L’opération que subissent les matières par l’action du
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pilon dont l’objet est de los diviser , de les mélanger , et de les comprimer pour leur donner une consistance convenable , s’appelle le hallage ; on y procède ainsi qu’il suit :
Ayant mis dans chaque mortier le charbon en bâtons que comporte sa charge de dix kilogrammes (a) , on l’arrose d’un kilogramme d'eau , et on le broie pendant vingt à trente minutes ; après l’avoir retourné préalablement dans le mortier à l’aide d’un bâton recourbé ( touilloir ) , afin de répartir l’eau uniformément dans toute la masse ; pendant ce temps le pilon ne bat que quarante coups par minute ; le charbon étant pulvérisé , on ajoute le salpêtre et le soufre , convenablement pulvérisés, et le dernier mis sur le premier dans le même boisseau, on arrose de nouveau la masse d’un demi-kilogramme d’eau , et après avoir mélangé les trois matières à la main , on recommence le battage. Pendant sa durée on s’assure souvent que les pilons ne battent pas à fond , c’est-à-dire , qu’ils ne frappent pas le cul du mortier sans interposition de matière.
81. Après quelque temps il se forme au centre une masse qui adhère fortement au mortier , et qui n’est plus déplacée ; si on la laissait dans cet état , le mélange serait peu exact , il faut donc la détacher , ce qui a lieu lors des rechanges qu’on répète toutes les heures. Les rechanges consistent à changer la matière de mortier , pour cela on vide le premier mortier , et on y met le contenu du second , celui-ci reçoit ce que le troisième contenait , et ainsi de suite jusqu’au dernier dans lequel on verse la charge du premier qu’on a provisoirement déposée. De temps à autre , et de suite après un rechange , on verse dans chaque mortier nn quart de kilogramme d’eau , et on remue bien la masse , avant de recommencer le battage , le nombre d’arrosages est variable selon la température , ordinairement on arrose après la huitième et la onzième heure.
Il est très-important que la matière retourne bien dans le mortier , pour atteindre ce but il faut que la forme du mortier soit d’une exactitude géométrique , et que la matière ait une mobilité convenable qui dépend de la quantité d’eau qu’elle
(a) Anciennement on ne pilait pas le cha Ion seul.
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conlient ; le nombre d’arrosages et le moment opportun de les faire doivent donc être réglés avec discernement.
82. Le personnel nécessaire pour un moulin à deux batteries se compose de quatre poudriers et d’un maître ; celui-ci régie la vitesse de la roue , il fait des rondes fréquentes pour surveiller la marche du moulin , resserre les clefs de mcntonnet ou de levées qui se sont relâchées , fait les derniers arrosages en temps opportun ; les poudriers chargent les mortiers et font les rechanges. Le maître et les poudriers n’entrent ' dans le moulin que lorsque leur travail y réclame leur présence.
83. La durée du battage en France était anciennement de 24 heures , et elle y fut d’abord réduite à 21 heures ; les pilons avaient alors un poids de 32,8 kilogrammes , et battaient 80,4 coups par minute ; la hauteur de leur chute était 0,432 m ,
( 16 pouces) , la charge du mortier était de 9,78kgs. , enfin les rechanges avaient lieu toutes les trois heures , (a) mais il faut observer que le salpêtre était mis en morceaux dans le mortier , et que le soufre était dans un état de pulvérisation incomplète.
A la révolution on réduisit la durée du battage d’abord à 1 4 heures , et plus tard à douze et même à trois , lorsque les besoins l’exigeaient ; aujourd’hui la durée du battage est de 1 1 heures.
Le poids du pilon , la hautehr de sa chûte, et le nombre de coups par minute ont subi également de légères modifications : le pilon pèse aujourd’hui quarante kilogrammes , il tombe de 0,36 m ou de 0,40 m , et il bat assez généralement 88 à 60 coups par minute.
