P01URE
tourne cette dernière assez lentement pour que la tempèralnre de la poudre ne dépasse pas 40 degrés centigrades. Malgré cette précaution les grains n’acquièrent jamais une densité suffisante. On a de plus observé que le mélange exact des matières se détruit , que les couches extérieures de grains sont presque entièrement composées de charbon , et que les matières les plus denses se sont attachées aux parois de la tonne. Enfin les grains obtenus par ce procédé contiennent une trop forte quantité d’eau qui en se vaporisant lors du séchage détruit leur solidité.
144. Je terminerai ce qui est relatif au grenage par la description du pr ocèdè suisse.
La galette retirée du mortier , oh elle a élé battue par le martinet, contient fort peu d’eau et n’a que la grosseur d’une noix; celte derniere circonstance rend son fractionnement préalable inutile , tandis que les gros culots qu'on obtient dans les moulin3 à pilons doivent toujours être rompus avant qu’on puisse les grener.
143. La granulation se fait à peu près comme en France en glissant le crible sur une barre horizontale b fixée dans une maye u a figures 10 et 11 , Fl. 2. — Les cribles au lieu d’être en peau de cochon , sont faits de filaments de noisettier ; ils sont très-solides et ne s’amollissent ni ne se détendent par l’humidité. Le tourteau est en bois de noyer; sa forme est plus lenticulaire que celle usitée en France ; ses dimensions sont :
Diamètre ....
Epaisseur au milieu . 0, 03
— à la circonférence 0, 02
Au centre il a un bouton par lequel l’ouvrier le saisit et le meut , tout en glissant le crible sur la barre , circulairement sur la matière pour rompre au commencement du grenage les plus gros morceaux.
146. Les grains de la poudre suisse sont arrondis; pour y parvenir , on verse ia poudre greuée dans un sac tendu sur deux disques parallèles et ou la roule sur une table garnie de petits liteaux saillants en dehors de sa surface supérieure ; de cette manière les grains heurtent constamment dans le mouvement
A CASO>. ' 97
de rolalion du sac contre les liteaux de la table , et contractent une forme sphérique.
147. Le sac , appelé bobine , est fait d’une grosse toile de fil de colon qu’on (end sur deux disques parallèles liés par un arbre auquel ils sont perpendiculaires , fig. 12. PI. 2. — L’arbre , percé dans le sens de sa longueur , donne passage à un axe de fer autour duquel la bobiue fournit son mouvement de rotation ; les circonférences des disques ont des gorges dans lesquelles on loge les ligatures lorsqu’on tend le sac sur eux.
Un manche t , fig. 13 , sert à l’introduction de la matière dans le sac et est ensuite roulé autour de la bobine.
148. Le mécanisme qui sert à rouler les bobines sur la table est représenté figures 10 et 11 , PI. 2.
Une arbre vertical t porte à sa partie ^inférieure un rouet & & dont les alluchons engrènent avec les fuseaux de la lanterne m m qui est fixée sur l’arbre n de la roue hydraulique. — L’arbre vertical traverse le plancher de l’étage de l’atelier et est percé plus haut par l’axe de fer f f autour duquel les bobines e e roulent sur la table T T. — La table est ronde ot garnie de liteaux d d d qui la recouvrent et qui convergent tous vers le centre.
L’extrémité inférieure de l’arbre vertical est garnie d’un pivot qui tourne dans une crapaudine , l’extrémité supérieure se termine par un tourillon qui est logé dans la charpente.
L’arbre vertical est coupé en deux un peu au-dessus du plancher afin de pouvoir à volonté arrêter le mouvement de rotation de la partie supérieure et partant des bobines; — à cette fin la partie i de l’arbre se termine par un tenon qui remplit exactement un embrèvement pratiqué dans la partie g; lorsqu’on soulève la partie g à l’aide du levier l le tenon sort de sa mortaise , et la partie inférieure de l'arbre ne Irausmct plus le mouvement à la partie supérieure.
149. On roule la poudre sur la table pendant environ uoe heure et demie , et on la lisse ensuite pendant environ 8 heures dans de petits tonneaux rrremplisaux 8;10 , etmisen mouvement par le rouet k k ; à cette fin l’axe qui les traverse porte
POUDRE
ftfi
une lanterne dont les fuseaux sont conduits par les attachons du rouet.
ISO. Le procédé suisse pour arrondir les grains n’a pas les inconvénients du procédé Champy , il fournit au contraire des grains d’une densité plus forte que ceux de la poudre anguleuse , parce que les grains choquent continuellement pendant l’opération contre les liteaux de la table et deviennent par-là évidemment moins poreux qu’ils ne l'étaient.
181. Le travail utile transmis par le mécanisme et absorbé par les chocs des grains contre les liteaux est environ les 9 ;io du travail du moteur , son évaluation n’oiTre aucune difficulté dès que la force du moteur et les dimensions du mécanisme sont connus. (Note 8).
