‹ Essai d'une histoire de l'obstétricie (volume 2)Chapitre 11 sur 32 · Préseyitation en double de · texte numérisé non relu

Préseyitation en double de

la tète arec un ou deux pieds. Saisir la tête, repousser les pieds.

i3, 5. Présentation en double du corps plié en arrière, chercher à engager la tête ou les pieds, prendre ce qui est le plus près.

XIV. Si in direxum jjcet-.. ut in XII.QuascLimque partes in proximas ad criticium habuerit, teneat et adducat.

i3. Présent.ttion transversale (voy. plus haut tig. 3, p. 14^

XV. Et si plurcs ah uno fiie- 14. Jumeaux : {a] se présentant

rint. Immissa'manu obstetrixom- par les pieds, ^lème précepte, nés in sinum vulvœ repellat, et sic singillatim ejciendi sunt.

DEPUIS LE LIVRE d'eUCHARIUS ROESSLIN JUSQU'a AMBROISE PARÉ 2 1

1 5. Jtnnejtix : {h) se présentant i6. Jumeaux : (c) présentant par la tête, les faire sortir l'un l'un par la tète, Vautre par les après l'autre. pieds. Aider d'abord la sortie du

premier, ne pas abandonner le

second et éviter toute contusion.

On voit que les figures qui accompagnent la traduction de Soranus, dans le manuscrit du XIII" siècle, sont identiques à celles de Roksslin.

De la comparaison que nous venons de faire de ces deux séries de préceptes nait naturellement cette question :

Quelle est l'origine des doctrines obstétricales de Roesslin?

Il peut paraître superllu de rechercher les origines des doctrines d'un auteur, quand lui-même s'est donné la peine de les indiquer. Dans sa préface, RoEssLiv indique qu'il a mis à profit positivement « Hippocrate,

GaLIEN, RhAZES, AviCENNE, AvERRHOES, AlBUMERON, AvENZOAReld'^M-

îres qu'il n'est pas nécessaire de nommer », etc. Il est urgent ici de faire une distinction entre les interventions de l'art qui peuvent avoir pour efi'et de sauver à la fois l'enfant et la mère, et celles qui n'ont pour effet que d'extraire un enfant mort, en pratiquant les opérations moyennant lesquelles il est mutilé.

Dans les premières, les arabes n'ont rien enseigné, ils ne se sont

occupés que de ces dernières, comme on a pu le voir, mais quel est celui qui a le premier enseigné l'opération obstétricale qui permet de sauver à la fois l'enfant et la mère ? Nous savons que c'est Soranus, que nous avons appelé le plus grand accoucheur de Vantiquité, mais comment les doctrines d'un auteur dont les écrits sont restés perdus jusqu'à la fin du premier tiers de ce siècle ont-elles pu arriver jusqu'à

ROESSLIN ?

C'est ce que nous croyons ne pas pouvoir dire.

L'origine soranienne de ces préceptes ne peut être méconnue un instant ; mêmes divisions des présentations vicieuses, mêmes préceptes pour y porter secours, mêmes figures schématiques, pour les représenter. La version podalique, dont parle Paré en i 55o, trente-sept ans après la publication du livre de Roesslin, est représentée par lui comme une opération usuelle ; et, à cette époque, le manuscrit de Moschion n'avait pas encore été trouvé par Gesner dans la Bibliothèque d'Augsbourg, donc aucun écho appréciable ne semblait avoir retenti.

Dans cette occurrence, on est presque forcé d'admettre que la tradition avait conservé certaines pratiques, qui n'avaient pas trouvé place dans les livres; on a vu, par ce qui a été exposé, comment ceuxci ont dû avoir été composés par leurs auteurs qui étaient restés étrangers à la véritable pratique de l'art.

Les recherches dans les bibliothèques pourront peut-être lever le voile qui couvre ce mystère, jusqu'ici on en est réduit aux conjectures. (F.-J. H.)

et

Le cinquième chapitre indique les moyens d'exciter le travail de le rendre plus facile, ce sont des onctions, des fumigations des parties génitales au moyen de la fiente de pigeons ou de milan, avec un grand choix de moyens pareils.

Le sixième chapitre est consacré à la délivrance artificielle, si le placenta ne sort pas spontanément peu de temps après la naissance de l'enfant. L^auteur redoute plusieurs inconvénients par suite de la rétention du délivre^ et il insiste sur la nécessité de l'enlever au plus tôt ; suit l'indication d'une foule de moyens internes et externes. Si le placenta est adhérent, il sera détaché avec précaution, et quand on en fera l'extraction, on aura la plus grande attention pour ne pas causer une chute de la matrice. RoEssLiN fait remarquer que des portions de placenta restées en arrière pouiront se dissoudre. Le septième chapitre traite de di-

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vers accidents qui peuvent survenir pendant et après l'accouchement. Une foule de moyens de toute sorte sont indiqués, ils sont empruntés au plus grossier empirisme.

Le huitième chapit?'e traite très longuement de l'avortement et de ses causes, d'après Hippocrate et Avicenne ; le traitement est basé sur l'idée qu^on se fait de l'étiologie, et on trouve aussi l'indication de moyens pour éviter l'accouchement prématuré. Dans le neuvième chapitre, Fauteur parle de la mort de l'enfant dans Tutérus, des signes qui l'indiquent, et donne les règles pour en faire l'extraction. Ce chapitre permet de porter un jugement sur l'état de la médecine opératoire obstétricale de cette époque, attendu que les procédés d'alors, pour accoucher une femme, sont exposés avec développement. Si les médicaments administrés pour activer l'énergie des contractions, et opérer Texpulsion de Tenfant mort ne réussissent pas, on fera usage des crochets et des pinces ; si la tête se présente, les premiers seront implantés dans les orbites, dans la bouche, sur le cou ou l'épaule; si l'enfant se présente par les pieds, ils seront appliqués dans la région génitale de l'enfant, et on fera les tractions avec de grandes précautions. S'il y a prolapsus d'un bras, on l'enveloppera d'un linge pour faire des tractions, et on fera l'amputation du bras dans l'articulation de l'épaule, on agira de môme sur les extrémités inférieures, si les tractions exercées sur elles n^ont pas pour effet de faire suivre le tronc, on les amputera à leur insertion au tronc. Les instruments recommandés sont : des ciseaux, des pinces en fer, et des crochets, moyennant lesquels, on pourra <i les séparer ou lescouper rapidement, exactement et aisément». Si la tête fait résistance, si elle est trop grosse, ou si elle renferme de l'eau, on rouvrira avec l'instrument qui sert à faire la saignée, ou avec un couteau bien tranchant, on brisera la tête, on l'écrasera, on la fendra, et on attirera les fragments avec des pinces, comme celles qui servent à faire rextraction des dents. Si le tronc ne suit pas, on conseille de le morceler. Si une femme enceinte meurt, et qu'on puisse espérer que l'enfant vive encore, on devra, après avoir maintenu ouverte la bouche de la femme

et les parties génitales, afin que l'air ait accès chez l'enfant, faire sur le ventre une incision longitudinale du côté gauche (ce qui permet d'éviter le foie situé à droite), pour extraire de suite l'enfant. A cette occasion Roesslin raconte que le premier empereur Jules Caesar a été appelé ainsi, puisqu'il a été extrait par une incision faite au ventre de sa mère (voy. T. I, § 38, obs II).

Dans le dixième chapitre l'auteur indique les soins à donner au nouveau-né, il répète les règles posées par Avicenne.

ht oniiàme chapitre s' occupe de l'allaitement, indique les règles nécessaires, le temps que doit durer la lactation, le choix d'une nourrice, les qualités que le lait doit avoir. L'allaitement des enfants par leurs mères est fortement recommandé. Le douzième chapitre contient une description des maladies des nouveau-nés et l'indication des remèdes pour les guérir.

Obs. — Pour l'exposé des doctrines obstétricales de Roesslin, nous avons fait usage de la première édition (i5i3), bien que la lecture de la traduction latine soit plus aisée et soit exactement conforme à Toriginal.

Nous sommes en mesure de combler quelques lacunes dans la bibliographie donnée par Siebold, de dissiper quelques doutes qu'il exprime, et de fournir quelques renseignements complémentaires.

Nous avons en main la première édition complète du livre, que nous devons à l'obligeance de notre vénéré maître M. le professeur Stoltz. Nous pouvonsdonc en donner une description exacte. Celle si minutieuse, que trace Siebold deces livres qu'il a eus entre les mains, comme l'astérisque l'indique, a dû avoir été faite d'après des exemplaires ne contenant pas le petit vocabulaire botanique à la tin duquel se trouve lenom de l'imprimeur et la date de l'impression. Le volume peut, sans ce vocabulaire, paraître complet, car à la fin du chapitre consacré au strabisme des enfants, qui est le dernier et qui termine la page, on lit: t und hiemit hat diss buchlein ein end » (c'est ainsi que se termine ce livre). Nous rétablissons donc la description de la première édition, le livre complet en main. Le titre du livre est celui-ci :

Dcr Swangeren.

Frauwcn und.

HebaÎTÎen Rosegarten.

Écriten4 lignes comme cela est indiqué ici. Ce titre est entouré d'une bande de bois gravée composée de quatre pièces, qui n'a point été faite pour ce livre, mais constituée par un assemblage d'ornements choisis dans le magasin de l'imprimeur; celui du haut représente une gerbe de plantes, ceux des deux côtés des attributs guerriers (dont celui de droite est même à l'envers), celui du bas, un peu plus large, représente quatre enfants, deux au milieu qui luttent, celui de gauche souffle dans une corne et les deux autres portent des petites girouettes au bout d'une tige.

Le privilège de l'empereur Maximilien qui est daté de Cologne du 22 septembre i5i2, est octroyé pour une durée de six années (c'est-àdire jusqu'à pareil jour i5i8).

Sur le 3« feuillet Euch. Roesslin présente son livre à la princesse de Saxe en belle toilette, accompagnée de deux dames d'honneur ; audessus de la tête de la Princesse se trouve un écusson avec son blason.

Suit la dédicace à la princesse, qui est datée de Worms le 22 février I 5i 3.

Disons de suite que le volume se termine par l'indication que l'impression en a été achevée à Strasbourg le dimanche de Lastare (4^ dim. de carême), donc en mars i5i3.

Le rapprochement de ces trois dates ne permet pas de douter que ce ne soit la première édition de ce livre. A la suite de la dédicace, se trouve la poésie dont il a été question plus haut, elle n'a pas moins de 160 vers, puis vient la préface de l'auteur.

Les trois premières lignes de chaque chapitre, plus courtes que les autres laissent un blanc pour y écrire (en rouge probablement) la première lettre du chapitre ; pour guider celui qui devait achever le volume, elle est marquée au centre de ce petit carré. Dix-huit figures sur bois représentent les divers modes de présentation du fœtus dans la matrice, une dix-neuvième représente une monstruosité, un fœtus divisée en haut en deux, réuni en bas, « qui a été observé dans le comté de Wurtemberg, il y a 7 ans ». Une petite gravure représente le fauteuil obstétrical en usage, et une grande gravure, qui occupe toute la page moins une hauteur de 5 lignes, représente une femme en travail, assistée d'une sage-femme assise devant elle sur une chaise basse, et soutenue par une aide placée derrière la parturiente. Cette gravure est placée au commencement du 4^ chapitre et est reproduite encore au commencement du 3".

La gravure qui représente Roesslin offrant son livre à la princesse est aussi reproduite une seconde fois au commencement du 12*= chapitre.

Le livre se termine par un vocabulaire latin-allemand des termes de

botanique employés, afin que les sages-femmes puissent se les procurer plus facilement dans les pharmacies. Sur la dernière page se trouve l'inscription suivante que nous reproduisons exactement.

Argentine Martinus Flach junior impressit

D ica letare Anno MCCCCCXIII. Cor-

rectore Joanne Adelpho physico, qui sin-

gula hec approbat atq. cômendat.

Cupiens in secretioribus ediù

partibus côservari atqu eu-

stodiri. Ne thésaurus m a-

lierù indigniscoicetur

etafî porcos marga-

rite spargerttur.

Le format du livre est in-4" ; pour l'indication des pages il ny a que la signature jusqu'à la lettre O inclusivement, avec un feuillet, ce qui fait un ensemble de 160 pages.

L'impression est très nette et fait honneur à la typogsaphie alsacienne, ainsi que les figures, qui sont bien dessinées et gravées avec l'habileté des artistes alsaciens de cette époque.

La planche qui représente Roesslin offrant son livre occupe toute la page, elle porte en bas et à gauche le monogramme du graveur, un M et un C entrelacés.

SiEBOLD qui a eu cette édition en main, dit que dans l'exemplaire qu'il avait examiné, le monogramme était un H. G. Dans le nôtre, c'était bien un M. C. ('e qui peut avoir causé l'erreur est la ligne intermédiaire entre les deux jambages verticaux de la lettre M. mais cette tige intermédiaire s'attache au haut des deux jambages, et fait une légère flexion en bas pour remonter au haut du second jambage, et nous n'avons pas vu la barre transversale à mi-hauteur caractéristique de la lettre H. La seconde lettre est manifestement un C. Il est fort possible que Siebold ait eu en main un exemplaire sali ou détérioré, sur lequel certains détails ne se voyaient plus bien; en tout cas les deux exemplaires étaient incomplets, sans quoi, le lieu et la date de l'impression ne lui eussent pas échappé.

Nous n'avons pas vu d'exemplaire du tirage que Shcbold indique comme l'édition princeps, mais il ne diffère de la première édition que par le remplacement du titre cité plus haut, par une planche qui représente deux dames en costume allemand, l'une tenant sur son bras un enfant emmaillotté, l'autre tenant de la main droite une branche de rosier, donnant la main gauche à un enfant qui porte

également une rose. De toutes parts sortent des roses du parterre où ces dames se trouvent, la seconde planche représente Roesslin présentant son livre à la princesse, comme dans le précédent tirage, avec le monogramme M. G. en bas et à gauche ; ces deux, éditions sont identiques, celle-ci a été faite dans la limite du privilège, c'est-à-dire entre i5i3 et i5i8 par le même imprimeur, le succès delà première édition l'aura engagé à faire faire un titre nouveau ;

Martin Flach a publié en i322 une troisième édition.

Le privilège de l'empereur manque, naturellement, il était expiré. La planche de la dédicace représente Roesslin présentant son livre en audience solennelle, à la princesse qui est assise sur son trône entourée de ses dames de la cour et de ses courtisans. Siebold, qui a vu cette édition, dit que l'impression est mauvaise et les figures fatiguées.

11 a été publié à Augsbourg une nouvelle édition (la 4*=), en i52 8, in-4° par Heenz. Steyner, sans privilège de l'empereur, avec la dédicace de Roesslin à la princesse de Saxe.

Nous devons à l'obligeance de notre excellent confrère le DtZeyssolff de Strasbourg la communication d'un exemplaire très bien conservé d'une édition, qui est la 5^ en date, et la quatrième de Strasbourg, imprimée par Balthasard Beck (au Holtzmarckt, marché au bois), en 1529, in-4''. Le Frontispice, au-dessus duquel se trouve en deux lignes le titre de l'ouvrage, représente Roesslin offrant son livre en audience solennelle ; point de privilège, mais lettre dédicatoire avec les vers qui suivent. Les gravures nouvelles sont en contre-partie celles de la première édition, et le frontispice celui de la 3" de Flach, moins bien soignées comme dessin et gravure. Les grandes capitales sont imprimées, il manque trois chapitres dans les maladies des enfants, c'est indubitablement la réimpression de la 3*= édition de Flach.

Siebold dit que, dans l'étude qu'il a faite de Roesslin, il a suivi l'édition allemande « bien que la traduction latine soit plus facile h comprendre » ; une pareille réflexion étonnerait de la part d'un maître aussi versé dans la littérature que dans l'histoire, si le livre de Roesslin avait été écrit en langue allemande pure ; mais comme Roesslin l'avait écrit pour le peuple des bords du Rhin, il avait adopté le langage qui lui était le plus familier, et dont on trouve encore des traces dans quelques parties de l'Alsace, qu'un Saxon ou un Hanovrien comprendrait diilicilement. Dans la 4." édition de Strasbourg, nous avons déjà trouvé des changements d'expression qui inclinent vers l'allemand plus relevé, cette modification devait s'accentuer de plus en plus dans les éditions postérieures, à mesure que s'élargissait le cercle des lecteurs allemands auxquels il était destiné. Dans la dernière édition allemande de ce livre, qui est de 1608, le nom primitif de « Rosegarten est rem-

placé par celui de c HebamuicnbucJilein, livre des sages-femmes )i.

Ce n'est pas seulement le titre du livre qui allait être changé, mais encore le nom de l'auteur dans la traduction latine qui fut faite en i532. Le titre porte : De partu hominis et qucs circa ipsum accidunt. Libellus, D. Eucharu Rhodionis medici. Le nom allemand de Roesslin, qui veut dire « Petite rose », est hellénisé et transformé en Rhooion. Ceux qui n'ont pu avoir en main le livre original allemand ne se doutent pas de ces métamorphoses qui ont entraîné souvent des confusions; Smellie parlant de ce livre dans son introduction (p. 43, trad, fr.) dit : * En i 565 le D'" Raynalde publia sur les accouchements un livre qu'il avait traduit du latin en anglais, ayant pour titre De partu hominis : (en note) : l'auteur était Eucharius Rhouion dont le livre a été fort estimé en Allemagne; en i532, il fut traduit de l'original hollandais (sic) en latin, et en plusieurs langues », etc.

Comme la traduction latine du livre de Roesslin est la souche, l'édition princeps du livre répandu in foro externo, nous allons y jeter un coup d'œil, j'en dois la possession à l'amitié de M. le professeur Tarnier.

Le format est in-i6, nous avons vu le titre plus haut, au-dessous se trouve représenté un fœtus dans l'utérus, en présentation podalique, les jambes et les bras écartés. Au-dessous : Franc. Chri. Egen. (Francfort, Christianus EgenolphusI.). Au verso du titre se trouve la dédicace de l'imprimeur au fils de l'auteur du livre : « Eruditissimo viro D. Eu- CHARio Rhodioni mcdicinae licenciato peritiss. Medico Francofurtensi Christianus Egenolphus. S. D. », dans laquelle, en parlant de l'auteur du livre, on dit : « Cui bene sit in domino genitor, cujus in hac urbe tu et nomen refers et functionem », etc, A la fin du livre, où il n'y a pas de pagination mais de simples signatures, se trouve la date de l'impression : Francofurti, XIX octobris i532 ; au-dessous deux médaillons très bien gravés représentant de profil Arria Patidilla Antonini impcratoris mater et Domitia Paulina. Hadr. imp. mater. L'ouvrage contient les gravures sur bois usées représentant en diverses présentations fœtales, la monstruosité et le fauteuil obstétrical de l'édition de Flach de Strasbourg ; l'imprimeur n'aura pas eu de difficulté pour les obtenir, car il était parent du fils, suivant la teneur de la dédicace. L'impression est très nette en beaux caractères latins du commencement du XVI« siècle.

Outre les éditions allemandes dont nous avons parlé, Siebold mentionne, d'après Osiander, celles de i532, in-4°; 1544, i 582, in-8".

Editions latines , Paris, i538, in-B". * Francof., 1544, * i55i, i554. * i563, in-8". Osiander indique e.ncore une édition de Francfort, 1 534, in-S", une de Venise, i536, in-12.

Traductions françaises : Livre de divers travaux d' enfantements de

DEPUIS LE LIVRE D EUCHARIUS ROESSLIN JUSQU A AMBROISE PARE 2 g

femmes traduction du latin par P. Bienassis. Paris, i53ô, in-8", 1540, i563, 1577, in-i2 (voy. Haller. Bibliot. chir., I, p. 186).

Trad. hollandaise Amstel., i SSg, in-S" (Osiander). Trad. anglaise par Thom. Rayxald : The birth of Mankind. Lond., i565, citée i 564, in-40 (voy. Heisterii appar. libror. Helmst., 1760, in-S^, n° 3686, par Smellie. (F.-J. h.)

§ 4. — Jugement sur Eucharius Rôsslin.

Le mérite principal d'EucHARius Roesslin est d'avoir été le premier qui ait réuni en un livre spécial les doctrines de l'obstétricie, et d'avoir ainsi posé les fondements d'une étude spéciale qui ne pouvait devenir que fructueuse. Un simple coup d'œil permettait de mesurer l'étendue des services qu'elle était appelée à rendre à la pratique de l'art de guérir. Dépouillée ainsi par RoEssLiN de tout élément étranger elle cessait d'être une partie de la chirurgie, comme elle l'avait été entre les mains de ses prédécesseurs; Eucharius Roesslin a démontre que l'obstétricie n'aurait pas à souffrir de son affranchissement, de la rupture des liens qui l'avaient attachée à une science qui n'a ni le même but ni les mêmes moyens. D'autres, des hommes plus importants devaient modifier le fond de la science et sa forme; quant à la valeur des doctrines de Roesslin, nous n'avons que peu à ajouter à ce qui a été exposé; il n'a dit que des choses anciennes, connues depuis longtemps; nous ne relèverons toutefois qu'un fait : c'est la préférence qu'il a accordée, dans quelques circonstances, à ja version sur les pieds sur la version céphalique ; par elle, l'obstétricie devait entrer dans une voie meilleure, dans laquelle Celse (surtout Soranus) et d'autres étaient entrés, mais qui avait été abandonnée plus tard, surtout par les arabes. Roesslin ne parlait pas d'après sa propre expérience, mais d'après les autorités qu'il avait devant lui ; l'appréciation qu'il tait de la version sur les pieds montre qu'il avait prêté l'oreille aux avis de ceux auxquels depuis longtemps avaitapparu l'avantage pratique delà version podalique, et sa supérioritésurla version céphalique,

3o SIXIÈME ÉPOQUE

bien qu'ils n'aient été proclamés dans les écrits que bien longtemps après. Le grand nombre d'éditions du livre de Roesslin montre qu'il répondait à un besoin pressant. Après sa traduction latine ce livre passa dans toutes les langues de l'Europe et fut répandu dans tous les pays.

Obs. — Cette multiplication de ce livre, la durée si longue de la faveur dont il a joui, montrent que dans tous les pays on commençaità se préoccuper de l'obstétricie ; nous aurons à le démontrer dans la suite de cette histoire.

§ 5. — Jason a Pratis.

En Hollande parut, vers 1 524, un petit ouvrage, qui, divisé en trois parties, s'occupait d'obstétricie. Il ne s'appuie que sur des observations empruntées aux plus vieux auteurs, et Ton y trouve beaucoup de choses même étrangères à la médecine. L'auteur est un médecin du nom de Jason a Pratis (dans sa langue, Van de Meerschk, il vivait sur les bords du Zuydersée et mourut en i558). La première partie, qui a pour titre, ^' De iiteris » traite de la génération, du sens sexuel, de la formation du fœtus dans l'utérus, des monstruosités, de la ressemblance des enfants, etc., il s'égare dans des digressions souvent fort longues et ne donne que des choses anciennes et absolument sans utilité. Aussi peu intéressante est la deuxième partie : « De victu gravidis observando », une hygiène assaisonnée de toutes les bizarreries des arabes et renfermant les histoires les plus singulières. La troisième partie: « De pariente et départit » qui, suivant son titre, semblait pleine de promesses, ne renferme que fort peu de chose. L'avertissement qui se trouve dans le premier chapitre est adressé : <i Adhomines sanctulos y^ et dans lequeU'auteiir s'excuse de traiter des choses qui ne sont pas du domaine d'entretiens scientifiques, montre le mieux à quel point de vue l'auteur s'était placé. Des sentences fleuries qui accompagnent l'exposé de l'auteur doivent suppléer à son inexpérience dans les sujets qu'il traite, et où il admet tous

les moyens superstitieux pour provoquer l'accouchement, dont la pratique est abandonnée aux sages-femmes ; tout cela ne donne pas une haute idée des connaissances pratiques de l'auteur, ce qu'il dit de l'accouchement podalique est ce qui s'y trouve de meilleur, et encore Roesslin avait-il plus largement traité ce sujet. En général, le livre de Roesslin semble avoir provoqué la composition de celui-ci, qui reste bien au-dessous de la clarté et de la simplicité du modèle. 11 faut remarquer encore que Pratis recommande la situation sur les coudes et les genoux pendant l'accouchement chez les femmes grasses : « Ingenuapj'ociibiiisse, prœsertim pinguibus et obesis lit quadrupedum ritii pariant, commodiim censetur ».Tout le livre prouve que les soins de l'accouchement étaient abandonnés aux sages-femmes, aux médecins la prescription des médicaments. Il n'est pas étonnant que la k prœfractatemeritas et audacia » des premières soit blâmée. Le quatrième chapitre : « De paritura et officio obstetricantis » indique les soins à donner qui lie diffèrent en rien de ceux qui ont été exposés. Le dernier chapitre est consacré aux soins à donner aux nouveau-nés.

Obs. — La première édition de ce livre doit avoir paru à Anvers en 1524 (voy. Boerhaave-Haller meth. stud. Med., p. 383). La préface del'édition que nous avons en mains* AmsteL 1657, in-i2, est datée de cette année.

L'auteur a écrit encore :

* Liber de arcenda sterilitate et progignendis liberis. Antv., i53i, in-4°. * AmsteL, 1657, in- 12 (même valeur que le livre précédent).

* De tuenda sanitale, lib. guat., Antv., i338, in-40.

* De affectibus cerebri., Basil, 1549, in-8°. Le jugement que Sprengel porte sur ce livre (Gesch. Thl. 3, p. 33 i), concorde parfaitement avec ce que nous avons dit de la valeur des services rendus à l'obstétricie par Praiis. IIallkr représente cet écrivain comme a merum ex veteribus mythologum, absque ulla propria frugc ».

§ 6. — Liidovicus Bonaciolus.

Un autre ouvrage]aété publiéau commencement duXVI^siècle par LuDOVicus Bonaciolus, médecin qui vécut à Ferrare ; il ne renferme que des notions d'anatomie et de physiologie se rapportant à la génération, à la grossesse et à la naissance ; c^est une compilation des auteurs grecs anciens et arabes. Il n'est question que dans quelques passages des sages-femmes et des services qu'elles peuvent rendre. Le rôle des médecins se borne à prescrire des médicaments, dont une foule est indiquée par Bonaciolus et ses prédécesseurs. L'auteur mentionne des accouchements multiples, il ne rougit pas de raconter des histoires de 12, 22, 70 et même i5o enfants, qui auraient été mis au jour à la fois : toutefois, pour le dernier cas, on n'est pas loin de parler de vers intestinaux. On y trouve aussi des insanités astrologiques comme on en constatait alors, si bien qu'on peut affirmer que Bonaciolus n'a fait qu'une compilation indigeste^ où il a donné la préférence aux plus mauvais modèles.

Obs. — LuDov. BoNACciuoLi était professeur de médecine et de philosophie à Ferrare, et en même temps médecin de la fameuse Lucrèce Borgia, duchesse de Ferrare, voy. * Storia dclla letteratura italiana di Girol. Tiraboschi, t. VII, part. II, Modena, 1778, in-4°, p. 2g. Bonaciolus avait dédié son ouvrage à la duchesse, comme on peut s'en assurer par la préface qui se trouve en tête de la première édition, sin. loc. et ann. (nous ne le connaissons que par un manuscrit) : la copie a été faite à Copenhague, où est déposé l'original intitulé « Enneas muliebris ». C'est le nom que Bonaciolus avait donné à son livre dont l'impression doit être antérieure à i52i, puisque Iac. Bereng. LIarpus le mentionne, et y renvoie dans ses commentaires sur MoxDiNus. * Bonon., i52i, in-40, p. ccxvi, 6. Plus tard le Enneas muliebris a été imprimé avec le livre de Seve- RiNus PiNAEus de vir^initat. notis. sous le titre de : « De fœtusfurmationc, 8. Voy. plus loin § 54.

Les collections gynécologiques de C. Wolf, i566, et de Spach, i 597, ont reproduit cet écrit, voy. plus loin § 48 et suiv.

DEPUIS LE LIVRE d'eUCHARIUS ROESSLIN JUSQu'a AMBROISE PARÉ 3 3

I j. — Appréciation de Vobstétricie par les médecins de Li première moitié du XVI^ siècle.

Les progrès si faibles que l'obstétricie avait faits à cette époque sont surtout constatés par les livres des auteurs dalors. qui. dans leurs traités n'admettaient le traitement des accouchements difficiles, que pour ne pas être incomplets, répétant simplement ce que les anciens avaient dit, sans y faire la moindre addition. Ces vieilles autorités conservaient toujours plus de crédit que ce que les contemporains auraient pu dire d'après ce qu'ils avaient vu par eux-mêmes. L'opinion d'AÉxius ou de Paul d'Egike avait plus de crédit que la parole du médecin ou de la sage-femme s'appuyant sur son expérience. C'est ainsi que, dans les écrits du célèbre Léonard Fuchs (à la fin de sa carrière professeur à Tubingue où il mourut en 1 566), qui avait pris à tâche de combattre la médecine arabe, on trouve dans le plus important de ses livres « De medendis morbis », lib. III, ch. 64 dont le titre est : « de difficulté partus y, les choses exposées d'après des auteurs antérieurs : Philumenos et Paul d'Egine. Chez les enfants qui ne se présentent pas par la tête, il faut absolument l'engager, dans les accouchements difficiles on trouve indiqués une foule de médicaments et surtout la canelle.

Obs. — Voy. * Leonh. Fuchsii, Ciirandi Ratio. Basil., 1542, dans 0pp. omnib. Francof., 1604, p. III, et IV, p. 172.

Sur la vie de ce médecin célèbre, voy. : ' Oratio de vita et morte Leo.nhardi Fuchsii. habita a G. Hitzlero. Tubing. , i566. in-4''.

§ 8. — Nicolaus Rocheus.

C'est dans le même esprit que celui de Bonaciolus qu'est écrit le livre de Nie. Rocheus « De morbis mulierum ciirandis » ce n'est également qu'une compilation des grecs, des latins et des arabes. Le livre commence par l'anatomie des parties génitales de la

SIEBOLD-HERRCOTT. II — 3

femme, il traîtedela menstruation et de ses anomalies, de quelques maladies utérines, de la grossesse molaire, de la stérilité, de la conception, de la formation du fœtus, de l'avortement ; il parle de la grossesse et de quelques-uns de ses accidents, il traite aussi de l'accouchement difficile (ouaio/.ia) ; tout cela colligé dans Galien, Paul d'Egine et les Arabes. L'auteur admet ici deux présentations naturelles (glûckliche, heureuses) : présentations de la tête et des pieds; comme présentations anormales : celles du siège et celles des pieds incomplètes. La « Fariendi ratio » est en grande partie empruntée à Paul d'Egine, et commence par recommander la position sur les coudes et les genoux aux personnes grasses qui accouchent. Les moyens principaux consistent en onctions des parties génitales et en sternutatoires. Les opérations proprement dites, pour convertir en présentations du crâne les présentations anormales, et l'embryotomie, sont très écourtées, mais on trouve une foule de moyens pour faire accélérer le travail « Partus promoventia » . Dans le chapitre « de scciindinœ retentione » l'auteur se déclare partisan de la méthode opératoire. Nous voyonspar cet exposé, ce que les médecins d'alors s'appropriaient de ce qui était du domaine de la gynécologie ; les secours à donner aux parturientes restaient exclusivement entre les mains des sages-femmes, les médecins se bornaient à poser des indications, mais l'exécution de ce qui avait été conseillé rentrait dans les attributions des sages-femmes, ou, en cas extraordinaires, était réservé aux chirurgiens. Ceux-ci commençaient peu à peu à traiter de notre art dans des écrits spéciaux, et à préparer pour l'avenir d'importantes améliorations.

Obs. — L'écrit de Rocheus se trouve dans toutes les collections gynécologiques (voy. plus loin § 48) et il porte le titre de * De moi'bis mulierum curandis liber ^ partim ex veterum Grœcorum, Latinorum et Arabinn monumcntis, partim experientia propria confectus, avec Préface datée de Paris du 26 janvier 1 542. Halleu mentionne dans sa Bibl. Chiriirg.^ I, p. 192, l'édition de Paris de 1542, in-i 2, mais il ne l'a pas vue. D'après la Préface de 1 auteur, ce n'était qu'un fragment d'une œuvre plus considérable que Rocheus se proposait de publier.

DEPUIS LE LIVRE d'eUCHARIUS ROESSLIN JUSQU'a AMBROISE PARÉ 35

^ 9. — Wcilther Rcijff.

La première imitation du livre d'EucHARius Roesslin a pour auteur un chirurgien de Strasbourg, Walther Reiff, qui, en 1 545, publia un Nouveau Jardin des Roses (Rosengarten), qui se distingue à peine de celui de Roesslin; le livre est composé sur une plus grande échelle, mais il a peu gagné en valeur. Hippo- CRATE, Aristote, Pline, Paul d'Egine ont été mis à contribution, et sont cités partout comme les plus hautes autorités ; pour l'exposé de l'accouchement et, de son traitement, l'auteur a utilisé les doctrines de Roesslin, et il a reproduit ses figures (auxquelles il en a ajouté quelques nouvelles). Reiff commence son livre par l'exposé de divers cas et accidents, et il accorde à la stérilité une attention particulière, lui consacre un long chapitre, où se trouve un formidable amas de recettes ; suit la conception et la grossesse, où les signes du sexe de l'enfant, donnés d'après les plus anciens auteurs, ne peuvent manquer d'être reproduits. Un long chapitre est consacré aux môles, où l'on rencontre les idées les plus superstitieuses et les plus ineptes. Meilleur est le chapitre qui règle l'hygiène des femmes enceintes, et qui commence par ces paroles : « Les femmes enceintes doivent vivre dans la joie et les plaisirs qui charment la vie de l'homme ». Ce conseil est inspiré par un bon sentiment, mais il a besoin d'un commentaire sévère. Reiff dit aussi, ce qui a été observé plus tard, que des femmes ont avorté pour avoir subi l'odeur d'une lampe mal éteinte ou d'un fumeron de chandelle, et il ajoute : « Nous sommes bien faibles et débiles à noire origine ». L'exposé des causes de l'avoriemeni, et des précautions pour l'éviter, renferme peu de choses utiles, mais une foule de niaiseries superstitieuses; de même valeur est le chapitre des accidents qui arrivent aux femmes enceintes. L'obstétricie proprement dite ne contient rien de nouveau; les règles qui y sont données sont adressées aux sages-femmes. Dans les cas de nécessité, les sages-femmes devront avoir leurs propres

insirumentspourpratiquerl'embryotoniie. Siunefcmmeenceinte succombe, le ventre devra être ouvert, et jusqu'au moment où l'opération pourra être pratiquée, la " bouche » sera maintenue ouverte moyennant un instrument avis (dont on donne la figure), afin que l'air ait accès jusqu'à l'enfant, jusqu'à ce qu'on l'ait sorti de la matrice. » 11 est vraisemblable que c'est de l'orifice de la matrice qu'il est question (i), car, pour ce cas, Gordon avait recommandé de tenir béant l'orifice utérin (voy. notre Hist., t, 1, § 332), ce que Reiff avait traduit simplement par le mot « bouche » (Mund) (i). Nous apprenons en outre que, pour les villes, les sages-femmes étaient instruites par des médecins et des chirurgiens expérimentés : Ri:iFF réclame des « sages-femmes assermentées», ce qui est un indice de ce qui a dû se passer à la campagne. Il mentionne l'usage des pays français, où les femmes de qualité demandent qu'un médecin assiste la sage-femme dans l'accouchement. Quant aux moyens réels à employer dans l'accouchement difficile ou contre nature, dans des présentations vicieuses, il en est à peine question, seulement on dit que si, dans les présentations des pieds, l'enfant ne peut être repoussé assez pour que la version sur la tête puisse être pratiquée, la femme devra extraire Penfant par les pieds. A cet égard Reiff est bien en arrière de son prédécesseur Roesslin, qui a indiqué les moyens à employer pour chaque présentation spéciale. Reiff s'est contenté des figures qui Jes représentent, et il a formulé une règle unique en ces termes : « Dans les présentations anormales la sagefemme mettra l'enfant en bonne situation, et se rendra utile «, Les médicaments pour accélérer le travail et pour faire sortir le délivre, quand il est retenu, sont indiqués en foule, et c^est sur eux qu'on fonde les meilleures espérances. On trouve représentés encore quelques spéculums, des instruments à vis, de la forme la plus grossière, pour élargir les voies génitales dans les maladies utérines. On trouve aussi de longuesindications pour les soins

(i) En allemaid la confusion s'explique car Vorifice de la matrice est appelé la bouche de la matrice Mutter-mund. (F.-J. H.)

à donner aux femmes accouchées, aux nouveau-nés, et sur les maladies de la matrice et des seins ; ces indications terminent la première partie de l'ouvrage. La seconde est consacrée aux accidents et aux infirmités des enfants.

Ohs. — La première édition parut à Francfort s. M. chez Christian Egenolff en i545, sous le titre : « Frawen Rosengarten. Von vilfdltigcn sorglichen Ziifallen iind gebrechen de?' Miitter iind Kinder, &\c. (Jardin des Roses des femmes ; d'un grand nombre d'accidents et de maladies des mères et des enfants, etc.), par Gualtherum Reiff, à Frankfort, i545, une

* 2"- édition, ibid.. iSôg, in-8'^, avec une préface de Leoxhardls AcEsius appelé Sawer, medic. et philosoph. Nouvelle * Ed., i6o3, in-8^

Le nombre moins considérable des éditions de ce livre que celui des éditions du livre de Roesslin, même après 1545, démontre la préférence que les contemporains avaient accordée au livre plus simple et plus pratique de Roesslix, dégagé de toutes les insanités dont Reiff avait accompagné le sien. Reiff s'était appelé Rvff, Rivius, Riif, Riffus. et malgré le nombre de livres qu il a composés il n'est arrivé qu'à une considération médiocre, car il a copié effrontément des livres d''autres auteurs.

Son contemporain Conrad Gesner a laissé de lui dans sa

* Bibliotheca iiniversalis sive catologus omniun scj'iptorum lociipletissimus^ etc. Tigur., 1545, in-8°, p. 284, 6, un jugement très juste; Haller dans sa Bibliotheca chir., I, p. 190 dit ces paroles : « Rvff compilator et polygraphus malorum morum, et passim de civitate ejectus ». A propos de ces derniers mots Gesner dit : « Moguntias ni fallor, nunc agit, una atque altéra honestioribus Germaniœ civitatibus non dicam quas ob causas ejectus ». M. Jac. Thomasius dans son livre * Dissertatio philosoph. de plagio litterario def. J.-M. Reinelius, iôjS. Reçus. Suobac, 1692, in-4'', in access. p. 26, § 691, lui a imprimé au front la marque de son mérite : même dans son Rosengarten, il n'a pas fait mention de Euch. Roesslin, qu'il connaissait puisqu'il lui a emprunté ses figures.

Voy. aussi * Chr. Girtanner. Abh. iiber die venerische krankheit. (Traité de la maladie vénérienne), 2. i5, Goett, 1789, in-8'', p. TOI, où se trouvent aussi des preuves du plagiat de Reiff.

38 SIXIÈME KPOQUK

§ lo. — Jiicques Rueff.

Un troisième ouvrage pour les sages-femmes parut à Zurich en 1554, il a pour auteur Jac. Rukff, qui, dans son livre, sMntitule : « Bourgeois et lithotomiste (Steinschnyder) de la noble ville de Zurich ». Ce livre parut en même temps en latin, probablement pour le répandre plus facilement au dehors, comme l'auteur paraît le dire dans la préface de l'édition latine. Le livre de Rueff peut être regardé comme une nouvelle édition du livre d'EucH. Roesslin, dans laquelle l'auteur s'est efforcé d'apporter des améliorations dans la limite de ses forces.

Beaucoup de choses y sont exposées avec plus de clarté et de netteté, et il insiste sur celles qui sont réellement utiles, ce qui pour l'avenir allait avoir d'heureuses conséquences. Par contre, ne manquent pas, comme on pouvait s'y attendre à cette époque, les doctrines absurdes et superstitieuses; ce reproche s'adresse surtout aux explicationsphysiologiques de l'auteur, qui révèlent leur origine arabe. L'ouvrage est divisé en six livres. Le premier est consacré à la physiologie, Pauteur s'y occupe beaucoup de savoir comment les deux semences, celle de l'homme et celle de la femme, peuvent former l'embryon, il parle de l'œuf humain, des membranes du fœtus, de sa nutrition, de la formation des viscères nobles. Partout ce n'est que la reproduction de vieilleries, mais exprimées dans une langue facile à comprendre. Les figures qui représentent des œufs humains sont purement fantaisistes et n'ont aucune valeur. Le deuxième livre expose l'anatomie de la matrice, il est accompagné de figures explicatives qui sont très fautives, et qui ne peuvent donner à celui qui ne sait pas, que des idées fausses sur la structure de ces parties. (Comme Vksale contemporain de Rueff présente autrement les choses !)

• La situation de la matrice est représentée par Rueff absolument comme par ses prédécesseurs, on ne peut rien y voir qui

concorde avec ce qu'enseigne la nature. Il conserve encore la vieille idée de la le'thalité des enfants nés au 8^ mois, la cause en serait la faiblesse causée par la culbute au -" mois, et la nécessité, pour l'enfant, de se remettre de cette fatigue. La provocation de l'avortement par des sages-femmes, des baigneurs ou des médecins ignorants a dû avoir été très fréquente, à en juger par les avertissements que l'auteur s'est vu dans la nécessité d'exprimer pour les prévenir. D'excellents conseils hygiéniques donnés aux femmes enceintes terminent ce livre. Le troisième et le quatrième livres enseignent la pratique des accouchements et la conduite que les sages-femmes devront tenir. Dans le cinquième livre il est question de la grossesse molaire, RuEFpy donne aussi des détails sur des monstruosités, des naissances dites extraordinaires. Les figures Jointes au texte représentent les monstruosités les plus remarquables : des enfants avec des trompes d'éléphant, avec des pieds de cheval, avec des griffes d'oiseaux, etc., figures qu'on retrouve plus tard dans les oeuvres de Paré et dans celles de Licetus.

L'auteur examine très sérieusement si le diable peut avec une femme engendrer de pareils êtres, question qui était souvent posée à cette époque, et qui n'a que fort tard disparu des livres de médecine.

Le sixième livre traite longuement de la stérilité de l'homme et de la femme, et cette question est là peu féconde. Dans des éditions ultérieures se trouve un supplément consacré au traitement des maladiesdes nouveau-nés. et aux soins qu'il convient de leur donner.

Obs. — Jacques Rueff a vécu au milieu du XVI' siècle comme chirurgien ii Zurich. Son contemporain, compatriote et ami CoNR. Gesner l'appelle « vir in arte peritissimus ». Voy. Bibliotheca iiniversalis, elc.Tig., i545,in-fol., p. 36 1, 6. Les ouvrages de RuEEi- mentionnés par Gesner, démontrent chez lui une instruction très étendue, on y trouve des écrits sur l'astronomie, la politique et l'histoire, même une pièce de théâtre : entre autres un Guillaume Tell. Portal dit : « les auteurs ne sont pas d'accord sur sa profession » (Hist. de Panât., t. I, p. 5 1 1). Ce doute est parfaitement éclairci par ce que dit Gesner son compa-

triote, qu'il appelle « llrbis Tigurinit chirurgicus «. En fait de livres de médecine, nous possédons encore de Rueff : k* Libellus de Tiimoribus quibiisdain phlegmaticis non naturalibus. Tigur, i556, in-4°. D'après le frontispice qui orne l'édition de i58o de son livre des sages-femmes (voy. plus bas § 12), il ne vivait plus à cette époque.

§ II. — Doctrines pratiques de J. Rueff.

Les doctrines vraiment obstétricales que Rueff expose dans son ouvrage se trouvent dans le troisième et le quatrième livres, aussi l'auteur les recommande-t-il particulièrement aux sagesfemmes, dans la préface de sa première édition (i554). Dans le premier chapitre du troisième livre l'auteur expose la vieille doctrine qui attribue l'accouchement à l'action de l'enfant (voy. t. Ij § 3i3 de notre Histoire).

Les douleurs de l'accouchement ne sont pas autre chose; car « l'enfant fait des mouvements tumultueux et énergiques, se jette convulsivement d'un côté et de Pautre et vers la partie inférieure du corps de la mère, qu'il cherche à traverser, etc. », Comme accouchement régulier il n'y a que celui où l'enfant se présente par la tête, dont la figure est très mal représentée, ce qui est la meilleure preuve que les occasions d'observer l'accouchement ont complètement manqué à Rueff.

Le rôle des sages-femmes dans ces accouchements consiste à consoler les femmes et à prier pour elles; plus tard la parturiente est placée sur un fauteuil qui a un dossier solide, une découpure semi-lunaire dans le siège, et qui est garni de poignées. Une aide saisit la parturiente par derrière, fait des frictions et des pressions douces sur le bas du ventre pendant que l'enfant sort des parties génitales. Sur le ventre on fait des onctions avec de Thuile de lin blanche, de l'huile d'amandes douces, et de lagraisse de poules, etc. Aussitôt que l'enfant est près de sortir, la sage-femme devra introduire le doigt bien enduit de corps gras pour aider l'enfant à son passage « entr'ouvrir les parties, les disposer, sans

faire tort à l'enfant ou à la mère; quelle que soit la partie sur laquelle l'enfant appuie, en haut, en bas, ou de côté, qu'elle aide lestement l'enfant avec ses doigts, le dirige vers l'ouverture ou passage, de façon à ce qu"il suive la voie droite et bonne ». Puis on lie le cordon et on extrait le délivre sans retard.

Quand Paccouchemeni, où l'enfant se présente par la tête est difficile, l'auteur ne connaît rien autre chose que des médicaments qui accélèrent le travail, et qui sont indiqués en grand nombre. Les causes des troubles de la délivrance sont assez bien indiquées, le traitement se borne, dans la plupart des cas, à prescrire des médicaments expulsifs. Ce n'est que quand il v a adhérence du placenta à la matrice qu'on conseille de le détacher artificiellement.

Enfin on trouve indiqué de quelle manière la sage-femme aura à se conduire quand il y a étroitesse de la matrice, et il est certain que quelques obstacles qui dépendent du bassin sont attribués à l'étroitesse utérine. La sage-femme devra, dans ces cas. dilater les parties avec ses doigts : si cela ne réussit pas, on indique d'autres médicaments qui excitent les contractions, on prescrit des fumigations, on applique des emplâtres sur le ventre, on introduit des pessaires, et si tout cela n'aide pas. la sagefemme, fera usage de ses instruments ; de vis dilatatrices, d'écarteurs, de pinces. L'auteur donne le dessin de ces instruments dont deux, très lourds ettrès grossiers, sont destinés à dilater les parties; et si l'enfant ne peut naître à cause de son volume, la sage-femme fera usage d'une pince à bec de canard pour le saisir et l'attirer. Cet instrument est denté à son extrémité, et l'auteur dit lui-même qu'il ressemble à celui dont se servent les tondeurs pour casser les dents, une pince mousse et une pince dentée sont représentées. A la fin du livre on trouve mentionné le thrombus des parties génitales et le traitement qui lui convient.

Obs. — La représentation et la description de ces pinces ont fait penser à Crantz de Vienne (ij5j) que Rlekk pouvait être regardé comme l'inventeur du forceps ; d'autres ont adopté cette

idée, bien à tort, comme une inspection même superficielle pourrait le démontrer ; il est dit expressément que ces instruments ne doivent être appliqués que sur des enfants morts. Voy. : * H. N. Crantz, De re instrnmentaria in arte obstetricia. Norimb., 1757. in-4°, p. 14. Voy. encore * i. C. J. von SiEBOLD, Geschichle der Erjîndiing der Zange^ i" 248 (Histoire de la découverte du forceps) dans : Abhild. ans dem Gesamtgebiete der Gebiirtshiilfc, ncbst Erklàrung derselben (figures se rapportant à toute l'obstétricie avec explic.) (* 2^ Ed. Berl., i835, in-8°, p. 243).

§ 12. — Jacques Rueff [suite).

Comme nous l'avons vu, le troisiènie livre de l'auteur parle des accouchements quand l'enfant se présente par la tête, le quatrième expose les accouchements dans les présentations vicieuses et parle de la naissance des monstres. En tout cela Rueff suit RoEssLiN dans les règles qu'il prescrit, il lui emprunte même ses figures qui représentent les accouchements, pour faire comprendre les règles qui sont données. L'auteur commence par l'accouchement par les pieds, dont il distingue deux espèces, la présentation podalique complète, et la présentation incomplète, dans la première, il recommande l'extraction par les pieds quand les bras seront étendus le long du tronc ; dans le second^ il recommande la version sur la tête, ce n'est que quand les enfants sont petits, et chez des pluripares qu'on peut préférer Textraction par les pieds. Si un seul pied seulement se présente, on devra préférer la version sur la tête, si on ne réussit pas à la faire, on dégagera l'autre pied, et on fera l'extraction. Le brasprolabé à côté de la tête sera repoussé. Dans les présentations du siège, du dos, de l'épaule ou du ventre, on fera la version sur la tête. Les accouchements gémellaires sont normaux quand les deux têtes se présentent. Si les enfants se présentent par les pieds, ils seront extraits successivement. Quand un des enfants se présente par la tête, l'autre par les pieds, on recommande pour ce dernier l'extraction par les pieds, si la présentation ne se change

DEPUIS LE LIVRE d'eUCHARIUS ROKSSLIN JUSQUE AMBROISE PARÉ 48

pas d'elle-même en présentation céphalique, ou si la sage-femme n'a pas réussi à modifier la présentation de l'enfant en le repoussant. Pour régulariser les contractions, on recommande partout des onctions sur le ventre et sur les parties génitales, ainsi que le changement de situation de la parturiente, etc.

Obs. — Du livre des sages-femmes de Rueff nous possédons les éditions suivantes :

* Em schoen liistig Trostbilchle von den empfangmissen iind gebiirten der menschen , iinnd jren vilfaltigen -ufàllen iind verhindet'îîissen mit vil iinnd manchcrlcy ben'àrtcr stiicken iind ar^neyen, aiich schoencn Jîguren, da7"ii dientstlich, :{u trost allen gebàrenden frowi'en, iind eigentlichen bericht der Hebammen^ erst hiïn'lich ^iisamcn gelàsen durcli Jacob Rueff Burger iind Steijischnyder der locblichen statt Zurych. Getruckt :[u Zïirych, bei Christoffel Froschouer, i5 54, in-4"', Mit Vorrede des vesfassers vom H. drei Koenigs-Tag, i554 (Livre de consolation beau et gai, sur les conceptions et les naissances de Phomme, etc.).

* Nouvelle édition, même titre, ifSq, in-4°.

Nouvelle édition avec un titre modifié : * Hebammenbuch daraus manalle Heimlichkcit dess weiblichen Geschlechts erlerjien, etc. Franckfort, i58o, in-4° (mit Vorrede des Buchhandlers SiGM. Feyerabendt. * /Z'fû?., i588, in-4'', * 1600, in-4° (Livre des sages-femmes 011 l'on peut apprendre les secrets du sexe féminin, etc.).

Trad. latin. * De conceptu et générât ione liominis, et iis qiiœ circa hccc potissimiim consyderantiir, libri sex congesti opéra Jac. Rueff, chirurgi Tigurini. Tigur, i554, in-4" (avec préface latine de l'auteur); avec un autre titre qui comprend les principales choses du livre. Francof., i58o, in-4° (sur le titre également : Opéra clarissimi Jac. Rueff chirurg. Tigurini, qiiondam congesti. * Réimpression sans changement, ibid. 1587, in-4^

D'après Hallkr (ouv. c, p. 207), éd. hollandaise de Mart. Evkrard. Amsterd., 1670, in-4".

Ce livre ne manque pas dans les collections gynécologiques de WoLF et Spaca, voy. plus loin | 48, et suiv.

^ i3. — Conclusions.

Bien que les efforts des médecins que nous venons de nommer n'aient enrichi la science d'aucune nouvelle découverte, il faut constater que l'obstétricie avait trouvé des hommes pour s'occuper d'elle exclusivement, que de cette façon Tattention des contemporains avait été éveillée sur une branche de la médecine qui, par son importance, méritait une étude plus exacte. Ce qui s'était fait dans son domaine, les auteurs Pavaient exposé d'une manière compréhensible, et éveillé chez les successeurs l'attention sur ce qui restait défectueux, et le désir de l'améliorer ou de l'agrandir. Il y avait toujours un obstacle à un développement plus complet : l'abandon de la pratique des accouchements exclusivement conHé aux mains des sages-femmes ; Rueff s'adressait à elles cela est vrai, mais la traduction laiine du livre quia paru en même temps que l'édition allemande (i554) faisait bien comprendre que ce livre n'avait pas été écrit seulement pour elles. Les accoucheurs (les chirurgiens qui pratiquaient aussi les accouchements) avaient à peine l'occasion d'apprendre ce qui dans les accouchements est le plus habituel, de là tant de vues erronées qui en sont la conséquence, et qui se propageaient par leurs écrits. Heureuse est la tendance qu'on trouve chez RoEssLiN et chez Rueff de remettre dans ses droits la version sur les pieds, d'avoir eu une parole favorable à cette opération, dont la réintroduction dans la pratique devait être d'un si grand avantage pour elle. S'il était réservé à l'obstétricie française d'introduire réellement dans la pratique la version sur les pieds, celle-ci trouvait en Allemagne le terrain préparé à la recevoir, par les hommes dont nous avons parlé.

Obs. — Il ne faut pas méconnaître les manœuvres manuelles indiquées par Rukff, pratiquées sur le ventre des femmes enceint.">s pour opérer la version sur la tête de l'enfant dans la matrice

(Lib. IV, c. II) comme premiers efforis d'une méthode reprise par WiGAND au XIX« siècle.

Ni plus loin, dans ce livre, les avantages de la présentation occipitale antérieure signalés pour la première fois. (F.-J. H,)

§ 14. — Influence des progrès de lanatomie sur les progrès des doctrines obstétricales.

La source de beaucoup d'erreurs, signale'es dans les écrits obstétricaux de cette époque, se trouve dans une connaissance insuffisante de la structure du corps humain; d'anciennes idées erronées s'éiaient transmises de génération en génération sans avoir pu être rectifiées par de récentes recherches. Ce n'est qu'après le réveil d'une nouvelle ardeur pour l'anatomie, au XVP siècle, qu'on parvint à améliorer l'état de la science. De brillants résultats furent obtenus dans ce domaine, ils ont eu sur toutes les branches de Part de guérir la plus heureuse influence, et l'obstétricie devait aussi en profiter. Ce qui n'avait pu être découvert sur le vivant fut trouvé dans les recherches cadavériques. A cet égard, l'histoire de l'obstétricie ne peut pas laisser inaperçus les progrès réalisés à l'amphithéâtre, car ils eurent pour elle la plus salutaire influence, en effet, les organes destinés par la nature à la reproduction de Tespèce purent être étudiés par les anatomistes, ainsi que les fonctions qu'ils accomplissent. Il est donc naturel d'exposer les découvertes anatomiques les plus importantes qui ont eu sur le développement de l'obstétricie une influence si grande et si bienfaisante.

Obs. — Les médecins de cette époque avaient déjà apprécié la haute utilité des connaissances anatomiques et démontré leur influence sur la médecine. On peut s'en assurer par ce que dit Fehnel Joh. d'Amiens (1485-1557) médecin de Henry II, roi de France: « Ut enim qui rerum gestarum memoriam repetunt, non illas recte possunt animo concipere, nisi prius locos et regiones quibus obtigerunt vel sensibus lustrarint, vel sibi quo-

dammodo ipsi cogitationc depinxerint : sic profecto si quoe cumque solet ars medendi tractarc percipienda sunt, necesse esthumanum corpus perspectum habere, in quo omnia contemplemur et quasi penitus animo cernamus. Itaque ut ad historia? lidein geograpiiia, sic ad rem medicam corporis iiumani descriptio pernoscenda ». * I. Fernelii, Universa medicina. Genev., 1679, ii^-foL, p. 34.

§ i5. — Berenger de Carpi.

Jacques Berengarius de Carpi, ainsi appelé du lieu de sa naissance « Carpi » (dans le duché de Modène), doit être regardé comme le restaurateur de l'anatomie. Il fut professeur à Bologne de i5o2 à I 527, et mourut à Ferrare en i 55o. Il disséqua un grand nombre de cadavres et il consigna ses observations dans deux ouvrages : dans ses Commentaires sur l'anatomie de Mundini et dans « Isagoge in anatomiam hum. corporis n. Le premier ouvrage est écrit en mauvais latin et fatigue par de longues digressions, toutefois il contient beaucoup de points lumineux et d'importantes vérités trouvées par lui dans la nature, qui pouvaient combattre d^anciens préjugés et des erreurs accréditées dans la science. Surtout importante pour l'obstétricie future est l'anatomie de la matrice qui se trouve dans les Commentaires de Mundini (p. ccvi b.) ; elle contient de longues recherches sur la formation deTembryon. Berenger enseigne que la matrice delà femme n'a qu'une seule cavité, et il combat la vieille doctrine qui faisait se développer les garçons à droite, les filles à gauche. A lui appartient d'avoir constaté que la cage thoracique est plus ample chez l'homme que chez la femme, que par contre, le bassin de celle-ci est plus spacieux que celui de l'homme. La situation de la matrice est nettement indiquée, et bien que Bicuenger, suivant l'habitude des anciens, compte le vagin avec son orifice comme faisant partie de la matrice ; il n'en décrit pas moins bien les diverses parties dont elle se compose, comme aussi Berenger parait avoir aussi comparé la partie vaginale du col à un museau

de tanche, comme Mvnm^i DE Luzzi (voy, I,^ i 34, oè^.). li raconte aussi dMieureuses extirpations de la matrice (ccxxv) et un cas d'opération césarienne sur une femme morte, (l'utérus malade s'était déchiré pendant le travail, et le fœtus avait pénétré dans la cavité abdominale, où il a été trouvé encore à moitié en vie). Il relate un cas de grossesse chez une enfant de 8 ans. et donne plusieurs exemples de puberté précoce dans les deux sexes (ccxxvii b. et ccxxviii), comme Gabr. de Zerbis (voy. t. I, § i33) l'avait fait avant lui; il indique une seule veine dans le cordon et montre comment la doctrine des quatre vaisseaux avait été introduite dans la science (cclxii). A la sortie de la tête des parties lors de l'accouchement, le visage de l'enfant est tourné en arrière.

Il nie l'existence du vagissement utérin ; ce qu'on a entendu doit être expliqué autrement (cclxv, b). Beaucoup de choses, quel'expérience personnelle n'avait pu lui apprendre, sont basées sur des communications de sages-femmes expérimentées. Au lieu de se guider sur elles et de suivre ces enseignements, il préférait pour ses explications recourir aux auteurs grecs (Aristote et Galien) et même aux Arabes, ce qui montre en quelle vénération on tenait ces modèles, quelle était la sainte horreurcontre toute amélioration, combien ces vieilleries étaient enracinées, et combien on craignait de les contredire, bien qu'on y eut été autorisé par de propres observations. Un extrait concis de ses études anatomiques, qu'il avait consignées dans ses commentaires, est contenu dans son « Isagoge » qu'il composa plus tard, voyez surtout le chapitre « de matrice non prœgnante » où l'on trouve quelques figures de la matrice, bien supérieures à celles qui avaient été données jusqu'alors,

Obs. — Sur Berenger, voy. * Bibliographiœ anatomicœ spécimen. Cura et studio Jac. Douglas, Londin., 1715, in-S*^, p. 46. * Por'ial Hist. de Fanât, et de la chirurgie, i. I, Paris, 1770, in-S", p. 271. * GiR. TiRABOscHi, ouv. c, p. 27. * Thom. Lauth. Hist. de l'anat., t. I, Strasb., 181 5, in-4'', p. 347.

Éditions de ses ouvrages :

* Carpi Commentaria ciun aniplissimis additionibus super

anatomiam Mundini iina cum lextu cjusdem in pristinum et veriim Jiitoî'em redacto. Bonon., i52i,in-4°.

* Isagogœ brèves et exactissUnœ in anatomiam humani corpol'is, per illustrem Carpum in inclyto Bononiensis gymnasio ordinirium, chyrurgiœ professorem, éd. Henr. Seybold. Argent., i53o, in-S''. Haller mentionne des éditions plus anciennes (Bibl. anat., I. p. 169). Bonon., i522 et i523, in-j°, éditions postérieures de r/srt^o^e, p. ex. Argent., i533 et Venet., i535(voy. Douglas, ouv. c). Elles doivent toutes être rares. Lauth se plaint de n'en avoir pu consulter aucune.

§ 1 6. — Nicolas Massa.

Nicolas Massa, médecin et chirurgien à Venise, s'est acquis des mérites importants dans l'anatomie. Son introduction à l'anatomie, qui parut d'abord en i 536, contient maintes observations importantes qui montrent que l'auteur les avait faites sur le cadavre. Dans les chapitres « de dissectione uteri. vel matricis, sive vulvœ (39), la situation de la matrice est bien décrite. La structure musculaire de cet organe, si actif pendant l'accouchement, est notée comme il convient, et il combat des préjugés anciens par cette description meilleure. Peu à peu sont mieux examinés et appréciés les os du bassin, comme nous l'avons fait pressentir au commencement de ce paragraphe. Un homme, qui, ainsi qu'il le dit p. 43 de son livre, se livrait à la pratique des accouchements, devait bien traiter l'anatomie des parties qui y prennent une part, et qui est si importante pour l'accoucheur. Massa mourut dans un âge très avancé en 1564.

Obs. — Sur Massa, voy. Portal, ouv. c, p. 35o et Lauth, p. 35 I.

* NicoLAi Massae. Liber intruductorius, in quo quam plurimœ partes, actiones et iitilitates humani corporis mine primiim manifestantur : qiiœ a ceteris tam veteribus quam recentioribus hucusque prœtermissa fuerant. Venet. ex. othc. Stell.^l Iordani ZiLLETi, 1559, in-4°. Il paraît que dans cette édition le titre seul est nouveau, car à la lin du livre on trouve l'indication ; Venetiis in vico Sact. Moysi, etc. in aedib. Franx. Bindoni ac Maphei Pasini. soc. accuratissime impress. Mensi Novembris

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1 536. Les caractères et le mode d'impression appartiennent à la première moitié du XV!*^ siècle.

Nous possédons encore de Massa * Epistolœ médicinales et philosophicœ^ etc. Venet., i55o, in-4'' qui. en dehors d'un livre sans valeur sur la « superfœtation (25-126) ne renferme rien qui se rapporte à notre sujet.

§ 17. — Jacques Dubois Sylvius. Jean Gonthier d'Andernach.

Louables sont encore les efforts de deux hommes que nous devons nommer ici comme maitres de Vésale; ils ontexercé sur la direction de ses études anatomiques une notable influence : Jacques Dubois Sylvius et Jean Gonthier d'Andernach. Le premier né en 1478, mort en i555, avait étudié à Paris sous la direction de son frère Franc. Sylvius. Il admettait Hippo- CRATE et Galiex comme ses modèles, et déclara exceptionnels les faits que ses propres recherches lui avaient démontrés comme contraires aux opinions de ces grands hommes. Dans son « Isagoge in Hippocr. et Gai. physiologiœ partem anatomicam », le i3^ chapitre du 3*- livre traite de la matrice, et ses explications se rapportent aux doctrines d'HippocRAXE. Il amoindrit l'estime qu'on avait pour lui. par ses dispositions haineuseset ses injures, contre Vésale. inspirées par la jalousie.

Joseph Gonthier d'Andernach, né en 1487, commença par apprendre la langue grecque, à Louvain, puis il enseigna Tanatomie à Paris qu'il quitta quelque temps après comme protestant, pour se retirer à Metz, ensuite à Strasbourg, où il enseigna de nouveau la langue grecque, et où il mourut en 1 574. Ses Institiitiones anatomicœ sont en grande partie rédigées diaprés Galien, toutefois il ht des recherches personnelles et rectifia beaucoup de points (voy. Lib. I, p. 29, b). Inappréciables, par contre, sont les doctrines anatomiques contenues dans son grand ouvrage 'c De medicina veteri et nova., et surtout celles qui se trouvent dans les dial. IV cl V. Le dialogue IV contient une ostéologie assez complète, où les os du bassin sont très fidèlement repré-

5o SIXIÈME ÉPOQUE

sentes d'après nature. Gonthier dit que le coccyx se replie en arrière pendant l'accouchement, en raison de sa structure. (p. 114). Il rend attentif à l'inclinaison de l'os iliaque (p. 127). La différence entre le bassin de l'homme et celui de la femme, chez cette dernière modifié en vue de l'accouchement, est très bien représentée. Il montre aussi la différence entre le bassin de l'enfant et celui de Tadulte, et, attire l'attention sur la capacité de la cavité pelvienne, au point de vue de la grossesse.

