JUL
Antennes composées de 7 articles, dont le dernier, très-petit. Yeux nombreux, agrégés, formant des mosaïques en arrière des antennes. Lames pédigères soudées et fixes.
Cette tribu ne comprend que le vaste groupe des Julus, mais, si l’on admet les nombreuses subdivisions dans lesquelles on l’a fractionné, elle se composera d’une série de genres assez nombreux’. Nous n'avons pas {rouvé ces genres assez nettement caractérisés pour pouvoir les appliquer ici, el d’ailleurs nos espèces peuvent se classer en sections peu nombreuses et faciles à saisir, qui nous ont semblé suffsamment commodes pour la détermination des espèces.
La plupart des remarques dont nous avons fait précéder la deseripüon de la famille des Polydesmides trouveraient naturellement leur place ici, si elles n'étaient déjà consignées plus haut.
Les Jules sont des animaux tous très-voisins pour les formes, et chez lesquels il est par conséquent facile de confondre les espèces. On ne saurait donc les décrire avec trop de précision, et, pour atteindre ce but, il est essentiel de bien distinguer les caractères purement spécifiques, de ceux qui sont plutôt génériques, ou qui, communs à plusieurs espèces, servent à établir des sections, plutôt qu’ils ne permettent de distinguer une espèce en particulier.
Il ne sera donc pas inutile de se rendre compte du degré de fixeté et de la valeur de chacun des caractères dont le corps de ces animaux est marqué, comme nous l’avons fait pour les Polydesmides. Malheureusement, comme tous les types que j'ai récoltés rentrent dans la tribu des Juliens, les observations qui suivent ne s'appliquent d’une manière directe qu'aux Myriapodes qui font partie de ce groupe.
l Spirostreptus, Spirobolus, Spiropœus, Spirocyclistus, Brandt. — Acanthiulus, Glyphiulus, Gerv. etc.
Les principaux caractères auxquels on peut s’atlacher pour larransement des Jules américains portent sur les points suivants :
1° La forme du corps est toujours la cylindrique, mais il existe des différences sensibles quant aux rapports de sa longueur à son épaisseur. Chez bien des espèces aussi on observe des renflements plus ou moins prononcés vers l'extrémité antérieure ou autour du 7: segment, tandis que chez d’autres il n’y a rien de semblable; l'extrémité postérieure aussi est tantôt comprimée, tantôt cylindrique.
20 Les antennes varient quant à leur longueur et quant à leur forme. Lorsqu’elles sont longues, leurs articles s’allongent et deviennent coniques ou cylindriques. Lorsque ces organes sont au contraire très-courts, ils s’élargissent, et deviennent comprimés; les articles sont alors trèscourts, souvent même plus larges que longs. Ce caractère est un des meilleurs qu’on puisse choisir pour létablissement des subdivisions destinées à fractionner le genre, car il correspond presque toujours à certaines modifications dans les formes générales. Ainsi, les antennes courtes et comprimées appartiennent aux Jules dont le corps est gros et relativement court, tandis que les antennes allongées et cylindriques concordent en général avec un corps très-allongé et très-grêle.
5° Le premier anneau du corps varie beaucoup :
a) 1 forme souvent une voûte complète; ses extrémités latérales se prolongent très-bas, quelquefois au delà de la partie ventrale de lanneau qui suit, et se terminent par une troncature carrée ou oblique; on y voit en général des plis divers. Cette forme se rencontre de préférence chez les espèces à antennes longues et à corps grêle (fig. 40°, 40°).
b) Chez d’autres, le Ler segment est raccourci sur les côtés et ne forme qu’une lame ou un arc-boutant qui est loin de s'étendre jusqu’au bas du corps; ses extrémités latérales sont très-larges, arrondies en demicercle, et laissent voir à découvert le contact entre la tête et le 2me segment (fig. 27°, 52°).
c) Enfin on observe une 5° forme, lorsque les côtés du premier
segment sont simultanément raccourcis et rétrécis, de manière à se
terminer en pointe (fig. 35°, 37°).— Ces deux dernières formes se voient surtout chez les Jules dont le corps est gros et dont les antennes sont comprimées et courtes.
4 Le deuxième segment du corps, et quelquefois les 2 ou 3 segments suivants, au lieu d’être cylindriques, forment vers le bas, de chaque côté, un pli qui rend leur face inférieure concave et donne lieu de chaque côté à une crête, souvent même, lorsqu'il s’exagère, à une apophyse dirigée en bas (fig. 55”, f/.
5° La forme de l'extrémité anale du corps est tantôt atténuée et comprimée, tantôt lerminée brusquement par une calotte hémisphérique.
