‹ Essai d'un traité complet de philosophieChapitre 29 sur 51 · OU RATIONNELS · texte numérisé non relu

OU RATIONNELS

. it^ AiKr./.t:/v«i /«i »/.i:tS/.«w( « Élîm nation de la modit i^ Anection ou volitioiri a^^*. „ ^, j„ ^^: , aa^»»^ i

et en général modification.^"**'®»" **" T'i^Ç f' i!e* e^"^«"» '^'tJ ment du i apport néoetture t déterminée ; rapport : moi. ( ^-attribut à s^Set. ^^ V

/ c Élimination de la pion* ^

c^° Succession de passionsLlilé détenninée et do moi \\

ou de volitions et en général; iden^if ueet un, dégagemni '^

pluralité déterminée. Rap-1 du ranjort nécessaire de {di- •

port : moi identique et un. [ ralité a unité, de succesfiioB p

\à durée.

c 3** Fait volontaire rt gé-[ c Élimination de l'effet nérul, ciïet voulu détermi-| voulu déterminé et du moi: né. Rapport : pouvoir et vou- 1 dégagement du rapport né* loir du moi. Vcessaire de cause à effet.

€ 4* Volition inten tionn Mie / et en général direction dé4 c Élimination du moyen et terminée du pouvoir vo on- Id^ la fin déterminée; dégage* taire; c'est-à-dire, moyen dé- ] ment du rapport nécessaire terminé; rapport; fin déier-f de moyen à fin. » minée. > \

Ce tableau nous montre comment les éilecliqucs conçoivent que l'observation intérieure devienne l'origine des notions générales dans lesquelles nous inscrivons toutes nos connaissances sur le monde; il caractérise la séparation qui existe entre cette école et l'ancienne école de philosophie , qui , au contraire , prétend que it'S notions sont par abstraction déduites de l'observation de l'extérieur. Mais revenons a l'ontologie de M. Cousin. Il fonde toute ronlologie sur une seule vérité absolue qui , selon lui , ratlailK'

DE l'éclectisme. &01

Fétre , d'une manière également absolue , 3utes les vérités du même genre. Cette vérité , ni nous élève immédiatement de l'idée à l'être , es vérités à leur substance , est celle-ci : « que Dute vérité suppose un être en qui elle réside, » n mieux : c que toute qualité suppose un être Il qui elle réside , un sujet , une substance. » Il ose ensuite comme axiomes : < que la substance Jbsolue est unique ; que la substance est ce qui à€ suppose rien au-delà de soi relativement à ^existence ; qu'unité , universalité , infinité , éternité , sont des expressions synonymes ; que Meu est l'être unique ; que la première partie de ai science de Dieu est tout entière dans ces mots : c Dieu est celui qui est. » D'où il suit , continue M. Cousin y que toute connaissance de la vérité 5st une connaissance de Dieu , et que l'apercep- Son directe de la vérité absolue enveloppe une ^perception indirecte et obscure de Dieu lui- :ïiême. La vérité absolue étant Tunique moyen Se rapprocher l'homme de Dieu , mais en étant ^ moyen infaillible , puisqu'on ne peut partici- ^r à la qualité sans participer à la substance , il ^'ensuit que la raison humaine , en s'unissant à i.a vérité absolue , s'unit à Dieu dans la vérité et ^t par elle et dans elle , c'est-à-dire par lui et ^ans lui , d'une vie absolument opposée à la vie "•«rrestre renfermée dans les limites du continigeut. La loi suprême de l'humanité est de s'unir

401 0>TOLOGIE. PlLhTlE CEITIQVI.

à Dieu le plus iaûmement qu'il est possibk|Br la vérité, en la cherchant et en la pnti- r quant (1). »

Enfin M. Cousin nous avertit que < la seconli |? partie de la science de Dieu traite des adrihA divins et se réduit à la psychologie raboiH nelle (2) ; » mais il ne nous dit rien de ces atbh r buts , et par suite nous laisse penser que cetu deuxième partie de la théologie doit être oontii : à l'image de la psychologie ratiomidle di t l'homme. Les livres saints disent que Dienil ii l'homme à son image ; les éclectiques , au coi* traire , font Dieu à leur image.

Voilà ce qui forme toute l'ontologie de noW auteur ; voilà en quoi consistent toutes les assff» tions qu'il nous a été possible d'extraire de sefJL' ouvrages comme appartenant positivement a \ cette division importante de la philosophie. Ceb j; sufïit sans doute pour donner une idée de b Joe- ki rine professée à l'école normale : par exempte. < on y trouve plus qu'il n'est nécessaire pour h k condamner comme empreinte de panthéisnic- ^ On croirait lire une page de l'un des seciateitf* > de Buddha. M. Cousin ne veut pas être [»»' ' théiste ; il parait croire même qu'il ne l'est pas; ? mais la logique de son système l'entraîne, «*•

(l) Progr. sur les vérités absolues, Frag., p. 306, SH- ("2) Ibidem.

bK L ÉCLECTISME. 2l03

lui-même , il abonde dans cette erreur, déduire encore de ces considérations sur sur la vérité que tout homme peut pos-' . vérité , et par conséquent la révéler ; >mme a inventé toutes choses , langue » ; que l'humanité est éternelle , etc. , et )équent que M. Cousin ne croit point à la 3n , à la création , etc. ; mais il serait en commettre une inconséquence nouvelle, 3r qu'il ait jamais pensé à de pareilles ons. Il nous faut donc extraire de ses :*agmens les assertions diverses qui y sont les , assertions par lesquelles on verra teur a marché dans cetle direction aussi le lui permettait la position qu'il occupait istruction publique. En recueillant ainsi ions éparses, nous sortirons sans doute du le , d'après M. Cousin , nous nous étions

mais nous ne pouvons être plus logie la doctrine que nous examinons ; nous

obligés de la suivre. Le désordre , le e suite , sont l'un des caractères les plus de ce système; et cela s'explique par il est fondé sur une seule idée : savoir, Ités d*un moi qui produit directement et ïtement toutes choses, ce qui prouve que M. Cousin fait émaner vite humaine les lois morales et le lan- Toute institution, dit-il, suppose une puis^

604 OSTOLOG». PARTIE CBITIQUI.

sance d'institution ; or, TinsUtution , réagisnrt sur la puissance qui Tinsf itue , la développe, T^ tend : de sorte que celle-ci lui doit ses progrès et ^ parait en dépendre ; mais comme la poissanof d'institution a créé institution qui la fortifie,! est vrai de dire que c'est à elle-même réelleoial qu'elle doit tous ses progrès ultérieurs. Ainsi il génie moral dic.e les lois qui règlent lamoraTiif et paraissent la faire , quand jamais ces kii n'eussent existé sans lui. » 11 en est de méflN ï quant au langage : c'est l'activité ou la voloolf humaine qui le crée en allacbant à chaque geste, : à chaque signe qu'elle produit , le sens méat qui le lui a fait produire, c Otez l'activité bimaine , et cette puissance mystérieuse (du bagage) se réduit à rien. Laissez l'activité , au contraire , laissez-lui apercevoir ces cris , ces gestes, > qui , tant qu'ils lui sont étrangers , sout iasigni- y lians en eux-mêmes ; elle les aperçoit ; bieulô* ^ elle va les répéter librement , et par là se lesap- ' proprier, les rendre significatifs pour elle,q«i • les comprend parce qu'elle les produit , qui te • produit parce qu'elle les répète librement ; ttf : toute répétition volontaire est une véritable pro- \ duction. Voilà les signes inventés; l'activité na plus (ju'à les perfectionner, à les modifier, à te \ vai'ier, à les unir, à en faire à la longue pourli

[)eiLsée ces moyens de rappel , de conuuunicJ-

tion, ou même dv- production ultérieure, si**

DE l' ÉCLECTISME. Û05

^ si puissaus , puisqu'ils sout dépositaires de ite ractivité et de toute la puissance de l'intel. 3nce volontaire et libre , dont ils sont à la fois effets et les instruraens (i). »

Voici un autre passage qui est plus particutiè- Dent relatif à la question de révélalioii. Il est J'ai t d'un chapitre ayant pour titre: Religion , siicisme, stoïcisme (2).

» La vie , dit-il , n'est autre chose que la consnce du moi dans son rapport avec le nonâ ou la nature extérieure. Le non-moi est l'in- 3ni , c'est-à-dire le fini multiplié par lui-même ; moi est l'individuel , c'est-à-dire le fini redoui en lui-même. Le moi a beau s'étendre dans non-moi , lui résister, même le vaincre , il ne 'l pas des limites du fini ; les scènes plus ou tins intéressantes de la vie ne dépassent pas le ïâlre étroit du monde visible. — Le visible , stie fini ; l'invisible, c'est l'infini. Nous saîsisïs le visible par la conscience et par les sens ; ttisible , qui se dérobe éternellement à toute ise immédiate , se révèle à l'humanité par la '9<m. — La raison est la faculté non d'aperceif, mais de concevoir l'infini. — Par quoi l'inî se révèle-l-il à la raison ? Par son idée. — quelles sont les formes sous lesquelles l'idée

m Pensées (lélaiîlK'os. Vr;\^.. p. ?01.2n7. \'i)Vmlfm,\^. 217.

&06 ONTOLOGIE. PÀUTli: ceitique.

(le riiiiiuî se présente à la raison humaine?-' Les formes du vrai , du bien , du beau. Le tim^ le bien , le beau , voilà les trois intermédiare entre Thomme et l'inûni. — Que Yhommfit lui-même ne puisse atteindre jusqu'à rinM; que la portée de sa conscience et de sa seosilN* lité expire sur les bornes du variable et du fiai; qu'un médiateur soit nécessaire pour unir cp phénomène d'un jour et celui qui est la se* stance éternelle , c'est ce dont on ne peut doottb De là la nécessité d'un terme moyen entre Dmi l'homme; de là encore cette nécessité, que ce soi Dieu qui se manifeste à l'homme, et que le lerM intermédiaire vienne de lui pour aller à l'homm l'homme étant dans une impuissance absoloeA créer lui-même l'échelle qui doit l'élever j» qu'à Dieu ; de là la nécessité d'une révéloM Or, cette révélation commence avec la vie (te l'individu comme dans l'espèce ; le médiateur ti donné à tous les hommes; c'est la lumière (jo éclaire tout homme qui vient en ce monde. C'est la raison, ajoute plus bas M. Cousin. CeW théorie , dit-il en terminant , est le fondemen du platonicisme et du christianisme. 11 l'appeO système religieux rationnel; t rationnel , pan (ju'il aboutit à l'infini et à l'éternel, ji

Voilà , je crois , une explication assez clai do ce que le professeur de l'école normale e tond par révolalion. A ses yeux la révélations

bE L*éCLËdTlSM1£. Ii67

œuvre humaine. De plus , nous concluons, s, de ce passage, qu'il ne croit pas que le [ide ait conunencé. U n'a , il est vrai , jamais rdé cette question ; mais comment peiiser k commencement lorsque Ton ne voit aucun tif pour que ce commencement ait eu lieu , •^e Ton voit l'homme en rapport direct et Qédiat avec Tabsolu, avec iHnfini , avec Dieu ; port sans lequel il n'y aurait pas de liberté s le monde et sans lequel il manquerait Ique chose à Dieu, c'est-à-dire sa manière i*e rationnelle? L'éternité de la raison enïne l'idée de l'éternité de l'humanité , qui la 'çoit ; car si elle n'était pas perçue , elle serait orne si elle n'existait pas.

