Des HypoxYLÉES
La dernière famille qui nous reste à examiner, celle des HvpoxYLÉE'; , n'a que très-peu de rapports avec les genres précédens ; mais elle en a de très-intimes avec un autre groupe de la famille des Champignons. Ces rapports sont même si grands que, sans leur aspect et leur manière de croître très-difïerentc, peut-être devroit-on intercaler les genres de cette famille auprès des Pézizes. L'ensemble de leurs caractères en forme cependant une famille très-naturelle, mais qui devroit , si on pouvoit éviter les séries linéaires, n'être qu'un rameau latéral, naissant de la section des Pézizées pour aller s'unir d'une autre part aux Lichens.
Un grand nomlire de ces végétaux présentent en effet , comme les Pézizes, un réceptacle cupulifome, portant à sa surface supérieure des thèques fixées régulièrement. La seule différence consiste dans la consistance dure et ligneuse de ce réceptacle, et dans la manière dont ses bords se recourbent pour former un périnium entièrement fermé dans sa jeunesse et qui s'ouvre ensuite, soit en plusieurs valves, soit par un pore terminal, soit par une sorte d'opercule.
Dans un autre groupe de la même famille on a également observé des thèques, mais libres à l'intérieur du péridium et semblables plutôt à des sporidics ; mais cette différence tient probablement à ce qu'on a observé ces plantes trop avancées et à ce que les thèques se détaehent plutôt dans ces plantes que dans les autres. Enfin, dans une dernière section, qui a plusieurs points de contact avec les premiers genres que nous avons examinés, avec les Urédinées, on ne trouve dans le péridium que des sporulcs ou des sporidies opaques très - petites et qui paroissent ne renfermer qu'une seule sporule. En général , cette famille , renfermant des plantes extrêmement petites et dont l'organisation est très-
difficile à ëludier , est une de celles sur lesquelles il reste le plus de doute, et en uiéme temps une de celles où on a établi un grand nombre de genres connus trés-imparFaitement.
L'analogie de ces plantes avec Ils vrais Champignons plutôt qu'avec les Lyroperdacées, est prouvée parla ressemblance de structure des Phacidiées et des Pé^izes. Cette ressemblance tsï telle que plusieurs auteurs ont placé quelquesuns de ces genres aujirès des Pézizes, et qu'anciennement ces Sphéries à base charnue et alongée étoient réunies avec \q^ Clavaires. Au contraire, on n'observe dans aucune de ces plantes cette structure filamenteuse qui caractérise les Lycoperdacées , auprès desquelles Persoon les avoit placées.
A la suite de ces cinq familles nous placerons quelques genres tellement ambigus ou si mal connus, que nous n'avons pas cru devoir les ranger dans aucune des familles précédentes.
Si nous comparons entre elles les diverses modifications de structure que nous venons d'indiquer dans les différens végétaux qui composent ces familles, nous verrons que dans hi plupart d'entre eux, peut-être dans tous, le tissu qui les forme peut se réduire à des iilaïuens analogues à ceux des conferves, simples ou cloisonnés, transparens ou rarement opaques, libres ou plus ou moins entrecroisés, dans l'intérieur desquels on voit se développer des sporules qui deviennent libres plus tard , soit en s'échappant de l'intérieur de ces filamens, soit en entraînant avec elles la partie de ces tubes qui les recouvre.
La famille des Mucédinées sert de type et, pour ainsi dire, de centre à ce mode d'organisation ; aussi est-elle la plus intéressante à étudier pour bien connoitre la structure des familles voisines.
Dans ces végétaux toutes les parties sont à peu près également développées, et elles ne sont pas réunies ou soudées entre elles, de manière à rendre dillicile l'examen de leurs diverses parlies; aussi est-ce sur elles qu'on doit chercher à observer les divers modes de développement et de dissémination des sporules , et ensuite la manière dont les sporules s'accroissent, pour donner lieu à un nouvel être semblable.
Cet examen éclairera beaucoup la structure des autres
familles : on verra en effet que les Urêdinées ne sont que des lilamens cîe Mucédiuées. réduits à leur moindre développement et soumis à certaines circonstances particulières qui ont modiOé leur structure. L'analogie des sporidies des Fuccinies, Conoplea, Stiibcspora, avec les rameaux fertiles et également changés en sporidies des genres Dactylium , Helrnisporium, etc., parmi les Mucédinées, prouvera ce rapport entre les sporidies des Urêdinées et des lilamens peu développés.
