PRÉPARATION
Les Myriapodes récoltés en voyage ne se transportent bien que dans une liqueur alcoolique. Ce mode de conservation n’est cependant pas parfait. Si l'alcool dans lequel on les place est trop concentré, les tissus se durcissent; ils se désagrègent an contraire s’il ne l’est pas assez. Il n’est guère possible d'échapper à l’un de ces deux inconvénients. Dans le premier cas les sujets deviennent cassants, et ne peuvent plus être étendus. Dans le second, les ligaments se décomposent, ils ne retiennent plus entre eux les anneaux ; ceux-ci se disloquent et se séparent. Les tissus testacés eux-mêmes souffrent de l’influence chimique de la décomposition : en séchant ils perdent leurs couleurs et se recouvrent d’une poudre calcaire blanchâtre. Il faut par conséquent, dès que les collections sont arrivées à destination, extraire de la liqueur ces espèces à téguments cornés (comme les Polydêmes par exemple), les étendre avec soin et les sécher. On peut ensuite les coller sur le bord d’une carte, de facon à ce qu’elles offrent à l’examen leur face dorsale et la moitié de la face ventrale. Ce procédé est sans inconvénients ; il suffit que la carte ait le tiers de la longueur du corps pour bien supporter l'individu, en sorte qu’elle n'empêche de distinguer ni les organes sexuels, ni la base des pattes.
J’ajouterai qu’on ne peut bien examiner les détails minutieux des espèces que sur des individus desséchés. Ceux que l’on vient de retirer de l’alcool ne sont pas commodément maniables, et le liquide qui reste attaché à la surface de leur corps empêche souvent d'apprécier avec justesse la sculpture des téguments, ou donne lieu à des apparences trompeuses. Il suffit du reste de jeter un coup d’œil sur les collections de Myriapodes des divers Musées, pour savoir ce qu’elles deviennent trop souvent après quelques années de séjour dans la liqueur’. J’ajouterai que ce mode de conservation n'offre aucun avantage quelconque. Il n’est pas un seul caractère qui ne soit plus distinct sur l'individu desséché, à l’exception des couleurs, lesquelles se perdent moins vite chez les individus immergés. Mais les couleurs ne sont qu’un caractère sans importance chez ces animaux, et elles s’altèrent à la longue,
! L'alcool contenu dans les tubes s’évapore ou se gâte, et la moisissure a rapidement fait justice des objets ainsi abandonnés à la décomposition. On doit tenir pour certain qu'une collection conservée dans des tubes finira toujours par se gâter, parce qu'il arrivera infailliblement un jour où l’on négligera la surveillance minutieuse et constante qu’exige sa bonne conservation.
malgré toutes les précautions dont on peut user; d’ailleurs, lorsqu'on a réussi à dessécher des individus avant qu’ils aient subi cette altération, leurs couleurs se conservent quelquefois tout aussi bien, et durent alors plus longtemps que chez ceux qui sont soumis à d’autres procédés de préparation.
Les Jules peuvent mieux que les Polydêmes supporter le séjour dans Palcool, mais ils subissent souvent la désarticulation des anneaux de leur corps, en sorte qu'il est toujours préférable de les dessécher.
Les Scolopendrides seuls et les espèces à corps charnu et à téguments peu cornés se déforment par la dessiccation et perdent alors plusieurs de leurs caractères. Ils doivent être de préférence conservés dans des tubes bien fermés, remplis d’un alcool médiocrement fort. Sans doute les appendices se brisent souvent ou se séparent du corps, mais cet inconvénient est sans remêde et il est bien compensé par la bonne conservation des caractères indispensables à l’étude, par la souplesse que conservent les organes appendiculaires, et par l'éloignement de tous les accidents auxquels sont exposés des animaux si fragiles, vu la multiplicité et la longueur de leurs appendices.
Ce qu’il y a de mieux, généralement parlant, pour tous les Myriapodes, c’est d’avoir simultanément, si c’est possible, des individus desséchés et des individus conservés dans l'alcool.
ORDRE DES DIPLOPODES.
Je n’ai trouvé au Mexique que les représentants de deux des familles qui entrent dans la composition de cet Ordre (celle des Polydesmides et celle des Julides), plus ceux d’une troisième famille que j'ai cru devoir établir sous le nom de famille des Oniscodesmides.
Il est bien probable néanmoins que celle des Pollyxenides appartient aussi à la faune du Mexique, ainsi que celle des Polyzonides, qui s’y trouvera sans doute représentée par le genre Siphonophora; peut-être aussi par le genre Siphonotus.
FAMILLE DES ONISCODESMIDES.
Corps composé de vingt segments, sans compter la tête.
Pattes au nombre de 50 paires chez les mâles; de 31 chez les femelles.
Yeux nuls, remplacés par un organe auriculiforme placé derrière chaque antenne.
Antennes comme chez les Polydesmides formées de sept articles.
Organes génitaux composés comme chez les Polydesmides et placés
de la même manière, c’est-à-dire s’ouvrant en arrière du sixième anneau et remplaçant chez le mâle la septième paire de pattes.
Anus dépourvu d’appendices copulateurs chez les femelles.
Animaux jouissant de la faculté de se mettre en boule, comme le font les Glomérides, et ayant pour cette raison les anneaux de l'extrémité postérieure du corps rapprochés, de manière à former par leur ensemble une cuirasse ellipsoïdale ou pigidium (fig. 1", 2°). L’extrémité antérieure du corps construite de manière à permettre au pigidium de s’appliquer contre elle et de s’y adapter.
Cette extrémité (fig. 1°, 2°) est élargie, tronquée obliquement et aplatie en devant; les deux premiers segments sont petits; ils forment avec le troisième, et souvent aussi avec le quatrième, une espèce de plaque antérieure contre laquelle la face inférieure du pigidium vient s'adapter exactement, lorsque la contraction du corps amène l’enroulement. Les segments troisième et quatrième, ou quatrième et cinquième, sont aussi pour la même cause les plus grands du corps (fig. 2°, 1°, 1°).
Nous avons cru devoir établir cette famille intermédiaire entre celle des Glomérides et celle des Polydesmides, parce que les genres qui la composent ne peuvent proprement rentrer ni dans l’une ni dans l’autre. Ils offrent cependant les caractères de l’une et de l’autre, et, pour cette raison, ils servent de lien parfait entre les deux groupes, sans qu’ils puissent être classés dans l’un d’eux.
M. Gervais, en plaçant le genre Glomeridesmus dans la famille des Glomérides l’a classé d’après son facies plutôt que d’après ses caractères zoologiques. La description que cet auteur en a donnée n’est pas complète, et, à ce que nous croyons, erronée, car ce savant n’a eu à sa disposition qu’une seule femelle assez mal conservée, ce qui explique pourquoi il n’a pu saisir toutes les différences qui séparent ce genre des Glomérides.
La diagnose que nous donnons de cette famille repose sur l’examen d’un grand nombre d'individus, et elle montre que les Oniscodesmides s’écartent des Glomérides :
1° Par la position des organes génitaux ;
20 Par le nombre des segments du corps et des paires de pattes;
5° Par l’absence d’yeux et par la présence des organes lunuliformes.
En même temps tous ces caractères les rapprochent des Polydesmides et les feraient rentrer dans cette famille si la faculté de se mettre en boule (ou pour le moins de former une boîte fermée), et le facies général, ne les en éloignaient, pour les rapprocher des Glomérides. C’est en vertu de ces deux derniers caractères que M. Gervais a cru devoir placer son genre Glomeridesmus dans cette famille et non pas dans celle des Polydesmides. Mais le caractère principal qui aurait pu militer en faveur de ce rapprochement, celui qu’on tire des organes copulateurs de la femelle, n’a pu être constaté par lui, vu l’ablation du segment anal. L’auteur a seulement considéré son existence comme probable, grâce à lanalogie de facies incontestable entre les Glomeris et les Glomeridesmus. Or cet organe n'existe pas, et son absence éloigne ainsi les Glomeridèmes du groupe auquel leur facies les ferait rapporter. Ensuite l'auteur n’a eu sous les yeux qu'une femelle; il n’a donc pu juger de la position des organes copulateurs du mâle, qui sont exactement placés comme chez les Polydèmes.
En un mot, les Glomeridesmus sont plutôt des Polydesmides que des Glomérides, mais leur place naturelle est évidemment intermédiaire entre les uns et les autres.
Nous avons composé la famille des Oniscodesmides ! avec un genre tiré des GLOMERIDES et un genre tiré des PoLYpESsMiDEs. Mais, sans doute, on devra y joindre tous les genres qui offrent le caractère d’avoir le même nombre de segments et de pattes que les Polydesmus, des organes génitaux composés de la même manière et chez qui le corps est taillé de façon à pouvoir, en s’enroulant, former une boîte ce de toutes parts, capable d’enfermer la tête et les pattes.
Il m'a semblé préférable de nommer la famille d’après le genre Oniscodesmus plutôt que d’après le genre Glomeridesmus, vu qu'il existe déjà une famille des Glomerides, ce qui aurait pu d'autant mieux causer des confusions, que le genre Glomeridesmuus fait pour M. Gervais partie de la famille des Glomerides.
Cette faculté est un caractère essentiel, car elle dépend de plusieurs conditions spéciales dans la structure des différentes pièces du corps. Il faut, pour qu’elle puisse exister, que la face inférieure de l’animal soit concave (fig. 1°); que ses segments tombent en forme de toit, et se terminent en pointe, afin d’être capables de se rapprocher et de s’imbriquer au moment de la contraction; il faut aussi que le pigidium s’adapte.exactement sur les premiers segments du corps.
Toutes ces exigences sont réalisées chez les Oniscodesmides et ne le sont pas chez les Polydesmides, ce qui constitue entre ces deux groupes une différence notable. Pour que le pigidium plaque exactement sur. la portion antérieure du corps, 1l faut que celle-ci se soit moulée sur lu,
et vice versa, que le pigidium soit moulé sur la partie antérieure. Il est
donc à présumer que, durant le cours de son développement embryonnaire, le corps de l’animal est enroulé exactement et placé dans la même
position que l'animal parfait au moment de sa contraction, et qu’ainsi
les deux extrémités du corps se moulent lune sur l'autre pendant leur
période de formation". Les Polydesmides, en particulier les espèces du genre Polydesmus, offrent aussi une tendance à l’enroulement, mais qui
est loin d'atteindre le même degré. Ces animaux se mettent en spirale comme les Jules, mais ils ne réussissent à dérober ni leur tête ni leurs pattes, soit à cause du trop grand allongement de leur corps, soit aussi parce que ce dernier est tout autrement conformé, les anneaux étant monozonés, convexes en dessous, et la portion antérieure du corps n’é-
tant pas moulée sur la postérieure, parce que l’embryon ne forme dans l'œuf qu’une spirale lâche. |
Les conditions de structure qui permettent l’enroulement parfait du corps et qui sont un des caractères distinctifs de la famille des Oniscodesmides seront mieux compris dans les développements qui accompagnent la description des genres.
