CHAPITRE IL
De la défliiltlon du fait.
Bacon et Descartes ont laissé de côté cette question du fait. Grande lacune , qui est cause que l'on ne connaît ni la portée méthodique du fait , ni sa notion métaphysique qui est la vraie.
Bacon a eu un sentiment invincible de la puissance du fait matériel. Mais ce n'est point en avoir la notion philosophique.
Descartes a eu, de plus que Bacon , le sentiment du fait noologique , c'est sa gloire. Par là il a choisi comme premier principe philosophique le fait de la pensée. Mais ce bel instinct n a jamais été jusqu'à poser la notion philosophique du fait plus que Bacon.
On suit ces grands hommes. On doit donc dire que le fait est inconnu dans son essence. Chose inouïe , cette base dont nous vivons, nous ne l'avons pas pénétrée. La science moderne aime le fait matériel et j'ose dire que celui-là même , elle ne l'apprécie pas.
Le fait n'étant qu'empiriquement observé et affirmé, il en résulte ceci que, comme le fait noologique est plus subtil que le matériel , ce dernier a seul valeur de fait , de sorte que dire fait, c'est dire matière; physiciens et métaphysiciens sont d'accord ici.
Remonter à la notion du fait c'est donc rendre à la connaissance son cercle universel , faire revivre la métaphysique détruite par la force qu'on reconnaît exclusivement au fait matériel, c'est enfin assurer la méthode si nous parvenons à montrer quel est le grand office du fait dans la connaissance.
On dit : le fait est tout ce qui a été, est et sera.
284 0R6ANDH.
Ge n'est pas une définidon. C'est tout au plus une constatation de l'existence des faits dans leur rapport avec le temps.
En disant : ce qui a été, est et sera, de quoi parlez-vous? est-ce de l'être? est-ce du fait? La notion de l'être et la notion du fait ne sauraient se confondre.
Et puis qu'est-ce qui a été, est et sera? est-ce le contingent, est-ce l'absolu? est-ce la qualité nécessaire, est-ce seulement sa réalisation? est-ce l'idée? est-ce la matière? Les sciences dites abstraites n'ont donc pas le fait , puisque ce qui a été, est et sera suppose la vie et que vous les accusez d'abstraction? Le fait matériel subsiste donc seul avec votre définition prétendue? La notion de fait se trouve faussée, et c'est sous cette impression que l'esprit humain a pris l'habitude de ne considérer comme fait que le matériel.
Il ne suffit pas de poser une généralité pour ne pas s'engager. La seule définition qui n'entraîne pas est celle qui est tirée de Tessence même de la chose.
Quand on dit : le fait c'est tout, a-t-on plus défini? Le fait est-il donc la primordiale ? Tout n'est rien quand on le laisse dans ce vague.
Or, qu'est-ce que le fait?
Le fait est la manifestation de l'être.
Ici j'ai l'essence du fait qui est d'être le résultat patent de l'être. Résultat aussi bien des qualités nécessaires que de leur réalisation qui sont les composants de l'être, résultat aussi bien de la loi de la vie que de. la vie, de l'être idée pure qu'idée réalisée ; de Têtre, en tant qu'essence, identité, détermination, que forme, existence et substance.
La notion du fait n'est plus confondue avec celle de Tètre. Je sais que le fait est à l'être comme l'effet à la cause, le rayon à la lumière. L'être est fait, mais il n'est fait que parce qu'il est être.
Je ne rattache pas la notion de fait h telle théorie spiritualiste ou sensualiste. Quel que soit l'être et de quelque façon qu'on l'explique, il est manifeste. Sa manifestation c'est le fait.
Cette notion répond donc à la nécessité de la définition, qui
est d'exprimer l'essence de la chose et d'être assez générale pour ne préjuger aucune doctrine.