‹ Essai d'une classification des animaux microscopiques. Extrait du Tome II (Zoophytes), Histoire naturelle de l'Encyclopédie méthodiqueChapitre 2 sur 20 · LES MICROSCOPIQUES · texte numérisé non relu

LES MICROSCOPIQUES

Nos p'oposons ce nom pour désigner La première ou dernière classe du règne animal, selon qu'on adopte, pour l’étudier, les méthodes qui suivent la progression du simple au composé, c'est-à-dire ascendantes, ou celles qui descendent de l’homme aux créatures les plus simples. Les êtres dont elle est formée devroient se restreindre à ceux que M. de Blainville désigna sous le nom d’Æmorphes ou Agastrares , qui sont naturellement répartis dans l’ordre que nous établirons sous le nom de Gymnodés. Mais ces dénominations d'Amorphes ou d’Agastraires ne sauroient être admises, car si l’on en excepte les Amibes et quelques ‘autres Microscopiques, il en est parmi les moins compliqués , dont la forme est peut-être plus déterminée et mieux arrêtée que celle des créatures des premiers ordres; et quant à la privation d’un estomac ou d’un tube alimentaire , il seroit téméraire de prononcer à cet égard ; les verres grossissans , qui nous font connoître les infiniment petits, n’en multi-

à fie (2)

pliant sans doute point assez le-volume pour permettre à notre foiblesse d’y apercevoir des organes qui peuvent fort bien exister dans leur transparence. En effet, on ne peut pas nier l’existence d'organes qui nous échappent dans les Microscopiques , avec plus de fondement qu’on n’auroit pu nier l'existence de ces êtres mêmes, avant lPinvéntion du précieux instrument qui nous les.

révéla.

Il en est de même pour la dénomination d'/7-

fusoires , long-temps adoptée; elle est plus im- “propre encore que toute autre, puisqu'elle indiqueroit comme habitation exclusive des êtres qui nous vont occuper, les infusions seules, c’està-dire , l’eau dans laquelle on laisse se corrompre des matières végétales ou animales. C'est cependant Muller, observateur exact et judicieux, qui introduisit cetté dénomination; etce savant, donnant à une classe établie par lui-même, un nom qui sembloit devoir la caractériser par l’origine des êtres dont elle étoit censée composée , y décrivoit beaucoup plus d'animaux deseaux pures, étrangers aux infusions dans lesquelles on les voit au contraire mourir, que d'animaux développés dans ces ‘infusions mêmes.

Le nom d’Animaleule n'étoit pas plus convenable ; il: signifie proprement un diminutif d'animal, et les êtres qu'il est question de définir ne sont point des. diminutifs , mais des créatures aussi parfaites qu'aucune autre, jouant un grand rôle dans la nature , formées par elle du

premier jet, sans passer paï aucune mélamor-

(5) phose. Nous avons donc préféré , comme la moins insuffisante, la désignation de Microscopiques

pour les infiniment petits de la création, parce que, s’il s’en trouve un cértain nombre qu'un œil excellent puisse distinguer sans le secours d'aucun verre, ils ne paroissent que sous la forme incertaine d’un point où rien, pas même le mouvement, ne sauroit être appréciable. Le microscope seul peut nous aider à déterminer leurs contours , ainsi qu'à discerner les apparences de leur organisation rudimentaire, en nous enseignant ce qu’on peut savoir sur leurs habitudes!

Nous conviendrons avant tout , avec M. de Blainville , qu’il est parmi les Microscopiques des êtres déjà fort compliqués, qui présentent certains rapports avéc des animaux de classes plus élevées; mais comme il seroit prématuré de les rapporter définitivement à ces classes d'après des ressemblances extérieures, nous les laissérons provisoirement parmi nos Microscopiques, en nous borniant à indiquer soigneusement leurs aMinités: la précipitation qu'on met L'Op souvent aujourd'hui à établir des rapprochemens ou des diffé-

rences que l'observation ne confirme pas toujours, nous paroissant être un des plus grands obstacles qui se puisse opposer au progrès des sciences naturelles.