Vous avons vu dans la citation que l'infini se nifeste à l'homme sous trois formes : celles vrai , du bien et du beau* Un maître des conînces de l'école normale vient de publier un 1rs de M. Cousin sur ces trois sujets (1) ; nous >ns en extraire des définitions qui ne se trouit pas ailleurs.

lie professeur commence par réduire les caté- *ies de la raison à deux principales , d'où tout ane : celle de causalité et celle de substance ^

l) Cours de M. V. Cousin sur le fondement des idées ables du vrai , du beau et du bien , publié par M. Â. Car-' •.Paris, 1856.

408 o:«TOLOOiB. partie ckitiqlk.

la substance ou l'être se manifeste sous troil finies ou en trois idées absolues , comme nov Tavons déjà vu : 1 ^ le vrai, qui comprend la cause comme la substance; 2^ le beau ; 5^ le bien. Le vrai ou la vérité absolue est défini une vériléiodépendante de toutes les circonstances de temps et de lieux , et dont le caractère fondamental est Tuniversalité. Outre ce caractère fondamental, l'universalité et l'indépendance , l'absolu en a n second par rapport à l'intelligence ; c'est la né» cessité. Les vérités absolues sont à la fois luiivtf' selles et nécessaires : universelles en elles-méi nécessaires relativement à l'intelligence. Cesoot des notions auxquelles nous ne pouvons nous refuser comme celles d'espace , de temps , d'infiii de cause , de substance. — Le beau est un idéal qui est aussi indépendant de toute espèce de re- ! présentation que l'idéal des géomètres Test Je ■ toute espèce de figure. Le beau est identique I avec le vrai et le bien. L'unité , la proportion , la ! simplicité, la régularité, la grandeur, la gen^ rali té sont les caractères du beau. Trois phénomènes intérieurs s'appliquent et correspondent aux dilTércns caractères de la beauté extérieure: la faculté de représentation , la raison et le senliment spécial du beau. L'art est la représentation de l'absolu , du général , ou, en d'autres termes , de Tidéal. — Le bien est l'idée absolu** d'où découlent les idées de bien et deraal,<fe

DK L*ÉCL£CT1SMS. 409

e et d'injuste , de devoir et de droit ; en sorte ridée de moralité ou de bien, qui est absolue écessaire , engendre le droit naturel ou l'enble des devoirs et des droits des hommes les à regard des autres; le droit naturel à son ' engendre le droit écrit, qui se divise en t politique , droit civil et droit criminel. DUS ne ferons aucune réflexion sur ces défi- )ns , que nous avons eu beaucoup de peine Heurs à former avec des fragmens épars dans vrage. Nos lecteurs remarqueront facilement, i que nous nous en occupions, qu'elles ne ►entent rien du caractère précis que Ton s'atl à trouver dans les formules de ce genre ; lies consistent uniquement , si Ton peut parlinsi, en des additions de mots qui eux-mêmes iquent de définition ; qu'elles n'ont aucune iûcation pratique ; que , par exemple , avec éûnition du vrai , on serait incapable de procer sur une théorie astronomique ou physioque quelconque , et de même avec les autres qu'il s'agirait de choses réelles. Quand on lit pages , on s'étonne de l'immense succès de e philosophie ; car on ne peut s'empêcher ipliquer à chacune d'elles cette phrase provere : sunt verba et voces , prœtereaque niliil. Il aut pas s'étonner, au reste , après la lecture i volume consacré , comme celui dont il s'adans le paragraphe précédent, à donner la

410 OKTOLOGIB. PARTIS CHITIQUE.

(léÛDÎtion de trois mois , de trouver un résultat l si miuce et si incomplet. Cela tient àdeuxnii -^. sons : Tune, que Técrivain se sert de motsrepré» i sentatifs d'abstractions sous lesquelles on peotr mettre à peu près tout ce qu'on veut ; l'autre, que f dans chaque exposition particulière, formantot : chapitre, la doctrine tout entière est reproduite; vt mais passons à la quatrième division du planqvii pous avons emprunté à M. Cousin. h

4. Il s'agit ici de recueillir les vues génénto ù de notre professeur sur l'histoire de la philoii Sophie ; nous les tirons d'un cours qu'il aspédt* i lement consacré à ce sujet (1).

La méthode qu'il adopte ne diffère point à \ celle qu'il emploie partout ailleurs , et sur Ifc quelle il revient toujours. « Il part de la raisoii humaine , de ses élémens , de leurs rapports» | de leurs lois , et cherche le développement (k i tout cela dans l'histoire. Le résultat d'une !»• i reille méthode , ajoute-t-il , est de démontrer l'identité du développement intérieur de la «h son et de sou développement historique, V'ii^ lité de la philosophie et de l'histoire de la phito* Sophie. 2)

Pour être fidèle a cette méthode , il faut d'abord rechercher quels sont les élémens ou idées essentielles de la raison. I^ raison humai^f

(I ) (loiii-sde l'histoire «'e la philosophie. Paris, \^

DE L ÉCLr.CTis:aE k\i

tinue-t-il , ne conçoit toutes choses que sous 'aison de deux idées. Examine-t-elle les noms et la quantité , il lui est impossible d'y voir re chose que l'unité et la multiplicité. L'un et liyers , l'un et le multiple , l'unité et la plura- , voilà les idées élémentaires de la raison en tière de nombre. S'agit-il de l'espace , ces éléas sont l'espace borné et l'espace absolu. S'ail de Texistence , il y a l'existence absolue et :istenee relative. S'agit-il du temps , il y a le ips déterminé et l'éternité ou le temps en soi. lut aux formes , on trouve les formes finies , l'infini; quant aux causes, les causes prêtres et les causes secondes ; quant au monde ^noménal, il y a le phénomène et la substance ; mt à la pensée , le nécessaire et le contin- U , etc. — Chacune de ces propositions a deux mes : l'un absolu , causal , parfait , infini ; itre imparfait , phénoménal , multiple , fini, e analyse savante identifie tous ces premiers et s ces seconds termes ; en un mot , toutes ces ipositions se réduisent à une seule, aussi vaste î la raison et le possible , à l'opposition de l'ué et de la pluralité , de la substance et du phénène , de l'être et du paraître , de l'identité et la diflerence.

jette réduction acquise, M. Cousin examine le »port des deux termes. Il prend pour exemple lité et la multiplicité , et il en cherche le rap-

/li2 ORTOLOGIIK. PARTIE CRITIQUE.

port. 11 établit d'abord qu'il y a uu rapport de L^ri coexistence; car il remarque que si, dans l'es- iil sence , l'unité est supérieure à la multiplicité, ip y a dans le temps coexistence nécessaire deFoDe m et de l'autre. Il établit ensuite un secoi^np- ^^ port ; celui-ci émane de l'idée cause. SaKUM îcause absolue, il n'y aurait point de rapport 7' entre cette unité et cette multiplicité; car c'est la \t cause qui crée , produit , manifeste la mullipii- |; cité, la variété, la différence. « Dans le fait, ajoulfr ^ t-il , nous trouvons d'abord eette unité (la cause) cfiveloppée en elle-même , grosse pour ainsi din de la différence et de la multiplicité, sanslttavoir produites encore ; puis la variété , la multiplicité, le fini , l'action relative développée , ea possession du monde , mais détachée de runilé ; cnGn nous trouvons cette nouvelle unité qui a l'essaisi les élémens échappés de son sein , et qui alors se sait elle-même, comme variété et comme unité tout ensemble. Ces catégories si abstraites et si vaines en apparence , c'est la vie de la nature , c'est notre propre vie , c'est la vie de Thuiuanilé , c'est la vie de l'histoire (1). >

Le résultat de l'analyse des élémens de la rai son est donc la découverte d'une triplicité com posée de deux termes , résultat de l'identificatioi précédemment démontrée et du rapport de ce

♦ 1} îlisloire de la philosop., V Icron , p, 40.

. DB L ÉCLECTISME. Al 3

les : « rapport de génération qui tire le premier, et qui par conséquent Fy rap- > cesse. > M. Cousin applique ce résultat e de la philosophie ; car « le but de et de Yhumanité n'est pas autre chose ouvement de la pensée , qui , aspirant 'ment à se connaître complètement , et Qt se connaître complètement qu'après lise toutes les vues incomplètes d'ellend , de vue incomplète en vue incom- ' un progrès mesurable , à la vue come-mêmeetde tous ses élémens substan- ^ssivement dégagés , éclaircis par leurs 5 , par leurs conciliations momentanées uerres nouvelles. Tel est le but général re et de l'humanité (1). > » cette définition du but , également ap-

rhistoire et à l'humanité , il nous pa- M. Cousin ne sait pas parfaitement ce

entendre par le mot but. On entend , en français , par un but ^ un point placé 5 de nous , et qu'il nous faut atteindre en nt une carrière plus ou moins longue.

»t autre chose que le mouvement qui y —Le but de l'histoire et le but de l'humaeuvent non plus être les mêmes. Le but ire , et par là on entend celui de Thisto-

de la philos , 6' leçon.