1 L'embryon des articulés est d’abord enroulé en cerele sur le dos, le ventre tourné en dehors, puis il se renverse de façon à présenter le dos en dehors. Mais chez les espèces taillées pour se mettre en boule, l’enroulement doit être plus serré que chez celles qui ne jouissent pas de
‘celte faculté, afin que les deux extrémités du.corps se moulent l’une sur l’autre.
GENRE GLOMERIDESMUS, Gerv.
Corps gloméridiforme suballongé, subovale, pouvant s’enrouler en boule, composé de 20 segments sans la tête; le premier segment distinct de la tête; les suivants très-convexes en dessus, concaves en dessous. Pattes cachées sous les anneaux, sexarticulées, au nombre de 50 paires chez les , de 51 chez les ç. Antennes composées, comme chez les Jules et Polydêmes, de 7 articles de forme variable. Une fossette auriculiforme à la base externe des antennes, comme chez les Polydesmus. Yeux nuls.
Comme les individus que nous avons sous les yeux ne concordent pas parfaitement par leurs caractères avec ceux que M. Gervais attribue à son genre, on peut se demander si notre espèce n’est pas le type d’un autre genre. En effet, nous n’avons trouvé que 50 paires de pattes chez tous les individus %, et 51 chez les « (non 52 comme M. Gervais).
Les organes génitaux mäles, que M. Gervais n’a pu examiner, sont composés comme chez les Polydesmus; ils sont allongés, formés d’un article basilaire, gros; d’un second article allongé, grêle, armé d’une dent au milieu, et ils se terminent par des crochets membraneux.
Les antennes ne sont pas en massue chez notre espèce, et la forme générale du corps paraît être différente, puisque c’est aux 5° et 4° segments que celui-ci acquiert sa plus grande largeur.
GLOMERIDESMUS MEXICANUS.
(Fig. 4,12-1°.}
Validus nigrescens; corpus polilum ; antennæ elongatæ, graciles. Saussure, Linnæa Entomologica XIII, 1859, p. 328.
Cette espèce est grande pour le genre. Le corps lorsqu'il est déroulé a une
forme assez allongée, également large dans la plus grande partie de sa longueur; postérieurement il se termine en demi-cercle; antérieurement il est un peu plus élargi aux 4° et 5° anneaux, puis il est subitement tronqué en avant, en sorte que les segments 1", 2 et 3° plaquent contre sa face antérieure, et sont bien moins grands que les deux suivants (fig. 4 *). Transversalement le corps est très-convexe en forme de voûte (fig. 1°, 4°). La tête est très-petite, très-convexe, plus large que longue. Le chaperon a la même forme que chez les Polydesmus ; il est subéchancré au milieu, un peu rugueux vers le bas. Le front et le vertex sont partagés par un assez fort sillon. Les antennes sont allongées, bien plus longues que la tête n’est large ; leurs articles, sauf le basilaire et le 7° sont à peu près égaux en longueur, cylindriques et grêles, un peu renflés vers le bout. Les segments 1-3 se circonserivent successivement (fig. 1°). Le premier segment est légèrement plus large que la tête ; il a presque la forme d’un trapèze ; son bord antérieur est assez droit et bordé, et le postérieur très-arqué ; de chaque côté il se termine par une pointe arrondie. Les deux segments suivants ne forment chacun qu’un arceau arqué, presque en forme d’arc-boutant ; leurs lobes latéraux terminés en pointe légèrement courbée en dehors, ayant leur bord interne bordé (fig. 1°); les 4° et 5° segments, qui sont les plus grands du corps, forment la partie antérieure du sommet du dos; leurs lobes latéraux se terminent par une pointe qui regarde en arrière; cette pointe est aiguë au 4, large et obtuse au 5° (fig. 1°). Le bord antérieur de ces lobes est convexe et bordé, le bord postérieur est concave. Les segments 6 à 13 se terminent de chaque côté en pointe ; leurs lobes latéraux offrent le long de leur bord antérieur un faible rebord, suivi d’un double sillon, et entre les deux sillons est une faible carène. Les segments 13 et 14 ont leurs angles inférieurs subcontinus, avec un bord inférieur large (fig. 1»); les suivants sont parfaitement continus ; ils sont tronqués carrément et forment par leur ensemble une carapace complète à la manière d’un test de Tatou (fig. 1 *). Tous les segments ont leur angle ou bord inférieur garni d’un faible bourrelet ; le 18° et 19° ont la forme d’un fer à cheval dont le milieu serait transversal, et dont les portions latérales forment avec la portion moyenne un angle presque droit; ces segments se circonscrivent successivement depuis le 19° jusqu’au 17°, et leur bord inférieur se termine à leur angle interne par une petite dent, déjà visible au 16° (fig. 1). Le segment préanal est en carré large, parfaitement circonscrit par le précédent sur trois côtés ; son bord inférieur est légèrement avancé au milieu. La plaque sous-anale est en demi-ovale allongé (fig. 1‘), et les valves forment ensemble un demi-cercle allongé ; elles sont plissées autour de la plaque sous-anale ; leur bord externe est droit et la bande marginale du segment préanal qui lui est juxtaposée est légèrement saillante et ressemble presque à une pièce articulaire.
Tout le test est lisse et poli ; sur les lobes latéraux des segments moyens du corps on voit souvent quelques sillons transversaux irréguliers. La couleur est noirâtre chez l’animal vivant.
Longueur du corps déroulé 0®,032-33; largeur du corps au 5° segment 0", 013; largeur du premier segment 0", 006.
Les individus jeunes sont en général blancs et leur test est plus luisant ; les segments 4° et 5° sont à proportion plus grands; le corps est moins élargi en avant, et moins tronqué; les lobes latéraux des segments médians sont moins étroits et moins aigus, et la portion postérieure du corps est plus comprimée.
Habite : La zone chaude du Mexique. — Cordova.
Explication des figures : 1. L'espèce grossie vue en dessus. (Les sillons des carènes latérales sont trop prononcés ; le milieu du corps devrait être un peu moins large, et la partie antérieure un peu plus large.)— 1 a, id. de grandeur naturelle.— 1 b, grandeur naturelle vue de profil, (Les carènes latérales ne sont pas assez étroites ni assez aiguës, et leurs sillons sont trop forts et trop droits.) — 1 ce, coupe transversale de l'animal. — 1 d, pigidium grossi et vu par derrière. — Le face antérieure du corps et la tête, grossies. {Il a fallu un peu forcer et disjoindre les segments pour mieux indiquer leur forme, néanmoins ce dessin ne rend pas très-bien compte de la face antérieure de l'animal. Le
premier segment est un peu trop convexe à son bord supérieur ; les segments deuxième et troisième ont leurs lobes latéraux un peu trop courts et trop peu étroits.) — 1 f, segment anal.
GENRE ONISCODESMUS, Gerv.
(Fig. 2.)
Corps allongé, convexe, transversalement en forme de voûte et concave en dessous (fig. 2°), composé de 20 segments, sans compter la tête n1 le segment anal; les deux premiers segments petits; les deux suivants plus grands que ceux qui viennent après; la portion postérieure du corps formant une cuirasse ellipsoïdale complète ou pigidium, comme chez les Glomeridesmus ; segment préanal large, emboité par le précédent. Yeux nuls, remplacés par un organe auriculiforme placé derrière chaque antenne, comme chez les Polydesmus. Pattes cachées sous les carènes; au nombre de 30 paires chez les mâles, de 31 chez les femel-
les'. Organes mâles placés de la même manière que chez les Polydesmus. Carènes terminées en pointe, écartées les unes des autres lorsque le corps est développé, ce qui lui donne une apparence serratiforme. Téte très-petite, 2 ou 3 fois moins large que le 3° segment.
Le reste comme chez les Polydêmes.
Ces animaux sont pour ainsi dire des Glomeridesmus allongés. Ils ressemblent beaucoup à ces derniers par l'ensemble de leurs caractères, et S'en rapprochent surtout par la forme de cuirasse voûütée qu’affecte l'extrémité postérieure de leur corps (pigidium); par la petitesse des deux premiers segments; enfin par lextrémité antérieure du corps qui est tronquée obliquement de haut en bas (fig, 2°). Tous leurs autres caractères sont identiques à ceux des Glomeridesmus. À vrai dire, les deux genres ne différent que par la troncature moins forte de la portion antérieure du corps chez les Oniscodesmus, par le fait que chez ces derniers ce sont les segments 3° et 4° qui sont les plus grands (non les 4 et 5e), par le plus grand allongement du corps qui ne permet plus à l'animal de former une boule aussi parfaite dans son état de contraction. Néanmoins les Oniscodêmes jouissent encore de la faculté du complet enroulement; ils peuvent cacher leur tête sous la cuirasse de l’extrémité postérieure du corps; comme les Glomeris ils peuvent former une boîte close de toute part, renfermant les pattes, mais cette boîte n’est plus aussi globuleuse que chez les Glomeridesmus, et elle se rapproche de la forme d’une spirale. Cette circonstance indique un pas vers les Polydesmides.
Ces Myriapodes ont du reste quelques rapports'avec les Polydêmes, mais ils en diffèrent par tous les caractères qui nous ont porté à distinguer la famille des Gloméridesmides, savoir : par la manière dont les deux extrémités du corps sont terminées; par la forme carrée du segment préanal, par la troncature de la portion antérieure dun corps et
1 M. Gervais a fait erreur en ne donnant aux Oniscodesmus que 28 paires de pattes. Le même auteur n’a pas vu d'organe auriculiforme à la tête; cet organe est bien distinet chez nos individus.
par la petitesse des deux premiers segments qui, au lieu de continuer horizontalement la voûte du dos, plaquent obliquement contre le 3° segment. Ils diffèrent aussi par leur plus grande faculté d’enroulement. En effet, tout chez ces animaux est calculé pour leur permettre de se mettre en boule : les deux extrémités du corps forment par le rapprochement de leurs anneaux deux cuirasses complètes; les segments articulés par leur sommet sont taillés en biseau vers le bas, de façon à s’écarter les uns des autres, et par conséquent aussi de façon à pouvoir se rapprocher par le bas, ce qui permet à la ligne du dos de devenir de plus en plus arquée. Chaque segment vu de profil est donc comme un secteur de cerele (la pointe de chaque carène correspondant au centre du cercle). En se rapprochant, les carènes s’imbriquent et s’assemblent pour former une cuirasse complète. L’obliquité de la portion antérieure du corps, et la petitesse des premiers segments font que les bords de la cuirasse postérieure s’y adaptent et s’y fixent. C’est encore pour cette raison que le 5e segment offre une carène, ou crête, transversale très-arquée. C’est contre cette crête que le bord du pigidium vient s'appuyer lorsque l’animal est enroulé ; elle forme comme un rebord qui ferme hermétiquement la boîte au point où les deux extrémités du corps se joignent et s'unissent. Pour la même raison cette crête est arquée et affecte une autre forme que la crête des autres segments; elle s’abaisse et finit par s’annuler sur la ligne médiane, afin de laisser passer le bord du segment préanal qui se prolonge un peu plus au delà. Ce caractère est essentiel; il montre que le genre Oniscodesmus appartient à la famille des Gloméridesmides ; et il le sépare nettement de celle des Polydesmides qui n'offre rien de semblable. Enfin les pattes, les antennes et la tête sont cachées sous les parties solides et se trouvent naturellement enfermées lors de l’enroulement.