Dans le dialogue V la matrice est bien décrite, il rend attentit à la direction droite, oblique et transversale des fibres, et il décrit la différence entre l'utérus de la femme et celui des animaux. En appréciant le grand ouvrage de Gonthier, il ne faut pas oublier qu'il appartient déjà à une époque postérieure, où il avait pu mettre à profit les découvertes des grands anatomistes de l'époque.

Obs. I. — * In HïPï>ocR\TisetGAhEi^iphysiologicepartumanatomicam isagoge a].KC. Sylvio 7'ei medicitice apud Parisios interprète regio conscripta, et in libres très distribiita. Ed. rec. Venet., i5 56, in-S**. Haller,ouv. c, mentionne encore d'autres éditions, entre autres de i555 à i56i. Cet ouvrage est appelé par Haller « Maturi senis opus ». Sur Sylvius, voy. les ouv. cit. de Portal, I, p. 362 et Lauth, 352, où se trouve l'indication de ses autres écrits. On les a publiés réunis : * Opéra medica, jam demum in sex partes digesta,castigatce et indicibus necessariis instructa. Adjuncta est ejiisdem vita et icon. opéra et studio Ren. Moreau Pariensis. Colon. Allobrog. ap. Jac. Chouet, i63o, in-S». Les Gynœc. (voy. plus bas § 48 et suiv.) contiennent des traités de Sylvius : « de mensibus mulierum » et « dehominis generatione » .

Obs. II. — * Institutionum anatomicarum secundum Galeni sententia)7i, ad candidates medicinœ libri quatuor per Joannem GuiNTERiUM Andernacum medicum ab Andr. Vesalio Bruxellensi auctiores et emendatiores rediti. Venet., i538, in-12, avec Préface de l'éditeur. Comme première édition Haller mentionne (Bibl. anat.^ p. 174) Paris, i538. On citeencore un certain nombre d'autres éditions.

* JoANNis Guintherii Axdernaci med. clarissimi de medicina veteri et nova tum cognoscenda twn /acienda coinmentarii duo. Basil., 1571, in-fol. voy. Portal et Lauth, ouv. c. et l'écrit plus ancien : Hérissant, Eloge historique de J. Gonthiek. Paris, 1765, in-8°.

Nous possédons encore de Guinther un* Commentariiis gynœcioriim, de gravidarum. parturientiumpiierperarum et infantium cura, mine prinnim e Schenkiana Bibliotheca in liicem editus^ etc. Op. et Stud. JoANN. Georg. Schenkii, à Graefenberg. Argent., 1606, in-8". Ce traité contient des règles d'hygiène pour les diverses périodes de la grossesse, il décrit longuement la couche (lit. fauteuil), donne aux sages-femmes des avis sur ce qu'elles ont à faire (onctions, frictions du ventre, etc.). Excellente est la règle suivante : « Qui assistunt parienti vultum ejus non inspiciant, ut quae pudore afficiuntur in partu, ut post illum, unde lit, ut minus acriter fœtum edere conetur «. D'autres règles ont trait à la rupture artificielle des membranes, au retard de la délivrance, à quelques maladies des femmes en couches et des nouveau-nés.

§ 18. — André Vésale.

Les travaux dus aux efforts des savants dont nous venons de nous occuper ont tous été éclipsés par ceux de Vésale, qui commencent à jeter sur les connaissances anatomiques de l'homme une brillante lumière, dont l'action bienfaisante se répand sur toutes les branches de la médecine. André Vésale né à Bruxelles, en i5i4, d'une famille médicale, fit ses premières études à Louvain sous Gonthier, et acquit là de solides connaissances dans les langues grecque, arabe et surtout latine, ce qui lui donna de grands avantages pour les descriptions anatomiques de son ouvrage célèbre. Il se livra, en outre., à l'étude de l'anatomie comparée, fit de nombreuses dissections d'animaux. Il se perfectionna à Paris, dans la médecine et l'anatomie, sous Svlvius, Gonthier (pour la seconde fois), et sous Fernel, qui furent ses maîtres. La grande prédilection de ceux-ci pour Galien le força à frayer sa voie lui-même et à s'appuyer exclusivement sur ses propres recherches cadavériques; il fut ainsi conduit à toutes ses vues nouvelles et à ses découvertes, qui ont donné à son nom un éclat universel qui devait éclairer, dans tous les temps, le domaine de Tanatomie. Dans sa vingt-troisième année il était professeur à Padoue, et il enseigna en même temps à Bologne et à Pise. Dans sa ving-huitième année il publia son Epitome libror.

de corp. human. fabrica (Basil., 1542). Un an après, il publia sa grande anatomie. Il fut médecin de l'empereur Charles V et de son fils Philippe II qui l'appela à la cour d'Espagne. De là il entreprit, à la suite d'un voeu, ou d'une fatigue causée parles dissipations de la cour, un pèlerinage en Palestine, il mourut à son retour (jeté par un naufrage) dans l'ile de Zanteen 1564, à l'âge de cinquante ans.

Obs. — Beaucoup d'indications sur sa vie se trouvent dans son livre de j-adice chinœ, voyez en outre : * Melch Adami vitœ medicorum gennanicoriim. Heidelb., 1620, in-S", p. 12g. * NicÉRON, Mémoires pour servir à V histoire des hommes illustres, t. V, Paris, 1728, in-S», p. i35. * Jac. Aug. Thuani historiarum sui temporis, t. Il, ann. 1564. Lond., 1733, in-S", lib. XXXVI, 16, p. 368. * Portal, t. I, 394, et * Lauth, p. 53o.

§ 19. — Anatomie de Vésale se rapportant à Vobstétricie.

Les conquêtes de Vésale étant très considérables dans le domaine entier de l'anatomie, et dans la description de tous les organes du corps, puisqu'il a rectifié les erreurs de Galien par ses propres recherches et découvertes, devaient, par les investigations qui se rapportaient à l'obstétricie, faire bientôt sentir leur heureuse influence, et produire de notables modifications. VÉSALEdécritle bassin de la femme plus exactementque sesdevanciers ; la forme spéciale des os qui le constituent, son rôle important dans la grossesse et l'accouchement, ne pouvaient échapper à la finesse de son coup d'œil. Il reconnut l'importance du sacrum, et donna ce nom à cet os, en raison de la part sérieuse qu'il prend à l'accouchement, ce qui contredit l'ancienne idée de l'écartement des os du bassin. Il décrit la différence qui existe entre le sacrum d'un enfant et celui de l'adulte, et il détaille avec la plus grande exactitude ses connexions avec le coccyx, les deux os iliaques (lib. I, c. XVIII), et les ligaments sacro-sciatiques, qui, du coccyx, s'étendent le long du sacrum. Le ch. XXIX, a de ossibus lateribus commissis » contient une description

DEPUIS LE LIVRE D EUCHARTUS ROESSLIN JUSQU A AMBROISE PARE 3o

exacte des trois os qui constituent l'os innominé de chaque côté. L'auteur a mêlé à ces descriptions des considérations historiques du plus haut intérêt. Il compare très justement ces os avec les omoplates. De la description de ces os est résulté le nom de <( pelvis » conservé jusqu'à nos jours : « Duo enim haec ossa simul cum sacro osse veluti pelvim quandam efformant, quœ intestina concinne sustinet, et vesicam, et in feminis uterum elegantissime comprehendit, ac demum eas quas amplectitur partes tuto munit. « Les moyens de jonction qui unissent ces os entre eux sont très bien décrits. Vésale démontre que ces dispositions sont absolument identiques chez l'homme et la femme, contrairement à quelques « medicis plebeiis » et il déclare encore une fois, de la manière la plus formelle, que pendant l'accouchement, il n'y a aucun fait anatomique qui pourrait permettre un écartement. Le cartilage interpubien est plus haut chez l'homme que chez la femme. Magistrale est la description de Touverture inférieure du bassin chez la femme ; c'est sa plus grande dimension, causée par l'écartement plus considérable des pubis et des ischions, et la propriété spéciale du coccyx, qui différencient essentiellement le bassin de la femme de celui de l'homme. « Hac itaque ratione, ajoute Vésale, natura fœtui excludendo prospexit ». C'est par le même motif que les os des hanches sont plus écartés chez la femme que chez l'homme; c^est ainsi que la matrice, distendue pendant la grossese, trouve Tespace nécessaire. Non moins importante est sa description de la matrice (lib. V, c. XV); sa situation, ses connexions avec les parties voisines sont indiquées avec beaucoup de précision. Les modihcations de l'utérus pendant la grossesse sont bien représentées. Il combat la vieille erreur qui plaçait les garçons à droite, les tilles à gauche, qui est convenablement réfutée. On voit avec quelle précision Vésale a décrit le col, dont il compare la forme à celle de la lettre majuscule grecque h. Conformément à la vérité, il décrit séparément la matrice d'une femme enceinte et celle d'une femme qui a déjà accouché. Il ajoute que la substance de l'utérus est modifiée pendant la grossesse, que

les vaisseaux sont développe's, et que le fond surtout s'agrandit, caries ovaires sMnsèrent alors à la moitié de sa hauteur. Vésale mentionne l'entre-croisement des fibres utérines qui sont obliques, droites et transversales. Intéressante est la comparaison que fait Vésale entre l'utérus des femmes et celle des femelles des animaux, d'où il résulte clairement que Galien n'avait Jamais examiné une matrice de femme ; il en prend occasion pour ^ détruire les idées fausses d'origine galénique qui s''étaient conservées Jusqu'alors. Le chapitre suivant : « De uteri acetabulis » donne occasion à Vésale d'éclairer ce sujet ei de déclarer fausses les idées de Galien. D'une importance moindre pour cette époque, mais toujours actuelle, est le chapitre « de involucris fœtus in utero » que Vésale termine avec beaucoup de franchise par ces paroles : « Nametsi fœtus involucrorum historiam mihi proponere, et in hac procul à Galieni aliorumque dissectionis professorum placitis dissentire integrum fuerit : quum tamen innumera circa fœtus formationem me dubium et ancipitem habeant, pleraque me prorsus ignorare lubens fateor, adeo, ut satius multo fore duxerim, universum de fœtus formatione et quœ huic proximae sunt disceptationibus, sermonem (qui non nisi prolixissimus esse posset) penitus hic omittere, illum que in alium locum, ac argumentum aliud reservare, si quid forte mihis in posterum ex consectionibus, accusatiori que ratiocinatione, tradi dignum occurreret. » Enfin doit aussi être mentionné ici le chap. XVIII « de mamilHs ». On trouve encore dans le livre de Vésale « De radice chinœ » quelques documents se rapportant à la description anatomique du bassin et de la matrice. Partout se révèle l'intention de Vésale de démontrer que Galien a commis beaucoup d'erreurs en voulant déduire l'anatomie de l'homme de celle des animaux, et combien est grande l'aberration de ceux qui s'appuient aveuglément, sur son autorité et persistent, pendant des siècles, dans leurs erreurs. Cet écrit renferme un grand nombre de passages intéressants où brillent les documents qu'il a recueillis dans ses nombreuses dissections.

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Obs. — Parmi les nombreuses éditions de la grande Anatomie de Vésale nous citerons :

* Andr.Vesalii Bruxellensis de Inimani corporis fabrica,llhn septem. Basil., 1343, in-fol.

* Ibid., i555, in-fol. et une 3* édit. Ibid., i563, in-fol.

Un an avant la première édition du précédent livre avait paru :

* A. Vesalii Brux. Suorum dehumani Corporis fabrica libromm epitome. Basil., 1542, in-fol.

* Colon. Agrippin., 1660, in-fol.

Pendant la dernière année de sa vie, on a encore imprimé :

* Anatomicarum Gabrielis Falloppii observatiomem Examen. Venet., 1564, in-4''.

Pour les autres éditions des œuvres anatomiques de Vésale, voy. ouv. G. de Douglas, p. Sj, et Haller, Bibl. anat., I, p. 180.

Pour les controverses entre Vésale et quelques contemporains à cause de priorités de découvertes, rectifications d'erreurs, etc. voy. Haller, ouv. c, p. i85.

L'écrit de Vésale sur la racine de quina, porte le titre suivant :

* A. Vesalii Bvux., Epistola, rationem modumque propijiandi radicis chynœ decocti, quo niiper invictiss^ Carolus V iisus est, pertractans : et prceter alla qiiœdam, epistolœ ciijiisdam ad Jac. Sylvium sententiam recensées, veritatis ac potissimum hiimanœ fabricœ studiosis perutilem : quum qui hactenus in illa nimium Galeno creditum sit, facile commonstret. Basil., 1546, in-fol.

§ 20. — C. Stephanus.

L'ouvrage d'un autre anatomîste, contemporain de Vésale, doit être mentionné ici, puisqu'il contient quelques chapitres qui se rapportent spécialement à l'obstétricie, et dans lesquels nous apprenons au moins quelque chose sur la pratique de l'art à cette époque, Carolus Stephanis, né à Paris en i5o3, avait, suivant la préface du livre « de dissectione partiiim corporis humani », commencé son impression en i 530, mais, par suite d'un long procès, il ne put l'achever qu^en i545. Ses doctrines anatomiques sont bien inférieures à celles de Vésale; partout il se montre partisan des anciens, et GALiENreste pour lui le suprême oracle. Ace point de vue, cet ouvrage a moins d'importance;

56 SIXIEME F.POQIÎE

mais le troisième livre débute par des chapitres exclusivement obstétricaux qui nous font voir que Stephanus a pratiqué luimême des opérations obstétricales. Le premier chapitre qui a pour titre : « Extrahendi fœtus vivi ratio maire demortua « contient une description complète, en réalité très bonne, du procédé opératoire de l'opération césarienne sur une femme enceinte morte, comme le titre Tindique. Il donne la préférence à la section latérale, et la divise en trois temps :

Ouverture des parois abdominales, du péritoine et de la matrice. Ces temps sont si bien décrits qu'ils peuvent servir de base aux règles de l'opération pratiquée sur le vivant, la comparaison avec les procédés actuels montre que rien d'essentiel n'a été omis. L'auteur raconte l'observation d'un cas où il a eu la chance d'amenerun enfant vivant.

Le second chapitre a pour titre : « Ratio extrahendi fœtus emortui, viva adhuc matre ». Il donne d'abord les signes de la mort du fœtus, et il apprend la manière de terminer avec la main l'accouchement quand la tête se présente, ou de pratiquer la version sur la tête quand l'enfant se présente par une autre partie, même par les pieds; si l'opération ne réussit pas, on devra pratiquer l'embryotomie. Ici encore l'auteur appelle l'attention sur des cas qu'il a traités lui-même, d'où il résulte que les préceptes qu'il formule sont le produit de son expérience ; toutefois ce chapitre est bien inférieur au premier, au point de vue pratique, par les manœuvres qu'il indique. Dans le troisième chapitre il examine : « Si duas fœtus gerat mater, quorum, alter vivus, altersit demortuus, uterque autemad exitum festinet, quid agenduni ». D'après l'instrumentation de cette époque, le conseil de Stephanus est excellent : « Atque hoc sit tibi maximum argumentum, non esse (ut quibusdam placuit) ferro tractandos foetus, in extractione : nihil enim manibus certius, nihil securius ac levius ». La condition où lui-même s'était trouvé alors, et, avec lui la plupart des accoucheurs, ou mieux les chirurgiens accoucheurs contemporains, est parfaitement caractérisée, par les paroles suivantes qui terminent ce chapitre : « Nihil est autcm quod

praeterea a nobis expostules rationem eorum quae ad medicamenia, vel exteriores posi fœtum moriuum applicationes pertinent : non enim est insiituti hoc loco nostri : tantum disseciionem ostendimus, pharmaca aut antidota nihil moramur. Nam, ajoute-t-il, ea omnia supponimus, prudentem et expertum chirurguni opiime callere debere». Les chapitres suivants s'étendent longuement sur les parties génitales de la femme mais ne renferment absolument rien qui soit digne détre noté.

Obs. — L'édition de Stephanus que nous avons sous les yeux est la suivante :

* De Dissectione partium corporis humani libri très, a Carolo Stkphanoe doctore meJico, e.liti. Una cumfigiiris. et incisiomim declarationibiis, a Steph. Riverio chirurgo compositis. Paris, ap.Sim. Colinaeum, 154.5, in-fol. Haller et Lauth mentionnent une édition française de 1546, in-fol.

On voit par le passage suivant, 3« livre, p. 259, en quelle vénération Stephanus avait Galien : « Si quid erit a Galeno venuste et eleganter expressum, facile hic vobis adferemus : ne quid prœter ejus opinionem descripsisse, temere videamur ».

§ 21. — Realdus Colombus.

Non moindres sont, pour les progrès de l'anatomie, les mérites de Realdus Columbus, né à Crémone. Il était élève de Vi. sale, et le remplaça dans ses fonctions pendant le voyage qu"il fit en Allemagne (à Bàle en Suisse), pour surveiller l'impression de ses œuvres d'anatomie. En 1 544, il lui succéda dans sa chaire d'anatomie à Padoue. Plus tard il vécut à Pise, d'où il fut appelé à Rome pour être le médecin du pape Paul IV. Il y mourut en 1559. L'ouvrage qu'il laissa « De re anatomica » est divisé en quinze livres, il renferme les fruits de son zèle assidu et de ses recherches sur les cadavres humains. On y trouve une quantité considérable de vues nouvelles, où ses prédécesseurs sont souvent cités. Dans le premier livre, qui traite « de ossibus », il combat (ch. 18, de sacro et coccyge osse) Topinion d'après laquelle le sacrum opérerait un mouvement de recul pendant l'accouche-

ment, pour faciliter le passage de Tenfant. La description du sacrum est excellente : son opinion sur son utilité, comme hase de tout le bassin, est très bien exposée, et la comparaison avec un « propugnaculum protuberans » est bien choisie. L'observation d'une connexion de Tos iliaque gauche avec le sacrum tellement solide « ut ne ferro quidem convelli posset », l'os iliaque droit n'existant pas, fait regretter que l'observation de cette anomalie n'ait pas été plus complète, peut-être aurait-elle été un document importantpour Naegele, qui a si admirablementdécrit le bassin oblique ovalaire. Le mouvement de flexion en arrière du coccyx est bien apprécié par l'auteur, qui dit : « quod non sine aliquo parturientium cruciatu contingit ». Le 28" chapitre est consacré à une bonne description de l'os iliaque, qui chez l'enfant se compose de trois os. Plus tard, unis et réunis aux autres os, ils présentent « pelvis imaginera ». L'auteur a com" battu par les raisons les plus solides l'écartement des os pubis pendant l'accouchement : « risu magis quam reprehensione dignam illorum sententiam esse, qui ossa hœc in partu laxari proferre non verentur». La différence entre le bassin dcThomme et celui de la femme est très bien indiquée par l'auteur, ainsi que la description de Tensemble des os du bassin qu'on peut regarder comme tout à fait remarquable.

Le 16'' chapitre du onzième livre (de visceribus) est consacré à la description des parties génitalesde la femme, et surtout à celle de la matrice. Golombus s'efforce de montrer combien est différent Tutérus de la femme de celui des animaux, que les anciens anatomistes avaient pris pour base de leurs descriptions. Très exacte est la description des divers faisceaux musculaires, de la situation et de la structure de l'orifice utérin, de celle du vagin qui porte toujours le nom de « cervixuteri ». Les parties génitales externes sont aussi très bien décrites dans toutes leurs dispositions, et très nette est la description du clitoris qui est faite pour la première fois avec cette précision. Le douzième livre traite « de formatione fœtus et de situ infantis in utero » ce qui regarde le premier point serait aujourd'hui fort insuffisant, quoi-

DEPUIS LE LIVRE D EUCHARIUS ROESSLIN JUSQU A AMBROISE PARE DQ

que l'auteur ait constaté maintes choses que ses prédécesseurs n'avaient pas vues ou n'avaient vues que très incomplètement. Il décrit le placenta avec beaucoup plus de précision que Vésale ne l'avait fait, lui, qui a représenté un placenta de chien au lieu d'un placenta humain. Excellent et vrai est ce que dit Colombus sur l'action et Putilité du liquide amniotique pendant Taccouchement. En général, ces chapitres montrent que Colombus s'était préoccupé bien plus que ses devanciers de ces questions, qui sont du domaine de l'obstétricie, soit qu'il ait puisé ses renseignements chez les sages-femmes, soit dans ses propres observations, en tant qu'elles avaient été possibles au sexe masculin, à cette époque. Dans le chapitre, où il est question de la situation du foetus dans la matrice, il dit qu'il a non seulement observé cette situation chez des enfants morts, mais qu'il avait extrait des enfants vivants, et qu'il était ainsi autorisé par ses propres observations à parler de la situation de Tenfant vivant dans Putérus, observée sur la nature elle-même. Il indique trois modes de présentation : ou bien la tête est en bas, c'est le cas le plus fréquent, ou elle est en haut, ce qui est rare, ou bien l'enfant est situé transversalement, ce qui est beaucoup plus rare. Tout ce que les auteurs ont dit de la culbute de l'enfant dans la matrice « simiarum instar, seu funambulorumetmimorum » esta rejeter comme fabuleux ; Pétroitesse du lieu ne permet pas de pareilles évolutions. Parce motif, la situation de Tcnfant dans la matrice , est sphérique « in oblongum vertens », et cette description est si nette que, d'après les vues du jour, il n'y aurait pas à y ajouter la moindre chose. Il savait parfaitement que dans les présentations podaliques ou pelviennes la face du fœtus devait être tournée vers le sacrum de la mère. C'est ainsi que Colombus montre comment des connaissances anatomiques et physiologiques puisées dans l'expérience pouvaient devenir utiles et salutaires à la pratique de l'art, et que ce n'est que quand la science est sérieusement interrogée qu'elle peut donner d'heureux résultats par un mutuel échange d'acquisitions.

Obs. — Très caractéristiques, pour l'époque d'alors, sont les

paroles de Colombus prononcées à l'occasion de la situation de l'enfant dans l'utérus : oAlii non rem ipsam, sedquod verisimile cuique visuni est. ita scriptum reliquerunt ; omnes tainen a rei veritate tam aberrarunt, quam qui maxime ». Qu'on compare les doctrines de Roessltn et celles d'autres auteurs antérieurs à notre Colombus : oui la postérité et même la postérité la plus éloignée peut confirmer la Justesse de ce qu'il a dit ici.

L'édition principale est : * Realdi Colombi Cremonensis in almo G}'uinasio Romano anatomici celeben'imi de re anatomica libri XV. Venet., ex typogr. Nie. Bevilacquœ, iSdq, in-8°. (D'après la dédicace de cet ouvrage au pape Pius IV parles fils de CoLUMBUs, écrite en juin i 55g, le père serait mort cette année avant Tachèvement de Timpression du livre). Edition in-S", * Par., 1573.* Francof., ngS, une traduction allemande par JoANN. Andr. ScHENKurM, mcd. studios., Francof., 1609, in-8° (le traducteur y a ajouté des figures et des squelettes d'animaux d'après Volch. Coiter). Haller mentionne encore une édition de Paris de i562, in-8° (voy. Bibl. anat., I, p. 2x5).

§ 22. — Gabriel Fallope.

Gabriel Fallope (i) jeta un grand lustre sur la chaire d'anatomie de Padoue ; il est né à Modène en i522, et mourut en i562. Pendant les dernières années de sa courte existence, il avait succédé à Reald. Columbus. Des découvertes précieuses résultent de ses observations anatomiques, dans lesquelles il s'était efforcé de rectifier les erreurs de Vésale, ou de compléter ce qui manquait à ses écrits. Très précise est la description des parties génitales de la femme (p. 192, de l'éd. i56i). Il insiste particulièrement pour qu'on ne prenne plus le vagin pour le col de la matrice, la dénomination ne répondant pas à la réalité.

Le véritable col de la matrice est cette partie de l'organe à laquelle se trouve « l'ostiolum illud angusium ». Après cela Falloppia passe à la description des parties génitales externes, et cherche à démontrer l'existence de l'hymen, dont la réalité était niée, avec raillerie, par un grand nombre de contemporains.

(i) Ce nom se trouve écrit de quatre manières : Fallopius, Falloppia par Haller, Fallopio par Hoefer. Biogr. univ. Fallope par Portai. (F.-J. H.)

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La description de cette membrane est très exacte et conforme à la nature : la description de l'utérus et de ses annexes estexcellente. Les ligaments ronds et les ovaires sont bien décrits. Falloppia porte une attention toute spéciale aux ovaires. Il combat les idées de ceux qui pensaient qu'il s'y formait une semence ; il n'a vu que : « vericas aqua vel humore aqueo, alias luteo, alias vero limpido turgescentes;, » que de Graaf démontra plus tard être des ovules. Très distinguée est la description des conduits utérins qui ont conservé son nom, et qu'il avait appelés « uteri tubas ». Aussi claires, pour son époque, sont ses idées sur les vaisseaux du cordon ombilical et des membranes, ainsi que sur la structure de la cavité utérine. Remarquables sont les observations sur les os du bassin (p. 47), où Fallope, le premier, soumit les os du fœtus à un sérieux examen.

Obs. — H aller dit de Falloppia dans sa Bibliothèque anat., t. I, p. 218 : « Candidus vir, in anatome indefessus, magnus invenior, in neminem iniquus, nisi forte in Eustachium, acrem virum, quem videas neminem tere coœvorum amicum habuisse ».

Les Observationes anatomic. parurent encore du vivant de l'auteur* Gabr. Falloppii med. mutinensis 0^^. anat. ad Petrum Mannam cremonensem. Venet., 1 56 1, iii-8° (avec une belle préface de l'auteur). D'autres éditions sont indiquées par Haller, ouv. c.

* Opéra qiiœ adlnic extant omnia. Francof., 1584, in-8°, qui contiennent lesdites Observ., p. 398. Les Instit. anat. qui se trouvent imprimées avec les ouv. précéd., doivent avoir été composées par un élève de Falloppia (voy. Haller, ouv. c, p. 220).

Quelques détails sur la vie de Fallope sont insérés dans l'écrit intéressant de Georg. Marjine : * In Barth. Eustachii tabulas anatomic. comment. Edinb., 175 5, in-8°, p. 1 1 . Voy. aussi

* GiR. TiRABOscHi, Bibliotheca Modenese^ t. II, Mod., 1782, in-4'J, p. 236, et Lauth, op. c, p. 544.

§ 23. — Barthnlomeo Eiistachi.

Les découvertes du célèbre anatomiste BartholomeoEustachi ontexercé, à l'époque dont nous parlons, une très grande influence. Bartholomeo Eustachi est né à Sanseverino près de Salerne, il fut professeur d'anatomie à Rome et médecin particulier du car-

dinal d'URBiNO, il pratiqua la médecine pendant toute sa vie et mourut en 1574, dans un âge très avancé. Il possédait une instruction très étendue, était animé d'un zèle extraordinaire pour son art; il étudia trèsfructueusement l'anatomie comparée ; le but principal de ses travaux était de mettre en relief les doctrines de Vésale, d"en éclairer les points douteux. La science lui doit d'immenses découvertes qui furent publiées par son enseignement et par ses écrits, déjà pendant sa vie, mais dont l'importance réelle ne fut connue que cent cinquante ans après sa mort, par la publication de ses célèbres planches d'anatomie ; celles-ci comprennent toute l'anatomie, et sont le meilleur témoignage de la rectification des idées anciennes, des découvertes d'EusTACHi, et du degré de perfection auquel il avait amené la science. C'est ainsi, que, pour ce qui regarde la connaissance des organes génitaux de la femme, taf. XIV, fig. i (dans les anc. édit. t. IV) la situation de la matrice et les annexes sont parfaitement représentées, les fibres musculairesqui commencent au vagin, très bien indiquées ; une attention spéciale est accordée au vagin et à sa structure (fig. II, III et IV), les connexions de l'utérus avec le vagin, la configuration de la cavité utérine et de la portion vaginale de l'utérus sont représentéesdans les fig. III et IV exactementd'après nature, ainsi que la communication des trompes de Fallope avec la cavité utérine. Les autres figures de cette planche (V-X) sont consacrées à 1 ovologie ; la fig. VI représente bien les membranes du foetus humain. Les pi. VII-X représentent des oeufs d'animaux pour éclairer cette étude si difficile à cette époque. Non moins belle est la planche XIII (anc. Ed. fig. 1), qui représente les vaisseaux des organes génitaux de la femme, et surtout ceux de l'utérus (voy. pour cette planche les excellentes explications de Martine, ouv. c. , p. 102 et suiv.). De précieuses observations sur le sacrum et le coccyx se trouvent dans le livre « Ossium examen », qu'EusTACHi a écrit essentiellement pour défendre Galien contre les reproches injustes de Vésale. Enfin aux grands mérites d'EusTACHi il faut ajouter, d'après le dire d'ANTOiNE Severinus (voy. la lettre de Lancisi sur les tab. anat.), le mérite

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d'avoir été le premier qui ait pratiqué ses dissections sur les cadavres de ceux qui étaient morts à l'hôpital.

Obs.l. — Sur EusTACHi, voy. Lauth, ouv. c, p. 547. Portal, I, 608. Parmi les anciens auteurs, G. Martixe Ta très bien apprécié dans : Proleg. commentât', et dans les lettres de Lancisius, FoNTANUs et de Morgagni, dans les lettres qui sont imprimées en tête des planches anatomiques, où sont mis en relief les mérites du grand anatomiste.

Voy. * Barth. Eustachii sanctoseverinatis medici ac philosophi opiiscula medica. Venet., 1564, in-4°. ' Lugd. Batav., 1707, in-8° (Edition soignée par Boerhaave).

Obs. II. — Les planches importantes d'EusTACHi ont été publiées par Lancisi en 17 14, après qu'elles furent retrouvées par lui et Clément XI. (Voy. la lettre de Lancisi déjà citée.; Dans la préface de ses Opiisciiloriim. Eustachi dit ces paroles : « Factum est, ut sex et quadraginta tabulas eeneas, in quibus haec nostra diligentia apparere facile possit, propediem sim editurus. Quod certe multo prius fecissem. ni-i et ingravescente jam œtate, et vehementissimo articulorum dolore, quo studia retardantur, atque fortunarum mearum imbecillitate, quae ne tantum opus aggrederer ad imprimendum deterruit, fuissem prohibitus : voluntas certe non defuit, et animi ad id agendum propensio ».

Les planches suivantes sont à noter ici :

Tabiilœ anatomicœ clarissitni viri Barthol. Eustachii, quas e tenebris vindicata et Clementis XI, pontif. maxim. tnunificentia dono acceptas prœfatione notisqiie illiistravit Joh. Mar. Lancisius intimus cubicularius et archiaier pontiticus. Rom., 1714. in-fol. * Colon. Allobrog., 1716, in-fol. (soignée par Magnetus comme supplément du * Theatrum anat., Genev.. 1716, une troisième édition : ' Amstelaedami, 1722. in-fol., une édition italienne a été soignée par Gaetano Petrioli. Rom , 1742, in-fol. (Lauth).

Une édition remarquable avec de nouvelles explications et planches doubles, dont l'une donne les contours avec des chiffres, est celle de * Bern. Siéger. Albini. Explicatio tabulât' anatomie, Barth. Eustachii, Acced. tabuler editio nova Leid Batavor., 1742, in-fol. Une moins belle édition est celle de Andr. Maximinus. * Rom., 1783, in-fol.

Très précieux, et indispensables pour l'intelligence, sont les commentaires de Georg. Martine dont nous avons parlé (| 22). Edimb., I 755, in-8''.

Obs. III. — Sur les travaux de l'Ecole anatomique italienne

en général voy. : * Girol. Tiraboschi, Storia dclla letteratura italiana, t. VII, part., 2, Moden, 1778, in-4% p. i et suiv.

§ 24. — Progrès de Vanatomie en Allemagne.

Les progrès considérables dans l'anatomie, réalisés par l'école italienne, ne sont pas restés sans effet en Allemagne. Pendant longtemps on s'v tint aux enseignements de Mondini, dont les descriptions incomplètes et inexactes n'ont pu être modifiées par les commentaires de Berenger de Carpi (§ i5), qui renfermaient une quantité de choses étrangères noyées dans une fatigante prolixité peu faite pour instruire. Léonard Fuchs (vûy.§ 7), avait déjà en i55i essayé de donner à ses compatriotes des notions d'une anatomie meilleure, qui partout avait été appréciée. Il avait en vue surtout les doctrines de Vésale, et, dans la préface de son livre, il avait donné des extraits de ce célèbre anatomiste, « ut lecioribus ad facilius intelligendos Vesalii commentarios viam aliquam parareni «. Le troisième chapitre du quatrième livre traite de la matrice et des autres parties génitales de la femme ; dans le quatrième chapitre, il examine ce qui appartient au fœtus renfermé dans la matrice. Il faut rapprocher de FucHS VoLCHER CoiTER (né en i534), élève de Fallope et ami d'EusTAcm, qui vécut plus tard à Nuremberg et y enseigna l'anatomie. Son ouvrage publié à Nuremberg (1572) comprend l'anatomie sous forme de tableaux, et d'estimables documents sur la formation des os (Ossium tum humani fœtus adhuc in utero existentis, vel imperfecti abortus, tum infantis dimidium annum nati brevis historia, etc.), et sur la formation du poulet dans l'œuf (de ovorum gallinaceorum generationis primo exordio progressuque et puUi gallinacei, creationis ordine). En général il s'occupe beaucoup d'anatomie comparée dont il avait appris les fondements dans ses rapports avec Ulysse Alduovandi en Italie. Félix Plater né à Baie en 1 536, et, en i557 médecin et professeur dans cette ville, publia une

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anatomie complète, en trois livres dont les deux premiers donnent les indications nécessaires, sous forme de tableaux, et dont le troisième contient un grand nombre de figures et d^explications. Il faut nommer également Salomon Alberti (né à Naumbourg en 1540), professeur de philosophie et d'anatomie à Wittemberg, plus tard médecin à la cour de Dresde. Son livre d'anatomie a paru à Wittemberg en 1 585, il s'y trouve des figures, gravures sur bois grossièrement faites, mais cependant intelligibles. Gaspard Bauhix se distingua entre tous (né à Baie en 1 56o). Il fit ses études à Padoue et à Paris, et apprit plus tard l'anatomie et la botanique dans sa ville natale. Dans une série d'écrits (depuis i588), il traita de la structure du corps humain avec beaucoup de précision et d'érudition. Il ajouta à ses ouvrages postérieurs des figures qu'il emprunta à ses devanciers, et (^u'il reproduisit sur une plus petite échelle. Nous devons aussi à Bauhin une collection d'écrits gynécologiques qu'il publia sous le nom de « Gynaecia », et une traduction latine, de l'écrit de Rousset sur « l'enfantement césarien », auquel il ajouta un supplément (voy. plus bas | 49).

Obs. — Les écrits des auteurs allemands que nous venons de nommer sont les suivants :

* Leonh. Fuchsii de humani corporis fabrica cpitomes pars prima et altéra. Lugd., i55i et i555, in-8 (aussi in 0pp. * Francof., 1604, in-fol.).

* Externalium et internarum principalium humani corporis partium tabiilœ atqiie anatomicœ exercitationes observatioyiesque variœ, novis diversis ac artijiciosissimis Jiguris illustratœ., etc. auctore Volchero Coiter Frisio-Grœningensi. Norimb., 1573, in-fol.

* Fel. Plateri de corporis humani structura et usu libri III. Basil., i583, in-fol. (voyez aussi ses Quœstions physiologie^ qui sont contenues dans sa * Praxis medica. Bas., 1625, in-4°, et aussi imprimées dans Skver. Pineau de virginitatis notis.

* Historia plerarumque partium humani corporis mcmbratim scripta, et in iisiim tyronum retractatius édita a Salom. Alberto Vitaeb., i585, in-8.

* Casp. Bauhini de corporis humani partibus externis tractatus. Basil., i588, in-8°. * E]usd. Jnstilutiones anatomicœ corporis vi^ rilis et muliebris historiam exhibentes. 1604, in-8°.

SIEBOLU-HERRGOTT. II — 5

* Ejiisd. Theatrum anatomicum novis fîgiiris œneis illustratum et in liicem emissum opéra etsumptu Theod de Buy. Francof. ad M., i6o5, in-S"., 1620, in-4°.

§ 2 5. — État de Vanatomie en France.

En France aussi les anatomistes s'efforçaient de perfectionner leurs connaissances, dans ce XVI" siècle si favorable à leurs études.

Nous avons déjà mentionné plus haut (§ 20) les travaux d'ETiENNE à Paris, et bien qu^ils ne sauraient être comparés à ceux qui furent entrepris plus tard, ils peuvent être considérés comme une préparation à d'autres progrès qui devaient être réalisés en France, quoiqu'ils n'aient pas acquis une importance qui permette de les mettre en comparaison avec les travaux des anatomistes de l'Italie. Comme professeur d'anatomie il est juste de ne pas oublier Rondelet, né à Montpellier en iSoj et mort dans la même ville en 1 566. Il faut citer son zèle infatigable pour cette branche, zèle qu'il a su inspirer avec le plus grand succès à ses nombreux élèves. Malheureusement ses trop grandes occupations lui laissaient à peine le temps de poursuivre ses recherches, et de les consigner dans des écrits. Ses nombreux manuscrits d'anatomie et de physiologie n'ont pas été suffisamment achevés pour qu'on ait pu les faire imprimer; il ne publia, pendant sa vie, qu'un seul travail sur les poissons. Par contre, André DU Laurens, également professeur d'anatomie à Montpellier (mort en 1609), a publié un grand ouvrage d'anatomie dont le mérite ne répond pas à l'ampleur des démonstrations. Dans le septième livre « de partibus generationi dicatis » l'auteur donne une compilation des anciennes et des plus vieilles doctrines, sans faire profit des découvertes de l'époque ; le même reproche s'adresse au livre huitième qui traite « de formatione fœtus, vita et partit ». Plus important était l'enseignement de Severin Pineau qui, depuis plus de 3o ans, professait l'anatomie à Paris,

DEPUIS LE LIVRE d'eUCHARIUS ROESSLIN JUSQU"a AMBROISE PARÉ Ôj

comme doyen du Collège des chirurgiens, et qui mourut en 1619. Son livre Sur les signes de la virginité, publié en iSqj. témoigne de son zèle pour la science, il renferme plusieurs doctrines qui se rapportent à l'obstétricie, et mérite une considération dont noui nous occuperons dans la période prochaine. Un Elenchus de Tanatomie a été publié par Barth. Chabrol^ anatomiste à Montpellier, en 1602 ; livre très utile à cette époque. L'auteur y a ajouté diverses observations d'anatomie pathologique.

Obs. 1. — L'ouvrage de Rondelet a été très estimé à son époque.

* GuiL. R0NDELETTI de piscibiis marinis^in quibiis verœ piscium effigies expressœ siint. Lugd., i554, in-fol. Une biographie étendue de Rondelet, avec l'indication des écrits qu'il a laissés, se trouve dans : * Laur. Jouberti 0pp. latin, tom. sec. Francof., 1599, in-fol., p. i5o et suiv. Dans la liste des manuscrits qui, après la mort de Rondelet, ne furent pas publiés se trouvent (p. i56) les suivants qui montrent que l'auteur n'était pas resté étranger à la gynécologie : De impedimetitis generationis ; de affectibiis gravidce, parturientis et piierperœ : de affectibiis piierorum. Les œuvres réunies Opp omnia medic, ont été publiées par J. Croquerus. ' Gentv.. i685,in-8°.

Voy. sur Rondelet encore " J. Astruc, Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de Montpellier. Paris, 1767, in-40 p. 236.

Obs. II. — L'anatomie de du Laurenss eu un grand nombre d^éditions ; par exemple : '^ Andr. Laurenth historia anatomica hiimani corporis partes singiilas uberrime enodans. etc. Francof. , 161 5, in-S'' (voy. Haller, .Bz'è/. anat., I, 271). * Astruc, ouv. c, p. 247.

Obs. III. — La première édition de Touvrage de Sev. Pineau porte le titre suivant :

Severini Pinaei Carnutensis Parisiis in chiriirgia mag. I. Opusculum phj'siologum et anatomicum in duos libellos distinctiim, in quibus primum de integritatis et corruptionis virginum notis. deinde de graviditate et partu naturali mulierum in que ossa pubis et iliiim distrahi, dilucid, tractatur. Paris, 1 597, in-8<*. Plus tard on publia un grand nombre d'éditions (voy. plus loin § 54), Voy. sur Pineau: * Recherches critiques et historiques sur l'origine, sur les divers états et sur les progrès de la chirurgie en France. Paris, 1744, in-4'', p. 555.

Obs. IV. — 'AX-iaor,Tov àvaToat/.ov Jioc est tinatomes elenchus accuratissimus.omnes hiimani corporis partes., ea quœ soient secari méthode, dclincans, accessere osteologia observationcsque medicis jiixta et chirurgis penitiles, aiictore Bartholom. Cabrol, 1604, in-4°. Voy. * Astruc, ouv. c. , p. 66, où il dit de Cabrol qu'il lui a été donné le titre de « Dissecteur » ou « anatomiste royal » par le duc de Montmorenci.

§ 26. — Conclusions.

Les efforts pour étendre la connaissance de la structure et des fonctions du corps humain ne pouvaient manquer de devenir protitables aux diverses branches de l'art de guérir ; à ce titre, le ' XVP siècle mérite d'être appeléle siècle bienfaisant de l'anatomie. C'est à la chirurgie surtout que fut profitable l'anatomie enrichie et transformée. Grands furent les progrès qu'elle réalisa dans la seconde partie du siècle, grands surtout en France, où existait pour cette branche une grande prédilection due à des circonstances intérieures et extérieures. Comme Tobstétricie exercée par les hommes restait une partie intégrante de la chirurgie, on pouvait s'attendre à la voir participer aux progrès de la chirurgie, puisqu'elle partageait le sort de sa dominatrice. C'étaient les chirurgiens qui allaient essayer de lui donner une direction meilleure, de perfectionner ses moyens d'action et d'en inventer de nouveaux, restreints naturellement à la partie mécanique, où ils étaient appelés à agir; en attendant, ce domaine devait aussi s'agrandir peu à peu. Dans l'intervention dans les cas graves, l'action à exercer allait se baser sur la cause de l'anomalie qui la rendait nécessaire, celle-ci devait être recherchée, et cet ensemble allait être exposé dans des écrits spéciaux. C'est ainsi que l'extérieur et l'intérieur de l'art devaient se modifier profondément. L'historien est donc autorisé à dater de là une époque nouvelle, d'autant plus intéressante, qu'elle établit une continuité entre le passé et l'avenir. L'ardeur pour l'art, qui date de cette époque, ne devait plus s'éteindre, mais grandir sans cesse et préparer à cette partie de l'art un sort meilleur.

DEPUIS LE RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION SUR LES PIEDS PAR AMBROISE PARÉ, jusqu'au premier TRAVAIL SCIENTIFIQUE SUR l'oBSTÉTRICIE PAR HENRY DE DEVENTER, ET l'iNVENTION DU FORCEPS. DEPUIS LE MILIEU DU XVl" SIECLE (l 55o) JUSQu'a LA FIN DU XVIl" SIECLE.

,^ 27. — État florissant de la chirurgie en France.

Si l'historien est obligé de chercher sur le sol de la France le germe des progrès qui ont transformé l'obstétricie, cela tient à l'éclat dont, à cette époque, a brillé dans ce pays la chirurgie, à laquelle le sort de l'obstétricie était enchaîné. Pendant le XVI^ siècle, la chirurgie avait pris en France un brillant essor, qui se préparait déjà dès le XIII« siècle. Il s'était formé sous la Présidence de Jean Pitard un collège spécial de chirurgie, placé sous le patronagedes saints Cosme et Damien. En 1295 Lanfranc expulsé de Milan, se réfugia à Paris, et se fit admettre comme membre de ce collège, dont plus tard devait sortir la première Académie de chirurgie qui devint célèbre dans le monde entier. En I 3 1 1 , Philippe le Bel éleva le collège Saint-Côme à la hauteur de la faculté de médecine, en lui assurant l'égalité des privilèges. Si la faculté était toujours en guerre avec le collège, pour se venger de ses empiétements, et de ce qu'elle regardait comme des usurpations, elle ne put empêcher, ni ses progrès, ni son éclat. En 1545, elle obtint par l'entremise de Vasseur, le premier chirurgien de François ler, comme compensation, un décret qui assimilait le collège à une École, lui octroyant le droit de faire des Docteurs en chirurgie. Cette faveur fut loin

démettre tin aux anciennes disputes ; le collège était toujours en guerre avec la faculté, mais sa renommée était définitivement fondée; en iSjg, les difficultés furent momentanément aplanies par un décret du pape Grégoire XIII qui reconnut aux chirurgiens de Paris les mêmes privilèges que ceux dont Tuniversité jouissait depuis longtemps.

Obs. — Sur la fondation du collège de chirurgie par Jean PiTARD, et son sort ultérieur, voy. : * Recherches crit. et hist. sur Vorigine, etc. de la chirurgie en France. Paris, 1744, in-4'', p. 3/ et suiv. Les relations entre la faculté de médecine et le collège des chirurgiens de Paris sont exposées dans Touvrage plus ancien de * E. V' .KSQvw.R, Recherches, etc. Paris, i665, in-8% p. 817 et suiv. Trèsimportante,pourrhistoirede lachirurgie, est Tlntroduction de Malgaignk à son édition d'A. Paré. Paris, 1840, t. I, p. xv. « Histoire de la chirurgie en Occident du VP au XVI'' siècle. » Ce Précis d'histoire, admirablement fait, contient une foule d'indications précieuses et sûres.

§ 28. — Uobstétricie, partie de lachirurgie.

Les médecins de cette époque ne se souciaient pas d'une branche de l'art dont l'exercice était entre les mains des femmes; tout au plus prescrivaient-ils quelques remèdes dans des cas audessus de la compétence des femmes, mais ils ne pratiquaient pas les accouchements; quand la main ou un instrument devait intervenir, ils refusaient leur assistance. Cette intervention était abandonnée aux chirurgiens, et ceux-ci prêtaient toute leur attention à une partie, qu'ils s'approprièrent plus ou moins complètement, selon le degré de perfection à laquelle ils étaient parvenus ; bientôt il y eut parmi eux des hommes qui s'y adonnèrent exclusivement avec le meilleur succès. La séparation tranchée entre les médecins et les chirurgiens, entretenue en France par des disputes continuelles, qui avaient placé les deux vis-à-vis les uns des autres dans un antagonisme hostile, avaient éloigné de l'obstétricieles médecins, qui l'abandonnèrent exclusiveme ntaux

DU RETABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DU FORCEPS Jl

chirurgiens, ce qui nécessairement a dû entraîner le perfectionnement de la partie opératoire qui allait servir de base à de nouveaux progrès. L'action des sages-femmes n'en fut pas diminuée, elles n'appelaient à leur secours les chirurgiens que dans les cas d'absolue nécessité, mais ces derniers étaient mieux préparés à l'accomplissement de ce qui était demandé. C'est avec raison qu'on a nommé époque chirurgicale celle, où des hommes étaient ainsi appelés ; il a fallu une longue série d'années, et des circonstancestoutes spéciales, pour faire disparaître ce nom, et affranchir cette intervention de toute immixtion étrangère. En attendant, un premier pas était fait, pour mettre entre les mains des hommes une branche de l'art, qui allait pouvoir répondre à toutes les exigences, et se perfectionner de plus en plus.

Obs. — La longue période de temps, pendant laquelle cette branche resta entre les mains des chirurgiens, est facile à préciser, puisque, dans la première moitié du dernier siècle, cette branche de l'art était enseignée par des chirurgiens. Entre autres à Helmstadt, par Heister, qui comprend l'obstétricie dans son grand traité de chirurgie (1719). Voy. plus loin § 147.

I 29. — Etat de l'obstétricie.

C'est dans un triste état, qu'avaient reçu l'obstétricie des mains de leurs devanciers, ceux qui se sentaient le courage de se livrer à son étude. Les moyens qu'on employait dans les cas difficiles ne consistaient le plus souvent qu'en moyens destructeurs de l'enfant. Bien que la version sur les pieds ait été employée quelquefois, comme une ressource, pour terminer l'accouchement, dans les présentations vicieuses, elle n'avait pas l'assentimentgénéral, la version sur la tête conservait la préférence générale et devait bien souvent conduire à la cruelle nécessité du sacrifice de l'enfant. A joutez à cela que la question : d'autres secours sontils nécessaires ?était posée par les sages-femmes elles-mêmes, qui ne devaient pas être pressées d'appeler les hommes à leur aide

pour faire ce qu'elles déclaraient être de leur compétence; elles devaient préférer tout essayer, avant de faire ainsi l'aveu de leur impuissance. Il n'est donc pas étonnant, que ceux qui allaient se vouer à la pratique des accouchements, aient entrevu alors un cercle d'action très étroit, puisqu'ils ne pouvaient avoir une idée de l'œuvre complète de la nature, par l'observation de ses procédés dans les cas ordinaires, puisqu'ils n'étaient appelés à traiter que les cas anormaux. L'obstétricie ne se trouvait donc pas, dans lapremière moitiéduXVI*= siècle, dans un état meilleur qu'avant J. Chr. ; mais l'ardeur pour la science, qui se manifestait dans toutes les branches des connaissances, dont les progrès en anatomie et en chirurgie sont un si brillant témoignage, se lit sentir aussi d'une manière bienfaisante dans l'obstétricie et suscita des progrès qui, peu considérables au début, devaient se développer plus tard.

§ 3o. — Rétablissement de la version podalique.

Dans les circonstancesque nous avons exposées, le commencement d'une amélioration dans l'obstétricie devait se faire dans le domaine de la médecine opératoire, car le reste demeurait fermé aux investigations des médecins d'alors. Il s'agissait de trouver une méthode qui put amener vivant un enfant, dans les cas, où la vie de la mère et celle de l'enfant étaient en danger. On n'inventait pas un moyen nouveau, mais on rentrait dans une voie déjà suivie depuis des siècles (Gelse, Soranus, AÉTius), mais qui avait été abandonnée d'une manière incroyable, et dans laquelle on retrouvait le salut, que les méthodes opératoires actuelles étaient impuissantes à donner. La confiance en la version céphalique avait faibli au commencement du X"VI"siècle, comme le montrentles doctrines de Roesslin, et on voit poindre l'idée de préférer amener les pieds pour extraire l'enfant ; mais celui qui le premier se prononça sûrement et positivement pour ce mode opératoire, fut un chirurgien français,

Ambboise Paré, dans un écrit qu'il publia en 1 55o. Il mérite l'honneur d'être nommé le restaurateur de la version pelvienne, bien qu'il dise lui-même que cette opération ait été pratiquée par d'autres chirurgiens de Paris, s'occupant d'accouchements, avant qu'il eût publié son écrit. Dix ans après sa publication, Pierre Franco reproduisit l'écrit de Paré dans son « Traité des hernies » (i56i; sans en nommer l'auteur, et s'est rendu ainsi coupable d'un honteux plagiat, dont pendant, longtemps le soupçon a pesé sur la mémoire de Paré. La voie ouverte par Paré fut suivie par son élève Guillemeau, déjà peu après que le maître avait exposé en peu de mots la méthode (i55o), et après 1573, où ill'exposa plus longuement et comme il convenait à son importance, l'appuyant par des faits tirés de sa pratique si riche. L'influence de ces hommes sur cette méthode, devait être d'autant plus grande, que leurs écrits furent répandus par des éditions qui se succédaient sans intervalle, et qui ne pouvaient laisser refroidir le zèle qu'elles avaient allumé.

§ 3i. — Ambroise Paré.

C'est avec pleine Justice qu'AMEwoisE Paré mérite le nom de grand restaurateur de la chirurgie au XVI° siècle. Une vie longue et très occupée lui avait donné de nombreuses occasions d'acquérir l'expérience nécessaire qui devait servirde base à ses doctrines ; pendant sa vie il fut apprécié comme il le méritait. Né à Laval, dans Tancienne province du Maine, au commencement du XVI^ siècle (i5io), il s'était adonné de très bonne heure à la basse chirurgie, après quoi, il se rendit à Paris pour étudier sous la direction des chirurgiens de St-Cosme, puis il passa trois années à THôtel-Dieu comme élève ; il se fit ensuite recevoir comme maistre barbier-chirurgien, et il s'établit à Paris. Il prit du service, en qualité de chirurgien, pendant les guerres que François P'" (i5 i 5- 1547) et Hi;nri II (i 547-1559) firent en Italie ; en 1545 il publia son ouvrage célèbre sur les blessures par

armes à feu, dans lequel il enseigna à les traiter plus convenablement qu^on ne Pavait fait jusqu'alors.

En i552 il fut admis parmi les « Chirurgiens ordinaires du Roi », et, le 1 8 décembre i 554, '^ ^^^ nommé maître en chirurgie par le collège St-Cosme. Après la mort de Henri II (i SSg) sous François II, il conserva ses fonctions à la cour ; peu de temps après être monté sur le trône, Charles IX (i 560-1574) lui conféra la dignité de premier chirurgien du Roi, et sous son successeur Henri III (1574- 1589) il conserva cette fonction, à laquelle on ajouta le titre honorifique de « conseiller ». A. Paré mourut le 20 décembre i 590 peu après que Henry IV était monté sur le trône.

Ainsi se termina cette vie longue de 80 ans, consacrée à la pratique heureuse de Tart et à la culture de la science, honoré d'une considération universelle.

Parmi les nombreux écrits de Paré, il en est quelques-uns qui se rapportent à Pobstétricie. Regardant celle-ci comme une partie de la chirurgie, il lui a consacré une exposition étendue. La considération personnelle dont Paré e'tait honoré contribua beaucoup à resserrer encore les liens qui unissaient la chirurgie à l'obstétricie. L'influence des opinions de ce grand chirurgien devait être considérable sur les doctrines obstétricales, et maintenir la forme extérieure de celles-ci dans l'état qui vient d'être indiqué. Dès lors, on regardait la France comme le berceau de l'obstétricie, et de ce pays ses doctrines se répandirent au loin, notamment en Allemagne. Les progrès accomplis dans la chirurgie devaient nécessairement éveiller l'attention sur l'obstétricie qui lui était si étroitement unie. C'est de ce point de vue qu'il faut apprécier les doctrines de Paré, pour porter un jugement équitable sur l'influence qu'il a exercée sur l'histoire de notre art.

Obs. I. — Sur Paré et sa vie, voy. les recherches nouvelles de J. F. Malgaigne « Œuvres complètes d'AiviBRoiSE Paré, revues et collationnées sur toutes les éditions, avec les variantes, orn. de 21 y planches et du portrait de l'auteur; accomp. de notes hist.

et crit. et précédées d'une introduction sur l'origine et les progrès de la chirurgie en Occident du sixième au seizième siècle, et sur la vie et les ouvrages cIWmbr. Paré, t. I, II, III. Paris, 1840-41.

Voy. encore : Ambroise Paré d'après de noiiv. docum. découv. aux Arch. nationales, et des papiers de famille, etc. par le D'" de Paulmier av. un portrait inédit. Paris, i8S5, in-S'\ (F.-J. H.)

Obs. II. — Malgaigne met en doute l'anecdote si souvent racontée, que Charles IX aurait caché son chirurgien Ambroise Paré dans son cabinet, pendant la nuit du massacre de la St- Barthélemy (24 août 1572), parce qu'il était huguenot, pour le soustraire aux coups des assassins ; en tout cas, la narration montre en quelle estime se trouvait Paré auprès de son souverain, puisque le motif de cette action était de le cacher pour le sauver, puisque, disait-il : « il n'était raisonnable qu'un, qui pouvait servir à tout un petit monde fut ainsi massacré ». Mém. de BouRDEiLLE S. DE Brantome, t. IV. Leyd., 1666, in-S", p. 9. * Ed. Lahaye, 1740, IX, 427.

§ 32. — Obstétricie de Paré.

Les doctrines obstétricales, que Paré a consignées dans ses écrits, se rapportent à l'anatomie et à la physiologie des organes génitaux de la femme, et aux moyens que le chirurgien devra employer, quand ses secours seront invoqués, dans les cas où la nature ne suffit pas à accomplir son œuvre. Ces doctrines permettent de jeter un coup d'œil sur la pratique de l'obstétricie du temps de Paré, et sur les moyens qu'elle employait. Ces documents ont d'autant plus de valeur, qu'il ressort de nombreux passages, que l'auteur avait exercé lui-même cet art. L'écrit le plus ancien de Paré remonte à 1 5 5o, il ne constituée unécrit anatomique qu'un supplément, qui a pour objet l'accouchement ; le second remontée i573, et il s'étend plus longuement sur l'obstétricie, dans le sens le plus large du mot. Dans ce dernier écrit, Paré commence par exposer ses recherches sur le sens génital et la conception, il décrit les modifications qui surviennent à la matrice après la conception, et il traite de la formation du fœtus ; quand celle-ci est assez avancée, et que le fœtus a besoin d'une

yS SEPTIÈME ÉPOQUE

nourriture plus considérable que celle que la matrice peut lui fournir par le cordon ombilical, il devient inquiet, se remue beaucoup, et cherche à abandonner le lieu où il se trouve ; il en résulte que la matrice, qui s'était développée de plus en plus, ne peut pas le contenir plus longtemps, la poche qui le renferme se rompt et il est expulsé. Particulière à l'auteur est la doctrine du relâchement des moyens d'union des os iliaques avec le sacrum pendant l'accouchement, ce fait aurait été constaté par l'autopsie d'une femme, qui avait succombé peu après le travail. Il nie, par contre, l'élargissement de la symphyse pubienne adoptée par beaucoup d'auteurs. Dans la description des situations du fœtus dans la matrice, Paré a suivi celle de ses devanciers, il admet dans son livre les figures données par Roksslin ; mais il base aussi ce qu'il dit sur des autopsies de femmes enceintes et sur l'examen de femmes en travail.

La vieille doctrine hippocratique. sur la vitalité plus grande des enfants nés à 7 mois que celle des enfants de 8 mois, est adoptée par lui. Il flrfme? aussi les accouchements tardifs jusqu'au commencement du onzième mois (solaire).

Pour faciliter le travail, il prescrit des onctions, avec des corps gras, sur les cuisses, la région pubienne, le périnée et les parties génitales ; il prescrit aussi le port de ceintures pour soutenir le ventre et la matrice, faites avec de la peau de chien, et il conseille des bains chez les primipares. Les accouchements sont divisés en : i) naturels et faciles, quand la tête se présente, et quand Taccouchement arrive au terme; 2) ceux qui se rapprochent de l'accouchemeut normal, quand l'enfant se présente par les pieds, et arrive un peu en avant ou un peu après le terme ; 3) en accouchements difficiles ou contre nature, quand l'enfant se présente par d'autres parties que celles qui viennent d'être dénommées. Les accouchements parla tête ou les pieds sontdu domaine des sages-femmes, dans les accouchements de la troisième classe, on devra faire la version sur les pieds; si on ne réussit pas, un chirurgien habile devra être appelé. Les conseils que donne Paré aux sages-femmes, pour les accouchements de leur ressort,

Di: RETABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DU FORCEPS "]"]

sont pour la plupart judicieusement choisis et exposés, ils se rapportent à la situation à donner à la parturiente pendant le travail ; et à la manière de rendre profitables les douleurs , à la section du cordon et à la délivrance. Il indique, comme position la plus favorable, l'attitude dans le lit à moitié assise et à moitié couchée, oii le dos est appuyé et la région sacrée un peu élevée, les extrémités inférieures fléchies de façon que les talons s'appuient sur les fesses. L'auteur prémunit avec raison contre une coopération prématurée aux contractions, il recommande d'attendre le terme opportun, où les elîorts sont spontanément mis en jeu, et de fermer alors la bouche et le nez. L'observation lui a appris que. quand, dans la présentation céphalique, Tenfant nait enveloppé des membranes intactes (coiflé), c'est aussi une circonstance avantageuse pour la mère. Quant à la conduite à tenir par la sage-femme après la naissance de l'enfant, l'auteur recommande d'extraire de suite le placenta et de ne faire qu'alors la section du cordon ; il recommande expressément de ne pas faire la section plustôi. Si lasortie dudélivre devaittarder, lasage-femme en ferait l'extraction. Les règles à suivre pour rompre les adhérences du placenta avec l'utérus sont bien nettement exposées. Les prescriptions qui suivent ont trait à la nourriture de l'enfant après la naissance, au choix d'une nourrice, à son hvgiène, au sevrage, et aux règles à suivre lors de la dentition.

Obs. I. — Le reproche de plagiat, au préjudice de Franco, a pendant de longues années pesé sur la mémoire d'AMBR. Paré. C'est à Raige-Delorme qu'appartient l'honneur d'avoir exonéré, de ce grave reproche, cette mémoire vénérée, et d'avoir démontré que Franco a été le plagiaire. Malgaigne a mis les pièces du procès sous les yeux du public, en faisant connaître toutes les éditions des œuvres partielles de Paré, publiées bien longtemps avant les œuvres complètes, qui étaient, presque seules connues du public.

Pare a publié deux livres qui ont trait à l'obstétricie, le premier en i55o, annexé à un livre d'anatomie; il a pour titre : Briefve collection de V administration anatomique : avec la manière de conioindre les os : Et d'extraire les enfants tant mors que uiuans du ventre de la mère, lorsque nature de soy ne

peult venir à son effet. Composé par Ambroise Paré, maistre Barbier, chirurgien à Pans. A Paris, En la boutique de Guillaume Cauellat, libraire iuré, à l'enseigne de la Poulie grasse, devant le collège de Cambray, i55o. Avec priuilège du Roy.

La partie qui a trait aux accouchements ne commence qu'au fol. 89, et le volume en a 96. C'est celle que Franco a publiée en i56i dans son Traité des hernies. Malgaigne n'en a connu que deux exemplaires : Pun, très bien conservé, à la bibliothèque Mazarine où il porte le n° 29,707; l'autre appartenait à M. le D"' Champion de Bar-le-Duc. Ce traité se trouve reproduit dans l'édition de Malgaig., t. II, p. 623.

Le second livre d'accouchements publié par Paré est bien plus considérable, il a pour titre : Deux livres de chirurgie; I De la Génération de l'homme, et manière d'extraire les en/ans hors du ventre de la mère, etc. IL Des monstres tant terrestres que marins avec leurs portrais, etc. par Ambroise Paré, premier chirurgien du roy et juré à Paris. A Paris. Chez André Wechel, 073, in-S** (5i9 p.) (Ed. de Malg., t. IL p. 633). On voit combien les accouchements sont mêlés à la chirurgie.

Obs. II. — Ce qui a été exposé permet de jeter un coup d'oeil intéressa m sur le cercle d'action des sages-femmes de cette époque; on peut y taire d'intéressantes comparaisons. Il était certainement dans l'intention de Paré de taire connaître aux chiruigiens, auxquels son livre était destiné, la délimitation de leur action vis-à-vis de celle des sages-femmes ; et de leur montrer dans quelle direction l'éducation de ces dernières devait être perfectionnée. On voit qu'elle l'était fort peu, par une adresse aux sages-femmes jointe au premier livre (i55o) où il est dit : « Les obstetrices matrones, soy disans sages-femmes », ce qui laisse poindre une amère ironie.

§33. — Médecine opératoire obstétricale de Paré. Version podaliqiie daprcs son premier écrit (i5 5()) (suite).

Les moyens à employer par le chirurgien dans l'accouchement difficile sont, d'après ce qui a été dit plus haut, décrits par Paré dans son écrit de 1 5 5o ; en tête se trouve la version sur les pieds. Il dit : " Maintenant fault dire en brief la manière, qu'avons observée plusieurs fois Thierry de Nery et Nicole Lambert,

maîtres barbiers et chyrurgiens deceste ville de Paris, touchant rexiraction des enfans tant mors que viuans hors le ventre de la mère ».

