente. g £n définitive, le monde phénoménal où nous som- , mes f n'est autre chose que le temps qui continue. , £li bien ! il faut dire comment le temps a pu 5 commencer et sortir du sein de l'éternité ; et il ; est impossible d'expliquer un tel événement sans j dire que ce fut par la volonté de celui que les

siècles appellent du nom de Dieu, j On peut, comme on le fait aujourd'hui , ex- . dure des sciences spéciales toute explication spé- : ciale ; mais c'est à la condition d'admettre Tex- , plication générale elle-même par une cause uni- , verselle dont la volonté est le principe de tout , ce qui existe. Autrement , on sera obligé d'expliquer, c'est-à-dire d'exprimer clairement le comment et le pourquoi de chaque fait grand ou petit que l'on proclamera dans toute espèce de spécialité. L'ei^rit des hommes est ainsi fait , ou plutôt leur raison est ainsi faite , qu'ils demandent nécessairement ce pourquoi et ce comment. Us poseront inévitablement ces questions ; et ils tireront des conclusions aussi bien de votre silence que de vos réponses. 11 est très vrai que les sciences ont acquis ce que l'on nomme le caractère po^tif , en s'abstenant de toute explication , et en

508 05T0L0GIE. PARTIE LOGUATIQUE.'

se bornant à constater, soit l'ordre de successidi soit Tordre de génération des phénomènes ; il ei ^n très vrai qu'elles perdraient , sons le rapport de la prévoyance et de la précision , si elles entraient dans la voie contraire. Mais il faut cependant |& que les savans se rendent compte des conditions auxquelles il leur a été permis de borner leurs recherches aux limites adoptées dans les temps modernes. Pour apprécier ces conditions , il suffit d'examiner quelles sont les circonstances qui ont donné naissance à l'état actuel des sciences. Chez les anciens , l'existence de Dieu était un fait soumis au libre arbitre du rationalisme aussi bien que toute autre cause originelle. Par suite, 3 arriva que, dans chaque système , quelle que fût la cause adoptée, on s'adonnait à rendre un compte explicatif , bien plus qu'exact. Dans h civilisation moderne , au contraire , le domaine de la science fut partagé en deux ; l'un consacré à la théologie , contenait les vérités de foi que tout le monde reconnaissait incontestables, c'està-dire , j)our prendre le langage convenable à la thèse que nous soutenons ici , les vérités explicatives ; l'autre était consacré aux sciences naturelles , a celles qui s'appliquent l\ ce monde dont il était dit, mundum tradidit disputaiionibus eorum. Sur ce terrain, il n'était besoin d'aucune explication , la raison n'en demandait pas ; car le pourquoi et le comment étaient enseignes

ailleurs, et ailleurs même il était dit que le Inonde physique était notre domaine, le sujet Proposé à notre activité dans toutes les direclons. D'un tel état de choses sortit logiquement *axiome que dans les sciences naturelles on levait se borner à prévoir, car on ne devait *y proposer pour fin que la vie temporelle seu- ^xient ; on n'avait besoin de rien de plus. Mais orsque , comme aujourd'hui , on oublie Dieu , orsque les sciences naturelles prétendent constîuer toute la science , on est en droit de leur denander d'expliquer tout ce dont elles font menion , et de s'expliquer elles-mêmes . La question est névitablement posée , et les condamne , comme ious l'avons vu , à avouer leur infériorité et leur subordination. Mais revenons à notre s^ujet , renix>iisdans l'examen des quelques généralités que lous avons choisies pour exemples, afin de monrer comment toute explication ressort de la croyance en Dieu , et fait défaut aussitôt qu'on ae tient plus compte de cette croyance.

Et d'abord, qu'est-ce que la matière? C'est rétendue, direz-vous , selon les trois dimensions, longueur, largeur et profondeur ; mais le vide , mais l'espace , présentent aussi cette étendue ; cette définition n'est donc pas acceptable ? C'est , direz-vous encore , ce qui nous tombe sous les sens ; ainsi , les rêves , les hallucinations sensuelles , les ténèbres , le vide , le passé , l'ave-

510 0>TOI.OGIE. PARTIE DOGITATIQUI.

nir seraient à votre avis de la matière? —^^ une telle définition est absurde ; bien qu'elle été sérieusement donnée » elle n'est pas soatt ble. — Cependant il faut définir la matière, convenir que c'est une pure hypothèse , un sans sujet. En effet, n'est-ce pas une idée admissible que celle de considérer le pUéno seul comme certain , et tout le reste como pothétique ou pure supposition. Dans plu écoles , de nombreux docteurs ont été < avis ; c'était celui des sceptiques ; c'est ausi des bouddhistes , des gnostiques et de be: de panthéistes, etc. — Mais , objecterez-v n'y a donc plus rien de certain , ni de r Sans doute , il n'y a rien de logiquement c ni de logiquement réel en fait de mati vous ne pouvez me définir ce premier p dont vous assurez cependant que tout est Et j'ajoute que vous ne pourrez le dé) vous ne partez pas de Dieu. En effet , ^ savez aussi bien que moi , vous ne poui faire toucher une substance , vous ne poui me la faire comprendre. — Pour me la faii prendre , il faut m'en apprendre la foncli Or, si la matière est une fonction , il j qu'elle a été créée et créée dans un but. faut donc reconnaître qu'elle a été créée p intelligence , car il n'y a de but qu'aux yeu: intelligence. — Si vous admettez ces chose