Nous aurions pu expliquer ces faits à propos des Glomeridesmus, mais il était plus intéressant de le faire sur le genre Oniscodesmus, qui, moins bien organisé pour l’enroulement, offre néanmoins ces caractères de la manière la plus nette. Chez les Polydesmus le corps n’est plus assez convexe pour permettre l’enroulement complet; les anneaux sont
trop écartés, l'extrémité postérieure du corps est trop étroite, trop convexe en dessous; ses anneaux sont trop disjoints et l'extrémité antérieure est trop grande. D'ailleurs, les anneaux étant complets en dessous, les arceaux inférieurs ne peuvent se rapprocher suffisamment, et s'opposent à l’enroulement.
ONISCODESMUS MEXICANUS.
(Fig. 2, 2+-94.
Fuscus; segmenta tuberculata, postica spinosa; segmentum præanale penultimum superans, margine postico lato, convexo ; seygmentum quartum transversim cristalo-carinatum, crista in medio inlerrupta.
Saussure, Linnæa Entomologica. XIII, 1857, p. 328.
Tête trés-petite, lisse. Chaperon bilobé. Antennes assez allongées, à articles presque égaux ; le sixième et le septième formant ensemble un ellipsoïde un peu plus renflé. Premier segment du corps petit, de moitié moins large que le troisième, rugueux, terminé de chaque côté par un lobe arrondi (fig. 2’). Le troisième plus large, en forme d’arc-boutant, à angles très-arrondis, S’arrêtant avant d'atteindre les angles latéraax du premier segment; ces deux premiers segments offrant le long de leurs bords latéro-supérieurs une rangée d’éminences, composée chez le premier de trois tubercules de chaque côté, et chez le second de cinq. Segments troisième et quatrième très-grands ; le troisième ayant ses carènes très-arquées, sinuées en S et terminées par une pointe aiguë dirigée en arrière. Ces carènes, surmontées d’une crête sinuée qui se termine supérieurement par un ou deux tubercules et qui disparait sur le milieu du segment (la portion moyenne de ce segment regarde obliquement en bas, en sorte que la crête s’infléchit pour gagner son bord postérieur.) Carènes du quatrième segment larges, arrondies au bout, et offrant un angle postérieur, dirigé en arrière. Carènes du cinquième segment moins grandes; celles des segments suivants un peu plus courtes, terminées par un angle arrondi qui ne regarde guère en arrière; ces carènes sont bordées par un faible cordon sur tous leurs bords ; le cordon du bord antérieur est plus prononcé, il ne contourne pas l’extrémité des carènes mais il s’arrête à leur angle postérieur et forme là une légère saillie. À partir du treizième segment, les carènes sont tronquées et offrent un bord inférieur assez large, qui finit par devenir continu. Celles des segments dix-huitième et dix-neuvième se terminent postérieurement par un angle assez aigu (fig. 2). Le pénultième déborde le dix-neuvième du tiers de sa longueur; il est en forme de
carré large, arrondi, et son bord postérieur est un peu relevé (fig. 2°). La sculpture du corps est peu distincte ; les segments sont ragueux, granulés; ils portent tous, près de leur bord postérieur, une crête transversale chargée d’une rangée de tubercules spiniformes, élevés (fig. 2°, 24); parmi ces tubercules, ceux du milieu du dos sont les plus grands ; ils deviennent toujours plus petits sur les côtés et les carènes ne portent plus que trois gros granules espacés. La crête du quatrième segment ne porte guère que des granulations ; celle du cinquième est de toutes la plus élevée, elle est comprimée transversalement et offre au milieu cinq grandes dentelures'(ou plutôt cinq lobules). Les segments suivants ont leurs tubercules élevés et aigus ; le onzième les a un peu plus grands que les autres. Aux segments " 47°-19° les tubercules du milieu deviennent de véritables épines. Sur le segment préanal on voit quatre granulations tuberculiformes régulièrement espacées, dont les deux médianes sont placées plus en avant (fig. 21). Valves anales très-fortement plissées et chiffonnées. Couleur d’un brun noirâtre, mouchetée de noir. Longueur totale 0, 020 ; largeur 0", 005.
Habite : Les parties chaudes du Mexique (Cordova).
Cette espèce me paraît différer de l'O. oniscinus par des tubercules plus longs et spiniformes, par son segment préanal qui dépasse sensiblement le pénultième et qui n'offre pas de saillie médiane ; par ses antennes dont les premiers articles ne sont guère plus grands que les suivants, etc.
La description que M. Gervais donne de cette espèce est du reste incomplète. Les figures par lesquelles il la représente ne conviennent pas à notre espèce ‘.
Explication des figures : 2. L'espèce’ vue en dessus, grossie. (Les segments troisième et quatrième ne sont pas tout à fait assez larges ; les suivants le sont au contraire trop ; le corps de l'animal devrait être plus grêle; les antennes aussi ne sont pas très-bien représentées). — 2 a. Grandeur naturelle de l'individu. — 2 b. Le même vu par devant, grossi, montrant les premiers segments qui forment la face ou troncature antérieure du corps. — 2 c. Coupe transversale du corps pour montrer la direction des carènes, la forme et les tubercules du dos et la position des pattes. — 2 d. Pigidium vu par
derrière. (Le bord inférienr du segment préanal est vu en raccourci; autrement il dépasserait plus notablement celui des autres segments.)
! Ces figures ne sont pas faites avec assez de soin pour être d’un grand secours, comme on peut en juger par ce qui suit : sur la fig. # les antennes ne correspondent pas à la description et les articles premier et deuxième sont aussi grands que les autres, ce qui ne se voit chez
aucun Myriapode de cette famille ni des familles voisines. — Fig. 4 a même observation pour le septième article des antennes. — Fig. 4 c est défectueuse ; le segment préanal est représenté avec une forme très-inexacte, en contradiction avec la description. — Fig. #4 b, il
manque un article aux pattes.
FAMILLE DES POLYDESMIDES.
Animaux ne jouissant pas de la faculté de se mettre en boule; le corps n'étant pas exactement cylindrique, mais noueux, ou aplati, ou élargi, composé de 20 anneaux sans compter la tête, où d’un nombre plus orand. La partie antérieure n'étant pas aplatie en devant, ni tronquée; les deux premiers segments grands (le premier n'étant pas deux fois moins large que le 5e), continuant en avant la ligne du dos, ne formant pas comme chez les Gloméridesmides un bouclier antérieur, placé sur un plan oblique ou vertical. Extrémités postérieures du corps ne formant pas en général un pigidium parfait à bords bien continus’, mais se terminant par des lobes et des pointes; le segment préanal ne formant pas une lame large parfaitement emboîtée par le pénultième segment, de facon à compléter la cuirasse du pigidium, mais se terminant par une dent ou par une palmette.
Verges remplaçant chez les mâles une paire de pattes et faisant saillie en arrière du 6° segment du corps.
Pattes en général au nombre de 50 paires chez les mâles, de 51 chez les femelles, mais quelquefois plus nombreuses.
Ces animaux ont des formes plus allongées que les Oniscodesmides ; souvent ils affectent celle d’un ruban, ou bien ils se rapprochent des Jules en devenant vermiformes. Les lobes latéraux du corps s'étendent “bilatéralement et forment à tous les segments comme des ailerons (ou carènes) plus ou moins prononcés, dont la direction est variable; tantôt
1 Dans le genre Platydesmus l'extrémité postérieure du corps forme presque un pigidiumn
aplati, mais le corps n’est pas susceptible d’enroulement. %
ces carènes sont tombantes, tantôt elles affectent une position horizontale; parfois même elles sont relevées. Leur grandeur varie beaucoup aussi; chez certaines espèces elles sont presque nulles, et le corps en devient vermiforme ou noueux.
Quoique incapable d’enfermer la tête et les organes appendiculaires au centre d'une masse cuirassée en se mettant en boule, les Polydesmides ont une grande tendance à s’enrouler. Lorsqu'ils redoutent un ennemi, ils contractent leur corps et l’arrangent en spirale en ramenant la têté et les pattes vers le centre. Les lobes durs et relevés de leurs segments leur offrent une protection contre les chocs extérieurs en empêchant les objets un peu gros de pénétrer jusqu'aux appendices et de les léser. Les pattes sont courtes; la tête est infléchie en bas et les premiers anneaux du corps sont en général encore assez convexes; les carènes de ces anneaux sont le plus souvent tombantes et elles Simbriquent, en sorte que cette portion du corps jouit d’une faculté d’enroulement plus prononcée que les autres. La tête peut ainsi se cacher sous les premiers anneaux et se mettre sous la protection de leurs carènes qui l'enveloppent et la débordent. Les antennes tombent alors comme chez les Glomérides le long des côtés de cette dernière, et se logent dans des fossettes obliques, de manière à s’effacer complétement; leurs extrémités contournent la tête en dessous et viennent se cacher sous le menton.
On voit que chez ces animaux tout l'organisme est encore combiné en vue de l’enroulement et de la protection des organes délicats par le test de. la face dorsale du corps, quoique chez eux cette faculté commence à se perdre. On trouve du reste tous les degrés depuis le Polydême le mieux taillé pour l’enroulement jusqu’à celui qui est le moins, depuis le Polydesmus limax jusqu'au P. viridis. Chez le premier, les lobes latéraux du corps, parfaitement tombants, presque comme chez les Gloméridêmes, ferment encore en s’imbriquant les côtés de la spire, tandis que chez le dernier ils regardent bilatéralement en haut et ne constituent plus qu’un ensemble d’apophyses capable seulement d'offrir quelque protection contre des corps larges. Les Platydesmus eux-mêmes, malgré l'extrême allongement de leur corps, et le grand nombre
d’anneaux qui le composent, sont encore susceptibles de se mettre en arc de cercle. Gomme leurs nombreux segments sont larges et courts, ils peuvent les contracter au point de prendre une forme ellipsoidale très-ramassée, qui ressemble à celle d’une fimace et qui prend une position arquée.