84. A mesure qu’on a abrégé , la durée du battage la division des matières et leur mélange intime ont été nécessairement moindres , et leur densité absolue ( le poids spécifique de la galette ) a diminué : M r . Maguin rapporte, (Expériences sur les poudres faites à Esquerdes , page 7.) qu’il possède un échantillon
(o) Bclidor, architecture hydraulique, livre II. chapitre III.
POUDRE
de poudre de 1689 , dont le grain est dur et nn peu lisse , et dont la densité est 1 ,650 , c’est-à-dire 0,15 de plus que la densité des poudres actuelles qui est environ de 1,8.
La densité relative au contraire , c’est-à-dire celle de la poudre grenée , ne semble plus augmenter lorsqu'on prolonge le battage au-delà de 14 heures pour la poudre de guerre ordinaire, Gassendi , aide mémoire , tome 2 , page "07.
85. La durée du battage ne détermine pas d’une manière certaine le travail utile obtenu ; en effet , la vitesse des pilons dépend de la quantité d’eau qui agit sur la roue , et de la vitesse que celle-ci possède au moment du choc , partant de la hauteur de la chùte qui peut varier , et de celle’plusou moins grande à laquelle on soulève la vanne ; si on ajoute, à cela que la durée du chargement des mortiers et des rechanges n’est pas constante , on voit aisément que la fixation seule de la durée du battage ne détermine nullement avec rigueur l’effet utile qu’on veut obtenir.
Mais si l’on connaissait le nombre de coups de pilon , que subit la charge de chaque mortier pendant l’opération entière, et la hauteur de la chùte du pilon , alors l’effet utile produit n’aurait plus rien d’indéterminé , et l’on connaîtrait d’une manière certaine le nombre de kilogrammèlres d’effet utile qu’il a fallu pour le battage d’un kilogramme de poudre.
86. Pour avoir le nombre total de coups de pilon il suffit de connaître celui des révolutions de l’arbre de la roue , ce qu’on peut savoir à l’aide d’un compteur fixé sur cet arbre. L T n compteur de celte espèce, de l’invention de M. Bottée , se trouve représenté sur la planche XXIII du traité de l’art de fabriquer la poudre à canon de Bottée et Riffault, et décrit à la page 306 de cet ouvrage.
87. En supposant maintenant que le chargement ainsi que chaque rechange exigent un quart d’heure , nous aurons pour la durée réelle du battage :
Anciennes poudres :
24 heures moins 9 X i heures ou 21 heures 45 minutes.
21 heures moins 8 X | heures ou 19 heures.
A CANON
Poudres depuis la révolution :
1-4 heures moins 18 X | heures ou 10 heures 45 minutes. 11 — moins 12 X | — 8 heures.
3 — ( moins 4 X 4 — 2 heures.
Il résulte des données qui précèdent que dans les moulins français du 17 m “. siècle, une charge de 9,78 kilogrammes subissait :
80,4 X 60 X 21 | = 68772 Ou 50,4 X 60 X 19 = 57456
coups de pilon selon qu’on suppose la durée du battage de 24 ou de 21 heures , et que depuis la révolution de 1789 le nombre do coups a été réduit à :
- Ou à :
60 X 60 X 2 = 7200 coaps de pilons ,
Suivant qu’on suppose 58 ou 60 coups par minute.
88. Dans les anciens moulins le pilon pesait 32,8 kgs. la hauteur de sa chiite était 0,432“ , et l’effet utile d’un seul choc était par conséquent 32,8 X 0,432 = 14,2 kilogrammètres ; actuellement le pilon pèse 40 kilogrammes, il tombe d’une hauteur de 0,40 m , et son effet utile à chaque chùte est de 16 kilogrammètres ; en multipliant l’effet utile d’un seul choc par le nombre de chùles du pilon, on a l’effet utile total produit sur la charge du mortier , et en divisant ce dernier par le nombre de kilogrammes dont se compose la charge , l’on a le nombre de kilogrammètres d’effet utile dépensé pour le battage d’un kilogramme de la masse ; le calcul donne :
Anciens moulins.
