‹ Essai d'un ultimum organum ou constitution scientifique de la méthode, Volume 1Chapitre 70 sur 130 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La certitude de l'esprit est nécessaire à la perfection de la volonté. La foi peut, pendant un temps, en tenir lieu, par cela même qu'elle n'est pas autre chose que la croyance à la certitude. Vienne le doute instinctif et irraisonné, une autre foi pourra de nouveau en prendre la place. Mais que l'esprit soit arrivé au doute scientifique, la certitude sera nécessaire, la îoi à posteriori serala seule possible, et la perfection morale ne pourra pas trouver d'autre levier.

L'imperfection est liée au doute, le doute à l'ignorance. Le doute c'est l'ignorance sentie. Faites disparaître l'ignorance par la certitude du critérium absolu et vous aurez donné à la moralité une nouvelle et indestructible base.

Vouloir la perfection sans la science, c'est la vouloir sans son point d'appni, la certitude. Vous me direz : Je la veux par la foi. Mais la foi, la voulez-vous par Tignorance ou par la science? Si par l'ignorance, vous restez dans la foi à priori^ hypothèse, doute, et c'est un cercle sans fin dont vous ne sortez pas. Si par la science, vous êtes dans la foi àposterioriy c'est-à-dire la foi par la certitude. Là l'esprit fixé par l'absolu trouve le mobile de son perfectionnement.

Il y en a qui font leurs efforts pour croire, mais on respire dans l'air moderne un besoin de certitude qui est l'atmosphère, et que ne satisfait ni l'évidence, ni l'expérience, ni la foi critériums. Au fond vous doutez tout en vous criant comme Pascal : Je veux croire. Ce besoin de certitude vous inocule le doute et le doute invincible sans le critérium absolu, car c'est le doute scientifique. En vain vous vous bouchez les yeux, les oreilles, l'esprit, le cœur; cela pénètre; envahit, sature, disjoint, dissout.

Cherchez la .certitude et vous trouverez la foi ; cherchez la certitude et vous trouverez la perfection.

On parle beaucoup de rénovation religieuse*. Il n'y en aura pas, il ne peut y en avoir que lorsque l'évolution de la foi dont je viens de parler sera opérée ; que lorsque la foi sera à posteriori et aura sa base dans la certitude.

Il faut qu'on se le dise sans cesse : Il n'y a foi dans l'esprit que parce qu'il se croit appuyé sur des certitudes. Que voulons-nous? Que les certitudes qui basent la foi soient non de sentiment mais de science. Nous voulons donc la rigueur des bases de la foi, non la destruction de la foi. Toute foi vraie doit sortir indestructible de cette épreuve comme toute foi fausse doit s'effacer. S'il est une foi vraie quelle qu'elle soit, (pi'elle sollicite donc cet examen par le critérium absolu et infaillible, elle seule est appelée à vivre éternellement sur les mines des fois mensongères qui se partagent le monde. La certitude, c'est Tunité. La foi basée dans le sentiment, c'est la division. Nous ne pouvons tirer la terre de son invincible

1. chacun à sa mode : les catholiques en parlent, les protestants en parlent, M. Michelet en parle.

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morcellement de croyances qne par la certitude donnée pour base à la foi ; mais ce jour-là l'unité sera fatale. La foi à priori est finie dans le monde, la foi à posteriori commence.

Avec le besoin de certitude qui est la vie de l'esprit moderne, il n'est qu'un moyen de donner à l'homme la force morale, c'est de lui donner l'instrument de la force de son esprit. Fournir l'absolu comme aliment à la pensée, c'est le fournir comme aliment à la volonté. Le bien et le vrai ont des actions nécessaires l'un sur l'autre. L'idée du bien a aidé au développement actuel de nos sociétés et de la vérité. L'idée du vrai est appelée à raffermir celle du bien Quand le Christ annonçait qu'il enverrait à ses disciples l'esprit divin pour renouveler la terre, n'attachait-il pas la perfection morale, l'unité de la foi parmi les hommes, à la certitude de l'esprit?

II faut donc parachever la perfection morale et l'unité de la foi par la certitude. C est un legs de Jésus. La notion de la méthode est le principe de cette attache. Le Christ fut le rédempteur de la volonté en lui montrant le bien absolu et en l'y fixant. Lier l'esprit dans le vrai absolu par le moyen absolu et iofaillible d'y arriver, c'est la rédemption de l'esprit. Délivrance du vice, lien à l'absolu considéré comme principe du bien ; délivrance de l'ignorance, lien à l'absolu considéré comme principe du vrai. En vain la volonté est délivrée si l'esprit ne Test pas.

Or la délivrance de l'esprit est proportionnelle à la notion de la métliode. Base de la foi par le critérium certain, elle est base de la perfection et base de l'unité. La méthode est pour l'esprit ce que la révélation du Christ est pour la volonté. Elle est la vraie révélation de ce temps, elle est l'unique.

L'ère des Révélations par la foi à priori est finie. La raison méthodique en est que l'esprit se sent assez d'éléments pour arriver à baser la connaissance dans la certitude.

L'ère des Révélations par la certitude et la foi à posteriori s'ouvrira par la méthode absolue.

Des révélations par la foi resteront vraies celles que le critérium absolu vérifiera.

Et comme le critérium absolu est par essence le dernier

juge de la science et de la foi, la foi quelle qu'elle soit et la science quelle qu'elle soit seront nécessairement unies.

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