414 OATOLOGIB. PARTIE CRITIQVB.

rien, peut être de narrer les actes de rhumamté> mais le but de celle-ci ne peut pas être de se raconter elle-même à elle-même » ce serait absurde ; mais d'atteindre un certain résultat qui , ^ comme la borne placée au bout de la carmre , est le terme et la fin de ses efforts. Nous ren- voyons , au reste , sur ce sujet , M. Cousin au die- ? tionnaire ; il y trouvera que but , meta ea latin , fc signifie le point où l'on vise , ou auquel on veut . atteindre. — Revenons à notre exposition. >

Le but de l'histoire étant défini , ainsi que naos venons de le voir, l'auteur déclare qu'une époque | n'est pas autre chose que l'un des élémens de I l'humanité développé séparément, et occupant le i théâtre de l'histoire pendant un espace de temps plus ou moins considérable. Il divise , en conséquence , l'histoire en trois époques , ni plus m moins : la première où il y a prédominance de l'idée de l'infini , où tout est immobile comme l'absolu , l'unité et l'éternité ; la seconde est celle où le fini , c'est-à-^dire la variété , la multiplicité, la différence, dominent ; la troisième est celle où est établi le rapport du fini et de l'infini , c'est-àdire où la raison se sait elle-même complètement; la dernière est la seule parfaite.

De là , il conclut que l'histoire est le résumé de l'univers , lequel est une manifestation de Dieu: que l'histoire, en dernière analyse , n'est pas moins que le dernier contre-coup de l'action di-

DE LÈCLECTISnE. 41 9

^e. La nécessité de ses lois a pour principe JHen lui-même ; ce que Ton appelle la Providence , c'est Dieu considéré dans son action perpétuelle sur le monde et l'humanité. L'humanité a ses lois nécessaires ; l'histoire, sa nécessité ; car € la Providence , c'est-à-dire Dieu , est l'intelligence dans son essence et son mouvement éternels » et dans ses momens fondamentaux (1).»

Tout est donc nécessaire dans le monde ; cependant M. Cousin prétend n'être pas fataliste : fl écarte cette accusation par un argument qui n'a pu le tromper lui-même , car il présente une apparence à peine suffisante pour distraire un instant l'attention; il donne une définition de la Êitalité ; il prétend que l'on doit entendre par là seulement l'action des causes extérieures. Or, sa doctrine établissant que toutes choses viennent au contraire du développement intérieur des facultés propres à la substance absolue, échappe , en effet , à l'accusation d'un fatalisme tel que celui dont il nous donne la formule. Mais nous renvoyons encore une fois l'auteur à la définition du dictionnaire ; nous y lisons que fatalité est synonyme de destinée inévitable. Au reste, il adopte toutes les idées propres à l'école fata-« liste en histoire.

Ainsi , il admet qu'il y a un rapport des lieui^

{\) Cours d'hist., T leçon, p. 37, 58,

a rhomme ; il justifie l'opinion de Montesquieu sur l'influence exercée par les climats sur la législation et sur les mœurs. Il établit que chacune des époques de la civilisation , celle ou règne rinûni comme celles où dominent le fini , soit le rapport de Tun à l'autre , occupent trois théâtres diiférens ; il décrit le sol qui convient à chacune : à la première , il faut un grand continent ceint de mers immenses ou de vastes déserts ; à la seconde , un pays coupé de rivières , de lacs , de mers intérieures ; à la troisième , des contrées qui tiennent de ces deux dispositions du sol (1). Enfin , comme la nécessité ne peut se tromper, en toutes choses il absout le succès ; en politique comme en philosophie, le vainqueur, à ses yeux, a toujours raison (2). Et pouvait-on, en effet, conclure autrement dans un système où l'on proclame que l'univers est une manifestation de Dieu, et que l'histoire est le dernier contre-coup de l'action divine ?

Lorsqu'on a vu tout ce qui précède , on se demande comment M. Cousin n'a pas succombé sous une accusation universelle de panthéisme et de manichéisme. Cette accusation lui a été adressée , mais elle n'a point eu d'écho. A qui doit-il son bonheur à cet égard? D'abord l'obscurité d».'

(1) nisl. dft la philos., 8« leçon.

(2)/6if/.,0'-eHO-le(;on.

i)E l/ÉCLECTISMÉ. hil

ises expositions u'a pas permis à tout le monde d'en comprendre la portée; puis, il n'a cesse d'affirmer hautement et fermement son orthodoxie ; aujourd'hui même il se dit chrétien! Mais devons-nous le croire , et le croit-il lui-même? Voici comment il définit la création et la révélation : créer, selon lui , c'est tirer la création de sa puissance ou de soi-même. « Dieu crée en vertu de Sa puissance créatrice ; il tire le monde non du néant qui n'est pas , mais de lui qui est l'existence absolue : et Dieu créant sans cesse et infiniment, la création est inépuisable et se maintient constamment (i). > Quant à la révélation, il la décrit comme constituée par l'affirmation primitive, pure, spontanée, antérieure à toute réflexion ; et , afin qu'on ne puisse pas se tromper sur l'origine humaine quMl donne à cette affirmation , il ajoute : # C'est cette affirmation que l'on rapporte à Dieu (2). »

Nous terminerons ici notre analyse du système éclectique moderne. En mettant autant de soin a en exposer les détails , nous nous sommes moins proposé de nous préparer une large occasion de critique que de donner à nos lecteurs One connaissance complète du système : les vices

<4) Hist. de la philos., 5* leçon , p. 27. (2) [bid., 6' leçon.

618 ONTOLOGIE. I^ARTIE CàlTIQUt.

en sont d'ailleurs évidens , ils découlent clairement de Terreur du point de départ.

L'éclectisme moderne est une philosophie pro- f testante , inventée par des pr'otestans , dans des ^ pays protestans. On peut le considérei" comme \k ^ conclusion philosophique du protestantisme. Le '* fondement et le point de départ du protestan- '' tisme fut la proclamation de la souveraineté de ^ la raison individuelle faite par Luther il y a trois [ siècles. Le fondement et le point de départ de Féclectisme est la souveraineté du moi. La ce^ titude du protestant, en matière d'interprétaticm biblique , est son jugement ; la certitude de Fé* clectique , en toutes choses , est Taperception de son moi. Mais Luther a limité Texercice de cette souveraineté individuelle en lui donnant pour ' objet les livres saints, tandis que le second ne ' reconnaît aucunes bornes à sa raison ; le proies- ^' tant est un chrétien révolté qui se donne la • liberté d'interprétation , l'éclectique est un incrédule qui se donne carrière à lui-même. Voilà "^ quelles sont les similitudes et les différences.

L'éclectisme , de tout temps , n'a jamais été •autre chose que le fait des individus qui voulaient s'autoriser de l'apparence d'un système pour ac- quérir le droit de choisir parmi les opinions re çues celles qui leur convenaient , et le droit de se refusera toute obligation qui leur déplaisait. >oici

Dt LÉCl.FXTlSHt. ki9

animent Diderot, daus un article où il se montre *and ami de cette doctrine , définit l'éclectisme icien : < L'éclectique , dit-il , est un philosole qui , foulant aux pieds le préjugé , la tration » l'ancienneté , le coasentemeni universel , utorité, en un mot tout ce qui subjugue la aie des esprits , ose penser de lui-même , re- >nter aux principes généraux les plus clairs , i examiner, les discuter, n'admettre rien que r le témoignage de son expérience et de sa ison , et , de toutes les philosopbies qu'il a ana- ;ées sans égard et sans partialité , s'en faire le particulière et domestique qui lui apparinne (1). »

N'est-ce pas là l'histoire, ne sontce pas là les étentions de nos modernes docteurs ?

M. Cousin a prétendu, dans ces derniers temps> le l'éclectisme continuait la philosophie de âscartes. Il paraît très probable , en effet, lorsle l'on tient compte du mode de génération ^ idées, que les systèmes de Reid et de Kant ont >ur point de départ Tétude d'une pensée de escartes , isolée et envisagée à part des consi- §rations qui l'accompagnent. Mais il ne suit pas â là rigoureusement que l'éclectisme soit une ^nséquence du cartésianisme , à moins que l'on

(i) Encyclopédie méthodique, art. Éclectisme.

iiiO 03IT0U>GIK. PARTIB CKtTlQUK.

n'admette , comme M. Cousin, que tout êoit dm \^ tout (1). Examinons, en effet.

Déscartes , cherchant un principe de certitude concède que l'on puisse d'abord douter de toirt» excepté d'une seule proposition devant laquelle le scepticisme le plus résolu est contraint de ifa^ L rêter ; c'est le fameux ego cogita, ergo sm; je pense, donc j'existe; car il répugne , diUl, de croire que ce qui pense n'existe pas dans le moment même où l'on pense ; et il appelle cède proposition l]a première et laj plus certaine connaissance que puisse trouver la philosophie, quelle que soit la nature des questions dont elle s'o^ cupe. Il définit ensuite la peusée, cogitationem;i entend par là tout ce qui se passe en nous en tanl que nous en avons conscience : ainsi , comprendre , vouloir, imaginer, et même sentir, sonlid la même chose que i^enser.{Cogitationis nominCf intelligo ea ornnia, quœ , nobis conseils , innobu fiunt , quatenùs eorum in nobis conscicntia est: j atquc ita non modo intelligere^ velle, ifnaj^ j

nari, sed eliam scntire , idem est lue quod coj^ \ tare){^).

Si Descartes n'avait écrit que ces phrases, on ; aurait raison de dire qu'il est, dans la scient*»

(1) Cours d*hisl. de la philos., T*" loçon. j

iïl) Principia philosophiaî. Pai'S prima , vu et ix- !