La durée du battage étant un liilogrnmme de galette exige
de 24 heures, 95497k-i”.
GO
POUDRE
Moulin s depuis la révolution.
La durée du bat- Le
nombre de
Un kilog. de
tage étant de : chutei du pilon
galette exige
1 4 heures
Il résulte de ces calculs le fait très-intéressant que le travail exercé sur la matière pour la convertir en galette n’est aujourd’hui que la moitié de ce qu’il était anciennement.
89. L'effet utile n’étant que les deux tiers de l’effet dynamique exercé sur la roue, il faut multiplier ces chiffres par 3j2 pour avoir le nombre de kilogrammètres d’effet dynamique qui sont nécessaires pour convertir en galette un kilogramme de matières. Les nombres peuvent devenir utiles dans la comparaison des différents procédés.
90. Il serait maintenant intéressant de pouvoir comparer l’effet utile employé en France dans le battage d’un kilogramme de matières, avec celui qu’on a jugé ailleurs nécessaire pour le même objet; malheureusement les données nécessaires au calcul rapportées par les auteurs , sont ou incomplètes , ou méritent peu de confiance, voici celles que j’ai pu me procurer.
En Saxe la charge du mortier est de 4,67kgs. , le poids du pilon 40kgs. , la hauteur de sa chùte 0,<58 m ; la durée du battage est de 14 heures, et le nombre total des coups de pilons que reçoit la charge d’un mortier est de 23520 , d’où il suit qu’on y emploie 7655G kilogrammètres d’effet utile pour convertir en galette un kilogramme de matières.
En Autriche les matières dans un état de division incomplète , sont mises dans le mortier dont la charge est de 45 livres ( 25,20 kilogrammes environ ) , le poids du pilon 40 kgs. ; trois pilons tombent alternativement dans le même mortier , et battent
A CANON
ensemble 126 coups par minute ; la durée du battage est do 36 à 50 heures ( probablement 36 pour la poudre à gros grains , et 60 pour la poudre fine. )
En supposant maintenant la durée réelle du battage les deux tiers du temps fixé , et la hauteur de la chûle du piton comme en France, l'on trouverait qu’en Autriche on emploie 115200 kilogram mètres pour le battage d’un kilogramme de matières ; mais , je le répète , les données qui ont servi de base à ce calcul sont très incertaines , car j’ignore si les 46 livres que Rouvroy indique pour la charge du mortier sont des livres de Dresde ou de Vienne; j’ignore également si le poids du pilon est de 40 kgs. , et il est à peu près certain que la hauteur de la chùte du pilon est moindre que 0,4™.
Si les calculs qui précèdent étaient exacts il en résulterait que les actions mécaniques exercées pendant le battage sur une quantité égale de matières, en Autriche , en Saxe , et en Franco sont comme les nombres 115200 : 76556 : 46080 ou comme 1 : 0,66 : 0,4. *
91. Quelque imparfaite que soit maintenant cette comparaison , on peut cependant en tirer la conclusion que la durée, du battage a été trop abrégée en France , et qu’il a du en résulter une poudre difficile à conserver , offensive aux bouches à feu f surtout aux canons de gros calibre , et donnant cependant pour ces armes un effet utile sensiblement inférieur à celui des poudres mieux battues et moins combustibles. Il se pourrait fort bien que les plaintes qu’on fait si souvent en France sur le peu de résistance des canons de fort calibre doivent être attribuées en grande partie à un poids spécifique trop faible de la galette , et qu’elles cesseraient si l’on revenait à l’ancienne durée du battage , ou si l’on abandonnait le procédé des pilons et qu’on y substituât celui des meules ; de celte manière les poudres françaises auraient une densité absolue égale à celle des poudres des autres puissances , dont les bouches à feu offrent incontestablement une résistance plus grande que les canons français.
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