DE LA DÉTERMINATION
Je définis la détermination, la force d'expansion de l'être.
On croit cette question résolue , elle n'est qu'empiriquement constatée. On voit le corps qui finit, on en conclut que c'est la borne qui est sa fin et qui par là le détermine. On dit donc : la détermination se fait par la limite de Tétre.
Est-ce là une recherche philosophique de l'essence de la détermination? s'est^n demandé pourquoi elle est? non, on a confondu la détermination et la limite , et la limite est devenue du même coup cause de la détermination.
Hegel qui a formulé métaphysiquement cet antique préjugé philosophique avec le plus de volonté , ne reconnaît de déterrnimbUUé que dans VexistencCy où ladéterminabilité s'identifie avec 1^ être y et cette déterminabilité posée comme négation est klmite {Regel, $XGa).
La question de la détermination est double , elle s'applique aussi bien à l'idée qu'à la matière. C'est une loi unique qui détermine.
Or, ce que Hegel applique ici à la matière , les philosophes
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de tous les temps , spiritualistes depuis Platon jusqu'à Cousin , chrétiens depuis saint Augustin jusqu'à Lamennais , Font attribué à Tidée. Pour tous la détermination de Tidée se fait par la définition du penser dans la notion. C'est donc parce ■ que ridée se limite qu'elle se détermine^
En ce point , la philosophie allemande n'a donc été qu'une conclusion d'extrême logique de la théorie antique et généralement acceptée de la détermination. Cet excès aura cela de bon qu'il nous forcera de remonter au principe même et de poser la question de la détermination en soi. Il n'y a pas une faute des grands honmies qui n'ait son utilité finale pour la vérité.
Si le déterminé ne l'est que par la borne , que va-t-il se passer?
Qu'est-ce que la borne ?
C'est l'indéterminé, car où est la borne? où l'être n'est plus. La borne étant l'être n*étant plus, est donc le non-être. De soi la borne loin de déterminer indéterminerait donc, n'étant que l'indéterminé.
Mais de plus , la borne étant ce qui n'est pas l'être , et ce qui n'est pas l'être étant l'indéterminé et" le non-être , le déterminé serait donc causé par l'indéterminé, c'est-à-dire que la cause de la détermination serait le non-être. Mais il est i tenu pour absurde par tous et par Hegel que le non-être puisse produire l'être. Or s'il ne peut produire, comment déterminerait-il Têtre , ce qui serait produire encore, puisque la détermination est une qualité de l'être et que dire qualité de l'être est dire l'être? I
Ce n^est donc pas la borne qui est la cause de la détermi- i nation. Mais si elle n'est pas cause , veut-on qu'elle soit au moins la détermination elle-même ?
S'il en était ainsi , on se trouverait entraîné à reconnaître que la borne est la cause de constitution de l'être. Et en effet, l'être serait véritablement par la limite, l'enferrant, le contenant, le faisant être réel et l'empêchant de sortir de soi. La
borne serait une nécessité protectrice de l'essence , comme une cuirasse , comme un vase tenant une eau incapable de se tenir de soi , comme une carapace formant le système solide de ces animaux sans squelettes.
Or, où est la borne? qui a vu la limite? qui a touché la borne ?oiL la limite s'est-elle fait réalité saisissable, perceptible? Il faudrait qu'elle fût telle pour pouvoir enserrer, soutenir , contenir , emprisonner , faire vivre la matière dans ses formes diverses et changeantes.
La borne n'est rien par elle-même et n*est nulle part de soi.
C'est cependant une vérité. Est-ce une vérité à la façon du point, de la ligne mathématiques? Il faudrait la comprendre ainsi, si Ton s*obstinait à la vouloir séparer de l'être. Mais qn'est-ce qu'une vérité métaphysique qui serait la borne matérielle de l'être matériel? On conçoit à quelle folie on serait entraîné.
Cette borne, qui n'est rien et n'est nulle part, c'est l'être, c'est la fin de son expansion. Tantôt ici, tantôt là, il se détache sur ce qui n'est pas lui et se fait lui-même sa borne. L'être est sa propre limite, parce que sa limite naît de son développement même , et cette limite n'est que la fin de ce
De nécessité, ou la borne de l'être est en lui, ou elle est hors de lui. Si elle est* en lui, elle n'est que lui; si elle est hors de lui, tout corps mû changerait de borne et de limite, changeant de milieu ambiant. Or changer de borne pour un corps, c'est être attaqué en soi-même.
