‹ Essai d'un traité d'artillerieChapitre 62 sur 89 · ESPÈCES DE POUDRE · texte numérisé non relu

ESPÈCES DE POUDRE

802. Dans presque tons les pays on emploie aujourd'hui ponr les armes de guerre deux espèces de poudre , dont l’une , à gros grains , est destinée aux bouches à feu de l’artillerie , et dont l’autre , fine , sert pour les armes portatives.

L’emploi de deux espèces de poudre est fondé sur la manière différente dont les armes à feu utilisent la force motrice , et est parfaitement conforme aux principes que j’ai développés. Je vais brièvement en rappeler les avantages.

803. Dans l’arme porlalive l’effet utile de la charge croit constamment , du moins jusqu’à une limite très éloignée , avec la vitesse de combustion de la poudre , et surtout avec le prin-

A CAKON.

cipal élément de cette vitesse dans les armes de petit calibre , savoir, la finesse du grain. L’influeuce décisive de cet élément de la vitesse de combustion qu’on remarque dans l’arme portative , doit être attribuée à deux causes :

1° A ce que, pour une petite charge, la combustibilité partielle des grains est bien plus importante que la facile transmission do la flamme ;

2° A ce que la densité relative de la poudre grosse , plus forte que celle de la poudre fine lorsque le diamètre du récipient est considérable , diminue dans une progression très rapide avec le diamètre et qu’on arrive à une limite où la poudre fine est plus dense que la poudre grosse.

Il suit de là que dans l’arme portative la diminution de la grosseur du grain n’augmente pas la longueur du parcours de la flamme , et que la tension des gaz , dans le premier moment de leur expansion , n’en est également pas diminuée parce que l’espace qu’occupe la charge de poudre fine n’est pas plus grand , et peut même être moindre que celui qui serait nécessaire à une charge de même poids de poudre grosse.

Les causes que je viens d’indiquer , la faiblesse de la charge et de la résistance , la perte sensible , pour une petite charge , du calorique absorbé , d’autant plus grande que les gaz restent plus long temps en contact avec les parois de l’àme , expliquent jusqu’à la dernière évidence l’accroissement de l’effet utile en raison directe de la combustibilité qu’on remarque dans l’arme portative.

304. Si dans l’arme portative on augmente l’effet utile à mesure que la poudre devient plus vive et surtout plus fine , nous savons au contraire qu’au canon c’est la poudre lente , c’est-àdire , celle à gros grains et d’un densité absolue considérable , qui a l’avantage.

L’augmentation de l’effet utile qu’on obtient avec elle est tellement considérable qu’au canon de 30 long dans les expériences d’Esquerdes , les poudres des meules, denses et grosses , ont produit à la charge du *; 4 du poids du boulet le même effet utile que les poudres ordinaires à pilons à la charge du tiers.

POUDRE

D’autres avantages sont attachés à l’emploi de la pondre fine dans les armes portatives , et ils influent d’une manière si reinarquahlc sur l'efficacité des feux de l’infanterie que je ne puis les passer sous silence.

Les ratés , tant ceux d’amorce que de canon , diminuent en raison directe de la vitesse de combustion de la poudre ; en effet, si l’arme est à silex les particules incandescentes d’acier arrachées à la face de la batterie enflamment d’autant plus facilement l’amorce, et celle-ci communique d'autant plus sûrement le feu à la charge que la poudre de celle-ci est plus vive, et afflue mieux dans le canal de la lumière; il est tout aussi évident que dans l’arme à percussion la communication du feu à la charge dépend encore essentiellement de la vivacité de la poudre et de la facilité avec laquelle elle afflue dans le vide du piston.

305. Les poudres lentes ont l'inconvénient d’encrasser beaucoup le canon de fusil. Ainsi en se servant de la poudre d'artillerie française, passée au grenoir dont la perce a 2 '; a millimètres, et d’une balle de 18 à la livre, on est obligé de laver le canon après 50 coups pour pouvoir y introduire la cartouche ; tandis qu’avec de la poudre d'infanterie , grenée au grenoir dont les perces ont un millimètre , on peut tirer jusqu'à 200 coups avec la balle de 18 à la livre sans laver le canon.

Un crassement aussi considérable amena en France la diminution du poids de la bâtie qui sous l’Empire n’était que d’un vingtième de l’ancienne livre. Cette diminution occasionna une nouvelle perte de force motrice, et diminua considérablement la justesse du tir.

On conçoit facilement que les poudres lentes doivent encrasser fortement le canon ; en effet une combustion moins vive , une absorption de calorique plus considérable par les parois de l’âme , doivent entrainer un abaissement de la température des gaz d’autant plus sensible que la charge est plus faible.

Cet abaissement de température modifie la réaction des composants de la poudre ; il se forme plus d’oxide carbonique ; une partie de la potasse n’est pas décomposée , et se combine avec les acides carbonique et sulfurique qui se forment ; il suit de là

A CATtOTt.

aol

que le résida de la combustion n’est pins do sulfure potassique seul , qui est très déliquescent , mais un mélange de ce dernier avec le sulfate et le carbonate potassiques.

306. Pour se faire une idée exacte de la diminution de l’effet utile qu’enlraine l’emploi d’une poudre trop lente et la diminution du poids de la balle , devenue alors nécessaire , on n’a qu’à jeter un coup dVril sur le tableau , page 196; nous y voyons en effet que les effets utiles d’un gramme de poudre ont varié de 24,74 à 17,60 , environ dans le rapport de 3 à 2; le premier a été obtenu avec le fusil suédois en employant de la poudre à mousquet, et le second avec le fusil français, du modèle 1777, en se servant de la poudre à canon.

Celle énorme différence doit être attribuée :

a • A la différence dans la grosseur du grain des poudres employées ;

6. A la différence du vent qui dans le fusil suédois était de 10 dixmillimèlres et dans le fusil français de 16 (2de moins que le vent réglementaire ) ;

c. Au poids différent des balles , la balle suédoise pèse S0 , et l’ancienne balle française pesait 24 grammes.

De nouvelles expériences faites récemment en France , ( mémorial de l’Artillerie , tome III, page 22 > ) avec le fusil de munition chargé avec de la poudre de mousqueterie , et une balle de 19 à la livre, ayant démontré qu’on pouvait réduire l’ancienne charge de 11,20 gr. à 9,00 (non compris l’amorce d’un gramme ) sans entraîner une diminution de l’effet utile et une

augmentation du recul, on a fixé la charge actuelle à 10,60 dont un pour l’amorce.

On a pris un demi gramme au delà de la charge strictement nécessaire parce qu’on a pensé avec raison qu’une altération de la poudre ou une déperdition plus grande que celle d’un gramme pour l’amorce, ne pouvait pas toujours être évitée ? et qu’ainsi on n’aurait pu compter constamment sur une charge de neuf grammes de bonne poudre , qui avait été cependant reconnue indispcusablc.

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