‹ Essai d'une classification naturelle des champignons, ou Tableau mthodique des genres rapports jusqu'au preþsent cette famille;Chapitre 4 sur 145 · Des Champignons proprement dits · texte numérisé non relu

Des Champignons proprement dits

Des lycoperdacées nous passons aux Champignons proprement DITS, caractérisés parleurs organes reproducteurs placés à la surface d'une masse charnue qui forme le corps du champignon.

Dans la plupart de ces plantes on ne distingue plus aucune trace de structure filamenteuse; elles paroissent en général formées d'un tissu spongieux ou aréolaire : quelquefois seulement ces cellules, s'alongeant, ressemblent à des fibres placées a c6té les unes des autres; mais jamais ce ne sont des filamens entre-croisés comme dans les lycoperdacées.

Les plantes que nous rapportons à cette famille, offrent trois structures très-différentes dans les organes de la fructification, qui permettent de les diviser en trois groupes trèsnaturels, qu'on devroit peut-être regarder comme trois familles.

La première, ou celle des Trémellinées, est un des groupes les plus ambigus du règne végétal ; comme tous les êtres d'une organisation très-simple, ces végétaux ont des points de contact avec une infinité d'autres : ainsi beaucoup de caractères les rapprochent des plantes placées anciennement dans la vaste famille des algues, et particulièrement des chaodinées de M. Bory de Saint- Vincent et des ulvacées.

D'un autre côté, elles ont quelque analogie avec les uré-

dinées à base très-dcveloppée , telles que les genres Gymnosporangitnn , Fusariuw , etc.

Cependant, l'absence de filamens distincts, la disposition des sporules vers la surface, nous paroissent les rapprocher davantage des vrais champignons, parmi lesquels elles forment un passage assez naturel efitre les lycoperdacées, dont elles ont les sporules nues ou du moins dépourvues fie thèques , et les champignons , dont elles ont la structure charnue.

Les genres de cette tribu présentent une masse charnue, gélatineuse, qui ressemble par sa structure à certaines Pézizes , aux Leolia, etc. Cette masse , ordinairement irrégulière , est quelquefois clavifornie, et présente dans quelques cas une sorte de chapeau; mais la membrane qui la recouvre, au lieu de porter des thèques régulières comme dans les vrais champignons , n'olTre que des sporules éparses et nues, formant quelquefois une couche assez épaisse à la surface de ces champignons. La ressemblance extérieure de quelquesuns des genres de cette tribu avec plusieurs de ceux comjîris parmi les vrais champignons, ainsi des Auricularia de Link. et des Thelephora , des nœmatelia de Pries, et des burcardia et autres pézizes gélatineuses , nous p^iroît prouver la nécessité de laisser cette section avec les vrais champignons, malgré la différence considérable que présente leur mode de fructification.

La seconde tribu est celle des vrais champignons. Ils sont caractérisés par la présence d'une membrane fructifère {hj'menium) , c'est-à-dire, portant des thèques régulières, qui couvre une partie de leur surface. Ces thèques sont de petits conceptacles membraneux, cylindriques ou fusiformes, fixés par une de leurs extrémités sur le corps du champignon et serrés à côté les uns des autres , comme les fils qui hérissent le velours. Ces conceptacles renferment, en général, plusieurs sporules, de trois à dix ou douze, disposées en une seule série longitudinale; dans quelques cas on en observe plusieurs séries dans chaque conceptaclc, comme Link l'a observé dans les Agarics de la section des coprinus. Le plus souvent ces thèques s'ouvrent au sommet pour laisser sortir les sporules, qui se répandent sous forme d'une poussière colorée très-fine. Quelquefois ce sont les thèques elles-

mêmes qui se détachent, ou qui sont lancées au dehors, comme on l'a observé dans le genre Ascoholus.

Du reste, cette structure est très -uniforme dans tous les genres de cette famille, qui ne diffère que par leur forme et la disposition de la membrane fructifère. On retrouve exactement la même organisation, pour les parties essentielles de la fructification , dans la famille des hypoxylons. Les diverses sections qu'on a tracées parmi les vrais champignoiis sont très-naturelles ; elles sont fondées sur la forme générale du champignon et sur la disposition de la membrane fructifère. La première , ou celle des Pézizi^es , renferme tous les genres dont le corps est en forme de cupule ou forme un chapeau rabattu comme un capuchon, et dont la membrane fructifère ne couvre que la surface supérieure.