Ainsi la détermination de l'être par la borne entraînerait la nécessité de l'altération continuelle des corps en mouvement; ce qui est contraire à toute expérience comme à toute raison. L'identité des corps mus malgré les changements des choses qui les entourent, la persistance de la borne de l'être, malgré toutes les modifications des milieux, sont une montre certaine que la borne n'est pas hors de l'être, mais dans l'être.
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Ainsi la mort n'est pas une borne effective par le temps, de telle sorte que le tem])S la cause. Elle est Tépuisement naturel ou accidentel suivant les cas de la quotité de Têtre considéré sous le rapport de la durée. La mort est la fin du développement de l'être dans le temps. Sa cause efficiente est dans l'être; Toccasion, la cause occasionnelle lui sont extérieures. De même le contour n'est pas une borne par l'espace, mais l'arrêt du développement de l'être dans l'espace. L'espace ne cause pas le contour ; le corps est son contour à lui-même. De soi le contour n'est pas, il n'est pas davantage par les corps étrangers, par le non-être du corps ; il n'est donc que par l'être, il n'est que l'être s'arrêtant. Le coptour n'est que la forme même de l'être. Or qu'est-ce que la forme? Nous pouvons le dire : c'est l'expansion de la quotité d'être dans l'espace, suivant les qualités spéciales à chaque être. Et de même, qu'est-ce que la vie? C'est l'expansion de la quotité d'être dans le temps. Par quoi sont la vie et la forme? Par la force d'expansion de l'être, fc'est-à-dire par la détermination. Ainsi la vie et la forme de l'être sont la résultante de la détermination.
De même pour l'idée. Sa force d'expansion et de détermination entraîne comme résultante son expression et sa définition La définition, par quoi est-elle? Est-elle par les définitions des autres idées? Non, mais par l'idée même se déterminant. C'est une expansion de l'idée dans sa forme. Trouver l'expansion entière et juste d'une idée, c'est en trouver la définition et l'expression. La notion est à l'idée ce que la forme est au corps ; la notion est la vie de l'idée à l'état contingent.
La détermination est donc par l'être; plus encore, elle est l'être dans sa puissance d'expansion.
Plus l'être aura de puissance, plus il aura d'expansion. La détermination est donc proportionneDe à la quotité d'être.
S*il en est ainsi, nous trouverons de l'être partout où il y aura détermination. Nous ne serons pas amenés à conclure
comme Hégel qu'il n'y a déterminabilité qae dans l'existence au la déterminabilité sHdentifie avec PêtrCy c'est-à-dire dans le contingent. Mais au contraire, nous dirons que la détermination est partout où est l'être, que nous voyions sa borne, sa limite, son contour, sa fin, ou que nous ne les voyions pas. E n'est pas plus besoin de voir la limite pour conclure la détermination et, par conséquent, l'être, qu'il n'est nécessaire de voir la mort pour affirmer la vie.
Nous ne serons pas davantage forcés de conclure, comme auraient dû le faire les spiritualistes, que la notion est la seule réalité de l'idée, conclusion que d'ailleurs notre siècle a tirée. Nous dirons, au contraire, que la détermination est incluse dans l'idée et dans la notion, proportionnellement à leur force' d'expansion.
Pas davantage nous n'arriverons à dire que la détermination est par la négation de l'être, mais nous dirons au contraire qu'elle est par l'être. Ainsi la réalité ne naît que de la réalité.
Et non plus nous ne reporterons pas dans l'idée absolue les notions que l'on veut considérer comme la détermination de ridée, et qui ne seraient par là que l'idée même faite et engendrée par le génie humain. Mais nous dirons que la détermination étant proportionnelle à l'être et à l'idée, s'il y a on être absolu, un être relatif, une idée absolue, une idée relative ou notion, chacun a en soi sa détermination propre, relative }ci, absolue là.