Les genres dans lesquels on a fractionné la famille des Polydesmides ne me paraissent pas suffisamment caractérisés pour pouvoir être distingués d’une manière certaine, et pour devoir tous subsister. Le genre Strongylosoma, en particulier, me semble n'être qu’une forme de Polydesmus ; 1 n’est séparé de ce genre par aucune ligne de démarcation bien nette. Il me manque les éléments nécessaires pour soumettre tous les genres à une analyse scrupuleuse"; je me borne done à citer les Polydesmus proprement dits, et les Strongylosoma, que je n'hésite pas à rassembler en un seul et même genre, attendu que les derniers ne diffèrent des premiers que par la petitesse des carènes latérales, ce qui n’est qu’un caractère relatif.
Quant aux espèces, on pourrait répéter à leur sujet ce qui à été dit à propos des genres. Elles ont été si incomplétement décrites, qu’un petit nombre seulement de celles que les auteurs ont eues en vue est reconnaissable avec un certain degré de certitude. La plupart des descriptions ne font mention que d'une très-faible partie des caractères même les plus essentiels; d’autres prennent pour caractères spécifiques des caractères génériques dont l'utilité est nulle au point de vue de la distinction des espèces; bien peu d’entre elles établissent une comparaison entre les types les plus voisins. On risque en suivant ces descriptions d’aboutir sans s’en douter bien loin du but proposé. Nous avons donc souvent été dans l’embarras, lorsqu'il s’est agi de nommer nos espèces et si, dans le nombre, il en est qui soient déjà décrites sous d’autres noms, nous aurons dans la trop grande concision des auteurs une excuse des plus valables.
Parmi les espèces que j'ai récoltées au Mexique, il se trouve deux
1 Il faudrait pour cela ne pas se borner à l'étude des Polydesmides américains.
types nouveaux, dont jai cru pouvoir former des genres, parce qu'ils sont nettement caractérisés". Pour la distinction des autres j'ai partagé: le genre Polydesmus en sections, destinées à en faciliter étude. Ces sections reposent sur les caractères qui m'ont paru les plus propres à fournir des données précises et dont la constance ou la variabilité indiquait l'ordre d'importance relative. Comme ces caractères n’ont jamais été bien définis, ni même bien étudiés, leur analyse ne sera pas sans utilité. Les voici énumérés d'après leur degré de fixité et dans leur ordre hiérarchique.
Caractères propres à servir pour l'établissement des sections et pour la distinction des espèces.
lo Le nombre des segments du corps dans le genre Polydesmus et chez la plupart des Polydesmiens est constamment de 20°, sans compter la tête. Les individus qui en possèdent un nombre moins grand sont loujours des jeunes qui n’ont pas atleint l'âge caractéristique. Lorsque animal à acquis ses vingt segments 1l n'est pas encore adulte, il est encore susceptible de S'accroitre et de grandir, mais à part celui de sa taille, il offre tous ses caractères bien développés.
2° Les antennes, à part quelques différences de longueur, sont toujours identiques; ces organes sont un caractère de famille.
3° La disposihon des pores répugnatoires est ensuite le caractère le plus fixe; elle varie toutefois et nous a servi pour l'établissement de coupes génériques.
4° La forme du segment préanal est assez constante aussi; c’est un caractère supérieur qui peut servir pour l'établissement des sections.
ÿ° L'armure des paltes est fort importante aussi. C’est presque un caractère de genre, car on remarque que le deuxième article est épineux dans une longue série d'espèces qui concordent sous d’autres rap-
! Un troisième type générique nouveau nous à élé fourni par une espèce du Brésil. * Le genre Platydesmus dont nous donnons plus bas la description ne rentre pas dans celie catégorie.
DES MYRIAPODES DU MEXIQUE. 29 ports, tandis qu'il est inerme dans toutes les espèces dont les formes plus cylindriques appartiennent à une autre série.
6° La manière dont les anneaux du corps sont laillés est ensuite la considération la plus importante. Ces anneaux offrent toujours deux : portions, savoir :
a) la portion antérieure, cylindrique, qui s’emboite dans la portion postérieure de l'anneau immédiatement précédent, et qui forme Particulation ;
b) la portion postérieure, élargie, souvent saillante, porte des ailes latérales plus ou moins développées qu’on nomme carènes. Cette portion offre souvent une sculpture particulière, tandis que antérieure est toujours lisse. Je donne à celle-ci le nom de portion cylindrique et je désigne l’autre moitié de l'anneau par celui de portion carénifère.
Le plus ou moins grand développement de la portion cylindrique à une grande influence sur la composition du corps. Tantôt cette portion est petite, entièrement emboîlée, el cachée par la portion carénifère, en sorte que le corps parait comme composé exclusivement de cette portion des anneaux. Dans ce cas les carènes s'imbriquent ou se suivent presque sans interruption; c’est ce qu'on désigne par l'expression de carènes continues. Tantôt la portion cylindrique est trop grosse ou trop longue pour rentrer tout entière dans l'articulation; elle reste à nu en grande partie; en sorte que le corps de Panimal, au moins dans sa partie moyenne, se compose alternativement d’une portion étranglée et d’une portion élargie; les carènes ne peuvent plus ni s’imbriquer ni même se suivre, elles sont distancées les unes des autres par toute la longueur de la portion cylindrique de chaque segment; en d’autres termes, elles sont séparées. Ces caractères concordent avec le développement plus ou moins grand des carènes, dont la largeur est en général en raison inverse de la longueur de leur séparation et en raison directe du rapprochement des segments. Plus les segments sont séparés et plus en général l'animal devient vermiforme".
! Cette règle souffre cependant quelques exceptions, par exemple chez les P. viridis, P. ta-
On voit que ces deux organisations différentes donnent lieu à deux “roupes, SAVOIr :
te Les Polydesmus à carènes continues, et 2 les Polydesmus à carènes discontinues, séparées par des étranglements.
Mais il faut avoir garde de se laisser prendre à des apparences trompeuses, car si les éspèces du second groupe ne sont pas susceptibles de se contracter au point de rendre leurs carènes continues, celles du premier sont.susceptibles de s’allonger, de séparer leurs anneaux et de prendre l'apparence propre au second groupe, surtout chez les individus dont les tissus se sont relàchés par un séjour prolongé dans la hqueur'.
7° Les carènes offrent plusieurs moyens de distinguer les espèces; mais la configuration de ces appendices est si variable et varie si graduellement que ce caractère n’est pas d’un ordre très-élevé : en particulier il ne vaut rien comme caractère générique, pas plus que celui qui précède. Ainsi, d’après les carènes on ne peut bien caractériser que des sections de genres, rien de plus; aussi le genre Strongylosoma qui n’est basé que sur le fait de l'extrême brièveté de ces organes ne me paraît-il pas soutenable.
On peut distinguer dans les carènes :
a) Leur insertion, qui est d’une importance aussi grande que leurs dimensions. Pour en bien juger, il faut regarder l'animal de profil; il est alors facile de remarquer que ces appendices s’insèrent tantôt au sommet du dos, tantôt plus bas, tantôt au milieu de la hauteur du corps, rarement au dessous. Lorsqu'elles s'insèrent au sommet, elles rendent le dos plat; lorsqu’au contraire elles s'insèrent très-bas, elles le rendent convexe.
b) Leur drection est très-variable aussi; tantôt elles sont horizontales,
raseus, qui appartiennent au second groupe et qui offrent cependant des carènes très-développées.
l Voyez la fig. 22 qui représente une espèce du premier groupe dans son état de contraction, et la fig. 23 qui représente la même espèce dans son état d'extrême extension, offrant une apparence trompeuse.
tantôt elles sont montantes (fig. 24°); tantôt elles regardent plutôt en bas, et sont alors {ombantes (fig. 16°); elles peuvent même continuer régulièrement la courbure du dos, c’est ce que j'appelle être naturellement tombantes (fig. 1°); ou bien elles peuvent être moins inclinées que la ligne du dos, c’est-à-dire légèrement relevées (fig. 2°), quoique regardant en bas, ou bien encore elles peuvent, avec un dos convexe, s’insérer à mi-hauteur du corps et être relevées horizontalement (fig. 3°); elles sont alors fortement relevées (eu égard à la convexité du dos et quoique ne regardant pas en haut‘).
1 Comme on le voit, les termes carènes montantes et earènes relevées ont une signification très-différente qu’il ne faudrait pas confondre.
Le terme carènes montantes signifie toujours que les carènes vont en s’élevant à partir de leur base, en sorte qu’elles regardent en haut, et que leur extrémité est plus élevée que leur base (fig. 24°).
Le terme carènes relevées n'implique nullement la mème idée que celui de carènes montantes. Il signifie seulement que les carènes, ou leurs extrémités. ne continuent pas régulièrement la courbe du dos, mais qu’elles sont comme brisées, légèrement déviées en haut par rapport à la direction de la courbure transversale du dos {e.-à-d. en dehors). Comparez les fig. 1° {carènes parfaitement tombantes) et 2° (carènes légèrement relevées). — Les carènes horizontales, insérées à mi-hauteur du corps, sont fortement relevées (fig. 13°), quoiqu’elles ne soient pas montantes.— Les carènes montantes (fig. 24°) sont toujours relevées, mais les carènes relevées sont rarement montantes; elles sont au contraire en général fombantes, c'est-à-dire qu’elles regardent en bas {fig. 2°). Elles peuvent être tombantes à tous les degrés, ou le devenir toujours moins, comme l'indiquent les fig. 9°, 12°, puis 11°, où elles cessent presque de l'être, et enfin 13° où elles deviennent horizontales et cessent d'être tombantes.— Si l'on a bien compris ce qui précède, on comprendra aussi que ce n'est pas toujours la carène la moins tombante qui sera la plus relevée. Le mot relevé est toujours relatif à la courbure du dos. Aïnsi, tel dos très-peu voüté aura ses carènes naturellement dirigées presque horizontalement, donc très-peu tombantes, quoique nullement relevées, parce qu'elles continueront la courbure naturelle du dos sans en être déviées. Pour la même raison certaines carènes relevées seront plus tombantes que telles autres carènes non relevées ; ainsi par exemple les carènes relevées fig. 2° sont plus tombantes que les carènes non relevées de la fig. 14° ou 17°.
Les carènes tombantes peuvent devenir horizontales par suite d’un relèvement; dans ce cas la portion dorsale du corps qui les sépare est convexe, plus élevée qu’elles (fig. 43,22). Mais il y à aussi des carènes-horizontales non relevées, lorsque la face du corps est elle-même plate, sans courbure, et que les carènes ne font que continuer le plan horizontal du dos. Le dos étant lui-même plat, les carènes horizontales ne sauraient être en discordance de courbure avec lui;
c) La forme des carènes varie à l'infini, tantôt celles-ci sont tronquées carrément sur les côtés; tantôt elles regardent en arrière; tantôt elles sont tronquées et arrondies en avant, prolongées en arrière, c’est-àdire alifôrmes (fig. 114,15), ou simplement arrondies en avant, sans être prolongées en arrière, c'est-à-dire subahiformes (fig. 25).
