‹ Essai d'une faune des Myriapodes du MexiqueChapitre 3 sur 22 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA MÉTHODE

Les Myriapodes en général sont des animaux dont l’étude devient vite très-laborieuse. Leurs espèces, infiniment voisines de caractères, se différencient par des nuances insensibles qu'il n’est pas impossible de saisir, mais dont la définition est une des difficultés les plus insurmontables de l’entomologie. Ces nuances sont si minimes qu’on réussit à

peine à les traduire par des dessins soigneux. Les caractères zoologiques sont bien plutôt relatifs que positifs, et cette circonstance rend toute détermination certaine impossible, sans la possession de la plupart des types, possession qui seule peut permettre une exacte comparaison des espèces entre elles.

Chez les Polydêmes ces inconvénients sont moins sensibles que chez les autres Myriapodes. Néanmoins cette famille ne laisse pas que d’être embarrassante, et l'étude de ses espèces a nécessité l'examen préalable de la valeur des caractères qui peuvent servir à les distinguer. En nous appliquant à cette étude, nous avons bien vite remarqué que la plupart des caractères signalés par les auteurs sont plutôt génériques que spécifiques et que leur utilité pour la détermination est à peu près nulle. Aussi l’on est étonné de voir combien peu d'espèces sont réellement reconnaissables d’après les travaux existants. Lorsqu'on ouvre un de ces ouvrages, on remarque, il est vrai, de grandes différences entre les descriptions des espèces successives; mais, pour celui qui possède la pratique des Myriapodes, ces différences ne sont pas réelles, car elles tiennent surtout à ce que, dans une description, l’auteur mentionne un caractère qu'il néglige de mentionner dans une autre. Ainsi, par exemple, chez l’une on parle de la disposition des pores répugnatoires ; on n’en parle pas chez une autre qui offre cependant la même disposition (puisqu'il s’agit d’un caractère générique). De là, dans les diagnoses, une diversité apparente qui n’existe pas dans la nature. Le procédé trop souvent employé, qui consiste à décrire les espèces d’une manière isolée, sans comparaison avec les autres, et à ne s’en tenir qu'aux seuls caractères qui sautent aux yeux, en d’autres termes, des descriptions faites au hasard, ne sont d'aucun usage utile. J’en pourrais dire autant des descriptions empreintes d’une trop grande concision, quoique bonnes en général, ce qui s’appliquerait principalement aux brèves diagnoses auxquelles Brandt a eu recours pour la distinction de bien des espèces qu’il serait facile de mieux caractériser. Je me suis donc appliqué à trouver avant tout la valeur des caractères et leur ordre de subordination. Cette étude est d’une grande utilité, comme on le verra dans

la suite de cet ouvrage. Les résultats auxquels m’a conduit l'examen approfondi des caractères se trouveront mentionnés en tête de chaque famille. Malheureusement je n’ai pu me livrer à cet examen que pour la famille des Polydesmides et pour celle des Julides; les autres groupes étant pas représentés dans ma collection par un nombre d’espèces capable de fournir des comparaisons suffisantes.

L’inconvénient qu’on rencontre dans la succession des espèces n’est pas moins sensible pour la succession des genres et des familles. A part quelques genres bien limités, comme celui des Polydesmus et celui des Julus, on est très-embarrassé de les définir et de les préciser, parce qu'il se trouve de l’un à l’autre des passages insensibles. On remarque certaines séries naturelles de genres dont les termes se nuancent d’une manière très-graduelle et rendent aussi difficile qu’artificiel leur groupement en familles, quoique les termes extrêmes de la série soient en réalité bien éloignés l’un de l’autre. Ainsi, par exemple, du genre Glomeris au genre Polydesmus la série n’est pas interrompue. Mais il faut néanmoins, pour arriver à une méthode, fractionner cette série de genres et l’arranger par petites familles. Il en résulte l'inconvénient, auquel du reste on ne saurait parer, qu’on fixe une limite là où il n’en existe pas dans la nature. En fait, on passe insensiblement d’une famille à une autre. Leurs termes extrêmes sont si rapprochés que le saut à faire entre deux familles n’est pas plus grand que celui qu’on fait généralement pour passer d’un genre à un autre.

Les mêmes inconvénients se retrouvent dans l'établissement des genres. Souvent il y a moins de distance d’un genre à l’autre qu’il n’y en a entre les termes extrêmes d’un seul et même genre.

Les difficultés résultant de ces faits seront facilement appréciées par les entomologistes à qui l'étude des Myriapodes est familière.

Page 1