‹ Essai d'un traité d'artillerieChapitre 46 sur 89 · DE L’EMMAGASINAGE · texte numérisé non relu

DE L’EMMAGASINAGE

212. Le lieu où l’on dépose la poudre confectionnée s’appelle magasin à poudre. On le construit en maçonrierie ou , ce qui vaut mieux , eu bois , et on le couvre alors d’une toiture lé-

A CAÎiON.

gère. Celle dernière construction rend ordinairement le magasin |)!us sec , et diminue le danger lors d’une explosion. Le meilleur emplacement d’un magasin , à moins que le contraire ne soit strictement nécessaire , est en dehors des villes , à proximité des grandes voies de communication par eau ou par terre.

La forme du magasin est le plus souvent rectangulaire. I-o sol en est planchèiè sur lambourdes , quelques fois double , mais dans tous les cas construit en sorte que l’air puisse circuler librement en dessous.

Les murs lambrissés ou garnis de couvertures de crin ou do paille , ajoutent beaucoup à la siccitè du magasin. La porte est ordinairement du côté Est ; vis-à-vis , et quelque fois sur tout le pourtour , se trouvent des fenêtres.

La porte et les fenêtres doivent être à deux ventaux , pour la commodité du chargement ; on garantit les dernières par une toile métallique , et on abrite la porte par un toit en appentis. L’enceinte destinée à recevoir la poudre , séparée du reste par un grillage , ne commence qu’à quelques pas au delà de l’entrée du magasin.

Le magasin est entouré d’un fossé qui soutire l’eau du sol intérieur , et reçoit celles de pluie , et d’un second mur assez élevé qui empêche d’en approcher , il est de plus muni de deux ou plusieurs paratonnerres. Lorsqu’cnfin le magasin a un étage , on doit y communiquer par un escalier commode , et il doit y avoir un mécanisme convenable pour y hisser les barils. Lorsque , dans un pareil magasin , on dépose de la poudre et des artifices confectionnés, tels que des projectiles creux chargés, on place ceux-ci au rez de chaussée , et les poudres à l’étage supérieur.

313. Un magasin devient humide , soit par l’eau que les murs soutirent du sol , et qui y monte par l’effet capillaire , soit par les pluies battantes qui mouillent les murs à travers lesquels l'eau pénètre jusqu’à la paroi intérieure , soit enfin par l’eau que coulient l’air à l’étal do vapeur , et qui se liquéfie do nouveau par la température basse à l’intérieur du magasin. — Un excellent moyen pour corriger le premier défaut consiste à cou-

roi! DRE

us

▼rir les murs , lorsqu’ils son! élevé» à un mètre au-dessus du sol , et toujours au-dessus du plancher du magasin , d’une feuille épaisse de plomb repliée en-dessous , (pour que l’eau n’y puisse séjourner) au-dessus de laquelle on continue la maçonnerie; on prévient la pénétration de l’eau à travers les murs dans un sens horizontal , à l’aide d’un enduit dcssiccatif , dont on couvre les parois à l’intérieur , et qui bouche les pores de la maçonnerie jusqu’à une certaine profondeur. Cet enduit ( qui peut consister en 1 partie de céruse dissoute dans 10 parties d’huile de lin, avec addition de 2,2 do cire ou 13 de résine) est étendu sur le mur après avoir séché l’endroit à l’aide d’un poêle mobile qu’on y suspend. Pour atténuer enfin le troisième inconvénient, on ne doit aérer le magasin que lorsque l atmosphère est très peu chargée de vapeur d’eau ; les murs doivent être do mauvais conducteurs du calorique , et l’intérieur muni de vases plats chargés de chaux , de potasse os de toute autre matière absorbante ; od peut encore établir au devant du grillage qui ferme l’enceinte destinée à recevoir la poudre , une fosse communiquant avec le dessous du plancher. Dans cette fosse , dont les parois sont revêtues de feuilles de plomb , on étend sur une toile de laiton , et à un pied au-dessus du fond , de la chaux vive. Cette dernière enlève l’eau à l'air qui pénètre dans le magasin par la porte , et celui-ci se répand alors à l’état de siccilè dans l’intérieur et au-dessous du plancher. On renouvelle fréquemment la chaux. — Pour sc convaincre combien ces moyens peuvent augmenter la siccité d’un magasin , je citerai l’expérience qui en a été faite en ICI 1 au fort de la Crèche , près de Boulogne, dont le magasin était très-humide.

