CHAPITRE PREMIER
La Comédie Rabelaisienne
En son Eloge de la Folie, Erasme nous parle de ce grec dont toute la démence « consistait à passer des jours entiers seul au théâtre, riant, battant des mains, parce que, devant la scène vide, il pensait assister à des représentations merveilleuses », Comme ce Grec, Rabelais semble avoir faitnaître de sa pure imagination tout un théâtre, Lout un monde d’acteurs, d’images et d’idées. Le spectateur qui cherche à voir n’aperçoit rien tout d’abord, ou du moins ce théâtre lui semble obscur, illusoire. Il n’entend que les facéties du bouffon, les grelots du hochet, il se méprend sur le sens de ce rire magnifique, sur cette indulgente, cette inaltérable humeur. Et pourtant, sous le masque grotesque, 1] y a deux yeux vifs qui regardent et se souviennent, il y a un beau front qui pense et crée.
Protégé de François 1er et de Marguerite de Navarre, médecin particulier de Jean du Bellay (évêque de Paris, ambassadeur de France), professeur d’anatomie à Lyon, correspondant et ami des plus grandes humanistes de son temps, Erasme Guillaume Budé, Etienne Dolet,"Rabélais ne pouvait ‘pas être cet ivrogne farceur ! qui, pour Ronsard : à
Alloil dans le vin barbouillanl Comme une grenouille en la fange.
- 1. La légende d’un Rabelais bon vivant à l'instar de ses héros naquit aussitôt après sa mort. Ronsard, qui avait alors 28 ans contribua à propager cette croyance. On ne possède pas de portraits contemporains de Rabelais, Le plus ancien