La seconde section, ou celle des Clavariées, comprend tous les genres qui sont en forme de massue ou qui se divisent en rameaux redressés, et dont la membrane fructifère recouvre toute la surface ou du moins la plus grande partie.

Enfin, dans la dernière ou dans les Agaricées, cette membrane ne s'étend qu'à la face inférieure d'un chapeau étendu horizontalement en forme de parazol ou de demi-cercle, et présentant sur cette face les formes les plus variées, tels que des veines, des lames, des tubes, des pointes, etc.

La dernière tribu de la famille des champignons proprement dits, ou celle des Clathroïdées, diffère beaucoup drs autres par la structure des organes de la fructification; elle mériteroit peut-être de former une famille particulière, si son organisation intime étoit mieux connue. Mais ces champignons, qui nous paroissent présenter le degré le plus élevé d'organisation parmi les plantes cryptogames que nous avons examinées jusqu'à présent, étant propres, en général, aux pays chauds, dans lesquels l'étude de la cryptogamie n'a fait que peu de progrès, n'ont été observés que superficiellement, c'est-à-dire, sous le rapport de leurs formes extérieures, et non sous celui de la structure de leurs organes reproducteurs. Aussi leur position est-elle encore restée incertaine , de sorte que quelques auteurs, tels que Pries et Link, les placent parmi les lycoperdacées ; tandis que d'autres, tels que Persoon et Nées d'Ësenbeck, les rangent parmi les

champignons hyménothèques. Cette dernière opinion nous paroît la plus naturelle. En effet, la nature charnue et non filamenteuse de ces champignons, Tanalogie du sac qui les renferme avant leur développement complet , avec la volva des Amanita phu<)t qu'avec le ])éridium fibreux et sec des lycopcrdacées ; enfin, la manière dont leurs sj>oruîcs paroisseut renfermées dans des sacs membraneux analogues aux tlièques des vrais champignons, nous engagent à les placer auprès de ces derniers, plutôt qu'à la suite des lycopcrdacées. Elles diffèrent des j)remiers , et spécialement des morilles et des helvelles, dont elles ont un peu l'aspect et avec lesquelles Linné les avoil en ])artie réunies, par la manière dont leurs sporules sont réunies eu une couche épaisse à hisurface, ou dans les fcsseltes qui couvrent la surface du chapeau de ces champignons. Cette couche, en général d'une couleur très -différente du reste de la plante, est formée de cellules membraneuses très-minces, aux parois desquelles les sporuies paroissent fixées. Mais comment ces sporules sontelles enveloppées? sont-elles nues et libres dans ces cellules, ou sonf-ce des sporidies, ou même des thèques fixées à leurs parois? C'est ce que nous ignorons. Lorsque ces champignons ont acquis leur développpement complet, les membranes qui forment ces cellules, et peut-être aussi celles qui composent les sporidies, se ré.'olvent en une matière mucilagineuse dans laquelle ces sporules se trouvent mêlées et qui répand une odeur infecte. Cette substance mucilagineuse ne paroit résulter , comme celle qui remplit les loges des sphéries, que de la destruction des membranes qui envelopjjoient les spoi-ules avant leur maturité. 11 reste donc à vérifier si, dans les champignons encore peu développés et longtemps avant leur sortie de la volva , les sporules sont renfermées dans des vsporldies membraneuses , ou si elles sont simplement éparses dans les cellules composant la couche épaisse qui recouvre le chapeau ou remplit ses cavités. Dans le premier cas ces champignons scroient très- voisins des vrais champignons ; dans le second ils se rapprocheroient davantage des champignons anomaux, tels que les tremelles, et devroient être placés entre eux et les lycopcrdacées. i)ïl existe des genres de ce groupe qui soient dépourvus

de volva, connue cela paroit être le cas pour le genre jLclycia de M. Rafinesque et le Clalhrus cawpuna de Loureiro, il seroit prouvé que cette enveloppe ne peut en aucune manière C're comparée au péridium des lycoperdacées, qui est une partie essentielle de ces plantes.

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