182. Dans les petites fabriques on remplit des sacs de toile d’un tissu serré de 3 à 18 livres de composition qu’on a extraite du mortier et passée au tamis pour la diviser et la réduire en poussier ; on lie le sac le plus près qu’on peut de la matière , sans cependant la fouler ; puis appuyant les deux mains dessus , on le roule avec force sur une table. On baisse de tems à autre la ligature du sac lorsque celui-ci devient lâche. Au bout d’une heure au plus , on obtient des grains parfaitement ronds. (Renaud , fabrication de la poudre, pag. 119).
Dü LISSAGE.
183. Dans quelques pays , les poudres de guerre sont lissées , dans d’autres elles ne le sont pas ; on les lisse en Angleterre , en Autriche , en Prusse , en Saxe et en Suisse ; on ne les lisse pas en France et en Russie ; en Belgique enfin , le lissage n’est ni prescrit ni défendu , et on y lisse toutes les poudres à la fabrique de poudre de Wetteren.
Toutes les poudres de chasse sont lissées.
184. Le lissage rend le grain plus dense , et cela d’autant plus qu’il a conservé plus d’humidité ; il lui enlèvo aussi les
vives arêtes et fui donne une surface unie » lustrée et dépouillée de poussier. . ! . ■
154. Les poudres lissées sont d’une conservation plus facile dans les magasins et dans les transports que tes poudres non lissées ; la raison en est que leurs grains plus denses et plus nettoyés absorbent l’eau avec moins d'avidité que la pondre no» tissée, en même temps que leur poli a diminué le frotte* ment.
155. A grosseur de grain égale, les poudres lissées nouvellemei.t faites sont moins vives que les poudres non lissées ; dans un essai rapporté par Meyer , avec deux poudres de qualité et de* grosseur de grains égales , mais dont l’une avait été et. l’autre n’avait pas été lissée , les portées de l’éprouvelle étaient dans le rapport de 75 à 93.
Celle circonstance ferait proscrire le lissage des poudres qui doivent rester vives, par exemple ,i celles d’infanterie et de chasse . si on n’avait le moyen de corriger ce défaut en diminuant la grosseur du grain. Quant aux poudres destinées au service du canon . il est inutile de compenser par ce moyen la diminution de combustibilité due au lissage , car leur effet utile augmente , jusqu’à une certaine limite-, en raison inverse de leur vitctsse.de combustion ,et cela ; d’autant plus que le calibre dp caDOO est plus considlfcrabte. .. ;
156v ta propriété ’qn’a le lissage. de dimioner la faculté absorbante de la poudre est très-importante; en effet „ d’eau que les poudre» absorbent ost ta principale cause des avaries qui surviennent , et on ne peut faire disparaître «elle eau sans rendre la; poudre encore plus sujette qu’elle ue l’était à: se détériorer de nouveau , et sans changer sa combustibilité. Si par contre beau n’a pas été éloignée ,. alprs il est évident que la combustibilité et l’effet utile dota poudre serout.de beaucoup diminués à cause de 1» grand#; quantité de chaleur développée et rendue latente par la vaporisation de beau;. .n i:,
157. Le lissage se faisait souvent anciennement dans des sacs de toile qu’on roulait sur des tables garnies de liteaux , à peu pj'ès de la même manière que se fait l'arrondissage do» grajns
POUDRE
de la poudre suisse ; aujourd’hui ou lisse généralement dans des tonneaux de bois , appelés lûtoirt , auxquels on imprime un mouvement de rotation autour de leur axe. La poudre , introduite dans le lissoir , se meut avec loi , et ses grains roulant les uns sur les autres se polissent mutuellement.
188. Pour que le mouvement soit transmis au lissoir , il est traversé par un axe en fer , dont les extrémités tournent dans des boites en cuivre fixées sur les supports de l’axe ; l’axe porte une lanterne dont les fuseaux engrènent avec les ailuchons d’une roue d’angle fixée sur un arbre vertical.
Les moteurs ordinaires sont l’eau et les animaux.
189. Le lissoir est quelquefois muni à l’intérieur de liteaux placés parallèlement à l’axe et à peu de dislance de la surface convexe du lissoir ; ils servent à diviser la matière et à former un obstacle contre lequel les grains heurtent et se polissent.
L’intérieur du lissoir est souvent divisé en plusieurs compartiments. Enfin , les portes nécessaires à l’introduction et à l’extraction de la poudre sont pratiquées dans la surface convexe du lissoir.
160. L’ancien lissoir français avait l ra ,2 de longueur et 0“,92 de diamètre au bouge ; celui qui est actuellement en usage à la fabrique de poudre du Bouchet est un cylindre de 20,7 de long , eide l“,4'de diamètre ,qui est divisé à l’intérieur en quatre compartiments dont chacun a une porte particulière fermant avec des boulons en cuivre.