La tribu des Isariées explique la structure des Lycoperdacées, et prouve que ces dernières ne sont que le résultat de l'entrecroisement de fîlamens analogues à ceux des Mucédinées de cette tribu ; et l'examen de ces végétaux, dans un état de développement moins avancé, prouvera probablement que les sporules se forment toujours dans l'intérieur des filamens qui remplissent le péridium , et ne s'en détachent plus tard que par suite de leur accroissement, comme on l'observe dans les Mucédinées. L'analogie des Champignons proprement dits et des Mucédinées, c'est-à-dire, l'organisation iiiamenteuse des végétaux analogues aux Bolets, aux Agarics, etc., est plus difficile à prouver; cependant il suffit d'examiner la manière dont ces cryptogames se développent, pour qu'elle devienne presque évidente. Les sporules de ces végétaux, mises dans des circonstances propres à leur germination, s'alongent irrégulièrement sous forme d'un ou de deux Clamens ; ces lilamens s'entrecroisent, forment une sorte de bysstis, qui est peut-être même formé par les fîlamens nés de plusieurs sporules, et ce n'est que de l'entrecroisement de ces lilamens que naît le vrai champignon, qui lui-même paroît souvent composé de fibres entrecroisées, comme on peut l'observer dans plusieurs Théléphorcs, dans quelques Agarics, surtout dans les espèces fistuleuses ; tandis que dans d'autres genres, tels que les Pézizes, les Bolets, etc., il paroît d'une structure réellement cellulcuse ou spongieuse. Enfin, les thèques qui couvrent leur membrane fructifère ressemblent, sous beaucoup de rapports, aux vésicules qui terminent les filamens des mucors ; ce ne sont peut-être que les terminaisons des fibres qui forment le corps du champignon. Dans les Hypoxylées
eeffe structure filamenteuse devient encore moins sensible; on en a cependant quelques indices dans les fîlamens, qui partent souvent de la hase de leur péridium pour pénétrer dans le bois, dans les genres Asterotna et dans les Rhizouiorphes, qui peut-être appartiennent à cette famille. Mais ces végétaux paroitroient être formés par des filamens plus denses; on diroit que ce sont des Byssacées entrecroisées et soudées, tandis que les vrais champignons seroient formés par des filamens analogues à ceux des véritables Mucédinéey.
Nous avons vu ainsi , depuis les Urédinées jusqu'aux Hypoxylées, tous les divers degrés de développement et d'union des filamens auxquels paroissent se réduire les végétaux de ces diverses familles : cette opinion , qui fait des vrais champignons, des Lycoperdacécs , etc., des êtres pour ainsi dire composés , a été exposée pour la première fois , avec beaucoup de talens, par M. Ehrenberg', et paroit très- juste, lorsqu'on ne la regarde que comme une manière de rendre le mode singulier de développement de ces grands champignons. Il est certain, en effet, que les séminules de ces cryptogames ne donnent jamais lieu, parleur germination, à un champignon semblable à celui qui les a produits ; mais seulement à des filamens, de la réunion desquels naît le véritable champignon, qui n'est pour ainsi dire que la fructification de ces filamens, auxquels les cryptogamistes modernes donnent le nom de Rhizopodes {Rhizopodia).
La préexistence de ces Rhizopodes long -temps avant le développement du chanspignon proprement dit, peut expliquer en partie la croissance si rapide de ces végétaux. Il suffit, en elfet, pour les produire au dehors, que l'humidité et d'autres causes locales déterminent l'alongement et le gonflement des filamens, dont la réunion forme sur ces Rhizopodes un tubercule qui renferme en lui tous les élémens de ce champignon.
Autant cette manière d'expliqiier la structure de ces végétaux et de la réduire à des élémens plus simples, qui
1 EHREKnERG , de Mycetogenesi , in Nova acta Acad. Cœs. Leop. natur. curios. X. p. i6i.
( 29 ) permettent de les comparer avec plus de précision aux familles voisines, nous paroit juste et exacte, autant il seroit faux d'exagérer cette idée , et de considérer ces végétaux comme de véritables êtres composés.
5.2. Knuméi^ation des genres compj^is dans l'ancienne famille des champignons.
Après avoir fait connoîfre d'une manière abrégée, il est vrai, les principales uiodilications de structure que présentent les végétaux compris jusqu'à présent par les botanistes dans la vaste famille des cliampignons, et avoir cherché à faire sentir les points de ressemblance qui lient ces végétaux entre eux, et les caractères importans qui permettent cependant d'en former plusieurs familles aussi distinctes que la plupart de celles adoptées en botanique, nous allons présenter maintenant une énumération méthodique des genres qui se rapportent à cette grande division du règne végétal.