A cet effet l’on sépara l’intérieur du magasin à l’aide d’une cloison en planches en deux parties , dont l’une fut laissée dans son étal normal , et l’autre eut ses parois couvertes avec des feuilles de plomb , et en employant du reste fous les moyens indiqués. On déposa dans celle dernière des poudres tellement avariées , que leur portée avait décliné de 256 à 20 mètres ; elles reprirent , après quelque séjour , leur portée primitive ; la dureté du grain avait cependant souffert d’une mauière tres-

A CAHOM.

uotable, et ces poudres n’auraient pu souffrir le transport.

On explique aisément cette énorme différence de portée A l’éprouvette, entre la poudre humide et celte qui a été séchée , par la porosité que le grain de cette dernière acquiert , et sou augmentation de volume, deux circonstances très propres à augmenter l’effet de la poudre , surtout dans les bouches à feu petites et courtes , qui ont une chambre pour recevoir la charge ; en effet la 1“* la rend plus inflammable , et la seconde diminue le vide entre la charge et le projectile. Mais comme ces avantages sont de peu de durée , pareeque le grain tombe eu poussier , il sera convenable de ménager la transition d'un état humide à la siccité dans un magasin , pareequ’il est reconnu qu’une dessiccation lente nuit moins à la solidité du grain que lorsqu'elle est brusque.

Rien du reste n’est plus propre à préserver un magasin de l’humidité que de l’aérer souvent lorsque le temps est serein et sec. On ouvre donc les portes et les fenêtres quelques heures après le lever du soleil , et on les ferme quelques heures avant son coucher.

214. Il est évident que lorsqu’on doit mettre la poudre dans des lieux très humides, comme p. e, des casemaltes , il faut prodiguer les soins pour la préserver de l’humidité ; je citerai une expérience qui fut faite en 17C0 en Hanovre , et dont l’idée pourra être utile dans des cas semblables.

Sur un baril rempli de poudre , on colla du papier imprégné d’une solution d’alun et de colle de Flandre , puis on le plongea une première fois dans de la poix fondue, et ou l'y replongea , après avoir renfermé le baril dans un sac de toile. Il fut ensuite suspendu sous l’eau pendant un mois sans que la poudre eût éprouvé la moindre avarie.

215. Pour empiler les barils on en place d’ordinaire la première rangée sur des chantiers creusés en forme de segment circulaire pour les recevoir. Les chantiers ajoutent beaucoup à la solidité do la pile; si cependant on n’en avait pas, il faudrait assujettir chaque baril , et surtout les extrêmes de chaque rangée , à l’aide de cales en bois en forme de prisme triangulaire.

123 POUDRE

r..e fil, de barils csl dirigée parallèlement à chaque long céti du magasin , el une double file accolée en occupe le milieu •

les fis r ür t ’ eS f, ' eS , eX,rêmCS ’ dC m£ ‘ ,ne <1U ’ Cn,re ceIles -«=i * es files du m, beu , on laisse des allées qui serveul soit â garantes poudres de l'humidité des murs , soit à l’exécution des dners travaux dans le magasin.

On n’engerbe les barils que tout au plus à S de hauteur •

“ Pr Cr ° "’ en P ' acer ^ 3 à * au dessus de l’autre ’ de cette manière les barils inférieurs auront moins à soutlrir ’

• pile sera moins sujette à s’écrouler , et il deviendra plus

• ede et moms dangereux de placer les rangées supérieures. Les

poudres de même espèce sont mises ensemble , et .ous les barils “ ICürS ** * dallée pour la rendre plus

Les dimensions du magasin sont déterminées par la quantité de poudre qu’il doit pouvoir contenir, par la disposition ordi-

alïées ^ P ’ 13 hÜUleUr d ° ^ der " ièreS ’ et ,a l ar 8 cur des

Admettons qu’il faille construire un magasin rectangulaire pour 30000 kgs. de poudre , dans l'hypothèse qu’une pile doive régner le long de chaque long côté du magasin , et qu’une double pile accolée en doiveoccuper le milieu - supposons enfin que 1 on veuille engerber les barils à quatre de hauteur Le nombre de bams contenus dans les bases des quatre piles*

Sera 5 * élanf ,a l0 "S ueur ^ la base et 0,45 le diamètre du

baril au bouge, les couches suivantes des barils décroîtront chaque fois de quatre barils dans les quatre piles du magasin ,

ainsi le nombre total de barils seraf Al l ix ,, Y,

mais comme il est aussi— ^ = 600 , nous aurons :

0,45 + (V45 ~ 16 / 2 — 600 , d’où x = 17,7.

Il faut ajouter â celle longueur quelques mètres pour la largeur du vestibule et pour les intervalles entre les exlémilés des piles et les murs.