6° La forme du segment préanal est assez variable et peut fournir des caractères excellents à figurer, mais difficiles à définir par le langage. Ce segment se termine tantôt par une pointe allongée, tantôt par un angle obtus ; il dépasse ou il est dépassé par les valves anales, etc.
7° La plaque sous-anale offre aussi un caractère appréciable, quoique moins net; on remarque chez certaines espèces, dont le corps est allongé, que cette plaque est fransversale, et cette forme se lie à lallongement du corps.
Il nous reste encore à parler d’un caractère singulier qui s’observe aux pattes de certaines espèces et qui, par son importance, devrait figurer parmi les premiers, mais que nous n’avons pas étudié suffisamment pour le bien connaître. Chez la grande mayorité des espèces, les pattes sont simples et à peu près identiques, si ce n’est qu’elles ont une longueur plus ou moins grande chez les diverses espèces. Mais, chez certains Jules, le dernier article est garni en dessous d’une longue pelote ou semelle, dont l'usage n’est pas connu. Nous soupçonnons que ce caractère n’est propre qu'au sexe mâle, car nous ne lavons observé chez aucune femelle. Néanmoins il est d’une grande importance et doit servir à caractériser une section. —Il est à noter qu’on connaît des Jules dont les pattes sont garnies de pelotes à plus d’un article, ce qui donnera lieu à des subdivisions.
Tel est l’ensemble des caractères utiles que j'ai observés chez les Jules
DES MYRIAPODES DU MEXIQUE. 91 décrits dans ce mémoire". Quant à la sculpture du test, elle est
ou nulle ou impossible à définir. Les stries qui se voient sur ses faces latéro-inférieures sont presque les mêmes chez la plupart des espèces et varient surtout du plus au moins. On peut en dire autant de la forme du chaperon, des valves et souvent aussi de la plaque sousanale. La couleur des animaux vivants est presque invariablement le noirâtre, mais, en se desséchant, le corps devient en général testacé, ou jaunâtre, ou verdâtre, ou annelé de rose, de gris, de brun, de fauve, etc.— Toutes ces apparences sont anomales, accidentelle, et elles varient à l’infini selon les individus. Il est donc inutile de parler de la couleur dans la description des espèces. |
Enfin le nombre des anneaux, et par conséquent aussi des paires de pattes, est très-variable chez la même espèce, et 1l ne saurait en être autrement, puisque ce nombre s'accroît avec l’âge de l’animal. Nous n'avons réussi, malgré le grand nombre d'individus que nous avons pu examiner, M. Humbert et moi, à déterminer ni le nombre probable des anneaux chez les adultes, ni même la raison normale entre le chiffre des pattes et celui des segments du corps. Ce caractère, tiré du nombre, n’est donc que d’une utilité secondaire dans l'étude des Jules. Nonseulement il est difficile de compter avec précision celui de lun et de l’autre de ces organes, mais encore, puisqu'il n’est pas fixe, il ne donne aucun indice pratique. I nous à paru hors de doute que ce nombre varie selon les individus, même chez les sujets complétement adultes et que, pour chaque espèce, il existe, non pas un chiffre absolu, | mais seulement une moyenne normale, dans le nombre des segments du corps.
Je n’ai pu trouver dans les yeux aucun caractère assez fixe pour être employé utilement, mais je suppose qu’une étude approfondie de ces organes pourra conduire à des conclusions utiles’; toutefois dans lé-
ll existe en outre plusieurs autres caractères utiles que l’on trouve chez d’autres espèces du genre Julus, mais dont la faune que nous traitons ne nous à pas fourni d'exemple. Tels sont les épines des valves anales, etc,
? C’est pourquoi j'ai jugé bon de figurer la plaque des yeux pour la plupart des espèces.
tat actuel de nos connaissances, l'apparence de ces organes, prise comme caractère, pourrait donner lieu à erreur, vu leur grande variabilité. En effet, le nombre des yeux, peut-être aussi leur arrangement et la forme des plaques qu'ils composent par leur réunion, changent avec lâge. Celle-ci est tantôt pyriforme, tantôt arrondie, tantôt subtriangulaire ou transversale. Mais souvent les plaques des deux côtés de la tête sont inégales par suite de l’inégalité du nombre de leurs éléments.
Nous ne savons pas au Juste quels sont les changements de forme que subissent les Jules durant le cours de leur développement. En général j'ai remarqué que les sujets très-jeunes avaient le 2e segment plus développé vers le bas que les adultes, et que le segment préanal était plus court. Mais ceci mérite confirmation, car il n’est pas possible de dire avec une parfaite certitude si les espèces examinées qui offrent quelques différences sont bien identiques, à moins de les avoir élevées sous ses yeux, ce qui ne peut se faire qu'en consacrant beaucoup de temps à cette étude dans le pays même où vivent les espèces.