Si des chirurgiens ont pratiqué l'opération que Paré va décrire, il reste néanmoins à Paré l'honneur d'avoir fait connaître une opération qui, si elle n'était pas absolument nouvelle, allait avoir, pour robstétricie,une importance capitale, et reprendre, à dater de ce moment, le rang quilui appartient. Paré est le premier qui ait recommandé la version sur les pieds dans une présentation crânienne aussitôt qu'il est nécessaire de terminer l'accouchement artificiellement, et il donne parfaitement à entendre qu'il n'a reconnu cette opération que comme un moyen d'extraire l'enfant (i): la tête sera repoussée doucement, on attirera d'abord un pied, on appliquera un lacs au-dessus des malléoles, puis on cherchera l'autre pied qui sera aussi attiré ; pendant qu'on fera des tractions sur le premier pied moyennant le lacs, l'enfant sera dégagé peu à peu, pendant qu'on fera des tractions continues et égales sur les pieds. Pendant ces manœuvres, on exercera des pressions sur le ventre et la matrice, et pour soutenirlescontractions, administrera un sternutatoire. Quand un bras se présente, Paré recommande de ne pas faire de tractions sur lui, mais de faire la version sur les pieds. Si le bras était fortement tuméfié ou gangrené, on en ferait, moyennant un instrument tranchant, l'amputation dans son articulation à l'épaule, puis on ferait la version pour pouvoir faire l'extraction de l'enfant. Pour pratiquer l'accouchement, Paré recommande de placer la parturiente en travers sur un lit ; les extrémités seront attachées, les jambes fléchies sur les cuisses, les pieds ramenés vers les fesses, position semblable à celle qui est nécessaire pour pratiquer l'opération de la taille (une figure qui représente un homme

(i) J'ai démontré dans mon travail sur Soranus d'EpuÈSE. Ann. de Gynéc, avril 1S82, qu'AÉxius avait le premier conseillé In version podalique dans une présentation crânienne, Aët. Lib. XVI. c. 23, III, p. 127. Ed. Frob. « At si capul infantis locum obstruxcrit, in pedesvertendus est, et ita aducendus... (F.-J. H.)

8o SEPTIÈME ÉPOQUE

dans celte attitude est ajoutée au chapitre qui est reproduit dans le livre de la Génération). Si la tête est trop grosse, et si la version et l'extraction ne peuvent réussir, on en fera la perforation et Pexcérébration. Si une femme enceinte succombe, on recommande Touverture du ventre; l'opération est bien décrite. La rétention du placenta réclame le détachement de ses adhérences à la matrice, et l'extraction artificielle, aussitôt que les connexions auront été détruites.

Qts. — Pour donner une idée de la manière originale d'écrire d'AMBROisE Paré, nous transcrivons, ci-dessous, le passage consacré à la description de la version podalique dans l'écrit de i55o.

« Posé que l'enfant fust tourner selon nature, ayant la teste au coronement pour deument l'extraire par an, fault doulcement le reposer contre mont et chercher les piedz, et les tirer au coronement. Ce faisant tourneras facilement l'enfant. Et alors que tu auras attire les piedz au coronement, t'en fault tirer l'un hors, et le lier au-dessus du talon en manière de lacq colant, avec lien médiocrement long, dont les femmes lient leurs cheveulx. ou autre semblable. Puis remettras le dict pied dans ladicie matrice. Ce faict chercheras l'autre pied, et l'ayant trouué le tireras hors, et alors tireras le lien, auquel l'autre pied est attaché. Et quand tu auras ainsi attiré les piedz hors la matrice, les tireras ioinctz également, tant d'un costé que d'autre, peu à peu et sans violence, tant que possible te sera. Ed. Malg.,II,

§ 34. — Opérations obstétricales de Paré, décrites dans le traité de \5j3 [suite).

Les règles que Paré, a données dans son petit traité de i55o ont été textuellement reproduites dans son traité plus étendu de la Génération de l'homme (Ed. Malg. II, 633); il y a ajouté quelquefois des développements ayant trait surtout à l'appareil instrumental, et il renvoie aux figures, qui avaient été promises, des instruments nécessaires pour diminuer le volume de la tête. Comme introduction à ce chapitre, il expose les signes de la vie ou de la mort de l'enfant (ch. 2 i)et l'état des forces dans

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lequel se trouve la femme ; » et qu'il connaisse s'il peut besogner sans danger de mort de la mère, pour éviter scandale... et si tels signes apparaissent, on doit pronostiquer la mort estre prochaine ; parquoi il tant laisser à Nature, et la recommander à Dieu». AÉTius déjà avait formulé ce précepte. Ici encore vient la description de la situation à donner à la parturiente qui est celle de la taille. Par motif de pudeur, les parties génitales et les cuisses de la parturiente seront recouvertes d'un drap. Comme méthode principale, PARÉrecommande la version sur lespieds suivie immédiatement de Textraction de Tenfant. L'opération est décrite littéralement commedansle premier écrit, cequiprouveque Paré n^avait rien trouvé à y ajouter depuis. Par contre, est minutieusement décrite l'application du crochet aigu, rendue nécessaire par une tête trop volumineuse; on l'appliquera sous le menton, dans la bouche, dans la cavité orbitaire, ou sur l'occiput, on devra faire aussi usage du crochet lors d'une grande tuméfaction du ventre, due à la présence d'eau ou de gaz, au besoin on ouvrira la cavité abdominale, on extraira les intestins pour diminuer le volume de l'enfant. Les instruments nécessaires pour pratiquer ces opérations, tels que des crochets aigus simples et doubles, des couteaux courbes en forme de faucille, sont suivant la promesse, exactement représentés. PARÉrecommande expressément de ne faire usage de ces instruments que sur des enfants morts, et en cas de danger grave menaçant la vie de la mère, et d'impossibilité de la délivrer autrement. Pour l'extraction de la tête sépa ■ rée du tronc, Paré conseille de faire usage ou bien du crochet, ou des pieds de griffon, comme ceux que Daleschamps a représentés dans sa Chirurgie (iSjo). Si une femme enceinte succombe, on fera de suite naître l'enfant en ouvrant le ventre. L'opération césarienne sur le vivant est expressément prohibée, car il ne peut pas penser que l'enfant y survive. Il n'ajoute aucune foi aux cas où l'opération aurait été pratiquée avec succès une ou deux fois, comme on l'a raconté. L'énorme étendue de la plaie et l'abon* dance de l'hémorrhagie doivent, d'après son avis, inévitablement entraîner la mort ; jamais, ajoute Paré, il ne pourrait se résoudre

SIKUOLD-HKRRGOTT. 11 — Ô

à l'entreprendre. Après l'accouchement, la femme sera préservée de tout refroidissemeut, les cuisses croisées l'une sur l'autre reposeront bien dans le lit, le ventre sera entouré d'une bande large. Si une déchirure du périnée est considérable, elle sera réunie moyennant une suture; s'il survient une nouvelle grossesse, Paré pense qu'on devra faire la section de la cicatrice, attendu qu'elle empêcherait la dilatabilité convenable des parties, il cite à cet égard deux cas de sa pratique. Paré note encore que chez deux femmes, qui ont mis au monde des enfants morts, il a trouvé dans les placentas des concrétions sablonneuses. Les autres chapitres du premier livre traitent de l'avortement, de la grossesse molaire, de la superfœtation, de la stérilité, de l'hymen (dont Paré nie l'existence), des maladies de matrice, de la menstruation, et de ses anomalies, des flueurs blanches, etc. Ledeuxième livre est consacré aux monstruosités, et il contient des figures hideuses, imaginaires, comme la superstition seule peut en enfanter.

Obs. — Les « Deux livres de chirurgie « dont le premier contient le livre de la génération, se trouvent dans les œuvres complètes de Paré qui ont eu un grand nombre d'éditions du vivant de l'auteur, et dont quelques-unes ont paru après sa mort. Mal- GAiGNE en cite douze françaises, huit en latin, trois en anglais, cinq^ en hollandais et autant en allemand. Une traduction latine du livre de la Génération se trouve dans les Gynœcior. lib. de J. Spach.

§ 35. —' Conclusions.

Un coup d\cil sur les doctrines obstétricales de Paré démontre tout d'abord que les sages-femmes et les chirurgiens se partageaient la pratique des accouchements. Bien que les limites du cercle d'activité des unes et des autres ne soient pas nettement déterminées, on voit, que dans les cas difficiles, on faisait appel à ces derniers. Paré n'a pas donné de règles précises, il avait même concédé que les sages-femmes fissent la version sur les pieds et

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Textraction de l'enfant, mais quand Popération ne réussissait pas, il leur était prescrit d'appeler un chirurgien habile : « si elles ne se sentent assez expérimentées, qu'elles appellent les chirurgiens exercés à cette affaire » (ch. XV delà Gen. ; Malg., II. 6j3). Il restait aux sages-femmes un champ bien vaste pour commettre des choses fâcheuses, et bien certainement elles ne faisaient appeler le chirurgien que quand, par des tentatives infructueuses, elles avaient au plus haut degré aggravé le cas. Ne le voyonsnous pas aujourd'hui encore, oii uneinstruction méthodique est donnée, et où existent des lois qui délimitent pour les sages-femmes le champ de leurs attributions. C'est par ce motif, que Paré dut sans aucun doute exposer avec beaucoup de soin les opérations au moyen du crochet tranchant, et celles relatives à l'extraction de la tête arrachée du tronc, puisqu'il ne restait que cela à faire aux chirurgiens dans les cas aggravés par l'intervention inhabile des sages-femmes. D'autre part, il est consolant de voir les modifications heureuses réalisées dans le domaine de la chirurgie, par ces hommes qui avaient procuré à celles qui pouvaient en avoir besoin le bénéfice d'une opération nouvelle, la version sur les pieds suivie de l'extraction, qui sauvait la vie de l'enfant d'une manière bien plus sûre qu'auparavant. On peut penser que les chirurgiens acquirent une grande habileté à pratiquer cette opération, que l'absence d'autres ressources rendait alors si souvent nécessaire. Il est toutefois regrettable qu'il n'ait pas donné les règles spéciales pour l'exécuter. Il s'est contenté de poser des indications générales, et il abandonnait à la sagacité de chacun le soin de trouver la manière de procéder dans chaque casparticulier. On regrette aussi l'absence d'un ordre systématique dans son exposition. Cet ordre ne pouvait pas facilement être suivi à cette époque, où il n'était pas donné aux accoucheurs (chirurgiens) d'observer la fonction de la parturition dans toute son étendue, mais de ne voir que les cas difiiciles, pour lesquels ils avaient été appelés, ceux justement qui déviaient de la règle générale. Ils étaient privés de recevoir les leçons de la grande maîtresse « la nature » de la voir dans son œuvre, puisqu'ils n'étaient témoins

que deseségarements, causés trop souvent parles mains de celles qui avaient été appelées à son aide. Si nous jugeons les doctrines de Paré par l'exposition que nous en avons faite, on voit les services qu'il a rendus, services considérables pour Tépoque où, il a vécu, et qui ont préparé à la médecine opératoire obstétricale un sort meilleur dans l'avenir.

§ 36. — Pierre Franco.

L'auteur le plus voisin comme date, qui a cherché à répandre les doctrines de Pxné sur la version podalique, fut Pierre Franco d'Orange dans le département de Vaucluse. NéàFurriers en Provence, il pratiqua la chirurgie pendant quelque temps à Berne et à Lausanne, comme le dit la dédicace de son livre. Il avait appris Tanatomie à Fribourg et à Lausanne, et vécut plus tard à Orange. Son écrit sur les hernies, la pierre, les cataractes, etc., révèle des connaissances pratiques.

Ses mérites, pour la taille par le haut appareil, ont été reconnus depuis longtemps dans les annales de la chirurgie. Le livre de Franco a été inspiré par son désir de combattre le charlatanisme de son époque au moyen d'une instruction solide, mettant en relief les principales méthodes curatives d'une manière claire et précise. L'auteur est entré dans une voie digne d'éloges, en faisant précéder chaque chapitre de notions d'anatomie, et en n'exposant, dans les moyens de traitement, que ce qu'une longue et solide expérience de trente-trois années lui avait appris à bien connaître. A côté d'un nombre considérable de maladies chirurgicales, on trouve dans son livre quelques chapitres consacrés à certains points d'obstétricie, qui ne sont, il est vrai, que la reproduction textuelle du petit écrit de Paré publié en i55o. L'importance du sujet peut seule excuser ce mode de publication. Franco commence par une description anatomique des parties génitales de la femme en général, et spécialement de l'utérus (ch. jS). La

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vieille comparaison, depuis si longtemps chère aux auteurs, est encore faite entre les organes mâles et femelles, et on n'y trouve à noter rien de nouveau ni d'important. Sous la dénomination de col de la matrice, il faut toujours comprendre le vagin, l'utilité de ses plis nombreux est parfaitement expliquée. FRA^'co décrit aussi les fibres de l'utérus, qu'il divise en droites, obliques, et transversales. L'existencede l'hymen ne lui paraît pas vraisemblable, puisqu'il ne Pavait pas trouvé chez les jeunes filles dont il avait examiné les cadavres, et aussi, puisque Galien n'en parle pas. Ce que Franco dit de la formation du fœtus, de ses membranes et du placenta (ch. 'j-]^^ ne diffère pas de ce qui se trouve dans les anciens auteurs. Au chapitre suivant (78), Franco décrit l'attitude du fœtus dans la matrice ; Fauteur a égard à celle des jumeaux (ch. 79). Leschapitres qui viennent ensuite (8o-85 et 87) sont une copie du traité de Paré. « La manière d'extraire les enfants», etc. Franco n'a pas eu honte de donner comme lui appartenant les faits de Paré. Par contre, le ch. 86 qui a pour titre : « D'une autre façon, et plus légère, avec le spéculum matricis » appartient bien à Franco ; il enseigne la manière d'appliquer cet instrument (à trois branches, dont il donne la figure, p. 399). Après l'avoir convenablement chauffé, on l'introduit dans le vagin jusqu'à l'orifice de la matrice, puis on le développe de façon à permettre à l'accoucheur d'introduire le bras jusqu'à la tête de l'enfant, puis on extrait le spéculum peu à peu : « Il faut tâcher, par tous moyens, de lui mettre le tête première, et le bien approcher du dehors, tant qu'il sera possible, en tirant toujours petit à petit le spéculum ». Franco n'était pas éloigné de l'invention du forceps, qui a été imaginé un siècle plus tard en Angleterre, et qui a eu sur l'obstétricie une si grande influence. On a inventé postérieurement, et dans les derniers temps, des forceps à trois branches (Leake puis Ritgen). Il est vrai que Franco, dans le cours du chapitre, dit aussi qu'on pourrait engager les pieds dans le spéculum, quand on ne réussit pas à y engager la tête. Les chapitres suivants (88-93) traitent des maladies utérines: le squirrhe, le carcinome, l'inflammation, la procidencc, etc.

Dans le chapitre 94, le spéculum, dont il a été question plus haut, est représenté et décrit plus nettement.

Obs. — L'écrit de Franco ne promet, d'après son titre, absolument rien d'obstétrical : * Traite des hernies, contenant une ample déclaration de toutes leurs espèces, et autres excellentes parties de la chirurgie, assavoir de la pierre, des cataractes des yeux, et autres maladies, desquelles comme la cure est périlleuse, aussi est-elle de peu d'hommes bien exercée : avec leurs causes, signes, accidents, anatomie des parties affectées, et leur entière guérison : par Pierre Franco de Turriers en Provence, demeurant à présent à Orange. Lyon, i56i, in-80.

Sur Franco, voy. entre autres * Guill. Fabricius Hildanus Anatomiœ prœstantia et iitilitas, ce qui est un court exposé de l'importance, de l'utilité et de lanécessité de ranatomie,etc. Bern., 1624, in-8°, p. 140; où il est fait mention de Petrus Franco, l'excellent chirurgien, lithotomiste et kélotomiste, renommé dans le monde, un très brave homme défunt, de son vivant chirurgien à l'école de Lausanne. On mentionne qu'il a confectionné avec une merveilleuse adresse des squelettes dont il a fait présent aux villes de Lausanne et de Fribourg, et qu'il enseignait parfaitement l'anatomie. Voy. encore * H. Boerhaave methodus stud. med. Ed. Haller. Amstel., i/Si, in-4°, p. 724, et de ce dernier encore, Bibl. chir., l, 211.

§ 37. — Jacques Guillemeau.

La voie ouverte par Paré et par Franco a été suivie d'une manière très distinguée par le disciple du premier, Jacques Guillemeau, né à Orléans vers 1 55o. Il a traduit en latin les œuvres dePARÉ, et en 1 594 il publia sur la chirurgie unlivre qui, dans un chapitre spécial, donne une médecine opératoire obstétricale concise(Trait. VII,ch. 3.). Plus tard, il écrivit un livre d'accouchements qui a encore eu quelques éditions après sa mort (il mourut le i3 mars 1 609) (i), qui furent soignées par son fils Charles Guil-

(i) Cette date n'est pas exacte, car il embauma le corps de Henri IV le i5 mai 1 610, et en 161 2 il dédia ses œuvres à Louis XI IL D'après le Dict. de Dezkimekis il est mort en mars 16 12 (Voy. t. I, p. 660). La première édition de V Heureux accouchement, qui est de 1609, a paru du vivant de l'auteur. (F.-J. H.)

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LEMEAu, et d'après Haller il fut traduit en anglais en 1612. Dans cet écrit, Guillkmeau se révèle comme un habile accoucheur, qui avait introduit dans sa pratique les préceptes de son maître, et quiavait cherché à les perfectionner encore. Son principal mérite consiste à avoir fait adopter de plus en plus la version podalique, et à l'avoir recommandée comme moyen capital de terminaison de l'accouchement, dans des cas de présentation de la tête, quand un accident ou un danger imposait de le terminer rapidement. Il a cherché à décrire, avec plus de précision que son maître, les manœuvres opératoires de la version, et de l'extraction du fœtus ; il a donné en général dans son livre une place plus large au côté pratique. Si des explications théoriques étaient nécessaires, il ne craignait pas de les emprunter à Hippocrate, à Aristote, à Galien. et même aux médecins arabes. Son livre se divise en trois parties, qui comprennent : la grossesse, l'accouchement et la puerpéralité. La première commence par exposer les signes de la grossesse, et renferme un tableau très net des phénomènes sympathiques: la coloration de l'auréole sera plus foncée (noirastre), si la femme porte une fille ; cette doctrine a été développée encore dans ces derniers temps (Hohl) ; c'est aux mouvements du fœtus que l'auteur accorde la plus grande confiance comme moyen de constatation de l'état de grossesse, et il donne à l'exploration du col l'importance qu'elle mérite.

Pendant la grossesse, on doit le sentir fermé, ramolli, plus élevé et dirigé plus en arrière. La grossesse molaire (fausse grossesse) est largement exposée ; d'excellentes règles hygiéniques terminent cette partie du livre. La seconde partie est consacrée, dans sa première moitié (ch. I-IX), aux soins à donner pendant les accouchements naturels et anormaux. Dans cette partie, l'auteur s'adresse surtout aux sages-femmes; on y trouve même des détails historiques sur les sages-femmes de l'antiquité. Il décrit la position de l'enfant dans la matrice (i), parle de l'élargissement du bassin pendant la grossesse, qui se prépare

(i) Les figures qui les représentent sont celles]de Roesslin. (F.-J. H.)

lentement pour l'accouchement (i). Comme couche, il recommande le lit ordinaire, et il vante les avantages de l'attitude ordonnée par Paré, flexion des jambes sur les cuisses, pieds ramenés vers le siège. La sage-femme fera à l'extérieur des frictions de haut en bas sur le bas-ventre (voy. Ruefk), des onctions avec beaucoup d'huile ou dégraisse sur les parties génitales pour les assouplir, le périnée est sûrement préservé ainsi, ce qui n'est dit nulle part. Quand l'enfant naît, la sage-femme devra le recevoir avec les deux mains, mais ne pas couper le cordon avant que le placenta paraisse. Aussitôt après Taccouchement, le ventre de la femme sera enveloppé d'une peau de mouton récemment dépouillé, après trois ou quatre heures, on l'enveloppera d'une bande. Giillemeau défend le sommeil à l'accouchée immédiatement après l'accouchement, elle devra être maintenue éveillée par de « belles paroles ». La deuxième moitié de ce livre est consacrée aux « accouchements laborieux et diflficiles » ; il est écrit spécialement pour les médecins et les chirurgiens, « attendu qu'il se trouve peu de sages-femmes assez expérimentées pour donner aide et secourir les femmes ». D'abord sont exposées les causes des accouchements difticiles ; elles peuvent dépendre de la mère, de l'enfant, du délivre ou de causes extérieures. L'auteur examine avecsoin les anomalies qui peuvent être combattues par l'hygiène ou les médicaments (ch.Xl), puis il parle (c. XII) des opérations à accomplir « par la main ».

Avant tout, l'accoucheur constatera quel est l'état de la mère, si elle est en état de supporter une opération, si l'enfant est encore vivant ou non ; à cet effet les signes de la vie ou de la mort de l'enfant sont très bien indiqués. Dans les convulsions

(i) GuH.LEMEAU cpoit pc)siti vemctit à rélargissement de la capacité pelvienne pendant le travail, et au ramollissement des liens préparé pendant la grossesse. « J'ai entendu craquer et entr'ouvrir les dits os, ayant mis entre les deux os barrés le doigt, y trouvant séparation manifeste... il quelques femmes qui étaient en travail, que j'ai ouvertes étant récemment mortes, afin de sauver leurs enfants... j'ai trouvé les dits os séparez et relâchez ensemble les ligaments qui les lioient être forts mollets et élargis. L'Heureux accouchement, livre second, ch. I. Œuv. de Clhir.de Guuj.emeau, Rouen, 1649, in-S", p. 298. (F.-J. H.)

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS 89

OU les hémorrhagies^ Tauteur recommande d'une manière pressante de faire la version sur les pieds, suivie immédiatement de l'extraction de l'enfant; il prescrit de ne pas faire celle-ci moyennant un seul pied, mais de dégager d'abord l'autre pied. 11 raconte qu'il a accouché ainsi la fille même de Paré, à cause d'une hémorrhagie. En cas d'hémorrhagie menaçante pendant la grossesse, l'accouchement (forcé) peut préserver de la mort. Très intéressant est le chap. XV qui a pour titre : « Moyen de secourir la femme, quand Tarrière-faix se présente le premier ». L^auteur décrit le placenta prœvia avec ses conséquences, sans avoir bien reconnu qu'il s'était primitivement développé sur l'orifice ; il pensait qu'il s'était détaché de son lieu habituel d'implantation, et était descendu au devant de l'enfant, opinion que P. G. Scha- CHER de Leipzig a combattue le premier en 1709, avec le mérite d'avoir, par une autopsie, démontré l'état réel des choses; Guillemeau n'en a pas moins indiqué le véritable traitement de cet accident, puisque la version sur les pieds suivie de l'extraction met fin à une hémorrhagie menaçant les jours de la mère. Le crochet représenté au ch. XVI, moyennant lequel on doit extraire la tète d'un enfant mort, a quelque analogie avec un levier, mais le nom, ctplus encore sa description et son emploi, laissent entrevoir que ce doit être un instrument tranchant (i). A cette

(i) Voici la description de l'instrument placée au-dessus de la figure :

(( Crochet propre à tirer l'enfant mort du ventre de la mère, lorsqu'il se présente la leste la première.... il sert aussi pour tirer la teste qui est demeurée seule en la matrice : sa longueur doit être de 10-12 poulces, de bonne force, et assez larget parla cuiller ».

En étudiant comparativement le passage de Siebold. et la description de GuiLi.EMEAU, et surtout la gravure en taille-douce qui se trouve dans l'éd. de 1642 de Y Heureux accouchement, on se demande ce qui peut avoir conduit l'éminent historien à abandonner la première idée qu'il exprime que « c'était un levier » pour le conduire à admettre que c'était un instrument tranchant « par la raison que dans la description se trouve le mot de cuiller ».

La gravure sur bois grossièrement exécutée qui accompagne ce chapitre dans les œuvres complètes de l'auteur (Rouen, )649, in-S», p. 32 i) n'est pas de nature à lever ce doute. Mon premier sentiment, qui s'est fortifié, a été que si alors on avait ajouté à ce premier crochet un second symétrique au premier, Palfvn n'aurait pas eu à

go SEPTIEME EPOQUE

occasion on soulève la question de savoir s'il est permis de sacrifier un enfant vivant au salut de sa mère. L'auteur se déclare pour la réponse affirmative, toutefois il ajoute que la réponse à cette question doit être donnée par la théologie : « C'est un point de théologie, lequel je laisse à décider à ceux qui sont plus versez que moy en telle science ». Dans les situations transversales, qui sont représentées par les figures les plus étranges, (celles de Rof.sslin), comme dans la procidence du bras à côté de la tête, si l'on ne peut arriver avec la tête, on fera la version sur les pieds. La version sur la tête est toujours mentionnée, mais la version podaliqueest préférée. Pendant l'extraction qui suit la version, Taccoucheur devra faire en sorte, pour que le dos de l'enfant se tourne en avant, ce résultat est obtenu par de savantes manœuvres. L'auteur a pratiqué l'opération césarienne sur la femme morte, mais, à l'exemple de son maître Paré, il la rejette sur le vivant: il cite toutefois des exemples de succès, mais il ajoute : « Mais quand cela serait arrivé, il ne faut plustot admirer que practiquer et imiter ». Le troisième livre s'occupe du traitement des accouchées et des accidents qui peuvent survenir pendant la puerpéralité. Ce dernier chapitre porte le titre : « de la nourriture et gouvernement des enfants », et il commence par une lettre aux mères pour les engager à nourrir elles-mêmes leurs enfants.

Obs. I. — Courtes notices biographiques sur Guillemeau dans: * Rech. crit, et hist. sur l'origine de la chir. en France. Par., 1744, in-4'', p. 553.

Voy. not. biogr. dans * Portal,//^^. de Vanat. et de la chir., Paris, T770, in-S", t. II, p. 180, où l'on commet l'erreur de porter la date de sa mort à 1609, ce que contredit la dédicace de ses œuvres complètes à Louis XIII, où il est fait allusion à la mort de son père Henri IV. * Dict. hist. de Dezeimeris, t. II, p. 660 où l'erreur est rectifiée et la date de la mort de Guillemeau est reportée à 161 2.

faire son invention plus d'un siècle plus tard. En tout cas, il me paraît difficile de voir là un instrument, dont le tranchant, douteux pour moi, aurait eu plus d'inconvénients que d'avantages. (F.-J. H.)

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l''iNVENTION DU FORCEPS g I

* Dans la * Biographie universelle, i85S, t. XXII, p. 700, la date de la mort de Guillemeau est portée à i6i3, nous ne savons sur quelles preuves. (F.-J. H.)

Les éditions des œuvres de Guillemeau sont les suivantes :

* La Chirurgie française recueillie des anciens médecins et chirurg-iens avec plusieurs figures, par Iac. Guillemeau d'Orléans, chirurgien du Roi et juré à Paris, Paris, 1 5 c)i,in-S°.* Les œuvres de chirurgie.Parïs, i SgSjin-fol. 161 2, Rou.mi, in-fol. (avec ladédfcace au Roy)(L. XIII).* Rouen, 1649, in fol. (où la dédicace au Roy est reproduite,

Guillemeau a traduit en latin les œuvres de Paré: Anib.Paraei op.chir. a Iac. G. latinitate donata. Paris, i582, in-fol. Francof., 1594, in-fol.

De Vheureux accouchement des femmes, ou il est traité du gouvernement de leur grossesse, de leur travail naturel et contre nature, du traictement estant accouchées et de leurs maladies ; par Jacques Guillemeau. Par., i6o9,in-8°. Nouv.édit. après la mort de l'auteur : « De la grossesse et accouchement des femmes^ du gouveimement d'icelles et moyen de survenir aux accidents qui leur arrivent, ensemble delà nourriture des enfants, par feu Jacques Guillemeau, chir. ord. du Roy, revu et augmenté de figures en taille-douce et de plusieurs maladies secrètes avec un traité de l'impuissance, par Charles Guilleme.\u, chir. ordin. du Roy. Par., 1620, in-8°. Ibid.* 1642.

Ce traité de l'Heureux accouchement se trouve reproduit dans les œuvres complètes.

Trad. anglaise de l'Heureux accouchement « Childbirth, the happy délivrance ofwomen. Lond., 1612, in-4°.

Obs. IL — Sur l'histoire du placenta praevia voy: * Chr. Jac. Seyler prœes. P. G. Schacher de placentœ uterinœmorbis. Lips., 1709, in-4'', § VIII, p. i3 : «Atquehœc ipsa placenta dubio sine primisgestationistemporibus radicesinhanc uteri partemimmiserat, utpote quoe ab utero non erat dissoluta, sed eidem limboque orificii interni tam pertinaciter adnata, ut non nisi vi adhibita separari potuerit ».

§ 38. — Influence de la version podalique sur Vétat de Vobstétricie.

L'importance considérable des doctrines pratiques de Paré, et de Franco sur les progrès de l'obstétricie, peut être appréciée par la conservation dans la pratique de ce moyen, permettant Tex-

q2 SEPTIEME EPOQUE

traction de l'enfant, alors cependant que beaucoup d'autres opérations imaginéesdepuis, et misesà la disposition del'accoucheur ne peuvent la suppléer. Aux accoucheurs français appartient l'honneur d'avoir ouvert cette voie nouvelle. Les accoucheurs d'alors, et ceux qui vinrent après eux en France, ont regardé cette méthode nouvelle comme une propriété nationale bien acquise, et ils se sont efforcés de perfectionner la version podalique, suivie de l'extraction, alors que déjà le forceps avait trouvé en France un accueil favorable et bien mérité. L'obstétricie se trouvait enrichie d'un moyen qui avait fait reculer au second plan les opérations cruelles ayant pour résultat le sacrifice de l'enfant ; et celles qui se confiaient aux soins des accoucheurs pouvaient se livrer à l'espoir de mettre au monde des enfants vivants. Il restait encore un trop grand nombre de cas, où cet espoir ne serait pas réalisable, mais la version céphalique qui avait joué un si grand rôle était remplacée par une version plus sûre dans son effet ; aussi la première fut-elle complètement délaissée en France, si bien qu'il fallut un terme très long avantque les accoucheurs fussent de nouveau rendus attentifs à son utilité. L'ardeur des accoucheurs pour leur art, les progrès qu'ils accomplirent ne rétrécirent que peu en France le cercle d'activité des sages-femmes. L'obstétricie ne pouvait rien encore espérer d'elles en ce moment, elle devait tout attendre du zèle des accoucheurs.

Obs. — En examinant la version podalique au point de vue historique, on ne devra pas perdre de vue que cette opération a été mentionnée par Roesslin dans son Rosegarten (voy. plus haut § 3), il est vrai bien superficiellement, et sans qu'il en ait bien apprécié toute la valeur, comme cela a été fait parles accoucheurs français. A eux donc appartient l'honneur sans restriction de l'avoir introduite dans l'obstétricie. La parole de Malgaigni: « on ne trouve ni dans Roesslin, ni dans Ruekf, ni dans aucun auteur avant Paré le précepte de la version sur les pieds » (t. II, p. 702) ne devra être admise qu'avec les rectifications exposées plus haut.

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DU FORCEPS g3

§ 39. — Opération césarienne sur la femme vivante.

Le siècle, qui avait enrichi la science d'une opération aussi salutaire que la version podalique, la dota d'une autre encore qui, par son importance et ses suites, ne le cède pas à la première ; elle en diffère cependant par son action, mais son but est aussi la conservation de la vie de l'enfant. Elle est un témoignage du zèle qui animait les accoucheurs de l'époque, pour faire disparaître de l'art tous les procédés cruels et barbares qu^ils avaient hérités des siècles passés ; la méthode nouvelle consiste à ouvrir à l'enfant une voie nouvelle, en sectionnant le ventre et la matrice, quand des obstacles s'opposent à sa sortie par les voies naturelles. Il a été démontré (t. I, § 58) que l'opération césarienne sur la femme morte remontait à la plus haute antiquité, qu'avant le christianisme elle avait été imposée par la législation, qu'elle avait été conservée par des prescriptions réitérées de l'église (vol. 1, § i3o), quand le monde fut éclairé par la lumière du christianisme. C'est en vertu de ces doctrines, que les écrits de RoEssLiN renferment les indications nécessaires pour l'exécuter, quand une femme avait succombé en état de grossesse ; l'histoire a conservé les noms célèbres d'hommes qui avaient dû le jour à cette méthode ; toutefois l'idée de pratiquer cette opération sur la femme vivante n'était venue à aucun accoucheur. Dans l'antiquité, la vie de l'enfant avait peu de prix, dans les cas difficiles il était sacrifié pour la mère. 11 était réservé au XVI" siècle d'ouvrir une voie nouvelle et de pratiquer sur le vivant une opération qui n'avait été faite que sur le cadavre. Les premières traces de cette opération remontent aux premières années du XVI« siècle, le devoir de l'historien est de la suivre avec précision, mais il ne peut trouver des indications nettes et certaines que dans des recherches littéraires, et celles-ci ne donnent des documents positifs qu'à la fin du XVI'' et au commencement du XVI L' siècle.

Obs. — Le savant D'" Fllda à Offenbach a démontré naguère

d'une manière irréfutable que dans les livres juridiques des juifs, non seulement dans le Talmud, mais dans les codes postérieurs, la possibilité de la survie de l'enfant à la mère était connue, et que les livres commandent expressémeni de sauver l'enfant en pratiquant l'opération césarienne sur la mère. Voy. son écrit ; « Beitrag nir Geschichte des Kaiserchnittsmit besonderer Be\ichiuif^ aiifdic Schrift des Herrn Mx-^svklh : Ueber dus Alter der Baiich-iind Gebarmiitter-schnittes an Lebenden » (Contrib. à l'histoire de Top. ces. et examen de l'écrit de Mansfeld sur Tantiquité de l'op. ces. sur le vivant), dans : * El. v. Siebold, Journal f. Geb., VI, 1826, p. I. II ressort des recherches ultérieures de ce savant que l'opération césarienne sur le vivant n'a pas été pratiquée dès le commencement du douzième siècle, ni plus tôt par des juifs, comme essaie de le démontrer dans sa dissertation Mansfeld * Ueber das Alter des Bauch-iind Gebdrmutter schnittes an Lebenden (Sur Tâge de l'opération césarienne sur le vivant). Brunsw., 1824, in-8°. Fulda termine son écrit par ces mots : « Bien que dans le Talmud se trouve une indication obscure de l'opération sur le vivant, on ne peut ravir au XVI* siècle l'honneur de l'invention de l'opération césarienne sur le vivant, pas plus qu'on ne peut dépouiller Franklin de l'honneur d'avoir inventé le paratonnerre, sous prétexte que la conductibilité du fluide électrique par les métaux avait été connue avant lui, pas plus qu'on ne peut ravir à Jennek l'honneur de la découverte de la vaccine, par la raison qu'un pasteur hanovrien avait soupçonné depuis longtemps la vertu préservative delà pustule vaccinale ».

40. — Observations anciennes qui ont pu conduire à ouvrir la cavité abdominale sur le vivant. — Abulcasis, Nicolas Nicolus.

E n poursuivant l'histoire de l'entreprise si hardie, d'extraire Tenfant à travers une plaie faite à l'abdomen d'une femme vivante, on arrive aux médecins arabes, parmi lesquels Ablilcasis donne dans ses livres de chirurgie une observation remarquable ; il aurait, dans un cas de grossesse (extra-utérine), extrait des os de fœtus d'un abcès de la région ombilicale ; et il ajoute la réflexion suivante : « Et ego hic loci rarum adduxi factum, nimirum in illo est scicntia et juvamen illis, qui conabuntur arte manuali et medica hujusmodi curationem aggredi (Ed. Chaning, p. 339). Dans le fait, on était, par de semblables observations, naturelle-

ment conduite imiter la nature, et à suivre la voie qu'elle avait tracée dans l'évacuation d'un abcès, pour extraire un enfant qui s'était trouvé dans la cavité abdominale ; et effectivement les premiers faits connus d'extraction d'enfants sur le vivant, par cette voie, se rapportent à des cas où ils avaient occupé la cavité abdominale. Une observation qui appartient à un médecin florentin du X'V* siècle, Nicolas Nicolus confirma l'observation d'AsuL- CASis, elle peut bien avoir contribué à donner aux chirurgiens l'audace d'entreprendre cette opération sur la femme vivante. L'affirmation de nouveau reproduite, que les écrits de Nicon:s (aussiappelé Nicolasde Falconis] contiennentle premier exemple d'une opération césarienne suivie de guérison, repose sur une méprise, qui, comme d'habitude, s'est propagée d'un auteur à un autre. Apres avoir raconté les cas d'ABULCASis, Nicolas dit : « Ego quoque a fide digno audivi, quod similis casus evenit Florentins in quadam muliere, cujus fœtus fuit in ventre ejus : et detumuit tune venter ejus emissis pluribus superfluitatibus fétu rémanente interius ex qua existimavit se non fuisse prœgnantem ; et inde ad menses facta est apertio in ventre ejus et extracta sunt ossa fétus et remansit sana ». Personne ne saurait mettre en doute qu'il y ait eu grossesse abdominale dans ce cas, et qu'il se fit une ouverture spontanée, pour peu qu'on soit familiarisé avec la latinité du moyen âge : cela se fit quelques mois plus tard (ad menses), après que par le vagin s'était écoulé une certaine quantité de liquide, commele constatent des faits récents. NicoLUS considère aussi le cas comme tel, et de nature à pouvoir donner un indice sur ce qu'il y a à faire en pareille circonstance ; et à la fin de l'observation, il répète les mots d'AsuLCASis. Dans le fait, les premiers cas d'ouverture de l'abdomen publiés au X"VI"^ siècle n'étaient que des cas de grossesse abdominale, ce n'est que plus tard qu'on ouvrit la matrice gravide.

Obs. — La Bibliothèque de Gôttingue possède deux éditions de l'écrit de Nicolas Nicolus : la plus ancienne des « Sermones médicinales VU » est de Tannée 1491, impressione BernardinideTridino de Monte ferrato. Venetiis, in-fol. max. en 4 vol.,

gÔ SEPTIÈME ÉPOQUE

sans titre spécial, très belle impression en lettres gothiques. La seconde, également en 4 vol. porte letiire de « Nicolai Nicoli Florcntini philosophi medicique prœstantissimi de medica materia septcm sermonum liber medicinam exercenti imprimis necessarius nuper diligentissimc cxcussus ciim indice tiim capitum tiim omnium qua' notatu digna visa sunt copiosissima. Nunquam antea excusa.Wcnet. ex. offic. Lacantonii Junte, i533, in-fol. Le passage cité plus haut se trouve dans Scrmo VII (de chirurgia). Tract. III., Summ. TL, cap. 46, p. 70 b, de la première édition ; p. 88, de la seconde. La bibliothèque de l'université de lena possède la première édition, d'après la communication obligeante de mon ami le vénéré Professeur Haeser. Une autre édition de Nicolai de FAhco'sis,Sermones médicinales, impr. Papiœ, in-fol. se trouvait dans la collection des livres du D"' F. Wernekinck à Munster (voy. le catalogue de vente de 1 840, n" 2753, avec Tindication : « très rare »), elle se trouve maintenant dans la bibliothèque de M. le D"" Drufel, dans la même ville (d'après des renseignements épistolaires). D'après Hallkk, [Bibl. chir., t. I, p. 160). Nicolus vivait à la tin du quatorzième siècle. Le manuscrit de ses livres, qui se trouve dans la Bibl. roy. de Paris, est de 1454. Au reste Haller avait commis Terreur citée ci-dessus, admise par Sprengel dans son traité sur l'opération césarienne, qui a passé dans le * J. Th. Pyl. Repertoriumfiïr die gerichtl Ar'{neiy}>issensehaft. 2 Bd. Berl., 1791, in-8'', 122 [Répertoire de méd. lég.).

i^ 41. — L'opération césarienne de Jacques Nu/er.

Dans le supplément à la traduction latine du livre de Fr. RoussET, que publia G. Bauhin, se trouve le récit suivant : (' L'an i5oo, Elisabeth Alespach, femmede Jacques NuKER,châtreur de porcs du village de Siegershensen, paroisse de Hûttwylen, mandement de Gottlieben en Thurgowie, étant grosse de son premier enfant, et sentant depuis quelques jours des douleurs pour accoucher, Ht venir successivement treize sagesfemmes, et quelques lithotomistes, pour la soulager ; elles firent beaucoup de tentatives pour procurer Taccouchement, mais elles furent inutiles : Comme elle ressentait des douleurs fort vives, et qu'il ne lui restait aucune espérance de soulagement, son mari lui dit, que si elle voulait avoir con-

fiance en lui. il entreprendrait une opération qui, avec la grâce de Dieu, pourrait réussir; cette femme lui répondit, qu'elle était dans la résolution de tout souffrir. Comme l'affaire était délicate, le mari fit demander au Président de Frauenfelden (chef-lieu du canton), la permission d'entreprendre cette opération; ce juge fit d'abord quelques difficultés, mais étant informé de l'état de la femme, et de la bonne volonté du mari, il consentit qu'on fit l'opération qui lui avait été proposée ; le mari étant retourné chez lui dit aux sages-femmes, que celles qui seraient assez courageuses pour lui aider, pouvaient rester dans la chambre, mais que les plus timides eussent à se retirer, qu'il allait entreprendre quelque chose dont il espérait le salut de sa femme, avec l'aide de Dieu. Les sages-femmes ayant compris et admiré ce dessein se retirèrent au nombre de onze, deux plus courageuses restèrent avec les lithotomistes pour prêter assistance. Après avoir imploré le secours divin, et fermé soigneusement la porte, il coucha sa femme sur une table, et lui fit une incision au ventre comme aux porcs, et. du premier coup, ouvrit le ventre si heureusement, que l'enfant fut extrait de suite sans lésion. Les onze sages-femmes qui étaient restées hors de la maison, ayant entendu les cris de l'enfant, demandèrent à rentrer (mais en vain», elles ne furent admises qu'après qu'on eut lavé l'enfant et réuni la plaie à la manière des vétérinaires. La plaie se réunit fort heureusement, sans qu'il arrivât à cette femme aucun accident. Quelques années après cette opération, elle accoucha de deux enfants, dont l'un, nommé Jean Nufer, a été juge à Siegershensen, et vivait encore en i583. Après ces jumeaux elle eut encore quatre enfants. L'enfant extrait par l'opération ne mourut qu'en 1577 ; sa femme, ses enfants et petits-enfants vivent encore en i588 (date de la traduction du Taité de Rous- SET par G. Bauhin). Ce cas, qui est rapporté par tous les auteurs comme la première opération césarienne sur le vivant, ne manque pas de soulever deux questions; mérite-t-elle toute confiance comme authenticité ? et. dans l'affirmative, cette ouverture des parois abdominales à travers laquelle on extrait un enfant,

g8 SEPTIÈME ÉPOQUE

n'est-ce pas celle d\in kyste extra-utérin ? nulle part, dans le récit, il n'est question de l'incision de la matrice ; dans l'original on lit : « Abdoniini vulnus in-fligit, verum primo ictu ita féliciter abdomen aperuit, ut subito infans absque ulla lesione extractus fuerit ». Au reste, la femme accoucha heureusement plus tard sans le secours de l'art, ce qui prouve qu'il n'y avait eu chez elle aucune déformation pelvienne. Gomme Bauhin n'a eu connaissance de ce fait que par les récits qu'il rapporte, il peut subsister quelques doutes sur sa réalité.

Obs. — Le récit de Baihin se trouve dans : T 'aT£poTO[j.o-:o/'.ta Franc. Rousseti gallic. prim. édita nuncvej'o Carp. Bauhini med. doct. et prof . in acad. Basil opéra latine reddita, multisque et variis historiis in appendice editis locupletata comprobata et conjirmata. Basil., i588, in-S", p. 177: imprimé dans Gynaec. IsR. Spachu. Argent., 1597, in-8", p. 480.

Cette observation se trouve reproduite par Simon dans ses Recli. s. Vop. césar. (Mém. de TAc. de Chir., éd. in-40, t. I, 625), malheureusement, ce qui a trait h l'ouverture du ventre est tronqué; nous avons reproduit cette traduction en la complétant. (F.-J. H.)

§ 42. — Paul Dirlewang et Mathias Cornax.

Bien plus importante est l'ouverture du ventre pratiquée par Paul Duîlewang à Vienne en 049, sur une femme qui, depuis quatre ans, portait un enfant mort. 11 s'agit aussi d'une grossesse abdominale, où, d'après le récit, une seule chose reste douteuse, à savoir si, originairement, l'enfant était dans la cavité abdominale, ou si, comme le croyaient les médecins, il avait passé dans la cavité abdominale, à travers une ouverture de la matrice. La femme était devenue enceinte en 1 545 ; au terme normal, les douleurs s'étaient manifestées, la sage-femme appelée engagea la femme à coopérer aux douleurs avec énergie, lorsque tout à coup on entendit un craquement (fragor quidam increpuit saiis sonorus;, d'où l'on conclut que la mère ou l'enfant avait subi une

Di; RETABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DU FORCEPS Q^

lésion (magnam vim vel fœiui, vel matri illatam fuisse, vel certe conquassatum infantis caput in partes discessisse). A la suite, il se produisit un état de souffrance dans le bas-ventre, et une langueur qui dura pendant plusieurs années, il se fit par le vagin un écoulement ichoreux fétide, quelquefois plus abondant, quelquefois moindre, qui dura pendant quatre années, jusqu'au moment où il se forma, dansla région ombilicale, un abcès qui donna issue à un liquide fétide, dans lequel on sentit bientôt un humérus du fœtus. Cet état dura encore pendant quelques mois, jusqu'au moment, où furent mandés les chirurgiens Sixtus Wirt, Paul DiRLEWANG et Pierre Winckler. qui appelèrent en consultation deux médecins, Jean Enzianer et Mathias Cornax. Tous, à l'unanimité, décidèrent qu'il y avait lieu de pratiquer une ouverture à l'abdomen. L^opération fut pratiquée en novembre 1549. On fit une incision d'une longueur de 8 pouces (22 centim.) qui, commencée à l'ouverture de l'abcès, se dirigeait vers le côté droit, à travers laquelle Paul Dirlewang fit l'extraction, par morceaux, d'un fœtus du sexe masculin à moitié putréfié ; la tête fut écrasée et les os furent extraits l'un après l'autre. La plaie guérit et la femme se rétablit contre toute attente ; mais elle succomba en i53i à la suite d'une nouvelle grossesse.

Elle s'était opposée à ce qu'on fit de nouveau une incision, que Cornax et Dirlewang avaient jugée indispensable, à cause de l'insuffisance des contractions; l'opinion des deux médecins avaitété: « impossibile esse ut conatus femince tam lacero utero, incisis per longum musculis et abdomine, tanti esse possent, qui in utero contentum, etc. possent expellere ». L'opération césarienne, pratiquée aussitôt après la mort, amena un enfant mort.

Obs. I. — Le cas est raconté par Cornax lui-même dans ses : « * Mcdicœ consiiltatiunis apud cegroîos secundum artem et expericntiam salubritcr institiicndœ cnchiridion. Basil., 1564, in-8°,p. 188. Voy. encore dans "" Rkmb.Dodonaei medicinaliiim observationum cxempla rara, recognita et aiicta. Colon., i58i. in-8°,3o6, et dans * Marc Donati demedica historia mirabili libri sex. Venet. 1 588, in 4°,Iib IV. c. 22, p. 239. Un cas presque analogue est raconté dans le livre de Donodaeus, p. 3 28, par Achilles

P. Gassarus; seulement celui-ci n'a eu qu'à faire l'ouverture d'un abcès à la paroi abdominale, à travers laquelle les os du fœtus sortirent peu à peu.

Obs. II. — La narration de Cornax permet de jeter un coup d'œil sur l'obstétricie en Allemagne à cette époque. On appela d'abord un certain nombre de sages-femmes, celles-ci appellent à leur tour des chirurgiens, et comme ces derniers n'osèrent rien entreprendre à cause de la gravité du cas : « majus esse negotium, pensèrent les chirurgiens, quam ut ipsi quippiam certi in hoc casu siatuere vel debeant, vel possint : accersendos esse niedicinœ aliquot doctores. quorum consilia merito accedere debeant, et si quid in re tam ardua faciendum superesset, sibi consultum videri ut id ex eorum matura deliberatione proficiscaturx. Ce n'est qu'après cela, que les chirurgiens entreprirent l'opération.

§ 43. — François Roiisset.

Le premier écrit consacré à l'opération césarienne, dans Tacception la plus complète du mot, parut seulement en 1 58 1 ; il a pour auteur un chirurgien français, Françoys Rousset ; il prit à tâche de dissiper les préjugés des contemporains contre cette opération et de mettre en lumière son utilité. Rousset appela cette opération « Enfantement césat^ien ou Hysterotomotokie, et précisa nettement son objet par le titre de Touvrage qui porte : « Extraction de l'enfant par incision latérale du ventre, et matrice de la femme grosse ne polluant autrement accoucher. Et ce sans préjudicier à la vie de l'un ni de l'autre., ni empescher la fécondité maternelle par après ». Ainsi le but de Topération est la conservation de la mère et de l'enfant, dans les cas où la naissance ne peut se faire autrement. Comme causes de ces accouchements difficiles, et, par conséquent, comme indications de l'opération césarienne, l'auteur indique : du côté de l'enfant, un volume trop considérable, une grossesse gémellaire compliquée de môles, des monstruosités, une présentation défectueuse qui n'a pu être corrigée ; du côté de la mère, ctroitesse des voies génitales, toutefois l'auteur ne mentionne pas l'étroitesse pelvienne; trop grande jeunesse de la mère, ou son âge trop avancé, qui ne per-

met plus, pendant raccouchement, l'écartement des os pelviens, l'étroitesse de la matrice et ses maladies, des calculs urinaires. L'opération césarienne se soutient par « trois probations : i) par histoire ; 2) par raison; 3) par authoritez ». La première comprend une série d'opérations graves sur des parties analogues. Il y a des histoires bien merveilleuses mais qui n'inspirent pas grande croyance, par exemple une femme accouchée six fois par un chirurgien (Tonsor), qui aurait ouvert le ventre et aurait ainsi amené des enfants vivants. La septième grossesse se termina par la mort, parce que le chirurgien avait succombé.

Il y a aussi des cas, où plus tard, des femmes sont accouchées naturellement et même facilement. Toutes ces histoires reposent sur des communications vagues, verbales ou écrites, qui se rapportent aux années 1 542-1 578. L'auteur examine ensuite l'innocuité des plaies des muscles abdominaux, du péritoine et de la matrice, qu'il cherche à prouver par des passages d'anciens auteurs, où l'on voit terminées heureusement des opérations de hernie, ainsi que d'autres lésions, même des extirpations de la matrice ; il établit une comparaison entre la matrice et la vessie qui a dû être fréquemment incisée pour l'extraction des pierres qu'elle renfermait. Enfin, il cite des opérations plus graves que l'opération césarienne, pratiquées sur la matrice, telles que l'ouverture qu'on y a pratiquée pour faire l'extraction de fœtus morts et putréfiés, l'application sur elle d'un fer rouge pour des ulcères, l'ablation de tout l'organe tombé en gangrène, ainsi que les cas de perforation de la matrice par le fœtus et son passage dans la cavité abdominale, dont il n'a pu être extrait que par l'ouverture du ventre. Comme preuve de Tinnocuité de l'opération, il cite l'exempled'animaux auxquels on enlève la matrice pour les rendre stériles, sans aucun danger pour eux; et il démontre, qu'après l'opération césarienne, la femme a encore pu avoir des enfants. En terminant, l'auteur trace, pour les chirurgiens, les règles relatives à l'exécution de l'opération. Il recommande deux instruments tranchants : « rasoir à poincte, rasoirà bouton.. .,à la façon d'un couteau de tripière, afin que la poincte n'offense pas le

petit en se remuant, ou autrement «. L'incision sera faite sur le côté droit ou sur le côté gauche du ventre (section latérale), suivant la direction du muscle droit. Les téguments, les muscles, le péritoine et la matrice seront incisés avec toutes les précautions pour que l'enfant ne soit pas lésé. Après l'extraction de l'enfant et du délivre, la plaie sera soigneusement nettoyée, on ne mettra pas de suture à la matrice, attendu qu'elle se resserre d^elle-même. Les parois abdominales seront réunies par la suture (gastrorrhaphie),et on aura bien soin de ne pas léser les intestins avec l'aiguille. Le traitement ultérieur est celui des grandes plaies ; seulement l'auteur recommande d'introduire dans l'orifice de la matrice un pessaire tubulé fait avec de la cire, afin d'assurer l'écoulement des humidités utérines. Il recommande en outre de faire de fréquentes injections avec des décoctions de diverses plantes dans du vin et de l'eau.

Obs. — Voy . * Traitte novveav de Vhysterotomotokie ou enfantement cœsarien^ etc. (voy. plus haut titre expliqué), par Françovs RoussET médecin. A Paris chez Denysdu Val., au Cheval volant, rue St-Jeande Beauuais, i58i. Avec priuilège du Roy, 228 pages pet. in-8°.

Au verso du titre il y a un sonnet de l'authcur au lecteur chirurgien.

Qui le nœud Gordien jadis eust peu deffaire Le dénouant tout beau, l'Oracle l'assurait, Que de toute l'Asie aisément iouyrait, Mais qu'autrement jamais n'esperast de le faire.

Alexandre voyant (resveux sur cet affaire) Qu'à plus y essayer en vain travaillerait, Quoy qu'il en deust venir, résolut qu'il ferait Son desseing au Couteau (présage sanguinaire).

Amy, l'enfantement, qui se présente icy,

Est un nœud Gordien : sois Alexandre aussi,

Ein secours plus humain, point cruel, hors d'envie

A ce grand n'apporta l'Asie onc tant d'honneur, Qu'au monde t en donnera des Césars le hon heur. Que leurs mères, et eux tiendront de toy la vie.

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS Io3

Il n'y a point d'autre édition française que celle de i 58 1. La traduction latine a eu plusieurs éditions (voy. paragr. suiv.) ; l'ouvrage a aussi été reproduit dans les collections gynécologiques. Paré, opposé à l'opération césarienne, a signé la permission de l'imprimer avec Henry de MoNANTHUEiL, professcur du Roy es mathématiques et Doven de la Faculté de médecine (voy. p. •^28).

Voici le jugement de Haller sur ce livre (Bibl. Ch., \, 240) :

« Egregius est labor, cordate et mascule scriptus, cujus eo seculo nil prodiit simile. »

Et celui de Malgaigne : « Ce livre est le meilleur du XVl'^ siècle » (Ed. Park, II, 718, note 2).

Nous avons cru devoir ajouter ces deux opinions à celle de notre éminent historien. (F.-J. H.)

§' 44. — Gaspard Bauhin.

La vulgarisation de l'écrit de Rousset, en dehors delà France, est due surtout à Gaspard Bauhin, médecin à Baie, et professeur de botanique à Puniversité de cette ville (mort en 1624), il en fit une traduction latine qu'il ajouta d'abord à la seconde partie de sa collection gynécologique (i 586). Déjà, dans sa préface, il promettait un supplément aux observations de Rousset, dont la plupart sont désignées par lui comme « prope incredibiles et a veritate nonnihil aliénas » ; il remplit cette promesse dans les éditions ultérieures de la traduction de Rousset, quMl fit imprimer d'abord seule, et à laquelle il ajouta plus tard un appendice renfermant un grand nombre d'observations tendant à confirmer celles de Rousset. Bauhin commence par l'histoire de Nufer rapportée plus haut (§ 41), qui remonte à Tannée 1 5oo, il la rappelle dans la préface de la reproduction de l'écrit de Rousset, jointe à sa collection gynécologique. Quelque chose ébranle la confiance qu'on pourrait accorder à ce récit, c'est l'indication du lieu où le fait se serait passé, qui est désigné différemment dans la préface et dans l'observation même. Bauhin cherche à appuyer les faits de Rousset par d'autres, tirés de sa propre in-

104 SEPTIEMK EPOQUE

formation. Il cite, comme nouvelle. Textraction d'un fœius à demi putrétié à travers les parois abdominales, après qu'il s'y était formé un abcès, qui avait été ouvert par une femme moyennant un poinçon, et dont l'ouverture avait été élargie par un chirurgien. La femme ne mourut que deux ans plus tard (1524), après avoir mené une existence misérable. L'assertion de RoLssET, que des blessures de la vessie et l'extirpation de la matrice toute entière ne sont pas si dangereuses, est appuyée par de nouveaux exemples, il cite même l'observation de Cornax (§ 42) et il y ajoute quelques faits étranges, tels que la naissance d'un fœtus avec deux serpents, comme la superstition en rapportait souvent à cette époque.

Obs. — La première traduction de Bauhin parut dans ses * Gynœcior., X. II, Basil., i 386, in-4°, en même temps qu'un chapitre d'AsuLCASis sur les maladies des femmes. Les quelques éditions, avec Vappendice promis en i586, sont:

* TaTspotoaoTo/.'.x RoussETi gallic. prim. édita nunc vero a Casp. Bauhini opéra latine reddita multisqueetvariis historiisin appendice lociipliitata, comprobata et conjirmata. Basil., i588, in-8°.

* Fœtus viviexmatre vira sine alterutriiis vitœ periculo cœsura a Fr. Rousseto gallic conscripta. C. Bauhino latio reddita, etc. Basil., lOQf, in-8°.

* Exsectiojœtus vivi ex matre viva sine alterutrius vitœ periciilo et absque feciinditatis ablatione a Fr. Rosseto gall. conscripta C. Ewmiio latio redita, etc. Francof.. 1601, in-8° (reprod. dans Gynec.de Spach, 1597, p. 448). Une traduction allemande derécritdeRoussETaéiéfaiteparMELCH.SEBiz.Strasb., i 383,in-8°.

§ 45. — Critique des cas d'opération césarienne du XVJ^ siècle.

Si on soumet à une critique impartiale les faits que nous livre le XVI<= siècle sur cette nouvelle opération, afin d'y rechercher l'origine et le développement de l'opération césarienne, il en ressort, tout d'abord, que la plupart des faits manquent de l'authenticité nécessaire pour imposer une confiance complète, car les uns émanent d'une source très douteuse, d'autres sont présentés

DU RETABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DU FORCEPS lOD

avec des circonstances telles, qu'ils paraissent impossibles, comme le démontrent les faits de Rousset et de Bauhin. Ils s'adaptent trop exactement aux assertions de leurs auteurs, si bien que déjà les contemporains en niaient l'authenticité. Ceci a trait surtout à l'ouverture de la matrice, dont on ne trouve aucun fait authentique auXVI« siècle. Par contre, les observations, dont Tauthenticité ne peut être contestée, ont trait à des grossesses où l'enfant se trouvait en dehors de la matrice, et d'où il a pu être extrait par la simple incision des parois abdominales : tel est le cas de NuFER raconté par Bauhin, s'il faut l'admettre comme réel : tel est encore le cas de Doering. qui remonte à Tannée i53i, d'une femme de Neisse ; celui de Donat de 1 540 ; l'observation de Cor- NAX, 1549. ^^^ appartiennent beaucoup d'exemples relatés par Rousset et par Bauhin, comme une observation analogue qui date de iSgS et relatée par Jac. Primerose, médecin anglais, et beaucoup de cas analogues de cette époque renfermés dans les écrits de Schenck et d'autres. Nous avons déjà indiqué plus haut, ^ 40, l'origine de l'audacieuse tentative d'ouvrir le ventre dans ces cas où la nature avait elle-même donné les indices du procédé à employer. Il est incontestable que là se trouve la première impulsion donnée à l'opération césarienne, et l'indication de la possibilité d'amener au jour l'enfant par cette voie nouvelle. C'est ainsi qu'à la tin duXVI* siècle et au commencement du XV IP, l'opération césarienne fut dans toute son extension, admise au rang des opérations obstétricales, et il est incontestable que ce sont les écrits de Rousset et de Bauhin qui ont le plus contribué à sa vulgarisation. Déjà, en iSgS. un médecin hollandais Bald. Ronsseus consacra à l'opération nouvelle dans son tract. « De morbis muliebribus », un chapitre spécial « caesonum eximendorum ratio n où il donne les règles pour l'exécution de cette opération, il est vrai sur une mourante seulement, dans le but de sauver l'enfant, une planche représente la direction de l'incision (à gauche de l'ombilic); Rodericus a Castro, médecin vivant à Hambourg, fournit les détails de l'opération césarienne plus longuement que Rousset, mais d'après lui, dans son grand

livre « De morbis vmlierum ». En Italie, Scipion Mercurio, médecin à Rome, chercha à répandre cette opération dans son livre « La Commare o Raccoglitrice » dont la première édition est de 1604 (voy. plus bas § 58). Il avait étudié en France en iS/i et 1572. et il avait appris à connaître cette opération parles médecins et chirurgiens français, plus tard par le livre de Rousset.

Obs. — La première relation de la gastrotomie, pratiquée le 9 déc. i535 à Neisse en Silésie, se trouve dans : * Nie Polius Hemcrologhim silesiacum Vratislaviense. Leipz., 1612, in-fol. L'enfant vécut un an et demi, « mais la mère succomba le troisième jour dans de grandes douleurs ». Le cas est raconté avec plus de détails dans une lettre de Mich Doering à Fabr. de Hilden. Voy. paragraphe suiv.

L'opération racontée parT>ON\T, De med. histO}\ mirabili^ouv. c, p. 240) a été pratiquée par un chirurgien ambulant (quidam exils, qui per villas percurrentes peregrinantur). La femme accoucha plus tard, naturellement, quatre fois.

Le cas raconté par Primerose a trait à une femme âgée de trente ans qui était accouchée neuf fois. Elle devint enceinte de nouveau en mars 1591, au terme normal, les douleurs se déclarèrent mais cessèrent bientôt. Les mouvements de l'enfant ne se manifestèrent plus ; le ventre resta volumineux, surtout du côté droit. La menstruation reparut; en 1594 se manifestèrent, de nouveau, des symptômes de grossesse: mouvements de Penfant et développement du ventre, au 8- mois les mouvements de l'enfant furent très actifs et irréguliers ; des douleurs se manifestèrent encore, qui cessèrent aussi bientôt sans avoir produit de résultat, il resta une tumeur dans le ventre seulement du côté gauche. En juin 1595, il se forma, à la droite de l'ombilic, un abcès qui donna issue à beaucoup de pus et d'os de fœtus. Au mois d'août de la même année, on se décida à ouvrir la seconde tumeur qui restait, on en sortit les os d'un second fœtus, à la suite de quoi la femme recouvra sa santé première. Voy : * Jac. Primerosi de mulicrtim morbis libri quinque, Roterod., i655, in-4°, p. 3i6.

* JoANN. ScHENKii u Grafcnbcrg, Observ. med. rar. nov. adfnirab. et monstruos. Tom. ait. Francof. , 1600, in-S". Lib. V, De fœtibus.

* Bald. Ronsseus, demorb. mulierib.^ p. 1 32, cap. XXIII, in : ej Opuscîil. med. Lugd. Bat., 1618. in-8".

* RoDR. A Castro. Liisitani de universa muliet'um medicina pars II. H. amb., i6o3, in-fol. Lib., IV, c. III, p. 281.

* La Commare 0 Raccoglitrice dell'excell. Signor Scipion Mercurio. Ult. edit. corretta, etc. Veron., 16 12, in-4% lib. II,

c. XXVIII, p. 169. L'auteur ne peut pas ne pas rectifier une erreur qui, au point de vue de l'histoire de l'opération césarienne, a été répétée par tous les auteurs, et dont l'origine se trouve vraisemblablement dans la traduction allemande de Scip. Mercurio. Ce dernier doit avoir dit que, de son temps, l'opération césarienne' était aussi commune en France que la saignée en Italie (voy. : * Sprengel, Gesch. de Chir. I Thl. Halle, i8o5, in-8'', p. 384. KiLiAN Oper.Geburtsh. 2 Bd., 790; Soi? Mercurio dit seulerfient : « questa attione e cosi nota per quei paesi (in Francia) come, in Italia il cavare sangue nelle doglie di testa ». La « cosi nota » a été traduite par Gottfr. Welsch par « so gemein » (si commune au lieu de « si connue ») ce qui a amené la confusion.

Dans la 2« Ed. qui est de 1849, l'erreur a été rectifiée. Voy. p. 708 : avec la citation du texte italien. (F. -J. H.)