De toutes ces circonstances de longueur, d'insertion, de direction, de forme, il résulte de nombreuses combinaisons qui sont d'excellents caractères spécifiques, assez faciles à saisir par un œil exercé, mais impossibles à décrire nettement, parce qu’elles varient du plus au moins.
8° La sculpture de la portion carénifère des segments est à peine saisissable dans la plupart des cas, mais chez certaines espèces elle devient cependant d’un grand secours.
99 Enfin la couleur n’est presque d'aucune utilité, elle varie, même sur le sujet vivant (suivant l’âge); elle s’altère dans l'alcool et disparaît presque toujours par suite de la dessiccation de animal.
Il est encore quelques caractères qu'on peut invoquer au besoin, tels que la position des pores répugnatoires par rapport aux bourrelets sur lesquels ils s'ouvrent, ete., mais ils seront suffisamment décrits par leur simple énoncé.
elles ne sont done pas relevées. (Polydesmus complanatus, serratus ; Strongylodesmus cyaneus, fig. 20.) On peut résumer ce qui précède ainsi que suit :
1° Le dos peut être plat transversalement et les carènes horizontales, étendues dans le même plan transversal que le milieu du dos ; dans ce cas les carènes ne sont ni montantes ni tombantes (fig. 20).
2° Le dos peut être concave transversalement; dans ce eas les carènes sont montantes (fig. 24°).
3° Le dos peut être transversalement convexe; dans ce cas les carènes sont tombantes (fig. 1°, 16°). (Le terme fombant est donc l'opposé du terme montant.) Les carènes tombantes peuvent ne former avec le dos qu'une seule courbe naturelle (qu’elle soit très-convexe ou qu'elle le soit à peine), alors elles ne sont pas relevées (carènes naturellement tombantes, fig. 4°, 176). Ou bien elles peuvent être plus ou moins déviées de cette courbe naturelle en s’écartant un peu plus du corps, alors elles sont relevées (fig. 2°, 12%. L'extrème de déviation est lorsqu'elles sont relevées au point de devenir horizontales et de n’être plus tombantes (fig. 43°,22°). Le terme relere ne doit pas être confondu avec celui de montant; il n’est pas comme ce dernier l'inverse du terme tombant; le terme relevé n'a qu’un sens relatif. — Ces distinctions sont essentielles pour la bonne appréciation du sens des descriptions.
DES MYRIAPODES DU MEXIQUE. 53 SUBDIVISION DE LA FAMILLE DES POLYDESMIDES.
Après que l’on a retranché de cette famille le genre Oniscodesmus", on peut en classer les représentants dans trois catégories qui forment les trois tribus suivantes :
1° Tribu des PoLYDESMIENS. Corps composé de 20 anneaux sans compter la tête, offrant 51 paires de pattes chez les femelles et 30 chez les mâles. Yeux nuls.
2° Tribu des CRASPEDOSOMIENS. Corps composé de plus de 20 anneaux. Veux nombreux, agrégés. — Je n’ai trouvé aucun représentant de cette tribu en Amérique.
3° Tribu des PLATYDESMIENS. Corps composé d’anneaux nombreux. Yeux stemmatiformes, au nombre de deux. Bouche prolongée en forme de suçoir.
La première et la troisième de ces tribus sont représentées au Mexique.
TRIBU DES POLYDESMIENS.
POLYDESMIT.
Corps composé de 20 segments, sans compter la tête ni l’anus; tous les segments plus ou moins carénés.
Paltes au nombre de 31 paires chez les femelles, de 30 chez les mâles. Organes copulateurs des mâles remplaçant une paire de pattes et faisant saillie en arrière de la septième paire; ceux des femelles s’ouvrant entre la première et la deuxième paire de pattes. Yeux nuls. Un organe auriculiforme placé de chaque côté derrière l'antenne. Antennes composées de sept articles assez courts, dont le dernier très-petil.
l Je ne connais pas le genre Cyrtodesmus, genre qui n’a pas été défini d’une manière suffisamment complète; mais il me semble que ce type appartient encore à la famille des Oniscodesmides, attendu que la forme de ses valves anales semble indiquer qu’il possède un pigidium complet et que par conséquent il jouit de la faculté de se mettre en boule.
Les genres dont nous composons ici cette tribu ne sont sans doute pas à l'abri de toute critique, mais il est si difficile d'établir des coupes bien caractérisées dans la longue série des Polydesmiens, que nous avons cru pouvoir profiter de l’arrangement des pores comme d’un caractère très-clair, pour établir quelques coupes génériques, qui ont au moins l'avantage de séparer de cette série un certain nombre d’espèces faciles à reconnaître.
GENRE POLYDESMUS, Latr.
(Fig. 3-19 et 22-24.)
Pores répugnatoires disposés sur les bourrelets des carènes des segments 5, 7, 9, 10, 12, 15, 15, 16, 17, 18, 19. Tous les segments plus ou moins carénés. Carènes très-variables pour la forme et la grandeur. Apparence du corps très-diverse; celui-ci tantôt presque vermiforme, noueux, tantôt très-élargi, convexe ou aplati.
Sous-genre PARADESHUS.
Segments étranglés dans leur portion antérieure, à carènes longuement séparées. Segment préanal terminé en palmetlle tronquée. (Deuxième article des pattes inerme.)
l Pour toutes les figures qui représentent des Polydesmides, la lettre a indique la gran deur naturelle de l'animal; la lettre b désigne un segment du-corps grossi et vu de profil, pour montrer la hauteur d'insertion des carènes, ete., et lalettre c s'applique à la coupe transversale du corps, faite pour montrer la direction des carènes et la forme plus ou moins voûtée du dos.— Cette explication générale nous dispensera de donner après la description de chaque espèce l'explication des figures qui s’y rapportent.
DES MYRIAPODES DU MEXIQUE. 39 l'e SECTION. — Corps convexe. Antennes courtes. Segment pré-
anal en palmette carrée. Plaque sous-anale échanerée. (Pores répugnatoires supères.)
PozypesMus ERICHSONI, Brandt.
Brandt, Recueil Insect. Myriap , p. 135. — Gerv. Aptères IV, 108.
Je n’ai pas trouvé cette espèce, qui est cependant propre au Mexique. Elle se distingue par le bord postérieur du segment préanal, lequel est dentelé. Voici la description qu’en donne Brandt :
« Antennæ abbreviatæ. Cingulorum processus laterales horizontales, truncatorotundatæ, angulo posteriore haud in apiculum productæ. Cingulorum pars dorsalis processus laterales emittens, exeptis marginibus et processuum lateralium apicibus glabris, nitidis, granulis rotundis vel oblongis, in series 5—7 alternantes, confertissimas dispositis obsessa. Squammula infra ante anum posita postice emarginato-bidentata. (Color ‘ capitis et cingulorum e nigricante griseus, in parte posteriore vix ad brunneum, in abdomine medio autem ad albidum vergens.) Cingulorum processus laterales apice plerumque nitidissime brunnei. »
Pozypesmus KLuGn, Brandt.
Magnus, fuscus, ubique tuberculis vel granulis oblongis et depressis obsessus ; processus laterales apice fulvi, angulo posteriore acuminalo.
Brandt, Mém. relat. à l’ordre des Myriapod. 133. 22. — Gerv. Aptères, IV. 108. 35. — P. Picteti, Saussure, Linnæa Entomologica, XIII, 1859. 325. (Var.)
@. Grand. Chaperon échancré. Tête ridée. Front partagé par un fort sillon. Antennes courtes, ne pouvant dépasser le deuxième segment. Angles du premier anneau assez étroits, mais arrondis (chez certains individus, subaigus); extrémité des carènes des trois anneaux suivants légèrement sinueuse. Portion cylindrique des segments trèslisse ; portion carénifère, rugueuse, couverte de tubercules squamiformes, allongés et peu saillants, disposés en séries transversales. -— Les anneaux de la partie antérieure du corps portent chacun trois de ces séries ; ceux de la partie postérieure en portent un plus grand nombre, et ces séries y deviennent irrégulières. Sur le milieu du premier segment les tubercules s’usent et prennent souvent la forme de plaques, ou s’effacent même presque entièrement ; sur les derniers, ils sont en général plus
1 La couleur de l'individu desséché est évidemment trompeuse.
élevés. Segment préanal terminé en palmette plate, carrée, raboteuse et subdentelée le long de son bord postérieur. Plaque sous-anale, plus large que longue, échancrée en arc-de-cerele ; à angles arrondis, tuberculiformes. Valves anales bosselées et ridées, portant vers le milieu de leur bord interne un tubercule piligère. Portions latéro-inférieures des segments (sous les carènes) densément et fortement granuleuses. Carènes souvent prolongées en arrière en forme de dent, surtout aux segments de l’extrémité postérieure du corps, mais portant toutes un gros bourrelet aplati, moitié supère, moitié latéral, sur lequel s'ouvre le pore répugnatoire. Ces pores sont petits, entourés d’un petit bourrelet qui les fait ressembler à des bouches de canons, et logés au fond de fossettes vagues ; de plus, ils occupent le milieu des bourrelets, non leur extrémité postérieure.
La couleur de l’animal vivant est d’un brun foncé, avec les pattes et les carènes fauves ; souvent elle devient päle chez les individus desséchés.
Longueur totale 0,072 ; largeur 0",011.
o’. Corps plus aplati que chez la femelle, à carènes un peu plus horizontales, à bourrelets supères. L’extrémité postérieure du corps souvent plus fortement tuberculée.
Var. Cette espèce est souvent de couleur fauve, mais les carènes sont toujours testacées. Les granulations allongées du corps peuvent être plus ou moins saillantes. Chez les jeunes elles sont mieux dessinées, moins aplaties (moins usées ?).
Jeune âge. Corps plus grêle et plus cylindrique, d’un jaune fauve (ou brun), avec les bourrelets plus clairs. Sculpture du corps moins fortement prononcée ; les segments comme couverts d’écailles ou de plaques tuberculiformes juxtaposées. — Du reste comme l’adulte, mais n’ayant pas 20 segments. Les verges rudimentaires n’apparaissant que sous la forme de deux tubercules. Notre individu a été pris sur le plateau de l’Anahuac, et il offre 19 segments au corps.
Habite : Ce grand Polidême est commun dans les régions chaudes du Mexique. J'en ai pris bon nombre d'individus des deux sexes à Cordova, à Orizaba, à Panuco et sur tout le versant oriental du plateau. (Le jeune ci-dessus mentionné a seul été trouvé sur le plateau même.)
L'animal vivant répand un parfum agréable qui ne manque pas d’analogie avec celui de la rose. Je crois me souvenir qu'il offre des reflets bleuâtres et irisés qui se perdent après la mort.