À CAKON.

La largeur da magasin est égale à la hauteur de quatre barils ajoutée à la largeur de deux allées et è celle des deux intervalles entre les piles et les murs ; admettons que l’allée ait 1,”5 de largeur , que l’intervalle entre la pile et le mur ait 0,30 , nous aurons la largeur du magasin = 4 X 0,6-J-2x 1,5-}- 2X0, 3 = 6".

216. Il faut fréquemment visiter l'intérieur du magasin , s’assurer qu’il n’est point humide , que les poudres ne tamisent pas , que les barils sont en bon état , qu’ils sont solidement assujettis , etc.

DU REMUAGE.

217. Plusieurs des précautions indiquées pour conserver les poudres occasionnent des frais considérables , et ne sont em. ployées que dans des cas extraordinaires. Il en résulte que dans les magasins ordinaires la poudre éprouve à la longue plus ou moins d’avarie par l’eau qu’elle absorbe. Une petite quantité d’eau a pour effet de réunir les grains en grumeaux plus ou moins compacts ; une plus grande quantité dissout en partie le salpêtre que effleurit dès lors à la surface du grain.

Pour remédier à ces avaries on remue d’ordinaire la poudre pendant les beaux jours , tous les ans , ou moins souvent suivant l’état du magasin. L’opération qu’on nomme le remuage de la poudre commence quelques heures apres le lever du soleil , et finit quelques heures avant son coucher.

218. Le remuage se fait de cette manière: Après avoir enlevé avec précaution les barils de la gerbe , on les roule sur le plancher du magasin couvert avec des prélats de crins , pour s’assurer , par le son que rend la poudre , de l’état de cette dernière. L’absence de son , ou un son très sourd dénote l’humidité de la poudre ; un son inégal , entremêlé de chocs , indique la formation des grumeaux ; un son clair et uniforme enfin est propre à la poudre non avariée. — On ouvre les barils dont la poudre a été reconnue trop humide , et on s’assure de

130 POUDRE

Ja quantité d'eau absorbée , soit en en comprimant une poianée dans la main , soit de la manière qui sera indiquée plus tard en parlant du radoub des poudres. Lorsque la quantité d’eau que la poudre a absorbée est peu considérable , on corrige ce défont par un. nouveau séchage en plein air. La poudre est pour cela mise en couche mince sur des toiles tendues sur des chevalets ; on sèche également les barils au soleil , et , avant d’y remettre la poudre , on la tamise pour la dépouiller du poussier.

Si la poudre s’est agglomérée en grumeaux , on ouvre également le baril , on divise les grumeaux à la main , et si le baril est humide , on transvase la poudre dans un baril bien sec. ( Le transvasement produit beaucoop de poussier et ne doit pas être fait «ans nécessité. On le fait toujours en dehors du magasin). — EdCd on roule le baril sur des prélats , et on le secoue pour diviser entièrement les grumeaux. Lorsque la poudre est en bon état , que les douves sont bien jointes , que les cercles sont bien assujettis, on se contente de rouler le baril sur des prélats étendus à l’intérieur du magasin , et de le secouer.

Chaque fois que la poudre sort du magasin on gradue la transition d’une température basse à une température élevée , en mettant le baril d’abord dans le portail , et puis au soleil. En engerbant de nouveau , ou change l’ordre des rangées , de sorte que les barils qui occupaient le fond de la pile viennent maintenant en dessus. Enfin on s’assure aussi de l’état des barils , et on rejette ceux qui sont réparables.

219. Des précautions minutieuses sont nécessaires dans tous les travaux qui se rapportent à la poudre ; j’indiquerai ici les principales :

]. Le nombre des travailleurs ne doit pas excéder le strict nécessaire ; chaque homme doit avoir une fonction bien désignée , et bien la connaître : les hommes doivent donc être pris au choix pour les différentes manipulations.

2. Le travail doit se faire avec calme , propreté et dans le plus grand ordre.

S. Le commandant doit maintenir la discipline la plus stricte , cl interdire sévèrement l’usage des boissons spirituouses.

A CANON. 131

•i. Il doit s'assurer par une visite rigoureuse que les hommes employés au remuage n’ont sur eux ni pipes, ni acier , ci pierres à feu , ni enfin aucun objet qui pourrait occasionner des accidents.

5. Toute personne qui entrera dans le magasin doit déposer au dehors ses armes , et se chausser d’une paire de sandales; tous les planchers du magasin doivent être couverts de prélats et balayés lorsqu’on y a répandu du poussier.

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