§ 46, — Sort de Vopévation césarienne en Allemagne.

Opération à Wittemberg par Jéréniie Trautmann, Michel Doering

et Fabrice de Hilden.

La proposition, faite en France, de pratiquer l'opération césarienne n'a pas passé inaperçue en Allemagne. Déjà, au milieu du XVP siècle, les allemands avaient ouvert l'abdomen dans des grossesses extra-utérines. Plus tard, l'écrit de Rousset, répandu en Allemagne par des traductions latine et allemande, ne put que les engager à suivre son exemple. Une opération, pratiquée à Wittemberg en 16 10. donna lieu à des recherches sur Topération césarienne, auxquelles prirent part surtout Michel DoERiNG et Fabrice de Hilden en Suisse. Le cas de Wittemberg fut publié d'abord par Daniel Sennert professeur à l'université de cette ville, après que déjà, deux ans auparavant, il avait été mentionné succinctement par son collègue, Tobie Tandler. Il s'agissait delà femme d'un tonnelier, qui, au commencement de sa grossesse, fut frappée au ventre par un cercle de tonneau qui s'était rompu ; il en résulta une blessure à la suite de laquelle il se forma une hernie utérine. Le 21 avril 1610, le chirurgien Jérémie Trautmann pratiqua l'incision des parois abdominales,

Io8 SEPTIÈME ÉPOQUE

du péritoine et de la matrice, et fit Textraction d'un enfant vi vant, la plaie abdominale fut réunie par une suture. La femme succomba subitement le i6 mai de la même année, elle s'était déjà levée. L'enfant mourut à l'âge de neuf ans. L'autopsie pratiquée fit penser au médecin que la cause de la mort n'avait pas été la lésion de la matrice. Très intéressant est le mémoire que Michel Doering adressa, sous forme épistolaire, à Fabrice de HiLDEN, il motiva de la part de ce chirurgien une réponse dans laquelle ce fait est étudié dans ses détails. Fabrice profita de cette occasion pour exposera ses contemporains la nécessité de l'opération césarienne, et la leur recommander chaudement sur les femmes qui ont succombé en état de grossesse. Nous pouvons conclure,deceque dit l'auteur, que chez quelques contemporains, cette opération avait été regardée comme inutile et cruelle (res crudelis atque inhumana). Fabrice cherche à prouver que les enfants pouvaient survivre pendant quelque temps à leur mère, ce qui avait été nié positivement par Rodricus a Castro, ouv. c, p. 284. « Ideoque, ajoute Fabrice, minime audiendi sunt illi, qui fœtum extincta matre e vestigio quoque animam eflare autumant, ac propterea sectionem inutilem, frustraneam, et quod maius, crudelem esse clamiiant, medicosque simul acchirurgos, qui aliquando sectionem illam administrant, deridere atque contcmnere non erubescunt » (Fabr. Epistola ad Doeringium). En général, on trouve dans la réponse de Fabrice, relaté une foule de cas d'obstétricie prouvant qu'il pratiquait cet art avec ardeur. Il avait appris l'art des accouchements à sa femme, dont il vante, dans un nombre de passages, l'habileté à extraire les enfants, par exemple : cent VI, obs. 63 et 64. Intéressantessontles observations de rupture utérine (cent.I, epist. 12; cent IV, obs. 57), de squirrhe utérin compliquant la grossesse (cent. I, obs. bb, cent. III, obs. 57), de contagion de la variole et delà rougeole à l'enfant dans la matrice (cent. IV, obs. 55 et 56), de grossesse molaire (cent. II, obs. 52, 54, 56), ainsi que les recherches sur l'écartement des os du bassin pendant l'accouchement (cent. 1, epist. 45 et cent. VI. obs. 39), qu'il est disposé à admettre. Comme

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS I O9

causes de dystocie, il reconnaît (cent. IV, obs. 5/: i)re'troitesse de l'orifice utérin; 2) la présentation anormale de l'enfant; 3) l'inertie de la matrice (facultatis expultricis labefactio et prostratio). Dans les trois cas, il conseille de procéder à l'extraction de l'enfant, après avoir fait la version sur la tête ou sur les pieds. La rupture de la matrice est déclarée mortelle» nisi sectio caesarea (quas tamen in hoc casu valde suspecta est) administrata fuerit.

Obs. I. — Sur le cas d'opération césarienne à Wittemberg, voy. : * Ataa/.c'|£(rjv ■/Eipojpyiy.àiv AsV.a;. Proposit. a Tob.Tandlero resp. AssvERo ScHMiTTNERO. Wittemb., 1610, in-4'', n" V. et * Institut medicin libr. V. autor Dan Sennerto. Wittemb., 1644, in-40(édit. quart.) lib. II, part, i, cap. IX, p. 177 (la première édition est de 161 1). Puis : * Epistola de nova rara et admiranda herniœ iiterinœ atque hanc jiisto tempore subséquente partus cœsarei historia cum aliis nonnullis scitu utilibus scripta adGuiL FabriciuM HiLDANUM a MicH. DoERiNGio Breslavieusi. Bresl., 16 12, avec G. Fabric. Hildani responsio epistolica, imprimée dans les centuries de ce dernier (à la suite de la cent. Ill, in-4°, p. 52 1. Dans l'édit. * Lugd., 1641).

Dans l'éd. de * Francfort, 1646, in-f", qui est la meilleure, la lettre de Dœring se trouve, p. 898 et la réponse de Fabr.de Hilden, p. 898. (F.-J. H.)

Obs. II. — Guillaume Fabricius, avec le surnom de Hildanus est né le 25 juillet 1 56o à Hilden, sur le Rhin, non loin de Cologne. Formé par des maîtres éminents, parmi lesquels il nomme particulièrement le chirurgien Cosme Slotanls, élève de Vésale et Jo. Griffon de Genève; il commença à pratiquer son art à Hilden, puis à Cologne, il se rendit ensuite à Lausanne, puis à Berne où il mourut à un âge très avancé, le 14 fév. 1634. Il s'occupait particulièrement de chirurgie et il acquit dans tous les pays une grande renommée. Voy. : * Das Leben des vortrefflichen Guillelmi Fabrici von Hilden (La vie du célèbre G. F. de II.) von Christian Policarp. Leposin. Quendlinb. u. Aschersleb., 1722, in-4".

Ses principaux écrits sont :

* Observationwnet curât ionumchirurgicarumcentuî'iœ. Cent.I. Basil., 1606, in-8". Cent. II. Genev., 161 i, in-8°. Cent. III. Basil., 16 14, in-8". Cent. IV, ibid.^ i^îk), in-40. Cent. V. Francof., 1627, in-4«', Cent. VI. Lugd., 1641, in-4°.

I lO SEPTIEME EPOQUE

Éditions après sa mort :

* Observ. et curation. chirurgie, ccnturiœ. Lugd., 1641, 111-4°. * Opéra quœ extant omnia partim antetrac excusa, partim mine recens, in lucem édita. Francof. ad Mœn., 1641, in-fol. Dans cette édition se trouve aussi la Centuria epistolarum. La préface des œuvres complètes a été écrite par Fabrice lui-même en i633. (Après sa mort l'édition fut soignée par Joh. Bk.ierus.)

* Observât, et epistolar. chirurgico medicinarum centuriœ in certum ordinem digestœ a Joh. Sigism. Hknnigero. Argent., 1717, in-40.

Dans Arch. f. Klin Chir., t. VI, a paru Historischc original Ski^^e von D'' Meyer Ahrens. Ce qui a trait à l'obstétricie se trouve depuis p. 298 à 3o5. (F.-J. H.)

iij 47. — Conclusions.

Le seizième siècle enrichit l'obstétricie d'un moyen opératoire nouveau, qui pouvait être regardé comme une dernière ressource dans les cas où Taccouchement devenait impossible par les voies ordinaires, quand les accoucheurs refusaient de recourir à la perforation ou à l'embryotomie, ou quand une grossesse extra-utérine ne permettait aucun autre moyen pour extraire l'enfant. Cette opération ne pouvait manquer d'être pratiquée souvent, et dans des cas, oi^i elle n'aurait pas été nécessaire, d'après les vues actuelles. On cite à cette époque un certain nombre de femmes qui avaientheureusemcnt subi l'opération césarienne, et qui, plus tard, étaient accouchées facilement et heureusement ; l'abus se trouve excusé par Pabsence du forceps alors encore inconnu, et parce que l'obstétricie n'avait pas encore la connaissance de la haute importance du bassin et de son influence sur l'accouchement. L'étroitesse des parties qui, dans bien des cas, avait rendu l'accouchement impossible, avait été constatée par les accoucheurs, mais ils attribuaient cette étroitesse à l'orifice de la matrice, ils parlaient de « l'angustia oris uteri » ou du manque de dilatation des os du bassin, ou de la résistance des ligaments qui les unissent. Il ne pouvait être question, chez les anciens accoucheurs, de

préciser les indications positives de l'opération césarienne. Le bassin normal, ses moditications pathologiques, à ses divers degrés et dans ses variétés, devaient d'abord être nettement connus, il était nécessaire déposséder les moyens exacts de les déterminer, avant que les indications de cette opération eussent pu être posées ; l'époque où l'obstélricie devait acquérir ces connaissances était encore bien éloignée, et la nécessité véritable de l'opération césariennene pouvait pas encore être fixée. Lanouvelleopération n'en restait pas moins, pour Tobstétricie. une heureuse acquisition. Son indispensable nécessité s'est maintenue, malgré tous les perfectionnements dont Tart s'est enrichi depuis ; Tindication delà gastrotomie dans les ruptures utérines et dans les grossesses extrautérines, comme seul moyen de sauver la vie à la mère et à l'enfant, est restée debout, et jette un jour lumineux sur les mérites de Rousset et de ses successeurs.

Obs. — Sur l'histoire de l'opération césarienne, voy. :

* Simon, Recherches sur Vopération césarienne, dans Mémoires de l'Ac. roy, de ch., t. I. Paris, 1743, in-4", p. 623.

* KuRT Sprengel, Kur^e Gesch. des Kayserschnitts und chronologische kur:[e An^eige der iïber dièse Opération bis :{u Anfang i~qo herausgekommemSchriften (Histoire abrégée de l'opération césarienne et indication sommaire des écrits sur cette opération publiés jusqu'au commencement de 1790), dans J. Th. Pvl, Repertor. fiir die offenbl u. gerichtl. Arineiwisseuschaft CRépertoire de Pyl pour la médecine publique et légale), II Bd. Berl., 1791, in-8^, p. ii5.

* K. Sprengel. Gesch. der Chirurgie {Hist.de lachir.) I ThI. Halle, i8o5, in-S», p. 369.

* J . Fr. Nettmann (K. Sprengel). Spec. inaug. med. sistens sectionis cesarœ histor. im. Hal., i8o5, in-8°.

* G. Ad. MicHAELis, Geschichte dreier, an derselben Frau mit gliicklichem Erfolge verrichteten Kaiserschnitte und geschichtliche Bemerkungen iiber den Kaiserschnitt 'Hist. de trois opér. césar, pratiquées avec succès sur la même femme et remarques histor. sur l'op. ces.) dans ses Abhandl. aus dem Gebiete der Geburtshiilfe TMémoires d'obstétriciel Kiel, i838, p. i (Détails importants sur l'histoire de l'op. ces. : critique de quelques cas, surtout des plus anciens).

§ 48. — Collections gynécologiques. — I. Gasp. Wolf.

L'ardeur qui se manifesta au XVI" siècle, chez les accoucheurs pour l'obstéiricie, elles maladies des femmes qui y sont intimement liées, a donné lieu à la publication d'une collection d'écrits gynécologiques que Conrad Gesner de Zurich, appelé le Pline allemand (mort en i565), avait préparée, mais qui ne put être publiée que par Gaspard Wolf son ami et son successeur (professeur de physique à Zurich en i5661. Gesner en mourant l'avait chargé de ce soin. Dans cette première collection, qui porte le titre de « Gyncecia «, se trouvent six ouvrages qui se rapportent à l'obstéiricie et aux maladies des femmes, ils sont en partie extraits de travaux d'auteurs contemporains. C. Wolf commence par une « Harmonia Gynœciorum sive de morbis muliej'um », extrait des œuvres de Moschion et de Théod. PrisciANUs (voy.t I, I 81), avec des fragments d'une Cleopatra. Suivent ensuite des extraits d'ABULCASis se rapportant aux accouchements, puis l'écrit d'un médecin salerniiain du nom de Trotula ou Eros. publié d'abord en 1347 dans la collection Aldine (voy. t. I, § 126). Comme quatrième travail, se trouve celui d'un médecin français Nicolas Rochus, qui porte le titre de « De morbis mulierum ciirandis, etc. (voy. ce vol. § 8). Le cinquième écrit est celui de Ludov. Bonaciolus, médecin à Ferrare, qui s'est particulièrement occupé de la formation du fdetus ivoy. plus haut t. I, § 6), l'ouvrage se termine par un écrit d'un médecin de Paris, Jac. Sylvius, « De mensibus mulicbribus, in qiio etiamobiter diversifœminei affectiis explicantiir et curantiir. C.WoLF, ajouta son édition : Tiap: yjva'./Eiwv -aOôjv de Moschion » (voy. t. I, ^1 65-66.)

Obs. — Le litre complet de la collection de Wolf est celuici : * Gjmaecionitn^ hoc est, de miilieriimtiim aliis, tiim graiiuiarum.,paricntiiim etpiierpei'ariim affectibiis et morbis, libri veteriimac recentiorum aliquot, partim mine primum editi, partim

DU

J RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l''iNVENTION DU FORCEPS I l3

miilto quam anteacastigatiores. Basil, per Thomam Guarînum i566, m-4'* avec une épitre dédicatoire de Carp. Wolf (Wol- PHius), datée de 1564.

§4'j. — Collections gynécologiques. — II. Gasp. Bauhin.

La collection de Wolf a eu un tel succès, que dans ce siècle on en publia encore deux éditions considérablement augmentées; la première fut imprimée par Conrad Waldkirch de Bâle en 1 586, en quatre volumes. Il commence le premier volume, qui est réellemeut la seconde édition de la collection de Wolf, par une description anatomique en tableaux illustrés, par les mauvaises tigures qui avaient paru dans Panatomiede Félix Plater de Bàle (* Basil., 1 583, in-fol.), composées d'après Vésale. Plater rend ici attentif à la différence qui existe entre le bassin de Thomme et celui de la femme, et considère particulièrement la forme spéciale du cartilage interpubien et ses connexions « quœ nonnihil in partu cedere possunt, non lamen, ut nugantur multi, dislocari ». Suit Touvrage de Moschion en grec avec les observations latines de Conrad Gesner (voy. obs. du t. I, § 65), ensuite arrivent les écrits de la collection de Wolf, à l'exception du fragment d'ABULCAsis, qui se trouve dans le deuxième volume, le premier volume se termine par la traduction latine de l'ouvrage de RuEFF. Le deuxième volume, dont la publication, suivant la préface, a été soignée par Gasp. Bauhin à la demande de l'éditeur, se divise en deux sections, et renferme les ouvrages suivants : i) Les leçons de Jérôme Mercurialis professeur à Padoue, sur les maladies des femmes, dont Bai hin a su se procurer le manuscrit, qu'il donna comme d'un « inscio authore «, mais dont la provenance exacte est indiquée dans une édition publiée plus tard; 2) récrit de uterinis ajfectibus de Jea^ Baptiste Montanus, aussi professeur à Padoue, avec un choix d'observations de maladies de femmes; 3) Concilia muliebria de Victor Trincavelli de Venise, qui, depuis i 56i, enseignait également à Pa-

SIEHOLD-IIKRROOIT. H — f^

doue; 4) le livre de morbis muliebribiis d'ALBERT Bottani de Padoue, qui venait dy être publié (i585), dont une seconde édition a été publiée à Venise en i588, in-4°; 5) un petit traité d'un médecin français nommé Le Bon, Therapia puerperarum dontle second chapitre <i ut regendaepanurientes», commence par ces mots, qui sont bien caractéristiques de cette époque : « Cum a parturicndi laboribus vexari cœpcrit; ad^ocanda obstetrix prudens et in ea parte apprime edocta : hace enim ars viros dedecet. La dernière partie du volume se termine par Técrit de Park De hominis generatione. Dans la seconde partie se trouve ïcxtj'ait d'ABULCASis, puis la traduction latine laite par G. Bauhin du livre de Rousset sur Vopération césarienne, puis la lettre de J. Albosius médecin français, sur le Lithopaedion Sennonenese avec fig.,qui à cette époque, avait captivé raiteniion du public. Le troisième volume, dans lequel se trouve de nouveau une préface de l'éditeur WALDKutcH, contient les commentaires d'un médecin français, Maur. Cordaeus, sur les maladies des femmes d'Hippocrate qui venaient d'être publiés à Paris (voy. obs. du t. I, *5 40). Le quatrième volume contient un ouvrage plus important sur les maladies des femmes, écrit par Ludov. Merca- Tus (de Mercado) médecin espagnol, qui, en quatre livres, traite des maladies générales du sexe (morbi communes), de celles des tilles, des veuves, des femmes stériles, des femmes enceintes, accouchées, et des nourrices.

Obs. 1. — Les titres complets des divers volumes de cette collection sont les suivants :

* Tom. I. Gynœciorum sive de miilierum a ff'ectibus commentarii Grœcorum, Latinorum^ Barbarum jam olim et niinc recens cditorum in très tomos digesti et necessariis passimimaginibus illustrati. Cum indicibus. Basil., per Conrad Waldkirch. i586,

* Tom. IL Gynœciorum physicus et chirurgiens : continens inter cœtera H.M'erclrialis muliebr. libros IV. Fuanc. Rolsseti, Hysterotomotokian e gallico cotiversum Casp. Bauhini. Basil, opéra. Basil., i58tj, in-4''.

* Tom. 111. Gynœciorum in quo Hippocratis Coi liber prior de morbis mulierum a M. Cordaeo Rhemo commentariis doctissimis explicatur. Basil., i586jin-4<'.

* Tom. IV. Gynœcior. libri IV de inorbis muUerum commiinibus, virginum^ viduarum^ sterilium, prœgnantiinn, piierperal'iim et nutricum. Auctore Ludov. Mercato, med. et profess. academ. Soletanas. Basil., i588, in-40. L'ouvrage de Mercatus venait de paraître * iSS/, à Venise; en * iSq/ on en publia une nouvelle édition in-4".

Obs.II. — Les leçons de H. Mercurialis, qui avaient été' imprimées par Bauhin à l'insu de l'auteur, parurent déjà en iSS-, en une édition exacte, que Mercurialis avait chargé Mich. Columbus de soigner * De morbis miiliebribus ex ore Hier Mercurialis jamadudum Gasp. ^.\\:>Yimo exceptœ ^ac paulo antea inscio aiithore editœ, nunc vero per Mich. Columbum ex collatione pliirium exemplarium consensu auctoris Icciiplotiores et emendatiores factœ. Venet. ap. Fel. Valgrisium, 1587, in-4°. * Ed. tert. Venet. ap. Junt. 1591, in-4". Intéressante est la préface dans laquelle le procédé indélicat de G. Bauhin est largement exposé. Le grand succès des leçons de Mercurialis, auprès des étudiants allemands qui fréquentaient l'université de Padoue, est une circonstance qui atténue Tindélicatessc du procédé de Bauhin, qui s'en explique lui-même dans sa préface. Aussi Mercurialis pardonna-t-il plus tard cette faute qui l'avait péniblement impressionné, puisquMl refusa à plusieurs imprimeurs le droit de réimprimer cet ouvrage. On fait ici involontairement la réflexion que, de notre temps, le " Sub sole nil novi », est encore vrai et qu'il n'y a pas espoir de le voir cesser.

§ 5o. — Collections gynécologiques. — III. Israël Spach.

La deuxième collection étant déjà épuisée au bout de dix ans, un savant médecin de Strasbourg, Israël Spach, se décida à en publier une troisième, en un volume, qui parut à Strasbourg en 097. A l'édition de Waldkirch-Bauhin, qui fut réimprimée complètement, Spach ajouta un ouvrage, non encore connu, sur les maladies des femmes, de Martin Akakia, lecteur et professeur de chirurgie à Paris ; il se compose de deux livres : I. Maladies speeiales aux Je mines. II. Conception, grossesse, accouchement et puerperalité. Le premier traite des anomalies de la menstruation, des fleurs blanches, de l'hystérie, de la chute de la matrice, de son inflammation, du squirrhe, du carcinome, etc. et de

Il6 SEPTIÈME ÉPOQUE

l'atrésic des voies ge'nitales, (l'auteur emploie ici déjà le mot d'« Agglutinaiio » analogue au mot « Conglutinatio » par lequel ScHMiTT et Nakgele ont, dans ces derniers temps^ désigné l'occlusion de l'oriti ce utérin par une membrane). La seconde partie est consacrée aux accouchements, elle ne renferme rien de nouveau, ce n'est qu''un extrait des anciens auteurs^ particulièrement d'HippocRATE, dWiusToiE de Galien et autres, dans ce qui a rapport aux accouchements. Dans cette édition, Spach a donné le supplément de Bauhin à sa traduction de Rousset (voy. II, § 41).

Obs. — Gj'iiœcior. sive de mulienim tiim coinmiinibiis, tiim gravidanim, parturientium et piierpcrarum affcctibus et morbis libri Grœcoriim^ Arabum, Latinoriim veterum et recentiiim quoi qiint extant.partim nunc primum editi, partim vero denuo rccogniti, emendati^ ncccssariis imaginibus exornati, et optimorum scriptorum auctoritatibus illustrati^ opéra et studio Israelis Spachii. Med. D. et Prof. Argentinensis. Argent., iSgj, in-8°.

§ 5i. — Etude des inaLidtes des femmes.

Les collections des écrits dont nous venons de parler, qui se rapportent aux maladies des femmes et aux accouchements, sont le meilleur témoignage de l'intérêt qu'à la fin duXVI"^ siècle ces branches avaient excité dans le monde médical. Si les médecins abandonnaient aux chirurgiens les soins à donner aux parturientes, quand les sages-femmes demandaient leur assistance, ils étaient loin de négliger dans leurs écrits ce qui avait trait à la grossesse, à l'accouchement, à la pucrpéralité et aux maladies des femmes, quand, dans ces diverses situations, les secours de l'art étaient invoqués. C'est ainsi que les affections utérines, les anomalies delà grossesse et delà puerpéralité attirèrent leur attention, quand des moyens dynamiques étaient capables de pouvoir les modifier, et donnèrent lieu à de fructueuses recherches. Cette tendance se révèle chez les médecins des nations les plus diverses, et les collections gynécolugitiucs dont nous venons de

parler renferment beaucoup d'écrits de cette époque consacrés aux maladies des femmes. Nous devons citer encore Alexandre Massaria de Padoue, lehoUandais Bald. Ronsseus, Jos. Schenck, DE Grafenberg, Guint. d'Andernach, Jean Varandaeus de Montpellier, Herm. Corbejus à Dortmund et le médecin anglais Jac. Primerose, qui, à la fin du XVI^ siècle et au commencement du XVII", s'était beaucoup occupé des maladies des femmes,

Obs. — * Alex. Massariae prœlectiones de morbis luulierum, conceptu et partit. Lips., 1600, in-8° (ces leçons furent professées à Padoue en iSgi). Voy. aussi * Massari.e, Oper. omn. Lugd., i6?4, in-fol. Lib. IV, p. 245.

* Bald. Roussei, Opu.sciilû medica. Lugd. Batav., 16 18, in-S", où l'on trouve : « de morbis muliebribus siv. de hum. vitœ primordiis » (La préface est de iSgS. L'ouvrage est une compilation d'anciens écrits, avec beaucoup de chapitres qui ont trait aux accouchements, avec des figures empruntées à Rueff et autres).

* JoANN. Schenck a Grafenberg Observationum medicarum, rararum, novariiin. adtnirabiliuiK et monstruosarum. Tomi II, Francof., 1600, in-S" (surtout T. Il, lib. 4. C'est essentiellement une collection de faits extraordinaires empruntés aux anciens et aux modernes).

* Jo. GuiNTERi Andernaci Gynœcioriim commenlariiis. Op. et siud. J. G. ScHENCKii. Argent., 1606, in-8°.

* .lo. Varandaei, de morbis et affectibus mulierum. Op. Petr. Mvlaei. Lugd., 16 iQ, in-8''.

* Herm. Corbei Gynœciorum sive de cognoscendis, prœcavendis, curandisque pra'cipuis mulierum affectibus. Libr. duo. Francof., 1620, in-S".

* Jac. Primerosu de mulierum morbis et symptomatibus libr. quinque. Roterod., i65 5, in-4''.

§ 52. — Rodcriciis a Castro.

Au commencement du XVI I« siècle, parut en Allemagne un ouvrage consacré à une longue exposition de ce qui était du domaine de la gynécologie et de l'obstétricie, avec ce qui a trait a l'anatomie, à la physiologie, ainsi qu'à la pathologie et au traitement de l'organisme féminin. L'auteur de cet ouvrage est

Il8 SEPTIÈME ÉPOQUE

RoDERiGUE DE Castro, né en Portugal, qui, après avoir étudié la philosophie et la médecine à Salamanque, se fixa (1594) à Hambourg pour y exercer la médecine: il y mourut (1627) dans un âge très avancé. Il joignait à une grande érudition une longue expérience personnelle, qu'il mit à profit pour son ouvrage. Bien qu'il ait dédaigné de s'occuper de la pratique des accouchements, et que dans les cas difficiles, qui dépassaient la compétence des sages-femmes, il ait donné le conseil de recourir aux chirurgiens, son ouvrage n'en présente pas moins un tableau complet de l'obstétricie de cette époque, qu'il est fort intéressant d'étudier; il est divisé en deux parties, la première contient en quatre livres des recherches d anatomie et de physiologie, sur le sexe féminin. Dans le premier livre, l'auteur parle toujours des testicules féminins, et appelle les trompes « Vasa deferentia » en raison de l'analogie, qu'à cette époque, on s'efforçait à trouver entre les organes masculins et féminins. L'auteur rejette avec raison le relâchement des ligaments pelviens et Pécartement des os pubis pendant l'accouchement. Les titres des trois livres suivants sont : « de semine et menstruo, de coïtu etconceptu, et de partu etlacte » ; ils suffisent pour faire comprendre ce qu'ils renferment. On y trouve de longues digressions sur des choses qui, aujourd'hui, sont reconnues comme complètementinexactes.La seconde partie contient les maladies des femmes, exposées diaprés l'ordre adopté alors, et que Mercado avait suivi. La première section du premier livre est consacrée aux maladies qui résultent des anomalies de la menstruation, ou d'écoulements des parties génitales. La seconde traite des maladies des seins ; dans le second livre on trouve les maladies des veuves, des filles (femmes non mariées), où l'on s'occupe particulièrement des maladies utérines. Le troisième livre expose, dans deux sections, la stérilité et les maladies des femmes enceintes. Le quatrième livre a pour titre « de morbis puerperis peculiaribus » : il commence par exposer l'accouchement normal et son traitement, celui-ci doit être abandonné aux sages-femmes, et l'auteur s'est approprié le dire de Le Bon: '( hx'C ars viros dedecet ». il le dit expressément. Les sages-fem-

mes donneront aux parturientes des aliments avec modération ; elles devront explorer avec soin, et devront prémunir les parturientes contre une coopération prématurée aux douleurs; elles leur donneront une situation convenable (toujours celle anciennement prescrite des talons appliqués aux fesses) ; l'auteur recommande aussi les fauteuils bas avec siège découpé en demilune décrits et figurés par Roesslin (voy. t. II, ^ 3). Les secours ultérieurs consistent en pressions et frictions sur le ventre : « ut infans ad inferiora depellatur «.

Quand on aura reçu l'enfant, on aura soin que le délivre suive peu après, car la section du cordon ne devra se faire qu'aprèsTapparition du placenta. L'auteur raconte quaussitôt après l'accouchement, les portugaises entourent leur ventre d'une bande, cet usage a passé en Allemagne, et s'y est conservé chez quelques accoucheurs jusqu'à nos jours. Si les secours de l'art devaient devenir nécessaires, ils seront donnés par un chirurgien, qui, si l'enfant a succombé, fera usage de crochets aigus et de pinces; on fera l'amputation du membre s'il y a eu procidence. Lin chapitre spécial est consacré à l'opération césarienne (voy. plus haut t. II, § 45j. Parmi les indications fort vagues de cette opération sur le vivant, il est question de « viœ angustiores » sans que cette expression soit nettement expliquée. On ne fera pas cette opération sur une femme mourante. L'auteur établit une distinction entre « partus vitiosus et ditïicilis ». L'accouchement vicieux est celui où l'enfant n'a pas la situation normale, parexcmple, où il se présente par les pieds ou par les bras, ou par le tronc (par un côté ou par le ventre), ou bien où il se présente par les fesses plié en deux (partus duplicatus). Comme traitement, Roderigue recommande d'abord des moyens légers, d'éviter de faire coopérer trop tôt aux contractions utérines, de coucher la femme sur le côté, etc. Si cela ne réussitpas, on fera l'extraction, si l'enfant s'est présenté par les pieds ; en cas de procidence d'un bras, on repoussera celui-ci; dans les présentations transversales, on fera la version sur la tête. L'auteur recommande aussi les succussions mentionnées déjà par Hippocrate (voy. t. I, !^ 40), jusqu'à ce que

l'enfant ail pris une position meilleure. Sous le nom d'accouchement difficile, partus difticilis, l'auteur comprend celui où la mère, ou l'enfant est en danger de mort, dans ces cas, l'accouchement artificiel est toujours indiqué, que sa cause provienne de l'enfant, de la mère ou du délivre. Dans cet exposé, l'auteur a suivi exactement ses prédécesseurs. Les présentaiions vicieuses forment une. sous-division des accouchements difficiles. L'auteur se déclare contre l'embryotomie sur l'enfant vivant, dans ces termes : « Non licet unum interficere, alterius vitœ gratia ».

Le quatrième livre débute par l'exposé des maladies puerpérales, et la lactation de l'enfant nouveau-né. C'est ainsi que R. DE Castro nous donne un aperçu de l'état de l'obsiétricie à son époque. Il ne faut pas oublier qu'il la traite au point de vue médical et scientifique, donnant une grande importance aux moyens médicamenteux, auxquels il accorde une influence trop considérable dans les cas difficiles, conservant une aveugle confiance aux autorités anciennes, manquant d'une expérience personnelle dans Texercice de cet art, dont, à cette époque, la pratique était entre les mains des sages-femmes et des chirurgiens.

Obs. — * RoDERici A Castro Liisitani de iiniversa miilierum medicinanovo et antehac a nemine tcntato ordine opus absoliitissimum. Pars I theorica, quatuor comprehensa libris, in quibus cuncta. quœ admulieris naturam, anatomen, semen, menstruum, conceptum, uteri gestationem, fœtus formationciu, et hominis ortum attinenl. abundantissime explicantur. Hamb., HJoq, in-fol. Pars W.Sive Praxis, quatuor contenta libris^ in quibus mulierum morbiuniversi, tant, qui cunctis fœmminis sunt communes, quam, qui virginibus, viduis, gravidis, puerperis et lactantibus peculiares singulari ordine traduntur, eic. Uamb., i5o3, in-fol. — * Ed. altéra auctior et cmendatior. Hamb., i(Ji7, in-q". * Ed. tert. ib , 1628, in-4". *Ed. quart, ib., 1662, in-q'^. Eoy. : sur Rod. a Castro * Bibliotheca Hispana sive Hispanorum, qui iisquam iinquamve sive latina sivepopulari sive alia quavis lingua scripto aliquod consignaverunt notitia. Auth. Nicol. Antonio. Tom. IL Rom., 1672, in-fol, p. 211.

* JoH. MoLLEiu introductio in ducatuum Cimbricorum Slesvicensis et Holsatici historiam, etc. Ilamb., iGqfj, in-S'^, t. II, p. 95.

I 53. — Physiologie du fœtus.

Jul. Caes. Arantius. — Hieron. Fahricius ab Aquapendente.

On entreprit aussi, à cette époque, des recherchesphysiologiques. dont l'obstétricie pratique allait pouvoir profiter. Beaucoup d'e'claircissemenis et de redressements d'anciennes erreurs avaient stimulé le zèle des anatomistes du XVP siècle. Il ne pouvait être que très utile à l'art, que l'atientioii des travailleurs fut dirigée vers quelques-unes de ses branches. Deux anatomistes de l'école italienne, Jules César Arantius et Jérôme Fabrice d'Aquapendente, avaient fait des études sérieuses sur le fœtus humain. Le premier, né à Bologne en i53o, fut l'élève de Vesale, occupa sa chaire dans sa ville natale, et y mourut en 1589. Il est le premier qui ait donne une bonne description du foetus humain, de ses connexions avec la matrice, et de son mode de nutrition dans l'utérus. 11 a bien décrit les membranes qui contiennent le fœtus, ainsi que le placenta, qu'il appelle « iecor uteri y> ; beaucoup d'anciennes erreurs ont été reetifiées par lui. Il a fait ses recherches sur des cadavres de femmes mortes en état de gestation (voy. sa préface) : comme il pratiquait les accouchements, il avait trouvé Toccasion de faire ces recherches. Il n'a toutefois pas pu s'arracher aux anciennes et aveugles croyances ; ainsi, il enseigne toujours la culbute du fœtus sur la tête avant l'accouchement. Très intéressantes sont ses observations anatomiques, où l'on trouve indiquée, comme cause principale des accouchements difficiles, la conformation vicieuse du bassin, qui avait échappé complètement à l'attention de ses devanciers. Il a connu la diminution du diamètre antéro postérieur du bassin, qu'il attribue à une conformation vicieuse des os pubis, toutefois ses observations sur l'étroitesse pelvienne, et les obstacles à l'accouchement qui en résultent, pouvaient conduire à d'autres recherches. Si, pour des cas de dystocie par ctroitessc pelvienne, il se donna à lui-même le conseil : « honestam fugam capcre et ab opère me substrahe-

re satius esse censeo, quam adeogravia subira discrimina », cela sonne fort mal à l'oreille, toutefois on voit qu'il n'a voulu donner qu'un avertissement : « ne juniores in hujusmodi gravi negalio, quocumque suadente, quidquam aliquando temere, inconsulto et negligenter faciant ». Plus précis, et plus complet est l'ouvrage sur ce sujet, qu'a écrit Fabrice d'AQUAPENDENTE, ainsi appelé du lieu de sa naissance. Né en i53j, il fut formé à Padoue par Fallope ; il lui succéda dans sa chaire en i565, qu'il occupa jusqu'en 1609 : il se retira, et mourut en 16 1(). Ses nombreuses recherches anatomiques, qui ne furent publiées que très tard, portent l'empreinte de la maturité et d'une grande perfection, et l'ouvrage dont nous nous occupons a le mérite d'éclairer la structure des reufs et foetus humains par des recherches d''anatomie coiiTparée. Très bonne est la description qu'il fait de la situation de l'enfant dans la matrice, où il établit la distinction entre sa situation(situs), et son attitude (habitus). Ses descriptions sont illustrées de bonnes figures, qui représentent aussi la matrice à l'état gravide, le placenta (appelé par lui « carnea substantia «), les vaisseeuxdu cordon chez Thomme et les animaux. Importantes aussi sont ses recherches d'anatomie comparée sur l'œuf des oiseaux en incubation, qui n'ont été publiées qu'après sa mort (de formatione ovi et pulli).

Obs. — D'après Lauth, ouv. c, p. SSq, la première édition de l'écrit d'ARANTins est de 1 572. Nous avons devant les yeux * Jul. Caes. Arantu de hnmano fœtn liber tertio editus ac recngnitiis, ejiisdiim anatomicarum obscrvationum liber ac de tiimoribns secundiim locos affectas liber nunc primum editi. Venet., 1587, in-4''. Edition postérieure :* Lugd. Ratav., 1664, in-12.

L'écrit de H. P'abricius « de formata fœtu » a paru, d'après Haleer, d'abord en 1600, mais d'après Albin., i(')04. Après la mort de l'auteur il fut publiée 'Venise, en 1620, in-fol.. avec une préface datée de 1606. Ce livre se trouve aussi dans :

* HiERON. Fabrich AB Aquap. tractatus quator ,¥ri\\-\coï ., 1624, in-fol. et dans la collection de ses œuvres. * Lips., 16S7, in-fol. * Lugd. Batav., 1723, in-fol. et * Ibid.^ i738, in-fol. Cette dernière édition très belle a été soignée par B. Siéger. Albin, elle renferme une notice biographique sur l'auteur. Dans les œuvres complètessetrouveaussi l'œuvre posthume de Fabricies Opuspas-

iJiumum de format ione ovi et pulli : les figures sont nombreuses, mais d'une exécution grossière, ce qui fait qu'aujourd'hui on ne pourrait les utiliser.

§ 54. — Severin Pineau.

Vers la fin du XVP siècle, parut un écrit anatoaio-physiologique, dont la seconde partie a eu, sur la pratique des accouchements, une grande influence qui s'est maintenue encore pendant tout le XVIIP siècle Severin Pineau, un savant chirurgien de Paris (mort en 16 19, voy., aussi plushaut t. II § 25) publia, en 1 597, un ouvrage, dans la première partie duquel il décrit les signes de la virginité, et admet, contrairement à l'opinion d'un grand nombre de sescontemporains(PARÉ et d'autres), la membrane hymen (flos virginEeus), et la décrit comme une partie intégrante du corps de la femme. La seconde partie s'occupe de recherches sur la grossesse et l'accouchement, mais surtout de la question de savoir si, pendantcette fonction, les os pubis et iliaques deviennent mobiles, et si leursconnexions permettent leur écartement. L'auteur répond affirmativement, il se base sur le fait physiologique de l'augmentation des sucs pendant la grossesse, qui a pour effet d'assouplir les cartilages interosscux, de ramollir les ligaments, et de permettre aux os de s'écarter pour augmenter l'espace pelvien pendant la parturition ; seulement il va trop loin, lorsqu'il prétend que, par suite de ce ramollissement, les os pubis peuvent se croiser l'un sur l'autre quand on écarte les cuisses, manœuvre recommandée aux femmes de la campagne par les matrones. Il conseille cette manœuvre aux chirurgiens intelligents appelés pour les accouchements difficiles. Pour prouver son assertion, il donne la description de l'autopsie d'une femme condamnée à mort pour avoir tué son enfant, et exécutée dix jours après son accouchement. Avant l'ouverture du corps, on souleva les cuisses et on constata qu'un des os pubis était passé sur l'autre, et qu'on pouvait obtenir ainsi un écartement entre les deux os, d'au inoins un demipouce. Parmi les nombreux témoins de ce fait sont cités Paki':,

G. Bauhin et Jacqtes Guillemeau (i). Il n'est pas nécessaire d'insister sur ce qu'ont eu de fâcheux, pour la science, ces fausses doctrines, qu'un fait seul ne pouvait établir, et de pernicieux pour le traitement des accouchements difficiles, fausses doctrines, qui, deux siècles plus tard, devaient servir de base à la pubiotomie. Toutefois, elles ont eu aussi pour résultat de provoquer une étude plus profonde du bassin, de montrer la part considérable qu'il a dans l'accouchement, et de conduire à son étude plus complète, qui a été poursuivie jusqu'à nos jours. Pineau appelle déjà l'attention sur quelques déformations pelviennes, surtout sur le rachitisme, qui, d'après son dire, ne serait pas rare à Paris. Intéressantes sont des observations d'ossitication de la symphyse sacroiliaque, que cite Pineau, il relate même un cas d'ossitication des deux côtés (voy. p. 202 de la T'^édit.). L'explication de ces anomalies si remarquables était réservée à notre époque.

Nous croyons ne pas devoir omettre de citer le passage suivant dans lequel se trouve décrite une lésion pelvienne, dont il n'avait pas été question jusqu'alors.

Liv. II. ch. V. (Ed. 1G41, p. 139) on lit :

« Prœterea ex parte matris nihil prœter naturam esse débet, ut est a-uXoè'.ô'r,; ôtâo'jaiç qua^dam vel ay-MpozioT]; in interna ossium pubis aut iscliii facie, qua^ obsunt fœtibus, ita ut nonnisi emortui cmissi possint, quod a nobis pluribusque aliis medicis atque chirurgis Lutctia; visum in cadavere honestissimœ mulieris, in diffîcili oh eam causam puerperio vita functte, qua; dictam apophysin proîlongam prœter naturam habebat ossi pubis sinistro innatam intus prope synchondroseos infcrnum fincm. Os pubis tali prcvditum apophysi alias dedi Domino Parako primario Régis chirurgo ».

Est-ce là un exemple d'acaniliopelvis, comme Kiuian en a décrit quelques exemples dans son livre ^^ Schilderungen neiier Becke)iformen». Mannheim, iSSq, in-4'', p. 74 et suiv. Tab. IV, ctsuiv. et dont un beau spécimen est cité par Lkopoi.d, dans A. f. (î., IV, 330, et représenté pi. VII.

On est tenté de le croire, en tout cas. la relation de ce fait est intéressante. (F,-J. H.)

(i) Qui relate un ia\t analogue dans Vlleureii.v accoiicheiueut, liv. II, ch. I, p. 298 13. (Œuvre compl., 1649). (F. -J. H.)

DU RETABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTluN DL FORCEPS I2D

Obs. — * Severini PiNEE Camuteusis, opusciihun ph}'siologum et anatomicum in duos libellas distinctiim, in quibiis primum de integi'itatis et corruptionis virginum notis, deinde, de graviditate et partu naturali mulienim in quo ossa pubis et ilium distrahi, dilucide tractatur., Paris. 1 597, in-S" ; *Francof., i 599, in-S". Plus tard imprimé avec Bonaciolus de formatione fœtus (voy. plus haut t. II, §7), sousletitre de : De virginitatis noiis, graviditate et pat'tu. * Lus,d. B., 1639, in-12. * Ibid., 1641, in-12; ' i65o, iii-i2, Francf. et Lips,, 1690, iii-12.

^ b5. — Les sages-femmes en Allemagne au XVI" siècle.

Les livres de Roesslin, de Ryff et de Rueff^ qui ont paru dans la première moitié du XVI*= siècle, étaient essentiellement destinés à donner aux sages-femmes une instruction meilleure, car celle des matrones d'alors était bien négligée, comme on peut le voir par la pièce en vers placée en tête du livre de Roesslin (voy. plus haut t. II, § I). Ils ne pouvaient en tous cas que produire un bon effet, puisqu'il n'existait pas d'écoles pour les sages-femmes, et que l'exercice de leur art n'était soumis à aucune réglementation ; dans ces conditions fâcheuses, le niveau de lart devait se maintenir dans une déplorable infériorité. Les jeunes sages-femmes n'étaient instruites que par les plus âgées (voy. plus loin le règlement du duc de Wurtemberg), et toutes les erreurs et les préjugés leur étaient ainsi transmis. Le rigoureux éloignement des médecins de la pratique obstétricale, mettait les sages-femmes à l'abri de toute surveillance, etleur assuraitl'impunité, quoiqu'elles fissent, même dans les cas où les secours des hommes étaient invoqués.Ce n'étaitpas une main exercée qui les donnait, mais celle de bergers grossiers et ignorants, etc., qui faisaient des choses abominables. Ce n'est que vers la fin du siècle, qu'on chercha à prévenir ces atrocités, en publiant des règlements pour la pratique des accouchements, et des livres exclusivement destinés à l'instruction des sages-femmes. Le premier règlement parut à Francfort en 157?, il fut composé par Adam Lonicernus ; un autre du duc

Louis de Wurtemberg, qui parut en i58o,est adressé à ses fonctionnaires, pour faire défense aux bergers de pratiquer les accouchements et pour engager les femmes à s'adresser à des sagesfemmes instruites, et prendre des dispositions pour assurer à celles-ci le bienfait d'une instruction sérieuse. Des livres d'instruction pour les sages-femmes furent composés en langue allemande et furent publiés par Dav. Herlicius (i584 et i5qj), par Ambr. Papen (iSqo) et par Joh. Wittich (i 591). 11 faut dire qu'ils étaient loin de la perfection, ils ne renfermaient essentiellement que l'indication d'une foule de médicaments, et nulle part on ne trouve mentionné le conseil de recourir à l'assistance des hommes dai s les cas difficiles. Welsch explique la cause de ce silence dans la préface desa traduction du livredeSciP. MERcuRio(Leipz., i653, p. 451). Il est dit que, par un sentiment de pudeur, les femmes allemandes aimeraient mieux mourir quede laisser pratiquer sur elles une opération pareille par un médecin ou par un chirurgien. Fabrice de Hilden constate les mêmes dispositions dans une lettre adressée à son ami Hagenbach (centur. VI. obs. 63). Dans certaines affaires médico-légales, où il s'agissait par exemple de la constatation d'un infanticide, la législation criminelle de Bamberg, et une autre postérieure, accordait aux sages-femmes le droit de donner un avis, ce qui prouve surabondamment que, dans ces affaires, on leur attribuait une grande compétence. Le résultat déplorable, de cet appel à une si grande ignorance dans les cas les plus graves, fut bientôt apprécié par les jurisconsultes qui réclamèrent des modifications à cette jurisprudence si fâcheuse.

Obs. I. — L'ordonnance du duc Loi;is de Wurtemberg, du 20 décembre i58o, se trouve imprimée dans *Chr. Vgkllticr ;2eî< eroeffente Hebammen Schule. Stuitg., 1679, in-8°. Supplément p. 42. Ses dispositions démontrent, pour un lecteur attentif, Tétat lamentable de l'obsiétricie de cette époque. Le premier règlement pour les sages-femmes publié en Allemagne, qui a paru à Francfort porte le titre suivant : Ad. Lonicernus Marpurgensis, Senatiis Fraitco/ort^arcliiater, constitutio etnonnœ obstctricum. Francof. ad. M., 1573, in-fol. (en allemand : Ordonnance pour les sages-lemmes, ibid., i573,in-8".

Le premier règlement pour les sages-femmes a Strasbourg date de 1606. (F.-J. H.)

Les ouvrages pour les sages-femmes, publiés vers la tin du XVI** siècle, cités plus haut, portent les titres suivants :

Ambros. Papen Noethiger Bcricht von Schipangcren iind gebà- 7'enden Fraucn (Avis nécessaire aux femmes enceintes et en couches). Magdeh., i58o,in-8", Joh.Wittich Troestlicher Unterricht fur Schwangere und gebàrende Weiber (Instruction consolante pour les femmes enceintes et en couches). Leipz., i 591-1598. in-4°.

* Dav. Herlicius de Zeitz, bestalt. Physicus zu Stargardt in Pommeren, de cura gravidarinn, puerperarum et infantum. Griindliche Unterrichtung und fast newe Eràklrung, den Sclupaugeren Frajven und Kindbctterinnen gethan, nms ihnen vor, in, undnach der Geburt :{u ji>isscn : aucli von etlichen krankheitcn der jungcn Kinder^ ausm Fundament der medi-in ge\egen, etc. (Instruction fondamentale et explications, presque nouvelles pour les femmes enceintes et en travail, ahn de leur apprendre ce qu'elles ont à faire avant, pendant et après Taccouchement, aussi des quelques maladies des enfants nouveau-nés, le tout extrait des principes fondamentaux delà médecine, etc.). Alt. Stettin, 1602, in-4". Troisiènie édition, suivant la préface.

* Alt. Stettin, 1628. Cette préface contient aussi des plaintes sur l'état fâcheux des sages-femmes de celte époque.

Obs. II. — Le passage ci-après de Fabrice de Hilden mérite d'être transcrit, car il dépeint Vétat déplorable dans lequel se trouvait Tobstétricie entre les mains des sages-femmes. L'auteur adresse an D^ Hagenbach la lettre suivante : « Quam odiosi et ingrati suntmedici parturientibus et puerperis nostris, nisisumma adfuerit nécessitas, tu ipsemet,cum mecum viveres, et vidisti et audivisti siepius :hine lit, ut multoe miserrime pereant. quœ tamen servari possent, si artis peritos in consilium adhiberent, facit id obstctricum ignorantia et rusticitas, dum proegnaniibus persuadent, medico ignota esse, quai circa parientes et puerperas occurrunt. Inde ht, ut medici operationem hanc, omnium pra^stantissimam et necessariam, extractionem videlicet faetus mortui negligant. Non solum de nostris loquor, per totam enim Germaniam, proh dolor, paucissimi reperiuntur medici, qui hanc operationem exercent. Multi vero qui ipsam contemnunt, quasi contra decorem et honestatem essct, medicum, qui partium genitalium totiusque negotii (quœ oninia obstetricem latent) cognitionem habet, tractare muliebria, et altiictissimas parturientes ex tantis, angustiis,iino et ex ipsis taucibus Orci liberare. »

Cent. VI. obs. 63. La lettre est datée du q juin 1629.

Obs. III. — Sur l'appel des sages-femmes dans des cas Juridiques, et sur l'usage à faire de ces dispositions, voy. * Mich. Alberti. Commentatio in constitut. criminal. Ca}~olina medica. Hal., 1-39, in-40, p. 109.

§ bb. — Les sages-femmes en France.

Les plaintes, qui s'étaient élevées en Allemagne contre l'action des sages-femmes, ne manquèrent pas de se produire aussi dans le pays voisin, la France, dans le courant du XVP siècle. L'ignorance et la témérité des « sages-femmes >' sont dépeintes de la manière la plus effrayante par un compatriote contemporain Gervais de la Touche. Dans ce pays ne régnaient toutefois pas, comme en Allemagne, les préjugés contre l'assistance des hommes; cette disposition d'esprit n'a pas été sans influence sur un développement meilleur de l'obstétricie, qui ne rencontrait pas ces obstacles opposés à ses progrès. L'ardeur des chirurgiens français pour l'obstétricie, les progrès qu'ils ont su réaliser, ont augmenté la confiance du public pour cet art, et ces hommes étaient appelés là, où les secours des sages-femmes devenaient insuffisants. Nous voyons, par les écrits du temps, combien cet appel avait été fréquent, combien l'expérience les avait mieux éclairés que chez nous. La France possédait depuis longtemps des accoucheurs, alors qu'ils manquaient partout en Allemagne. Les développements sont superflus pour démontrer Pinfluence heureuse de ces dispositions sur l'obstétricie toute entière. D'un côté, les fâcheuses entraves des sages-femmes, de l'autre, pour elles-mêmes, un stimulant à suivre le progrès.

Obs. — (Gervais de la Touche). Lt7 très haute et très souveraine science de l'art et industrie naturelle d'enfanter contre la maudite et perverse impéritie des femmes., que l'on nomme sagesfemmes ou belles-mères, lesquelles par leur ignorance font journellement périr une infinité de femmes et d'enfans à l'enfantement ; à ce, que désormais toutes les femmes enfantent heureusement et sans aucun péril ni distourbiés, tant d'elles, que de leurs enfans étant toujours sages et perites en icellc science. l*aris, 1587, in-8'\

§ 57. — Louise Bourgeois.

Au commencement du XVIIe siècle, parut à Paris le livre d'une sage-femme qui exposait d'une manière simple et sans prétention des faits de sa pratique,pourlaplus grande utilité de ses consœurs. Louise Bourgeois, dite aussi Bourcier, née en 1564, mariée à un chirurgien militaire aide de feu A. Paré, commença en i588à étudier les accouchements. La crainte qu'elle eut de voir ses enfants dans la nécessité, par suite des troubles politiques de la Ligue, qui avaient bouleversé bien des existences, lui fit prendre ce parti, afin de pouvoir toujours subvenir à leurs besoins, comme elle le raconte elle-même dans le 2^ livre de ses observations. Elle étudia avec beaucoup de soin les écrits d'AMBROisu Paré, commença à pratiquer chez des pauvres. Après cinq années, elle se fit examiner par un docteur en médecine, deux chirurgiens, et deux sages-femmes, et elle fut nommée sage-femme jurée de la ville de Paris. Elle eut le bonheur de devenir accoucheuse de Marie de Médicis, femmede Henri IV, et, comme telle, elle assista à la naissance du dauphin, qui plus tard fut Louis XIII (27 septembre 160 1). Elle assista encore la Reine dans cinq autres accouchements, comme elle le raconte dans ses écrits, ainsi que les contrariétés qu'elle eut à subir de la part d'autres sages-femmes jalouses de ses succès. Le mérite principal de ses écrits consiste à avoir recommandé, d'une manière pressante, la version sur les pieds, là où l'intervention de l'art était nécessaire, ainsi que dans les présentations transversales et leshémorrhagiesqui mettent en danger les jours de la femme. Il n'est plus question de la version sur la tête, et, depuis lors, cette manœuvre disparut de la pratique en France. L'exercice de son art venait à propos pour confirmer chez elle ces principes. Intéressantes sont les règles qu'elle donne pour le traitement des accouchements par la face, qu'elle recommande bien de ne pas confondre avec les présentations du siège, elle conseille de bien soutenir les contractions pour en main-

tenir toute l'énergie, de bien ménager la face, et de faire en sorte que l'expulsion s'opère rapidement. Des accoucheurs, qui sont venus après elle, n'en ont pas jugé aussi sagement; il était réservé aux temps modernes de ranger ces accouchements dans la catégorie de ceux que la nature pouvait accomplir par ses propres forces! Cette observation de la nature, à la fois riche et exacte, plane bien au-dessus de toutes les subtilités de la théorie. Ce que Louise Bourgeois conseille dans les accouchements par le siège, est moins bon ; elle recommande essentiellement dans tous les cas Textraction du fœtus, qui doit être pratiquée quand les forces sont encore énergiques, mais elle recommande de la pratiquer avantque le siègesoit engagé, de rechercher d'abord lespieds, et de faire seulement alors l'extraction : « il ne le faut laisser engager les os, car il faudrait qu'il vint en double, qui serait un grand effort pour la mère et une merveilleuse contusion et froissure pour l'enfant », dit-elle, à propos de la longue attente dans ces présentations.

Les positions inclinées de la tête seront modifiées en faisant cou cher la femme sur le côté (ch. 7). Dans le ch. 36, qui a pour titre : « de la nécessité qu'il y a qu'une sage-femme voye l'anatomie de la matrice », elle donne aux sages-femmes zélées le conseild'assister souvent aux dissections de cadavres de femmes, afin d'acquérir une connaissance exacte de la structure et de la situation des organes intérieurs, surtout de la matrice. La mort d'une princesse accouchée par L. Bourgeois, qui succomba à la suite d'une inflammation du bas-ventre, et le fait qu'à l'autopsie on trouva dans la matrice un fragment du placenta, qui fut regardé par quelques médecins comme ayant été la cause de sa mort, donnèrent lieu aune polémique. Elle écrivit aussi une ^<. Instruction à ma fille ^), qui était sage-femme, qui termine le 2^ livre. L'éditeur de ses publications obtint aussi d'elle d'imprimer le Recueil de ses secrets^ qu'elle n'avait pas voulu livrer au public jusque-là, « par considération pour sa fille )' mais, qu'elle livrait alors, puisqu'elle même était âgée, et que la situation de sa fille était parfaitement assise. C'est un recueil de recettes diverses, et même étranges, et

étrangères à la médecine. Ses écrits eurent plusieurs éditions et trouvèrent des traducteurs en Hollande et en Allemagne, ce qui prouve la pénurie des livres d'accouchement à cette époque. Dans son Introduction historique, Le Roy apprécie ses mérites avec trop de réserve quand il dit : « Si l'art dans ses mains ne fit pas de nouveaux progrès, la postérité ne lui reprochera pas de l'avoir détérioré ».

Ohs. — * Observations diverses, sur la stérilité', perte de fœcondite, fruict. accouchements et maladies des femmes et enfants nouveau nai- amplement traictées et heureusement practiquées par L. Bourgeois dite Boursier, sage-femme de la Royne reuure utile, et nécessaire à toute personne; dédié à la Royne. A Paris, chez Jean Dehoury, en sa Boutique près les Augustins, à l'image St-Jean.

Frontispice gravé, au verso de la dédicace. Portrait de Marie DE Médicis, Royne de France et de Navarre, et vis-à vis l'avis au lecteur. Portrait de L. Bourgeois avec la date 1608, etTindication « aagée de 45 ans. Il n'y a point la date de l'impression, mais elle est de 1609. Ce frontispice et ces portraits ont été reproduits dans les éditions ultérieures, nous les trouvons dans celle de i552. Louise Bourgeois a successivement ajouté, à des dates que nous ne pouvons déterminer, un deuxième livre d'observations suivi dune instruction à sa tille ; un troisième livre, et enfin le Recueil des secrets.

Le libraire dit dans la préface de ce dernier livre : a Amy lecteur, après t'avoir cy devant donné à divers temps trois livres des observations de Madame Boursier..., nous donnons le livre des Secrets..., c'est le dernier que tu dois attendre d'elle, puis (qu'ainsi que j'ai dit) son grand âge ne lui permet plus de rien entreprendre.

Editions postérieures des Obsen>ations :

* Paris, 1626, in-S". * Paris, 1642, in-8°. ' i652.

* Recueil des secrets, * Paris, i635.

Observations et secrets réunis* i652-*i653, chez Henry Ruf- FiN, avec le même frontispice gravé, le portrait de Marie de Me- Dicis et de L. Bourgeois.

Apologie de L. Bourgeois contre le rapport des médecins. Paris, 1627 (d'après Haller, 1620, Bib. ch.,t. I, 286). trad. en allemand.. Francf., 1619, in-4''. Gitllemkau écrivit une réplique. Remontrance à Madame B. touchant son apologie contre le rapport, que les médecins ont fait de ce que a cause la mort de Madame. Par., 1627, in-8°.

Ce doit être une seconde édition, ou une publication posthume, puisque Guillemeau mourut en mars 1612 (voy. § 3-). On n'en trouve rien dans ses œuvres complètes. (P\-J. H.)

Des traductions allemandes des œuvres de L. B. parurent en 4 parties à Hanau et à Francfort* 1644-165 2, in- 4°. Trad. hollandaise à Delft, i658, in-8".

Curieux, au point de vue de l'histoire de France, et très intéressants au point de vue de la pratique, sont les récits de L. Bourgeois ; nous n'en voulons citer qu'un passage du 2" livre d'observations, où elle raconte « comment j'ay apprins l'art de sage-femme ». Elle fut poussée à cette profession par la misère, résultant de l'absence de son mari, qui était à la guerre, et par les ravages causés par les ligueurs ; voici l'histoire de sa réception. « Il doit avoir à la réception d'une sage-femme, un médecin, deux chirurgiens et deux sages-femmes ; ainsi que l'on m'envoya voir les deux sages-femmes, qui estoient la dame Dupuis et la dame Peronne, elles me donnèrent jour pour aller les trouver ensemble, elles m'interrogèrent de quelle vocation estait mon mary, ce que sachant, elles ne voulaient pas me recevoir, au moins madame Dupuis, qui disait h l'autre, pardieu ma compagne, le cœur ne me dit rien de bon pour nous, puis qu'elle est femme d'un surgean, elle s'entendra avec ces médecins, comme coupeurs de bourse en foire ; il ne nous faut recevoir que des femmes d'artisans qui n'entendent rien à nos affaires. Elle me disait que mon mary me devait nourrir sans rien faire, et que si je faisais autrement, il me fiiudrait brûler pour faire de la cendre aux autres. Elle me tint en telles longueurs, et avec tant de sots propos, qu'un bel enfant que je nourrissais en mourut, de l'ennuy, que surtout la Dupuis me donna. »

On prend sur le fait la jalousie des sages-femmes contre les médecins. Les conseils qu'elle donne à sa troisième fille qui était sage. femme sont admirables de prudence et de charité. (F.-J. H.)

§ 58. — Scipion Mercurio.

Un ouvrage d'obste'tricie, qui parut en Italie au commencement du XVI® siècle, est la meilleure preuve du mouvement de recul que peut faire une science qui ne saurait progresser que par l'expérience, quand, abandonnant cette voie féconde, elle ne

s'adresse qu'à la théorie, et aveuglement aux autorités de Tantiquité. Un ouvrage, pareil à celui de Mercurio, peut bien avoir quelque mérite, comme exposé des doctrines de l'antiquité, quand ce travail est fait avec soin, mais pour l'art actuel il est sans utilité, car ce que les anciens ont dit sur un grand nombre de points, a, depuis bien longtemps été réfuté, et n'est capable d'intéresser que celui qui se complaît dans la poussièredu passé. Ce jugement s'applique complètement au livre que Scipion Mercurio a publié ; né à Rome, formé comme médecin à Bologne et à Padoue, il embrassa l'état religieux, entra dans le couvent des dominicains à Milan, où il reçut le nom de Jérôme. Par suite de contrariétés dans le couvent, où il avait continué ses études médicales, il le quitta, parcourut la France et l'Espagne (i 571-1572) comme médecin du général allemand Jérôme de Lodrone, revint en Italie, se réconcilia avec les religieux, et se rendit en i5oi à Venise^ où il vécut pendant i5 années. L'ouvrage qu'il a publié sous le titre de « La commare 0 raccoglitrice » (La commère ou la sage-femme), ne parut qu'au commencement duXVIP siècle, et il eut l'honneur immérité d'avoir plusieurs éditions. Il porte l'empreinte d'une complication, où ont été mis à profit Hippo- CRATE, Aristote, Galien, Ics Arabes, Roesslin et RuEFF, où sont répétées les erreurs depuis longtemps réfutées, comme on peut s'en assurer en voyant ce que dit l'auteur sur l'anatomie de la mairice, sur la situation des enfants dans l'utérus, sur l'époque de l'accouchement, la viabilité des enfants nés à sept mois, sur la menstruation, etc. Il suffit de jeter un coupd'œil sur lesfigures qui représentent les présentations fœtales qui sont absolument éloignées de la nature. L'accouchement normal doit se faire sur le fauteuil, les onctions des parties génitales, les frictions sur le ventre, les mouvements à imprimer parla main de la sage-femme à la tète, quand elle est dans le vagin, sont recommandés. Le cordon ne sera coupé entre deux ligatures, que quand le délivre paraîtra à la vulve. Le deuxième livre est consacré aux accouchements anormaux. L'auteur comprend dans cette catégorie ceux où l'enfant se présente dans une situation anormale, il range

l34 SEPTIÈME ÉPOQUE

dans celles-ci les présentations des pieds et du siège, les accouchements prématurés et ceux d'enfants monstrueux. Dans presque toutes les présentations anormales, même dans celles du pied et du siège, l'auteur a recommandé la version sur la tête. Si celle-ci ne réussitpas, on attirera l'autre pied, et on fera ainsi l'extraction. Si. dans la présentation du siège, la version sur la tête est impossible, on attirera les deux pieds.

Dans les présentations des genoux, la version sur la tête est encore recommandée, Mercurio dit qu'elle est fort difficile; il reconnaît comme dangereuse la conversion en présentation podalique, toutefois, d'après son dire, il ne reste rien autre chose à faire qu'à : « cavare la creatura fuori per i pede legandoli con le fascie».Des figures très mauvaises accompagnent les descriptions des présentations anormales. Pour les accouchements rendus difficiles par la mère. Scip. Mercurio recommande une foule de médicaments qu'il a colligés dans tous les vieux auteurs, y compris même Pline. Celui qui veut avoir une idée de l'absurdité des doctrines de Scip. Mercurio n'a qu'à jeter les yeux sur la figure qui se trouve page iSg, et qui représente la situation recommandée à une parturiente obèse, elle est placée sur les coudes et les genoux, la tête renversée en arrière, position que le saltimbanque le plus exercé aurait peine à conserver pendant un quart d'heure, comme dit Osiander. C'est avec étonnement qu'on regarde la femme debout à côté d'elle, ayant une massue à ses pieds. Si la rupture artificielle de la poche ne peut être pratiquée par la sage-femme, celle-ci devra appeler un chirurgien, à qui il appartient aussi de faire la perforation, etl'embryotomie sur les enfants morts; les instruments pour pratiquer ces opérations sont représentés d'après Paré. Au chapitre consacré à l'opération césarienne (del parto caesareo), l'auteur raconte que pendant ses voyages en France (i 371-1 572), il a eu connaissance de quelques opérations pratiquées dans ce pays, que notamment à Toulouse, il avait vu deux femmes qui avaient subi cette opération, une d'elles est devenue enceinte encore neuf fois, et est accouchée chaque fois heureusement, et l'auteur ajoute : « questa

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS l35

attione e cosi nota per quel paesi, coine in Italie il cavare sangue nelle doglie di testa », propos, dont la traduction inexacte par Welsch, adonné lieu à une méprise comme nous l'avons déjà dit plus haut (t. II, §45). Parmi les indications de Fopération césarienne, l'auteur mentionne l'altération des os pubis (Posso del pettenechio schiacciato). A Pexemple de Rousset, il recommande l'incision latérale. Un petit chapitre est consacré aux difficultés de la délivrance, par contre il s'étend longuement sur les monstres, chapitre, qui renferme, suivant les idées de l'époque, les choses les plus merveilleuses et les plus étranges, comme causes de ces malformations. Le troisième chapitre est consacré aux maladies des accouchées et des enfants, et à leur traitement. Ce court résumé du livre italien suffit pour montrer que l'auteur n'avait été d'aucune manière en situation de traiter un sujet pareil. L'obstétricie avait alors déjà réalisé assez de progrès, pour que les livres sans expérience, fussent insuffisants à faire dans son intérêt quelque chose d'utile.