La forme, l'existence, la notion sont les déterminations contingentes de l'être et de l'idée en expansions contingentes. Que sont les déterminations absolues de l'être et de l'idée en expansion absolue? Avons-nous besoin d'en toucher la borne pour les comprendre existant? Y a-t-il moins détermination que la borne soit ou ne soit pas? Mais nous savons que la borne n'est de rien à la détermination qui est par l'être, non par ce qui n'est pas lui. La détermination est par là que l'être est, et l'être se trouve nécessairement dans sa détermination, et la détermination nécessairement inhérente à l'être. La détermination est comme la prise de possession de l'être par soi-même.
Enfin, comme la borne n'arrive à l'être que par Tépuisement de sa force d'expansion, la forme, la vie contingente, la notion ne sauraient exister qu'où il y a force d'expansion épuisable. Que si on comprend une force d'expansion impossible à tarir, la détermination sera intarissable comme elle et ne pourra jamais aboutir en forme ni en notion. Toute forme, toute notion indique un changement d'état de l'être, de l'idée, d'absolu en contingent. Nous expliquerons comment s'opère ce changement quand nous serons dans la métaphysique.
Où nous ne verrons point de borne et où cependant nous constaterons une détermination, nous serons forcés de reconnaître de l'être, et si nous rencontrons une expansion impossible à borner, comme la détermination est proportionnelle à la quotité d'être, il restera que cet être sera la détermination sans borne, la détermination absolue, c'est-à-dire l'être absolu. Loin donc de dire, comme on l'a voulu, que l'absolu est l'indéterminé, il faut dire qu'il est nécessairement le déterminé absolu.
Nous arrivons donc à trouver que le multiple a autant de variétés de déterminations qu'il a de variétés de quotités d'être, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause; et nous avons la multiplicité et sa loi. L'absolu, si nous le trouvons, aurait une détermination proportionnelle à lui-même, et nous aurions Tunité et sa loi; et la loi de la détermination de l'unité et de la multiplicité serait une : l'expansion même de l'être.
On voit combien cette notion de la détermination par l'être est d'accord avec la nature et l'essence des choses. Combien au contraire la notion de la détermination par la borne les altère et les détruit.
Dans la^ernîère, la métaphysique est le démenti de la physique, et la science n'est plus une unité. Dans la première, la métaphysique n'est que l'expression nécessaire de la loi physique.
DE L'tTRE. 157
IV' QUESTION
DE l'identité.*
L'identité est la permanence de la détermination de l'être*
Être déterminé y c'est être. Mais cette existence n'est qu'un semblant, si, fagace, elle n'est durable ni dans l'espace ni dans le temps. Par le terme unique de détermination, l'existence en succession incessante et sans repos ne se posséderait jamais. U en serait à peu près comme de ces kaléidoscopes sans cesse agités où les images seraient insaisissables. Bien plus, la détermination ne pourrait se produire. Si courte, en effet, que soit la durée d'une détermination, elle a besoin d'une certaine permanence qu'on peut diviser jusqu'à l'indéfini sans l'anéantir. Sans l'identité, la détermination ne serait pas.
Gomme la détermination, l'identité n'est que par Têtre..
Veat-on, en effet, qu'elle s'attache à l'indéterminé? Qu'est-ce que l'indéterminé ? A ce seul mot se dresse comme une vision chaotique, où les choses sans être seraient dans une fluctuatlon sans forme. C'est comme un roulement sans fin de maté-
riaux sans cohésion. Or, le chaos peut être un rêve poétique, mais la raison le repousse comme le vide.
Il n'y a pas de chaos, parce qu'il est de l'esseïice de l'être d'être par la détermination, et qu'être déterminé c'est être dans sa réalité proportionnelle aux qualités formatrices. Ce qui constitue l'ordre, c'est la réalisation des qualités nécessaires dans leur substance. Or, comme il n'est pas possible de comprendre la qualité sans sa réalisation, quelle qu'elle soit, l'ordre est dès le commencement, et le chaos n'est que le vague de la tête humaine, encore ignorante, transporté aux choses inconnues.
La permanence serait ici l'impossibilité de l'identité par l'impossibilité de la détermination.
Gomment admettre l'être dans l'indéterminé? L'être serait donc sans être réalisé ; mais l'être est réel ou n'est pas.