Dans ce travail nous avons eu pour but plutôt de réunir et de disposer dans un ordre naturel les genres fondés par un grand nombre de botanistes étrangers , que de discuter avec critique l'importance des caractères sur lesquels ces genres sont fondés. Nous avons indiqué comme distincts presque tous ceux que d'autres auteurs avoient déjà établis, notre projet étant plutôt de faire connoitre ce qui est fiit sur ce sujet et de le présenter avec ordre, que d'offrir notre propre opinion au sujet de ces genres. Beaucoup de genres, surtout dans la famille des Urédinées, des Mucédinées et dans les premières tribus des Lycoperdacées, nous paroissent fondés sur des caractères très -légers , et nous croyons qu'il seroit plus convenable d'en réunir souvent plusieurs en un seul, ou de ne les regarder que comme de simples sections; mais, pour introduire de semblables changemens dans la science, il faudroit avoir pu examiner presque tous ces genres par soi-même, et ne pas s'en rapporter aux descriptions d'autres observateurs , qui n'ont souvent pas examiné les objets dans le même but. Dans cette position il nous a paru préférable de laisser séparé ce que d'autres avoient dis{ii:gué , pourvu que les genres les idiis voisins,
qu'on devra peut-être réunir un jour, fussent placés à côté les uns des autres.
Nous nous sommes rontentés d'indiquer, à la suite des genres qui nous ont paru fondés sur des caractères trop légers, ceux auxquels nous pensons qu'on devroit les réunir.
Cependant, dans un petit nombre de cas, lorsque les caraclères diflerenticls nous puroissoient si peu importans qu'il nous a semblé impossible de les admettre, nous les avons réunis, en faisant connoitre en quoi les genres que noiis réunissions difl'éroient, suivaut les auteurs qui les avoient établis.
Nous avons placé à la suite des cinq familles qui nous occupent:, quelques genres dont la position est si incertaine, que nous avons préiëré ne pas les classer, plutôt que de les rapprocher de genres avec lesquels ils n'ont que des rapports très -éloignés.
Enfin , le point de doute placé avant le nom du genre indique nos doutes sur la place que doit occuper ce genre que nous ne connoissons qu'imparfaitement , mais dont l'analogie avec une famille est cependant trop marquée pour que nous puissions le rejeter à la fin.
URÉDINÉES.
(^ Coniornjcètcs , Nées, Pries. — Epiphjytce, Link.)
Sporidies simples ou cloisonnées, libres ou portées sur un pédicelle court et simple, naissant dtssous ou dessus l'épiderme des végétaux vivans ou morts, environnées par un faux péridium , formé par le développement de cet épiderme, ousupporiées sur une base charnue ou libreuse, produite par l'épaississement du parenchyme de la plante.
Obs. Ces sporidies sont plus ou moins développées : dans le premier cas elles paroissent nionosporées et sont toujours indéhiscentes; dans le second elles sont polysporées et souvent déhiscentes.
Cette famille diffère de la suivante par l'absence de vrais filamens servant de supports aux sporules ; les traces qu'on en aperçoit dans quelques genres, ne paroissent dues qu'au développement des fibres du végétal qui les nourrit.
1.** Tribu. URiDiNÉss vraies. Sporîdies se développant ^ous Vépiderme des plantes vivantes et généralement des parties herbacées.
1. Urédo , Pers. {Cœomœ v. Hjpodermii spec, Link, Nées). Sporidies uiiiloculaires , unies, sans étranglement, très-
tari^ment pédiceUéts , rompant irrégulièrement i'épiderme, qui ne forme pas de rebord saillant autour d'elles.
Link avoit réuni ce genre avec le suivant eu un seul , d'abord sous 11- nom de Cœoma , et ensuite sous celui d'Hj'podermium; ce grand genre étoit subdivisé en plusieurs sousgenres , dont les sulvaris appartiennent au genre Urédo.
Vstilago, Link. Sporidies parfaitement globuleuses, libres, très-petites, ordinaireme.it de couleur noire ou violette foncée.
Les espèces de ce sous-genre croissent presque toutes sur les diverses parties des organes delà fructification : c'est ici que se rangent les Ur^^do , connus sous le nom de Charbon, de Carie, qui naissent dans les fruits ûes graminées et des cypéracées, l'Urédo des anthères, dts réceptacles, etc. La structure plus délicate et plus homogène des parties dans lesquelles ils se développent, est peut-être la cause de la régularité plus grande de leurs sporidies.
Uredo , Link. Sporidies presque globuleuses ou oblongues, généralement jaunes ou d'un brun rouge.
C'est à ce sous - genre qu'appartient le plus grand nombre des espèces.