Obs. — Haller indique comme première édition, celle de Venise, 1604, in-4°, mais il ne dit pas l'avoir vue, il mentionne ensuite : Venise, 1607, in-4". Milan, 1618. in-8°. Vérone, i652, in-S" et ibid.^ 1662, in-4" (voy. Bibl. ch., I, 280). Haeser mentionne uneédit. de Venise de 1614, in-4° dans son * Lelirb. der Gesch der Medi\in. len., 1844, in-S", p. 471. Quetik et Eckard biographes de Mi.rcurio parlent d'une édition qui avait déjà paru avant 1600; mais ils laissent cela dans le doute. L'édition que nous avons en mains a pour titre : * La commare o raccoglitrice deir eccellentissimo signor Scipion Mercurio, Filosofo, Medico e cittadin Romana. Div. in tre libri. Edit. correttaet accresciuta di due trattati; uno del colostro, dove si traita di diversi mali de i bambini delV eccell. sign. Ez. di Castro medico Jisico d'Avignone ; Valtro di un gravi/s. autore^ nel quale si risolvono alcuni dubj importanti circail battesimo de i bambini^ etc. Veron., 1645, in -4".

Sur la vie de Scip, Mercurio, voy. :

* Scriptores ordinis prœdicatorum recensiti notisque historicis ac criticis illustrati, etc. Inciioav.. R. P. F. Jac. Quetik absolv. R. P. F. Jac. Ecraud, tom. IL Lutct. Paris., 1 72 i , in-fol., p. 3g8.

* Teatro dliuomini leiterati apertudel Abbate Girol. Ghilini. Venet., 1647, in-4°, p. 122.

l36 SKPTIÈME ÉPOQUE

* Ateneo dei Letterali Milanesi adunnt . d'alP Abbate Don. Fil. PiciNELLi. Milan, 1670, in-40, p. 346.

* Bibliothcca romana authore Prosp. Mardosio. Rom., 1682, in-4", p. 191.

§ 59. — Gottfried Welsch.

Au milieu du XVII'' siècle, un professeur de Leipzig, Gottfried Welsch, entreprit de traduire en allemand l'ouvrage de Scip. Mercurio, dont il avait fait la connaissance à Padoue, pendant qu'il y faisait ses études. Bien que l'original ait peu de mérite, le traducteur a celui d'avoir rectifié de nombreuses erreurs et inexactitudes, et d'avoir ajouté un certain nombre de chapitres pour y exposer de meilleures doctrines. Ainsi on trouve des idées plus exactes sur le ramollissement des cartilages pubiens, et le relâchement des ligaments pelviens; le développement de la matrice pendant la grossesse est tracé d'après nature, et l'anatomie de cet organe est bien décrite. L'ouvrage a aussi gagné par l'adjonction de figures plus fidèles. Le traducteur a fait représenter la tête du fœtus, le bassin, la matrice à l'état gravide, les attitudes du fœtus dans la matrice, ces dernières d'après l'ouvrage d'AoRiEN Spigel {de fonnato fœtu. * Patav., 1626, in-fol.) ces figures facilitent l'intelligence des descriptions, et remplacent avec avantage les gravures sur bois médiocres de l'original. A la place de l'attitude insensée dont nous avons parlé plus haut, on trouve un fauteuil obstétrical commode, qu'à volonté on peut transformer en un lit. Bien des erreurs de SciPio Mercurio n'ont pas été combattues, notamment la version céphalique si souvent recommandée, qui n'a pas trouvé dans Welsch un contradicteur assez énergique. Toutefois, il recommande expressément aux sages-femmes d'appeler sans retard un médecin dans les cas difficiles, et de ne pas attendre « que le char soit embourbé ». conseil excellent, qui n'a pas toujours eu delà part des parturientes l'accueil qu'il méritait (voy. plus haut § 55). Nous apprenons, par un court supplém.ent au ch. 18, qu'à Leipzig le choix des sagesfemmes et le soin de les examiner appartenait à la femme du

ou RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DU FORCEPS I t"

bourgmestre. L'auteur rend attentif à l'irrégularité de cette disposition, et dit combien il est désirable et juste que cet examen probatoire soit contié aux hommes de l'art.

Obs. — La commare del Scipione Mercurio. Kindermutter, oder Hebammenbuch, jpelches ans dem Italianischen in das Teutsche verset:{t, an viclen Orten vermehrt, iind mit denen alten. auch et^lichen neiien Kiipfern verbessert hat Gottfriedt Welsch (Livre de sages-femmes de S. M. traduit de l'italien en allemand, augmenté, et avec addition de gravures nouvelles par G. W.j, Lips., i65 3, in-4°. * Edit. secunda auct. et correctior. Wittenberg, 071, in-4°.

§ Go. — Progrès de l'obstétricie en France.

Il ressort de l'exposé de nos recherches, qu'au milieu du XVP siècle l'obstétricie avait pris, en France, un grand essor, et y brillait d'un éclat qui, de ce pays, allait rayonner sur les autres. Le mérite de ces progrès est dû à Paré, Franco et à Guillemeau, qui ont rétabli la version podalique, au plus grand avantage de leur époque et à celui de la postérité, qui, engagée dans cette voie salutaire, allait la suivre, l'améliorer, et rendre ainsi le plus signalé service à l'humanité. Le XVII^ siècle montre une série d'hommes s'efforçant à coopérer à cette œuvre de la manière la plus heureuse, et à stimuler le zèle pour l'obstétricie, qui, en France, ne devait plus se refroidir. Cest avec le sentiment de la plus profonde reconnaissance que la science doit rendre hommage aux mérites que les accoucheurs français ont acquis par leurs efforts; notre mission est d'en exposer la suite non interrompue dans le passé.

§ 61. — François Mauriceau.

Un des plus célèbres accoucheursque le XVII" siècle ait produits en France est François Mauriceau, chirurgien à Paris (i). Il

(i) Naegeledit que c'est avec raison qu'il est appelé l'oracle des accoucheurs de son siècle (Afec/ii3«. <i. Geè., Mayence, i838, p. i5o. (F.-J.H.)

l38 SEPTIÈME ÉPOQUE

dit lui-même (L. I, ch.VII). qu'il a posé les fondements de son éducation à PHôtel-Dieu, en y pratiquant les accouchements en 1660, « par permission de Mgr le président », et en explorant le grand nombre de femmes qui s'y présentent, pour décider de leur admission, « n"y ayant point de lieu plus propice à se perfectionner en peu de temps ». Plus tard, il pratiqua à Paris avec le plus grand succès, et en 1668, il publia sur les accouchements, les maladies des femmes enceintes et accouchées un ouvrage considérable, qui eut une vogue telle, qu'il dut en publier quatre éditions de son vivant, et qu'après sa mort(i7 oct. 1709), on dut l'imprimer encore plusieurs fois. Il le traduisit lui-même en latin, etdenombreuses traductions le répandirent danstous les pays civilisés. En 1693, Mauriceau ajouta à son traité un volume renfermant 700 observations, que depuis 1669 il avait puisées dans sa pratique. Dans ses travaux, Mauriceau partait de ce principe, que l'anatomie et la physiologie des organes génitaux de la femme devaient être la base de l'étude des accouchements ; à cet effet, il commença son ouvrage par un exposé complet et méthodique de l'anatomie et de la physiologie de ces organes, ouvrant ainsi une voie, qui, jusqu^à ce jour, a toujours été suivie parles accoucheurs. Il est malheureusement à regretter que, dans la description des parties génitales, il ait suivi de préférence d'anciens anatomistes, et que ses écrits manquent de recherches contemporaines. Il se déclara opposé aux magnifiques doctrines de DE Gra.\f sur l'ovaire et l'ovule féminin, qui étaient contemporaines (de Graaf mourut le 1 9 août 1 678), et il continua à parler de la semence de la femme, et il alla jusqu'à contester l'existence d'une grossesse tubaire, qu'il avait cependant eu l'occasion d'observer (L. I, ch. V), et déclara que celte grossesse extra-utérine s'était produite par suite d'une rupture utérine. Par contre, le talent pratique et la riche expérience de Mauriceau se révèlent partout où il s'agit de déduire un diagnostic, de la forme ou de la configuration des organes génitaux. A ce point de vue, il a très bien décrit les modifications du col et de l'orifice, et montré avec quelle habileté il avait examiné, et su donner à l'explora-

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A L^INVENTION DU FORCEPS iSg

tion la place qui lui appartient. Il rejette la séparation des os du bassin pendant l'accouchement, il n'admet qu'une légère mobilité en arrière du coccyx, et il dit que l'amplitude de la cavité pelvienne est la principale condition de Taccouchement (Liv. II, c. I); il indique Tangustie pelvienne comme obstacle à l'accomplissement de cette fonction (Liv. II, ch. XI). Les indications, à cet égard, qui sont restées dans les généralités, ne font que pressentir la vérité qu'il était réservé à des temps ultérieurs de préciser.

Obs. — La description des cas de grossesse tubaire, dont il est fait mention plus haut, a une grande analogie avec la grossesse tubo-utérine dont on a parlé dans ces derniers temps, et appelée improprement grossesse « in substantia utero ». Mauriceau dit lui-même « cet enfant a été engendré dans une partie de la matrice qui s'était allongée » ; toutefois la rigure qui est jointe à l'observation représente bien une grossesse tubaire droite.

§ 62. — Obstélricie de Mauriceau.

Le traitement de Taccouchement est décrit très explicitement par Mauriceau, qui connaissait parfaitement la puissance de la nature, et qui blâmait les onctions des parties génitales, en usage depuis des siècles, au moyen du beurre ou d'autres corps gras qui ont l'inconvénient d'empêcher la bienfaisante sécrétion du mucus vaginal. Comme couchage, il préférait le lit à tout autre • « pour éviter l'incommodité et l'embarras de les y transporter après ». Il regarde comme inutiles et même nuisibles les pressions et les frictions de haut en bas sur les parois abdominales, dans le but de faire descendre l'enfant, par contre, il recommande une dilatation douce de l'orifice avec les doigts. Pour la délivrance, il donne les préceptes qui sont encore mis en pratique de nos jours par tous les accoucheurs (Liv. II, ch. IX). Les accouchements anormaux sont rangés par lui en trois catégories : accouchements laborieux, difficiles, et contre nature. Ces derniers ont pour cause une présentation anormale de l'enfant et récla-

ment toujours l'intervention de l'art. Défectueuse est la présentation foetale quand l'enfant ne vient pas par la tête. L'enfant peut se présenter de quatre manières différentes : par le plan antérieur, postérieur, latéral ou par les pieds. Mauriceau se déclare positivement contre toute manœuvre qui a pour but d'amener la tête à l'orifice (Liv. II. ch. XIV). et il prescrit la version podalique dans toutes les présentations anormales. Il commence la partie opératoire de son ouvrage par l'accouchement artificiel par les pieds, qu'il trouve indiqué chaque fois que ceux-ci se présentent. Les divers temps de cette opération sont nettement décrits. Dans la présentation podalique incomplète, on cherchera l'autre pied, et on fera l'extraction. Il metparticulièrement en relief la précaution à prendre pour que la face soit dirigée vers le sacrum, quand on fait l'extraction par les pieds. Dans le dégagement de la tête, il faut, avant tout, abaisser le menton, ce qui s'obtient en introduisant un doigt dans la bouche. L'extraction de la tête séparée du tronc, qui suit immédiatement Textraction par les pieds, montre que Tarrachement de la tête n'était pas un accident rare, à une époque, où les secours à donner dans les accouchements difficiles consistaient dans les extractions par les pieds, où. aux difficultés du passage de la tête venant la dernière, l'accoucheur ne pouvait opposer que la force de ses mains, quand il ne voulait pas faire usage des dangereux et meurtriers crochets tranchants. Il résulte, de là, que l'extraction de la tête arrachée du tronc se trouvait être en connexion intime avec la version et avec l'accouchement par lespieds^ jusqu'au moment, où le forceps allait restreindre l'indication de la version, et éviter ainsi l'arrachement de la tête dans l'extraction par les pieds. Dans les cas, où la tête a été arrachée, Mauriceau recommande, pour Textraire, d'employer la main, des lacs ou le crochet. Ce n'est que dans des cas d'absolue nécessité, qu'il conseille de diminuer le volume de la tête dans la matrice, avant d'en faire l'extraction. Quand, dans la présentation de la tête, c'est le volume trop consi dérable de celle-ci. ou une étroitesse notable des voies génitales, qui sont les causes des difficultés, Mauriceau conseille l'emploi

du crochet tranchant, ou la perforation du crâne, car. dans ces cas. l'enfant a succombé par suite de son long enclavement. Ici déjà il se déclare de la manière la plus nette contre l'opération césarienne^ et il appelle ceux qui la recommandent des « Imposteurs, dont RoussET est l'approbateur », et il ajoute qu'il faut préférer la vie de la mère à celle deTenfant.Dans les présentations de la face, '< on redressera la tête avec les mains», observant toujours.de le faire le plus doucement qu'il sera possible, pour éviter de trop meurtrir la face de l'enfant (fin du ch. XVII * du liv. II). Il connaît bien la déformation momentanée de la face causée par ce mode de présentation qu'il a vu se terminer tout spontanément, comme il en cite un exemple, ce qui ne l'empêche pas de donner le conseil de changer la présentation de la face en présentation du crâne. Les présentations du siège peuvent être abandonnées à la nature, si l'enfant est petit, les voies génitales assez amples; en cas contraire, il conseille de dégager les pieds, en prenant la précaution de le faire avant que le siège soit trop profondément engagé, et dans ce cas on introduira un doigt de chaque côté dans le pli de l'aine pour faire l'extraction (L. II, ch. XXIII). Dans toutes les présentations transversales du tronc, la version sur les pieds est indiquée, elle devra être pratiquée aussitôt qu'une extrémité se présentant avec la tête, n'aura pu être repoussée et sera de nature à causer un obstacle à l'accouchement. En général, la version sur les pieds suivie de l'extraction joue un rôle considérable chez Mauriceau. Il la recommande dans les hémorrhagies, les convulsions, le placenta prasvia. dont il connaissait bien les signes et les dangers pour la mère et l'enfant, sans mentionner le lieu d'implantation anormale du placenta. Le second enfant jumeau devra être extrait par les pieds; dans les procidences du cordon, quand celui-ci nepeut être réduit ou maintenu ainsi, on fera la version suivie de l'extraction. Quand, pendant la grossesse, il survient des hémorrhagies menaçantes pour la vie de la mère, on provoquera et on pratiquera l'accouchement ■ qu'elle soit a terme ou non, qu'elle ait des douleurs de l'accouchement ou qu'elle

n'en ait aucune », ainsi, dans beaucoup de cas, on fera la version suivie de l'extraction. Dans un chapitre spécial, il condamne encore une fois l'opération césarienne; il ne l'admet que chez la femme morte en état de grossesse, comme moyen de salut de l'enfant, et on fera l'incision à la ligne blanche, bien qu'il ait peu d'espoir pour la vie de l'enfant. L'extraction de la tête moyennant les crochets, la perforation et l'embryotomie sont les opérations instrumentales dont il fait la description, et dont il conseille l'application aux enfants morts, il paraît y recourir même chez l'enfant vivant plus volontiers qu'à l'opération césarienne. Les instruments nécessaires sont représentés en tête du dernier chap, du Liv. II, ainsi que la manière de les employer ; quelques-uns de ces instruments, tels que les couteaux courbes, sont restés en usage. Un instrument spécial pour attirer la tête de l'enfant mort (Tire-tête), de l'invention de Mauriceau, est représenté sur la planche suivante (Ed. 171 2), avec tous les détails de construction, et le mode d'application. Le troisième livre est consacré aux maladies des femmes en couche et à celles des enfants nouveau-nés.

^ 63. — Obstétricie de Mauriceau. — (Suite.)

Pour appuyer les préceptes donnés dans son livre, Mauriceau ajouta à la quatrième édition, qu'il publia en 1694, un volume contenant 700 observations recueillies dans sa pratique de 25 années (de 1669 à lôgS), choisies dans 3ooo, qui témoignent de sa riche expérience en obstétricie. Cest avec une loyale franchise que Mauriceau raconte les cas malheureux, qu'il regarde comme non moins instructifs que les cas heureux, ceuxci sont : « les exemples qu'on doit imiter », et ceux-là « ceux qui doivent être évités ». Les observations de Mauriceau sont surtout instructives au point de vue de la version podalique, qu'il pratiquait avec une grande habileté ; elles montrent l'extension qu'avait prise cette opération dans sa pratique. Il ressort égale-

ment de ces observations que, dans l'emploi des instruments tranchants, il n'avait pas eu égard assez scrupuleusement à la vie et à la mort de l'enfant. Le rejet absolu de l'opération césarienne devait naturellement conduire à cette pratique. Intéressante est l'histoire d'une femme enceinte affectée de vomissements très intenses, qui, au dire d'un médecin renommé, aurait dû être accouchée par l'opération césarienne, et chez laquelle deux saignées, l'emploi de lavements et l'opium eurent pour résultat un accouchement facile et heureux. Riche est la collection des observations d'accouchements prématurés, de maladies de femmes enceintes, et de celles atteintes d'affections utérines.

On rencontre un certain nombre de cas de placenta praevia, démontrant qu^il ne connaissait pas la cause réelle de cette affection, car il admet, avec tous ses contemporains, que le placenta se détachait de ses connexions primitives, et se présente avant Tenfant (de là partout l'indication de : « perte de sang qui avait esté causée par le détachement de l'arrière-faix qui se présentait le premier »).

Mauriceau l'attribuait tantôt à une violence extérieure, tantôt à un enroulement du cordon, qui, diminuant sa longueur, avait exercé des tractions. L'augmentation progressive de l'hémorrhagie de mois en mois, les accouchements prématurés et les modifications survenues dans le col, même la résistance qu'apportait le placenta à son extraction, ne sont pas parvenus à ouvrir les yeux de Mauriceau sur la cause réelle de cet accident. Dans tous les cas (12), il pratique la version suivie de l'extraction. Quatre enfants seulement furent sauvés, les autres étaient morts déjà avant l'accouchement, ou moururent peu après. Aucune des mères ne succomba. Un seul cas est cité (170) de mort d'une parturiente sans être accouchée; mais elle s'était obstinée à repousser tout secours. Il ajouta à ces observations un autre volume qui comprend les cas depuis 1698, jusqu'à 1704, où l'on trouve également beaucoup de choses fort intéressantes. L'aversion de Mauriceau pour l'opération césarienne est encore exprimée dans la 73® observation : il vit à l'Hôtel-

Dieu une femme rachitique qui était devenue enceinte ; elle mourut sans avoir été accouchée, les chirurgiens n^avaient pas voulu intervenir, dans la crainte qu'elle succombât entre leurs mains. Maitriceau reconnut que l'embryotomie ou l'opération césarienne étaient le seul moyen à employer, mais il fait observer que cette dernière opération aurait infailliblement entraîné la mort de la femme. Enfin Mauriceau résuma son enseignement en un petit volume d'aphorismes qui donnent une grande facilité pour apprécier ses doctrines. Nullement justifié est le jugement injuste que Leroy porte sur Mauriceau dans son Histoire critique, etc., p. 58. Les mérites de cet éminent accoucheur ont été assez éclatants à cette époque, pour n'avoir rien à craindre de ce jugement inique. La doctrine de Mauriceau sur la version podalique ne pouvait avoir qu'une heureuse influence sur Tobstétricie, bien qu'il fut dans l'erreur quant au jugement qu'il portait sur l'opération césarienne pratiquée sur la femme vivante. 11 faut dire, pour sa justification, qu'en France surtout, elle avait été pratiquée avec tant de légèreté, si souvent en dehors des indications vraies, qu'il était bien excusable de trouver quelqu'un qui s'opposât à ces façons d'agir.

Les indications bibliographiques de Haller, de Portal, d'OsiAN- DER, de SiEBOLD et de Naegele ne concordant pas entre elles, nous avons fait quelques recherches pour connaître exactement le nombre et les dates des éditions des œuvres de Mauriceau, ainsi que la cause de ces indications divergentes. Nous avons été heureux de trouver dans le T. II de l'édition de 171 2 la réimpression des privilèges du Roy, qui, jusqu'à la 4" Edition inclusivement, dissipent tous les doutes et donnent la clef des erreurs qui ont pu avoir été commises.

En 1668, Mauriceau obtient la permission et le privilège d'imprimer son ouvrages intitulé: Des maladies des femmes grosses et accouchées avec la bonne et véritable méthode de les bien aider en leurs accouchements naturels, et le moyen de remédier à tous ceux qui sont contre nature, et aux indispositions des enfants nouveau-nés ; ensemble une très exacte description, de toutes les parties de la femme qui sont destinées à la génération, le tout accompagné de plusieurs belles tiguresen taille-douce, nouvellement et fort correctement gravées. Œuvre très utile aux Chirurgiens et nécessaire à toutes les sages-femmes, pour

apprendre à bien pratiquer l'art des accouchements, composé par François Mauriceau chirurgien Juré à Paris, et maître es arts. Paris, 1668, vol. in-40.

Le 3 mai 1674 Mauriceau obtient le privilège pour une seconde édition « avec son augmentation ».

Cette édition porte à peu de chose prés le même titre, seulement Mauriceau est désigné comme « maître es arts, et ancien Prévost et Garde de la Compagnie des maîtres chirurgiens jurez de la ville de Paris. Elle parait à Paris en ibjS, unvol.in-4" ».

Par lettre du 4 Juillet 1681, on accorde le privilège pour dix ans d'une troisième Edition et d'une traduction /i.7/j?2e du même livre par l'auteur. Cette troisième édition est publiée avec mêmes format et titre, à Paris en 168 1. On trouve une réimpression de cette troisième édition avec la date de i6j3, qui ne porte d'autre indication que « nouvelle édition », Sif.BOLD l'avait en mains, et il la désigne comme quatrième Edition; Naegele en niait l'existence.

Par lettre patente du 14 Juillet lôgS, nouveau privilège est accordé par le Roy pour une quatrième et dernière édition du livre, pour une seconde édition de la traduction latine, et un nouveau livre, qui est la suite du premier, intitulé : Observations sur la grossesse et l'accouchement des femmes, et sur leurs maladies et celles des enfants nouveau jjef. Ces livres paraissent en deux volumes in-4°. Paris, i6<)4; c'est donc par erreur que Siebold désigne cette édition comme la cinquième (II, p. 149).

La cinquième édition parut à Paris chez Hilaire F"oucault en* 17 12, 2v. in-4», elle porte l'indication de cinquième édition. C'est la première après la mort de l'auteur, qui, retiré dans un faubourg de la capitale, avait succombé le 1 7 octobre 1 709. A la fin du premier volume se trouvent les Aphorismes dont nous parlerons plus loin.

Cette édition est réimprimée en 17 18.

Il est publié une 6® édition en 172 i, dont il y a une réimpression en 1728.

Enfin, en 1740, paraît une septième édition, annoncée comme telle dans le catalogue de librairie ajouté à la 3« éd. du Tr. des Ace. de Levret, et à la traduction de Smellie, publiés par l'éditeur Didot, 1760, 1765; on trouve les Aphorismes dans le premier volume, et les Dernières observations ajoutées dans le second.

Le titre de la traduction latine est: « Fr. Mauriceau, de Mulierum praegnantium, parturientium et puerperarum tractus. Paris, 1674, in-40 2« éd., Paris, 1681. Les fig. sont, enluminées d'après Siebolu (II, i5oi.

Les Aphorismes. Paris, 1694, in-12, puisajoutés aux éd. 1712 el suiv,

SIEBOLD-HERRCOTT. II — lo

Les Dernières observations ont été publiées à Paris en 1708 (Portal dit 1703), in-40, réimprimées en* 1715, et en* 1728, et jointes à l'édition de 1740 (sinon peut-être déjà à l'éd. 172 i). Trad. holl. avec texte fr. * Amst., 1700, in-12. Trad. allem. * 1783, parTiMM (voir § 70,

L'indication des éditions des traductions de Mauriceau est donnée d'après Siebold, sauf celle de quelques additions dont la source sera indiquée.

Trad. en anglais, par H. Chamberlen * The Diseases oj Wonien withChildand in Cliild bed, etc. Lond., 1672, \n-So. Jbid., 1681 (suiv. Osiander). Ibid., i683. {Ibid., 1716, et Jbid., 1727).

Trad. en allemand. Tractât Von Krankheiten sclnvangerer und gebârender Weibs-personen allerberste H'ùljleistung, etc. Basel., 1680, \n-^'>.Der Schwangeren und Kreisenden Weibs-personen, etc. Niirnb., 1681, in-S". Ibid., lôSy. Ibid., 1707. Strasb., 1732. in-40.

Trad. en italien. Genov., 1727, in-40.

Trad. en hollandais. Amst., i/Sg, in-40 (voir plus loin, II, § 192).

Sur les détails biographiques, trop peu abondants, voy. Portal. Hist. de l'anat., t. III, p. 354. Dict. hist. de la niéd., par Dezeimeris,

§ 64. — Mauriceau et Chamberlen.

Parmi les observations publiées par Mauriceau, il en est une très remarquable, mais dont l'importance n'a pu être appréciée que plus tard, puisqu'elle donne la première indication sur un moyen d'accouchement anglais, qui pendant si longtemps a été enveloppé de ténèbres. Mauriceau fut appelé, le 19 août 1670, (obs. XXVI) chez une primipare de Sg ans, qui était dans les maux depuis plusieurs jours, et qui ne pouvait accoucher parce que le bassin était notablement rétréci, quoique l'enfant se présentât par la tète. Mauriceau ne voulut pas pratiquer l'opération césarienne, puisque, par principe, il était opposé à cette opération, et qu'il se déclara impuissant à la secourir autrement. Un accoucheur anglais, Chamberlen, qui se trouvait en ce moment à Paris, promit de mettre au monde cet enfant en moins d'un demi-quart d'heure ; il commença en effet son opération, mais

après trois quarts d'heure d'efforts inutiles, il déclara à son tour ne vouloir pas continuer, et il admit l'impossibilité de Paccouchement. La femme succomba au bout de 24 heures sans être accouchée. A l'autopsie, on trouva la matrice déchirée en plusieurs places, et perforée manifestement par les instruments dont Chamberlen avait fait usage. Mauriceau ajoute que ce médecin était venu d'Angleterre à Paris, il y a six mois, se vantant de posséder un secret, moyennant lequel il pouvait achever en très peu de temps un accouchement difficile et désespéré ; il avait même offert au médecin du Roi, de le lui révéler pour une somme de dix mille écus. Le cas cité fut si malheureux, et si peu encourageant, que Chamberlen perdit tout crédit, et dut retourner en Angleterre sans avoir conclu son marché.

Avant de partir, Chamberlen rendit visite à Mauriceau, vanta la prudence dont il avait fait preuve dans cette circonstance, et lui exprima l'intention de traduire en anglais son ouvrage qui venait de paraître; cette traduction parut en effet en 1672 à London(voy. t. Il § 63, Obs.). Mauriceau ajoute encore, qu'à la suite de cette traduction Chamberlen acquit une renommée si considérable à Londres, comme accoucheur, que sa pratique lui rapportait plus de 3o,ooo livres. Ce cas malheureux donna occasion à Mauriceau d'inventer son fire-fefe, moyennant lequel, pensait-il, il aurait pu sauver la vie à cette femme, ce qui, d'après son récit, paraît fort douteux. Telle est la première notion qu'on eut à Paris de l'invention de Chamberlen devenue si célèbre plus tard, et du sort qu'elle y obtint, qui n'était pas de nature à encourager les accoucheurs de Paris à faire plus ample connaissance avec ce nouveau mode d'accouchement. Il ressort manifestement de ce récit qu'un sentiment de jalousie animait Mauriceau contre cet accoucheur anglais, dont le procédé manquait de délicatesse, et que son désir était de l'éconduirc comme un simple charlatan ; d'un autre côté, Chamberlen cherchait l'occasion de se réconcilier avec Mauriceau, qu'il regardait comme son émule à Paris, en lui offrant de traduire son ouvrage en anglais.

Obs. — Il faut lire en entier l'obs. 26 0 d'une femme qui

mourut avec son enfant dans le ventre, qui n'en put jamais être tire par un médecin anglais qui avait entrepris de l'accoucher. » Voy. Tépoque suivante.

P (35. — Cosvie Viardel.

Un contemporain de Mauriceau, dont les travaux sont bien intérieurs aux siens, Cosme Viardel, « chirurgien ordinaire de la Reyne », publia, en 1671, un volume d'observations qui ont la prétention de prouver que « pour terniiner les accouchements difficiles la main seule peut suffire, sans qu'on fasse emploi de crochets aigus ou d'autres instruments ». Mauriceau avait déjà porté un jugement défavorable sur Viardel dans le liv. II ch. XIII (dans les éditions postérieures, ch. XII) de son traité des maladies des femmes grosses, et s'était élevé contre l'approbation donnée à ce livre par trois Doyens et deux autres docteurs de la Faculté de Paris. Dans le fait, les règles pratiques que donne Viardel ne sont que des répétitions de ce que contiennent les livres d'HippocRATE, d'ARisTOTE, de Galien et d'AvicENNE (si bien que Portal l'appelle «le Parasyte de l'antiquité » III, 420), et qui à cette époque étaient absolument sans valeur; à cela l'auteur ajoute des idées superstitieuses et niaises : par exemple, que les monstruosités sont causées par une punition de Dieu, que les jumeaux de sexe différent sont séparés dans la matrice par une membrane « par une providence admirable de la nature, qui semble vouloir inspirer aux hommes, dès le premier moment de leur conformation, des loix et des règles pour la chasteté » (ch.V.), etc.; que le départ du méconium indique dans tous les cas (même dans les présentations du siège !) la mort de l'enfant, doctrine contre laquelle Mauriceau s'élève justement avec énergie. Viardel se montre partout grand partisan des médicaments propres à activer les contractions, particulièrement des excitants et des toniques; dans la rétention du placenta, il faut s'empresser d'en faire usage; Mauriceau s'élève contre cette doctrine, et pro-

DU RETABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS I4q

met un meilleur résultat des médicaments tempérants. Que peuton penser de la matière médicale de Viardel, dans laquelle on trouve du placenta calciné comme moyen de hâter l'expulsion du délivre. Viardel regarde les présentations de la face comme très défavorables, il recommande de les convertir en présentations crâniennes, en se servant de la main, et il conseille d'employer une petite compresse pour protéger la face (voir ch. XII, fig. 12). Si les présentations du siège ne peuvent pas être converties en présentations des pieds, on attirera le siège au moyen des doigts appliqués sur les aines (voy. fig. 1 1). Viardel expose largement Pimportance d'une exploration exacte au début du travail, et il donne le sage conseil d'attendre avec patience aussi longtemps que ne se déclare aucun danger, comme des hémorrhagies et des convulsions. Par contre, il faut agir promptement dans les accouchements « contre nature », les secours devront être administrés avec promptitude, avant que la mère soit épuisée par un long travail. Comme moyen principal, l'auteur, ainsi que l'indique le titre de son livre, recommande partout la version suivie de l'extraction par les pieds ; la plupart des observations qui sont citées sont des exemples de cette manière de faire. Les diverses manipulations, pour l'extraction par les pieds, sont très bien décrites, et témoignent de l'habileté de l'auteur, qui en général, s'en est tenu aux doctrines de Guillemeau. On cite un cas d'opération césarienne pratiquée après la mort de la mère, l'enfant, encore assez loin du terme, fut amené vivant, mais il ne tarda pas à mourir. Remarquable est l'observation d'un trcmc arraché de la tête, qui fut expulsée 24 heures après par les seules contractions de la matrice. Les figures qui accompagnent le texte (quoique gravées avec soin, au nombre de 14, et 2 pi.) n'ont pas grande valeur, car elles ne sont pas dessinées d'après nature, ainsi que le démontrent les diverses présentations fœtales qu'elles représentent. Suivant l'usage de l'époque, l'auteur traitedesprincipales maladies des femmes et des nouveau-nés ( i).

(i) On ne doit pas oublier de mentionner ici la périnéorrhnphie recommandée et pratiquée par lui. L. III, ch. i5, p. 343). (F.-J. H.)

IDO SEPTIEME EPOQUE

Obs. — * Observations sur la Practiqiie des accouchements naturels, contre nature, et monstrueux. Avec une méthode très facile pour secourir les femmes en toute sorte d'accouchement, sans se servir de crochets, nr d'aucun instrument que de la seule main, etc. Ouvrage non seuletnent curieux, mais aussi très nécessaire et très utile aux chirurgiens et sagesfemmes. Composé par CosME ViARDEL, chirurg. ord. de la Reyne, demeurant rue de la Vanerie proche la Grève. Paris, 1671 (Pindication de la demeure de l'auteur jette un jour louche sur ses intentions). Dans une * Nouvelle édition avec Remarques qui servent d'éclaircissement et de supplément à l'ouvrage. Paris, i748,in-8°, l'éditeur anonyme, a, dans ses éclaircissements et additions, utilisé les progrès accomplis par de la Motte et Levret, il y a ajouté quelques figures nouvelles représentant des chutes et inversions utérines.

Trad. allem. Francfort, 1677, in-S".

Viardel était mort en 1694, car Peu] dit dans son livre, qui parut la même année : a Un auteur (Viardel) qui n'est plus », etc. (Voy, § 6y de son écrit, p. 174).

§ 66. — Paul Portai.

D'une valeur bien supérieure sont les observations que Portal, né à Montpellier, publia en i685, avec des remarques excellentes pour la pratique des accouchements. Formé à Paris, sous la direction de son maître René Moreau, auquel il dédie son ouvrage, et auquel il témoigne la plus vive reconnaissance, il s'était exercé à l'Hôtel-Dieu, où il avait trouvé de nombreuses occasions de pratiquer les accouchements ; il ne dit que ce que la pratique personnelle lui avait appris, et ne s'attache à aucun système exclusif comme Viardel, dont il blâme hautement les principes. Si concis que soient les six chapitres qu'il a mis en tête de ses observations, ils ont un grand mérite, qui consiste essentiellement dans la déclaration placée au commencement du premier chapitre, p. 2, et à laquelle l'auteur veut rester hdèle : « Je ne m'arrêterai point, dit-il, à ce que les auteurs ont dit, mais je proposerai seulement ce que j'ai vu, ci ce que j'ai appris

par expérience ». Les progrès de l'obstétricie n'ont-ils pas été entravés pendant des siècles, par rattachement aveugle aux doctrines des anciens, par la pensée de transmettre fidèlement leurs principes, pendant des siècles, à la postérité, sans se préoccuper d'en vérifier soi-même l'exactitude ! Une observation fidèle de la nature, et exempte de préjugés, pouvait seule transformer Pobstétricie, et en assurer les progrès; dans cette direction, PoRTAL a rendu d'immenses services, et s'est élevé au-dessus de son époque. Plein de confiance dans la puissance de la nature, qui se révèle si admirable dans l'accouchement, Portal posa comme principe de ne rien hâter par une intervention prématurée, et de ne pas troubler l'œuvre de la nature dans sa marche régulière. C'est avec la plus grande confiance, qu'il déclara, que dans les présentations de la face, l'accouchement pouvait être abandonné à la nature, puis qu'il se terminait aussi bien que dans les autres présentations de la tête ; le troisième chapitre, consacré aux présentations de la face, commence par ces mots : « Il y a une sorte d'accouchement qui ne s"éloigne pas beaucoup du naturel, quoyqu'il soit un des plus délicats et des plus contre nature : c'estlorsque l'enfant se présente la face première », et plus loin il ajoute: « Il faut que celuy ou celle qui opère, ait toujours la prudence de ne rien irriter avec les doigts : autrement il causerait mille fois plus de mal à la femme et à l'enfant, que l'accouchement ne pourrait leur en faire, n'y ayant pas plus de mvstère en celuy-là qu'au naturel. » Mauriceau aurait pu arriver à une notion plus nette sur les accouchements par la face, puisqu'il en avait observé plusieurs qui s'étaient terminés spontanément; mais ces enseignements de la nature n'avaient en rien modifié ses doctrines. Portal, le premier, a vu la vérité, et l'a appuyée d'observations intéressantes (obs. 27 et 66; dans l'observation 28, il fit la version podalique pour une présentation faciale, parce que les contractions n'avaient pas été assez énergiques ; l'enfant succomba). Les seuls moyens qu'il recommandait, dans ces circonstances, étaient de mettre bien à profit les contractions véritables, en y coopérant par des efforts, d'employer des onctions sur l'orifice avec du

ID2 SKPTIKME KPOQUE

beurre, et d'apporter les plus grandes précautions dans l'exploraiion, pour ne léser aucune partie du visage. Les présentations des pieds et du siège étaient considérées par Portal comme devant se terminer par les seuls efforts de la nature (ch. IV, et obs. 19). A propos de la présentation du siège il dit : « Il est presque aussi facile que le naturel, ce qui fait dire aux sagesfemmes en commun proverbe : que là où le cul passe, la teste y peut bien passer ».

Portal indique l'écoulement du méconium comme un signe important de ce mode de présentation, et il blâme Viardel, avec raison, d'avoir indiqué cet écoulement comme un signe de la mort de l'enfant. Intéressant est le jugement qu'il porte sur Viardel à cette occasion (p. 180). : « Mais je croy qu"'il a parlé, ainsi que la plupart des auteurs font, sans jamais l'avoir vu ni pratiqué, s'imaginant que cela doit être, car j'ai vu plusieurs fois le contraire. Les livres seraient bien plus utiles qu'ils ne sont, si l'on ne donnait au public que ce que l'on a vu et pratiqué, en rapportant les choses avec sincérité et de bonne foy «. Quand la version était indiquée, il la pratiquait aussi avec un seul pied, et faisait l'extraction de l'enfant moyennant ce seul pied, si des difficultés spéciales ne s'opposaient pas à Pextraction. Dans l'extraction de la tète venant la dernière, il conseillait de faire des tractions sur le menton, avec précaution, et en introduisant un doigt dans la bouche. Le danger, pour l'enfant, de la procidence du cordon, est très bien exposé (ch. VI) et il recommande de terminer promptcment l'accouchement. Une des principales supériorités de Portal consistait dans l'habileté avec laquelle il pratiquait l'exploration, dont il expose les avantages dès le premier chapitre, et pour laquelle il donne les meilleures règles.

Cette habileté, jointe à un rare talent d'observation, l'ont mis en état de se rendre un compte exact des cas qui se présentaient dans sa pratique, et de les apprécier avec une indépendance complète de toute idée préconçue, qualités précieuses, qu'on trouve exprimées dans ses observations. Les cas les plus remarquables

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sont racontés dans un langage simple, révélant beaucoup de choses, qui plus tard sont produites comme des nouveautés, telle cette connexion extraordinaire du placenta avec une moitié de la lete, (voy. obs. 40 av. tig.) que, dans ces derniers temps, Rudolphi a pris comme sujet de dissertation inaugurale, sans qu'il ait été fait mention de Portal. Telle encore cette dépression du pariétal gauche d'un enfant, causée par une violence pendant la grossesse (obs. 58); enhn un accouchement trigémellaire, où un des enfants arriva dans un état complet de maturité, les deux autres arrêtés dans leur développement, etc. Les enseignements si précieux de Portal n'ont pas été profitables aux contemporains. Ce qu'il avait exposé dans un langage simple et sans prétention resta sans écho, car Mauriceau avait accaparé l'attention et la faveur de tous, il était l'étoile qui dirigeait leurs pas, le modèle que l'on s'efforçait d'imiter; pendant que ses œuvres étaient sans cesse rééditées, traduites dans toutes les langues, que Vl\rdel lui-même eut les honneurs d'une réimpression même posthume, Portal restait inaperçu, ses mérites méconnus; ce n'est qu'en Suède et en Hollande que cet excellent livre trouva des traducteurs.

Obs. I. — * La Pratique des accouchements soutenue d'un grand nombre d'Observations, composée par Paul Portal, Maistre chirurgien juré. Paris, i685, in-80.

La traduction hollandaise parut, d'après Haller (Bibl. chir., I, 475), en 1690. Sur la trad. en suédois, par John van Hoorn, voy. plus bas | 91 .

Dans sonhistoire del'anatomie et de la chirurgie, Portal mentionne encore (t. 3, p. 422) : Discours anatomique sur le sujet d'un enfant d'une hgure extraordinaire. Paris, 1671, in- 12 D'après le même auteur, Portal est mort le i*"" juillet jyo3.

Obs. II. — La dissertation de C. E. Rudolphi, dont il a été question plus haut, a pour titre : * Monstrorum trium prœter naturam cura secundinis coalitorum disquisitio. Acced. tab. aen II. Berol.. 1829, in-4".

(ij. — Philippe Peu.

Un autre contemporain de Mauriceau fut Philippe Peu, qui, après avoir pratiqué les accouchements pendant de longues années, publia en i6q4 un livre intitulé : la Pratique des accouchements. Déjà en 1648, il avait commencé à pratiquer à l'Hôtel- Dieu, sous la direction de Jacques Haran (voy. p. 38 de son livre); et jusqu'au moment de la publication de son livre, il avait eu occasion d'observer 4 à 5, 000 accouchements, tant dans sa pratique, qui était très étendue, qu'à THôtel-Dieu, cette mine inépuisable d'observations. Il ne mourut que le 10 février 1707, dans un âge fort avancé (deux ans avant Mauriceau). Le jugement défavorable que Mauriceau porte sur son ouvrage, dans l'avertissement qui précède ses observations (Paris, 1695, in-4'') n'est pas juste, une basse jalousie a conduit la plume de Mauriceau et lui a inspiré de sottes plaisanteries sur son nom (i). On ne peut nier, que dans les doctrines exposées par Peu, il n'y ait bien des choses à critiquer, que son livre manque d'ordre méthodique, que certaines explications théoriques ne sont plus à la hauteur des progrès de l'époque ; mais il contient incontestablement beaucoup de choses utiles à la pratique, qui révèlent le praticien attentif à ne laisser passer, sans profit pour la science, aucune des nombreuses occasions qu'il avait eues d'observer. L'ouvrage est divisé en deux livres. Le premier est consacré à la grossesse, et à l'accouchement naturel ; le second à '( l'enfantement laborieux en général, et à la méthode qu'on doit y garder ». Parmi les chapitres du premier livre, il faut mentionner spécialement le sixième : « De la distinction des parties de l'enfant », dans lequel on trouve un exposé excellent des signes diagnostics caractéristiques de chaque région fœtale qui

(i) SiEBOLD ne juge pas assez sévèrement la polémique personnelle et injurieuse de Mauriceau, qui se répète dans les éditions de son livre publiées encore après la mon de Peu. (F.-J. H.)

peut se présenter à Torifice. Le dixième chapitre a pour titre : « Des femmes qui sont contrefaites » ; il contient des recherches sur les femmes boiteuses et bossues, qui ont à craindre l'avortement.

Pour l'éviter, Peu conseille un très grand repos: « garder le lit soigneusement, user sobrement de toutes choses, ne point faire d'exercice violent, et pour celles à qui cela ne suffit, le célibat », ce qui certes est le meilleur conseil qui pouvait être donné. On ne trouve mentionnée que très superhciellement la déformation du pelvis et son influence sur Taccouchement ; Texpression d' « étroitesse » habituellement employée, et qui est citée plus bas (p. 258), se rapporte plus particulièrement à la matrice. Extraordinaire, pour cette époque, est l'indication d'une série de moyens superstitieux, comme d'allumer des cierges bénits, qui seront consumés quand l'accouchement se terminera, de poser dans Peau une rose de Jéricho, dont l'épanouissement doit avoir pour etîet d'ouvrir les voies génitales, de pendre au cou des amulettes, des cetites, des reliques, etc., Peu s'élève contre ces pratiques, et montre Tetîet fâcheux que leur insuccès peut avoir sur la parturiente (i). Très bon est le conseil que donne Peu de n'explorer que rarement pendant l'accouchement, parce qu'une présentation normale pourrait être convertie en présentation mauvaise. Comme méthodes opératoires, pour terminer les accouchements difficiles, Peu ne recommande que la version sur la tète ou la version sur les pieds, dans la première on fera usage du « crochet mousse », que Peu vante beaucoup, et dont il préconise l'usage, de préférence au tire-tête de Mauriceau, qu'il rejette comme mortel pour Tenfant, jugement qui a allumé la colère de Mauriceau, et servi de prétexte à sa polémique acerbe. Peu motive sa préférence, par l'avantage que possède ce crochet, de pouvoir amener un enfant vivant, et de permettre de lui

11) Le I 2 du chap. XII, du premier livre, p. i36, qui a pour titre : n Distinction à faire des pieuses maximes d'avec les superstitieuses », fait une distinction entre la vraie piété et la superstition, recommande la première, et rejette la seconde et la condamne. (F.-J. H.)

l56 SEPTIEME ÉPOQUE

administrer le baptême ; ce souci occupe une grande place dans l'àme pieuse de Peu, qui, dans le chapitre consacré à l'opération césarienne, dit ces paroles : « l'ondoier est la fin principale de l'opération césarienne » (3 19). Une longue recherche a conduit l'auteur à penser qu'elle ne doit pas être pratiquée sur la femme vivante; chez la femme enceinte qui aura succombé, on pratiquera l'incision sur la ligne blanche, depuis l'appendice xiphoïde, en passant à côté du nombril. Les présentations de la face sont appelées <( fâcheuses » par Peu, il conseille de les réduire en présentations crâniennes, satisfaire usage de la petite compresse recommandée par Viardel (voy, plus haut § 65). Si la réduction, qui doit être faite avant la rupture delà poche, ou peu après, ne réussit pas, on pourra faire emploi du crochet, qui, toutefois sera rarement nécessaire. Quelle supériorité dans la manière de txaiterde Portal, qui a été si peu suivie par les contemporains! Les présentations du siège pourront être abandonnées à la nature, si les voies génitales sont assez larges, dans le cas contraire, on devra faire descendre les pieds, mais si le siège est fortement engagé, on appliquera des lacs aux aines moyennant un crochet mousse fenêtre, dont on trouve la figure page 454.

Contrairement à ce qu'enseigne l'expérience journalière, Peu regarde les présentations pelviennes comme particulièrement dangereuses pour le périnée. Dans la présentation podalique, on pratiquera l'extraction de l'entant ; si l'enfant ne se présente qu'avec un seul pied, on devra chercher l'autre, car : « c'est la plus méchante méthode du monde, que de vouloir tirer l'enfant par un seul pied «. Peu avait une expérience si grande, « qu'on ne pouvait l'accuser d'agir par ignorance ». Il est à peine besoin de dire, que dans toutes les présentations transversales, la version podalique devait être pratiquée, puisqu'elle était recommandée dans les cas où les autres moyens n'avaient pas réussi. Les procidences et enroulements du cordon sont bien traités par l'auteur (ch. XIII du 2* liv). En cas de procidence, on essaiera de réduire le cordon, si on ne réussit pas, on fera la version, c'est

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la seule manière de sauver la vie menacée de l'enfant. Ridicules et fantastiques sont les 12 figures qui doivent représenter les variétés d'enroulement du cordon; c'est avec raison qu'OsiANDER dit : « Tous les fœtus, avec leurs cordons enroulés de diverses manières, sont, dans les figures de Peu, représentés dans des matrices tellement spacieuses, et dans des attitudes telles, qu'on pourrait les prendre pour des danseurs de corde nus ». Par contre, l'auteur a très bien traité, dans le chap. XV, les anomalies de la délivrance, et a, par ce fait, rendu de signalés services. Sa longue expérience lui avait enseigné tous les obstacles à la délivrance, et il les a exposés avec ordre, ainsi que les anomalies qui peuvent les accompagner. Il commence par décrire la 5^ période de l'accouchement à Pétat normal, et il rend attentif à la précaution qu'il faut prendre de ne pas laisser dans la matrice des fragments de membranes. Les anomalies de la délivrance sont causées : 1° par une adhérence trop solide du placenta avec la matrice, l'accoucheur introduira la main pour la détruire, cette opération est très bien décrite ; 2° le placenta peut être retenu par une contraction partielle de la matrice, par suite de laquelle il peut se former « une espèce de bourse et de cellule » comme « une seconde matrice »,dans ce cas encore, la main sera introduite sans retard, pour extraire le délivre. Il est manifeste que Peu a voulu parler de ces cas que Levret a fait connaître plus tard, sous le nom de contraction utérine en forme de sablier, et à laquelle il a donné une grande importance ; 3" si à la suite de l'expulsion d'enfants morts et putréfiés, il reste des membranes qui ne peuvent être extraites par la main, « ce sera un vrai bonheur, s'il survient des vidanges pour les détacher et les entraîner avec elles ». Peu décrit très exactement le placenta praevia, son diagnostic, ses accidents et ses suites, sans éclairer mieux que ses devanciers l'essence de cette anomalie ; pour sauver l'enfant, l'accouchement doit se faire aussi rapidement que possible, « sans avoir égard si le fruit vient bien ou mal ». Toutefois, il se déclare contre l'ouverture, forcée de l'orifice utérin, qu'il regarde comme dangereuse, en raison del'hémorrhagie interne

l58 SEPTIÈME ÉPOQUE

et grave qui peut en résulter, et il met comme condition à l'accouchement « qu'il y ait une ouverture suffisante >^. Dans un cas, qu'il rapporte, p. 517, Peu perfora le placenta prœvia avec la main, et amena Tenfant par cette ouverture, procédé qui a de nouveau été proposé dans ces derniers temps.

Enfin l'auteur dit. qu'après l'expulsion du fœtus, l'orifice delà matrice peut se refermer et s'opposer à la sortie du placenta (enkystement). Ce cas devra être traité par des moyens internes et la saignée. En étudiant avec soin cet article du livre de Peu, dont nous n'avons donné ici qu'une analyse sommaire, le lecteur aura la conviction que partout Peu a suivi la bonne voie, et qu'il doit être regardé comme le fondateur de la véritable doctrine des anomalies de la délivrance. D'autres ont travaillé plus tard le même sujet, mais à lui le mérite d'avoir donné les premières indications. Si, dans tout le livre, on regrette l'absence d'un ordre logique, destiné à lui donner, dans l'exposition, un caractère scientifique, il faut l'attribuer à la multiplicité des occupations de l'auteur, qui avait à faire face à de nombreuses exigences professionnelles, qui lui laissaient à peine le temps de réfléchir, pour pouvoir coordonner théoriquement ce qu'il avait observé, toutefois c'était là la base de ses enseignements. D'autre part, il suivait l'esprit de l'époque, qui devait se préoccuper avant tout de rassembler les matériaux d'un édifice qui ne pouvait être construit que plus tard.

Obs. — * La Pratique des accouchements par M. Peu Maître chirurgien et ancien Prévost et Garde des Maîtres chirurgiens jurei de Paris. P.^ris, 1694, in-8°, avec la devise « sat cito, si sat bene » (livre dédié à Fagon). C'est par une erreur typographique qu OsiANDER indique i6g5.

PoRTAL, Haller, et, après eux, Osiakder mentionnent encore: « Réponses aux observations particulières de M. Mauriceau. Paris, 1695, in-8° « comme réplique pour sa Justification : « Factum, ou lettre de Simon à M. Peu sur la falsification, qui se trouve à la fin de son premier livre des accouchemens, Paris, 1695, in-4° »,

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS iSq

§ 68. — Jean Rideau.

Un cas d'opération césarienne, pratiquée avec succès pour la mère et pour l'enfant, par Jean Ruleau à Xaintes, indiquée par une étroitesse pelvienne, engagea ce chirurgien à publier un travail sur cette opération ; son but était essentiellement de défendre cette opération contre Mauriceau, et d'autres, et de démontrer que, dans certains cas, elle pouvait sauver à la fois la mère et l'enfant. Ruleau, comme son prédécesseur Rousset, chercha à prouver que les plaies du bas-ventre, du péritoine et de la matrice, ne sont pas mortelles, il combat les objections soulevées contre cette opération, et trace des règles positives pour la pratiquer. Il accorde la préférence à la section latérale, et réunit la plaie moyennant la suture (gastrorrhaphie). Les autres règles que donne Ruleau, pour terminer les accouchements difficiles, ne diffèrent pas de celles de ses contemporains : version podalique, perforation, emploi du crochet aigu, sont enseignés par lui comme par Paré, Guillemeau, Viardel et Mauriceau, et il motive ainsi son travail : « comme leurs ouvrages sont en gros volumes, et qu'ils ne scauraient estre lus que dans le cabinet; ce petit traité se pouvant porter commodément, et lire sans beaucoup de peine, j'ay crû que je devais le donner au Public ». A la fin, on trouve l'indication de remèdes à employer chez les accouchées malades, parmi lesquels on rencontre les mixtures les plus étranges, par exemple du lait de femme avec de l'huile d'amandes douces, du placenta séché et pulvérisé contre les tranchées, du cambouis avec de l'onguent de rose contre les boutons hémorrhoïdaux, etc.

Obs. — * Traité de Vopération césarienne, et des accouchements difficiles et laborieux. Avec des remèdes contre les maladies qui surviennent aux femmes. Par M. J. Ruleau, Maîtrechirurgien juré à Xaintes. Paris, i704,in-i2. Trad. en allem. * Nûrnb., 1716, in-8°.

l6o SEPTIÈME ÉPOQUE

§ 69. — Pierre Auiand.

L'exemple donné par Portal, de publier ses observations, tut suivi, au commencement du XVIll'' siècle, par un chirurgien de Paris, Pierre Amand originaire de Riez en Provence. Après une pratique de vingt années à Paris, il décrivit avec simplicité et sans prétention les faits les plus intéressants qu'il avait observés. Dans sa préface il dit : « Je me suis contenté de mettre au jour quelques faits assez difficiles qui me sont tombés entre les mains, avec la simplicité convenable à un chirurgien, qui n'a pas un fond de littérature capable de donner aux sujets qu'il manie, les agréments qui peuvent les embellir ». Les 129 observations renferment beaucoup de choses remarquables, et montrent que l'auteur pratiquait sans préjugés et avec habileté. Il indique la version podalique comme le moyen d'accouchement le plus avantageux, il convertit les présentations du siège en présentation des pieds. Il ne faisait pas la version avec un seul pied, mais avec les deux, aussi souvent que cela était possible, et lors de l'extraction, il cherchait le second, même dans la présentation d'un seul pied. Intéressants sont les cas qu'il raconte de grossesses gémellaires et trigemellaires, ainsi que les cas de procidence du cordon, qui ont toujours motivé un accouchement rapide. Il mentionne quelques cas d'inversion utérine (obs. 40 et 5o), occasionnées par des sagesfemmes mal habiles pendant l'extraction du placenta. Pour faire l'extraction de la tête arrachée du tronc, Amand imagina un tilet en soie garni d'anneaux destinés à l'appliquer, et de tirants pour pratiquer l'extraction, le tout décrit p. 237 avec 3 planches gravées qui montrent l'appareil et la manière de l'utiliser, toutes choses il est vrai très peu engageantes. C'est dans le même but que Mauriceau avait imaginé une fronde (1\ des ace, liv. II, ch. i5), et (dans l'éd. 1712, ch. 14, p. 286). L'arrachement de la tête du tronc n'était pas une rareté à cette époque, ainsi qu'on le voit par les nombreux instruments inventés pour cet accident,

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS l6l

depuis Mauriceau, jusqu'au milieu du XVIII« siècle. Les nombreux cas de version podalique suivie deTextraciion, pratiquées, alors que le forceps n'existait pas, devaient rendre cet accident fréquent, il n'y a rien là qui puisse nous étonner. Amand donne même Thistoire d'un « accouchement d'une femme grosse de deux enfans, dont les deux têtes furent séparées des corps (par la sage-femme) et restèrent seules dans la matrice avec Farrièrefaix w (obs. 73, p. 233). La fréquence de cet accident ne diminua qu'après l'invention du forceps, qui diminua lui-même la fréquence de la version podalique, et qui, même après la version, devait rendre plus facile l'extraction delà tête, quand celle-ci ne suivait pas immédiatement le tronc. Parmi les observations d'AMAND, nous trouvons quelques cas de grossesse extra-utérine, notamment un cas, où les os du fœtus furent expulsés par le rectum (p. 6S). Il publia également quelques observations de grossesse avec airésie des parties génitales (i). Comme beaucoup de médecins français d'alors, il nie l'existence de l'hymen x qu'il n'a jamais trouvé dans ses nombreuses dissections et autopsies» (p. 17). En tête de ses observations, se trouve, sous le nom de « Questions générales sur les accouchements », une espèce de catéchisme par demandes et réponses qu'il propose aux candidats comme examinateur du collège St-Gosme. On y trouve un aperçu des connaissances qui, à cette époque, étaient exigées pour obtenir les grades, et des idées les plus importantes de l'auteur.

Parmi les « diflficultez qui viennent de la part de la mère «, on trouve notées entre autres « la vicieuse conformation des os qui environnent la matrice, comme aux boiteuses ». Sur la grossesse prolongée, l'auteur a dit des choses très sensées, et combattu

(i) Acette occasion, il expose nettement les idées de de Gkaaf (p. 62), mentionne des expériences d'incubation d'icufs de poule, et rend attentif à la différence des œufs, qui renferment les éléments d'accroissement, et ceux bien plus petits, qui les trouvent dans les milieux où ils doivent se développer, distinction caractérisée plus tard par Reichert par les noms d'œufs oloblastes et méroblastes (o/.o; entier, -j-oo: partie). (F.-J. H.) ' ' ■

SIEBOI.D-HERRCOTT. U | |

maint préjugé ancien. En somme, les examinateurs chirurgiens étaient peu exigeants au point de vue de Tobstétricie, et le côté pratique est complètement omis dans le questionnaire (i).

Obs. — * Nouvelles Observations sur la Pratique des Accouchements, avec la manière de se servir d'une nouvelle machine très commode et facile pour tirer promptement et seurement la tète de V enfant séparée de son corps, etc., par Pierre Amand Maître chirurgien juré d Paris. Paris, 17 14, in-8°. * 2^ édition corrigée et augmentée de la figure du tire-tête, représenté en trois différentes manières. Paris, i-iS. Portal et d'autres parlent d'une édition de 171 3.

Ce qui parait peu probable au traducteur, car les privilèges et approbations datent de la lin de ijiS. N'oublions pas de mentionner le beau portrait de l'auteur en face du titre. (F.-J. H.)

Suivant Portal, Amand mourut le 22 juin 1720.

§ 70. — Pierre Dionis.

Vers la fin du XYII^ siècle, et dans le commencement du XV II I", se distingua à Paris, dans le domaine de l'anatomie et de la chirurgie, un homme qui rendit aussi des services à Fobstétricie liée à la chirurgie d'une manière si étroite; ce fut Pierre Dionis, un parent de Mauriceau. En 1673 il fut nommé démonstrateur royal au Jardin du Roi, et en 1680 chirurgien particulier de la Reine Marie-Thérèse d'Autriche ; depuis cette époque, il resta jusqu'à sa mort (11 décembre 1718), en rapport avec les personnages les plus élevés de la France. L'anatomie humaine, qu'il publia en 1690, lui avait valu une telle renommée, que d'après

(i) Nous croyons devoir ajouter encore qu'AMAND a imaginé et décrit un bout de sein artificiel pour soulager le bout de sein naturel en cas de crevasses, ce bout de sein se compose d'une canule d'argent, de fer-blanc, ou de bois, de forme conique « ayant à peu près la figure du bout d'un cornet à poivre, de la longueur d'un pouce, pourvu que le mamelon puisse s'y loger, dont le trou ne doit être guère plus grand que celui d'un tuyau de plume. Le haut de la canule (la base du cône), doit avoir un rond (un bord) delà largeur d'un bon travers de doigt... on y ajoute aussi le pis d'une vache, etc. (voy. p. 392), je crois que c'est la première idée de ce petit appareil si souvent employé depuis, et si souvent modifie. (F.-J. H.)

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PoRTAL, elle fut traduite en chinois par l'ordre de l'Empereur. Son cours de chirurgie publié en 1707, qui en France eut un grand nombre d'éditions^ fut traduit dans les pays étrangers. A la fin de sa vie (17 18), Dionis publia encore un « Traité général des accouchements)), dans lequel il exposa les principes del'obslétricie de son époque. Il suivait en général l'enseignement de Mauriceau, sans servilité pourtant, puisqu'en certains points il rectifie et combat son maître et son parent. Comme introduction, DiONis exposa sous le titre de <.< De la génération de l'homme » l'anatomie et la physiologie de la génération ; les organes génitaux de l'homme puis ceux de la femme, dans ces descriptions on reconnaît l'anatomiste éminent qui a utilisé les précieuses découvertes de de Graaf (voy. plus bas § 96), et conibattu le mélange des spermes des deux sexes. Intéressante est la relation d'un cas de grossesse tubaire, p. 91, avec la planche gravée qui l'accompagne, et la discussion du cas de Mauriceau (voy. plus haut § 61) que Dionis regarde également comme une grossesse tubaire, danslaquellel'ovule s'étaitattachéà Forifice utéro-tubaire et s'y était développé (grossesse tubo-ovarique des modernes). Le second livre est consacré à la grossesse, au diagnostic, aux souffrances habituelles de cet état, et au régime à suivre. La vieille doctrine de la culbute à la fin du 8^ mois, est conservée et exposée (p. 186) : « Il ne fallait pas que l'enfant attendit les derniers jours pour se mettre dans la posture dans laquelle il doit sortir, il aurait été pour lors trop gros, et n'aurait pas pu se tourner avec autant de facilité ». Dans le troisième livre, l'auteur traite de « ce qu'il faut faire durant l'accouchement «, d'abord les secours à donner pendant l'accouchement normal (enseignement pour les sages-femmes). Dionis recommande un lit étroit garni de deux matelas, conime le lit de travail le plus avantageux au point de vue de la commodité et de la propreté, bien supérieur au lit ordinaire, que préférait Mauriceau. A cetteoccasion, Dionis dit que les femmes anglaises accouchent sur un fauteuil en bois, dont le siège est cchancré. A l'exemple de Mauhiceau, Dionis recommande de donner un lavement à la parturiente, au

164 SIOPTIÈMF. ÉPOQUE

début du travail, précaution qui le facilite, et qui a des avantages au point de vue de la propreté. Les autres prescriptions, qui se rapportent au traitement de l'accouchement lui-même, à la réception de l'enfant, à la ligature du cordon, et à l'extraction du délivre, sont très sensées et exemptes de toute idée préconçue. La seconde partie du troisième livre traite des accouchements difficile^, et décrit les méthodes opératoires qui doivent être appliquées. Comme tous les accoucheurs de l'époque, Dionis se montre grand partisan de la version podaliquc, etde l'extraction par les pieds. Il commence même l'exposé des présentations fœtales par celles des pieds, qu'il préfère aux présentations céphaliques entre les mains d'un accoucheur habile, attendu, que ces parties fœtales molles dilatent mieux les voies génitales. Le chapitre des présentations podaliques est suivi immédiatement du chapitre consacré ù l'arrachement de la tète, et au traitement qui convient, preuve évidente de la fréquence de cet accident, dans la version suivie de l'extraction par les pieds dans des étroitesses pelviennes, comme cela ressort des paroles niéme de Dionis (p. 262). La manœuvre recommandée par Dionis, qui consiste à introduire le pouce profondément dans le canal vertébral (si la tête s'est séparée entre la première et la seconde vertèbre), à partager les doigts sur la face (le menton) et à attirer ainsi la tète, a été conseillée de nouveau aujourd'hui (Kilian). Les présentations de la face seront converties en présentations du crâne au moyen de la main, les présentations du siège, en présentations des pieds. Les présentations du siège ne se terminent heureusement, que quand l'enfant est très petit, les voies génitales de la mère très larges; elles exigent le plus souvent leur conversion en présentations podaliques. Dionis a horreur de l'opération césarienne pratiquée sur la femme vivante ; c'est une opération cruelle, comme il l'a déjà dit dans son cours d^opération de chirurgie. Dans les cas de présentations céphaliques, qui ne permettaient pas de pratiquer la version, Dionis employait le crochet tranchant, recommandant de ne l'appliquer que sur un enfant mort. Il paraîtrait toutefois qu'il n'aurait pas

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toujours suivi rigoureusement cette règle, d'après l'observation rapporte'e p. 273, et la réflexion qu'à faite Mauriceau, qui avait assisté à l'opération, voy. p. 275, qui toutefois n'est pas convaincante, mais plutôt une défaite. Le quatrième livre dit « comment il faut conduire une femme après l'accouchement ».