érî table père de Féclectisme. On reconnaîtrait s doute encore que le protestantisme a eu une t considérable à Tenfantement de cette docàe; car on remarquerait que c'est à lui que idoit la tendance en vertu de laquelle les urnes ont été portés à s'isoler dans la confiance ils avaient en eux-mêmes , et par suite à chérir une philosophie propre à autoriser cette ifiance. Mais il faudrait reconnaître aussi que ît à Descartes que Ton devait le premier argunt de Tordre scientifique qui ait pu servir de J6 à une philosophie de cette espèce. En effet , s Ton s'arrête à cette proposition , ego cogito , fc sum ; que l'on la considère comme notre unie certitude , et en conséquence qu'on ne voie elle ; on en conclura d'abord qu'il suffit de roir les lois de la pensée pour posséder tous les incipes de la certitude. Or, on ne peut étudier i lois , en premier lieu , qu'en s'observant soi- ^me , et , en second lieu , qu'en consultant bservation des autres, ou le sens commun. Puis, enant cette réflexion de Descartes, savoir, qu'il *ait absurde de nier l'existence de ce qui pense

moment où la pensée a lieu , on en induirait ^ les faits de conscience accusent des existens réelles, soit internes, soit externes. Enfin, on marquerait que la certitude de la proposition ,

pense , donc je suis , n'est rien de plus que la ''Utude du moi , ou, en d'autres termes, est 11. 27

&22 ONTOLOGIE. PARTIE C&ITIQrC.

résumée par cette autre affirmatiou unique el complètement équivalente , je. Ou discutenk, comme l'ont fait les élèves de M. Cousin M. G)usin lui-même . sur le mérite relatif, principe premier « du ego cogiio, ergo sum, et simple ego, moi, et l'on prouverait que le je oi moi, étant en même temps raffirmationderénei et de la pensée, contient toute la valeur dn/ pense y donc je suis, etc. Telles sont les quences que Ton a pu tirer du principe de tude cartésien pris comme unique but de Y\ tion et de l'étude. Mais , nous le répétons, cen'i pas un motif suflSsaut pour ranger Descartes les éclectiques et le compter comme leur mail En effet , à peine eut-il produit l'affirmation il s'agit , qu'il s'empressa d'y ajouter un con où l'on voit parfaitement qu'il n était nullemefll préoccupé d'un résultat éclectique , mais seulement, ainsi qu'il est démontré par sa proprtj histoire , de trouver un argument propre à arrè» ter court, en quelque sorte , le scepticisme que les protestans avaient répandu en Europe, «t avec lequel il avait été lui-même en conlactplB* que personne.

« Quand je dis , ajoute-t-il , que cette propoS" tion , je pense , donc je suis , est la première d la plus certaine des propositions qui puissent * présenter à celui qui philosophe en toute espiit de sujets , je ne nie pas , à cause de cela, q«>J

DE l'éclectisme. ii^Z

faille savoir auparavant ce que c'est que la isée , ce que c'est que Texistence , ce que c'est s la certitude , et aussi comment il est nécesre que ce qui pense existe , etc. Je n'ai point i devoir énumérer ces choses , parce qu'elles Qslituent les notions les plus simples et en ïme temps les seules qui ne présentent la nond'aucune chose existante. {Ubidixihancprontionem , ego cogito, ergo sum , esse omnium imam et certissimam , quœ cuilibet ordine phiophanti occurrat , non ideà negavi quin ante •cm scire oporteat quid sit cogilatio , quid exis" nia y quid certitudo ; item quod fieri non possit, id quod cogitet non existât , et talia: sedquia • sunt simplicissimœ notiones et quœ solœ nullius

existentis notitiam prœbent , idcircd non cen- '- esse numerandas (1).)

Ainsi , Descartes admet qu'il existe des prin- ^ de logique dont la connaissance prélimiire est nécessaire pour apercevoir son premier iome , pour en établir la valeur et pour en tirer rti. Il ne dit point , comme les éclectiques ou mme M. Cousin , que la logique est seulement e transition , un simple passage de la vérité à ire , c'est-à-dire un passage d'une vérité subîtive , découverte dans les fails de conscience, me vérité objective. Descartes , au contraire ,

\) Prîncipia phil., pars prim. Ax. x.

U^U OTOI.OGIV. PARTIE CRITIQUE.

suppose que l'homme , avant de poser son ego cogito, ergo sum , sait déjà la logique ; il suppose qu'il sait sa langue , et par conséquent qu'il a appris de quelqu'un à parler et à raisonner ; car d'où lui viendraient autrement ces notions premières dont il vient d'être question sur la diflerence entre penser et ne pas penser, exister et ne pas exister, être certain et douter, entre le possible et l'impossible, etc. ? Descartes a pu mal raisonner sur l'origine de la certitude , mais évidemment il reconnaissait qu'il en existait une | en dehors de l'homme , puisqu'il considère la lo- ^ gique comme nécessaire , soit pour douter, soil pour affirmer. Mais voici un principe par lequel e philosophe français s'éloigne bien davantage encore des éclectiques.

Il s'élève à la connaissance de Dieu, et ajoute: Il est évident que nous suivrons la meilleure voie de philosopher, si nous nous appliquons à déJuire de la connaissance de Dieu Texplication des choses qu'il a créées , nous efforçant ainsi d'acquérir la science la plus parfaite , c'est-à-dire, la science des effets par les causes. [Perspicmnn est optimale pliilosopliandi viam nos sequnturos , si ex ipsiui Dei cognitione renim ah eo crealarnm explicatif^ nem deducere conemur, ut ita scientiam perfccli^ simam , quœ est cffectuum per causas , acquirQmus {{).)

(I) Loc. cit., ax. xxiv.

DE l'éclectisme. 425

Que si , conlinue-t-il , Dieu nous a révélé sur bd-même plusieurs choses qui excèdent la force de notre compréhension , telles que les mystères de la Trinité et de l'Incarnation , ne nous étonnons point que, dans son immense nature, comme dans la création, il y ait des vérités qui dépassent ïïotre intelligence , mais gardons-nous d'en faire Trfbjet de nos disputes. Ne cherchons point davantage à déterminer ce que c'est que Tinfini , !to à pénétrer la finalité des choses ; contentonslous de savoir que Dieu n'a point voulu nous romper, et par conséquent que tout ce que nous ercevons clairement est vrai (1). Ainsi Descartes ose en définitive le spectacle de la nature comme 5 principe et le moyen de notre activité scienfique; et tout le monde sait , en effet, quelle rande attention il y apporta lui-même, soit >rsqu'il en faisait Tobjet de ses hypothèses , soit >rsqu'il en faisait le sujet de ses expériences.

Si donc nous devons nous en fier à ce que nous enons de voir, nous devons dire hardiment que i philosophe français ne peut, en aucun cas, être ivoqué par les éclectiques ; ils n'ont de commun ne le premier mot , savoir, la certitude de la >ensée ; mais au-delà , tout rapport cesse d'exis- &r.

L'éclectisme repose entièrement sur la virtua-

(I) Loc. cit., ax. XXV à xxx.

/|26 OKTOLOGIB. PARTIK CRITIQUE.

lilé qu'il accorde au moi humain. Si Ton cofr Wli teste cette virtualité, on met en doute le syslènM pne tout entier ; car sa logique , son ontologie et soi \i^r éthique sont , comme on Ta vu , formées et proo* vées par inductions tirées des notions primordia- \ A»

les qui sont inhérentes au moi. C'est doncsuice '3^ point que l'on doit porter la discussion cridqœ; r n le principe détruit, tous les corollaires sont en tr même temps réduits à néant.

Remarquons d'abord que la virtualité accordée au moi est une pure hypothèse , qui manque de vérification , et qui ne peut même en recevoir. En effet , si , en analysant les discours prononcés par un homme quelconque , on peut démontrer que ses paroles, quelque grossières qu'elles soient , impliquent au moins une notion vague des idées d'espace , de temps , de cause , d'effet , etc., ; il sera toujours impossible de prouver d'une ma- [ nière positive que ces vagues notions soient la j manifestation de quelques propriétés essentielles inhérentes au moi; il sera, au contraire, toujours plus certain que ces notions vagues viennent de l'éducation reçue par cet homme ; il sera toujours plus certain que cet homme les a apprises en même temps que le langage. On ne peut , eu ciîct , mettre en doute que la connaissance de la parole lui ait enseignée, et que cette parole n'implique les notions dont il s'agit et ne les o)ntienne virtuellement en elle-même. Que si voicv

DE l'éclectisme. 4^7

mandiez à cet homme grossier de définir queles unes des notions qui sont impliquées dans a langage , il ne pourrait peut-être en définir cune , ou , au moins , il ne saurait rien vous "e des plus importantes (telles que Tespace , ifioi , la cause , la substance, etc.), et vous connaîtriez alors qu'il en sait juste autant qu'en prime son langage , c'est-à-dire , juste autant *on lui en a appris. Sa connaissance des notions res de la raison se trouverait être exactement )portionnelle à l'éducation qui lui aurait été anée et qu'il posséderait.

M l'on voulait tirer parti de cette observation m déduire les conséquences , on en induirait is peine une argumentation suffisante à elle lie pour ruiner le premier principe de l'éclecne. Mais nous laissons ce soin à nos lecteurs , s jugent ce travail nécessaire. Quant à nous , lis nous bornerons à en faire le moindre usage, 5t-à-dire , à nous en servir pour conclure que camen analytique des significations constantes langage ne prouve, pour la virtualité primorile du moij rien de plus que pour la virtualité de lucation.Or, les chosesétant ainsi, il est démonî que celte virtualité du moi est une hypothèse pourvue de vérification ; et , dès ce moment , pliquant les règles que nous avons précédemmt données sur les hypothèses , nous devons

affirmer que c'est une supposilion sans valeur scientifique.

Toutes les vérifications auxquelles les éclectiques modernes ont eu recours , sont de la même espèce et tournent également contre eux.

Ainsi , il n'y a nulle conséquence à tirer de l'observation qu'ils opèrent sur eux-mêmes. En effet , qui sont-ils? Des hommes parvenus à Tàge viril , et 5 de plus, des hommes instruits. CommeiA ' donc prouver que ces notions pures que , selon leur expression , ils dégagent de l'étude des fails intérieurs ou de l'examen de leur conscience, comment prouver qu'elles ne leur ont pas été données par l'éducation? 11 est mille fois probable , an premier coup d'œil, qu'elles n'ont pas d'autre origine : car il est d'observation qu'elles sont, quant à l'évidence et au degré de clarté, proportionnelles au degré de réducalion et de l'instruction reçues.

Que si on veut étudier conmient ces notions se forment chez l'enfant , on trouvera non pas une preuve en faveur de l'hypothèse , mais , au contraire , une preuve contre. En effet , en examinant ce qui se passe h cet égard chez l'tofani , depuis le moment de sa naissance jusqu'à celui où il parle, on reconnaîtra sans peine qu'il aj»prend tout; que la connaissance de ces notions, même au degré où les possède sa nourrice , lui est donnée successivement, soit par les exemples»

i t par les expériences et comparaisons que l'on î fait faire , soit surtout par le langage : on re- ^iinaîtra enfin que cette connaissance est non ulement successive , mais encore très tardive

l'égard de quelques unes de ces notions , et l'il en est parmi celles-ci qu'il ne possède pas icore , même lorsqu'il en sait les noms.