Nous définirons les Microscopiques : des animaux invisibles à l’œil nu, ou du moins, dont un grossissement considérable peut seul révéler les formes; plus ou moins translucides, mais jamais complétement opaques ; dépourvus de membres

(les appendices, ou queue, qu'on aperçoit chez plusieurs , ne pouvant être réputéstels); où lon n'a pu encore découvrir d’yeux véritables, même rudimentaires ; contractiles en tout ou en partie; éminemment doués du sens du tact; se nourrissant par absorption; dont la génération paroît s’opérer parsections ou par émission de semmules quand elle n’est pas spontanée ; vivant sans exception dans les eaux. ;

Parmi les Microscopiques se trouveront, nonseulement des êtres qui n’offrent par leur forme: aucun rapport avec le reste des animaux, €t ne paroïissent que des amas de molécules agitées, non encore asservies en apparence à un plan d'organisation déterminé, mais on trouve chez eux les êtres par lesquels la nature semble s'être essayée à produire la vie, en la modifiantensuite. selon toutes les formes qui, une fois imprimées à la matière, sont demeurées propres à transmettre ce précieux résultat des plus inconcevables facultés. On trouve encore chez les Microscopiques, non-seulement des ébauches où se reconnoissent les sources de diverses.classes animales plus élevées, mais encore celles de la végétation rudimentaire et primitive. |

J1 sera donc essentiel d'indiquer Îles embranchemens par lesquels on peut remonter des Microscopiques aux Acalèphes libres de M. Cuvier, à ses Versintestinaux qui sont les Entozoairés, aux Crustacés, aux Radiaires, et vers ces êtres ambigus, qui tenant également de la plante et de l'animal, ont mérité que nous leur appliquassions

le nom de Psrcxonrarrss.(Voy.ce mot.) Quand les hommes auront trouvé des moyens plus efficaces d'observation que ceux dontils sé serventaujourd’hui, il est probable que les genres de Microscopiques qui s'embranchent ainsi, devront être déplacés et portés dans les classes dont ils semblent être l’orioine ou l'ébauche en miniature ; mais nous avouons notre insuffisance pour prononcer sur un point.aussi important de classification ; nous préférons laisser à des successeurs plus avancés le soin de lever nos doutes » CXposés de bonne foi ; Que de nous häâter d'établir quelque système dont l'expérience ne confirmeroit point les principes,

C'est à la Hollande que le monde savant doit la découverte de ce microscope qui servit de moyen à la classification provisoire dont nous allons nous occuper. Hartzoeker et Leuwenhoeck se disputèrent l'invention de ce merveilleux instrument. Nous ne déciderons pas quel fut entr’eux le Colomb ou l’Améric Vespuce. Ces hommes habiles n’en ouvrirent pas moins la route d’un nouveau Monde, où les merveilles sont innombrables, et rendues plus grandes encore par leur petitesse même. | . Le microscope ne fut pas d’abord apprécié au tant qu'il méritoit de l'être , et les premiers observateurs qui s’en servirent n’y paroissent avoir cherché qu'un movên de divertissement. Les insirumens employés d’abord, étant d’ailleurs trèsimparfaits; on n’en obtint souvent que de mau-

mvais résultats , ‘et Fon étoit loin de se douter ,

(6) quand on discouroit sur les prétendues plumes de papillons, sur les anguilles de vinaigre, sut des pattes de mouche ou sur des brins de soie efhilée, que les micrographes étoient parvenus vers les limites du néant et de l'être, et s'ilest permis: d'employer celte expression, jusqu'aux confins de linfini. Cependant un grand nombre de curienx se procurèrent des microscopes €t les perfectionnèrent. Les mystères qu'ils avoient révélés à Leuwenhoeck paroissoient incroyables; une classe de savans qu'épouvante toute nouveauté , ou de ces esprits superficiels qui font profession de mépriser ce qu'ils n'ont pas étudié , préférèrent nier des vérités nouvelles, au parti plus raisonnable de la vérification; cependant, les découvertes microscopiques furent attestées et accrues par Hill, Baker, Joblot, Ledermuller, Goëze, Wrisberg, Eichornn, Gleichen, Roepar O. F. Muller. Jusqu’à ce dernier on observoit néanmoins sans méthode, et les nouveaux faits acquis à l’aide des lentilles grossissantes , souvent contradictoirement exposés, tournés en ridicule par des hommes entièrement étrangers aux sciences physiques, mais justement célèbres à d’autres égards, tombèrent dans le discrédit. Spallanzanti, qu’on cite à tout propos dès qu'il est question de microscope, fut peut-être, entre ceux qui employèrent cet instrument, l'un des observateurs qui s’en servirent le moins bien, et dans les ouvrages duquel nous avons trouvé le plus d'erreurs ou de données vagues; mais il n’en