D'un grand intérêt est le sixième livre qui est caractéristique de l'époque, et qui traite divers sujets. Nous y apprenons que les princesses et les dames du grand monde, même beaucoup de dames de la bourgeoisie, réclament les soins d'un accoucheur; quelques écrits de polémique dirigés contre les soins donnés par les hommes n'avaient pas, parait-il, atteint leur but; Dionis s'efforce de combattre ces écrits. On voit, p. 41S. qu'à cette époque, on avait pris à l'Hôiel-Dieu des mesures pour assurer l'instruction des sages-femmes, qui devaient passer un examen devant les « Maîtres chirurgiens de St-Cosme » avant qu'on leur accordât le droit de pratiquer. A cette occasion^ Dionis raconte l'histoire d'une demoiselle de la haute société, qui, étant devenue enceinte, s'étaiifait avorter à prix d'argent par une sage-femme mal famée. La mère et l'enfant furent victimes de cette tentative criminelle, la sage-femme fut poursuivie, condamnée et exécutée. Dans un autre cas, une servante condamnée à mort avait assuré qu'elle était enceinte, une sage- femme appelée pour l'examiner déclara qu'elle ne l'était pas, la femme fut exécutée, et après sa mort, on constata la grossesse. De semblables exemples n'étaient pas faits pour augmenter la confiance du public, aussi est-on étonné de la naïveté de Dionis, qui. rapportant ces faits, conclut ainsi : « Nous laissons la liberté aux femmes de choisir un chirurgien ou une sage-femme pour les accoucher ».

Obs. — * Traité général des Accoitchemens qui instruit de tout ee qu il faut faire pour être habile Accoucheur. Par M. Dionis, prem. chir. de feues Mesdames les Dauphines, et Maître ehir. juré à Paris. Paris, 1718, in-S". * 1724,111-8°.

Traduct. angl. Lond., 1719, 1724, in-8°.

Traduct. allem. : Peter Dionis Tractât von B^r^euf^uug uud Geburt des Menschen.^ etc., ubersetzt von J. T. M. D, Francf. u.

l6(5 SKPTIÈMK KPOQUK

Leipz., 1723. Nouvelle édition de cette traduction: * Johannis. TiMii Brcmensis, M. D. vermchrter und erldutertcr Dionis, etc. welchem noch hiebeigefugt sind des Fr. Mauriceau kurze Lehrsatze(avecles Aphorismesde M.). Frankf. u. Leipz., 17^3, in-8".

Trad. holland. Leide, i735,in-8°.

Ecrit antérieur de Dionis : * Histoire anatomique d'une matrice extraordinaire. Paris, i683, in-8° (utérus bicorne), grossesse dans une des cornes, déchirure de celle-ci, passage du fœtus dans la cavité abdominale).

§ 71. — Guillaume Maiiqiicst de la Motte.

Au commencement du XVI II'' siècle, parut en France l'ouvrage d'un accoucheur, dans lequel était consigné ce qu'une pratique de plus de trente années lui avait appris d'intéressant et d'utile. Il avait étudié la chirurgie à Paris pendant cinq années, mais avait un goût particulier pour les accouchements, qu'il étudia en qualité de topique (i),jKl'Hôtel-Dieu, sous la direction de Bourges, Ozou et Morin nB^8). Il retourna ainsi préparé dans sa ville natale à Valognes, dans la basse Normandie non loin de Cherbourg, où il pratiqua avec le plus grand succès cette partie de l'art, pour laquelle il avait une si grande prédilection. Pendant ses études, il s'était particulièrement adonné à Tétude des œuvres de Mauriceau, mais il doit à ses propres recherches et à son expérience personnelle son perfectionnement pratique, si bien, qu'il est devenu, comme il le dit lui-même un homme « qui a beaucoup plus d^expérience que d'étude ». Doué li'un esprit d^observation excellent, libre de tout préjugé, et animé d'une sainte

(i) On comprendrait difficilement cette qualité, si ce mot n'était explii^ué. Voici ce que dit de la Motte dans sa préface, p. ix : « Il semble en lisant les livres de MM. Mauriceau et Peu qu'il soit impossible de bien réussir dans la Pratique des accouchements, à moins qu'on n'ait travaillé à Paris dans la salle des accouchées... Mais comme il n'y a qu'un chirurgien qui assiste aux opérations, et que c'est une place qui est donnée à la faveur, il fallut me contenter de suivre en qualité de Topique (qui suit le médecin poui- noter les ordonnances) ». Ainsi, pour étudier les accouchements et voiries opérations, ce médecin dut se travestir (^n pharmacien ! [¥.-]. H.)

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ardeur, il exerça dans le rayon qu'il avait choisi, ayant pour préoccupation essentielle de bannir de la pratique, ou de restreindre l'emploi du crochet aigu et des instruments propres à tuer l'enfant, qui étaient alors à Tordre du jour delà pratique, et de perfectionner la version sur les pieds, qu'il regardait comme l'opération essentielle de l'accoucheur. Les autorités étaient pour lui secondaires, il se voyait souvent dans la nécessité de les contredire, il le faisait avec la plus grande droiture, et par amour de la vérité. Dans l'exercice de sa pratique, de la Motte comprit qu'il y avait quelque chose de bien supérieur à l'habileté d'extraire un enfant. Il connaissait la grande puissance que la nature déploie dans l'accomplissement de son œuvre, dans beaucoup de passages de son livre, il parle des grands moyens essentiels dans la pratique des accouchements: la patience et le tems. Pour faire connaître ses principes et ses règles, il avait, suivant l'habitude du temps, publié ses observations exposées avec simplicité, précédées de quelques mofs de théorie, et suivies de réflexions, quand cela lui paraissai|§nécessaire ; celles-ci constituent la partie la plus instructive du livre de de la Motte, puisque l'auteur se base sur les cas quMl a exposés, pour motiver sa conduite et en établir les règles suivant les enseignements de sa propre expérience. Dans ces conditions, de la Motte devait devenir un modèle pour les accoucheurs de son temps, aussi son nom restc-t-il honoré par les accoucheurs de nos jours. Beaucoup de ses principes ont été adoptés en France et à l'étranger. « Bien que l'obstétricie de de la Motte ait des défauts, dit un accoucheur de notre temps, et qu'elle ne soit pas un modèle à imiter dans tous les cas, ce que ne contestera pas celui qui connaît les progrès de l'obstétricie depuis son époque, elle fut la meilleure et la plus sage de son temps, forme un tranchant contraste avec celle de Peu et de Maukiceau, ces brillantes étoiles de leur époque. De la Motte était un artiste autonome, ayant assez de courage pour se frayer sa voie. Il avait une grande vénération pour Mauriceau, ce grand oracle obstétrical de son siècle, mais il ne lui obéissait pas en toutes choses, nous le

Ibb SKl'TIEME EPOQUE

voyons souvent au pôle opposé au sien ; la diversité même de son point de vue fait de lui un représentant de l'obstétricie de l'époque, que rhistorien doit mettre à côté de Mauriceau, et prendre en grande considération pour l'apprécier avec équité (i). »

Obs. 1. — Voy. le travail important consacré à de la Motte, par W. J. ScHMiTT de Vienne dans le t. I, p. i du Journal de E. SiEBOLD, sous le titre « FAiie historisch-kritische Revision von dem K. K. Oesto-reichiscJien Rathc iind Prof. D'' W. J. ScHMiTT, in Wien. Voy. plus loin § 221.

Obs. II. — Comme de la Motte indique la date et le lieu de chaque observation, on a une idée exacte du temps où il a commencé et terminé sa pratique, et des lieux où il a exercé. La première observation tombe dans Tannée i683, les dernières dans l'année 172 I, pendant que déjà l'impression de l'ouvrage était commencée. D'après la Biographie universelle, t. XXX, p. 283, il est mort le 27 juillet 1737 dans un âge très avancé.

D'après Dezeimeris il est né le 27 juin i635, ce qui porte son âge à 82 ans. (F.-J. H.)

(i) Nous ne pouvons résister au plaisir de donner ici la Traduction d'un passage de cette savante et éloquente étude faite par le collègue de BoER, et que E. de Siebold plaça en i8i3 à la tête du premier numéro de son Journal : « Celui qui de nos jours se propose de parler de DE LA Motte, après ce qu'en a dit un historien moderne, (Osiander. Litt. pragm. Gesch., § 208), devra, pour être juste, commencer par faire sa biographie. En attendant, Haller, Sue, et de nos jours Capuron le comptent parmi les meilleurs accoucheurs de son temps; ils apprécient à un haut degré sa sincérité et son talent d'observation, sa longue, expérience, où se révèle un sens droit que n'obscurcit aucune hypothèse ni amour systématique, où l'on constate une méthode d'agir simple, avec le soin d'éviter les instruments tranchants, surtout le crochet aigu si en honneur parmi les accoucheurs contemporains. On pourrait ajouter à l'énumération de ces qualités son mâle courage, son intrépidité, sa présence d'esprit imperturbable dans les situations les plus désespérées, son talent particulier, pour trouver, dans les cas les plus graves et les plus embrouillés, la véritable voie, son humanité, ses sentiments religieux et sa conscience scrupuleuse, l'amour le plus pur et le plus élevé de l'humanité ; quand il s'agissait de porter secours, de sauver un être, l'oubli de lui-même; dans les cas douteux, ou sa réputation de chirurgien pouvait être en jeu, une conduite héroïque, dont ses écrits montrent de nombreux exemples. Tout cela cause un profond ctonnement de voir un historien renommé porter sur de la Motte un jugement sévère >>.

L'accoucheur français ne pouvait trouver un meilleur défenseur contre Osiander, que l'éminent accoucheur de Vienne. (F.-J. H.)

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§ 72. — Principes d'obstétricie de de la Motte.

Bien que de la Motte n'ait pas suivi un ordre systématique dans son ouvrage, ce qui n'était pas dans son intention, ni conforme à toute son individualité, il ne l'a pas moins divisé en trois sections, qui comprennent : l'accouchement naturel, l'accouchement non naturel, et l'accouchement contre nature, et ordonné ces trois livres d'après cette division. Il appelait naturel l'accouchement qui se terminait sans les secours de l'art, que l'entant se soit présenté par la tête, le siège ou les pieds; comme l'auteur admet dans cette catégorie aussi les présentations du bras, cela prouve qu'il ne regardait pas les présentations du bras, à côté de la tête, comme un obstacle fatal à l'accouchement naturel. Le ch. 29 du liv. I porte ce titre : « Quelque partie que l'enfant présente, quand il vient bien, l'accouchement doit être toujours appelé naturel ». De la Motte se déclare contre ses devanciers, qui admettaient la culbute de l'enfant au 7^ mois (ch. 21), et il donne comme preuve : d'avoir déjà touché la tête au 6^ mois. Le traitement des accouchements naturels est chez de la Motte d'une grande simplicité (ch. 25); maintenir une bonne température est pour lui la condition nécessaire d'une terminaison heureuse, une situation commode de la parturiente le meilleur moyen d'abréger et de diminuer les douleurs (liv. II, ch. 12). Non naturels sont les accouchements qui durent longtemps, marchent péniblement, et se terminent cependant par les forces de la nature. Le second livre traite de ces accouchements, où sa vaste expérience révèle le mieux le sens droit qui a dirigé les traitements les plus variés. Partout, il appelle l'attention sur la puissance de l'action de la nature, et prémunit l'accoucheur contre une intervention prématurée (Liv. II, ch. i). Non moins juste est la remarque (obs. 95. Réflex.) que, chez les primipares, ce qui est à désirer n'est pas la promptitude de l'accouchement, qui souvent a facilement pour résultat des déchirures, avec toutes

IJO SKPTfKMF. i: COQUE

leurs fâcheuses conséquences, mais la lenteur dans l'avancement de la tête, qui, pendant la contraction, prépare le plus heureusement les parties à la dilatation qu'elles ont à subir, et prévient le mieux ces accidents. Il combat l'idée des anciens, qui, si souvent cherchaient dans l'étroitesse des parties molles la cause de la lenteur du travail, et il indique mieux que tous ses devanciers et en termes précis les conséquences de l'étroitesse pelvienne (ch.5)(i).

Quant aux présentations fœtales, Fauteur regarde comme favorables toutes les présentations céphaliques, à l'exception des présentations de la face, que l'occiput soii dirigé en avant ou en arrière, dans ce dernier cas, l'accouchement est fort difficile, cependant il n'a eu à faire usage d'instruments, que dans deux cas, et c'est dans les présentations crâniennes qu'il a perdu le moins d'enfants (obs. 243. Réfl.). Les présentations de la face sont regardées comme occasionnant un accouchenient très difficile, et de la Motte donne le conseil de repousser le menton pour faire engager le crâne, ou de faire la version (ch. 7) ; quand la manœuvre ne peut réussir, ou qu'il était trop tard pour faire la version, il a vu l'accouchement par la face se terminer pourtant naturellement ! Il ne peut comprendre ce fait, puisque le mécanisme de l'accouchement ne lui était pas connu, c'est pourquoi il dit : « C'est même ce que je ne comprens pas, qu\uie femme puisse accoucher quand l'enfant vient de la sorte, quoi qu'il me soit arrivé plusieurs fois, sans qu'il m'en soit encore péri aucun ». (obs. 1 1 1 . Réflex.). Il est extraordinaire que ces observations aient passé ainsi devant de la Motte sans l'impressionner. Quant aux

( I ) Voici le texte de l'auteur, où se trouve, pour la première fois, une expression qui est restée dans le langage obstétrical : « La cause la plus essentielle de raccouchemcnt long et ditficile, est lorsque les vertèbres inférieures des lombes avec la partie supérieure du sacrum ou même cet os tout entier s'avancent si fort en dedans, ou que les os pubis, au lieu de s'élever au-devant, se trouvent aplatis de manière à ne laisser qu'un très petit espace entre eux et Tos sacrum. J'ai tant de fois fréquenté ce détroit. c\ il m'a fait souffrir tant de peines, que j'en puis parler avec une vraie connaissance ». Ce passage capital m'a paru mériter d'être reproduit. IF.-J. H.)

présentations pelviennes, de la Motte était dans la véritable voie, car il dit (ch. 14), que lorsque le siège est fortement engagé, il faut abandonner l'expulsion à la nature, que quand il est encore élevé, il faut engager les pieds (obs. 126. Réfl.). Dans les présentations des pieds, il était trop tentant de l'extraire ainsi, pour qu'il n'ait pas donné le conseil de le faire; ce conseil est formel (Liv. III, ch. 38). Pour le traitement de la période de la délivrance, les conseils de de la Motte sont excellents; il recommande de ne pas se presser de faire l'extraction du délivre, et d'attendre qu'il soit bien décollé, de n'aider la nature dans son œuvre, que quand un danger le commande (Liv. V). Comme condition essentielle d'une puerpéralité norniale, de la Motte conseille de favoriser la transpiration (Liv. I, ch. "ij). Il se révèle comme médecin expérimenté, exempt de préjugés, dans la direction de la puerpéralité, et dans les règles qu'il prescrit pour en éviter tout danger.

§ 73. — Opérations obstétricales de de la Motte.

De la Motte s'est acquis les plus grands mérites par la pratique de la version podaliquc; il a porté cette opération cà un degré de perfection, qui, depuis lui, n'a Jamais été égalé. C'était son seul moyen d'accoucher dans tous les cas, où l'intervention de l'art était imposée, et où il subsistait une lueur d'espoir de sauver la vie de l'enfant. Nous trouvons, chez lui, les cas de version les plus extraordinaires ; il faisait encore la version lorsque la tête était arrivée à la vulve, et il la faisait avec succès! Ce n'est que quand la tête était enclavée, qu'il avait recours à la perforation. Il est évident que la version n'était pratiquée que pour permettre Pextraction de l'enfant par les pieds. Le forceps lui manquait, c'est pourquoi, il cherchait son refuge dans l'extraction par les pieds, quand le bassin était étroit, la tête volumineuse, etc. C'est avec la plus grande franchise qu'il déclare, que plusieurs fois, il a été assez malheureux pour avoir arraché le tronc de la tête, et

l'avoir laissée dans la matrice (liv. III, ch.26). De la Motte est fortement blâmé par Osiander pour ces faits, au reste cet historien trouve peu à louer chez de la Motte, auquel il ne consacre que des paroles haineuses. Si on prend en considération cette absence du forceps, qui ne fut connu que plus tard, et si on suit le principe si équitable de ne pas juger le passé avec les idées du présent, on verra que ces quelques cas malheureux sont loin de diminuer les mérites éminents de cet accoucheur, attendu que, dans les cas qu'il cite, il y a eu des circonstances défavorables, qui doivent mitiger la sévérité de ce jugement; dans un cas, le menton s'était trouvé arrêté par le pubis, dans l'autre il y avait étroitesse pelvienne. « En Pabsence du forceps, dit Schmitt, l'éminent accoucheur de Vienne, ce maître expérimenté devait souvent se heurter à des difficultés qui lui ont paru insurmontables, et qu''un élève de nos jours, quelque peu exercé, franchit, le forceps à la main, avec facilité et comme en se jouant. Donnez à DE LA Motte ce talisman, et il fera le même miracle ! » Le besoin d'un moyen de terminer l'accouchement, dans les cas où la tête passe difficilement, et où son état d'engagement avancé ne permet plus de pratiquer la version, et où il ne reste plus que la perforation, ce besoin d'un moyen nouveau se révèle chez DELA Motte; il déplore même la présentation céphalique, qui a pour effet son engagement si profond dans le canal pelvien, qui, quand la tête se trouve alors arrêtée par une circonstance imprévue, rend la version impossible. C'est donc par un véritable esprit prophétique, qu'à propos de l'enclavement de la tête, il dit ces paroles : «Quoique l'on ne doive pourtant désespérer, que dans la suite du temps les choses ne puissent changer, et se rendre plus favorables, s'il est permis d'en juger par le progrès avantageux que les accouchements ont fait depuis un siècle, dont ceux de l'espèce de ces deux derniers, sont des preuves d'un aussi heureux augure », etc. (obs. 3o8. Réfl.) promesses, qui allaient bientôt se réaliser. La grande préférence que de la Motte accordait à la version podalique, et sa grande habileté à pratiquer cette opération, avaient fait de lui l'adversaire principal de la version

céphalique, qu'il appelait une méthode à rebours, datant de l'antiquité. Voy. à cet égard Liv. III, ch. 32 et 33, où, à l'occasion des présentations du bras et dePépaule, il est en opposition avec Mauriceau. Dans les présentations du bras, il est l'adversaire des tentativesderéduction,quineconduisent jamais au but. Il s'élève égalementcontrelestentativesde réductiondu cordon. Icil'accouchement rapide (version sur les pieds) est indiquée pour sauver la vie à l'enfant (Liv. III, ch. 14), à moins que le fœtus ne soit trop engagé pour que la version ne soit plus possible; ces tentatives de reposition, il les avait faites au début de sa pratique, mais elles avaient toujours eu une issue malheureuse. Quant à ce qui a trait à l'extraction du foetus, il n'accorde que dans les cas exceptionnels qu'elle soit faite moyennant un seul pied, autant que ce sera possible, on devra, avant d'extraire, dégager l'autre pied. De la Motte combattit, par tous les moyens, le fréquent emploi du crochet et du perforateur, dont on faisait de son temps l'usage le plus criant, comme le montrent ses observations, de là la dénomination de «crocheteurs de profession» qu'il avait appliquée à ces accoucheurs. Il a considérablement restreint l'emploi de ces instruments, et il ne pratiquait la perforation, que quand la version était devenue complètement impossible. De la Motte ne rejetait pas tout à fait l'opération césarienne, il cherchait à l'éviter le plus possible, et il n'admettait sa nécessité que dans les bassins absolument rétrécis (Liv. IV, ch. 12, obs. 335. Réfl.).

Obs. — La première édition du livre de de la Motte parut en 1721, sous le titre de : * Traite complet des accouchemens naturels, non naturels et contre nature ^ expliqué dans un grand nombre d'' observations et de réflexions sur fart d'accoucher. Par le sieur de la Motte, chirurgien juré et accoucheur à Valognes. Paris, 1721, in-4''. D'après les approbations, le livre était terminé en 1712 ; l'auteur a mis à profit cet intervalle pour l'améliorer et y ajouter de nouvelles observations (i). Une deuxième édition parut avec

(1) L'approbation de Burette, lecteur du Roy, est du 27 novembre ijiS. Le Privilège du Roy du 3j décembre ly i5. Dk la Mottk a fait une première adclition sous le titre de : « Additions nouvelles ou Supplément au présent Traité, p. 849 ; il contient 16 observations (de 442 à 438) qui se rapportent aux années 1716-1720. La dernière, qui

le même titre à * La Haye, 1726, in-4°, une troisième à'' Leyde, 1729, in-4°. La dernière édition est en deux volumes * augmentée de beaucoup de remarques intéressantes, et mise en meilleur ordre, avec figures en taille-douce. Paris, 1756, in-80 (édition publiée 19 ans" après la mort de l'auteur). Comme, dans cette édition l'ordre des chapitres et des observations a été changé, le numéro des observations ne concorde pas avec celui des éditions précédentes, il en résulte une difficulté dans la recherche des passages cités par les auteurs postérieurs, qui ne disent pas-toujours à quelles éditions ils se rapportent, d'autre part on a ajouté à la 2" et à la 3" édition de nouvelles observations, d'où il est résulté un autre numérotage que dans la première. L^éditeur de la dernière édition de 1765, a mis en tête une table de concordance entre ses numéros et ceux des anciennes éditions. Gomme les anciennes éditions sont les plus répandues, nous avons cité d''après la première édition, celle de 1721.

Une traduction allemande a été faite par J. G. Scheid de Strasbourg. * Strasb., 1732, in-4''.

De la Motte a traité de Topération césarienne dans son * Traite complet de chirurgie, t. ITI, p. 224. Il y fait connaître tous ses insuccès (une nouvelle édition a été publiée en 2 vol. par Saba- TiER. * Paris, 1771, in-8°, avec beaucoup de notes critiques).

PoRTAL mentionne encore un écrit de de la Motte : Dissertation sur la génération, la superfœtation ; et réponse au livre intitulé <^f De l'indécence aux hommes d'accoucher les femmes, et sur V obligation aux mères de nourrir leurs enfants^ etc. Paris, 17 18, in-8^

§ 74. — De la Motte et Paljyyi.

Malgré la grande habileté de de la Motte à pratiquer la version sur les pieds, dans le but de faire Pextraction de l'enfant, malgré l'extension qu'il avait donnée aux indications de cette opération, il devait avoir entrevu que l'obstétricie manquait d'un moyen pour sauver l'enfant, quand un obstacle insurmontable s'opposait à la version sur les pieds. De là le vœu de trouver un

est dans un Appendice avec 4 observations non numérotées, est datée du 6 juillet 1721, donc l'ouvrage parut dans la 2e partie de l'année 1721. Dans l'observation qui est de 1719, il est question du chirurgien de Gand (Palfyn). (F.-J. H.)

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moyen d'extraire la tête profondément engagée, sans que le volume en fut diminué, et un propos qui ressemble à un paradoxe : qu'il aimait mieux que l'enfant se présentât par une autre partie que par la tête ; la triste expérience de la tête arrachée pendant Textraction par les pieds, après la version, avait fortifié ces réflexions. La suite de cette histoire montrera, qu'au temps où vivait DE LA Motte, ce vœu avait déjà été réalisé, que, dans un pays voisin, on possédait un moyen d'accouchement nouveau pour extraire la tête, mais qui n'était pas tombé dans le domaine public, et mis à la disposition de tous les accoucheurs.

Déjà il a été dit plus haut (§ 64), comment le hasard avait mis Mauriceau en rapport avec un moyen nouveau, sans qu'ilait puen connaître la nature et le mode d'emploi. On ne peut passer sous silence que de la Motte n'avait pas été tenu éloigné de la réalisation de ce procédé nouveau ; la dernière observation (458® de la i'* édit.) du supplément de son ouvrage en est la preuve. Il s'agit d'un tronc arraché de la tête restée dans la matrice ; la mère ayant refusé tout secours, la tête fut expulsée spontanément par les contractions de la matrice. Dans la Réflexion qui suit cette observation, de la Motte parle des grandes difficultés que l'accoucheur peut éprouver à extraire de la matrice une tête arrachée du tronc ; il parle de la difficulté de faire usage de la fronde de Mauriceau, et du réseau d'AMANo; il propose lui-même, à la place du crochet aigu, de se servir des tenettes qu'on emploie pour extraire les calculs à la suite de la taille, et pour cela, de faire d'abord une ouverture dans le crâne, par laquelle on introduit une des branches de la tenette, et au besoin même, de se servir de deux tenettes, et il ajoute : « loin de me faire un secret de ces instruments, de la manière que fit certain chirurgien de Gand, qui vint il y a quelques années à Paris, proposer au chef de l'Académie des sciences certain instrument de fer, au moyen duquel il se vantait d'accoucher toutes les femmes, auxquelles la tête de leur enfant serait arrêtée, prise, ou enclavée au passage, sans leur causer aucun préjudice. L'un des MM. les maîtres chirurgiens de Paris, qui avait été chargé d'examiner cet instru-

176 SKPTlÈME ÉPOQUE

ment, atin de donner son avis sur la possibilité du fait, et la prétendue utilité de son usage, me fit Thonneur de me demandei ce que j'en pensais, sans me dire autre chose de l'instrument, parce que c'était à condition qu'il ne donnerait à personne connaissance de sa structure : je ne balançai pas à assurer à cet amy que la chose proposée à l'égard de l'instrument, de quelque structure qu'il pût être, était autant impossible, que de faire passer un

câble par le trou d'une aiguille et que. si la chose était vraie,

autant qu'elle est fausse, et que cet homme mourût sans rendre l'instrument public, il mériterait qu'un ver lui dévorast les entrailles pendant l'éternité, par rapport au crime qu'il ferait de ne pas donner un moyen de sauver la vie à un nombre infini de pauvres enfans, qui la perdent par défaut d'un tel secours; toute la science humaine n'ayant pu le trouver jusqu'à présent, comme je le fais voir par les seules observations rapportées dans ce supplément ; mais qui. au contraire, serait comblé de bénédictions, si ce qu'il avance était véritable, par le grand bien que produirait cet instrument, qui se ferait bénir de Dieu et des hommes, dans le temps, comme pendant les siècles des siècles ». Cette observation porte la date de juillet 17 19 (1).

( i) Nous avons cru devoir reproduire le texte même de cette réflexion si importante au point de vue de l'histoire, au lieu d'en donner le résumé qu'en a fait l'auteur de l'ouvrage. Le médecin belge dont parle de la Motte, et que par réserve sans doute, il n'aura pas voulu nommer, est Jean Palfyn de Gand, chirurgien juré, anatomiste et lecteur en chirurgie dans cette ville ; d'après Portai. « il venait souvent à Paris, la maison de M. Devaux, chirurgien ordinaire du Roi était son domicile ordinaire ». Vers 1717 (Levret. Obs. sur les ace. lab., 1747, dit, il y a environ 3o ans). Il soumit à l'Académie des sciences de Paris un instrument qu'il avait inventé pour extraire la tète de l'enfant enclavée dans le bassin. Son intention manifeste, de ne pas garder le secret de son invention, est prouvée par cette démarche, seulement, il ne voulait rendre public son instrument, qu'après l'approbation de la savante compagnie, ce qui eut lieu après 1723. « A ce moment, dit Levret, il en fit faire plusieurs, qu'il céda à dillérentes personnes à Paris ». Il n'eut donc pas à encourir les malédictions de l'accoucheur de Valognes, mais à recevoir les bénédictions de Dieu et de l'humanité, qui, pai reconnaissance a attache son nom à cet utile instrument bien qu'il soit moins parfait et moins ancien que celui de Chamberlen comme on verra plus loin. (F.-.I. H.)

§ 75. — État extérieur de Vobstétrîcie en France.

Le coup d'œil, que, dans les paragraphes précédents, nous avons jeté sur Tétat de Tobstétricie en France, nous a donné la conviction quecettepariic delà médecineyavait été cultivée sans interruption avec un grand zèle et un succès considérable. Depuis Mauri- CEAU, un écrivain succédait à l'autre, apportant au perfectionnement de l'obstétricie le tribut de son savoir et de son expérience. Si, dans ces conditions, l'état intérieur de l'art subit d'heureuses transformations, l'état extérieur ne lui fut pas moins favorable ; l'art pénétrait dans la vie extérieure et y répandait ses bienfaits, les préjugés hostiles à la pratique des accouchements par les médecins, qui avaient existé jusque-là, disparurent peu à peu, les femmes ne firent plus de difficulté pour se confier aux soins des accoucheurs. Les observations consignées dans les auteurs de l'époque en sont la meilleure preuve. L'espoir, chez les femmes, de recevoir les meilleurs soins de la main d'accoucheurs habiles, augmenta la confiance qu'ils inspiraient, et cette confiance ne devait plus être ébranlée, La voix de quelques esprits faibles, qui avaient cherché à détourner les femmes de recourir aux soins des hommes, n'eut plus d'écho, à cause de la faiblesse de leurs arguments, de l'expérience, qui, elle, avait hautement parlé en faveur des accoucheurs, et aussi des réfutations victorieuses que firent, de ces pamphlets insensés, Dionis et de la Motte. L'exemple des classes supérieures, qui appelaient des accoucheurs, eut aussi une grande influence pour combattre ces anciens préjugés, comme le dit Dionis (ouv. c, p. 448) : « Les princesses et toutes les dames de qualité, choisissent des accoucheurs, les bonnes bourgeoises suivent leurs exemples, et l'on entend dire aux femmes des artisans et du menu peuple, que si elles avaient les moyens de les payer, qu'elles les préféreraient aux sages-femmes », et p. 444 : « Les reines, les princesses du sang royal, toutes les dames de la première qualité sont dans cet usage ; les

SIEBOLU-HERRGOTT. II — 12

magistrats consentent, et même obligent leurs femmes de se servir de chirurgiens dans leurs couches». L'histoire a conservé les noms d'un grand nombre d'accoucheurs qui n'ont rien publié ; ils ont survécu parleurs élèves, auxquels ils avaient fait part de ce qu'ils avaient appris dans leur pratique si étendue ; tels : Jacq. Le Fèvre. Renatus du Tertre. Faro des Forges. François BoucHET, P. MoRiN ct d''autres. Aucun accoucheur n'a eu une si grande renommée de praticien que Jules Clément, né à Arles en 1649; '^ ^'-^^ élève et gendre de Le Fèvre, fut recommandé par Fagon. médecin de Louis XIV, au roi et à la dauphine. et il donna ses soins aux princesses du sang et à presque toutes les dames du grand monde à Paris. Le roi l'ennoblit en 171 1. Il fut appelé trois fois à Madrid, pour donner ses soins à la femme du roi Philippi; II. Il mourut le 7 octobre 1729 à Tàge de 80 ans. Ses contemporains le citent souvent dans leurs écrits (Amand, DiONis et d'autres). C'est surtout Puzos, un auteur postérieur, qui le mentionne souvent, et qui l'avait eu en haute estime. Nous vovons ainsi, à la tin du XVII« et au commencement du XVI 11^ siècle, l'obstétricie arriver en France à un état de considération qui ne pouvait être que favorable à ses progrès. La suite de l'histoire montrera que cet état si brillant ne resta pas confiné dans la France, que les progrès rayonnèrent vers les états voisins, pour lesquels ce pays resta un modèle éclatant.

Obs. I. — Le premier écrit, qui prit sous sa protection les sagesfemmes contre les accoucheurs, fut anonyme ; il était écrit par un prêtre, neveu de M""' de la Marche, sage-femme à l'Hôtel- Dieu de Paris, il avait pour titre : Dissertation sur les accouchements ; voy. DiONis, ouv. c, Liv. VI, p. 421 où VIndex de cet écrit est donné complètement. Le second écrit a pour auteur Phil. Hecquet. il parut d'abord en 1708 sous le titre de : « * De l'indécence aux hommes d\iccoucher les femmes, et de Vobligation aux femmes de nourrir leurs enfants. Pour montrer, par des raisons de physique^ de morale, et de médecine, que les mères n exposeraient ni leurs vies ni celles de leurs en fans, en se passant ordinairement d' accoucheurs et de nourrices., à Trévoux, 1708. in-8''. Une nouvelle édition * Ibid., 1744, in-8". De la Motte s'éleva contrecetécrit(voy. plus haut§ 73, 0^.y.). Voy. son Traité des accouchemens « conclusion de l'ouvrage » p. 887.

DiONis chercha aussi à réfuter les propositions de ce livre (voy. ouv. c, p. 425 et suiv.

Obs. //. — Sur Jules Clément, voy. les Rech. crit. ethist. sur Vorigine^etc. de la chir. eji France, ouvrage déjà souvent cité. Paris, 1744, in-4°, p. 6x5.

I 76. — Les sages-femmes en France.

Marguerite de la Marche. — L'Hôtel-Dieu.

L'art des sages-femmes devait participer aussi aux progrès que l'obstétricie française avait réalisés, au point de vue scientifique, dans la deuxième moitié duXVIP siècle, d'autant mieux, que la délimitation entre les accoucheurs et les sages-femmes ne s'était pas établie aussi rigoureusement qu'elle le fut plus tard.

Le sages-femmes étaient restées les aides des accoucheurs, et avaient su s'assimiler les progrès si considérables réalisés par eux. La preuve de ce que nous avançons se trouve dans un livre destiné aux sages-femmes, que publia en 1677 Marguerite DU Tertre, veuve de la Marche. Ce livre, disposé par demandes et réponses, contient de précieuses indications sur la manière dont les sages-femmes ont à se conduire dans les divers accouchements. La version sur les pieds est recommandée partout, l'auteur a très bien agi, en conseillant de faire Textraction par un seul pied (p. io3 et 109), on épargne beaucoup de temps et de douleurs à la parturiente. L'auteur insiste sur cette manière de procéder, surtout dans les présentations pelviennes ; ce qu'elle expose, dénote une femme expérimentée. Ce petit ouvrage est écrit avec beaucoup d'ordre, on y dit ni trop, ni trop peu ; il en est résulté qu'il a été très utile dans son temps. Les progrès réalisés dans l'art des sages-femmes sont très appréciables, si on compare ce livre avec celui qu'écrivit, 17 ans plus tôt, pour les sages-femmes, Charles de St-Germain (J^cuyer, Docteur en médecine, Parisien). Ici se trouvent les doctrines les plus absurdes ; on recommande notamment partout encore lu version sur

l8o SEPTIÈME ÉPOQUE

la tête. On n'aqu^à voircequeTauteur dit,p. 238, surPaccouchement parles pieds, où, non seulement il prescrit la version sur la tête, mais même la succussion hippocratique ! La célèbre école pour les sages-femmes, attachée au service de la Maternité à l'Hôtel-Dieu de Paris, eut la plus grande influence sur l'instruction des sages-femmes en France, c'est là que M""^ de la Marche donnait son enseignement (voy. l'avis de l'ouvrage). Dionis nous apprend que les élèves sages-femmes y restaient trois mois ; pendant les six premières semaines, elles observaient, pendant les six dernières, elles pratiquaient les accouchements sous la direction de la « Maîtresse sage-femme » choisie parmi les plus habiles à Paris. Dans les cas difficiles, on appelait les chirurgiens attachés à l'hôpital (voy. la Préface de de la Motte). Ce sont les sages-femmes qui tiraient le plus grand profit de cet établissement, car c'est à elles seules que l'enseignement était donné, tous les hommes en étaient exclus. Aussi, lorsque plus tard (en 1797) la Maternité de l'Hôtel-Dieu fut transférée au couvent de Port- Royal, on resta fidèle aux mêmes principes, et c'est avec raison qu'OsiANDER dit dans son histoire, p. 212 : « 11 en fut ainsi jusqu'à ce jour (1799). La plus belle occasion de fonder un établissement pour la plus grande partie des médecins et des chirurgiens de la France fut perdue, alors que l'ardeur des accoucheurs français pour leur art aurait le mieux mérité de posséder cet établissement si précieux ».

11 ne faut pas s'étonner que les sages-femmes bien instruites aient pénétré dans la pratique, objet de leurs vœux, pour laquelle elles avaient été si bien préparées, pendant que les hommes ne devaient trouver que péniblement, dans l'exercice de leur art, l'expérience qui leur était nécessaire. Les progrès réalisés parles accoucheurs français sont d'autant plus méritoires, et dignes de notre reconnaissance. Nous devons user de la plus grande réserve dans le jugenicnt, peut être le blâme, que le présent mieux instruit porte sur Pctat de \a science dans le passé.

Obs. I. — Les titres des deux ouvrages destinés aux sagesfemmes mentionnés plus haut sont :

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS l8 I

* V Eschole méthodique et parfaite des sages-femmes, ou VArt de V accouchement , divisée en quatre parties. Dédiée à M. Guille- MEAU, conseiller, medec. ord. du Roy, par Charles de St- Germain, Escujyer, D^ en médec. Parisien. Paris, i65o, in-8». Le titre porte encore l'indication, sur un ton charlatanesque, de tout ce que renferme le livre, et il se termine par ces mots : « Ensemble la décision des plus belles, rares et curieuses questions qui se rencontrent sur ce sujet : avec plusieurs advis et conseils très importans à toutes sortes de personnes qui désirent vivre ou engager leurs enfans dans Testât d'un heureux mariage ». Bien plus modeste est le titre de l'autre livre : * Instruction familière et très facile, faite par questions et réponses touchant toutes les choses principales qu'une sage-femme doit savoir pour Vexercice de son art. Composée par Marguerite du Tertre, veuve du sieur de la Marche, tnaîtresse Jurée, sage-femme de la ville de Paris et de VHotel-Dieu en la dite ville, en faveur des Apprentisses Sages-femmes du dit Hôtel-Dieu. Paris, 1677, in-4°. D'après Sue (t. Il, p. 206), 2'' édition, 17 10, augmentée par Louise Boursier. Haller cite Louise Boursier comme auteur de l'ouvrage, erreur qui repose sur une confusion de nom,

Obs. II. — L'Hôtel-Dieu, le plus ancien hôpital de Paris et aujourd'hui encore le plus considérable, doit avoir été fondé du temps des Mérovingiens, au milieu du VIL siècle, par Saint Landry. Voy. * R. P. RiBADENEiRA. Lcs fleurs des vies des Saints, etc. Rouen, 1692, in-foL, p. 641, Cet établissement, d'abord placé sous la surveillance du clergé, trouva plus tard de puissants protecteurs et bienfaiteurs dans les rois de France, notamment Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Noy.* T^^o^, Mémoires sur les hôpitaux de Paris. Paris, 1788, in-4°, p. 109 et 23o « des femmes grosses et des accouchées à ï Hôtel-Dieu ».

Voy. encore * WiLH. Hokn. Reise durch Deutschland, Ungarn, Holland, Italien, Frankreich, Grossbritanien und Irland, etc. (Voyage à travers l'Allemagne, la Hongrie, la Hollande, l'Italie, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie, etc.), 2° vol. Berlin, i83 I, in-8'\ p. 480.

Voy. encore * Origines de la Maternité de Paris, etc. par M"" Henriette Carrier, ancienne élève de la Maternité, sage-femme de l'hôpital Lariboisière, av. fig., vol. in-S". Paris, 1888; ii en sera question plus loin. (F.-J. H.)

l82 SEPTIÈME ÉPOQUE

§ 77. — Ktnt de l'obstétricie en Allemagne.

Pendant que l'obstétricie faisait en France ces progrès si considérables et si rapides, qui lui avaient valu une considération universelle, et qui assuraient son avenir, elle restait en Allemagne délaissée et confinée entre les mains des sages-femmes, c'est ce que constatent les recherches dans le domaine de l'histoire. Les suites de la guerre de Trente ans. dont l'Allemagne fut le théâtre, y avaient paralvsé la culture des sciences et des arts, et ses effets malheureux persistèrent pendant longtemps. Les communications avec les pays voisins furent suspendues, et c'est ainsi que, resta sans effet pour elle, l'exemple si beau que la France avait donné. On ne se préoccupait que des choses les plus urgentes, et on croyait avoir fait tout ce qui était nécessaire, quand on avait mis, entre les mains des femmes, quelques notions pour porter secours aux femmes en travail (voy. plus haut | 5 5). Les préjugés contre les soins donnés aux accouchées par les hommes ont maintenu l'obstétricie dans un état d'infériorité absolue; n'appelant les chirurgiens et les médecinsquedansla détresse, on les privait du moyen de se perfectionner dans le champ si fécond de l'expérience, et de l'occasion d'enrichir l'art; on ne demandait de leur intervention que Taccomplissement des opérations les plus grossières, où la vie de l'enfant était sacrifiée, et non ces moyens doux qui ne pouvaient être que le fruit d'une connaissance sérieuse de la nature. Les traces de cette obstétricie grossière, qu'on rencontre au XVIII'' siècle, ne laissent pas supposer qu'antérieurement il y ait eu des temps meilleurs. L'autorité avait confié l'instruction des sages-femmes et leur surveillance aux médecins des villes et delà campagne, qui avaient acquis quelque notoriété' dans l'exercice de leur art. En attendant, subsistait toujours la vieille coutume de faire instruire les sages-femmes jeunes par les vieilles, qui disaient ce qu'elles avaient appris dans leur longue pratique, et ne donnaient que les indications les plus urgen-

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l"iNVENTIOX DU FORCEPS l83

tes. attendu qu'il n"y avait pas en Allemagne d'établissements d'instruction comme Técole de l'Hôtel-Dieu de Paris, et qu'il ne se trouvait pas de médecins expérimentés ayant eu l'occasion de traiter des couches normales, et d'y puiser l'instruction la plus élémentaire. Les ordonnances de cette époque ne parlent que de « sages-femmes expérimentées » qui devaient instruire les jeunes, avant de les faire examiner par les collèges de médecins, chargés de constater si elles avaient l'instruction suffisante pour être admises à prêter serment. C'est ainsi que quelques sagesfemmes ont écrit et fait imprimer, pour les jeunes sages-femmes, des livres d'inégale valeur. En général, dès la seconde moitié du XVII* siècle, chaque contréeavait son livre élémentaire dépassant de beaucoup leslimites assignées aujourd'hui à l'action des sagesfemmes, et renfermant une foule de médicaments, qui permettaient une intervention irrégulière de leur part, toutes choses prouvant l'étendue du cercle d'activité qui leur était ouvert, et combien il répugnait aux femmes allemandes de recourir aux soins des hommes, auxquels était ainsi enlevée toute occasion de perfectionner l'obstétricie dans la voie féconde de l'expérience, Pour composer leurs livres, les auteurs de l'époque s'en tenaient aux anciens, faisaient des extraits de Roesslin, de Rueff, de Welsch et autres, reproduisaient même les ligures de ces ouvrages, avec les conseils les plus sots; les sages-femmes les surpassaient de beaucoup dans cette fâcheuse direction. Cet état ne changea qu'au XYIII^ siècle, après que les progrès, depuis longtemps réalisés en France, s'étaient propagés en Allemagne.

Obs. — Ainsi V Ordonnance pow les sages-femmes, que Bernard, DUC DE Saxe, etc., publia dans son pays en 1682. contient p. 9, le passage suivant : « L'autorité supérieure ordonne et recommande aux médecins ordinaires d'examiner les élèves sages-femmes sur leur manière de vivre, leur constitution corpo^relle. leur instruction et leur expérience, de s'informer si. pour l'exercice de leur art. elles sont suffisamment instruites, et de les instruire encore de ce gui leur est le plus nécessaire^ » etc. Voy. * Nothn'endig und iiiitylicher Unterncht, wornach sich die in des Durchl. Fiirsten und Herrn Bernhard's, Hert:{. ^u Sachsen, etc. (Instruction utile et nécessaire, etc. sur la manière de soigner les

1S4 SEPTIÈME rPOQUE

femmes en travail, etc.) Meiningen, 1682. Voy. aussi * Chris- TOPH. VoELLTER. Ncii crocffuetc Hebammen Schiihl (Nouv. école de sages-femmes). Stuttg., 1679, in-S".

§ 78. — Livres destinés aux sages-femmes dans les divers étals de

l'Allemagne.

Dans la deuxième moitié du XVII^ siècle, parurent, dans diverses villes de TAUemagne. des ouvrages analogues à celui de Welsch, dont nous avons parlé plus haut § 59, et destinés à l'instruction des sages-femmes, dontla forme etTordonnance restèrent les mêmes, et qui ne se distinguèrent les uns des autres, que par une étendue plus ou moins grande. Ils contiennent ce que nous offre déjà le XVI* siècle dans les livres de Roesslix et de Rueff ; partout la même confusion dans les présentations fœtales, la version céphalique recommandée comme moyen principal, la version podalique comme moyen exceptionnel. On y lit les préceptes d'HipPOCRATE et d'ARisTOTE, nulle part ne manquent les nombreuses recettes, si abondantes dans tous les anciens livres de médecine ; on ne trouve qu'une indication toute superficielle des cas, où les sages-femmes devront appeler un médecin, et à cet égard, on leur laisse la plus entière liberté. Il suffit d'indiquer ici ces ouvrages, car le contenu est sans influence sur l'histoire de l'art; on peut dire seulement que l'instruction des sages-femmes n'avait pas été complètement abandonnée. Dans la Hesse, avait, déjà en i652,paru, pour Tinstructiondes sages-femmes, un livre par le D"" Huxholz ; en 1674. le D' Sommer d'Arnstadt, sur l'ordre du duc deScHWARTZEXBERG, publia, pour lessages-femmes, une instruction qui, jusqu'en 171 5, eut plusieurs éditions. Dans le Wurtemberg. Christophe Voellter de Metzingen sous Urach, qui avait appris la chirurgie à l'étranger, servi comme chirurgien militaire chez les suédois et les autrichiens, et qui, depuis quarante ans. pratiquait dans la capitale de son pays, à Stuttgard, publia une « Ecole de sages-femmes ». qui eut encore deux nou-

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS l85

velles éditions. L'auteur y représente, pour accoucher, un fauteuil, qui (d'après Osiander) resta pendant plus d'un siècle en usage dans la Souabe; le grand nombre d'observations citées dans ce livre prouve que l'auteur s'était occupé d'accouchements ; il n'est pas opposé à l'opération césarienne qu'il recommande aux chirurgiens. Pendant plus de cinquante ans, les sages-femmes du Wurtemberg ont puisé leur instruction dans ce livre (Osiander). Dans la ville de Brunswig, fut composée, en 1686, une instruction pour les sages-femmes, qui servit pour tout le pays. En Suisse, J. MuRALT composa, en 1 689, un petit livre qui fut réédité en 1697, il avait pour titre : Petit livre poiw les sages-femmes et les (maladies des) enfants. En 169 1 parut à Merseburg un gros livre de sages-femmes, qui en 1701, parut sous le nomdea^a^efemme saxonne » .

Obs. — Les titres des livres pour sages-femmes mentionnés plus haut sont les suivants :

WoLARD HuxHOLz, Untevrlckt der Hebammen (Instruction des sages-femmes). Cassel, i652, in-8°.

* JoH. G. Sommer, NotJwendiger Hebammen-Unterricht. une eine Hebamme gegen schwangere, gebehrende iint entbundene Weiber luid deren Kinderlein sowohl bei naturlichen und unnaturlichen Geburten sich ■{u verhalten^ etc., mit hieriu diensamen Kuppfern. Arnstadt., 1676, in- 12 (Instruction nécessaire aux sages-femmes, où elles apprennent comment elles devront soigner une femme enceinte, en travail et accouchée, ainsi que leurs petits enfants, dans les accouchements naturels et non naturels, avec d'utiles figures gravées sur cuivre) ; avec un titre un peu modifié : * Hebammen-Schiihlodcr ginindlicher Unterricht, wie eine Hebamme, etc. (Ecole des sages-femmes, etc.). Arnstadt. 1693, in-i 2. et * Coburg, 171 5, in-12. (dernière édition, après la mort de l'auteur). Haller et Osiander indiquent comme date de la première édition 1664. Comme celle de 1698 est indiquée comme seconde édition, il doit y avoir erreur; au reste, les cleux auteurs ne disent pas les avoir eues en mains.

* Neii eroeffnete Hebammen-Schuhl , oder niitiliche Unterjveisung christlicher Hebammen iind Wehe-Mïittern, jyie solche sich vor-in-und nach der Geburt bei Schwangern und Gebàhrenden aiich sonst gebrdchlichen Fraiicn ^ii verhalten haben. Sampt beygesetitem Unterricht, une todte Kinder, die im Muterleib abgestanden, ohne Gefahr aiis^w^iehen, etc. (Ecole de sagesfemmes nouvellement ouverte, ou instructions utiles sur la ma-

l86 SEPTIÈME ÉPOQUE

nière dont une sage-femme chrétienne devra se conduire avant, pendant et après raccouchement, soigner les femmes enceintes, accouchées et malades, avec une instruction pour extraire sans danger les enfants morts du sein de leur mère). Avec figures en taille-douce par Christophe Vollteren, etc. Stuttg., 1679, in-8°. * Nouv. édit., même titre, 1687, in-S". Troisième édition revue et augmentée. Ibid.^ 1722, in-S".

Untei'richt vor die Heb-Ammen oder Bademiitter in der Stadt Bj'aunsjj'eig sampt dercn Eyde {Inswucxion pour les sages-femmes ou les baigneuses, dans la ville de Brunswick avec leurs serments). Impr. en 1686. * Nolde, Noti:[en ^iir Kultur-Geschichte der Gebiirtshïdfe in dem Her^ogthum B7'aunsrpeig{^oûces sur l'histoire de l'obstétricie dans le duché de Brunswick). Erf., 1807, in-8°, p. i.

* Kinder-iind Hebammen-Biichlein ^ etc. von Joh. Muralt, Stadtar:{t :{ii Zurich (Petit livre de maladies d'enfants et de sages-femmes, par Joh. Muralt, médecin de la ville de Zurich). Basel., 1697, in-8°, par demandes et réponses avec tig. (la i'''^ édit. est de 1689).

* Die hoechst nût^liche iind notJwendige Heb-Ammen oder Kinder-Miitter-Kunst, nne man die Kindlein., sa sich luirecht yiir Gebiirt schicken, leichtlich wenden, etc. Ans eines alten erfahrenen iind beriihmten Medici Manuscriptis und anderer vorndhmer iind gelehrter Mànner :{iisamengetragen und aiij Anhalten giiter JFreimde ^um Druck befoerdert (L'art de la sage-femme hautement utile et nécessaire, indiquant comment il faut tourner les enfants qui se présentent mal, etc., extrait d'un manuscrit d'un vieux médecin expérimenté et renommé, et d'autres médecins instruits, etc.). * Mersberg, 1 69 1 , in-S». Un livre à peu près analogue est : * Die sdchsische Wehmutter, jpelche griindlich weiset, jpie sich eine Heb-Amme sovohl bei jpiederals naturlichen Geburten., etc., ^n verhalten habe (La sage-femme saxonne qui enseigne par les principes comment une sage-femme doit se conduire dans les accouchements naturels et non-naturels, etc.). Frankf. et Leipz., 1701.

Dans les états de l'Autriche parut à cette époque * Examen obstetriciim oder ein sehr anschliger Tractât, darinen durch nut:{lichen Fragen iint Antn'orten fleissig abgchandelt nnrd ailes was die Heb-Ammoi rind Wundàrt\te vor-in-iind nach der Gebiirt ipissen und thiin miissen. In lat. sprache beschrieben nach Paul de Sohbait, teutsch durch Franc. Stockhamer. Wien., in-S" (Examen obstetricum ou traité pour écoles, disposé par demandes et réponses, qui enseigne tout ce que les sages-femmes et les chirurgiens doivent savoir et faire avant, pendant, et après Taccouchement, rédigé, par Paul de Sorbait, traduit en allemand par Fr. Stockhamer),

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS I 8/

Une faible imitation du livre précédent est: * Examen obstetricum, das ist eine kiirt^e aber doch sehr noethige Heb-Ammen Probe, etc. (Examen court mais très nécessaire), par Joh. Gol-

DHAMMER, CtC. Stolb., I 7 I /, iu-S".

§ 79. — Jiistina Siegemundin.

Parmi les livres pour Tinstruction des sages-femmes, écrits en Allemagne dans la deuxième moitié du XVII^ siècle, se distingue particulièrement celui de la sage-femme de la cour du duché de Brandbourg, Justina Siegemundin née Dittrichin (i); ce livre n'est pas une simple compilation, mais le résultat d'une longue expérience. Justine était la lille d'EuiAS Dittrich pasteur à Ronnstock, dans une principauté de Silésie, et elle avait épousé un nommé Siegemund receveur. A Page de 23 ans elle fut traitée comme étant enceinte, et tourmentée pendant quatorze jours, par plusieurs sages-femmes, pour la faire accoucher, Jusqu'à ce qu'il fut prouvé qu'elle n'était pas enceinte, mais atteinte d'une rétention du sang menstruel. Elle fut guérie par un médecin. Cette circonstance fut cause qu'elle se voua à la profession d'accoucheuse. Elle s'entretint fréquemment avec des sages-femmes expérimentées, s'instruisit, dans les livres, et avec les figures qu'elle y trouva, et dès l'âge de 25 ans, elle s'exerça dans la pratique des pauvres pendant douze ans. Son habilité fat connue peu à peu, on désira recevoir ses soins dans la société élevée ; elle s'établit à Liegnitz, où elle fut très considérée, et d'où elle fut appelée dans les pays lointains; enfin elle fut nommée par le prince Frédéric Guillaume sage-femme de la cour à Berlin; de là elle fit un voyage dans la Frise, et fut appelée à La Haye pour accoucher une princesse de Nassau.

A son retour à Berlin, elle fit imprimer son livre, son travail

(i] En français Justine Siegemund, née Dirtrich puisque notrelangue n'admet pas la désinence féminine du nom propre; mais comme partout on écrit Siegemundin, cette manière d'écrire sera conservée dans la traduction. (F.-J. H.)

fut facilité par la louable habitude qu'elle avait prise, de prendre les observations de tous les accouchements difficiles, pour lesquels elle avait été appelée. Elle soumit son livre à la censure de la Faculté du pays, à Francfort sur l'Oder, qui lui donna son approbation le 28 mars 1686. Le livre est écrit sous forme d'un dialogue entre deux paisibles sages-femmes, une plus âgée Justine qui instruit une plus jeune Christine ; le style est un peu simple, entremêlé de causeries féminines ; Pexposition manque d'ordre systématique, ce qui n'empêche pas qu'on y rencontre beaucoup de choses bonnes et vraies, qui à cette époque, devaient être d'autant plus utiles, que l'auteur ne parlait que d'après son expérience personnelle, et qu'elle avait pris la nature pour son maître suprême. Elle regardait donc, comme devant être abandonnées aux forces de la nature, les présentations de la tête, des pieds et du siège, elle ne craignait pas les présentations de la face, si elle était tournée vers le pubis, renfant, disait-elle, peut naître ainsi sans danger. Elle traite avec soin l'exploration, aussi bien pour apprécier le col que pour déterminer le mode de présentation. Elle s'élève énergiquement contre d'anciens préjugés, particulièrement contre l'élargissement des voies génitales par l'écartement des symphyses pelviennes. Très justes sont ses vues sur les avantages des présentations du siège, sur celles des pieds, parce que dans les premières, les voies pour le passage de la tête sont mieuK préparées. Elle fait aussi ressortir l'utilité de la poche amniotique, qu'elle conseille de conserver le plus longtemps possible. Comme de la Motte, Siege- MUNDiN avait une grande prédilection pour la version podalique. et comme le grand accoucheur français, elle préférait être appelée pour une présentation vicieuse, que pour une présentation céphalique, quand la tête était fixe ou enclavée (p. 83), attendu que dans ce cas on ne peut avoir recours qu'au crochet.

Pour mettre un lacs sur les pieds de l'enfant dans la matrice, l'auteur propose un instrument spécial, une tige pour la version (Wendungsstiibchen) figuré dans les pi. 17, 18, 19 et 20, et dont Papplicaiion est expliquée p. 60, instrument conservé dans la

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS iSq

pratique par certains accoucheurs, avec quelques modifications dans sa forme. Les manœuvres, pour pratiquer la version et l'extraction de Penfant, sont indiquées avec soin et représentées, pour la plupart dans les figures de l'ouvrage. L'auteur enseigne aussi des manceuvres internes pour engager la tête, dans des présentations obliques (p. 68). L'auteur dit que l'emploi du spéculum, qui était alors fort en usage, est un «martyre inutile » ; il ne doit être employé que dans certaines affections utérines, dont la nature ne peut être déterminée par le toucher; comme moyen de dilatation de l'orifice, il n'est d'aucune valeur, » car, dit l'auteur, là où le fer se place, ma main souple peut arriver aussi sans causer de pareilles douleurs». Le placenta praevia, est, pour l'auteur, « une cause d'accouchement difficile et dangereux, quand l'arrière-faix se présente, par la partie spongieuse ou épaisse, avant l'enfant. Quelle est la cause de cet accident? je ne sais pas s'il est occasionné par un glissement du côté de la mère, ou du côté de l'enfant » (p. i lo). Quant aux préceptes qui sont donnés, ils montrent que l'auteur n'avait pas d'idées bien précises, car elle dit : « pour porter secours, il n'y a rien autre chose à faire qu'à percer la masse spongieuse avec un petit crochet, un fil de fer, ou une épingle à cheveux, afin de donner passage au doigt, et permettre l'écoulement des eaux; aussitôt qu'elle a traversé, les douleurs se réveillent et l'hémorrhagie s'arrête, j'ai ensuite récliné le placenta avec les doigts, il en est résulté un accouchement heureux pour la mère et pour l'enfant, toutefois la femme avait conservé ses forces ». Il n'est pas question ici de la version. Quand le placenta a contracté des adhérences, on devra le décoller. A cette occasion, SiEOEMUNDiNdit qu'elle aime mieux faire la version, que de traiter des anomalies de la délivrance. Les gravures, au nombre de 40, qui accompagnent le texte et l'expliquent, ne sont pas de simples copies de celles de Roksslin, mais originales, toutefois ce ne sont que des schémas, la capacité utérine est partout si spacieuse, qu'elle inviterait à y pratiquer la version du fœtus, qui serait bien facile dans ces conditions. Dans l'ouvrage, il y a

igO SEPTIEME EPOQUE

une deuxième partie intitulée « Erforschung » Examen, dans laquelle Justine examine son élève Christine, pour s'assurer si elle a bien compris les enseignements contenus dans le livre ; c'est un résumé par demandes et réponses des principales doctrines qu'il renferme. Ce livre a eu plusieurs éditions, et il a été traduit en hollandais par Cornelis Solingen.

Obs. I. — * Die Chur-Brandenbur^ische Hof- Wehe-Mutter, das ist ein hoechst noethiger Unterricht von schxperen iind unrechtstehenden Gebiirten,in einem Gesp7'dchvorgestelU^Q\c.,yon}\}s- TINEN Siegemundin, gebohmcr Dittrichin (La sage-femme de la cour de Brandenbourg, c'est-à-dire Instruction nécessaire sur les accouchements difficiles, et ceux où l'enfant se présente mal, en un dialogue par J.-S, née D.) Cologne sur la Sprée, 1690, in-4'', même livre * 1692, in-4'', nouv. éd., avec le même titre et la même pagination. * Leipz. i/iS. Même ouvrage avec le titre modifié. Die Koenigl Preussische, Chur. Brandb. etc. Berlin, 1723 et Ibid. * 1756, in-40.

Ti^ad., en hollandais, Spiegel der Vroed-Vroiiiuen, etc. Door Cornelis Solingen t'Amstcrdam, 1691, in-4°. Avec la deuxième édition allemande, et avec les suivantes, on trouve quelques écrits de polémique entre la Siegemundin (elle écrit ici Sigismund) et le D"" Andr. Petermann, Prof, à Leipzig (i). Celui-ci comme président d'une thèse * « de Gonnorrhea resp. Tob. Pencer. Lips., 1690, in-4°, avait ajouté ce corollaire : « Multas hactenus insolitae laudatœ enchireses in libro cui titulus est : die churbj-andenb. Hof Wehemutter nituntur vana speculatione : in praxi enim sunt absurdac. Hinc jure miramur, quomodo liber sustinere potuit censuram totius collegii medici » ; c'est contre cette proposition que s'élève Siegemundin, défendant la Faculté de Frankfurt s. O. qui avait approuvé son livre, Petermann développe le blâme de certaines manœuvres, qu'il avait trouvé mauvaises.

Obs^. II. — Les chroniqueurs nous ont conservé le souvenir d'une autre sage-femme renommée, du commencement du XVII'' siècle, qui n'a rien publié comme la Siegemundin, mais qui s'est distinguée comme une grande maîtresse, et qui finit par être la sage-femme particulière de la duchesse de Liegnitz et Brieg, Dame Dorothea Sibylla, qui vécut à Brieg. Nous donnons d'autant plus volontiers ces détails, qu'ils prouvent la con-

(i) Nous n'avons plus trouvé cette polémique dans la 3« édition, 1715, que nous possédons. (F.-J. H.)

sidération dont jouissaient en Allemagne les sages-femmes habiles à cette époque.

« Marguerite Fuss, née Schieffelbein était née à Havelberg, le jour de la Ste Marguerite (20 juillet) en i555. Son père était instituteur et chantre, il l'instruisit de toutes les choses utiles, surtout des principes du christianisme, et de la langue latine, sa mère. Catherine, était une sage-femme jurée, et appartenait à une famille noble. A Page de 22 ans, Marguerite épouse Joh. Fuss, commis à la chancellerie de Magdebourg. Gomme elle n'eut pas d'enfants, et que son mari menait une vie dissipée, elle se sépara de lui. et se voua à la pratique des accouchements, en aidant sa mère. Après la mort de celle-ci. qui lui laissa une petite somme en héritage, elle résolut d'apprendre cet art avec soin, et à cet effet, elle se rendit à Strasbourg en Alsace, pour suivre les leçons de plusieurs docteurs renommés, et apprendre à se diriger dans les cas difficiles ; après deux ans, elle alla à Cologne sur la Spréepour s'y fixer. Comme elle avait donné des preuves sérieuses de son savoir, et qu'elle en apportait les certificats les plus flatteurs, elle fut appelée à diverses cours souverîiines, même en Hollande et en Danemark, où elle eut de brillants succès, une grande renommée et où elle gagna beaucoup d'argent. Comme ces fatigues lui étaient pénibles, puisqu'elle avançait en âge, elle accepta le poste de sage-femme particulière de la princesse Sybilla à Brieg. où elle resta jusqu'à la fin de ses jours. La mère Marguerite, comme on l'appelait généralement à Brieg, avait une belle figure, un aspect distingué et une tenue toute particulière. Elle portait une robe noire avec des plis nombreux, des bandes larges en écarlate. un corset semblable, garni de tresses d'or, une jaquette garnie de martre et de tresses d'or, comme celles des hussards hongrois, un bonnet élevé en martre avec un fond rouge d'où pendait une lourde tresse d'or. Pendant l'hiver, elle s'enveloppait d'une large pelisse garnie de renard jaune. Dans la main gauche, elle tenait un sac en cuir, sur lequel était brodé un serpent entourant la masse d'EscuLAPE, dans la main droite une canne à bouton d'or garni de pierreries, elle s'en servait pour chasser les chiens, dont elle avait une grande peur. C'était une femme très instruite, très serviable, dont on ne pouvait se passer dans les accouchements difficiles ; elle était le bras droit et la conseillère de la duchesse, qui avait une frayeur considérable quand la mère Marguerite n'était pas à ses côtés. Cette vieille femme devait maintenir l'ordre parmi les jeunes demoiselles de la Cour. Quand la duchesse était malade, elle ne la quittait pas ; pendant sa dernière maladie, elle eut fort à lutter contre les médecins, qui voulaient lui administrer force remèdes excitants; elle se permit même de dire qu'elle promettait de la conserver en vie, si on lui en abandonnait le traitement. La

duchesse mourut le 19 mars 1625. Elle en eut un tel chagrin, qu'elle succomba la même année le 3 août. Ses obsèques furent célébrées avec la plus grande pompe, au sonde toutes les cloches de la cathédrale, elle fut enterrée, dans un tombeau construit pour elle, à côté de celui où reposait la duchesse sa bien chère maîtresse. D'après sa volonté, ses instruments furent partagés entre les sages-femmes du duché. Parmi les services qu elle a rendus, on cite Tintroduction des seringues dans le duché de Brieg ». Voy. Pintéressant livre : * Denkunij'digkeiten ans dem Leben der Her:[Ogin Dorothea Sibylla von Liegnit:[ und Brieg., geboîvien Margkraefin von Brandenburg, Nach originalquellen bearbeitet von Carl. Aug. Schmidt. ^jre/ïe^z//7. Bneg., 18 38, in- 1 2, p. 47, et à div. passages, (choses mémorables de la vie de la duchesse Dorothea Sibylla de Liegnitz et Brieg, née marquise de Brandenbourg, diaprés des sources authentiques par G. A. S., etc.).