J'ai sous les yeux un individu @ qui offre des différences assez notables pour mé mettre dans l'embarras. Ces différences sont les suivantes! :
L Polydesmus Picteti des synonymes.
1° Le corps est plus voûté transversalement, sa partie antérieure est plus fortement comprimée.
9% Le front est plus rugueux.
3° Les granulations du corps ne sont pas aplaties, écailleuses, mais elles forment des tubercules saillants, en sorte que le corps est fortement chagriné ; les segments 1-4 surtout sont couverts de rangées de granules lisses et proéminents.
4 Les carènes des trois premiers segments, et, en particulier, les angles latéraux du premier, offrent des bourrelets bien formés et luisants; les bourrelets des autres anneaux sont moins aplatis et se terminent postérieurement par une dent plus prononcée que chez les autres individus.
5° Le segment préanal est moins aplati, plus raboteux ; ses angles postérieurs portent en dessus deux éminences. La plaque sous-anale offre sur son bord deux tubercules luisants, et chaque valve un tubercule semblable ; ces quatre tubercules sont plus prononcés que chez les individus qui servent de type à l’espèce.
6° La couleur dans notre individu est d’un brun noirâtre; les carènes et les pattes sont d’un brun marron.
Chez d’autres individus, au contraire, les tubercules ne sont que de grandes plaques écailleuses peu nombreuses. Les segments 15, 16, 17 surtout offrent un moins grand nombre de tubercules.
Je crois que ces différences ne sont que des variétés accidentelles, et il est probable que l’usure des téguments, qui finit par abaisser et par polir les éminences tuberculeuses du corps, y est pour une grande part.
LI° SECTION. — Dos assez plat. Carènes subcontinues. Segment préanal en palmette plus allongée, Plaque sous-anale entière. (Pores répugnatoires latéraux,)
POLYDESMUS CAROLINENSIS.
Depressus, politus, fuscus (albidus); dorsi medii maculis et carinis carneis ; carinæ subcontinuæ, truncalurä quadrangulä, marginatæ ; angul antici dente minuto; port lalerales.
(Fig. 8: 32-34.) Saussure, Linnæa Entomologica, XIII. 4859, p. 325. @. Forme grêle, allongée. Carènes peu longuement séparées dans l’état de con-
traction. Corps lisse, luisant. Antennes assez longues, pouvant atteindre (ou presque) le bord postérieur du troisième segment. Chaperon ayant son bord inférieur cilié,
subéchancré. — Au dessus de ce bord est un sillon angulaire, qu’on prendrait volontiers pour l’échanerure du chaperon, ou seulement un espace rugueux; et sur les angles latéro-supérieurs on voit une bosselure oblique en forme de bourrelet, placée en dehors de l'insertion de chaque antenne. — Front partagé par un sillon simple. Corps déprimé, moins haut que large (même sans les carènes). Dos médiocrement convexe (transversalement). Surface dorsale des anneaux, lisse, luisante, finement plissée, mais les Carènes assez fortement burinées, surtout dans la portion antérieure du corps. La ligne de séparation de la portion cylindrique de chaque segment et de sa portion carénifère offrant une zone de petites stries longitudinales visibles à la loupe. Premier segment un peu moins large que le deuxième; ses lobes latéraux larges et arrondis. Segments suivants ayant tous leurs carènes tronquées à angle droit, bordées antérieurement par un petit cordon et latéralement par un bourrelet saillant qui en occupe toute la longueur. Bord antérieur des carènes faiblement arqué et se terminant par une très-petite dent, placée en avant du bourrelet latéral. Bord postérieur des anneaux légèrement concave, surtout dans la partie postérieure du corps, où l’angle postérieur des carènes est prolongé en arrière. Segment préanal en palmette subquadrangulaire, tronqué postérieurement. Plaque sous-anale arrondie. Valves anales lisses, offrant près du bord un sillon prononcé. Pores répugnatoires tout à fait latéraux et très-petits.
Couleur de l'animal desséché, d’un gris-blanc de porcelaine, ou cendrée, avec une tache couleur de chair au milieu du bord postérieur de chaque segment. Carènes, surtout leurs angles postérieurs et le bout du dernier segment, ainsi que le bord antérieur du premier, couleur de chair. Dessous du corps, pattes, antennes et front, fauves ou de couleur pâle. — Vivant, l’animal a sans doute une couleur brune.
Longueur 0",030 ; largeur 0,0045.
oc”. Plus aplati que la femelle ; le premier segment aussi large que le deuxième; les carènes plus relevées, horizontales ; leur triangle postérieur plat et lamelleux.
Habite. La Caroline du sud.
Ce Polydême est peut-être le P. erythropyqus de Brandt. Je n’ai reconnu son analogie avec cette espèce qu'après avoir publié le nom qu’il porte ici, nom qu'il faudra peut-être changer. —- Brandt compare le P. erythropygus au P. complanatus, et dit que la pointe du segment préanal est recourbée, ce qui laisse encore quelque doute quant à l'identité de son type et du mien.
Explication des figures : 3. L'animal (@”) grossi. (Les segments du corps sont ici fortement séparés pour mieux montrer leur forme ; ils penvent se rapprocher de façon à devenir subcontinus!{.)— 3a. Sa
1 Cette figure laisse beaucoup à désirer : les bourrelets sont représentés trop épais; les pores sont supères au lieu d'être latéraux. L’angle postérieur des carènes ne devrait être un angle
grandeur naturelle!. — 3b. Un segment du corps vu de profil pour montrer la hauteur d'insertion des carènes et la convexité relative du dos. — 3e. Coupe transversale du corps pour montrer la hauteur d'insertion des carènes et leur direction, ainsi que le degré de convexité du dos. {Cette coupe est un peu trop haute par rapport à sa largeur.) — 3 d. Segment préanal grossi.
I11° SECTION. — Dos plus ou moins aplati; segments longuement séparés. Carènes aliformes, insérées au sommet du corps. Pores répugnatoires latéraux ou infères. Segment préanal rétréci en arrière, subtriangulaire, tronqué. Pattes très-grêles.
a) Dos très-plat. — Ex. G. Beaumont, Le Guill.
b) Dos un peu plus convexe transversalement.
POLYDESMUS COARCTATUS.
Parvulus, fuscus; processus laterales et pedes albidi; pars corinifera segmentorum sulco transverso partlila; processus laterales postice in mucronem producli.
(Fig. A8. 18:-48°c.
Petit. Ressemblant beaucoup par ses formes au P. Beaumontii, mais ayant le dos un peu plus bombé. Carènes assez longuement séparées. Portions carénifères des segments, lisses, luisantes et partagées en deux parties égales par un fort sillon transversal ; le pénultième segment et les trois ou quatre premiers seuls dépourvus de ce sillon. Un faible sillon longitudinal, plus ou moins distinct et interrompu, occupant la région dorsale. Front partagé par un sillon profond. Les deux ou trois premiers segments offrant des stries sur les côtés. Carènes insérées aux deux tiers ou aux trois quarts de la hauteur des flancs (fig. 18°), horizontales (fig. 18°), aliformes, arrondies en avant, terminées postérieurement en pointe aiguë ; — vers la partie postérieure du corps elles sont prolongées en arrière et terminées par une dent de plus en plus aiguë et spiniforme. Le deuxième segment est un peu plus large que le troisième ; le bord latéral de ses carènes est assez grand, et il se termine (déjà à ce segment) par un angle postérieur dentiforme. — Bourrelets assez grands , allongés, latéraux. Pores répugnatoires parfaitement latéraux, toujours placés sur la partie postérieure des carènes (fig. 18°), même aux anneaux de la portion antérieure du corps. — Les carènes du deuxième sont grandes mais
droil que jusque vers le 42° anneau; dans la partie postérieure du corps, il se prolonge en arrière el devient de plus en plus aigu, etc.
! Jei les carènes ont une forme oblique en arrière, ce qui ne devrait pas être.
elles ne sont pas arrondies en avant; même celles du premier sont relevées.
— Segment préanal en palmette subconique, tronquée. Valves anales plissées, of-
frant chacune un tubercule; plaque sous-anale en ogive, trituberculée au bout. Couleur d’un brun marron; pattes et carènes blanchâtres ou jaunâtres. Longueur 0", 014.
Habite : selon l’étiquette, Cayenne. o”, 9.
Nota. — Ce Polydème offre une si grande analogie avec une espèce de Java, qui me paraît être le P. Beaumontit, que je ne puis m'empêcher de me demander s’il n’y a pas erreur d’étiquette, et si les individus qui représentent le P. coarctatus ne seraient pas de très-petits in— dividus de l'espèce indienne. Dans le doute j'aurais retranché cette espèce du présent mémoire si elle n’avait été déjà figurée sur la planche IIT.
Observations relatives à la figure 18. Cette figure est très-imparfaite. Le premier segment du corps est trop long; les carènes sont trop larges, et elles n’ont pas la forme voulue, n'étant pas assez prolongées en arrière en forme de dent et d'épine. Le corps paraît plus convexe qu'il n’est, etc. Il faut s’en tenir à la description plutôt qu’à la figure.
Sous-genre STRONGYLOSOMA, Brandt.
Corps cylindrique, noueux, vermiforme, à carènes rudimentaires et espacées (fig. 4). Portion antérieure de chaque segment du corps, rétrécie, cyhndrique, mais ne rentrant pas dans la portion postérieure de l'anneau
. \ 5] \ C LA n Ad:
qui précède, d’où il résulte que les portions postérieures des segments sont espacées et comme séparées par des étranglements, ce qui donne au corps une apparence noueuse. Segment préanal terminé en pointe. (Deuxième article des pattes inerme.)
POLYDESMUS VERMIFORMIS.
Cylindricus, vermiformis ; corpus nodosum ; :carinæ minimæ, rotundaiæ , haud dentatæ.
Saussure, Linnæa Entomologica. XIII. 1859, p 326.
@. Corps cylindrique, lisse, luisant. Portion antérieure des segments étranglée. Carènes placées à mi-hauteur du corps, ou plus bas encore (fig. 4'), linéaires, à bourrelet presque supère et renflé postérieurement; les pores regardant latéralement et placés sur la partie postérieure des bourrelets (fig. 4°), même aux segments de la portion antérieure du corps. Carènes rudimentaires, tombantes (fig. 4°), toutes
DES MYRIAPODES DU MEXIQUE. M1 égales ; celles des quatre ou cinq derniers segments seules un peu relevées. Segment préanal conique. Plaque sous-anale en ogive. Deuxième article des pattes, inerme.
Nos individus sont de couleur blanche, mais pendant la vie, le corps de cette espêce est probablement brun.
Habite : les terres chaudes du versant oriental de la Cordillère du Mexique.
