À M. DE LAMARCK
DE L'INSTITUT DE FRANCE ( ACADÉMIE DES SCIENCES }) ; PROFESSEUR AU MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE DE PARIS ; GC ÉLCNCÉCSS (1
Moxsieur,
Lorsque , dans ma première jeunesse, je cherchois dans la nature quelque diversion aux devoirs que mimposoit un gouverneur tant soit peu rigoureux, votre Flore francaise à la main, je passois mes heures de récréation avec les fleurs. Lorsque, sous vos auspices, j'eus ainsi fat connoissance avec les plantes dont se parent nos campagnes , et que mon ardeur , accrue par la botanique , me poussoit vers les végétaux étrangers dont mes parens embellissoient leurs jardins, vos ouvrages furent toujours mes guides, car la partie de En cyclopédie méthodique qu'on vous doit avoit déjà paru. Enfin , lorsque, plus tard, je tentai d'établir l'ordre dans un musée réuni à
grands frais par ma famille depuis plusieurs
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générations , vous fûtes encore, non moine que limmortel Linné, mon maître en z0ologie , comme vous l'aviez été avec ce grand homme, dans l'aimable science des plantes.
Je reconnus bientôt qu'entre les naturalistes français qu'on s’eforcoit de mettre sur la même ligne que le législateur suédois, vous seul, Monsieur, qu'on n’y mettoit pourtant pas, éliez digne de cet insigne honneur; car dès vos premiers pas dans la carrière, vous aviez égalé notre habile Tournefort en botanique, et plus tard surpassé dans la connoissance du règne animal notre illustre Buffon. Embrassant l’ensemble de la naturé organique, vous traitiez avec une égale supériorité, comme Linné, l’histoire de ses principales parties, lesquelles sont devenues tellement vastes et séparées, quil n’est que vous, Monsieur, après ce grand homme, qui les ayez cultivées parallèlement avec succès.
De la comparaison que vous aviez faite de tant d'objets divers soumis à vos immenses recherches, jaillit cette multitude de vues nouvelles qu'on vous doit et qui deviendront fécondes, parce qu’elles sont fondées sur les lois immuables d'où résulte la création. Ceux qui ne s’occupèrent que d'un rameau de la science ne les ont pas toujours
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comprises ces vérités que vous avez le premier entrevues et proclamées ; mais les observateurs scrupuleux qui savent apprécier lim portance des plus petites choses dans le vaste ensemble des harmonies, et qui n'ignorent pas que pour se rendre raison des grandes il faut d'abord interroger les moindres, suivront dé. sormais vos traces et confirmeront beaucoup de vos théories par leurs découvertes. Vous aurez donc, Monsieur, contribué plus qu'aucun autre à lavancement d’une science, devenue la première de toutes par le genre d’importance philosophique que vous lui aviez imprimée dans vos cours et dans vos immortels ouvrages.
C'est conséquemment en qualité d'élève, pénétré de reconnoissance, que je viens aujourd'hui vous offrir l’humble hommage d’un travail entrepris dès l'époque où je commencçai à vous entendre. Si vous y trouvez quelque mérile , c’est à l'application de vos principes que je devrai le suffrage que j'estimerai le plus précieux.
En vous soumettant mes vues sur la classification des plus petites créatures, 1] n’entroit pas dans mon plan de m’étendre sur le rôle important que ces sortes d’atomes vivans jouent dans l’immensité de l'Univers. De telles
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considérations, dont un.autre essai (1) fut le premier jet, n'étoient point inhérentes à l'établissement d’une méthode : elles compléteront-un plus grand travail, à la perfection duquel manquent des observations à faire dans les régions intertropicales que je n'ai pas perdu l'espoir de visiter lune seconde fois ; observations sans lesquelles je renoncerois à une publication incomplète ,,car vous m'avez encore enseigné , Monsieur, combien les livres laborieusement et consciencieusement composés , quelque modeste que puisse étre leur format, lemportent sur ces fastueuses et interminables . publications entreprises sans plan arrêté, pompeusemñent produites dans le monde par d'habiles. spéculateurs en librairie, qui se réservent d'y faire ajouter volumes sur volumes, selon la célébrité que sera parvenu à se fire l'auteur, et rédigées bien plus comme un moyen d'avancement pour celui-ci, que pour aider à
l'avancement des connoissances humaines., En histoire naturelle comme dans les autres sciences, ce n’est cependant point sur la quantité et sur le luxe des volumes, mais sur leur
contenu que se fondent les réputations solides
mi rmtaatmsensiipaeemesnnteeentnnhetenentem (:) De la Matière sous les rapports de l’histoire naturelle.