§ 80. — Anne Elisabeth Horenburg.

Une pâle copie du livre de Siegemundin fut VInstrnction pour les sages-femmes écrite en 1700 par Elisabeth Horenburg. Elle avait perdu de bonne heure son père, Nic. Gûldenapfel, qui avait été chirurgien à Wolfenbiittel, elle fut adoptée comme femme de chambre d'une princesse d'Anahlt ; elle profita de ses loisirs pour lire les livres de sages-femmes, que la princesse possédait dans sa bibliothèque, elle épousa ensuite un caporal, et parcourut le monde avec lui ; puis elle se fixa à Eisleben et y pratiqua l'art des accouchements; après la mort de son mari, elle se rendit à Brunswick, y fut examinée parle médecin de la ville, et nommée sage-femme de la ville. Ce fut l'occasion de son livre pour les sages-femmes, qui est rédigé sous la forme d'une conversation entre femmes ; ce livre de peu de valeur, n'est en somme qu'une compilation. La science n'eut rien perdu s'il n'avait pas été écrit.

Obs.I. — * Wohlmeynender und noethiger Unterricht der Heb-Ammcn, soipohl in natiirlichen und glûcklichen, als aucli in unnatiir lichen^ imglùcklichen, sch%peren und unrechtstehenden Geburten, in einer einfàltigen und Kur^^en Unterredung einer

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l''iNVENTION DU FORCEPS ig3

Weh-Miitter und ihrer Schwestcr vorgestellet, etc., von Anna Elisabeth Hosenburgin, geb. gûlden Apfeln, aus Wolfenbûttel, derloebl, StadtBraunsweiggeschwohrenenWehe-Mutter.Hanover und Wolfenbûttel, 1700, in-8° (Instruction simple et nécessaire des sages-femmes sur les accouchements naturels et heureux, non naturels, malheureux et difficiles, où les enfants se présentent mal ; sous forme d'entretien, etc.).

Obs. II. — C. F. Paullini, dans son livre : * Dashocli und jpohl gelchrte tentsche Fraueniimmer (Le sexe féminin allemand noble et instruit). Frankf. et Leipz., ijoS, in-8°, p. "Set 81, cite une Véronique Iberin et une Elise Marguerite Keilin. qui avaient composé des livres pour les sages-femmes, mais qu'elles n'avaient pas fait imprimer.

§ 81. — Conclusions.

Si, d'après ce qui a été exposé, nous comparons l'état de l'obstétricie en Allemagne à celui de la France, nous trouvons dans les deux pays une grande différence, qui tient essentiellement, à ce qu'en Allemagne, les femmes seules donnaient leurs soins aux femmes en travail, n'appelant des chirurgiens à leur aide que dans les cas d'absolue nécessité, tandis qu'en France ces soins étaient plus fréquemment confiés aux hommes. Au point de vue scientifique, nous voyons très peu d'écrits de médecins allemands, n'ayant pour but que l'instruction des sages-femmes, et encore celle-ci ne pouvait être que bien incomplète, puisqu'il leur manquait les enseignements de l'expérience personnelle. C'est pour ce motif, que la parole simple d'une femme sans instruction devait avoir plus de poids que la leur ; on cherche vainement en Allemagne des livres pratiques d'obstétricie composés par des chirurgiens; ils n'étaient appelés que dans les cas désespérés, pour exercer des cruautés, que leurs pères leur avaient enseignées : pour perforer la tête des enfants, les arracher mutilés du sein de leur mère, comme les anciens chirurgiens le leur avaient appris. Pendant de longues années encore, robstétricic devait rester en Allemagne

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dans cet état d'infériorité, où nous la voyons à la fin du XVI I« siècle, tandis qu'en France, des hommes considérables à cette époque, fiers du nom d'accoucheur, avaient élevé le niveau de l'art à une hauteur considérable, et avaient créé une branche spéciale des sciences médicales; en Allemagne, au contraire, cet art gémissait dépendant dans les chaînes de la chirurgie, qui montrait pour lui un cœur de marâtre, car il n'avait d'autre but que de répondre aux besoins de l'absolue nécessité, abandonnant volontiers aux sages-femmes la culture d'un champ ingrat, où il n'y avait pas de lauriers à cueillir. Ce n'est que dans le siècle suivant, bien tard, que cet état fut modifié en Allemagne, et qu'on entrevit enfin un but que leurs voisins avaient atteint depuis bien longtemps.

§ 82. — Obstétricie en Hollande.

Henry van Roonhuysen.

L'ardeur des médecins français pour l'obstétricie, dans la seconde moitié du XVI P siècle, et leurs travaux incessants, excitèrent le zèle des hollandais qui y prirent une part active ; déjà au commencement de la seconde moitié de ce siècle, il s'y rencontra des auteurs, qui prouvèrent combien cet art leur tenait à cœur, nous ne trouvons toutefois l'obstétricie, intimement liée à la chirurgie, pratiquée par les femmes seules ; toutefois, il est consolant de voir les chirurgiens qui s'occupaient d'obstétricie, y apporter de très grandssoinset prendre le titre de « Vroedmestres » (maîtres des sages-femmes), s'occuper beaucoup de l'instruction des sages-femmes, et surveiller activement leur pratique, ne pas la leur permettre, avant qu'elles aient été bien instruites et être restées, pendant quelque temps, sous la surveillance de sagesfemmes exercées (« Ende als sy al tôt kentnisse gekomen zyn, daer by verordineerd hoc lang noch onder een ervaren Vroedvrow mocten practiseren ». Voy. Solingen (Vorreden, ouv. c). Nous apprenons par une notice que Joh. van Horne de Leyde

(mort en 1670) a publiée dans sa M-zoo-rî/vr,, que de très bonne heure, il avait été établi par l'état en Hollande des chirurgiens qui, dans les cas difficiles, devaient être appelés pour donner aux femmes en couches les secours qui leur seraient nécessaires : a Propierea non possumus satis laudare prudentiam ampl. magistratus reipublicœ Amstelœd. cujus jussu semper adest publico stipendie conductus chirurgus, qui ejusmodi œgre parientibus suppetias ferre et manum auxiliarem prœbere obstrictus est : is meo tempore M. PetrusPotgieterus, in cujus locum successit Henricus Roonhusius » (M;/pov Lugd Batav.. 1686, 12, sect. II, p. I § 29). De Roonhuysen nous possédons un écrit (i663) qui traite de sujets d'obstétricie : Fauteur recom mande avant tout l'opération césarienne, combat les objections qu'on a faites contre elle, et raconte des cas heureusement terminés ; comme procédé opératoire, il recommande l'incision latérale semi-lunaire 'qui est figurée dans le livre) les autres faits ont trait à des ruptures utérines, à des grossesses extra-utérines, à des hernies vaginales et à des adhérences entre l'utérus et le vagin Le reste de l'écrit soccupe de chirurgie pure : du bec-de-lièvre, des fractures du crâne, de l'occlusion du rectum (i), etc. L'ardeur des chirurgiens hollandais pour l'obstétricie. et les soins qu'ils y prenaient, ont eu pour effet un développement rapide de cette branche et des résultats magnifiques. Avec le commencement du XVI 11^ siècle paraît un livre d'un accoucheur hollandais qui a dépassé de beaucoup tout ce qu'avaient fait les contemporains, et qui. aujourd'hui encore, peut être proposé comme un modèle.

Obs. — * Heelkonstige Aaj^merkkingen van Henderick van RooNHUVSE,ordinaris Heel-meesterder Stad. Amsterdam. Betreffende de Gebreeckken der Vrouwen. t'Amsterd., i663, in-S". Trad. angl. Lond., 1676, in-S" (voy. * Philosoph. Ti-ansact., vol. XI, 1676, in-4'', p. 621). Roger van Roonhuysen, qui plus

(i) On y trouve aussi la première proposition de guérir les fistules vésico-vaginales par lavivcment des bords et la suture. (Flrfahr aus dem Geb.der krankh. der weibl. Geschl. Naegele, iSi2,p. 37S. (F.-J.H.)

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tard se trouve mêlé à rinvention du levier et du forceps, était le fils de Henry dont il est question ici.

§ 83. — Cornelis Solingen.

En 1673, parut à La Haye un ouvrage du chirurgien Cornelis Solingen, exclusivement consacré aux accouchements, à la suite duquel, l'auteur publia un livre pourles sages-femmes. Un recueil d'observations, que Solingen avait également publié, prouve qu'il avait beaucoup pratiqué les accouchements, mais que sa pratique a un caractère particulièrement chirurgical. On n'y trouve rien qui ait trait à la physiologie de la parturition. Partout l'auteur n'accorde de confiance qu'à la main et aux instruments; au reste le titre de l'ouvrage indique ces tendances, et plus tard, cette publication devient une annexe de sa chirurgie. Le livre entier s'occupe de l'extraction de l'enfant (mort), et si, dans quelques passages, il est question de la version sur les pieds pour faire l'extraction, on met particulièrement en relief les crochets et instruments tranchants, pour lesquels l'auteur montrait une prédilection d'autant plus grande, qu'il avait une remarquable habileté à fabriquer ces instruments. (Embryulc. veraXXXIH. Hoofdst.àla fin). Un coup d'œil Jeté sur la page 3 18, où ces instruments sont représentés, le prouve surabondamment ; on y trouve des spéculums, des crochets simples et doubles, des couteaux en forme de faucille, des pinces dentées, une, en forme de mâchoire de crocodile « crocodille BeksTang». Ici, et dans son livre pour les sages-femmes, il recommande le fauteuil d'accouchement qu'il a également fait représenter, il mentionne aussi un usage particulier à la Hollande, qui consiste a faire accoucher les femmes sur les genoux d'une autre femme qui porte un nom particulier « expresse vrouwen, die mcn schoosters noemt ». Il n'accorde pas grande confiance à l'opération césarienne pratiquée sur la femme vivante ; il raconte qu'il l'a pratiquée cinq fois dans l'espace de quatre mois ; ces opérations doivent avoir échoué, car il exprime le désir de

pouvoir obtenir une fois un succès pour la mère et pour Penfant, et, dit-il, se chargerait volontiers de l'éducation de celui-ci (io3 Hoofdst). Au reste. Solingen se montre comme homme instruit; ce sont les auteurs français qu'il avait particulièrement étudiés.

Obs. — Le premier ouvrage d'ohstétricie de Cornelis Solingen parut d'abord sous le titre de : Embryiilcia ofte afhalinge eenes dooden Vriigts door de hand van den Heelmester. Gravenh. 1673. 12 (OsiANDER a copié le titre dans les œuvres complètes publiées plus tard, et a indiqué l'année lôjS, où parurent les « Aanmerkingen » (observations) qui correspondent pour la plupart aux années 1 674-1 683. Nous n'avons malheureusement pas pu examiner nous même cette première édition, nous citons d'après le livre de ^OY.B.n\\xY.. Meth.stiid. Jiied. Ed. de Haller, p. 746. et nous renvovons aux Aanmerkinge de Solingen. que nous avons en mains (qui ont paru plus tard) où il dit dans la 33*^ A. (observ.) qu'il a envoyé à sa mère Cornelia van der Kaa, son livre « Embryiilcia » qui a paru en 1673.

Le livre des sages-femmes parut avec la chirurgie de Solingen a Maniiale operatien der chirurgie, beneftens het ampt en pligt der Vroed-Vrouwen. Amsterd., 1684, in-4''. Une édition à part de la traduction du livre de la Siegemundin intitulé Spiegel der Vroed-Vrowen (Miroir des sages-femmes) a été mentionnée dans le § 79. D'après la préface du libraire Jan ten Horn pour cette publication, Solingen devait vivre encore en 1691. il doit avoir succombé en 1692. Car en 1693 il ne vivait plus, comme nous le voyons d'après la préface de Tob. Pencer. pour la traduction de VEmbrj'itlcia. * Frankf. et Leipz.. 1693. in-4°. Les « By sonder e Aanmerkingen de Vrotven en kinderen betreffende » ont paru comme supplément au livre des sages-femmes, et comprennent 1 12 p. et une période de 1667-1683.

Enfin les œuvres complètes parurent après la mort de Solingen : « * Aile de médicinale en chirurgicale Werken mitsagders Embryiilcia vera beneffens het ampt en pligt der Vrœdvrowen, en bysondere Aanmerkingen de Vroiiwen en Kinderen betreffende, of te ware oeffningen der doote Vriichten. ^^an den Heer Cornelis Solingen. t'Amsterdam, 1698. in-4°. Traductions : * C. Solingen. Handgrifte der Wundart:inej', etc. Francf. a. d. Od., 1693, in-40. Nouv. édit. * Wittenberg, 1712. in-4"'.

§ 84. — Samuel Jansen. — Diouys van der Sterre.

D'une importance moindre est un écrit obstétrical publié par Samuel Jansen, en 1681. Son contenu rappelle celui des premiers écrits du XVI° siècle, de Roesslin et autres, attendu qu'on y trouve les doctrines les plus vaines sur la stérilité, la génération, exposées avec des preuves pour la plupart empruntées à Hippocrate. La vieille doctrine de la culbute ne manque pas : la présentation du siège au début de la grossesse, de la tête à la tin; les situations anormales les plus étranges sont représentées dans des figures, et les quelques règles pratiques qu'on trouve, ne compensent pas la foule d'erreurs qu'on rencontre ; l'auteur parle à peine de la version sur les pieds, et il vante un moyen imaginé par lui, qui, sûrement amène un enfant vivant, dans les cas où l'on ne pourrait l'extraire qu'avec des couteaux et des crochets : « dog de redite handeling is aan weynige bekent » (mais le véritable traitement n'est connu que de peu d'accoucheurs) et il ajoute : « und nur in England treiben Paul Chamberlen (der Vater) und zwei Brùder dièse Kunst mit nicht geringem Glûcke » (et c'est seulement en Angleterre, que Paul Chamberlen (le père) et deux frères, exercent cet art avec un bonheur qui n'est pas petit). Lui-même ne possédait pas cet art, du nioins on n'en trouve pas la moindre trace dans son livre, et d'après ce que nous avons dit plus haut (§ 64), c'est sûrement par les écrits de Mauriceau traduits par H. Chamberlen que l'auteur a pu avoir connaissance de l'existence de ce moyen. Voy. XVIII Hoofdst a Wyse om ekind af te halen». De même que Solingen, Janson s'élève contre la fausse pudeur des femmes hollandaises qui a éloigné si souvent les hommes des soins réclamés parleur situation. Dans une figure (p. 106), nous voyons une parturiente, devant elle un accoucheur assis; les parties génitales de la femme sont couvertes d'un des bords d'un drap délit, l'autre est attaché autour du cou de l'accoucheur; adroite et à gauche sont assisesdes

femmes qui soulèvent un peu le drap pour assurer la liberté des mouvements des bras. Janson s'élève contre Popération césarienne pratiquée sur les femmes mortes, attendu, dit-il, que l'enfant ne peut survivre à la mère (XVII Hoofdst). Cette idée avait déjà été réfutée en 1682 par Dion, van der Sterre, qui insiste même pour qu'on fasse l'exhumation des femmes mortes enceintes pour que l'opération césarienne puisse être pratiquée sur elles, attendu qu'il y aurait des exemples, où longtemps après la mort, l'enfant aurait été extrait encore en vie,

Obs. — * Korteen bondige Verhandelingvan de Voorteelingen t'Kinderbaren met den aenklevc van dien. Tôt onderrigt der gêner, die sig in sulke voor-vallen behoorlijk soeken te gedragen. Gedaen door S. J. Med. Doct. En van een ander met een verklaring eeniger plaeten verrijkt. Te Rotterdam, 1681, in-8". Nouvelle édition corrigée : * E'Amsterd., 1706, in-8". Trad. allem. * Frankf. a. M., 1706, in-S", D'après le titre de cette traduction, éditée pour la seconde fois, il a paru quatre éditions hollandaises de cet ouvrage. La première édition de la trad. allem. est de 1700.

DiONvsii VAN DER Sterre, VorstelHng van der Nood\ackelickeit der kayserliken snee^ etc. (Démonstration de la nécessité de la section césarienne, etc.). Leid., 1682, in-i2.Voy. Bibl.ch. de Haller, t. I, p. 454.

% 85. — Abraham Cyprian.

On voit, par ce qui a été dit dans le paragraphe précédent, que les chirurgiens hollandais s'étaient beaucoup occupés de l'opération césarienne, qu'il s'était élevé des voix pour et contre cette opération. Un petit écrit doit être encore mentionné ici, il a pour auteur un chirurgien de Franeker du nom de Abraham Cyprian, ilaparu à la fin du XVI I« siècle, sous la forme d'une lettre, dans laquelle est racontée l'histoire d'une extraction d'un fœtus par l'opération césarienne. D'après le dire de l'auteur, le fœtus se serait trouvé dans une trompe (ce qui doit être douteux). Vingt-un mois après la conception, il s'était formé, dans la région ombilicale, un

abcès, dont l'ouverture fut élargie par Topérateur au moyen d'un couteau, et un fœtus fut extrait. La mère guérit, et accoucha encore deux fois, la dernière fois de jumeaux. Les remarques qui accompagnent cette observation renferment des choses intéressantes, et sont de nature à combattre les préjugés exprimés contre cette opération par maint auteur hollandais.

Obs. — * Abraham Cypriani. M. D. etc. Epistola historiam exhibens fœtus hitmani post XXI menses ex uteri tuba, matre salva et siiperstite, excisi ad ampliss. v/rD. D.Thom. Millington, eqiiit. aurat. med. reg. ordin. et colle g-, med. Lond, praesid. Lugd. Batav., 1700, in-8°. Trad. franc. * Amst., 1707, in-8°.

§ 86. — Henry van Deventer.

D'un vif éclat, brillent au commencement du XVIII" siècle, les mérites de l'accoucheur hollandais Henry van Deventer, qui, sentant que le besoin de son époque était de posséder une doctrine basée sur des principes solides, y répondit en publiant une œuvre ordonnée d'une manière rigoureusement scientifique. Pénétré delà conviction, qu'aucune partie de la science ne pouvait, comme l'obstétricie, prétendre à une base aussi solidement appuyée sur la vérité, « (nuUam scientiam tam firmo veritatis futidamento gaudere quam hanc artem ». Praef.), il s'efforça de baser sur l'observation les colonnes de son édifice. Voulant échapper au reproche d'avoir été trop pressé de publier son livre, il attendit qu'une observation attentive, poursuivie pendant de longues années, eut confirmé la vérité de ses doctrines, car de l'expérience seule, elle devait tirer tout son mérite. Né en i65i (16 mars) Henry van Deventer avait travaillé comme orfèvre pendant sa jeunesse, et avait acquis une grande habileté dans la confection de machines destinées à redresser des difformités; il possédait un véritable talent d'exécution qui devait lui devenir très utile pour l'obstétricie. Il se rendit à l'université de Groeningen, y étudia la médecine, la chirurgie et les accouchements,

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS 201

il V obtint le diplôme de docteur, et il s'établit comme praticien à Wiewerd. En 1688. il entreprit un voyage à Copenhague pour y visiter le médecin danois Henry von Monichen, qui l'ayant rencontré à Wiewerd, l'avait engagé à venir chez lui ; il trouva dans sa maison l'accueil le plus affectueux. 11 fut présenté par son hôte au roi Christian V, dont Van Monichen était médecin particulier; le monarque 'examina avec le plus vif intérêt quelques machines orthopédiques que Deventer avait confectionnées <f ob varia serio placentia mechanices specimina», et il le décora (vov. Tépitre dédicatoire de la i''^ éd. lat. adressée à H. V. Monichen). Après son voyage en Danemark, Deventer passa encore quelques années à Wiewerd, puis à la fin de 1694, ou au commencement de 1695, il se rendit à La Haye, où il pratiqua beaucoup les accouchements (voy. préf. de Deventer pour l'ouvrage intitulé : Beschryvingvan de Zieektens der Beenderen). Le voyage en Danemark paraît avoir exercé une grande influence sur la direction de Deventer ; il caractérise comme années d'ignorance celles qui avaient été antérieures à ce voyage, car il avait pratiqué jusque-là encore suivant l'habitude usuelle {Nov. lum., c. 5o « spatium prioris temporis, in temporibus ignorantiae meae »). En 1701 il publia son « Noviim lumen obstetricantibus » comme fruit de sa pratique considérable et de ses mûres réflexions. Ce livre avait été précédé d'un autre plus petit, destiné aux sagesfemmes, auquel il avait donné le nom de « Dageraatder Vrœdvrouwen » 1 Aurore des sages-femmes ) ^( in qua spécimen quoddam et epitomen hujus libri edidi », dit-il dans la Préface de son livre : Nov. htm. Il devait être très utile à Deventer que sa femme pratiquât aussi les accouchements (N'oi'. /z^m., c. 27); avec la répugnance persistante des femmes pour les soins des hommes, Deventer avait là une excellente occasion de se renseigner sur une foule de choses qu'il aurait ignorées, et il se trouvait appelé auprès de beaucoup de patientes qu'il n'aurait pas vues. L'accueil fait partout au livre de Deventer est prouvé par le nombre d'éditions qui se succèdent rapidement, pendant plus d'un demi-siècle, aussi bien en Hollande, où le livreavait d'abord

été composé en hollandais, et immédiatement après en latin, que par les traductions en allemand, en français et en anglais. Après 22 ans. Deventer écrivit une seconde partie (1723), qui fut imprimée seulement en 1724. Dans cette seconde partie, Fauteur traite avec plus d'ampleur des sujets qui se trouvent déjà dans la première, il y ajoute un chapitre spécial qui a pour titre : '< Lapis lydeus et clypeus obstetricum » (Pierre de touche et bouclier des sages-femmes), dans lequel sont exposées toutes les qualités d'une bonne accoucheuse. On trouve aussi un chapitre qui a pour objet : « Quomodo per inspectionem cadaveris dignosci potest. an mulier retento fœtu mortua naturali morte occubuerit, an vero perierit negligentia vel imperitia obstetricis ». et qui renferme de précieuses indications, au point de vue médico-légal, pour juger les fautes qu'une sage-femme aurait pu commettre. Deventer s'occupa d'obstétricie jusqu'à sa mort, la nature lui accorda une vie longue. Du mois de février 1724. date l'histoire d'un accouchement pour lequel il fut appelé à Rotterdam, du mois de mai de cette année, date encore une autre observation (Edit. 1732, p. 3i5). Néanmoins Naegele pense qu'en 1725 il n'existait plus. D'après une notice très courte que le traducteur hollandais donnait de ce livre, p. 12, Deventer aurait succombé le 12 décembre 1724, à Voorburg où il a été enterré.

Obs. — Sur les détails de la vie de Deventer voyez l'excellente notice ajoutée par Naegele à son ouvrage * Das Weibliche Becken^ etc. Carlsruhe. 1825, in-40, p. 37, que j'ai été heureux de pouvoir mettre à protit, dit Siebold, ce dont j'exprime à l'auteur toute ma reconnaissance. La notice sur Tannée de la mort de Deventer se trouve dans * Mavcrier, Afbeeldingen iiit den geheelen Omvang der Verlooskiinde met Aanm. van E. C. J. v. biEBOLD vertaald en vermeerdert door M. J. Keiser. Leid., i836i838, in-S", p. 16, A. 10.

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§ 87. — Obstétricie de Deventer.

Partant du principe que nous avons déjà cité, que l'obstétricie pouvait aussi bien que toute autre doctrine être exposée systématiquement, Deventer chercha à y rester fidèle. Il résuma avec précision ce que lui avait appris sa longue pratique. Il s'appliqua à éviter la coutume de ses prédécesseurs qui rapportaient une toule d'observations; son exposé seul devait prouver que ce qu'il disait était bien le résultat de son observation, et non celui de l'imagination. Son but essentiel était d'offrir aux chirurgiens et aux sages-femmes une « Ars obstetricandimanuaria », et par ce motif, il exclut ces « sexcenta morborum et accidentium gênera », dont les femmes peuvent être atteintes avant, pendant et après l'accouchement, voyant parfaitement que de cette manière il éviterait la confusion, qui, sans cela se produirait, et éloignerait l'esprit du but principal de son sujet. C'est ainsi qu'il a pu se rendre maître de son œuvre, puisqu'il en écartait tout ce qui, d'après lui, ne devait pas lui appartenir. Ainsi délimitée, l'œuvre de Deventer se présente comme un tout parfait que rien d'étranger ne vient déparer.

C'est pour la première fois, que nous trouvons, chez un accoucheur, la description du bassin, et des conditions qu'il doit présenter pour que la parturition puisse être normale. Le commencement du troisième chapitre qui, tout entier, est consacré à la description du bassin, montre quelle importance il attachait à cette partie du corps. L'auteur appelle l'attention du lecteur sur la courbure spéciale du sacrum, dont la normalité est si importante, et, pour la première fois aussi, il parle de la direction de la cavité pelvienne qu'il décrit clairement.

Non moins importante, et fertile en conséquences, est la description que fait Deventer du bassin vicié (prava pelvis forma, c. 27), où il ne parle pas seulement du bassin trop étroit, mais aussi du bassin trop large. Très bien sont exposées les consé-

quences de ce défaut, de même que celles du bassin trop étroit; les déformations de la tête fœtale, les ecchymoses, fractures, etc. C'est avec raison qu''on peut appeler DeventerIc véritable créateur d'une doctrine, qui doit être regardée comme une des plus importantes de la science obstétricale. Ces doctrines ne sont pas imaginées, mais elles sont le fruit d'une observation attentive de la nature, et elles seront toujours vraies. Ce que l'auteur a dit de la matrice et du vagin (ch. 4-10), n'est pas moins important. Il a parfaitement déterminé la situation relative de l'une par rapport à l'autre, Pépaississement des parois utérines pendant la grossesse, contrairement à l'opinion de Mauriceau, et surtout les changements de situation de l'utérus gravide. Particulière à l'auteur est la doctrine des obliquités de l'utérus gravide, de leur influence sur la marche du travail, sur la production des présentations vicieuses du foetus, la procidence des parties fœtales, etc., qu'il décrit sous les couleurs les plus sombres. A ce point de vue, il est créateur d'une doctrine qui, totalement négligée par ses prédécesseurs, mais qui, exagérée dans la réalité, a conduit à des pratiques erronées, et n'a pas trouvé sa confirmation dans l'observation ultérieure. C'est toutefois avec reconnaissance que la postérité devra envisager la doctrine des obliquités utérines, car elle a conduit les accoucheurs à étudier de plus près encore ce sujet, ce qui a eu pour la pratique de précieux résultats. Très distingué est le chapitre que Deventer consacre à l'étude du toucher (« Tactus prasgnantium » ch. 1 3-22), dont la haute valeur était parfaitement appréciée par lui, comme moyen essentiel de reconnaître l'existence de la grossesse, de prévoir l'époque de l'accouchement, la réalité du travail, de savoir si l'accouchement sera facile ou difficile, et de déterminer le mode de présentation du fœtus, etc. Partout se révèle le praticien exercé qui a vu tout ce qu'il a écrit, et qui n'appuie ce qu'il dit que sur sa propre expérience. Les quatorze conditions nécessaires à l'accouchement normal sont exposées d'une manière si complète, que le critique le plus sévère ne trouve rien à y ajouter ; il n'a pas rejeté complètement la vieille doctrine de la culbute, et

des enfants assis dans la cavité utérine. Très simplement est exposée la conduite de la sage-femme dans les accouchements normaux ; elle devra recevoir Tenfant, lier et couper le cordon, laver l'enfant et Temmaillotter, ce qui peut même être abandonné aux soins d'une garde. Comme couchage pour la parturiente, il recommande un siège échancré (« sella parturientium perforata »). qui est disposé de façon à ce que la femme puisse s'asseoir ou se couchera volonté. Connaissant la mobilité du coccyx pendant l'accouchement, Deventer trouve, comme adjuvant favorable à un accouchement heureux, la dépression en arrière de cet os, qui peut s'obtenir facilement au moyen des doigts introduits dans le vagin, toutefois il recommande de le faire avec les plus grands ménagements : « nam optimae quidem artes a temerariis adhibitae periculosae sunt^ ac saepius perniciosœ ». On doit louer Deventer, dont l'expérience était si grande, d'avoir déclaré sans danger les accouchements dans les présentations du siège et des pieds, et d'avoir conseillé de les abandonner à la nature (ch. 41 et 45). Dans les présentations du siège il donne le conseil : « obstetrix operam non consumât in ejusmodi infantibus complicatis vertendis, sed eosdem libère patiatur prodire », et dans les présentations des pieds : « pedibus praeviis liberrimus exitus concedendus est». Par contre, nous devons nous étonner que Deventer regarde les présentations de la face comme difficiles et dangereuses, et qu'il soit d'avis de modifier cette présentation céphalique, en repoussant le tronc quand le corps de l'enfant est encore mobile, si cela ne réussit pas, d'introduire dans la bouche le pouce ou l'index, et d'extraire l'enfant de cette façon. Si, avec cette présentation coïncide uneobliquité utérine, il faudra faire la version sur les pieds, la perforation même peut devenir nécessaire (ch. 3/). Le temps devait apporter à Tauteur son enseignement, car dans la seconde partie de son ouvrage (1724). il dit positivement que quand la face est fixée, et qu'une modification de la présentation n'est plus possible, « non licet ipsi vim inferre, ut repellat (obstetrix) faciem, et sic caput invertat, sed débet sic prodcuntem expectare infantem » (cap. 5. exam. 3).

2o6 SEPTIÈME ÉPOQUE

Précieux est le conseil de Fauteur, de ne pas rompre prématurément la poche, dont Futilité, pour la préparation des parties génitales, a été reconnue par lui mieux que par ses devanciers. Ce n'est que quand les membranes sont par trop résistantes, et que l'orifice est complètement dilaté, qu'on devra en faire la rupture. Pour lui, comme pour les devanciers, le placenta praevia résulte de la rupture de ses adhérences avec la matrice, et de sa chute sur l'orifice, déterminée par son propre poids; il n'a pu être éclairé par la circonstance qu'il a observée, et qu'il indique : non- « nunquam sanguine congelato ori uteri adeo agglutinatur, ut concreta velunitaesseputetur, et digitisdeglubendaest »(cap. 3i). Il indique les symptômes de cette anomalie, il recommande la version dans la plupart des cas, et pour arrêter l'hémorrhagie, la rupture de la poche, qui devra nécessairement se faire si le placenta a été perforé au milieu par la main de l'accoucheur.

La procidence du cordon a été traitée à fond par l'auteur ; il dit que les enroulements du cordon préviennent souvent cet accident, dont il expose très bien les dangers. Pour les éviter, il conseille : quand le cordon a passé à côté de la tête, de repousser celui-ci avec la main . et d'engager la tête, et dans ce cas, une situation de la parturiente sur le côté peut favoriser ce mouvement. Si le cordon ne reste pas réduit, on devra pratiquer immédiatement la version sur les pieds. Très bien indiqués sont tous les cas, où la version devra être pratiquée immédiatement, sans perdre un temps précieux dans d'inutiles tentatives de réduction. Deventer se montre, en général, grand partisan delà version sur les pieds, qui offre le meilleur moyen d'extraction de Tenfant, et il la recommande dans tous les cas où celle-ci est indiquée. Ce n'est que dans des cas d'absolue nécessité, que le perforateur et les crochets devront être employés. Enfin, Deventer ne consacre que peu de mots, mais ils sont très importants, aux fausses douleurs (ch. 5o), et il met en garde contre les médicaments destinés à activer les contractions (medicamenta propollentia). Le temps et la patience lui paraissent des moyens souverains. Puissent ces quelques indications justifier le jugement que nous avons porté

sur ce célèbre accoucheur de la Hollande. C'est avec confiance que l'art, qu'il a tant aimé et servi, entrevoit après lui, un avenir meilleur; son plus grand mérite est de l'avoir préparé par ses travaux.

Obs. — Comme travail préliminaire du principal ouvrage de Deventer il faut citer d'abord :

Dageraat der Vroed-Vromuen , etc . (Aurore des sages-femmes). Leid., 1696, in-8°, Deventer indique, sur le titre même de l'ouvrage, qu il est le précurseur (Foor/oo^er) de sa Lumière nouvelle^ motif pour lequel il l'a appelé « Aurore ». Malheureusement je n'ai pu voir moi-même ce livre, qui, d'après Haller. Bibl. chir.^ 1,524, a eu plusieurs éditions (1701, 1724 et 1746).

Puis parut d'abord en langue hollandaise la Lumière nouvelle, puis peu après l'édition latine.

* Manuale Operatien L Deel:[ijnde een niemp Ligt voor Vroed- Meesters en Vroed-Vrouu'en, haar getrourpelijk ontdekkende at xpat nodig is te doen, om barende vrouwen te helpen verlossen : versien met vêle kopere Platen, vertonende de veelderleye verplaatsingen des Lijf-Moeders, en de Verkeerde legginge der kinderen. Waar by 00k xperd aangewesen : hoe men, als het nodig is, aile qualijk gekeerde kinderen kan regt keren, in regt of scheefleggende Lijfmoeders. of met de voeten af halen : sonder Instmimenten, alleen met de handen, soo ipel de levendigen als de dooden, sonder doodts gevaar voor de vromven of voor de Kinderen. Door veeljarige Oejfninge en eygen Observatien ontdekt, opgeheldert, vast gestalt^ en eyndelijk tôt het Gemene Best beschreven; door Henderik von Deventer, med. Doct. in S' Graveîi-hage. Gedrukt met privilégie bj^ en voor den Auteur. 1701, in-4°.

* Henrici a Deventer, 7ned. Doct. Operationes chirurgicœ novum lumen exhibentes obstetricantibus, quo f déliter manifestatur ars obstetricandi, et guidquid ad eam requiritur instructum pluribus figuris œri incisis, etc., etc. Lugd. Batav., ap. Andr. Dryckhuisen, 1701, in-40.

Nouvelle Edition. Lugd. Batav., ap. Joann. et Heum. Verheek. 1725, in-40 (Edition très rare).

Déjà en 1724 avait paru comme deuxième partie de l'ouvrage : Henr. a Deventer, Operationum chirurgicarum novum lumen exhibentium obstetricantibus pars secunda : et quœ exhibet ulterius examen partuum dij/icilium, ut lapidem Ljydium et clypeum obstetricum : ubi simul agiturde necessitate inspiciendi cadavera mulierum in partu defunctarum, non enixofœtu, ut appareat, an obstetrix causa fuerit cladis matris et fétus. Inserviens augmenta novi luminis obstetricantium, simul prœbens fidèle monitum om-

nibiis maritis, quitus salus iixorum et liberorum in prœtio est. Lugd. Batav., ap. J. et Herm. Verbeek, bihliopol., 1724. in-4°.

Une nouvelle édition contenant les deux parties parut chez le même imprimeur * ijSS, in-4°. Sur la première partie on lit : « Editio seciinda » ce qui paraît justifié, en ce que cet imprimeur rimprimait pour la deuxième fois (la première en 1725, voy. plus haut). Ici se trouvent ajoutées quelques observations communiquées parles héritiers, comme cela est indiqué sur le titre de la première partie : « Editio secunda, cui novœ observationes accessej'unt ».

Les deux parties (moins ces nouvelles observations parues en 1733) furent traduites en français sous le titre étrange de : * Obsei^vations importantes sur le manuel des accouchements. Première partie, etc., trad. du latin de M. Henry de Deventer, £)'■ en méd. augm. de réflexions sur les points les plus intéressants, par Jacoves-Jea^ Brvier (dans le privilège du roi on lit Bruhier) d^ABLAiNCOURT D^ cu uiéd. de la môme faculté. Paris, chez GuiLL. Cavelier, 1733, in-4". La seconde partie avec un titre spécial et la pagination continuée de la première partie (de 369-431). Cette traduction a été réimprimée à Paris par Pierre Prault, en 1734. (Naegele das weibl. Becken, p. 5o). Elle a été réimprimée par G. Cavelier en * 1739. Même pagination que la première et la seconde édition. (En 1739 expirait le privilège de l'imprimeur.)

Le texte français avec les observations du traducteur furent retraduits en hollandais et parurent à Leyde, 1746. Il en parut une nouvelle édition chez Jan. Morterre. Amst., 1765 (voy. Naegele, ouv. c, p. 36).

Traductions allemandes. léna, 1704, in-8" (Naegele), nouvelle édition, * 17 17, in-8°. Comme quatrième édition, est citée celle de * 1740. Entre ces deux, Haller cite une de 1728, et une de 173 1, et il mentionne encore une de 1761. Naegele raconte (ouv. c.) avoir vu à léna 6 éditions allemandes. Nous regrettons que cet infatigable chercheur ne les ait pas nettement désignées (i).

(i) On a de Deventer un ouvrage posthume sur les difformités et maladies des os, qui ont été l'objet de ses premiers travaux. Naegkle en donne le titre suivant :

Henderik von Deventer M. 1). Beschryving van de Ziekens der Beenderen, en in^onderhejyd, van de Rachitis nf englische ^iekte, avec deux mémoires : l^EMEKY, Sur la nutrition des os, et de Covrtal, Sitr les maladies des os (trad. du fr. en hollandais par Dicten, chirurgien. Leyde, ijSg, 89 p.). (F.-J. H.)

DU RETABLISSEMENT DE LA VERSION A L INVENTION DV FORCEl'S 209

§ 88. — Friederich Ruyscli.

Nous avons vu plus haut | 82, de quelle façon satisfaisante la condition extérieure des sages-femmes avait été organisée en Hollande, et dans les paragraphes précédents, nous avons démontré que les travaux de Deventer avaient assuré la marche progressive de Tobstétricie. Pendant plus d'un demi-siècle, des médecins hollandais distingués se sont trouvés à la tète deTécole des sages-femmes établie à Amsterdam, leur donnant un enseignement fructueux; les élèves formées à cette école purent exercer leur art. et. dans les cas difficiles, appeler leurs maîtres à leur aide. Il en résulta pour elles une considération qui honorait en Hollande les maîtres qui les avaient formées, et en même temps l'art, dont les progrès avaient été appréciés. Parmi les hommes distingués de la Hollande, il faut nommer Frédéric Ruysch, né à la Haye, le 23 mars i638; il fut à Levde élève de Joh. van HoRNE. qui. dans le domaine de l'anatomie et de la physiologie, a mérité des couronnes immortelles. Dès 1666. il fut nommé à Amsterdam, à la chaire d'anatomie qu'il occupa pendant 65 ans, car il ne mourut que le 22 février 1/3 1, à l'âge de 93 ans. Ses précieuses recherches d'anatomie et de physiologie s'étendent à toutes les régions du corps, et comprennent aussi les organes génitaux delà femme, l'embryon, les membranes et le placenta. Au point de vue de la génération, il observa chez des femmes tuées peu après le coït, que le sperme avait pénétré dans les trompes de Fallope. et il se déclara adversaire des opinions de G. Harvev sur le « halitusspermaiicus » {Advers. dec. I, I). Excellents sont ses enseignements sur les membranes (thes.anat.V,4i), où il reconnut très bien la formation des feuillets. Il appréciait exactement le rôle du bassin rétréci dans les accouchements difficiles (Adv. dec. ,11, X). et il expose des idées précieuses sur le bassin. (Catal. rar.). Ses recherches anatomiques précises sur l'utérus gravide le conduisirent à faire ressortir l'importance des fibres

SIEBOLD-HERRCOTT. Il — l.|

musculaires, qu'il mit en relief (A dv., II, X); il admit comme muscle spécial, les libres circulaires de la surface interne du fond de Tutérus, et lui attribuait la fonction d'expulser le placenta ; (même décrit dans un chapitre exclusivement consacré à ce sujet); pour ce motif, Ruysch se déclara contre l'extraction artificielle du placenta, car il pourrait se produire une inversion utérine, (voy. une très bonne iigure de cet accident avec d'excellentes remarques dans Obs. X). C'est de cette façon, que Ruysch prit une part active aux progrès de l'obstétricie. La haute considération dont il a été honoré par les contemporains, et que la postérité a consacrée et conservée pour sa mémoire, a donné le plus chaleureux accueil à ses écrits, qui ont contribué aussi aux progrès de l'obstétricie.

Obs. — La part prise par Ruysch à l'obstétricie est exprimée par lui-même par ces mots, qui se trouvent dans ses Advers. anat. dec.., II, X : « Mereor inhis, ut credant mihi medici : quum in amplissima hac civitate quatuor annorum decursu ariemobstetriciam ipsi exercuerim semper et frequentissime : deinde autem toto quadraginta annorum spatio prœpositus fuerim ab Amplissimis magistratibus urbanis officio collegii obstetricii, ut docerem examinaremque omnes, quas se arti exercendas dedere volunt in hac urbe, ut ipsis anatomicas darem demonstrationes partium muliebrium, partui inservientium, ut responsa darem obstetricibus super difficili partu me consulentibus, denique ut serutarer cadavera puerperarum, ad rimandas mali partus mortis que secutœ causas ».

L'écrit sur le muscle de l'utérus parut d'abord en hollandais : Ontleedkundige Verhandelingen over de vinding van een Spier in de grond des Baar-mœders. t'Amsterd., 1723, in-8". Il parut plus tard en latin : * Tractatio anatomica de muscido infiindo ute7~i observato, antehac anemine detecto, cui accedit depiilsionis secundinarum parturientiiunfeminariim instruction authore Fred. Ruyschio, ex belg. in lat. traducta a Jo. Ghristoph. Bohlio, Borusso. Amstelod., 1726, in-4°.

Les adversaires de Ruysch furent :

* Chr. Pol. Lkporin, Kurt:{e Eroeteriing einigcr die :{urUckgebliebene Nachgebiirth betreffenden Fragen, etc. des ipeltberiihmteîi, etc. Frkderici Rv\'scu anatom. Abhandlung de miisculo in fnndi utero observato beschcidentlich entgegcn geset\t (Court examen de la question de la délivrance et du traité du célèbre Fr. Ruysch sur le muscle du fond de l'utérus, humblement

exposé par Chr. Pol. Leporin). Leipz. et Quendlinb., 1728, et : J. H. CoHAUSEN. LuciNA Ki-\'scmAy:\seii miisciiliis iiteri orbïcularis a Fr. Ruyschio inventus ad trutinam revocatiis. Amst., ij3i, in-S". trad. en hollandais par * Amos Lambrechts, t'Amsterd., ijSi, in-8°. Pour Ruysch se déclarent : * Abr. Vater, Epistol. gratulatoria. etc. Amst., 1727. in-4'' et * Hecquet, Epistolaad D. Z)*** de RuYscHiANo iiteri miiscido. Amst., 1727, in-4''.

Voy. * Frid. Ruyschii, Opéra omnia miatomico-medico-duj'urgica. c. û^. aen. 2* tom., Amstelod., 1721, in-4°. * J. Fr. Schrei- BER, Historia vitœ et meritoriim Fred. Ruysch. Amstelod.. 1722, in-4°.

§ 89. — Jacob Denys-

A Leyde aussi existait, depuis 1 7 1 9, un « Collegium ad negotia obstetriciaeartis », composé d'un professeur de médecine, quatre médecins de la ville et d'un accoucheur public « vroed-meester )>. ce dernier chargé de l'instruction et de la direction des sages-femmes. Depuis 1725, Jacques DENYsoccupait cet emploi, après qu'avait paru une ordonnance sévère pour les sages-femmes. Denys qui. depuis 1706, s'était occupé de la pratique des accouchements, publia, en 1733, pour les sages-femmes et les accoucheurs, un livre dans lequel, après avoir exposé les diverses matières de son sujet, il avait ajouté les observations tirées de sa pratique. L'anatomie et la physiologie des parties génitales, surtout celles de la matrice, ont été largement et utilement exposées par l'auteur, tout est basé sur l'observation de la nature, comme ce qu'il dit des signes delà grossesse (4. hoofdst), plus loin, où il parle des faux germes (8. h.), des monstruosités (10. h.) et de l'avortement (11. h.). Les inclinaisons vicieuses de l'utérus les plus fréquentes sont : celle, en avant et latérale (chez les petites femmes surtout); celles en arrière sont les plus rares. L'inconvénient le plus considérable qui en résulte, est la lenteur de l'ouverture de l'orifice, pendant le travail. L'auteur a consacré un chapitre spécial et étendu aux douleurs, et en a fait une description soignée à l'état normal et pathologique. Très pratique est

ce que l'auteur dit. dans ce chapitre, sur les membranes et leur utilité, il avertit Taccoucheur qu'il ne doit pas les rompre sans nécessité, et il s'élève contre l'idée de quelques accoucheurs de son époque, qui pensent, qu'après la dilatation de rorifice. la poche n'a plus aucune utilité, et qui conseillent alors de la rompre. Comme moyen de terminer l'accouchement, l'auteur recommande avant tout la version sur les pieds, et, dans les cas d'éiroitessetrop grande du bassin, ou de volume trop considérable de la tête, la perforation de celle-ci. Le forceps, qui de son époque avait déjà été inventé, paraît n'avoir pas été connu de lui, car il n'en parle nulle part, et la pince pour l'extraction des faux germes n'a rien de commun avec cet instrument. Pour le reste, l'auteur a traité complètement ce qui est nécessaire à l'instruction des accoucheurs et des sages-femmes. Partout on reconnaît le praticien qui a appris son état dans l'œuvre de la nature.

Obs. — * Verhandelingen over het Ampt der Vroed-Meesters ^ en Vroed- Vrompen : met Aanmerkingen, der:{elver Kimst raakende. Getroiin'elyk ontdekkende, en leerende \eer noodige Handgreepen, om Baarende Vroiin>en kort. en veilig te verlossen^ daar de Kinder s tegcn-natuiirlyk en natuurlik gelée gen :^yn : als ookiiit de schcejîeggende Lj'finoeder : door langdiiurige oeffcninge, en veeljaarige eigen iindervindingen -aamen gesteld totnut, en ligtder geener, die dee^e kiinst leeren, ofte oeffenen. Doorixc. Denys, ordin. StadsChiriirgyn^ Operateur van de Steen.Vroed-meester, en Voorlee^er terondern'y^ing van de Vroed-vroiupen binnen de Stad Leyden. Met kopere Platen. Te Leyden, ijS.^, in-4'' (les gravures représentent d'intéressantes monstruosités, notamment des hémicéphales). « Liber certe minus notus, quam opportebat, qui inter sui similes mihi potius excellere videtur, etc. ». * Hekm. BoERHAAVE, Metkod stud. med. emaculata ac accessionib. locnplet. abAhB. ab H aller. Amst., lySi. in-4°.

Voy. aussi Haller. .6/^/. chir., II, 1 37, qui porte sur le livre de Denys le jugement suivant : « Amplissimo sermone et luxuriante quadam ubertate éventa narrât, sed res ipsa patientiam lectoris meretur )>.

§ 90. — Joh. van Hoorn [en Suède).

Les progrès de Tobstétricie en France et en Hollande devaient exercer leur influence sur d''autres pays, qui ont pu en avoir connaissance par des écrits, et aussi par une étude faite sur les lieux, A ce point de vue, Johannes van Hoorn, médecin et accoucheur suédois a un grand mérite ; né de parents belges à Stockholm, en 1661 (16 février), il fit ses études médicales à Leyde, à Amsterdam, et plus tard à Paris (1687), où il étudia particulièrement les accouchements; auparavant, et sous la direction de Ruysch à Amsterdam, il avait travaillé à acquérir la hase de ces connaissances. Nous avons des raisons de penser qu'il fut attiré particulièrement par Portal, dont il traduisit les observations en suédois. En 1690, au retour d'un voyage en Angleterre pendant l'année i68g, il se fit recevoir docteur à Leyde, après avoir soutenu sa thèse : « de pra;ternaturali partu ». Après une absence de 12 années, van Hoorn, bien préparé et familiarisé avec tout ce qui avait paru d'utile à l'étranger, revint dans sa patrie (27 août 1692), fut admis comme membre du collège royal des médecins, exerça la pratique de son art, et fit en même temps des cours d'anatomie. Sa prédilection était pour les accouchements, qu'il pratiqua avec zèle, et qu'il fut chargé d'enseigner comme praticien, et comme professeur des sages-femiues en sa qualité de médecin de la ville. Il s'exerça dans les opérations obstétricales, au moyen d'un mannequin et d'un foetus artificiel muni de ses membres. Déjà en 1697,11 avait composé en langue suédoise une instruction pour les sages-femmes, et, en 171 5, il composa un second livre par demandes et réponses entre « Siphra et Pua y> qu'il traduisit lui-même plus tard en allemand, et dont l'utilité est attestée par le grand nombre d'éditions qui se succédèrent. HoouN mourut en 1724, le i i juin, à l'âge de 62 ans.

Obs. — On trouve quelques détails sur sa vie dans son Eloge:

*Act. litterarr. Sueciœ. Upsal. poblicat. contin. annos 1 725-1729, vol. II, in-4°, p. jq. Voy. également l'éloge funèbre et la poésie de Nie Keder du vol. I, p. 576. Ces documents l'appellent tantôt von, tantôt van Hoorn. En raison de son origine hollandaise, cette dernière dénomination paraît être la plus exacte.

qi. — Docti-ines obstétricales de van Hoorn.

Les doctrines de van Hoorn sont, en général, celles que nous trouvons dans les écrits des accoucheurs français et hollandais de l'époque. L'auteur commence son livre par une description sommaire des parties génitales de la femme, où le bassin a une part considérable. L'importance majeure de l'exploration, pour l'obstétricie, est particulièrement mise en relief; la manière de la pratiquer est exposée très clairement. Dans le chapitre consacré aux hémorrhagies pendant la grossesse (VII), il est fait mention du placenta prsevia, et ici l'auteur a exposé très exactement les causes de cette anomalie, il dit expressément : « Le placenta s'est appliqué sur l'orifice utérin, et y a contracté des adhérences, d'où il résulte, que quand la matrice commence à s'ouvrir, le placenta devra nécessairement se décoller, ses vaisseaux laissent échapper le sang qu'ils contiennent, et à mesure que s'agrandit l'orifice, augmente l'intensité de l'hémorrhagie ». L'auteur a montré que les médicaments coagulants ne peuvent avoir aucun effet, le seul moyen de sauver la mère est de provoquer l'accouchement; il faut dilater l'orùice, au besoin perforer le placenta, ou l'enlever, et pratiquer la version. L'auteur conseille aussi cette opération dans les convulsions graves des femmes en travail, et en général, dans tous les cas où l'accouchement rapide est indiqué. Les indications de la version sont très bien exposées (Th. II, c. VIII), ellesdépendent de l'enfant ou delà mère, elle est pratiquée pour améliorer la présentation fœtale, ou comme moyen d'accoucher rapidement la mère, afin de l'arracher à un danger imminent. Dans tous les cas. où l'auteur a recours

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'i.NVENTIOX DU FORCEPS 2 I 5

à la version, il fait, immédiatement après Textraction. si bien que les deux opérations n'en constituent qu'une seule pour Taateur, que la version ait été pratiquée dans Pintérêt de l'enfant ou dans celui de la mère. Les divers temps de l'opération sont décrits avec précision, il faut remarquer que l'auteur ne regarde pas comme indispensable, quand on a fait la version avec un seul pied, d'aller à la recherche de Tautre. pour opérer lextraction ; dans les cas favorables, l'extraction peut se faire moyennant un seul pied, méthode qui. dans ces derniers temps a eu beaucoup de partisans. Dans les présentations du siège, l'auteur conseille d'amener un pied pour faire Textraction. Très précises sont les règles que l'auteur trace pour pratiquer l'extraction de l'enfant, il prête une grande attention au dégagement de la tête, et alors il recommande de faire en sorte que la face soit dirigée en arrière, vers le sacrum. Les soins à donner au cordon sont bien exposés. Tout ce que dit l'auteur sur la version et l'extraction porte l'empreinte d'une connaissance complète de ce qui arrive, et de ce qui est nécessaire pour sauver la mère et son enfant.

Toutefois, nous ne pouvons admettre ce que dit l'auteur des soins à donner aux bras dans l'extraction par les pieds; il conseille à la sage-femme de ne point s'en préoccuper, et de les laisser venir avec la tête (Th. II, c. VI), ce n'est qu'exceptionnellement que l'auteur recommande de fléchir le bras dans l'articulation du coude, et de l'étendre le long de la paroi de la poitrine. Dans ce qui a trait aux obliquités utérines, van Hoorn suit absolument les idées de Deventer ; quand une situation convenable et des tentatives manuelles ne réussissent pas à engager la tête, la version est indiquée. L'exposé que fait van Hoor.v des viciationsdu bassin est le résultat de l'étude des œuvres de Deventer. Par contre, ce qu'il dit des présentations de la face est très exact, et a été puisé dans l'enseignement de Portal : « Quand l'enfant se présente par la face, il ne faut rien faire, et laisser venir ainsi l'enfant ». (Anm. V) Malgré les grands mérites de Joh. van Hoorn, ce qu'il v a de défectueux dans ses doctrines, au point de vue actuel, doit d'autant moins être passé sous silence, qu'elles ont en un rctcn-

2l6 SEPTIÈME ÉPOQUE

tissement plus grand. Telles sont les règles qu^il donne (Th. Il, c. X) sur le dégagement de la tête, moyennant les mains, puisque le déploiement de force qui est nécessaire peut porterie plus grand préjudice, non seulement à l'enfant, mais aussi à la mère ; si ces manœuvres ne réussissent pas, il ne reste qu'à pratiquer la perforation à l'aide d'un couteau, ou de ciseaux pointus, pour diminuer le volume de la tète, et ce procédé devra être appliqué si lenfantest vivant ou mort. Ces préceptes sont d'autant plus fâcheux, qu'ils se trouvent dans un livre destiné à l'instruction des sages-femmes, et. par conséquent, qu'ils leur font connaître des manœuvres qu'une main de femme ne doit pas pratiquer. Si l'auteur propose la perforation dans ces cas, comme l'unique moyen de salut, il faut se rappeler qu'au temps où van HooRN écrivait, un autre moyen ne lui était pas connu ; car bien que le forceps eut été rendu public à cette époque, l'auteur, ainsi que beaucoup d'autres dans les dix premières années de la découverte, n^en avaient pas eu connaissance (voy. van H., XXVII observ.); mais l'auteur ne peut aucunement être excusé d'avoir conseillé, dans les présentations désespérées de l'épaule avec procidence du bras, de tordre celui-ci et l'arracher, de faire ensuite la version, et lorsqu'on ne peut dégager la tête, de couper le cou et d'extraire la tête ensuite. En général, certaines manœuvres recommandées aux sages-femmes, pour dégager la tête, ne sont nullement à approuver.

Obs. — Il existe un manque de précision dans l'indication des écrits laissés par van Hoorn, car ses deux principaux ouvrages ne sont pas assez bien désignés. Comparez la Bibl. cJii?'. de Haller 1. 499, et Haller Boerh., Med. stiid. med., p. 774. Osian- DEK, Gesch. d. Entb., p. 194. Ces deux auteurs n'ont pu consulter l'original en langue suédoise (Haller ne cite qu'un ouvrage) ; la lecture de la préface de la traduction allemande de Siphra et Pua faite par van Hoorn, aussi bien que les indications qui se trouvent dans les Act. lit.siiec, auraient dû leur faire éviter la confusion. Joh. van Hoorn écrivit d'abord, en 1697, son livre suédois pour les sages-femmes : Den svenska n'dl oefwade Jordgiimman hunlkcn griindeliken imderjj'yser hunned en hafipande handlas ocli en barna quinna handteras och det njrfoedda Bamet

skioetas skal. Stockh., 1697, in-8° (c'est-à-dire : la sage-femme suédoise bien exercée, qui montre exactement comment une femme enceinte ou en travail doit être traitée, et comment l'enfant nouveau-né doit être soigné). En 1723. van Hoorn publia une seconde partie qui contient 80 observations empruntées à Portal. hes,* Actalitt. suec, vol. II, contin. ann, 1725-1729. Ups. et Stock., in-4°, p. 27, indiquent ainsi cet ouvrage (avec la traduction latine du titre) : Tlien siuenska jpaeloefjpada Joj'dgiimmans andradel. etc. (ce qui veut dire : la sage-femme suédoise , deuxième partie avec LXXX accouchements remarquables publiés d'abord en français par P. Portal. trad. par Joh. van Hoorn avec commentaires. Stockh., typ. H. Chr. Merkell. 1723, in-B", p. 223. Dans cet ouvrage, où l'auteur voulait prendre, contre G. Viardel. la défense de quelques instruments, donnait l'espoir de la publication prochaine d'une « Eynbryulcia methodica » que la mort de l'auteur arrivée l'année suivante n'a pas permis de réaliser.

Le deuxième ouvrage important de van Hoorn parut en 171 5: The tvenne gudfriichtige, i sittkall trogne, och therfoere af gudi wael beloente Jordegummer, Siphra och Pua, etc. Stockh., 171 5, in-8°. Deuxième édition, 1719, in-8°, corrigée et augmentée de 12 observations (vov. Ad. lit. suec, 1. 1, p. II). Comme troisième édition citée par Osiander (ouv. c. , p. 1 94), publiée par TAssessor Carl VON RiBBK. Stockh., 1777, in-8°.

Cet ouvrage a été traduit en allemand par von Hoorn luimême, dans la seconde édition, il l'augmenta de 3o observations qui se trouvent dans l'édition suédoise, les dernières sont de l'année 1723. Le titre complet est :

* Die -^jj'o um ihrer Gottesfurcht iind Treue ti'ohl belohnten Wehe-Miitter Siphra und Pua. welche in Fragimd Antnwrt treulich iintenveisen. jpie man einer mit Leibesfrucht gesegneten Fran in der Geburt rechl beystchen. denen schjperen Zufàllen bei Zeiten vorkommcn und vaun dièses versdumt ist, sie hernacher mit geschickter Hand aus der Noth und Lebensgefahr helfensolle : denen Hebammen yUniDienste meistentheils aus eigener Erfahrung verfasst. und mit dreyssig auserlesenen historischen Ajimerkungenbekràfftiget von .Johann von Hoorn. Stock, u. Leipz. Verlegts. Joh. H. Russworm.. 1726 (Les deux sages-femmes Siphra et Pua bien récompensées à cause de leur crainte de Dieu et leur fidélité, qui instruisent par demandes et réponses comment il faut assister une femme en travail, etc.). Cette première édition doit avoir paru après la mort de l'auteur. * 2" Ed. Stockh. et Leipz. chez G. Kieskwktteren, 1737, in-8°. * 3® Edit. ibid., 1743, in-S". Une 4" édition parut encore en 1754, comme je le vois par la *6'' édition Leipzig. 1 771, chez Heinsius, où se trouve réimprimée la préface de la 4- édition. Je ne puis dire quand parut la 5* édition. Haller et Osiander indiquent une édi-

2l8 SEPTIÈME ÉPOQUE

tion de 1758 de Wurtzbourg. Les dates 1747 et ijiù sont le résultat de fautes d'impression qu'OsiANDER a copiées, comme d'autres Jugements, dans Haller, qui ont été pour lui les sources de ses informations sur van Hoorn. Puisque Haller dit de lui ces paroles : « Bonus auctor. neque satis. ut meretur. notus » il aurait dû ajouter aux indications de Haller ses propres recherches sur la bibliographie de cet auteur.

Haller indique également une traduction hollandaise de G. Ten Haaf. Amst., ^1753. in-8'^.

Van Hoorn a laissé encore deux dissertations en langue suédoise sur l'immersion dans l'eau des poumons d'un fœtus mort. etc. (docimasie pulmonaire). Stock., 1718 et 1720, voy. Act. lit. suec. vol. I, p. i23.

I 92. — Obstétricie en Angleterre.

Niclï. Culpeper. W. Salmon.

Depuis des siècles, la pratique des accouchements avait aussi été abandonnée en Angleterre aux mains des femmes. Les considérations que nous avons exposées, en parlant des temps les plus anciens, et de ceux qui les ont suivis, ainsi que des conséquences de cet état de choses sur le développement de l'obstétricie chez les autres peuples, peuvent être répétées ici. En cas de nécessité, les chirurgiens assistaient les sages-femmes, pour terminer l'accouchement par des opérations; jusqu'au XVHI* siècle, les progrès que l'art avait accomplis chez les autres peuples ne se constatent pas en Angleterre. Les anglais ne se guidaient que d'après les français ou les allemands, s'assimilant ce qu'ils trouvaient d'utile chez eux. Sur l'état del'obstétricie ancienne en Angleterre, nous possédons un ouvrage de la deuxième moitié du WY^ siècle, qu'a écrit un minorité. Bartholomaeis (de Glanville). Il n'est question que de sages-femmes, dont on vante l'habileté à faire des onctions, des fomentations sur le bas-ventre, à recevoir l'enfant, à couper le cordon et à le laver. Les préceptes et les théories ne renferment que des insanités mélangéesd'idéessuperstitieuses. Au milieu du XVP siècle, parut en Angleterre, sous le

titre de : « Birth of mankincL or the ipomans Book » (naissance de l'homme ou livre des femmes), qui est une traduction du livre de RoEssLiN faite par Th. Raynald (voy. plus haut § 3). Cet ouvrage a été pendant longtemps la source des doctrines obstétricales, jusqu'au moment, où le livre de Pake fut connu en Angleterre, par une traduction (voy. plus haut § 34), et où Tobstétricie française eut pénétré en Angleterre. La traduction anglaise du livre de Mauriceau par H. CHAMBERLEN(voy. plus haut | 62) contribua beaucoup à la vulgarisation de ses doctrines. Nous voyons combien l'obstétricie anglaise était inférieure à l'obstétricie française, malgré ces traductions, en lisant deux auteurs anglais qui appartiennent à la seconde moitié du XVI I^ siècle, dont Tun, NicH. Culpeper médecin à Londres, publia un « Directoryjor midwives » (Direction pour les sages-femmes), l'autre Will. Salmon également médecin à Londres, publia un livre dont le titre est : « Aristote Midjpifery » (obstétricie d'Aristote). Le premier livre reproduit la théorie et la pratique des anciens auteurs, il est de peu d'utilité, quoiqu'il ait joui d'une grande considération. Le second, sous son nom d'emprunt, ressemble tout à fait au livre d'ALBERTUs Magnus; il n'en eut pas moins un grand nombre d'éditions, dont la dernière est même de 1808. A côté des préceptes d'accouchements anciens, W. Salmon vulgarise ses propres préceptes chirurgicaux dans la partie intitulée : « Exaeresis » (Extraction), dans laquelle se trouvent quelques chapitres adressés aux sages-femmes, où sont énumérés une foule de médicaments excitants : le safran, la cannelle, le borax, etc. Les parties génitales devront être dilatées au moyen des doigts; le fœtus mort devra être extrait avec le crochet ; en cas de procidence du bras, celui-ci sera coupé. L'opération césarienne sera pratiquée sur la femme vivante et morte, et pour la motiver, on cite les choses les plus vagues, comme : un enfant trop gros, une monstruosité bicéphale, plusieurs bras, etc., on indique même une grossesse gémellaire, dans certains cas, des excroissances du vagin, l'induration de l'utérus, etc.