GENRE JULUS, Linn., Brandt.
Mêmes caractères que pour la tribu des JuLIENS. Corps composé d’un grand nombre d’anneaux, en général striés en dessous, lisses en dessus. Pores répugnatoires placés sur les côtés du corps, au nombre de deux par segment (un de chaque côté); mais n’apparaissant que sur le Ge; les cinq premiers segments en étant dépourvus".
Chez les Jules les anneaux du corps ont une structure dont il est facile de se rendre compte par la seule inspection de sa surface. Chacun d'eux est partagé par un sillon circulaire, parallèle au bord postérieur et qui en fait tout le tour. Ce sillon qui, vu à la loupe ou au microscope, apparaît sous la forme d’une ligne plus claire, n’est autre que la suture par laquelle se réunissent les deux anneaux élémentaires,
! Souvent les premiers pores sont indistinets. — Chez les Jules, comme chez les Polydêmes, le segment préanal est dépourvu de pores répugnatoires.
porteurs chacun d’une paire de pattes, qui entrent dans la composition de chaque segment. Un second sillon circulaire, analogue au premier, se voit plus en avant; mais en général il est caché par l’emboitement du segment et souvent il est peu distinct. De chaque côté on peut en outre distinguer une ligne horizontale qui coupe les côtés de l'anneau dans le sens antéro-postérieur; celle-ci contourne souvent le pore répugnatoire, ou aboutit au petit sillon qui entoure cet orifice‘. Cette ligne bilatérale indique la suture entre l’arceau supérieur du segment et les lames latérales qui forment avec les lames pédigères l’arceau ventral.
Les organes copulateurs mâles, lorsqu'ils font saillie en dehors, apparaissent sous la forme d’une grande lame cornée trilobée, qui se compose d’un triangle corné médian supportant un lobe charnu médian et de deux lobes cornés latéraux fortement bosselés, qui se terminent par deux lanières charnues. A l’état de repos cette grande lame rentre entre le 6e et le 7° segment, et il ne paraît plus au dehors que la lame cornée triangulaire médiane et les deux lanières latérales.
Ces organes font saillie sous le 7e segment; ils sont précédés de sept paires de pattes (fig. 334) et remplacent les deux paires qui, chez les femelles, s’attachent au 7e segment. Chez ces dernières les organes copulatoires s'ouvrent sous le 2e segment; celui-ci est, à cause de cela, interrompu au milieu de sa face inférieure, et ses deux extrémités se terminent en pointe de chaque côté de l'interruption.
Sous-genre PELMATOJULUS*.
Tarses garnis en dessous d'une pelote ou semelle* (fig. 26°).
I Division. — Pattes ayant leurs trois derniers articles garnis de coussinets ou semelles.
1 Cette ligne, quoique distincte au microscope, est rarement creusée en sillon. Cela se voit cependant chez quelques espèces.
2 rénaux -œros, semelle, - Julus, Jule (Jule à sandales).
3 Chez les mâles du moins.
Exemple : Julus vittatus, Newport, Ann. a. Mag. of Nat. Hist. XIII, p. 369. — Gervais, Aptères. IV, p. 166, 74.
Ile Division. — Pattes ayant leurs deux pénultièmes articles garnis de coussinets ou semelles.
Exemple : Julus malabaricus, Gervais, Apières. IV, p. 164, 70.
Ile Division. — Pattes ayant leur sixième ou dernier article seul muni d’un coussinet. (Antennes très-courles, comprimées, à articles ramassés ; le 7e rudimentaire.)
JULUS INSIGNIS.
(Fig. 26, et suiv.)
Statura maxima; antenne brevissimæ, compressæ, articulo 2 maximo, 7° minimo; corpus cylindricum; segmentum 6" incrassatum el apice paulum compressum; segmenta 2-6 sublus truncata, concava; primum in lateribus angulatum ; segmentum præanale angulatum , valvas anales vix superans; pedes subtus apice solea sulcala instructi.