Le lissoir anglais a souvent jusqu’à 8“ de longueur , 0 œ ,8 de diamètre au bouge , et O", 6 de diamètre aux bouts.
Le lissoir en usage à Wetteren (Belgique) , a une longueur de O m ,l et un diamètre au bouge de 0,88.
La quotité de la charge du lissoir est chose importante à fixer : l’on conçoit facilement que si le lissoir était plein , les grains de la poudre ne rouleraient pas les uns sur les autres , et que les effets de ce mouvement seront d’autant plus efficaces qu’il aura plus d’amplitude , c'est-à-dire , que le lissoir sera plus grand , et qu’il sera moins rempli.
La charge ordinaire du lissoir remplit le >;4 ou le i/ 3 de
A CANON
sa capacité ; celle de l’ancien lissoir français était de 73 kgs.; le nouveau reçoit 100 kgs. dans chaque compartiment ; à Wetteren on introduit dans chaque tonneau environ 80 kgs.
161. La durée du lissage varie avec le poli que l’on veut obtenir , et il semble constaté qu’un temps humide , mais surtout l’emploi d’un lissoir métallique , l’abrège de beaucoup.
La durée du lissage de la poudre de chasse était anciennement en France de 8 à 10 heures, aujourd’hui elle est de 36 heures au Bouchet ; les poudres de chasse anglaises sont lissées pendant 12 heures. A Wetleren ou lisse la poudre de chasse pendant cinq , et celle de guerre pendant quatre heures.
162. La vitesse du lissoir est d’abord peu, considérable; de cette manière Faction des grains les uns contre les autres et contre les parois du lissoir et ses lüeaux est dans le principe faible , et la densité du grain augmente avec une lente gradation.; plus tard on accélère beaucoup le mouvement , et on le ralentit de nouveau vers la fin de l’opération ; celte dernière diminution de la vitesse a pour objet de laisser refroidir le grain , car si on l’extrayait échauffé du lissoir il perdrait en partie son beau lustre , et deviendrait friable.
En Angleterre , la vitesse de rotation du lissoir et sa gradation sont , pour la poudre de chasse, ainsi qu’il suit :
Pendant les 2 premières heures mouvement lent.
Pendant les 8 heures suivantes 38 révolutions par minute.
— — 2 — — très-lentement.
Au Bouchet ,1a vitesse du lissoir pendant les douze premières heures est de neuf à dix révolutions par minute ; pendant le second tiers d.e la durée de l’opération le mouvement est graduellement accéléré jusqu’à 30 révolutions par minute ; enfin pendant le dernier tiers on le ralentit de nouveau de plus en plus. t
163. La densité augmente constamment pendant toute la durée du lissage ; voici celles qui ont été observées au Bouchet à différentes époques :
POLDKti
Drasilè du graiu mis au lissoir. » . 0,810
» » après 4 heures de lissage 0,844
» » après 8 heures de lissage 0,846
Le lissage augmente même la densité de la poudre séchée, et on emploie ce moyen en Angleterre pour donner é la poudre la densité voulue lorsqu’elle ne l’a pas.
164. La poudre est mise dans le lissoir immédiatement après son grenage , ou après avoir été préalablement essorée pendant une heure au soleil; â la poudrière de Wètteren on lisse la poudre à deux reprises différentes : une première fois immédiatement après sou grenage , et la seconde fois après qu’on lui a enlevé une partie de l’eau qu'elle contenait ; par ce moyen on corrige en partie la porosité et la friabilité que le grain a contractées par le premier séchage. Après le second lissage la poudre est séchée complètement.
A cette môme fabrique, on n’égalise les poudres qu’après le* avoir lissées et sèchèes , parce qu’on y a observé que la présence des gros grains était avantageuse au lissage.
168. Aüa de rendre le lustre des grains plus , on ajoute quelquefois à la poudre dans le lissoir de petites quantités de graphite , mais il en résulte l’inconvénient que la Vitesse de combustion de la poudre est très-sensiblement diminuée.
lC6.La chaleur assez considérable que le frottement des grains dégage fait suer ceux-ci , et en empâte une partie qui s'attache aux fonds verlicaux du lissoir. Celle croûte appelée gale , ne doit pas être enlevée après chaque lissage , parce que elle ajoute â la beauté de ce dernier.
La poudre éprouve par le lissage un déchet plus ou moins grand ; au Bouchet , en lissant pendant 30 heures , il est de 4
167. Le séchage détruit souvent l’effet obtenu par le lissage en
A CAKOA.
rendant de nouveau le grain poreux, et en lui enlevant le lustre qu’il avait acquis; cela arrive surtout lorsque le grain est gros , que la quantité d'eau qu'il contient est considérable , et que le séchage se fait rapidement.