Ce qui met hors de doute la nécessité d'une Lucation à cet égard , c'est que l'on a observé le ces notions ne se rattachaient pas aux mêmes ëes , selon les éducations. Ainsi , le beau , le ;ste , le bon , ne sont pas les mêmes pour tous s hommes et pour tous les peuples ; il en est irmi ces derniers qui ne possèdent point même 3 mots pour les idées d'infini et d'espace , etc. r, c'est par la pratique qu'on acquiert les noons pures : les éclectiques en conviennent euxlêmes , car ils disent que c'est en s'observant et pissant soi-même, c'est-à-dire , par une pratique B la vie et de la réflexion, qu'on parvient à les cquérir : donc , puisque l'on voit ces notions ifférer en raison des pratiques, pourquoi ne pas onclure qu'elles diffèrent par les motifs mêmes ui font varier les pratiques , c'est-à-dire en rai- Dn du milieu social et de l'éducation ? Si ces notons étaient à priori , pures , comme on le dit , i elles étaient une virtualité du moi , on com- ►rend que , l'occasion manquant , elles ne vinsent pas à se manifester ; mais on ne comprend

430 ONTOLOGIE. PARTIS C&ITIQUE.

pas que , l'occasion étant donnée , elles yiosseÉ^lipe à conclure de manières opposées, comme le font, *n^^^ par exemple , les notions du bien , du beau.ài pViUbon, de la cause et de la substance, chez-uncaiK V'ï^ nibale de la Nouvelle-Zélande ou un chrétien du t '^^dix-neuvième siècle. f ^

Toutes les objections contre les éclecdquessool, w^^ comme on vient de le voir, résumées en cedî frîn qu'il n'y a pas d'argument pour prouver que h conscience, choisie par eux pour terrain deTobservation intérieure , soit l'effet d'une virtualité primordiale du moi, plutôt que celui delà Ti^ tualité de l'éducation ; tandis qu'il y a , au cofr traire , un grand nombre d'observations qui démontrent que cette conscience est un effet de h virtualité de l'éducation. Nous sommes donc déjà parfaitement eu droit de conclure que l'éclectisine repose sur une erreur.

Cette conclusion acquerra une autorité iiiniable , lorsque nous montrerons que le moi luimême est seulement un fait de mémoire , un fait que Ton apprend comme tout autre fait. A cet égard , nous donnerons plus tard une démonstration qui, nous l'espérons, convaincra nos lecteurs. Ils nous permettront de la considérer comme acquise dès ce moment , et , par suite, de l'opposer immédiatement a nos adversaires. Or, s'il en est ainsi , si le moi n'existe pas primitivement , si îa conscience du moi ne vient à Tes-

DE l.*É{LECTISMS. 631

e postérieurement à un grand nombre lions , on est bien forcé d'admettre que la té de ce moi vient de la même source que )à sort le moi lui-même. Il y a alors quel- )se d'antérieur à la notion du moi , et à que Ton en déduit. L'éclectisme non senne fait pas mention de cette chose anté- S mais, bien plus, il suppose qu'elle pas. Il place donc son principe premier ait secondaire ; il prend pour cause ce îffet ; il prend pour point de départ ce qui équence. L'éclectique est donc hors de la car il considère comme principe d'unité n'est probablement que partie, car il t celte faute habituelle, ainsi que nous dit aux observateurs , de donner à un ticulier la valeur de fait général.

X conûrmé dans ces conclusions , lorsque appelle un argument déjà émis ; à Savoir >mme ne peut être pris pour la source de î qu'au seul point de vue où l'on le consi- :omme un être absolu , éternel , incréé , nant toutes choses , etc. Nous savons , au -e , que c'est un être relatif, créé , dépenl'ensemble , partie et fonction de cet en- La vérité pour l'homme est dans l'enauquel il appartient, et non en lui-même ; î pour lui est la loi même de ses rapporta nsemble. Si Dieu avait imprimé en lui ^

\^1 CiSTOLACCl. SiAlfE CBtriQrE.

c^iCEinïe i^opriété eseeoÊkile et immaiiente , m loi qui le mit natoreneiiieiit dans ses vrais rapports, 3 ressemblerait anx élres bmts, anxqiiekf' Tétre soareram a imposé de saivre fatalemeot y rimpalsioa qulUlear a doDoée le prenûer jour. An contraire, si l'homme est libre, c'est parce qu'il Im a été permis de choisir ns-à-vis de cette loi , de la refuser ou de l'accepter. Or, ch(Msit-OD, accepte-t-ott , refuse-t-on, ce qui est inhérent il soi ? >'on sans doute ! La source de la coimaisF sauce , comme la loi elle-même , est donc extérieure à nous.

Nous ne reproduirons pas ici toutes les obje^ lions que nous avons eu l'occasion de faire cootre Véclectisme dans cet ou\Tage ; nous nous bâterons d'arriver au moyen de jugement qui nous paraît devoir être dfkisif à tous les yeux. Nous allons rléduire les conclusions pratiques de celle doctrine , et y ap[)liquer le critérium moral que nous p^jssi'doas.

Les éclectiques cherchent la source des devoirs, ou plutôt des droits, dans l'individu pris isolément ; ()ar conséquent , ils nient le principe général dr; la morale ; car celle-ci aflirme que la source d(îs devoirs et des droits se trouve dans les relations des hommes entre eux , et avei' Dieu.

Les é(le(:li(|U('s posent le inoi comme souvc- •ain, car cVsl <lu mo/qu'ils lirent toute vérité;

DE i/ÉCLECTISME. lu

^st le moi qu'ils chargent de découvrir en lui- ^me cette vérité par Tobservation intérieure, ilon M. Cousin , le moi se pose avant tout. En lîet , effacez cet axiome fondamental , et Féclec- ^wae n'existe plus. Mais il résulte en même mps que cette doctrine institue, dès le point de Spart , un principe de séparation absolue entre s hommes ; car, étant admis que le moi se pose ^ant tout , il s'ensuit que chacun est juge soudrain de ce qui se passe en lui , qu'il peut seul ^nnaitre les événemens de sa conscience ; et , ar suite, qu'il a seul le droit de former sa lison. Supposons qu'il y ait parmi les éclecques diversité d'opinions , même sur les preliers principes , où sera le juge qui pourra décier entre eux? Où sera leur critérium commun? Ivîdemmeîit ils ne peuvent se rencontrer que UT un seul terrain , sur celui où chacun d'eux ffirmera la souveraineté de son moi et celle de a raison. Comment un éclectique prouverait-il à in autre qu'il a tort , puisqu'il n'y a qu'un premier principe sur lequel ils soient d'accord et qu'ils eçoivent également comme incontestable ; c'est :elui même qui les sépare , celui de l'autorité du noi individuel? Aussi dans une discussion entre kîlectiques ou avec des éclectiques , l'argumenâtion , de part et d'autre , se borne toujours à la ûmple affirmation de l'opinion propre à chacun ies interlocuteurs.

kZa OSTOUIGIB. PARTIE CmiTIQVI.

U ne faol pas penser que cette objection cootte Féclectisme soit de peu de valeur ; c'est qudqtt 1^^ chose de très grave dans une doctrine que le ré- f P^ snltat premier soit de séparer les adeptes da^* svstème non seulement d'avec les autres homme)

mais encore entre eux. Les éclectiques ne soût point , en effet , unanimes ni sur le nombre des notions premières , ni sur la signification de celles-ci. Ils n'entendent pas tous , par cause, p par beau, par juste, par bien, les mêmes choses. ?ious avons connu des éclectiques qui , quoi- ji que admettant la spiritualité de leur moi, ne ^ croyaient pas cependant en Dieu , et faisaient im argument de l'autorité absolue qu'ils reconnaissaient à ce moi contre toute autre existence qui eût été encore plus absolue que celle-là. Quant aux opinions sur le beau , le bon , le juste , etc., tout le monde sait combien elles sont diverses et variables dans la doctrine dont nous nous occupons. Pour en acquérir la preuve , il suflii de consulter les écrits des éclectiques. Si Ton faisait cette recherche, on trouverait souvent que le même homme n'est pas d'accord avec lui-même d'une année à l'autre.

L'isolement , la séparation , ne sont pas les seules conséquences fâcheuses de l'éclectisme; il faut , de plus, tenir compte de ce qu'il produit dans l'usage ordinaire de la vie. Les notions premières qui forment les principes et les lois de la

t>K L'£Cl.ECtl!(!ttS, As à

^ison sont des signes sans définilion et sans ^^plication directe aux choses de ce monde. Or, ^ pratique de la vie nous met en contact avec ^ faits nettement déterminés ; pour se guider Toccasion de ces faits , il faut des formules aussi irfaitement arrêtées que les faits eux-mêmes, 'éclectisme ne donne rien de semblable , rien j directement et d'immédiatement applicable^ iissi qu'arrive-t-il ? Lorsque Féclectique est aplé à se prononcer, il cherche dans sa conscience formule du bon , du juste , du beau ; il ne Fy 3uve pas , ou plutôt il y trouve les sollicitations I son égoïsme qui existent aussi dans sa con^ ience, et lui donnent une règle fort positive j ce qui est beau, juste et bon pour lui. Que fera clec tique? Évidemment il n'aura aucune raison ►ur ne pas accepter le beau , le bon et le juste Is que les lui définit l'égoïsme , car il n'a point autre définition. L'éclectique fera donc nécesirement acte d'égoïste ; et si une telle conclum est nécessaire chez les docteurs de l'éclec- .me , qu'arrivera-t-il chez les simples adeptes le renseignement a placés dans une prévention lique, celle de leur moî? Ceux-ci, emportés par mouvement rapide des affaires, incessamment Uicités et appelés à choisir, chercheront sans ►ute chaque fois dans leur conscience la règle i leurs actes. Or, qu'y trouvent-ils? leurs pas- >ns et leur égoisme. Ils n'auront guère le tempi»

2; 36 OIfTOiX)GlK. PARTIE CArriQUK.

de méditer longuement sur le rapport qui potf-kqu rait exister entre les notions du beau , du bon, i^c et du juste , et les décisions très arrêtées pûv V^x I chaque cas particulier que leur fourmni ré-Vr, goïsme; d'ailleurs, s'ils le faisaient, ils n'a ^'.û tireraient aucun fruit , et laisseraient passer Toocasion. lis agiront donc selon leurs passons A leur égoïsme ; et lorsqu'ils auront agi ainsi, miDe autorité , sauf celle de la force , ne sera capabb de les arrêter. Que dire, que répondre, eneffel« à celui qui argumente ainsi : < J'ai Tautorité de mon moi ; vous avez celle du vôtre ; vous avei raison pour vous, mais non pour moi : pour moi, le beau , c'est ce qui me plaît et m'amuse ; le 6o«, ^ c'est ce qui m'est utile ; \q juste y c'est ce qui me sert; Vinjuste, c'est ce qui me nuit, etc., etc.? Qui osera dire qu'il n'y ait pas beaucoup de gens qui pensent et agissent ainsi? Or, ces gens-là sont les praticiens de l'éclectisme.