^oqs ce que c'est que la matière ; nous dirons ' la matière a été produite pour servir de yen aux forces actives , c'est-à-dire , pour revoir toutes les empreintes , toutes les formes, toutes les déterminations ; c'est Têtre le plus isin du néant , l'être divisible et passif par ence , d'une telle inertie que l'esprit la cont seulement comme quelque chose de divisible le passif à rinfini. — Mais continuons; nous us vcttr qu'au fur et à mesure que nous avan- >ns, les pourquoi se multiplieront, et aperont des réponses de plus en plus diffî-*

ourquoi dans le monde y a-t-il tant de forces fiant selon des natures diverses et dans des ; différens , semblant , en un mot , destinées [>uiser l'inertie de la matière? Pourquoi les s reproduisent-elles sans cesse les mêmes ;les d'effets , et pourquoi ces successions cir^ lires sont-elles dans un tel rapport qu'elles se ibattent et se nuisent , et tendent incessam-^ it, les unes par les autres, à s'arrêter dans une aobilité qui parait destinée à changer le catère même imprimé par la création à la Lière, c'est-à-dire, à la rendre stable et de. Pourquoi, d'un autre côté, ces autres zes de vie qui travaillent avec autant de Ltinuité à diviser cette matière en lui imprint les formes multipliées des natures vivantes.

51 s OXWlX^nWL. PAHTIK 1M>GMATigi««

et {Kiurquoi ces dernières forces ne semUent-cIfib^ engendrer que pour fournir une proie à rœm d'immobilisation qui prend tout ce qu'elle pu* duit pour le broyer dans son mouvement dr» laire continu? Pourquoi ces deux forces, etcdk qui meut Tordre circulaire , et celle qui pràiik aux naissances , poiu'quoi ces forces eûsl* i-^ elles en même temps dans les mêmes fient Pourquoi celles qui engendrent ontpcUes beM de celles qui tuent , même pour engendrer A faire vivre ; et pourquoi toutes les espèces qtfdb engendrent sont^elles en guerre et faites de» nière que chacune d'elles ne puisse subsister ^i condition de détruire quelqu'une des autres, de t<;lle sorte que le règne des générations m&i divis conln5 lui-même?

Voila bi(5n des quc*slions di(Tic:ilf*s à n';soudn et ce[M;ndaiit nous ne lc*s poussons iK>int dans! détails ; la liste des généralités n'c^st pas d'aillHi épuisiie. — En eflet, pourquoi ce combat saasl entre tant de puissances ennenriic^s n'a-t-il ( sulïi? Pourquoi en aœroître le nombre en créa les forces libres, en mettant au iiu>nde rtjoma et en le douant de la faculté* de vouloir, dccb sir et d'agir a priori? Pourquoi avoir fait ( homme en niérne temps indéponilant et esclai libre sc;ion Fersprit et la volonté, es<;lave dans chair de toutes ces forces fatales dont nous î nous de parler, et qui prennent son corps i^^

re de leurs perpétuels combats? Pourquoi eurs hommes et non un seul qui eût été sans ^ plus puissant , plus fort , plus capable de :er au monde qui Tentoure , et qui possède

lui sa propre matière? Pourquoi le mal, quoi la douleur? Pourquoi en soi Finstinct al-agir en même temps que le désir de bien ? Pourquoi la vie sociale ? Pourquoi le tra-

Pourquoi la mort? La liberté de l'homme en triste , il en jouit peu , n'en jouit jamais :x)nteste , et il la perd presque aussitôt. Ile science venant de l'homme , ne pourra ]uer cet amas d'apparentes contradictions ; ence de Dieu seul ou la théologie satisfait à s les difficultés. Elle va nous montrer dans aos si triste , si étrange et si embrouillé aux

du simple observateur, la plus admirable onie , le plus magnifique dessin et l'accord 18 parfait.

iites les puissances, toutes les lois dont avons parlé , ont été établies dans une fin ; me d'elles a été créée en vue d'en rendre )le une autre. Aussi elles n'ont pas paru en 3 temps ; elles ont été créées successivement, aue a eu en quelque sorte sou jour de créa-

et voici dans quel ordre elles ont paru : iière fut produite la première pour servir éàtre au reste de la création ; ensuite furent