Voudrait-on que l'indéterminé fût l'être en puissance et comme à l'état latent? Nous verrons l'impossibilité de cette notion ; mais en l'admettant, il faut encore dire qu'avant sa réalisation l'être n'est pas. Le germe de l'être n'est pas l'être même.
La nature féconde multiplie et perd les germes; soutiendra-t-on que l'être a été? Les œufs, les graines sont généralement en proportion des difficultés de l'éclosion ; ces œufs perdus ont-ils été poissons, oiseaux, insectes; ces graines arbres ?
L'indéterminé n'est même pas Têtre en germe. Le germe est une détermination. Le propre de l'indéterininé est de n'avoir aucune détermination.
Où se trouve l'indéterminé ? Se trouve-l-il dans la matière? non ; dans la notion? non. Il n'y a matière et notion que par la détermination. Le trouverons-nous dans ce qui n'a pas de borne? Non encore, puisque la détermination n'est pas par la borne, mais par l'être. '
L'indéterminé n'est donc qu'où n'est pas l'être. L'indéterminé, c'est donc le non-être ; mais non être, c'est n'être pas. Le propre de l'indéterminé, c'est donc de n'être pas. Dire de l'être qu'il est l'indéterminé, c'est dire purement et simplement qu'il n'est pas.
Prenons garde aux mots. Les notions de négation ne recouvrent que dn néant. Cartons vides. Cartons , il est vrai; mais fonillez métaphysiquement : rien.
Or, ce qui n'est pas est-il identique à soi-même? Je le veux, si l'identité n'est qu'une pure qualité de logjque. Mais l'identité étant par l'être est nécessairement proportionnelle à l'essence et à la nature de Fêtre, nécessairement proportionnelle à la quotité et à la qualité de l'être, et par là à la détermination qui n'en est que l'expansion.
La loi de l'identité est une, et les identités sont multiples. Diverses comme les genres, les espèces, les individus, comme toates les manifestations de l'être quelles qu'elles soient, les identités sont matérielles, spirituelles, numériques, logiques, formelles. Les notions, les corps, les nombres ont leur identité.
Transposer les identités entre elles, appliquer une nature d'identité à ime manifestation de l'être à laquelle elle n'est pas adéquate, c'est faire la confusion des êtres et de leurs manifestations; ce qui n'étonnera pas, puisque l'identité c'est Tètre n^ême et chaque être dans son essence et dans sa nature en détermination et en détermination continuée. Transporter, par exemple, l'identité logique à la matière, est confondre la réalité d'une notion avec la réalité de la matière et vouloir que la matière ne vive qu'indépendamment de la matière même.
Dans l'être, l'identité est donc toujours proportionnelle et essentielle. L'identité logique sera vraie comme telle, mais fausse, si l'on veut l'appliquer à une autre manifestation. Essentiellement on ne peut pas être identique à soi en n'étant pas. Le non-être n*a pas d'identité réelle, puisque l'identité
étant par l'être, ce serait être.
L'identité ne se peut concevoir que par la succession du
temps, puisqu'elle n'est que la continuation de la détermi* nation dans la différence des moments.
L'identité contient donc la différence , c'est-à-dire relie tous les moments de l'existence de l'être, tous ses divers états, par là seul qu'elle est l'être se continuant. De même, la différence contient l'identité, puisque la différence n'est que la vie même dans sa détermination continuée.
L'identité est l'unité de la différence. Ce qui veut dire qu'eHe est le lien de la succession des moments. Lien intime à l'être et non pas extérieur et imposé, lien surgissant de l'être même et de sa vie, cohésion par l'être qui se déroule, pour ainsi parler, dans le temps et dans l'espace.
Si l'identité est la permanence de la détermination, si la détermination contingente s'opère par la différence des moments, la détermination absolue, si nous la trouvons, serat-elle par la différence des moments? La différence des moments est la borne dans le temps, comme la forme dans l'espace. Nous retomberions donc dans la notion déjà vaincue de la détermination par la limite. La détermination absolue s* opérant sans la borne, de soi, par soi, en soi, U faut dire que son identité c'est l'unité même de son être, l'indivisibilité en soi. L'identité serait donc à l'unité ce que le multiple est à l'absolu. L'identité est l'unité du multiple, l'unité est l'identité de l'absolu.
T QUESTION