Paris, 1823, chez Levrault, rue de la Harpe, n°. 87.
(ix) comme la vôtre, Monsieur. Un auteur qui soigne plus sa renommée que ses écrits, peut bien, pour éblouir le vulgaire, emprunter le pinceau gracieux et savant des Huet , . des Bésa , des Turpin et des Poiteau , le burin précieux et correct des Sellier et des Coutant, les magnifiques caractères des Didot, ou les vastes relations commerciales des Arthus-Bertrand, des Gide et des Treuttel ét Wuürtz ; associer à tous ses ouvrages quelque collaborateur subalterne à qui suflit une petite part de renommée accessoire ; fure durer pendant plus d’un quart de siècle l'apparition d’un livre de- Veuusuranné avant fanaissance de son troisième où quatrième volume , et dont chaque feuille d'impression ou la moindre gravure fournit le texte de vingt panégyriques dans vingt journaux différens ; défäire dansune livraison ce qui fut étabh dans une autre, de sorte que la derhière soit toujours comme un errata des précédentes ; s'emparer d’un recueil périodique pour appeler régulièrement sur lui l'attention de l'Univers chaque trente ou trénte-un des mois, en se louant soi-même et critiquant ayec amertume tout émule qui étudie au lieu de perdre son temps dans les antichambres des grands ; encenser enfin jusqu'au point d’alarmer leur modestie, les savans que leur position 50
(x) ciale met en crédit, et: dont on attend à l'Institut des rapports emphatiquement favorables sur les plus minces Mémoires. De tels moyens de violenter l'attention du public ne furent jamais les vôtres ; aussi peu de journalistes se sont occupés dé vous, Monsieur , nul ne vous appelle illustre ou célèbre en vous citant à tout propos ou hors de propos ; mais la postérité a déjà commencé pour les créations de votre génie, en dépit qu'en puissent avoir certains solliciteurs perpétuels qui, visant au fauteuil académique ou bien à la place où vous brillez entre les plus habiles professeurs de l'Europe, craindroient de se compromettre en citant votre nom dans le discours préliminaire. de leur livre, ou proposeroient téaitu mérairement/leurs méthodes informes et pré- Cipitamment bâties, à celles dont vous avez longuement médité le solide et savant arrangement. Quant à moi, Monsieur et respectable mailre, qui nai de prétention à aucune des pee que vous avez remplies avec tant d'éclat, et: qui me sens de plus en plus étranger au siècle où le charlatanisme devient à peu près le seul moyen, de subtiliser des emplois ou la. renommée , interrogeant Îa nature seulement pour. ma
consolation, je, ne sollicite que la révéla-
tion de quelques-uns des secrets que vous n’a- VEZ Pas encore ravis à cette mère commune, avec la bénédiction du respectable vétéran te Ja science. Répandez-la, vénérable maitre, sur votre humble élève, elle lui portera R heur dans la FH de la vérité. Je suis, dans l'espoir d'obtenir ce prix ardemment de siré de mes travaux opiniâtres,
Votre sincère admirateur, reconnoissant et dévoué disciple,
. Le colonel Bory pe S'-VINcENT,
Correspondant de l'Institut, de HUE des sciences, etc. etc. etc.
Paris, ce 20 décembre 1825.
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