Cœomurus, Link. {Uromyces, \Ank, Suppl.) Sporidies presque globuleuses, portées sur un court pédicelle.
Toutes les Puccinies à une loge, de la Flore françoise, rapportées dans le Supplément aux Urédo , appartiennent à ce sous- genre.
2. ^oïdium, Pers. (Cœomœ v. Hjpodermii spec. , Link, Nées.) Sporidies uniloculaires, libres, globuleuses ou ovoïdes,
non cloisonnées, réunies en amas réguliers et entourées par un rebord plus ou moins saillant de i'é()iderme.
On peut distinguer parmi les ^cidium les sous- genres suivans.
Alcidium, Lirik. Epidémie ne produisant autour des amas de sporidies qu'un rebord peu saillant, (n forme de cupule.
Peridermium , Link. [Sphœrotneca Diisv.). Épidémie se soulevant et se détachant tout autour des groupes de sporidies, comme une sorte d'oporcuJe.
C'est à ce sous-genre qu'appartiennent les jEcidium plni , ubietinum , etc.
Rœstelia , Link. Epidémie formant autour des groupes de sporidies un rebord très-s-illant , en forme d*- tube.
Tels sont les yKcidium coinutum, amelancliieris , rhamni, e(c.
Cancellaria. .Ep\âtrinc s;^ soulevant en foi'ine de vésicules et produisant un faux péridium, qui s'ouvre latéralement par une inliniié de petites fentes.
Le type de ce sous genre est l'yEcid/um cancellatum , espèce très-commune sur les i'e^jii.esdu poirier. Link ''a voit rapportée au sous-genre précédent, dont elle nous p:iroit cependant assez différente pour foruu r un sous-geure distinct.
3. PucciNiA , Link {Dicœoma , Nées). Sporidies pedicellées, oblongues, séparées en deux loges par une cloison transversale , réunies en groupes , qui soulèvent iriégulièrcnient l'épiderine.
Les sporidies sont en général d'un brun foncé ou même dun lioir violet : les seules espèces qui aiparliennent à ce gf^nre sont les Puccinies à capsules biloculaires ; les autres se rangent ou parmi les Urédo dans le sous-genre Cœomurus , ou dans le genre suivant.
4. Phragmidium , Link. [Puccinia , Nées; Aregma , pries.) Sporidies partagées eu trois ou en un plus grand nombre
de loges par des cloisons transversales, portées sur un pédicelle souvent éb-rgi à sa base et inséré sur l'épiderme. Ce genre, qui diflère beaucoup des puccinies par sa manière de croître sur l'épiderme et non dessous, s'en rapproche tellement qu'il est dillicile de l'en éloigner; peutêtre cependant seroit-il mieux [ilacé auprès du genre Seplaria : il a pour type le Puccinia mucronata. On doit y rapporter également le Puccinia potenLiLlœ , Pers. , et quelques esp 'ces décrites par Strauss et par Pries sous le nom d'Aregma. Le genre Spii.ocœa de Frics {Noyitiœ Suecicœ , V, p. 79) est rangé par cet auteur entre les genres Puccinia et Phragmi-
dium {Syst. mycol. , introd., 40) ; mais il nous est connu trop imparfaitement pour que nous puissions en tracer les caractères : il a pour type une cryptogame qui forme de graudes taches noires sur les pommes sauvages.
5. PoDisOMA , Link, {Gjmnosporangii spec. , Dec;inH.) Sporidies oblongues, cloisouuéfs, sortant de dessous l'épi-
derme et portées sur de longs pédicelles, soudés par leur base en une masse charnue.
Ce genre est fondé sur le Gymnosporangium fuscum , Dec, ou Pucciniajuniperi, Pers. : le Gymnospcrangium clavariueforme , Dec, paroît également en faire partie.
6. GvMNOSPORANGiuM, Link. (Gymnosporangii spec. , Decand.) Sporidies divisées en deux loges par une cloison transversale, portées sur de longs pédicelles et s'insérant sur une base gélatineuse irrégulière, qui sort de dessous l'épiderme.
Le type de ce genre est le Gjmnosporangium Juniper inum de Link. ou Tremella juniperina de Linné : cette espèce dififère des précédentes par la forme irrégulière et plissée de la base gélatineuse qui la supporte, et par sa couleur d'un beau jaune.
2.* Tribu. Fusidiées. Sporidies non cloisonnées, indéhiscentes, naissant dessus ou dessous l'épiderme des végétaux morts.
§. 1.*"^ Sporidies se développant éous l'épiderme des plantes mortes, et particulièrement des jeunes branches ; base nulle ou peu développée.