L'éclectisme a été , disent ses défenseurs, institué pour résister aux progrès du scepticisme. Cette assertion est certainement inexacte , puisque nous avons vu qu'il était une conséijueoce du protestantisme; mais , si elle était vraie, cetie invention serait certainement bien malheureuse; elle constituerait une preuve de plus en faveor ^ de ceux qui contestent la virtualité de la raison i humaine. L'éclectisme , en effet , conclut nécessairement au scepticisme en pratique ; car, éiant

DE i/éclectisme. 6S7

isque le moi est souverain, paràuite , on nie rincipe toute obligation qui ne ressort pas Bmment , pour chaque éclectique en partir , de sa raison ou de l'observation de sa pro- ^onscience. Il s'ensuit que tout homme a le de refuser le devoir qu'il ne s'est point étalui-même ; que nul, c'est-à-dire ni majorité, uvoir, n'a le droit d'imposer quelque chose 3lqu'un , en un mot , que les hommes ne légitimement obligés qu'envers eux-mêmes.

, en définitive , on peut douter de tout, ex- \ de soi-même.

, en quoi le scepticisme est-il dangereux? En >eulement qu'il met eu doute tous les princiiir lesquels repose l'état social , c'est-à-dire , voir. L'éclectisme conduit à la même conséce. Qu'importe donc qu'il pose une certitude, Lte certitude conduit aux mêmes résultats e défaut de certitude ?

L peut reconnaître la tendance au scepticisme nous argumentons , en se figurant ce qui se 5 dans rintelligence d'un éclectique ventaient fort , lorsqu'il est appelé à appliquer sa ice rationnelle à un cas particulier quelcon- Nécessairement il cherche d'abord à déduire formule pratique des notions pures dont il roit certain ; mais plusieurs formules exiset mettent son esprit en doute : est-ce h K;i ou à celle-là qu'il attribuera la qualité de

belle , de juste ou de bonne? Nous le défions de se prononcer en vertu de sa seule science éclectique ; il délibérera donc ; il délibérera pen ianl toute la durée de sa vie sur la convenance oa rinconvenance de Tune et de l'autre, sans pouvoir aucunement se décider, à moins qu'âne \^ passion ou un intérêt ne viennent faire pendier ^ la balance d'un côté ou d'un autre. Or, qu'est-ce L que le scepticisme au point de vue pratique , si i ce n'est cela ?

Que résulte-t-il cependant de l'examen qm précède? Que l'éclectisme isole l'homme de as relations, l'autorise contre l'obligation du devoir, le met en doute et en suspicion vis-à-vis de ce qui oblige , le désarme vis-à-vis des soUicitaticMB des passions et des intérêts ! L'éclectisme donc est une doctrine réprouvée par la morale ; car celle-ci fait tout le contraire : elle place toujours l'homme en relation, elle le soumet au devoir, elle proscrit Tégoisme ; et parce qu'elle commande d'agir, elle défend de douter.

MÉTAPHYSIQUE SCOLAIRE. ij39

§ rV. — DE LA MÉTAPHYSIQUE SCOjLAIRE.

Nous désignons sous ee nom le système d'enîgnement conservé traditionnellement dans les îoles. On n'a rien innové à cet égard depuis le oyen âge ; les seules améliorations qu'on y ait troduites , consistent dans les retranchemens msidérables qu'on y a opérés , si toutefois Ton 5Ut donner à une pareille suppression le nom amélioration. Nous allons faire connaître ce le Ton a conservé ; nous placerons nos obseritionsàlasuite.

La métaphysique était , comme nous l'avons éjà dit , divisée en deux parties : dans la prelière , on traitait de la métaphysique générale , u'on appelait aussi ontologie ; dans la seconde n traitait de la métaphysique spéciale; ici on émontrait l'existence de Dieu et l'on en recherhait les attributs ; c'est ce que l'on appelait la héologie naturelle ; naturelley parce qu'elle était ondée uniquement sur les lumières de la raison . ?uis on réfutait les systèmes opposés. Enfin on .«rminait par un traité de pneumatologie. Là on ^''occupait des esprits créés ; on cherchait quelle était la nature des anges , ainsi que l'essence , les propriétés et l'état présent et à venir de l'âmç

hUO O.NTOLCMillE. PAKTIli CAITIQUE.

humaine. On ne comprenait rien de plus dans la métaphysique. Pendant quelques siècles il fut ;"

d'usage , en outre, de consacrer a la physique un

traité spécial , en sorte qu'un cours complet de philosophie était composé de quatre parties, con- ' sacrées. Tune à la logique , l'autre à lamétaphy- ^ sique , l'autre a la morale , l'autre à la physique. I' Mais cet usage n'a point été universel , et d'sûl- [" leurs il a été définitivement abandonné.

11 serait inutile de parler dans cette partie cri- ■' tique , des sujets compris dans la métaphysique scolaire sous les noms de théologie naturelle et de pneumatologie , parce que nous n'avons rien à critiquer à cet égard ; notre tâche consistera moins à nous occuper des argumens usuels qui y sont exposés , qu'à y introduire un mode d'ar}j[umenlation nouveau. Quanta la métaphysique générale , nous en exposerons , dans ce paragraphe, seulement ce qui est nécessaire pour en faire connaître l'esprit; celle-ci peut d'ailleui-s èire l'objet d'assez nombreuses observations. Nous nous occuperons aussi en ce lieu de ce que Ton enseignait sous le titre de principes généraux de physique , bien que chez les anciens on n'en fit jamais mention dans la métaphysique. JlaLs comme dans l'ontologie que nous voulons formuler, il doit être question des lois et des [principes généraux dont la connaissance est nécessaire à l'étude des sciences naturelles, nous

HÉTAVHYSIQL£ SCOLAIRE. UUi

croyons utile de donner une idée de la manière dont les anciens comprenaient ce sujet.

On entend, dit la Philosophie de Lyon, par être, ensy ce qui est opposé à rien ou à néant , c'est-àiire , en d'autres termes , tout ce qui existe ou peut exister, quidquid existit vel existere potest. []ette dernière définition est celle qui était le 3lus généralement adoptée (1). La capacité ou la x)ssibilîté d'exister est , dit Dagoumer (2) , la :aison que les philosophes appellent du nom Y être; ratio nomine éntis significata à philosoohis dicitur capacitas existendi sive possibilitas. 3n fondait la possibilité de Têtre sur la parfaite soncordance des attributs ; on ajoutait que s'il y Eivait contradiction entre ceux-ci ou réciprocité ie négation , l'impossibilité de l'être était évidente. Cette proposition fut attaquée par les cartésiens; ils soutenaient que la possibilité dépendait uniquement de Is^ libre volonté de Dieu. L'auteur de la Philosophie de Lyon repousse cette doctrine par d'assez mauvais argumens qu'il est inutile de reproduire ici ; il suffit de dire qu'ils reposent sur une théorie toute platonicienne des idées divines.

De l'essence. — On appelait essence ce sans quoi une chose ne pouvait ni exister, ni être;

(1) Dagoumer, t. IV, p. 9.

(2) Ibid., loc. citât.

hUX 0>T01.0C1E. FAraiE C&ITi^Û£.

conçue exister, c'est-à-dire ce qui fait qu^uiie chose est ce qu'elle est. La propriété était ce cpu émanait nécessairement de Tessence. VaccidM était ce qui ne dépendait pas de Tessence. A cette occasion on se demandait si les essences étaient nécessaires et immuables par nature » queslion que la philosophie moderne a co^ipléteIIleai abandonnée.

De^la puissance et de Vacte. — Qn appelait ds nom de puissance la capacité ou l'aptitude à quelque chose. On en distinguait de deux espèces, l'une active, qui était celle d'agir, l'autre passive, qui était celle de recevoir ou la réceptivité. On disait que la puissance était en acte , lorsqu'elle était mise en exercice. La considération du rapport de la puissance à l'acte a donné lieu d'établir les deux axiomes suivans : V On peut légitimement induire de l'acte à la puissance , mais non de la puissance a Tacle. 2° Le possible étant supposé en acte , il ne s'ensuit aucune conséquence absurde.

De la cause et de l'effet. — On marquait ici la différence de ce que l'on doit entendre par cause et par condition : la cause est , selon le vieux langage , ce en quoi réside Tefficace qui produit l'effet ; au lieu que la condition est ce sans quoi la cause ne saurait produire son effet , quoique cette condition ne renferme en soi aucune efficace proprement dite. La considération du ra|»-

MÉTAPÏITSIQUE SCOL/VIRK. (l4S

Ort de cause à effet a downé lieu d'établir les viornes suivans : V la cause est antérieure à ^iïét ; — 2"* il n'y a point d'effet sans cause ; — * il n'y a rien dans l'effet qui n'ait été contenu irtuellement dans la cause ; — 4Ma cause de la siuse est cause de l'effet ; — 5"* il n'y a point de rogrès de causes à l'infini, ou, en d'autres îrmes , il n'y a point de suites de causes sans ^mmencement , mais dans chaque suite il y a Q premier terme ; — 6* un être ne peut être à li-même sa propre cause ; — 7* deux êtres ne auvent être simultanément causes l'un de autre.

On terminait la métaphysique générale par des onsidérations sur la substance et sur le mode , ur le fini et l'infini , sur l'unité, la relation , la urée , le temps et l'éternité»

La physique était , comme la métaphysique , livisée en physique générale et eu physique pariculière. Dans la première , on définissait la naure et la matière ; on traitait des principes des ^rps , de la continuité , du mouvement , du rex)s , du lieu , du temps , etc. Nous allons dire un not de quelques mies des solutions que nous trouvons dans un livre à l'usage de l'ancienne université (1). Nous nous proposons surtout en cela de faire connaître l'esprit qui présidait aux discussions en ce sujet.

(i ) Gandidatus arlium. Pars quarta.

tllïh ONTOLOGIE. PaUTIE C&ITIQVB.