516 O^tOLOUIE. PAâtiE BOGHATIQUlS.

émises les forces qui devaient donner à cette m* tiire passive les qualités d'un élément ; ce sottt celles qui président à Tordre des mouvemens €Î^ culaires , et auxquelles il à été ordonné de coih dure par ce mouvement même à immobiliser et à consolider la matière dans certaines formes et certaines propriétés déterminées. Ce sont ces forces que l'on nomme propriétés de la matièfe, attraction , répulsion , etc. , et dont on évaàk particulièrement les efiTets en astronomie, en physique , en minéralogie , en chimie , etc. EUes forment le terrain préparé pour recevoir ks semences de vie et en constituer les matériau. — En effet, après ces forces circulaires et braies furent engendrées les forces de vie ; mais toutes les espèces de Tordre vivant ne reçurent pas l'existence en même temps. Elles furent mises au monde successivement et chacune séparément selon un ordre progressif, dans lequel chaque terme se présente comme ayant une finalité particulière, c'est-à-dire comme un degré destiné à soutenir le degré qui le suit , et à donner les moyens de la vie a ce qui succède. Aussi il y a dans Tordre végétal et animal autant de puissances génératrices diverses qu'il y a de genres et d'espèces dans les êtres vivans ; toutes ces puissances forment ensemble une hiérarchie ou une force unique , qui représente en le repro-

DE DIEU. bi'j

luisant toujours , le plan suivi par le Créateur ; M>us rappelons force sérielle (1). Au fîir et ame^ nre de la multiplication des genres et des espèaes dans les règnes végétal et animal , les forces drculaires furent de moins en moins les souveraines maîtresses de la matière. Cependant les wces sérielles et la force circulaire opèrent inxssamment dans des sens opposés. Les forces iérielles produisent continuellement des germes, les développent et engendrent ain^ sans cesse les êtres vivans de toutes les séries , c'est-a-dire le toute classe , de tout genre et de toute espèce. Elles conduisent chacun de ces êtres à l'état |u'il doit conserver toute sa vie , et à ce terme , leur tache étant finie , elles cessent d'engendrer. L'être alors tombe sous la domination des forces inrcmlaires , et il est conduit par elles là où elles iont destinées à conduire , c'est-à-dire à la mort. — Dans les règnes vivans chaque espèce a été Faite en vue de l'espèce supérieure ; chaque espèce Qon seulement porte celle qui est aU-dessus d'elle, maïs encore elle lui sert d'aliment. Le règne végétal et animal ressemble à un grand édifice ; si

(1) Ce second genre de force est l'objet de deux classes de sciences : la première, qui se rapporte au plan suivi dans kl formation des êtres , comprend la géogénie , Tanatomie comparée 9 l'embryogénie, etc.; la seconde, qui se rapporte à rétude de chaque espèce prise en particulier, com-^ prend Thistoire naturelle , la zoologie , la physiologie, etc.

516 ONTOLOGIK. PAKTIE I>OGBf ATCQUE.

on supprimait les assises inférieures, toutes celles qui sont superposées crouleraient aussitôt. Voilà pourquoi les espèces ne subsistent qu'aux dépens les unes des autres; voilà pourquoi chaque être ee nourrit de ceux qui lui sont inférieurs ; roilà pourquoi il y en a que nous appelons nuisibles; ceux-là forment l'une des assises de la série , et cette assise , quelle qu'elle soit , sert à la série tout entière. Il en est de même des conditions imposées à la nature humaine ; s'il eût existé un seul être humain, il eût pu à tout jamais s'immobiliser dans le mal ou dans le repos , et le plan du Créateur eût été dérangé ; s'il n'avait pas à choisir entre le bien et le mal , l'homme ne serait pas libre ; si le mal physique n'était pas lacoodilion du bien moral , et le mal moral la condition du bien physique, l'homme ne pourrait ni aimer, ni être aimé ; il ne pourrait mériter ni devant Dieu , ni devant ses semblables ; enfin , si la mon n'existait pas , res[)(3C0 humaine iiourrait sniimobiliser dans une habitude et y rester à jaruaistalionnairc ; mais par Teiïet de la uiort It^^fnéralions changent incessamment, et IN^sjH^rr reprc'sentée en (juclque sorte par elles , est apj-lée aussi souvent que possible à choisir eiitr l'esprit , c'est-à-dire la loi morale qui lui est [ppposée , et l'instinct animal qui est daas sa ( liair. Mais , direz-vous , pourquoi cet ordre ? Vour^wi donner à l'homme d'autres instincts que ceux»].*

lien? Cest, on le répète, afin qu'il soit libre, ifin qu'il puisse acheter, par le sacrifice de sa ^hair, l'amour de ses semblables, ou mériter €ur mépris par le sacrifice de son esprit.

Ainsi l'univers s'explique par la science de [)ieu ; toutes choses ont une fin positive et déter-* Binée selon un plan admirable. Le monde est en |uelque sorte un système que Dieu a rendu virant , qu'il fait subsister et qu'il aime.

Nota. — Le troisième volume contiendra la mite des preuves de l'existence de Dieu , la suite (Je l'ontologie et la pratique.

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