CHAPITRE m
Naiure du fait.
Le fait est la conséquence de la qualité qu'a Vétre d'être patent par cela qu'il est. C'est lapatuité de l'être.
C'est une qualité inhérente à l'être, et sans laquelle il ne peut être compris. La manifestation peut être ou n'être pas vue, mais de soi elle est et elle est en tant que visible. Le fait considéré dans sa nature est donc la qualité nécessaire de l'être d'être en manifestation permanente.
Par quoi l'être se manifeste-t-ilî Par les qualités qui le constituent, c'estrà*dire par l'essence, l'identité, la détermination, plus par la réalisation de ces qualités nécessaires qui sont la forme, l'existence, la substance et qui sont encore des qualités et un composé de qualités.
= Or, si le fait est une qualité et une manifestation de qualités, il faut dire qu'il est essentiellement spirituel et non matériel.
Et, en effet, si on le considère en lui-même, on voit que la manifestation de la forme ne se produit que par la manifestation de la détermination, celle de la vie par celle de l'identité, celle de la substance par celle de l'essence. II résulte de là que le fait matériel, qui seul pourrait tromper sur la nature du fait en soi, ne peut arriver à manifestation que par les qualités nécessaires. L'essence du fait est donc bien d'être spirituelle et nécessaire à la façon que l'essence de l'être contingent est d'être nécessaire par les qualités nécessaires et dès là d'être idée.
Du reste la vie nous donne la preuve de cette vérité métaphysique. Voici une statue, une démonstration, ordres de faits divers, mais tous deux ayant une partie idéale, une partie matérielle. Or la partie matérielle n'est que par l'adéquation à la spirituelle. Il n'y a statue, démonstration que si la forme logique ici, la forme de marbre là, contiennent l'idée de la démonstration et de la statue.
Que si Ton considère le fait dans son rapport avec l'esprit on verra cette vérité se corroborer encore.
Gomment en effet lesprit connaît^l une manifestation?
L'être n'arrive pas à la pensée tout entier, qu'il soit contingent ou qu'il soit absolu. Dans les deux cas c'est une manifestation de qualités isolées ou liées qui le montre. Or, les qualités ne sont pas le corps lui-même, mais des manières d'être du corps, ain&i la solidité, la fluidité, la gazéité. C'est par elles que le corps se fait notion dans l'esprit. Le fait même matériel semble donc être comme une émanation spirituelle de la matière qui se détermine en tant que notion dans l'esprit.
Et, en effet, les sciences physiques analysent et connaissent les corps par leurs propriétés, par leursqualités. Chaque qualité donne l'être dans cette qualité, et toutes les qualités donnent tout l'être. L'être n'est donc perçu que par des propriétés isolées qui ne sont pas lui en soi. L'esprit se construit l'être par elles. Et il est si vrai que nous nous construisons les corps, qu'étant donnée telle qualité nous concluons. Le fait de surface donne la masse; le fait de contour et de limite ajouté donne tel corps.. C'est parce que nous ne voyons la matière que par ses qualités isolées, qu'il y a des mirages qui nous font croire à des objets qui ne sont pas : un nuage semble une montagne. Or, une surface est-ce une chose perceptible de soi et séparable du corps, de sorte que la surface puisse être vue sans le corps? non certes, pas plus que contour et limite. Voilà donc le fait matériel qui se perçoit par des qualités tel-
lemeni métaphysiques, qu'il est impossible de les saisir isolément vivantes.
Disoûs-le donc, tout fait, même le fait matériel, est en luimême spirituel, et apparaît à l'esprit en tant que spirituel. Le fait est la divisibilité de l'être dans ses qualités.