La physique était dite la sdence qui s'occopk des corps naturels. On définissait le corps: tout consistant dans la matière et la fonne, c'est-à-dire une substance corporelle complèle, totum constans materid et forma , seu mlMmAn corparea compléta. La nature était consdéiée comme un principe. Quelquefois on disait qu'dk. était une force créée , vis insita à Deo. Qodqi^ fois on entendait par ce mot l'ensemble dei choses. Quelquefois on la considérait comme » \s tive , ou on la prenait pour l'auteur même de h nature , alors on l'appelait natura naturans. ik s'occupait ensuite des principes des corps. On |; donnait le nom de principes physiques à la génération et à la composition. Il y avait trok principes de génération, principia generationis, à savoir, la matière, la forme et la privation. materia, forma et privatio. Voici comment on démontrait cette proposition empruntée à Arisloie: La génération , disait-on , ne peut être conçue sans un sujet ou une chose qui passe , car la génération est le passage du non-etre h l'élre ; or. ce qui passe est la matière ; la génération ne peol être conçue (ju'au point de vue d'un ternie dans lequel passe la matière ; or, ce terme est h forme ; enfin la génération ne peut être conçue sans un terme duquel la matière puisse aller à un autre terme où elle s'arrête; or, ce dernier terme est la privation. Les principes de composi-

m étaient au nombre de deux : c'étaient la itière et la forme , dont Funion constituait le fps. La matière était appelée le sujet premier

toutes le$ choses corporelles; elle avait, ait-on , reçu du Créateur une existence ►pre ; mais elle était sans détermination si la me n'intervenait , ou , en d'autres termes , si te matière n'était informata. La forme était îlque chose d'actif et de déterminant. On était, reste , loin d'être d'accord sur la définition la matière et de la forme. liCS discussions ient nombreuses , et l'aristotélisme , suivi par généralité des maîtres en ces matières , était ement contesté. Les cartésiens firent triom- 3r une autre définition de la matière , fondée » quelques uns des aspects que l'on rangeait paravant parmi ses propriétés : selon eux , la Ltière était l'étendue selon trois dimensions , longueur, la largeur et la profondeur. Les, Mastiques distinguaient quatre propriétés dans

corps : la grandeur, la mobilité , le lieu et le nps. Sous ces titres ils traitaient de la quantité,

la continuité , du permanent , du successif,

la ligne, de la largeur, de la profondeur, . mouvement, du repos, de l'espace, du le , etc. Ils définissaient le vide ; un lieu qui ne ntenait point de corps ; le temps , une espèce, ! la durée ; et la durée , la permanence d'une lose dans son être , m stio esse. — On voit que

446 ONTOLOGIE. PAATIE CBITIQUK.

la physique géuérale ne différait pas de la métaphysique , quant k la nature des tions que Ton s'y proposait , et quant à 1' qui y régnait.

Observations sur la métaphysique scolm.

Si l'on doutait de la définition que nousaTOBi donnée de la philosophie dans le volume précédent , il nous semble que l'on devrait être cfft^ vaincu après avoir lu ce qui précède. Rien n*ei|*^^' plus propre à montrer comment la philosopUi est une méthode , que cette obligation où se soi trouvés les auteurs de l'ontologie dont il Tie&t d'être fait mention, de faire encore de la logiqM au début même de leur métaphysique. Que sont, en effet , les définitions dont nous avons parlé, si ce ne sont des analyses d'idées ou de la méu- * physique du langage ? Expliquons-nous. Lalhéo- * rie de l'être tout entière n'est au fond pas autre ^ chose que l'énumération des conditions de langage, c'est-à-dire des conditions logiques auxquelles est soumise toute affirmation quant à l'être; ou, en d'autres termes, des conditions hors desquelles l'intelligence humaine ne peut concevoir l'être comme possible. La métaphysique générale peut être considérée comme composée de deux parties, dans l'une desquelles on expose les conditions hors desquelles l'être osi

ilÉTAPÏITSÎÇÙE SCOLA/RE. hk7

ossible , tandis que dans Tautre on énu- 5 conditions que la notion d'un être comlécessairement. Il est vrai qu'au milieu éfini lions on rencontre autre chose que nitions, c'est-à-dire des considérations ives ou relatives à l'essence. Mais nous que cette confusion dépend surtout de 3s auteurs ne se rendaient pas compléte- ►mpte de l'espèce de travail qu'ils opé- 3t qu'en faisant en réalité de la logique , ire ce que Kant eût appelé une analyse ison , ils pensaient , au contraire , s'ocirement d'ontologie.

dlons tâcher de poser le véritable point uquel , selon nous , on doit envisager la qui fait l'objet ordinaire de la métaphyde la physique générales. Nous espérons )nner le moyen de séparer plus netteterrain qui appartient à la logique de i revient à l'ontologie telle que nous )ns ; et en conséquence nous commencefaire remarquer que , dans un traité de hie rédigé complètement selon notre , ce que nous allons dire devrait être QS la logique , sous le titre de règles de tion.

affirmation implique un rapport d'opentre la chose affirmée et quelque autre li nie directement ce que l'on affirme

kkS O3IT0IX>GIK. PARTIE CRITIQUB.

OU qui eu est directemeut le contraire. A Taffinnatiou d'être est opposée celle de noi ou de néant ; à celle d'activité , celle de passi à celle d'éternité , celle de temps; à celle fini , celle de fini ; à celle d'espace , celle de à celle d'essence , celle d'indiflérence ; àce) substance, celle d'accident; à celle d'ac celle d'immobilité , etc. , etc.

n résulte de cette opposition , qui penti pas toujours exactement formulée par les n bien qu'elle soit constante, il en résulte toute affirmation est démontrable d'abord ce qui en forme la négation. Les limites et t leur de chaque idée nous sont données ri reusement par l'idée contraire. De ce poiï vue , il ne parait point difficile de rcsoudi question de la possibilité et de rimpossibililé a été si longuement débattue entre les carié et les scolastiqucs ; les premiers persistant à tenir que tout était possible à Dieu ; les seco que tout ne lui était pas possible. Il s*agii effet , de savoir ici , non pas ce qui est \^ au point de vue de la toute-puissance di' mais ce que rintelligence humaine co comme tel , ou , en d'autres termes , qucll sa loi d'affirmation à cet égard. Or, Timpo! pour nous, c'est que oui et non , bien et ma soient pas des existences opposées qui se ^ent et se définissent Tune l'autre. Ainsi uo

métaphtsiqûe scolaire. Ulié

cevons pas une montagne sans vallée , parce c'est la vallée qui définit ou affirme la monae, et réciproquement; mais nous conceis un homme de cent coudées de haut , une Qtagne d'or, parce qu'homme et géant , menue et or, ne constituent point des affirmais qui sont en corrélation directe d'opposî- 1 , qui se liihitent et se définissent l'une l'au- , comme petit et grand , comme montagne et lée , etc.

^ l'opposition dont il s'agit , il suit encore une re conséquence quant à la démonstration des mations. En comparant l'affirmation à ce en forme la négation immédiate et directe , >eut former une suite de conséquences ou de ^renées qui nous apprennent à connaître parement chacune des significations contradices. Par exemple , examinons la relation d'opition existante entre activité et passivité. La Doière de ces deux affirmations exprime ce produit, la seconde ce qui obéit ; la première lui peut diviser, la seconde ce qui peut être isé ; la première ce qui est un , la seconde ce est multiple ; la première ce qui est toujours nême , la seconde ce qui est mobile et vable , etc. — Second exemple , l'affirmation dé «tance définie par celle d'accident. Ce qui est sager, évident, superficiel et indifférent à re donne par opposition ce qui est stable , ca-

Cl 50 ONTOLOGIE. P\RTIE CRITIQ1!E.

ché , profond et essentiel , c'est-à-dire la nol de substance , etc.

Or, nous ne savons, ou il ne nous estdonm savoir jamais rien de plus sur l'essence des < ses » que ce qui nous est fourni par desdé tions de ce genre. Ce qui n'est pas impliqué mellement dans ces définitions est indifién l'essence de la chose.

11 nous semble que l'application des coiisi< tions précédentes à ce que les anciens ont pris sous le nom de métaphysique généra d'ontologie, donne une solution satisfaisant divers problèmes qui y sont posés , un sei cepté , celui qui est relatif à la réalité des cl Mais ce n'est ni dans la métaphysique gêné ni dans les règles de l'affirmation que l'oi traiter de ce dernier problème. Pour le résoi en effet, il faut examiner deux question faut savoir d'abord en quoi consiste le sent\ de la réalité , et , en second lieu , en quoi siste ce qui légitime ce sentiment. Or, la mière question regarde la métaphysique maine , nous en traiterons eu ce lieu ; la sec regarde la certitude ; nous renvoyons a cet ( à notre travail sur le critérium moral (1).

(1) Quant à raOïrmaiion de la réalité, c'est ce! existences nécessaires à raccomplissement de la foi qui nous est assi([Qée. Or, rafTirmation de Texisteo

MÉTAPUTSIQUE SCOLA.IKE. hbi

Les philosophes ont depuis long-temps ref^u la nécessité de modifier l'enseignement Bnt à la métaphysique générale. < C'est , dit liteur de la préface des Soirées de Saint-Péters- ^g, dans la métaphysique qu'il faut aller atta- €r les erreurs qui désolent et corrompent au- 3rd'hui la société ; c'est parce que les bases de tte science sont fausses, depuis Aristote jusqu'à s jours, que je ne sais quoi de faux s'est glissé rtout et jusque dans le sein de la vérité même, st-à-dire jusque dans les paroles et les écrits m grand nombre de ses plus sincères et plus lens défenseurs. ^^ D'autres écrivains ont rexhé à la métaphysique d'être , dès le début , rissée de subtilités et de difficultés qui , si elles sont inutiles, sont au moins inintelligibles ar les élèves. Ces diverses observations nous raissent extrêmement exactes , et nous croyons satisfaire complètement : à la première , en idant à la logique ce qui lui revient, et en mo-

Inissable elle-même de la manière dont nous venons de ter, par Ténumération des oppositions corrélatives, les % négatives, les autres positives. Ainsi, tout ce qui en Dt l'être, l'essence , la substance, etc., définit Tétre, sence, la substance ; tout cela engendre les notions qui t contenues dans celle d'existence. Il n'y a plus qu'à Qter la certitude de la réalité de cette e:!cistence pour ûr à cet égard la connaissance parfaite que nous en cédons.

451 05T0L0GIS. VAKTXV CKITIQUE.

dîfiant cette logique de manière à en chas» f^' toat ce qoi y est resté de l'ontologie greqoe; Ip^ la seccmde, en dcmnant un moyen pour la mémoire, propre à faciliter llni et la solution des subtilités et des difficultés gd! forment le commencement de la métapbjâqiK usuelle, et en faisant, en outre , de ce wfé une méthode.