Ce Polydème ressemble beaucoup au P. Montezumaæ, quoique ses carènes soient bien moins grandes, ses anneaux moins étranglés antérieurement, etc., mais il s’en distingue à première vue au deuxième article de ses pattes qui n’est pas armé d’une épine. Il se distingue des P. aztecus et voisins par ses carènes tombantes et rudimentaires, et par son facies vermiforme.
Observations relatives aux figures : Fig. 4. Les carènes sont trop fortement prononcées dans toute l'étendue du corps ; les bourrelets sont trop supères ; dans la nature les pores répugnatoires ne sont
pas visibles de haut en bas. — 4 b. Le bourrelet au bord de la carène est trop contourné et un peu trop oblique. — 4c. La hauteur est un peu trop faible, eu égard à la largeur.
Sous-genre LEPTODESMUS.
Formes grêles, allongées. Corps plus ou moins en chapelet. Anneaux composés de deux portions : l'antérieure cylindrique, ne pouvant sufisamment rentrer dans l'anneau qui l'emboîte pour être entièrement cachée; la postérieure moins cylindrique et portant les carènes; celles-ci n'étant pas continues. Carènes entières, médiocres et placées sur les côtés, en sorte que, vues de profil, elles paraissent insérées à mi-hauteur du corps ou un peu plus haut {fig. 11°). Dos plus ou moins convexe. Seyment préanal conique. Deuxième article des pattes inerme.
Ce groupe offre une série de formes qui font passer graduellement du sous-genre Strongylosoma au sous-genre Fontaria.
Les espèces que nous avons à décrire peuvent être classées sous deux chefs :
1° Carènes trèés-longuement séparées: eorps en ehapelet: pores latéraux. (Transition aux Sfrongylosoma.)
POLYDESMUS SALLEI.
Vermaiformis ; carinæ breves, aliformes, antice rotundatæ, postice angulatæ {etiam in segmentis 2, 3, 4) ; port repugnatorii in anqulo postico tuberorum hiantes.
(Fig. 8. 8*-8c.)
@. Corps vermiforme, cylindrique; carènes fortement séparées, comme chez le P. azlecus; plus que chez le P. vermiformis'. Premier segment du corps très-court, l’étant plus que chez la dernière espèce, terminé de chaque côté par un angle mousse ; Son bord postérieur échancré au milieu, ainsi que celui des deux segments suivants ; les anneaux qui viennent après ayant leur portion carénifére très-courte; leurs carênes légèrement arquées en arrière, formant postérieurement un angle sensible. Tous ces segments, même le premier, offrant un bourrelet latéral. Les carènes 2-4 ayant leur bord postérieur légèrement convexe. Carènes des segments cinquième et suivants très-courtes, un peu moins fortes que chez le P. aztecus, un peu plus que chez le P. vermiformis, insérées à mi-hauteur du corps (fig. 8°), dirigées horizontalement (et non obliquement comme chez celte dernière espèce) *: elles sont de plus arrondies en avant, aiguës à leur angle postérieur, mais non prolongées en arrière, le bord postérieur des carènes étant perpendiculaire à la direction du corps, excepté vers l’extrémité postérieure, où il devient oblique, et où les carènes se terminent par un angle aigu. Carènes des derniers segments longues, dentiformes : celles du pénultième seulement, très-petites. Bourrelets renflés postérieurement, portant les pores à leur extrémité postérieure (fig. 8°), même aux segments cinquième et septième. Segment préanal très-pointu. Valves anales fortement striées. Plaque sous-anale en ogive, large mais aiguë.
Couleur, probablement brune. — Desséché, l'animal devient blanc, avec les antennes rougeätres, le front et le premier segment marbrés de brun, et tous les segments qui ne portent pas de pores, ornés de deux taches brunes au bord antérieur de leur portion carénifère.
Longueur 0", 034; largeur 0", 005.
l Cette apparence pourrait être trompeuse. Peut-être les segments sont-ils susceptibles d’une plus grande contraction.
? Chez le P. aztecus, les premières carènes sont plutôt dirigées un peu en avant, et les suivantes, arrondies ou tronquées postérieurement.
Habite : les Antilles. Cette espèce a été prise par M. Sallé dans l’île de Saint-Domingue.
Chez ce Polydême le dos est moins convexe que chez le P. vermiformis; il l’est plus que chez le P. aztecus. Le corps est aussi plus grêle que chez le premier, eu égard à sa longueur, mais il l’est moins que chez le second. Les portions carénifères des segments offrent quelques strioles et quelques granulations sur les côtés, surtout dans la partie antérieure du corps.
Observations relatives aux figures : Fig. 8. Le premier segment est un peu trop long; le milieu de sou bord postérieur n'est pas assez échancré ; la portion carénifère des anneaux n’est pas tout à fait assez large par rapport à leur longueur; les pores répugnatoires sont un peu trop supères ; le seg-
ment préanal est trop grand. — 8 b. La portion carénifère de ce segment n’est pas tout à fait assez longue dans le sens antéro-postérieur, par rapport à sa hauteur.
POLYDESMUS AZTECUS.
(Fig. D, o". 52-50.)
Albidus, lœvis, cylindricus; carinæ brevissimæ, perdislantes ; segmentum præanale acuminatum.
Saussure, Linnæa Entomologica. XII, 1859, p. 324.
© Corps cylindrique, grêle et allongé. Carènes très-courtes et longuement séparées ; la portion cylindrique des anneaux médians presque aussi longue que la portion carénifère. Front partagé par un sillon simple. Antennes assez longues, atteignant le troisième segment du corps. Chaperon ayant ses angles arrondis ; son bord inférieur échancré en arc de cercle, rugueux le long de cette échancrure, blanc ou finement tacheté de gris. Premier segment du corps aussi large que le deuxième, à angles arrondis et finement bordés. Les trois ou quatre premiers segments, convexes, de même largeur que les suivants, mais ayant leurs carènes un peu tombantes. Carènes des segments 2-4 faiblement dirigées en avant, finement bordées et portant des bourrelets faibles. Les carènes suivantes très-courtes, presque comme chez les Strongylosoma, arrondies, bordées et terminées par des bourrelets peu développés, qui portent les pores tout à fait latéralement, et qui sont très-faiblement dirigés en arrière sur les anneaux 16, 17, 48. Le dix-neuvième segment n'ayant plus au lieu de carènes que deux petites dents dirigées en arrière. Segment préanal terminé en pointe un peu recourbée. Plaque sous-anale angulaire. Valves anales portant près de leur bord interne un fort sillon. Tout le corps d’un blanc sale, lisse et luisant.
Longueur 0", 030; largeur 0", 005.
o" Carènes plus grandes, plus relevées, horizontales (fig. 5‘), arrondies en avant, en sorte que les bourrelets sont très-courts. Parmi ces derniers, ceux qui portent des pores sont épaissis, subtuberculiformes et les pores s'ouvrent latéralement‘ au bout de ces espèces de tubercules (fig. 5, 5°).
Longueur 0", 045.
Habite : le Mexique. Je l’ai trouvé à plusieurs reprises sur le plateau de Puebla. Un grand individu mâle a été pris sur les flancs du Pic d’Orizaba, mais d’autres individus proviennent du volcan de Tuxtla, d’un climat tempéré.
POLYDESMUS SUBTERRANEUS.
(Fig. 6, 7.)
Albidus, elongatus; carinæ valde distantes, breves ; segmentum præanale acuminatum, leviler apice curvatum ; port repugnalori segmentorum 5, 7, in tuberorum parte postica dispositi.
Saussure, Linnæa Entomologica. XIE, 1859, p. 323.
o”. Antennes longues. Corps allongé, grêle, à segments longuement séparés, lisses et luisants. Chaperon subéchancré. Front partagé par un sillon simple. Antennes longues et grosses, atteignant le quatrième segment. Segments 1, 2, subéchancrés postérieurement : le premier presque de la largeur du deuxième, ayant ses angles aigus et dirigés en arrière. Les trois suivants bordés d’un assez faible bourrelet ; ayant les carènes arrondies en avant, aiguës en arrière. Carènes des autres segments toutes bordées par des bourrelets;: arrondies en avant, aiguës et faiblement prolongées en arrière ; celles des derniers, l’étant beaucoup plus. — Ces carènes sont relevées latéralement et presque horizontales (fig. 6°). — Bourrelets marginaux qui portent les pores, placés vers l’angle postérieur des carènes et portant le pore à leur partie postérieure, même sur les segments 5 et 7 (tandis que chez la plupart des autres espèces, les pores de ces segments occupent plutôt le milieu du bord de la carène). Carènes du pénultième segment rudimentaires. Segment préanal convexe, triangulaire, terminé en pointe allongée, un peu recourbée en bas et subtronquée. Plaque sous-anale terminée par une petite pointe, ayant une forme ogivale. Dos des mâles plat, peu convexe, en sorte que, vues de profil, les carènes paraissent insérées au quart supérieur du corps (fig. 6°).
Couleur d’un blanc sale. — Vivant, ce Polydême est d’un beau blanc; souvent il offre des teintes brunâtres ou rosées.
l Sur la figure 5" les pores sont trop supères.
o Antennes plus faibles. Corps plus cylindrique. Carènes insérées plus bas, par suite de la plus grande convexité du dos (fig. 7°), et étant moins développées, tellement que les bourrelets qui portent les pores forment comme des tubercules, occupant la moitié postérieure du bord latéral des carènes (fig. 7. 7°). Ces bourrelets sont séparés de la moitié antérieure du bord par une échancrure insensible.
o". &. Longueur 0", 027; largeur presque 0", 004.
Observations relatives aux figures : Fig. 6. L'élargissement de la partie antérieure du corps est exagéré. Les carènes sont un peu trop larges, un‘peu trop longuement séparées ; les bourrelets et les pores sont un peu trop supères. Aux derniers segments l'angle postérieur des carènes n’est pas tout à fait assez prononcé. — Fig.7. Les segments sont un peu trop longs par rapport à leur largeur ; les pores sont un peu trop supères.
Les individus assez nombreux que nous avons étudiés, M. Humbert et moi, ne sont pas tous identiques. Les plus petits, qui sont évidemment des jeunes, n’offrent à l'endroit des organes copulateurs que deux tubercules arrondis. Leur corps ne se compose que de 19 segments et ils ne possèdent encore que 28 o”, 29 © paires de pattes. En avançant en âge, ces individus acquièrent un vingtième segment qui vient prendre place entre le dix-huitième et le dix-neuvième, et alors le dix-huitième prend aussi la double paire de pattes qui lui manquait.
En outre ces individus jeunes, quel que soit leur sexe, ont leurs carènes conformées comme celles des © adultes, et ce caractère est même exagéré, à tel point que les pores s'ouvrent à l’extrémité de tubercules saillants. ,
Quoique ce Myriapode vive dans une obscurité complète, l’organe lunuliforme qui se voit derrière chaque antenne n’est pas oblitéré chez lui, comme l’est en général l’œil des animaux qui habitent la profondeur des grottes. Il n’est du reste pas probable que cet organe appartienne au sens de la vue.
