‹ Essai d'une Étude psycho-pathologique de certains types comiques dans l'œuvre de RabelaisChapitre 22 sur 26 · RASE · texte numérisé non relu

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le cadre normal de la phrase et les règles compliquées de la syntaxe usuelle. La langue du débile tend à l’anarchie du jargon de l'enfant.

Pour en revenir au procès qui a fait l’objet de cette étude, on peut se demander comment Rabelais a eu l’idée d’écrire six à huit pages de ce style baroque de dément précoce. Maïs, ne l’oublions pas, une des sources de son imagination est la passion du mot. Selon un des plus pénétrants de ses critiques : « Il voit le mot, il l'entend, il le perçoit, non seulement dans les rapports qu'il entretient avec le reste de la phrase, avec l’idée, mais en lui-même, dans son aspect, son étymologie, sa sonorité, ses diverses nuances de sens, sa valeur métaphorique même usée et triviale.…. Préoccupé de nous faire rire, il s’amuse soit à déformer les mots, soit à feindre les distractions de langage, sources d’équivoques plus ou moins plaisantes, soit à altérer une expression métaphorique en lui restituant inopportunément sa valeur pittoresque, soit à insérer dans son discours des clichés populaires, dictons, bribes de chansons, rimes ou assonances 1. »

Jamais, cette extraordinaire passion verbale, ne s’exerça mieux que dans les prologues des cinq livres de son œuvre, (le prologue du tiers livre surtout. C’est que, ajoute M. Jean Piattard, l’auteur « assume le rôle de bonisseur quidoit d’abord attirer la foule autour de ses tréteaux, la retenir et conquérir son attention. Il remplace, par des facéties, la gesticulation comique et les pitreries. » De là cet élément réaliste de son style — le sens de la langue parlée, la notation fidèle de la parole — qui devait faire de ses chroniques, une œuvre vraiment populaire.

On comprend alors qu’il ait pu composer cet étrange procès. Tandis que d’autres se plaisent à écrire une langue correcte, lui, se divertissait à aligner des kyrielles d’épithètes, à brasser proverbes, calembours, chansons, mots grecs et

1, Jean Plattard, Loco cit. p. 310.

HIS IE latins, mots d’argot, mots forgés, pour la plus grande, joie de goûter des sonorités bizarres, pimentées par la cocasserie des coq-à-l’âne. Emporté par sa passion il ne se connaissait plus. Sa claire raison un moment abdiquée, il laissait galoper, la bride sur le cou, sa fantaisie géniale servie par une prodigieuse mémoire. Et c’est ainsi, que nous vovous reproduit, à notre grand étonnement, le langage méme de la démence,

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