sel, Pallas, Spallanzani, Néedham, et surtout

fut pas moins aussi celui qui le premier obtint quelque confiance , et qui ramena le public sur lesidées qu’on s’étoit faites’ des travaux de ce Leuvenhoeck , toujours sur le chemin de la vérité. Roësel et Gleichen sont encore des micrographes sur les découvertes desquels on doit faire fonds , relativement aux formes positives des êtres ; enfin Néedham, que Voltaire choisit pour objet de mille plaisanteries, fut de même un observateurexcellent et de bonne foi, bien supérieur à Spallanzani dont onne se moquoit pas. Mais Muller apparut, comme étoit apparu Linné dans le reste des sciences natureiles, pour débrouiller la confusion d’une branche des connoissances humaines bien plus importante à cultiver qu’on ne l’avoit supposé d’abord. Cet habile zoologiste interrogea les eaux, soit pures, soit croupies, soit altérces par des infusions; consuliant tout ce qu’on avoit écrit depus un siècle environ sur ce qu'il nommoit Infusoires , il ajouta au règne animal une classe que se hätètent d'adopter tous les naturalistes. Linné n’avoit guère. admis qu'accessoirement ces Infusoires dans son Syséemu naturcæ Lee avoit, dans les premières éditions de cet im mortel ouvrage, relégué à la fin de sa classe des Vers, dans un genre dont le nom de Chaos indiquoit seul le vague, ce que ses prédécesseurs avoient appelé animalcules du dernier ordre, poissons des infusions, anguilles de pâte , etc. etc. Cependant , habitué à compter sur l'exactitude de Roësel , dans ses dernières éditions il adopta, avec Pallas ls genre Fo/rox, où n'entroient alors

(8) | que deux espèces, qui depuis n’appartiennent plus aux Volvoces; mais dès que Muller eut publié son Histoire des V’erset son Prodrome de la Zoologie danoise , Gmelin s’empara de la totalité des travaux de ce savant , et dans la treizième édition du Systema, où l’ordre des Lithophytes fut réuni à celui des Zoophytes sous ce dernier nom, un cinquième ordre, appelé des Infusoires , compléta et termina la classe des Vers.

Jusque-là on ne possédoit que peu de figures, la plupart grossières, de tant d’êtres ajoutés au catalogue des êtres vivans, et qui ne peuvent être réputés connus qu'autant qu'on en a parfaitement

constaté l'existence par de. parfaites repré-

sentations. Le magnifique Traité du naturaliste danois parut en 1786, mais après sa mort, et VPhistoire des Microscopiques ne fat plus une partie bypothétique de la science. Cinquante planches, offrant d'excellentes images de trois cent soixante-dix espèces gravées sous divers points de vue, accompagnoient ce beau travail, dont notre collaborateur Bruguière enrichit l’Encyclopédie méthodique , non-seulement en l'y transportant tout entier, mais en le complétant avec les figures que Muller avoit omises dans son Traité de Animalcula infusoria , fluviatilia et marina , parce qu'elles se trouvoient déjà dans la Zvologie danoise , ainsi qu'avec les planches non moins exactes empruntées de Roësel.

La 46°. livraison du grand ouvrage à la collaboration duquel nous a appelé Mmt. Agasse , contient donc ce qui existe de plus sausfaisant sur les

Microscopiques. On y trouve dans quatre-vingttrois pages de texte en deux colonnes, un species explicatif de vingt-huit planches , contenant près de onze cents figures, où sont représentées trois cent quatre-vingt-cinq espèces , vues sous toutes les faces. t

Muller, dans son Histoire des Infusorres , instituant une classe nouvelle pour des animaux qui, avant lui, n’avoient jamais été régulièrement étudiés, la divisa de la sorte en dix-sept genres.

ORDRE Ier. Sans nul organe extérieur.

* ÆEpaissis.

1. Monas; corps punctiforme. (10 espèces. ) 2. Proteus ; corps variable. (2 espèces.)

3. Fobvox; corps sphérique. (12 espèces.) 4. Enchelis ; corps cylindracé. (27 espèces.) 9. Faibrio ; corps alongé. (31 espèces.)

%X *X Membraneux.

. Cyclidium ; corps ovale. (10 espèces.)

7. Paramæcium ; corps oblong. (5 espèces.) 8. Kolpoda ; corps sinueux. {16 espèces.)

Gonium ; corps anguleux. (5 espèces.) 10. Bursaria; corps excavé. (5 espèces.)

ORDRE I]. Ayant des organes externes.

* Nus.

Page 1