Habite : Vile de Cuba. J’ai trouvé ce Polydême dans Pintérieur de la grotte de Cotilla, à dix lieues de la Havane”.
Les grandes grottes de l’île de Cuba sont habitées par des milliers de chauvesouris {Phyllostoma jamaïcensis) qui tapissent les voûtes des salles de ces cavernes, souvent à une très-grande distance de leur entrée. Ces animaux se dirigent néanmoins facilement dans l’obscurité complète de ces lieux souterrains, grâce aux membranes dont leur nez est garni, et dont la finesse sensitive remplace chez eux le sens de la vue. Ces légions de chauve-souris sont si nombrenses que leurs excréments, en s’accumulant sur le sol, y forment une couche de guano dans laquelle on enfonce jusqu’à la cheville. C’est dans ce guano que le P. subterraneus vit par petites colonies. (Voyez l'introduction, p. 6.) On les voit aussi se mouvoir à la surface, mais
L Et je crois aussi dans celle de Matanzas.
toujours dans la partie profonde de la grotte. J’ignore si cette curieuse espèce habite aussi ailleurs que dans les lieux souterrains.
2° Carènes aliformes: pores supères.
POLYDESMUS CARNEUS.
(Fig. 15.)
Magnus, ruber vel roseus, dorso convetiusculo; carinæ magnæ, aliformes; segmentum prœæanale apice spiniforme, incurvum.
Saussure, Linnæa Entomologica. XIII, 1859, p. 324.
s’. Grand, à anneaux longuement séparés, à carènes fortement discontinues et à corps très-finement chagriné, point tuberculeux. Tête lisse et luisante; front partagé par un sillon assez profond. Chaperon échancré selon une ligne arquée, offrant dans cette échancrure trois dents obtuses.— Parallèlement au bord de l’échancrure on voit deux sillons profonds ; l’espace placé entre ces deux sillons forme un bourrelet arqué ; le bord proprement dit de l’échancrure est comme un rebord et ressemble à une lame sous-jacente. — Segments 1-4 du corps imbriqués , finement bordés, subéchancrés postérieurement et convexes, à carènes tombantes ; le premier moins large que le deuxième; ses lobes latéraux arrondis. Segments suivants allant en s’élargissant jusqu’au quatrième, puis diminuant insensiblement de largeur jusqu’au dernier; leur portion dorsale légèrement convexe. Carènes commençant à se relever au milieu du corps et finissant par devenir horizontales aux cinq ou six derniers anneaux. (Chez la femelle elles sont probablement plus tombantes.) Ces appendices sont bordés , aliformes, arrondis en avant, angulaires postérieurement, où ils se terminent par une pointe aiguë ou par une épine dirigée en dehors. Aux anneaux postérieurs et moyens les carènes sont subtriangulaires, ayant leurs bords antérieur et latéral confondus en un seul bord oblique et arqué. Bourrelets, supères, lisses et luisants ; ceux qui portent les pores, fortement élargis; leur moitié postérieure occupée par une fossette pyriforme, dont la pointe est dirigée en arrière. Pores regardant en arrière et s’ouvrant au milieu ou à l'extrémité antérieure de ces fossettes. Les anneaux dix-huitième et dix-neuvième ayant les épines terminales des carènes dirigées tout à fait en arrière; celles du dix-neuvième n’étant plus que deux dents spiniformes, qui portent les pores en dessus. Segment préanal terminé en forme d’épine arquée, regardant en bas, ayant la pointe comme brisée et précédée d’un petit étranglement circulaire. Plaque sous-anale terminée en pointe et offrant
de chaque côté de sa pointe un petit tubercule. Valves anales plissées, à bord interne * trés-saillant et portant un tubercule près du tiers antérieur de ce bord. Surface du corps finement chagrinée, même sur la portion cylindrique (ou étranglée) des anneaux ; les flancs étant aussi finement rugueux, et fortement plissés sous chaque carène : l'extrémité antérieure du corps plus lisse: la tête luisante: les bourrelets des carènes encore plus polis.
Couleur d’un rose mat (à cause de la sculpture), orné de mouchetures plus foncées sur la partie postérieure du corps, tant en dessus que sur les côtés ; bourrelets et lobes latéraux des premiers segments, brunâtres. Pattes roses, avec les deux premiers articles jaunâtres ‘.
Longueur 0", 082 : largeur 0", 014.
Habite : Le Brésil. Bahia.
La figure représente ce beau Polydême avec sa grandeur naturelle, mais il est évident que cette espèce atteint une taille considérablement supérieure, car l’individu qui a servi pour la figure et pour notre description ne possède encore que 19 segments, au lieu de 20, et ses organes copulateurs ne sont encore terminés que par des moignons arrondis. Cet individu est donc un jeune qui n’a pas atteint sa limite d’accroissement.
Observations relatives à la figure : Les pattes sont un peu trop longues; la bordure des carènes et les bourrelets sont trop larges.
Nota. — Le P. rubescens de Gervais, qui paraît avoir la même couleur que celui-ci, me semble en différer, car l’auteur dit que les anneaux du corps sont aplatis, mais non bombeés ; tandis que chez notre espèce le dos est un peu bombé. La taille de cette dernière est double de celle indiquée pour le P. rubescens.
ns
Sous-genre FONTARIA, Gray.
{Polydêmes gloméridiformes, Gerv.)
Corps large, ne formant pas un chapelel; dos convexe, en forme de toit arrondi. Portions carénifères des segments se touchant et s'imbriquant les unes sur les autres dans l’état de repos par suite du rapprochement des anneaux*; la moitié postérieure de chaque segment emboîlant et recouvrant la
1 Il ne faut pas accorder trop d'importance à ces couleurs, observées sur l’animal desséché. Vivant, l'animal est probablement d’un rose brunâtre.
? Lorsqu'on allonge violemment l’animal, la portion cylindrique des segments se découvre plus ou moins et les carènes cessent d’être continues. Le corps des Fontaria ressemble alors à
portion cylindrique du segment qui suit {ou pour le moins étant suscephble de le faire). Carènes larges et continues dans l'état de contraction du corps. Deuxième article des pattes épineux. (Fig. 11° et 11°.)
Le sous-genre Fontaria mériterait peut-être d'être érigé en genre séparé, car l’'épine du deuxième article des pattes est un caractère assez net pour permettre de le définir".
Dans ce groupe les carènes sont toujours grandes, larges, quoique de formes diverses; les bourrelets sont allongés, toujours supères, et les pores répugnatoires sont aussi supères par rapport aux bourrelets,
celui des espèces qui rentrent dans les sous-genres précédents. Il ne faut pas se laisser prendre à cette apparence trompeuse. Le caractère des Fontaria est de pouvoir faire suffisamment rentrer les anneaux les uns dans les autres pour que leur partie cylindrique se dérobe entièrement au regard, tandis que chez les autres Polydêmes, cette faculté de contraction et de rétractilité n’est pas poussée aussi loin. Il y a donc cette différence entre les Fontaria d'une part et les Polydèmes des autres sous-genres d’autre part, que les premiers peuvent, en se dilatant, prendre l’apparence des seconds, tandis que les seconds ne peuvent, en se contractant, prendre celle des premiers.
1 Je dois rabattre quelque chose de ce que j'ai dit dans ma note préliminaire (|. e., p. 319} au sujet des genres Fontaria et Stenonia. En effet, si j'ai dit que le premier me paraissait insoutenable, je voulais parler de ce genre tel qu'il a été défini par les auteurs. Envisagé de cette manière, il diffère beaucoup de notre sous-genre Fontaria. — M. J.-E. Gray s’est borné à figurer une Fontaria à corps très-large, sans donner aucune définition de son genre, et, comme l’a fait remarquer M. Gervais, M. Todd, en rendant compte de la classification adoptée par M. Gray (Cycloped. of Anat. a. Physiol. III, 546), ne l’a guère défini non plus, peut-être parce qu’il ne trouvait pas de limites entre les espèces à corps large, dont il formait le genre Fontaria, et le reste du genre Polydesmus. M. Gervais, sans toutefois accorder au groupe des Fontaria une valeur générique, l’a pris dans un sens non moins vague, et bien plus restreint que nous, en n’y faisant rentrer que les espèces à corps large et à carènes continues qui ressemblent intimement au type de M. Gray, mais sans y comprendre celles dont le corps est grêle (P. zapotecus) ou très-voûté (P. Montezumæ), ou très-large et voûté (P. dasy-pus). Le genre envisagé ainsi, ne saurait être admis, car il n'offre pas de limites tranchées et n’est pas définissable. Si donc le genre Fontaria peut être conservé, c’est seulement à condition de le transformer et de le définir comme je l'ai fait ici, en y faisant rentrer toutes les espèces chez qui le deuxième article des pattes est épineux. Mais, tout en changeant le sens du genre Fontaria de Gray, nous en conservons le nom, parce que la Fontaria figurée par cet auteur rentre dans notre sous-genre, et aussi pour ne pas compliquer inutilement la nomenclature. — Quant au genre Stenonia, voyez plus bas ce qui concerne ce groupe.
c’est-à-dire qu'ils s'ouvrent sur leur face externe et non sur la tranche de la carène.
Les mâles ont, en général, le corps un peu moins convexe que les femelles et le bord des carènes un peu plus relevé, surtout à la partie postérieure du corps.
Les espèces montrent une gradation sensible dans leurs formes, celles-ci devenant toujours moins allongées. Chez les types les plus grêles, les anneaux du milieu du corps sont souvent séparés par une portion cylindrique, et les carènes ne sont alors que subcontinues. Ces espèces forment une transition au groupe des Paradesmus. Le segment préanal ou vingtième est toujours triangulaire, conique et terminé en pointe. La convexité du corps est assez variable; les types extrêmes sont presque vermiformes, et alors l’épine du deuxième article des pattes est aussi très-petite. Dans l'appréciation de ces formes, 1l faut toujours prendre lanimal à l'état de repos, c’est-à-dire lorsque les segments sont aussi rapprochés qu'ils peuvent l'être. Si on dessèche le corps en lallongeant ou en négligeant de rapprocher les anneaux, il offre souvent un aspect anormal et trompeur qui pourrait faire placer à tort dans le sous-genre Paradesmus certaines espèces qui sont des Fontaria. (Voyez la note 2e de la page 305.) Quoiqu'il soit très-difficile de disposer avec ordre les Fontaria, on peut les arranger ainsi que suit":
I. Dos très-convexe, en forme de voûte, carènes tombantes (fig. 9°). 1° Corps assez grêle, assez vermiforme, carènes subaliformes Montezumre. 2 Corps plus large, carènes tronquées carrément (fig. 16° ©). fraternus o. MR tauns Lars. (for AO), es en Le limax.