CHAPITRE I
MM fol religieuse et «oelale.
Les fois religieuses sont les grandes hypothèses premières de rhnmanité, hypothèses tenues pour certaines pour la nécessité des opérations sociales.
Les hommes ont-ils trouvé seuls toutes ces synthèses, moins une qui serait la vraie? Paraît-il convenable ou même moralement nécessaire, étant donnée la nature de Thomme, qu'il lui ait été communiqué dès les premiers jours un aperçu résumé en quelques principes des vérités formant l'hypothèse nécessaire à la vie morale et sociale? Ce sont là des questions que la méthode ne peut aborder.
Mais il n'en reste pas moins qu'il faut une hypothèse. Qu'elle soit échafaudée par l'homme seul sur la vue de l'être, qu'elle vienne d'autre part, elle a toujours été chez tous les peuples; et il était dans la nature de l'esprit et de l'action humaine qu'elle fût; par cela seul qu'elle est le grand projet, le grand idéal que la société qui se constitue va réaliser plus ou moins dans son sein.
Les fois religieuses sont si bien les premières hypothèses sociales que toutes sont en même temp» organisations des classes et des lois. On ne commence à comprendre l'hypothèse sociale indépendante que chez les Grecs, où Âristote et Platon en font les premiers traités. Les empires primitifs ont toujours été des théocraties , parce que les fois religieuses étaient l'hypothèse sociale elle-même. Gela se voit aux livres des Indiens, des Égyptiens conmie à ceux des Juifs.
Nous ne voulons traiter ici aucune question de science sociale ni religieuse étrangère à cet écrit. Nous voulons constater seulement que les fois religieuses sont le premier
résultat méthodique, où Tesprit se croyant certaÎD, prend pour base de ses opérations sociales la synthèse de l'être qui lui paraît évidente, qu'il tient pour certaine et sur laquelle il va asseoir tous ses développements moraux et sociaux. , D'ailleurs nous ne parlons et ne pouvons parler d'aucune foi religieuse en particulier. La question est générale. Toutes sont impliquées dans la foi méthodique évidentielle, puisqu'elles ne doivent leur existence dans l'humanité qu'à cet état même de l'esprit qui le fait capable de cette synthèse première où l'être est affirmé non prouvé. Qu'on parte toujours de là : la notion de foi est une notion méthodique, la foi est un état méthodique.
De quelque côté qu'on se tourne, vers les fois fausses, vers les vraies, la foi est toujours une croyance à une affirmation, une conception qui paraît évidente et qui est acceptéte comme telle. C'est une idée de l'être qui forme synthèse et qui est adoptée de sentiment par l'esprit , soit qu'il l'ait faite luimême, soit qu'il l'ait reçue d'autrui ou même de Dieu. Je suppose l'affirmation de l'être, proposée par une foi, vraie en tout point; sa vérité intime ne change rien au caractère méthodique de l'état de l'esprit qui l'accepte. Une vérité n'est qu'une synthèse de sentiment, dès qu'elle n'est pas prouvée par la méthode certaine et par le critérium absolu et infaillible. Le faux et le vrai ont le même caractère devant la méthode. Le vrai doit passer et repasser, être tourné et retourné par la méthode certaine pour être certain, pour que tout le suc s'en exprime dans l'esprit et le fortifie. La seule différence est que dans cette épreuve suprême le faux s'efface, le vrai resplendit. Que les fois religieuses soient vraies ou fausses elles ne' peuvent se passer de la méthode, cette voie fatale d'acceptation du vrai, de rejet du faux. H faut quie tout y aille pour être assimilé à Tesprit comme pour en être mis dehors, pour que l'esprit soit dans l'être sans qu'il soit possible de l'en arracher.