Les règles de l'afifirmation , dont nous ivM présenté la formule générale , ne sont pas ipfi* cables seulement aux définitions dont se coid|M l'ontologie scolaire ; elles sont , de plus , aj^ blés à tous les genres d'aflBrmations eiprinM par un seul mot ou un seul signe , dont se coa< pose toute espèce de proposition. Nous allotf tacher de faire comprendre notre idée à cd égard.

Rappelons d'abord ce que nous avons eipo» plus haut, à savoir, que la morale nous est ea- !■ seignée simultanément avec la langue ; que \^ h nous est donnée avec l'autre ; que Tune ne pe< |t nous être donnée sans l'autre; que, si lai»^ ^ raie est le critérium universel , le langage est» t méthode générale et commune des hommes, eïci j Rappelons-nous que nous avons trouvé dans a morale et dans le langage l'expression de troii relations principales , celle du commandement» celle de l'action , celle de l'abstinence. Nous at* dit que de là ressortaîent trois classes de verte.

HtTAVHTtlQVX SCOLAIRE. 45 f

classes de substantifs , trois classes d'adjecetc. Or, chaque verbe , comme chaque subtif et chaque adjectif de chaque classe , cone une affirmation dont les rigoureuses limins ou définitions nous sont données par une e affirmation corrélative qui y fait une oppoa directe. Ainsi l'opposé du verbe commanest celui d'obéir; l'opposé des substantifs roir, nécessité , fatalité, sont ceux d'impuise, de contingence , de liberté , etc. ; l'opposé erbe agir, c'est patir; l'opposé des substantifs rite , action , c'est passivité , régime , etc. ; K)sé du verbe s'abstenir, c'est user ; des subtifs conservation, vertu , c'est abus , vice , etc. Q voit que la règle touchant la définition de rmation par ce qui y est opposé ou contraire, '- être généralisée sans difficulté. Mais y auil une grande utilité à faire un travail de ce *e? nous n'en doutons pas ; et si nous-méme ; ne l'avons pas fait , c'est que le temps nous ique ; c'est qu'il faut nous résoudre à borner e œuvre, sous peine de la manquer complé- 3nt. Nous nous croirons déjà trop heureux , ous avons trouvé la bonne route , si nous rons la montrer et aplanir les premières mités du chemin. Nous allons essayer de faire quel parti on pourrait tirer du travail dont

igit.

Q pourrais en déduire un système de catégou. »

A 54 onTOLOGis. pahtji gritiqve.

ries, propre à remplacer celni d'Aristote ou toal lt£ autre, et dont les avantages, comme moyen lo(^ 1*^^ que , seraient autrement importans , autronent réels. En effet , supposons par hypothèse , etsauf |li vérification : que tous les mots soient rangés en quatre catégories, la première contenant toosks \n mois qui se rapportent affirmativement ou négi- ir tivement à l'idée de commandement ; la seconde, u ceux relatifs , de la même manière, à l'idée d'ao- L lion ; la troisième , ceux qui tiemii^it à lldée 19 d'abstinence ; la quatrième , ceux qui exiNrimH m les conjonctions , les relations , les augmens qv w sont nécessaires pour lier les partks du disconis. i| — Chacune de ces catégories serait désignée ptf ;i le nom de classe. — Dans chacune de ces clasKS k nous établirions autant de genres qu'il y aurait de dualités affirmatives opposées, soit sous forme de verbe , soit sous forme de substantifs , soit sous forme d'adjectifs. — Cela étant fait, chaqae mot serait dit une espèce de tel genre. — Ainsi , par exemple , nous dirions que tout ce qui eiprime l'idée affirmative ou négative de la manière d'être active, forme la deuxième catégorie ou deuxièffie classe. — Nous ajouterions que la dualité consûtuée par l'opposition d'agir et de patir constitue un genre ; nous appellerions espèces de ce genre agir et patir, activité et passivité, actif et passif* On pourrait , si l'on le jugeait nécessaire, introduire une division de plus , relie du sous-genrr

MÉTAPHYSIQUE SGOLAIRE. ^55

lont le premier comprendrait les verbes , le sewnd les substantifs, et le troisième les adjeci& (1).

Le résultat d'une pareille classification des nofs serait une véritable classification des idées ^ l'où ressortiraient plusieurs démonstrations im*" KM*tantes« D'idtord , il serait possible » avec cette lide, de trouver peut-être la filiation en vertu de aquelle de qtiehjues idées primitives a été successivement tiré le vocabulaire nombreux que ions possédons actuellement. Par là, on montre* rait d'une manière irréfragable que la morale Ml la rëvâation est la source d'où tout est dérivé ; et que celles-ci sont , en un mot , le seul germe qqe rhuinanité ait cultivé et fait fructifier. Oét pourrait ^ en outre , fixer positivement quels sont les élémenspremiers de la méthode que Yon. ensei-^

(i) On remarquera, sans doute, que les mots être et exiiter ne se rattachent particulièrement à aucune des catégories que nous venons de proposer. Ces mots se rapportent également bien aux trois premières catégories. On s'explique ee fait, si Ton veut bien observer qu'ils expriment, non ^iBt des affirmations définies , mais l'affirmation eti géûérri. Ces deux mots noas^ paraissent ^'impliquer liétk de pliift que le fait méfloie d'affirmer; seulement le verbe esi diffère du verbe eocîsu, en ce que le verbe egt signifie seulement que quelque chose est comme affirmé, tandis que le verbe existe signifie que quelque chose e<< comme réalité. Être et exister nous paraissent des signes communs à toute affirmation , comme les particules oui et non.

416 oiiTOix>cn. WAWtim cbitiqvb.

gne à tous les hommes en leur apprenant le Ihh gage. Enfln , on déduirait de là quelques axiomei incontestables dont Fusage serait des plus concluans en ontologie. Par exemple, il serait prouvé que toute doctrine qui nie la dualité, c'est-à-dire, cette opposition dont nous parlions , et qui constitue chaque sous-genre d'afiSrmation , il serait prouvé que , par ce seul fait , elle nie en principe l'intelligence humaine elle-même ; qu'elle nie le langage , le raûu)nnement , la science , la morale, en un mot , la faculté d'affirmer. Pour établir la portée de cette preuve , nous en ferons la seule application que voici : l'athée qui nie Dieu, nie par cela seul le fait de l'opposition d'activité à passivité ; car il reconnaît seulement l'existence de ce qui est passif ; mais , en refusant d'accepter f ridée qui est opposée à celle-ci, il s'engage , s'il se j conforme à la logique , à rejeter toutes les oppositions de la même espèce, telles que celle d'action lorsqu'il parlera de régime , telles que celle de vertu lorsqu'il parlera de vices, telles que celle de conseiTalion lorsqu'il parlera de destruction, etc. Lorsque l'athée agit autrement , et c'est ce qui arrive ordinairement et dans l'immense majorité des cas , il se met en contradiction avec lui-même. Or, lui est-il permis, est-il permis à qui que ce soit de se contredire à plaisir, ou de contredire capricieusement en un seul point à la loi et à la méthode universelle du langage que tout le

MtTAPHTSlOUE SCOIATKE. Ô57

monde accepte, et lui-même avec tout le monde? Ilependant , sî on le contraignait à opérer dans ious les sous-genres d'affirmations le retranchenent dont il use à Toccasion d'un seul sous- ^enre , évidemment il ne pourrait plus émettre me proposition , ni prononcer une seule phrase : 1 ne pourrait plus parler. Il serait clairement dors ce qu'il est, c'est-à-dire, un homme en lehors de l'humanité et sans relation , comme il 3St en dehors de la vérité par le fait de sa négation première.

Si les catégories d'affirmations dont il s'agit étaient établies, il ne s'ensuivrait pas seulement, comme nous l'avons vu , la démonstration de la morale comme méthode première, et du langage comme méthode seconde ; on pourrait en déduire encore des éclaîrcissemens sur des méthodes spéciales dont nous avons parlé dans le livre précédent. Ainsi , il nous semble que le procédé par définition, dont il a été question à l'occasion des moyens d'invention , serait rendu plus facile et plus rapide. Ainsi , on pourrait encore employer ces catégories à découvrir une forme de probation en beaucoup de cas de même valeur que le syllogisme, analogue à celui-ci, mais non semblable. Supposons , en effet , qu'il s'agisse de démontrerune proposition quelconque. Celle-ci contient toujours une affirmation principale qui en forme le fondement. Au lieu donc de chercher une

458 ONTOLOGIE. PARTIE CRITIQUC.

moyenne de nature à prouver la légitimité de l'union de l'attribut au sujet , on dirait le sujet appartient à telle espèce de tel sous^genre^detti genre, de telle classe ; l'attribut qui doit lui étn donné est de telle espèce, de tel sous-genre, etc. ; car il est affirmatif et négatif, quant au sujet, de telle manière, etc. Par exemple, au lieu de dire: la vertu est louable , la tempérance est une vertu, donc la tempérance est louable ; on prendrait la définition de la tempérance et celle de louable; Ton comparerait , et Ton prononcerait d'après la relation d'affinité qui résulterait de cette comparaison.

Nousn'offrons ici qu^une esquisse extrêmement incomplète sur une hypothèse hardie, mais probable. Mais nous ne pouvons , en ce moment . pénétrer au-delà de ces généralités. Pour vérifier cette proposition , et en tirer tout le parti dont elle est susceptible, ilfaudrait feuilleter plusieurs dictionnaires et les commenter. Nous n'avons point , nous le répétons , eu le temps de faire ce travail. On nous opposera peut-être que nous aurions dû attendre jusqu'au jour où nous aurions acquis quelque chose de plus achevé , avant de présenter un système si manifestement différent de tous ceux qui ont été enseignés. Mais nous ferons observer que nous n'aurions peutêtre jamais pu le faire , et nous avons préfén* courir des risques qui nous regardent seul , plulùi

MÉTAPUYSIQrE SCOLAIKE. 459

de tenir fermée une vue dont la portée nous it d'autant plus grande que nous y réfléchisdavantage. On ne pourra se soustraire à la ination de Taristotélisme qu'en entrepre- , du point de vue chrétien , un travail anae à celui qu'il a fait sur les mots ; c'est un ûl de ce genre que nous proposons , et dont ; avons donné le projet.

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