Saussure, Linnæa Entomologica, XIII. 4859, p. 332.
d’. Très-grand ; ayant la portion du corps qui correspond au 6° anneau sensiblement plus renflée que le reste; en avant de celui-ci le corps se rétrécit jusqu'à la tête; en arrière il se rétrécit aussi pour former un cylindre régulier qui s’atténue insensiblement d’avant en arrière et qui finit par se terminer à l’anus d’une manière assez conique et comprimée (fig. 26"). Antennes très-comprimées, trés-courtes. Leur 2° article aussi long ou plus long que le 3° et le 4° pris ensemble ; articles 3-5 très-courts, moniliformes , rétrécis à leur base, plus larges que longs, allant en augmentant du 3° au 5° : le 6° grand, plus large que long, mais non rétréci à la base, comprimé ; le 7° rudimentaire, très-large, mal séparé du 6°. Articles 4-7 distinctement ponctués. Tête lisse, luisante, portant sur le front un petit sillon. Chaperon largement échancré, portant au bas un sillon qui correspond à l'angle de l’échancrure ; ses bords inférieurs, de chaque côté de l’échancrure, peu arqués. Yeux formant presque un trapèze, disposés sur 6 rangées transversales, un peu arquées et comptant les nombres d’éléments suivants, en cheminant de haut en bas : 10, 9, 8, 7, 5, 3. Premier arceau du corps (fig. 26?) très-convexe transversalement, plat dans le sens longitudinal, ayant ses deux bords entiers; terminé de chaque côté triangulairement par un angle étroit, mais arrondi, lisse et luisant,
portant des vestiges de rides obtuses et irrégulières. Deuxième segment dépassant très-peu le premier, tronqué assez carrément sur les côtés, ainsi que les deux suivants, mais ayant ses bords inférieurs plus arrondis. Sixième et 7° segments arrondis inférieurement. Ces deux segments, largement entrebaillés en dessous, pour donner issue aux organes copulateurs ; le 7° ayant son bord antérieur retroussé en bas. — Anneaux offrant tous un sillon circulaire distinct qui les partage en deux portions, mais ce sillon devenant très-indistinct dans la partie postérieure du corps. Les premiers segments offrant quelques rides vagues sur les portions latérales et inférieures des anneaux. Le reste du corps lisse et luisant. Segment préanal terminé par une apophyse dirigée un peu en bas, qui dépasse à peine les valves (fig. 26”). Partie postérieure de ce segment, ridée transversalement et finement ruguleuse. Valves anales luisantes et lisses, terminées supérieurement par un angle très-obtus. Plaque sous-anale triangulaire. Pattes, comprimées, luisantes, terminées par une forte griffe surmontée d’un poil spiniforme ; leur 6° article garni en dessous d’une pelote plus ou moins concave qui offre des sillons en quinconce (fig. 261). Pores répugnatoires placés bien au-dessus du milieu de la hauteur des flancs, surtout à la partie postérieure du corps; ceux du sixième segment placés plus bas que les autres, mais toujours plus haut que le milieu de la hauteur des flancs.
Couleur, d’un fauve rosé ; les anneaux bordés postérieurement de brun ou d’olivâtre. Antennes et tarses en dessous, rougeûtres ‘.
Longueur 0", 130 ; largeur 0", 013 ; id. au 6° anneau du corps 0", 015.
Corps composé de 54 segments* et portant 99 paires de pattes.
Habite : La République Argentine.
Nous possédons deux individus desséchés de cetle belle espèce, mais un seul est en bon état de conservation.
Explication des figures : 26. Partie antérieure du corps du Julus insignis, de grandeur naturelle, pour montrer le renflement du corps autour du 6e segment. (Ce renflement est souvent plus fort.) — 26 b. La tête et les sept premiers segments vus de profil, pour montrer la forme de ces segments ; les anneaux 2-6 sont tronqués et concaves en dessous. (Le 2€ article des antennes est trop court; il est vu en raccourci.) — 26 n. Extrémité postérieure du corps. (Elle pourraît être un peu plus comprimée.) — 26 c. Une patte vue de profil, grossie, pour montrer la pelote ou semelle du 6€ article, ainsi que le poil qui surmonte la griffe. — 26 d. Les deux derniers articles d’une patte, plus fortement
grossis et vus par dessous, pour montrer les plis ou sillons de la pelote et les deux poils spiniformes du bout de l’article.
l Vivant, l'animal est sans doute noirâtre.
? Sans compter la tête ni le segment anal (valves anales). — Chez tous les Jules qui suivent, le nombre des segments est compté de la même manière.
Sous-genre JULUS'. , (Jules proprement dits.)
Tarses nus, n’offrant aucune pelote à leur face inférieure.
Tous les Jules qui suivent ont leurs valves anales et leur plaque sous-anale dépourvues de dentelures ou d’apophyses, par conséquent aucun d'eux ne rentrerait dans les divisions des Odontopyqus ou des Uncifer de Brandt.
Nous les classons en quatre divisions, basées principalement sur la forme des antennes et du premier segment du corps.