Obs. — Voy. les ouvrages suivants :

*Bartholomaei, Anglici de proprietatibus rcriim. Colon., 148 1, in-4°. Lih. V, c. 47. et Lib. VI, c. 1 1, l'auteur appartenant à la famille noble des Earls de Suffolk. avait embrassé l'état ecclésiastique.

La traduction de Euch. Roksslix par Thom. R.wnoldes est mentionnée succinctement dans * W. Smellie, Treatise ou tlie theorv and practica of midu'ifery. Lond., i/dô, in-S". Introd. p. XLIV (Trad. franc, par M. de Pkéville, p. 43, 1754, et 1771, même pag.).

Heister. dans son * Apparat, libror. Helmst., 1768, in-8" (n" 3686) indique une édition de 1654; par suite d'une faute d'impression dans Haller. le nom est écrit « Raynold >:. On voit par cette édition tardive combien la vogue du livre dura longtemps en Angleterre.

Siir le livre cité plus haut de Nich. Culpeper's qui parut à Londres en 1681. Voy. aussi Smellie. p. LVII (trad. p. 5y), etc.. à la même page est aussi mentionné le livre absurde de Salmon : « Des accouchements d'Aristote ». De ce livre, l'auteur a devant lui : * The Works ofAristote in four Parts. A newedit. Lond., 1808, in- 12, qui montre bien que le souvenir de ce livre n'est pas éteint en Angleterre. Les autres principes de W. Salmon se trouvent dans son ouvrage : « * Ars chirurgica. A compendiiim ofthe theoryand practice ofchirurgery. In seven Bocks. Lond., 1699, in-8°. Lib. I, n° III. ch. 22 et suiv.

§ 93. — Les Chatnberïen. John Maubray.

Dans la seconde moitié du XVI I^ siècle, se distingua, en Angleterre, par les succès de sa pratique, toute une famille d'accoucheurs, parmi lesquels HughChamberlex fut le plus connu par un voyage à Paris et la traduction de l'ouvrage de Mauriceau qu'il fit. à son retour (vov. § 64), car à son nom se rattache une invention qui eut sur l'obstétricie la plus grande influence. Malheureusement le secret gardé sur cette invention jette sur ce nom un jour défavorable, suivant le jugement impartial de l'histoire. HuGH Chamberlen publia en i665 un livre d'accouchements destiné, comme tous ceux de son époque, à l'instruction des sagesfemmes. Par contre, John Maubray publia, au commencement du

XVI 11*^ siècle, un ouvrage plus considérable sur les accouchements, dans lequel l'auteur expose les doctrines de Deventer. Il a mérité la reconnaissance de ses compatriotes, en leur exposant des idées plus raisonnables que celles qui avaient eu cours dans son pays, bien que plus tard ce mérite lui ait été contesté. Il faut reconnaître cependant qu'il a le mérite d'avoir mis dans son livre un ordre systématique, décrit le bassin exactement dans tous ses détails, préconisé l'avantage de l'exploration, et d'avoir protesté contre l'usage des instruments dangereux. L'ouvrage est écrit avec esprit et entrain, si bien qu'il se distingue de ceux de l'époque si secs et si imprégnés de la poussière de l'école. Intéressant est le tableau del'obstétricie en Angleterre (voy. la notice, p. 171), où il est dit : « In France, Men only profess this Bussiness; In Italy and Germany Men and Women promiscouisly; in England, Scottland, etc. Men are stiled extraordinary Mid-Wives, being seldom or never call'd but in extraordinary Cases of difficult and praeternatural Births «. Motif suffisant, pour maintenir l'obstétricie en Angleterre dans un état de triste infériorité, alors qu'en France elle avait pris un si brillant essor.

Obs. I. — Sur les Chamberlen voy. Pépoque suivante.

* John Maubrav. The female Physician, containin^^ ail the Diseases incident to that Sex^ in Virgins^ Wives and Widows. etc. , to iphich is addet the ifhole Aj^t oflSew iyn^rov d Midnnfery , etc. Lond., 1724, in-S". Ejusd. Midn'ifery brougthto perfection by manual opération. Lond., 1725, in-8".

Obs. II. — Pour apprécier l'état de l'obstétricie en Angleterre au milieu du XVI I*^ siècle, voy. Th. Dexmann, Introduction to the practice of Midwifery. 5^. Ed., 18 16, in-80, p. XXXI de la préface, où se trouvent quelques extraits d'un manuscrit d'un D"" Percivial Willughbv. Intéressant est le cas de version spontanée d'un f(L'tus. dont le bras avait été prolabé, que l'auteur avait observée : u fœtus inflexo ad dorsum capite (salva matre) prodiit in lucem >-. Denmann a jeté plus tard un grand jour sur cette moditicaiion de présentation. Sur Willughbv voy. * £'.s.sai.y hist.de Sue, t. II, p. 249. La préface de Denmann. quenous venons de citer, n'est pas à négliger au point de vue de l'histoire du déve-

loppement de l'obstétricie en Angleterre, pas plus que les notices sur Pobstétricie ancienne de l'Angleterre, qu'on trouve dans Smellie (ouv. c).

§ 94. — Obstétricie en Espagne.

Pour montrer qu^en Espagne aussi, on s'était préoccupé de donner aux sages-femmes des instructions sur la manière de se conduire dans les accouchements difficiles, il suffit de citer l'ouvrage que Pedr. Nunnez fit paraître en i638, et qui fut réimprimé encore en 1724. Nous pouvons nous borner à donner le titre de l'ouvrage, qui ne diffère pas de ceux qui. au XVI^ et au commencement du XVII* siècle, parurent en Allemagne et en Italie. On comprend que ces œuvres se ressemblent, puisque toutes dérivent de Scipion Mercurio.

Obs. — Pedro Nunnez. Libre del parto humano en el qiial se contiene remedios miiy utiles y navales para al parto dejicultuoso de lasmiiyeresy las enfermidades de los ninnos. Saragoss., i638, in-8°.

§ 95. — Découvertes anatomiques et physiologiques importantes pour l'obstétricie au XVII^ siècle. William Harvey.

Les progrès du XVII* siècle, dans le domainede Tanatomie et de la physiologie, devaient avoir une influence positive sur le développement de l'obstétricie, car ils jetaient un jour lumineux sur l'anatomie des organes génitaux de la femme et sur leurs fonctions. Un grand nombre d'erreurs et de préjugés, dont l'origine était fort ancienne, et auxquels on n'osait toucher, ont été rectifiés par ces hommes qui rendaient les plus grands services non seulement à la science, mais aussi à la pratique de l'obstétricie qui allait, à la clarté de ces lumières, se modifier de la manière la plus heureuse. Si la semence jetée en terre, à cette époque, ne

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS 22 3

leva pas immédiatement, elle ne se développa pas moins plus tard, et porta des fruits au centuple. Ce que les chercheurs ardents du XVIP siècle découvrirent et rectifièrent fut immédiatement utilisé parla pratique, qui proclama avec reconnaissance le nom des inventeurs. Il faut citer, avant tout, les mérites immenses de l'immortel Harvey, dont la découverte de la circulation du sang fonda une époque nouvelle pour l'anatomie et la physiologie (1628). La grande découverte de Harvey devait donner à l'obstétricie des vues plus justes sur la nutrition du fœtus, et toute la pratique, qui repose sur cette doctrine, devait se modifier de la manière la plus avantageuse.

Non moins considérables furent les découvertes de Harvey sur la génération. « Omne vivum ex ovo » fut l'importante proposition qui se dégagea de ses recherches, elle renversa la Generatio aequivoqua. L'œuf, disait-il, contient la forme et les éléments du développement, le sperme de l'homme apporte l'excitant nécessaire à ces éléments ; le sang est la source de toute vie ; du cœur part la formation des autres parties du corps ; ainsi se trouvait fondé le système de l'évolution (i65i), dont la vérité a été de plus en plus reconnue dans la suite. Les recherches d'HARVEY devaient le conduire à faire l'étude du développement de l'œuf fécondé, recherches sur l'œuvre si admirable de la génération, qui ne pouvaient pas être négligées par lui ; aussi trouvons-nous dans le livre d'HARVEv, sur la génération des animaux, un chapitre « de partu » qui renferme d'excellentes remarques et des vues lumineuses sur la situation de l'enfant dans la matrice, sur la superfœtation et la naissance; on y voit même mentionnées des idées pratiques qui témoignent de la profondeur des vues de l'auteur sur l'acte de la pariurition. Ne trouve-t-on pas dans Harvkv la proposition suivante : « In naturali et genuino partu duo rcquiruntur, qua.' sibi invicem opéras mutuas prœstant, nempe pariuriens mater et parturiendus fœtus », c'est bien le germe de ce qui, plus tard, est devenu la doctrine du mécanisme de l'accouchement, bien qu'en la formulant, l'auteur ait eu en vue une autre explication. Avec quelle

2 24 SKPTIEME EPOQUE

justesse ne s'élève-t-il pas contre l'empressement si dangereux avec lequel les sages-femmes dilatent les parties génitales, administrent des excitants, sollicitent prématurément la coopération des femmes, troublent ainsi l'teuvre tranquille delà nature et changent souvent en un accouchement contre nature celui qui aurait été régulièrement accompli : « Melius profecto cum pauperculis res agitur, iisque, quœ furtim gravidae factoe, clanculum pariunt, nullius obstetricis advocata opéra : quanto enimdiutius partum retinent et morantur, tanto facilius et felicius rem expediunt ». Que de vérités et de choses réconfortantes dans cette proposition, que Fr. B. Osiander seul pouvait déclarer fausse! Importantes entin sont les rectifications d'HARVEv sur les membranes de l'œuf, les vaisseaux ombilicaux, les liquides renfermés dans l'œuf, sur le placenta (carnea substantia) et sur la formation de l'embryon lui-même. Par les comparaisons avec les animaux il a ouvert, pour la postérité, la voie de l'anatomie et de la physiologie comparées, qui devait conduire à tant de découvertes dans cette branche, dont l'étude est si difficile.

Obs. — W. Harvey est né à Folkstone, dans le duché de Kent, le i^r avril iS/S; il commença ses études à Cambridge, se rendit ensuite (1598) à Padoue, où il étudia Panatomie avec beaucoup de succès sous la direction du célèbre Fabrice d'Aquapendente. Après avoir été reçu docteur (1602), il retourna en Angleterre, fut professeur d'anatomie et de chirurgie au collège des médecins de Londres (161 5). Depuis cette époque, il exposa sa doctrine nouvelle de la circulation du sang qu'il ne publia, par l'impression, qu'en 1628. Il fut d'abord médecin du roi Jacques I^"", puis de Charles Is^ Il mourut le 3 juin ibS/. « Ex ipsa Anglia, écrit Haller, in qua hactenus anatome fere nuUa fuerat, extitit novum artis lumen, cujus nomen ab ipso rétro Hippocrate in medicina secundum est ». Voyez la vie d'HARVEY en tète de la grande édition anglaise des œuvres complètes, puis un portrait bien réussi avec des notices biographiques dans : * The Hcadsof illustrons pej'sons o/Gi'eat Britain engraved by Mr Houbraken i7/Z(i Mr Vertue. With their lives and characters bj^ Th. Birch. Lond., 1743, in-fol., p. 83. * Biographia medica, etc.^ by B. Hut- CHiNsoN. Vol. I. Lond., 1799, in-8°, p. 402.

Les ouvrages principaux de Harvey sont :

* Exercitatio anatomica de motucordis et sanguinis m anima-

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l"iN VENT ION DU FORCEPS 2 25

libus GuiL. Hauvei Aiigli, lucd. reg. et profcss. anat. in collcg. med. Londin. Francof., 1628,111-4" (Dans la dédicace à D. Argent président du collège de Londres, Harvey dit qu'il a exposé sa doctrine nouvelle dans ses leçons depuis plus de g années « jam per novem et amplius annos multis ocularibus demonstrationibus, in conspectu vestro contirmatam, etc. » ce qui a décidé quelques écrivains à dire qu'il a exposé sa doctrine en i6ig. D'après les remarques des biographes cités plus haut, il faudrait reporter ces leçons aux années i6i5 ou 1616).

* Exercitationes de generatione animalium, quitus accedunt quœdam de partu : de membranis ac humoribus iiteri et de conceptione. Auctore. Guill. Harveo, anglo, in eolleg. med. Lond. anat. et chir. prof essore. Lond., i65i, in-4° (avec une vignette liminaire très significative : Jupiter assis sur son trône ouvre un œuf avec la suscription : « Ex ovo omnia », des hommes et des animaux de toute espèce en sortent).

Les diverses éditions publiées plus tard sont indiquées par Haller, B/^/. anat., I, 364etsuiv.

Les œuvres réunies ont été publiées :

* GuiL. Harvei angli opéra, quibus prœf. addidit. Bern. Siéger. Albinus. Lugd. Batav., 1737, in-4", 2 partes.

* G. Harvei Op. omn. a eolleg. medic. Lond. édita. Lond., 1766, in-4'' (édition splendide digne de l'auteur et de ses écrits, avec un très beau portrait en pied).

§ 96. — Johannes van Home. Régner de Graaf. Johannes Swammerdani.

La physiologie des parties génitales de la femme doit de précieuses recherches à trois naturalistes hollandais c|ui, stimulés par les découvertes de Harvey, les poursuivirent, ce sont : Joh. VAN Horne, Régner de Graaf et Joh. Swammerdam, le premier est né à Amsterdam en 1621, et mourut le i 5 janvier 1670 a Lcydc, où il était professeur d'anatomie et de physiologie ; il écrivit en 1668. comme prodrome de ses observations sur les organes génitaux des deux sexes, une lettre qu'il adressa au célèbre aiiatomiste allemand Werner Rolfinck à léna, qui, deux ans après la publication de l'écrit de Harvey, avait exposé sa doctrine à ses compatriotes. Dans cette lettre, van Horne disait que ce qu'on avait appelé jusque-là les « testes muliebres » était absolument

SIKUOLD-HERRGOTT. 1 1 — I .''

220 SEPTIÈME KPOQUK

Tanalogue des organes qui sécrètent les œufs des animaux : « utpote qui perfecta ova inter se contineant, humore scatentia et pellicula propria circumcincta ». Malheureusement les observations promises ne furent pas publiées. Brillantes sont les recherches que Régner de Graaf publia sur ce sujet (né à Schoonhoven, 3o juillet 1641, médecin à Delft, où il mourut le 17 août 1673). Elles sont contenues dans son écrit sur les organes génitaux de la femme. Il y dit que les hommes et les animaux vivipares, aussi bien que les ovipares, doivent leur origine à un œuf. Il montra que les « testes muliebres » n'avaient aucune analogie de structure avec le testicule, que ceux-là renferment des œufs qui, fécondés par 1' « aura seminalis », se détachent, sont conduits dans la matrice par les trompes : « adeo, utquod in avibus est ovarium, in mulieribus sint testes, et quod in avibus est oviductus, in mulieribus sint tubae » (ouv. cit., 142). Instruit par ses recherches, il formula la proposition : « Ovum ante coitum in mulierum testibus existere » (p. 154), et de là : « Usus foemellarum testium, ova generare, fovere et ad maturitatempromovere ; sic, ut in mulieribus eodem, quo voluerum ovaria, munere fungantur ; hinc potius mulierum ovaria, quam testes appellanda veniunt » (p. 3o2). Il a déterminé positivement, que dans l'ovaire il y a un nombre d'œufs correspondant à celui des embryons futurs, les follicules qui s'ouvrent, laissent sortir leur contenu qui se convertit en une masse charnue jaune (corpus luteum); de Graaf avait bien entrevu que ces follicules n'étaientpas lesœufs mêmes, car, dans ses recherches sur les lapins, il avait, après la conception, trouvé dans les trompes des œufs plus petits que les follicules (voy. ch. XVI), et p. 400, il dit positivement : « ovum ex folliculo elapsum suspicabamur ». Ce que de Graaf disait sous forme dubitative a été démontré très exact dans les temps modernes, bien que pendant longtemps encore on crut que le follicule ne laissait échapper dans la trompe aucune vésicule, mais un fluide, qui, là seulement, prenait la forme d'un ovule (Haller).

Malheureusement, deux ans seulement après la publication de

son livre R. de Graaf fut enlevé par une mort cruelle a la fleur de l'âge, il avait trente ans ! Le système des œufs fut confirmé par les recherches des naturalistesd'Amsterdam : Joh. Swammer- DAM (né le 12 février 1637, mort le 17 février 1680); ses travaux parurent dans une excellente dissertation « de uteri muliebris fabrica ». où fut particulièrementdéveloppé le Prodromus de van Horne; on y trouve ces paroles: « mulieres ovarium habere, et instar quorundam aliorum animantium ova parère » (p. 19). Swammerdam appuya cette proposition par une foule de dissections pratiquées sur des animaux, et, dans sa Bible de la nature, il chercha la confirmation de Tovologie dans les métamorphoses des insectes, la formation des plantes et des bourgeons, qui contiennent la plante future.

Obs. I. — L'analogie entre le testicule féminin et l'ovaire avait déjà été soupçonnée avant de Graaf par le danois Nicolas Stenonis {Stenon). voy. ' Nie. Stesosis. E/emetitoriim myologiœ spécimen, seu musculi descriptio geometrica, ciii accedunt canis carchariœ dissection capiit et dissectiis piscis ex canian génère. Florent., 1667, in-4^ p. 117. Voy. encore : * Nie. Stenonis observationes anatomicœ spectantes ovaviviparorwn. Dans * Man- GETi Biblioth. anatom.^ t. I, p. 482. Nie. Stenonis est né à Copenhague le 20 janvier i638, il fut médecin du grand-duc de Toscane, puis professeur dans sa ville natale, vécut comme évêque à Titiopel en Hanovre. Munster et Hambourg, et mourut en 1686 en Schwerin. A lui appartient le mérite d'avoir dit le premier que le cœur était un muscle, « cor vere musculum esse », d^en avoir décrit avec précision la structure ainsi que le mécanisme de ses mouvements en vertu desquels le sang est chassé dans les artères. Voy. * De musciilis et glandulis. Amstel.. 1664, in-)2, p. 24.

Obs. II. — " JoANN. VAN HoRNE siiarum circa partes generationis in utroque sexu observationiun prodromus ad celeberrimum virum D. Guernerum Roolfinckium anatomicum veteranum exercitatissimum. Lugd. Bat., 1668, in-i 2. Voy. encore :* J. van Horne, Opuscula anatomico-chiriirgica studio et opéra .T.G. Pauli. Lips., 1707. in-8°, p. 296.

Obs. III. — H. DE Graaf commença ses intéressantes recherches par l'anatomie des organes génitaux de l'homme moyennant l'usage de la seringue.

* R, DE Graaf, de virorum organis gcnerationi inscrvientibiis de clysteribus et de iisu syphonis in anatomia. * Lugd. Batav. et Roterod., 1 668, in-8° avec beaucoup de figures. Quatre années plus tard parut son livre sur les organes génitaux de la femme.

* De mulierum organis generationi inservientibus tractatiis noviis^demonstrans tam homines et animalia cœtera omnia quœ vivipara dicuntiu\ haud minus quam ovipara, ab ovo originem ducere. Leid., 1672, in-8" (également av. fig.). Une Defensio partium genitalium. Leid., 1673, in-S" dirigée contre Swammer- DAM parut peu avant la mort de Fauteur. Ses œuvres complètes :

* Lugd. Batav., 1677, in-8°. Londin., 167S, in-8'\ * Amstelod., 1705, in-S" (dans cette dernière se trouve une courte biographie avec le portrait de l'auteur),

Obs.IV. — La biographie très intéressante de Swammerdam a été écrite parle célèbre Boerhaave : * Swammerdam, Biblia naturce. Leyd., 1737, in-fol., où elle se trouve en hollandais et en latin. Ses maîtres furent, à Leyde, J. van Horne et Fr. Sylvius de le Boe. Il fut de bonne heure lié avec Nie. Stenonis d'une amitié que la mort seule devait rompre. L'écrit sur la matrice, cité plus haut, avait été adressé à la Société royale de Londres : * Joh. Swammerdani, Miraciilum naturœ sive de iiteri muliebrisfabrica^ notis in D. J. Van Horne prodromum illustrata et tabulis adumbrata. Lugd. Bat., 1672, in-4°. Londin, 1680, in-8°. Ibid. i685.

* Ed. quart. Lugd. Bat., 1717, in-4°. * Ed. qnïnx. Ibid.^ 1729, in-4'\

Importantes sont les paroles de Swammerdam, publiées pour la première fois dans * Hist. gen. Insect.^ t'Utrecht, 1669, in-4'', p. 5i : « Atque ut tribus saltem verbis sententiam exponamus, videtur nobis admodum probabile, quod in universa rerum natura nulla penitus detur generatio vere sic dicenda, nec unquam aliud quid hoc in negotio animadverti queat, quam generationis jam factce quasi continuatio, sive proventus et accretio membrorum omnem omnino casum fortuitumexcludens n. Yoy. * Ejusd. Biblia naturœ sive historia insectorum in classes certas redacta, etc. ling. batav conscripta. Latinam versionem adscripsit. HiERON. Dav. Gaubius, 2 tom. Leyd., 1737, in-fol. p. 3i.

§ 97. — Gitalt. Needham. Marc Malpighi. Charl. Drelincoiirt.

Non moins importantes, que les recherches sur les organes génitaux de la femme et leurs fonctions dans la génération, furent celles faites au XVI I« siècle sur l'œuf fécondé, sur la

constitution de ses éléments, ainsi que sur la formation de l'embryon. Bien que ces recherches aient été faites principalement sur des œufs et des embryons d'animaux,' la comparaison de ces préparations a été une source d'informations très riche, fertile en conclusions très utiles, qui pouvaient servir de base à des travaux ultérieurs. Distingués sont les travaux du médecin de Londres Gualterus Needham sur la formation du fœtus (1667) : Needham cherche dans le sang la source principale de la nutrition, il montre qu'à la suite de la conception les vaisseaux deTutérus se développent de plus en plus, et forment des anastomoses. Il décrit les villosités absorbantes du chorion, et leur donne la signification vraie. Au placenta, il distingue déjà une portion utérine et une portion fœtale, mais il prenait pour l'allantoïde le feuillet interne du chorion. Needham le premier décrit aussi d'une façon nette la vésicule ombilicale dans l'œuf des animaux, qui est désignée par lui comme tunica quarta. a In gestationis initio magna est et humorisplena ; venisarteriisque frequentissime spargitur, quibus peculiaribus ex mesenterio oriundis donatur. Progressu temporisdocrescit paulatim, donec succo omni absumpto membranulam choroiden in cerebro adeo accurate imitatur, ut exempta incautis imponere possit, etc. » (p. 65 et 195). La modification de la structure de l'utérus pendant la grossesse a aussi été parfaitement décrite par Needham. Fabrice d'Aquapendentk avait déjà entrevu combien pourraient être utiles, pour la physiologie, les observations faites sur l'œuf en incubation (voy. plus haut § 53). Le grand observateur Marcellus Malpighi (professeur à Bologne, puis à Messine, né en 1628, et mort à Rome en 1694 comme médecin particulier du pape), répéta ces recherches en 1672, et en soumit le résultat à la Société royale de Londres, qui, en 1673, fitimprim.er ce mémoire. Les figures nombreuses, représentant le développement de l'œuf et du fœtus, ainsi que de ses divers organes, que Malpighi a ajoutées à son mémoire, sont si bien faites, qu'aujourd'hui encore elles peuvent être utilisées. 11 faut ne pas oublier de dire qu'alors déjà Malpighi s'était servi du microscope simple (à une lentille).

23o SEPTIEME EPOQUE

Dans une lettre adressée à H. Oldenburg, secrétaire de la Société de Londres, Malpighi se déclare partisan des doctrines de R. de Graaf (voy. ce mémoire, n" V). Dans un autre mémoire sur la matrice , adressé sous forme épistolaire à Jac. Spon (i68i), il décrit les modifications subies par cet organe chez une femme gravide, les fibres musculaires qui s'y forment, et les nombreuses anastomoses vasculaires, et donne ses observations sur les follicules de DE Graaf dans les ovaires, qu'il ne regarde pas comme les œufs véritables, mais qui, d'après son expression, ne renferment qu'une substance « ex qua glandula excitatur, cujus ope ovulum separatur, fovetur, et stato tempore ejicitur » ; ce que Malpighi dit ici, de la sortie del'ovule de Tovaire, et de ses enveloppes, est digne de remarque, car en beaucoup de points la justesse de ses observations a été confirmée par les observations les plus récentes. Enfin, il faut encore noter ici quelques monographies de physiologie que Charles DRELiNCOURT(prof. d'anat. et de méd. à Leyde depuis 1668 ; né à Paris le i®"" février i633, mort le 3i mai 1697), a publiées sur la conception, sur la formation de l'œuf et de ses éléments, sur la matrice et ses annexes, ainsi que sur la viabilité de l'enfant né à 8 mois (contrairement à Hippocrate). Il mentionne la structure musculaire des trompes, et surtout de leurs franges, appelle les ovaires « matrix ovorum », n'admet la fécondation de Tovule que dans la cavité utérine. Son écrit « de fœminarum ovo » est un résumé très substantiel des vues de plus de 70 naturalistes qu'il nomme, et qui sont accompagnées d'observations critiques (parfois très acerbes).

Obs. I. — * Disqiiisitio anatomica de formatu fœtii. Aiith- Gualthero Noedham,M. D.Londin., 1667. in-12. Amst., 1668, in-i2.

Obs. II. — * Marcelli Malpighi, ^/i//o.?. et med. Bononiensis dissert, epist. de formitione pulli in ovo. Reg. Societati Lond., 1673, in-4'\ Aussi dans Op. omn. Lond., 1686, ia-fol., à ajouter le comment, de J. Doellinger : M. Malpighi, Iconiim ad historiam ovi incubati spectantium censurœ spécimen. Wirceberg, 18 18, in-4''. La lettre de Malpighi sur la m urice adressée à Jac.

Spon à Leyde, en 1681, parut d'abord dtins les ' Philosoph. Transact. Jul., 1684, n" 161 et fut réimprimée dans les Op. omn.

Obs. III. — Les écrits de Drelincourt qui ont d'abord été publiés séparément et successivement, sont réunis dans ses (f ^ Opuscula medica qiiœ reperb'i potuere omnia, nunc primo simul édita. Ha^. Comit., 1727, in-4°, on y trouve la vie de Fauteur écrite par Boerhaave.

Les écrits publiés séparément sont :

Départit octimestri vivaci diatriba. Par., i663. Lvon. 1666. Lugd. Bat., 166S. * Ibid., 1680, in-12 (4." éd.).*Ibid., i6q3, in-4'' {S" éà.).De conceptu advcrsaria. Lugd. Bat., 1682, 1686, in-12. De fœminarum nvis historicœ et physicœ lucubrationes.

* Lugd. Bat., 1684. * Ed. sec, ibid.^ 1687, in-12. Parurent en même temps : De fœminarum avis curœ secundœ. Appendix de utero. Avp. altéra de tubis iiteri. * De hum. fœtus membranis hypomnemata. Lugd. Bat.. i685, in-12. * De tunica fœt. allaittoide meletemata. Lugd. Bat., i685, in-12. De tunica chorio animadversiones. Lugd. Bat., i685, in-12. * De fœtuum pileola s. galea emendatinnes. Lugd. Bat., i685, \x\-\2.* De humani fœtus umbilico meditationes elencticœ. Lugd. Bat,. i685, in-12.

* De conceptu conceptus. Lugd. Bat., i685, in-r2.

Un grand nombre de ces mémoires de phvsiologie et d'anatomie se trouvent reunis dans la * Bibliotheca anatomica sive recens in anatomia inventorwn thésaurus locupletissimus. Ed. Daniel LE Clerc et. T. Jac. Mangetes. Genev.. 2 tomi, i685, in-fol.

p 98. — N'icolc.us Hoboken.

Nie. Hoboken, médecin hollandais, professeur à Utrecht et à Harderwyk. n'entreprit des recherches que sur Tarrière-faix humain, le placenta, les membranes et le cordon ; c'est en 1669 quMl fit connaître le résultat de ses précieuses recherches, il en publia une seconde édition augmentée en 1675. Il décrivit aussi, dans un ouvrage spécial, le délivre de la vache, chercha à établir des comparaisons, et à donner la véritable solution de quelques points litigieux. Il décrivit l'allantoïde comme une membrane intermédiaireentrelechorionet ramnios,qu'il appela aussi membrane urinaire. 11 décrit le chorion et l'amnios comme totalement privés de vaisseaux, et très exactement les vaisseaux du

232 SKPTIKMF. ÉPOQUE

cordon ; il trouve que le nœud des artères ombilicales et les plis de la veine font Poffice des valvules (quasi valvulœ). Très belles et très nettes sont les figures dont il a enrichi son mémoire, dessinées par Pauieur lui-même, elles augmentent la valeur de Fouvrage de Hobokf.n très important pour son époque.

Obs. — NicoL. HoBOKENi, Anatome seciindinœ humanœ . Ultraj., 1669. c. fig. ni-^".* Anatojnia. secund. human. }'epetita,7~obo7'ata et quadra feinta quai . figur. propria aiictoris manu delineatis insuper illusirata. Ultraj.," 1672, in-8". * Ibid., 1675. in-8^

* Ejusd. Anat. secundin. vitulinœ triginta octojig. illustrata. Ultrtil., 1672, in-8°. * /^j/rf., 1675, in-8". Hali.er cite comme première édition : Ultrai., 1670, in-8° et ne cite pas les deux autres; d'après la date d'une lettre insérée dans la dernière édition (Epist. IV) adressée à Thom. Bartholin, nous sommes amenés à douter de l'existence de l'édition citée par Haller.

§ qq. — Thomas Bartholin.

Nous ne devons pas omettre de mentionner les mérites d'un homme, qui, bien que n'ayant pas exercé sur les progrès de Tobstétricie une influence directe, n'en a pas moins contribué aux progrès de la médecine en général, par des travaux variés qui ont embrassé la médecine tout entière, et dont les sujets d'obstétricie n'étaient pas exclus. Fils d'un père renommé, Thomas Bartholin, né à Copenhague le 20 octobre 16 16, voulut égaler Pérudition de son père Gaspard; il avait étudié à Leyde la philosophie, la philologie, la théologie et la médecine, fait des voyages en Hollande, en France, en Italie, en Suisse et en Allemagne, pour achever son éducation : il commença en 1647 par enseigner les mathématiques à Copenhague, dès Tannée suivante, il fut professeur d'anatomic, et en i656, nommé doyen perpétuel du collège des médecins. Appartenant à une époque riche en découvertes anatomiques, il ne demeura étranger à aucune d'elles ; c'est dans l'étude des vaisseaux lactés et des vaisseaux absorbants, que Thomas Bartholin a acquis un nom honorable. Bien qu'AsELLi, par la découverte des vaisseaux lactés, Pecquet, par la

découverte de la véritable voie du chyle, aient des droits à la priorité de ces découvertes, il n'en reste pas moins au suédois Ol. Rudbeck professeur à Upsal, et à Bartholin, le mérite d"'avoir trouvé les vaisseaux lymphatiques et d'avoir décrit leur trajet. Les recherches de ce dernier sur les poumons sont importantes, elles ont préparé la docimasie pulmonaire. Il a vérifié tous les travaux d'anatomie, et achevé les Institutiones anatomicœ dont son père Gaspard avait posé la base. La collection de ses Historiœ anatomicœ et Epistolœ est une mine inépuisable d'observations d'anatomie et de physiologie, dans laquelle on trouve des cas qui intéressent l'obstétricie, entr'autres, des exemples de vagissement utérin, de grossesses molaires, d'accouchements après la mort de la mère, de maladies puerpérales, de cas de fœtus in fœtu, de maladies utérines, de superfœtations, etc. La centurie V contient une longue dissertation sur l'extraction du délivre (hist. 3o), dans laquelle Thomas Bartholin se prononce pour l'extraction hâtive, sitôt qu'un retard semble s'annoncer : «■ Fallax ea spes et anceps remedium est, si statim a partu non sequatur, naturae deinde committere; mora periculosa, nec omnium robur praeternaturum nobis polliceri possumus, aut successus optati certitudinem ». Bartholin ne s'occupa pas de l'accouchement, ce qu'il exprime très bien par ces paroles : « Obstetriciam autem nec exercui nec exercere volo » {De insol. part. hum. viis, cap 17, p. 154), toutefois il prenait une grande part à cet art, instruisait même à son amphithéâtre anatomique les sages-femmes, auxquelles il exposait la structure du corps de la femme ; il a même fait des recherches spéciales consignées dans un traité « Deinsolitis partiis hiimani viis >k Ce qui a donné lieu à ce travail, fut une grossesse gémellaire (extra-utérine), qui se termina par Fexpulsion des os du fœtus, à travers un abcès des parois abdominales. On voit comment il savait apprécier les secours à donner à une parturiente, par ce qu'il dit dans le 17" chapitre: « Très ad partum naturalem mutuas opéras referunt, mater, embryo, obstetrix ». Malheureusement les sages-femmes danoises de son époque ne paraissent pas s'être élevées à un haut degré

d'instruction, d'après ce qu'il dit, ce qui justifie la troisièmecondition dont il a parlé. Comme tous les livres de Bartholin sont écrits avec une grande richesse d'érudition, une connaissance parfaite de l'antiquité, c'est le côté savant qui y est prépondérant. La nature du fait, dont il vient d'eire question, a été complètement méconnue par lui, il ne parle pas de grossesse extra-utérine, bien que cette dernière eut été facile à reconnaître, etque de nombreux faits analogues eussent dû le conduire à sa véritable interprétation. C'est ainsi qu'une trop grande érudition peut faire méconnaître la nature véritable d'un fait qui a motivé sa publication.

Par contre, Bartholin était sur son véritable terrain quand il a exposé : « Antiqiiitatum veteris puerperi synopsis », qui parut en 1646.

Ce « synopsis » n'était que le résumé d'un travail, fruit de trente années de recherches, qui fut anéanti dans l'incendie de sa campagne en 1670 (voy. notre hist. t. l, § 56, obs. 7), et que son fils Gaspard a composé. Enfin les Acta Hafniensia renferment quelques travaux relatifs aux accouchements depuis 1673, jusqu'à la mort de l'auteur (4 décembre 1680), entre autres, sur les ovaires, un travail du fils Gaspard, qui traita avec le plus grand zèle un grand nombre de sujets relatifs à l'anatomie.

Obs. — Parmi le nombre considérable des écrits de Thomas Bartholin, qui, jusqu'en 1674 ne s'é[evèrent pas à moins de 75, nous croyons ne devoir mentionner ici que les suivants :

* De Idcteis thoracis in homine briitisquc nuperrime observatis historiaanatomica. Resp. Mich. Lysero. Hafn., i652, in-4°.

* Diibia anatomica de lacteis thoracis et an hepatis fimiis immutet medendi methodum. Resp. H. Martini. Hafn., i653, in-40.

* Vasalymphatica nuper Hafnice in animantibus inventa et hepatis cxcquiœ. Hafn., i653. in-4». * Vasa Ijnnphatica in homine nuper inventa. Hafn., 1654, in-4". * Defensio vasorlact. et lymphaticor.Wiihi.^ iGSb, in-4".

Parmi les nombreuses éditions de l'Institut, anatomic. du père Gasp. Bartholin, nous citerons la quatrième * Th. Bartholini, Anafome ex omnium veterum recentiorum que observationibus imprimis institutionibus. b. m. Parentis Gasp. B. ad circulationem Harveyanam et vasa lymphatica quartum renovata. Lugd. Bat., 1673, in-8°.

DU RÉTABLISSEMENT DE LA VERSION A l'iNVENTION DU FORCEPS 2 35

Voy. encore :

* Historiarum anatomicarum rariorum Cent. I. II. Hafn,, 1654. III. IV, 1657. V, VI, 1661, in-S". * De insolitis partus humani viis. Hafn., 1664, in-8». * Hag. comit., 1740, in-8°. * Actamedica et philosophica Hafniensia. Hafn., 1673 a 1680. in-4°, dans le 5'^ vol. renfermant les années 1671-1679.

Sur le mérites et la vie de Th. Bartholin, voy : * VVilh.Worm , Oratio in excessum viri incomparab. Th. B. Hafn., t68i, in-4'' , où se trouve: Programm in obitiun. Th. B. par le Pro Recto r reg. acad. Hafn J. Baggerus avec des notices biographiques.

Les trois Bartholin, grand-père, père et fils rappellent involontairement à la mémoire des trois anatomistes célèbres de Halle des temps modernes, oii leur maison bien connue est décorée d'une triple couronne. Chaque pays et chaque époque a ainsi desfamilles d'asclépiades .

La modestie de l'auteur ne lui a pas permis de citer la famille de Siebold qui, elle aussi, est une famille d'Asclépiades dont Gottingue et l'Allemagne peuvent être fières à juste titre. (F.-J. H.)

§ 100. — Conclusions .

C'est ainsi que les savants et les naturalistes des pays les plus divers mirent en commun leurs travaux pour l'édification de la science ; c'est par les plus louables efforts qu^ils cherchèrent à jeter du jour sur les doctrines douteuses : leurs découvertes furent de la plus grande utilité aux branches diverses de la médecine, et surtout à la pratique de l'art. Bien que cette utilité ne parût pas toujours manifeste, que de savants anatomistes et physiologistes fussent restés attachés aux pratiques anciennes, car il est de la nature de l'homme d'abandonner difficilement ce qu'il a acquis, la vérité finit pourtant par percer ; dans le siècle suivant, les jeunes purent récolter une riche moisson que le siècle précédent avait préparée; c'est ainsi que furent assurés aux savants les avantages du progrès de la science.

Le développement de l'obstétricie avait été assez considérabl e pour qu'elle pût faire son profit de toutes les découvertes, même de celles qui n'étaient pas nées dans son domaine, mais qui, y

ayant été transplantées, devaient être pour elle de la plus grande utilité. Elle ne se présentait plus seulement comme un ensemble de règles réunies comme par hasard et manquant de cohésion, mais elle s'offrait sous une forme vraiment scientifique, reliant l'ensemble de ses doctrines et pouvant accueillir toute richesse avec reconnaissance. L'obstétricie, qui en France, avait pris un si grand essor, qui en Hollande avait subi la transformation scientifique si importante, pouvait entrevoir Tavenir avec confiance. Elle avait su triompher de tous les obstacles opposés à sa marche. Estimée de tous, elle se développait à l'égal des autres branches de l'art de guérir, poursuivant son but sans relâche. L'obstétricie française et hollandaise devaient stimuler l'ardeur des autres pays, de l'Angleterre d'abord, puis de l'Allemagne ; tous les efforts allaient se réunir pour le perfectionnement d'une branche, qui, au dehors comme au-dedans, gagnait en importance et dignité. C'est avec raison que l'histoire marque ici une étape. Déjà le commencement du siècle indique un progrès, mais la réunion de tantde forces pour le perfectionnement de l'obstétricie. et par-dessus tout l'invention et la vulgarisation d'instruments nouveaux, qui ont eu une si grande influence sur ses progrès, commandent de commencer une période nouvelle.

DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU AUX TRAVAUX DE LUCAS JOH. BOER. DEPUIS LA FIN DU XVIl"^ SIECLE JUSQu'a LA FIN DU XVIIl'

^5 10 r. — Coup d' œil général.

Les efforts si dignes de reconnaissance des hommes célèbres de l'époque précédente, parmi lesquels les accoucheurs français et hollandais occupent le premier rang, avaient réussi à donner à l'obstétricie, au commencement du XVI 1 1^ siècle, une situation si élevée, que, dans le présent, sa considération était parfaitement solide, et qu'un rang plus distingué lui était encore assuré dans l'avenir. Quand la perfection d'une science a atteint un certain degré, celle-ci progresse toujours et arrive peu à peu à celle à laquelle il est permis de prétendre ici-bas. L'obstétricie avait trouvé des ouvriers complètement dévoués à son sort, et qui lui consacraient exclusivement tous leurs efforts; ses doctrines n'étaient plus disséminées, on n'était plus forcé de les chercher dans des livres étrangers, où elle se trouvaient mêlées à des éléments divers, et d'un accès souvent fort difficile ; elles étaient exposées maintenant dans des œuvres qui lui étaient exclusivement destinées et d'un abord facile. On ne proposait plus des moyens thérapeutiques inapplicables et basés seulement sur de vaines théories. L'expérience personnelle seule dirigeait la main et la plume de l'accoucheur, et donnait à ses actes et à sa parole un caractère véritablement pratique. Ce que nous disons, nous ne le rencontrons, il est vrai, à l'époque qui nous

occupe, qu'en France et en Hollande, deux pays en avance sur tous les autres dans l'étude de l'obstétricie.

En France, brillaient, pour longtemps, les noms de Mauriceau et de DE LA Motte, qui projetaient sur l'art une bienfaisante clarté ; l'obstétricie, élevée par eux à un niveau supérieur, devait y trouver les conditions d'un développement favorable, que l'état florissant de la chirurgie, d'où elle procède, avait préparé. L'ancien préjugé contre l'assistance des hommes s'était évanoui, et aux accoucheurs, s'offrait l'occasion d'une instruction pratique solide, qui à Paris, ce foyer constant, était féconde pour eux, bien qu'à l'égard d'un grand nombre, elle ne pût être que de courte durée. La Hollande avait donné ce livre remarquable, d'une forme scientifique. L'auteuravait magistralementcompris les avantages d'une théorie solide, et préparé des modèles pour les futurs observateurs. La renommée assurait la priorité à ces deux pays, où l'obstétricie récoltait les meilleurs fruits, jusqu'au moment où, les autres états suivant cet exemple, allaient aussi consacrer leurs efforts à cette branche de l'art de guérir. Ce fut l'Angleterre d'abord qui s'en occupa avec ardeur, et qui bientôt put rivaliser avec la France; ce ne fut que bien plus tard que les allemands prirent une part aux progrès qu'on constatait dans les pays voisins, mais ils réparèrent bientôt ce retard avec une grande ardeur; dans la suite de l'histoire, nous aurons occasion d'exposer les résultats heureux des efforts de l'obstétricie allemande.

§ 102. — État des Opérations obstétricales.

Le but de toutes les recherches et des efforts, dans le domaine de l'obstétricie, a été de trouver un moyen qui, dans les cas difficiles et anormaux, sauvegardât à la fois la vie de la mère et celle de l'enfant. Toutes les doctrines convergeaient vers ce point comme vers un foyer, et n'étaient valables et acceptables que celles qui répondaient à ce double besoin. Les moyens qui lui donnaient

DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIir SIECLE 2:)9

satisfaction pouvaient être de nature diverse, et le choix du mode d'intervention de Taccoucheur était modifié suivant les idées dominantes dans l'art. L'état général delà médecine pouvait, dans certains moments, conduire même à un traitement purement médical, qui, lui aussi, pouvait varier suivant les temps. Mais le devoir de l'obstétricie était de trouver en elle-même des moyens, et de ne s'appuyer que sur sa propre expérience.

Ces moyens ne pouvaient être que de la nature de ceux qui exercent une action mécanique sur la mère et sur l'enfant, c'està-dire être produits par des opérations. De tout temps, les accoucheurs se sont efforcés de trouver des méthodes opératoires nouvelles, ou de perfectionner celles qui existaient. Ces efforts, pour répondre au besoin de méthodes nouvelles, devaient, dans les temps anciens, avoir été d'autant plus actifs, qu'on connaissait moins alors la merveilleuse puissance de la nature dans l'accomplissement de la parturition.

Dans la majorité des cas, on n'avait qu'un but : l'extraction de l'enfant, qu'on cherchaità obtenir par les meilleurs moyens possibles.

Le milieu du XVP siècle avait vu renaître une méthode d'accouchement ancienne, basée sur la version podalique; le XVII* se donna la tâche de la perfectionner de plus en plus, puisque c'était la seule qui permit d'obtenir un enfant vivant ; rien n'était possible, pour sauvegarder sa vie dans un grand nombre de cas, que de le retourner sur les pieds, pour pouvoir en faire l'extraction (deux temps distincts d'une opération, qui dans l'esprit des accoucheurs d'alors étaient inséparables) ; que celle-ci eut été commandée par une présentation anormale, qui rendait l'accouchement impossible, ou par un accident qui exigeait une prompte délivrance, d'où il résultait que la version podalique pouvait être pratiquée, même dans des présentations céphaliques, puisque, pour terminer promptement l'accouchement, dans ces cas, l'accoucheur n'avait eu d'autre moyen que l'emploi du crochet tranchant ou de la perforation du crâne. On concédera volontiers, que les anciens accoucheurs étaient des maîtres habi-

les dans l"art de pratiquer la version, que cette opération réussissait entre leurs mains dans les cas les plus désespérés, même quelquefois dans ceux où elle ne nous paraît plus indiquée; mais on trouve dans leurs écrits un grand nombre de cas, oi^i elle ne put être pratiquée, et d'autres aussi, où elle ne pouvait réussir par suite du volume trop granddela tête oudeTétroitesse du pelvis, ou par suite de l'enclavement de la tête. Quand, dans ces cas difficiles, on avait pourtant réussi à faire la version, l'extraction de la tête venant la dernière pouvait être rendue impossible, ou ne se faire que par des efforts à la suite desquels l'enfant succombait, et où il y avait nécessité d'employer les crochets et le perforateur pour en faire l'extraction. Le problème à résoudre, dans ces cas, était donc celui-ci : trouver un moyen qui permit de faire l'extraction de l'enfant, quand il se présentait par la tête, sans compromettre son existence par la version podalique, et l'extraction par les pieds, et sans le sacrifier par la perforation du crâne. Ce moyen fut découvert dans le courant du XVII'' siècle, mais tenu secret par les inventeurs pendant un terme très long ; il ne tomba dans le domaine public, et ne fut mis à la disposition de tous les accoucheurs, que dans le courant du XVII 1^ siècle. Ce nouveau moyen devait transformer l'obstétricie ; c'est avec raison que de lui date pour celle-ci une ère nouvelle. L'époque précise de cette invention ne peut être indiquée, à cause du voile mystérieux qui a enveloppé l'invention et qui jusqu'ici n'a pas été soulevé complètement. L'historien doit remonter jusqu'au delà de l'année i665 pour trouver les premières traces de l'instrument.

Obs. — Si l'histoire de l'obstétricie a été conduite, dans l'époque précédente, bien au delà de i665, cela tient à ce que les accoucheurs de cette époque n'avaient tiré aucun profit de cette invention, dont l'essence même leur avait été tenue cachée. Si cette histoire s'était arrêtée à cette époque, pour commencer une période nouvelle, il y aurait eu des ruptures violentes dans l'exposition, surtout dans celle des travaux des accoucheurs français, qui devait être continuée sans interruption jusqu'à de la Motte qui clôt la série des accoucheurs français de cette époque.

DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIll'^ SIECLE 24I

§ io3. — Le forceps.

Si l'histoire de l'invention du forceps (forceps obstetricia) ne peut pas donner de renseignements positifs sur les premiers essais de cet instrument, elle a cela de commun avec beaucoup d'autres inventions dans le domaine de l'art et de la science. Tenu secret par les inventeurs à cause de son importance, cédé à d'autres moyennantde grandes sommes d'argent, et conservé dans le silence le plus discret, cet instrument ne pouvait être connu d'abord que par les avantages qu'il donnait à ses heureux possesseurs, avantages qui, en dehors de ces privilèges, devaient stimuler l'esprit inventif des uns, les recherches des autres, pour arriver à la découverte de ce qui avait été caché à leurs yeux. Des instruments analogues furent inventés, tenus secrets par les uns publiés par d'autres, de là des disputes et d'ardentes revendications de priorité qui eurent pour effet de mettre au jour l'objet en litige ; mais la poussière de ces combats fut si épaisse, qu'il devint difficile, au regard tranquille et impartial de l'historien, de la pénétrer pour trouver la vérité dans toute sa netteté. Il devait éviter de léser des droits, et surtout de prendre part à la lutte. Il ne lui resta qu'à interroger les documents publiés, à les comparer entre eux, et à chercher dans cet examen impartial les documents sérieux et positifs, pour établir la vérité. Ce que l'historien doit éviter avant tout, c'est d'introduire dans son récit des suppositions hasardées, qu'un examen ultérieur plus sérieux devra renverser. Laconhance que doit inspirer un exposé historiquedoit rendre inutile la nécessité d'être contrôlé par de nouvelles recherches; elle doit inspirer une grande conhance. L'historien commet une faute grave, quand il se laisse éblouir par des préjugés, abandonne l'étroit sentier de la vérité historique, et expose des faits faux ou erronés. Aucune histoire n'exige plus rigoureusement l'application de ces principes que colles du forceps.

SIEBOI-D-HKRRGOTT. II — 1 1)

§ 104. — Anciens forceps.

11 y a des écrivains qui ont assigné une date bien ancienne à l'invention du forceps, et qui veulent voir la première ébauche de cet instrument si utile dans la pince longue et lisse de Jacques Rueff (voy. plus haut, II, | 11). Crantz, Stein, Danz, HiNZE et Mulder inclinent vers cette manière de voir.

Ils paraissent ne pas avoir vu, que Rueff avait imaginé son instrument pour faire l'extraction d'un enfant qui venait de mourir, que sa structure le range immédiatement dans la classe de ceux qui sont destinés à agir violemment sur la tête, pour la comprimer, et au besoin pour la briser. Dès la plus haute antiquité, on trouve dans l'arsenal de l'accoucheur des pinces semblables, les écrits hippocratiques parlent d'un instrument (Tf'eaTpov) destiné à briser les os de la tète (voy. t. 1, § 40). Les écrits d'AÉTius et de Paul d'Egine parlent de pinces à mors dentés (I, I 91 et I 96), à cette catégorie d'instruments appartiennent : les pinces décrites par Avicenne et Abulkasis (I, | i i 3 et | 116), par A. Paré (11, | 34), et celles représentées par Fabrice de Hilden, (celles-ci dentées à la surface interne), (Oè^erv. et curât, chir. cent. Lugd., i64i,in-4'', 2 cent. ohs. 5 2, p. 2 17) et les instruments représentés par S0LINGEN (voy. 11, § 83). Tous ces instruments ne peuvent être comparés au forceps obstétrical, quoiqu'on ne fut pas éloigné de l'idée d'un instrument inoffensif pouvant être appliqué sur la tête de l'enfant pour en faire l'extraction. Le passage bien connu des livres d'HippocRATE, sur la superfétation, aurait bien pu donner l'idée de remplacer les mains de l'accoucheur par un instrument métallique étroit et mince, pour faire Texlraction de la tête. Mais c'est ainsi, que pendant des siècles, on peut souvent côtoyer une idée heureuse, et n'arriver que bien tard dans la voie véritable, qui, une fois frayée, est suivie partons avec la plus grande facilité.

Obs. — CuANTz appelle la pince de Rueff: « Instrumentum de-

DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIir SIECLE 2^0

siderato scopo satis aptum, quod dein vario modo immutatum forcipis Belgicœ, Gallicœ et AngliciE titulo innotuit, discepantibus inter se variis auctoribus de gloria inventionis «. Voy : * Henri Nep. Crantz, Diss.dere insU'umentaria in arte obstetricia. Norimb., 1757 in-4°, p. 14.

C'est ainsi que Stein rapporte l'invention du forceps à Rueff, et il ajoute : « Depuis cette époque (milieu du XVP siècle) jusqu'à la moitié du XVI II«, on a imaginé une foule de modifications de cet instrument, si bien qu'aujourd'hui il ne ressemble plus à l'original ». Voy. * Pract. Anleitimg :[ur Geburtsh (Traité prat. d'ace). Cassel, 1772, in-8°, p. i32. Voy. * G. F. Danz, brevis fo7'cip. obstetriciar. hist. Giessen, 1790, in-8°, p. 22. Voy. encore : * Aug. Heimb. Hinze, Versiich einer chronologischen Uebei'sicht aller in der Gebiirtshulfe erfundenen Instrumente, etc. (Essai d'une revue chronologique de tous les instruments inventés pour les accouchements). Liegn. et Leipz.. 1794, in-8°, p. 27.

Les instruments (pinces), imaginés depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, pour faire l'extraction d'enfants morts, et qui appartiennent à la classe des instruments contondants, sont représentes pi. 5i, dans mon Atlas, 2" éd. et décrits p. 246 (Le titre de l'ouvrage est : Abbildiingen ans dem Gesamtgebiete der Theoretischpractischen Gebustshiil/'e, etc. Berl.,i835, gr. in-8°, avec 86 pi.)

§ io5. — Les Chamberlen en Angleterre.

Dans la seconde moitié du XVII^ siècle, vivait en Angleterre une famille, dont quelques membres (le père et 3 fils)s'occupaient particulièrement de la pratique des accouchements ; un d'eux, HuGH Chamberlen, vint à Paris en 1670 pour y chercher fortune. Il prétendait posséder un secret pour terminer l'accouchement en moins d'un demi-quart d'heure, sans préjudice pour la mère et pour l'enfant. L'insuccès qu'il éprouva chez une femme que Mauriceau n'avait pu accoucher, et chez laquelle il devait prouver l'efficacité de son moyen, comme nous l'avons déjà exposé plus haut (II, § 64), le détermina à quitter Paris, où il n'avait pas atteint son but, et à retourner à Londres; il traduisit en anglais le livre de Mauriceau sur les maladies des femmes. Dans

la préface de sa traduction il écrivit ces mots : « Mon père, mes frères et moi, nulle autre personne en Angleterre, à ma connaissance, avons, avec l'aide de Dieu et par notre industrie, atteint par une longue pratique une voie pour délivrer les femmes dans ces cas (présentation crânienne), sans préjucice pour elles et leur enfant, alors que par défaut de ce moyen (« expédient ») les deux, la mère et l'enfant, sont exposés à un danger, l'un et l'autre ayant à subir l'application des crochets; par notre moyen opératoire, on peut sans la moindre difficulté, avec peu d'efforts, et en peu de temps, sans danger pour la mère et pour l'enfant terminer l'accouchement (may be dispatsched) ». Dans la suite de la préface, Chamberlen s'excuse de ce que, par égard pour son père et ses frères, qui pratiquent également les accouchements, il ne puisse divulguer le secret sans leurporter préjudice (without injury to them). Il croit avoir rendu service à son pays, en nommant ces trois personnes et lui-même, qui, en cas de nécessité, peuvent, avec la plus grande sécurité, venir au secours des confrères. Chamberlen n'a jamais publié autre chose sur son moyen que cette indication sommaire; mais celle-ci, aussi bien que son voyage à Paris, jettent un jour défavorable sur le caractère d'un homme qui, connaissant bien l'importance de son invention, se refuse de la faire connaître au public ; il ne peut devant l'histoire être déclaré digne de la reconnaissance.

Obs. 1. — * The diseases of xi'omen ypith child and in childbed, etc. A Work mucli mo7'e perfect than any yet extant in English: very necessaryfor Chiriirgeons andMidipivespractising thisart. Written inFrensch by Fr. MAURiCEAU,/ri2m^/afe^by Hugh Chamberlen. Sec. édit.(i). Lond., i683, in-S". — Lapremière édition parut en 1672, d'après Mauriceau (* Obs. sur la gross.., etc. Paris, 1694, in-4"'. Obs. 26). Dans le 2^ Liv. de cette traduction, ch. 17 (qui dans l'éd. fr. 1712, porte le n" 17), qui a pour titre: « Le moyen défaire extraction de Venfant, venant la tête la première., s'il ne peut sortir à cause qu elle est trop grosse, ou parce que les passages ne peuvent pas se dilater suffisamment ». Chamberlen ajoute, dans une remarque, que ce chapitre serait inutile,

(i) 3« éd., la 2' est de 1681. (F.-J. H.)

DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LV FIN DU XVIII^ SIECLE 245

si chaque praticien possédait Thabileté du traducteur d'extraire un entant en présentation normale sans crochet ni version (without, Hooks or turning it). Ce passage contredit formellement l'opinion d'ExxoN. qui prétend dans son livre « * Neip and gênerai sj-stem o/midu'ifery. Lond., i/Si, in-8°, quele moyen de Chamberlen avait été la version. « If indeedthere )pas any thing extraordinarj' in their Practice, I think, it miist rather be the Method of turning children, and bringingthem by the Feet, jpich was at the time not so much known ». Ouv. c, p. 5.

Obs. II. — I. Groenevelt médecin à Londres, contemporain de Chamberlen, parle d'un accouchement fait par celui-ci « instrumentomatricis speculo dictoadhibito » et il le nomme « dextrum et expertum obstetricantem medicum ». La tuméfaction du col de la vessie arrivée après l'accouchement ne laisse aucun doute sur l'emploi du forceps par Chamberlen. Si Groenevelt appelle cet instrument spéculum matricis, cela prouve qu'il ne connaissait pas le moyen que Chamberlen avait employé ; d'autre part, il ne faut pas oublier, qu'au commencement, le forceps avait été aussi employé pour dilater les parties, que les Hollandais l'ont particulièrement employé ainsi. Voy. Tutus cantharidum in medicina usiis internus, par Joh. Groenevelt. Londin., i/oS. in-8°, p. 829.

Obs. III. — Quelques auteurs de cette époque disent que Chamberlen employait l'opium dans des contractions, faibles, et

âue ce traitement étaii appelé méthode de Chamberlen ; tels: riFFARD daus SCS * Cases in Midnn/ery. Lond., 1734, in-4°, p. 333, et Paul de Wind* T. geklemd kooft geredt. in-8", p. 47.

Quelques notions biographiques sur H. Chamberlen se trouvent dans la * Biograph. univers, anc. et moderne. Supplément, t. LX. Par., i836, in-8°, p. 384. Le monument érigé à l'abbaye de Westminster indique comme date de sa mort le 17 juin 1728. Voy. * The history and Antiqiiities of the Abbey Church of st Peter, Westminster^ etc., illustr. by John Preston Neale, Lond., 1823, in-4°, 2* vol., p. 217, 218.

Tels étaient, jusqu'à ces derniers temps, les renseignements sur les C.HAMBERLEN, quc l'Historien impartial avait pu consigner dans ses annales. Malgré les révélations de Chambkrlen sur la nature de l'instrument, dont il sera parlé plus loin, ils ne pouvaient satisfaire la curiosité publiqae; c'est ce qu'a particulièrement senti le D'" J. H. Aveling accoucheurdistingué de Londres, lorsqu'il a entrepris, dans les registres des corporations, et les dépôts de papiers publics, ses patientes recherches sur cette nombreuse famille, dont plusieurs membres furent,

successivement pendant un siècle, et presque pardroit d'hérédité,accoucheurs de la cour d'Angleterre, grâce à un moyen inventé par l'un d'eux, tenu secret et habilement exploité par les successeurs. Dix années ont été consacrées à ces recherches laborieuses et patientes qu'AvELiNG appelle modestement « otia nostra » ; elles sont condensées en un vol. in-8", de 23 i pages orné de planches, et établissent avec pièces authentiques à l'appui, l'origine de la famille et la carrière des plus célèbres d'entre eux.

Cette monographie mérite de prendre un rang distingué dans l'histoire de l'art par la solidité des documents qu'elle renferme, la sagesse avec laquelle elle est écrite, et le jour éclatant qu'elle jette sur une famille à laquelle se rattache une invention capitale dans la pratique de l'obstétricie; nous croyons devoir ajouter l'analyse des travaux du D'" AvELiNG au livre de Siebold, comme il l'aurait fait lui-même, si ce livre avait été publié de son vivant.

En tête du livre, Aveling a placé un document qui lui aura coûté bien des recherches, mais qui est comme le résumé biographique de son livre, c'est l'arbre généalogique de la famille des Chamberlen, qui oriente le lecteur au milieu de cette nombreuse lignée, comme une carte géographique guide le voyageur dans les pays inconnus ; nous croyons devoir le reproduire pour la commodité du lecteur, et aussi pour rendre hommage au travail considérable qu' Aveling a dû dépenser pour l'établir.

A la suite des biographies, se trouve un essai critique sur l'invention du forceps, dont il sera parlé plus loin.

Il est établi par tous ces documents que Guillaume Chamberlen, d'origine française (Tancarville, Seine-Inférieure), pratiquait la chirurgie à Paris, vers i 568, qu'effr<iyé, comme protestant, par la persécution religieuse dirigée contre ses coreligionnaires, qui devenait de plus en plus aiguë, et qui, hélas ! devait bientôt amener l'horrible massacre de la St-Barthélemy, il emigra en Angleterre avec sa femme Geneviève "ViGNON, et trois enfants : Petkr, Simon et Jeanne, comme le constate une mention dans le registre de l'église protestante de Southampton, où étaient inscrits ceux qui « avaient fait profession de leur foi, et avaient été admis à la cène », cette mention, écrite en français dans un registre encore conservé, porte la date du 3 jouillet (sic) 1569. Un autre enfant, Jacques, naquit et « fut baptisé le 26 juillet i SGq, et eut pour son témoings Jacques Vignon, le père et la mère sont de Paris ». Trois ans plus tard, naquit un autre fils, auquel, dit Aveling, on donna encore le nom de Pierre, pour la confusion des biographes, ce qui fait que deux frères, l'aine et le cadet, avaient le nom de Pierre ; la date de cette naissance, qui est du t8 février i 572. est établie par un acte de

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248 HUITIÈMK ÉPOQUE

notoriété sur lequel on trouve qu'à la date du 3 mars \5g6, Willam Chamberlen, le chef de la lignée n'existait plus.

Ainsi le chef de la famille et son fils aine Pierre I sont français, ce dernier né probablement à Paris, le fils cadet, Pjerre II, est né à Southampton.

Le nom de Chamberlen a été écrit de diverses manières : Chamber- LEiN sur le registre de Southampton, Chambellan, Chamberlan, et depuis le D'" Pierre, Chamberlen.

Pierre I, était encore à Southampton en i 588, il est cité comme parrain de Rachel Bertelot; en iSgô nous le trouvons à Londres, où il signe l'acte de notoriété de la naissance de son frère Pierre II, et en I 598, on trouve son nom dans le registre de la C'* des Barbiers chirurgiens. Il pratiqua activement la chirurgie et les accouchements à Londres, où il acquit rapidement une situation si distinguée, qu"ilfut appelé à la cour comme accoucheur de la reine Anne, qui, outre les honoraires, lui donna une bague enrichie de diamants; il fut accoucheur de la reine Henriette Marie, veuve de Charles I<"". Il eut plusieurs démêlés avec le Roval collège des médecins, pour avoir, comme chirurgien, outrepassé ses droits, en pratiquant la médecine ; il fut condamné même à la prison, mais fut mis en liberté grâce à l'intervention de la reine Anne et de celle de l'archevêque de Cantorbéry. Il avait occupé la charge de chirurgien des Indes orientales, et il a laissé une fortune considérable. Il eut quatre filles et deux fils dont on n'a pas parlé. Il mourut veuf en i63 1 .

Pierre II, le cadet, né à Southampton le 18 février 1572, arriva à Londres avec son frère, se fit recevoir aussi membre de la Société des Barbiers chirurgiens, et arriva à la dignité de « Master », pour laquelle il dut prouver qu'il était né en Angleterre, ce qui nécessita l'acte de notoriété dont il a été parlé plus haut, son acte de naissance ou de baptême n'ayant pu être retrouvé. Comme son frère aîné, il eut, avec la corporation des médecins, des conflits dont on trouve les détails dans les registres de la corporation. Son frère et lui obtinrent la création d'une corporation de sages-femmes, qui souleva une violente opposition de la part des chirurgiens, et donna lieu à un procès. Dans l'interrogatoire, dont le procès-verbal subsiste, il est question, pour la première fois, de l'habileté que lui et son frère, et pas d'autres, possèdent pour les accouchements, « that the and his brother, and no other's excelled in thèse subjects ».

Il mourut en 1626, plusieurs années avant son frère aine, à l'âge de 54 ans, laissant 8 enfants dont l'aîné fut :

Le D"" Pierre III, né le 8 mai 1601 (son acte de baptême est encore rédigé en français), et on possède son portrait.

Le fils et neveu allait obtenir le grade de docteur en médecine, auquel l'oncle et le père n'avaient pu parvenir. Le jeune Pierre fit ses études classiques à Cambridge, étudia la médecine à Heidelberg et a Padoue, où il se fit recevoir docteur, puis revint à Oxford et à Cambridge pour pousser plus loin ses études; en 1626 (à 2 5 ans), il fut admis comme membie du collège des médecins^ et après deux ans élevé au grade de p Fellow ». Il se livra à la pratique. Sa renommée pénétra jusqu'en Russie, le czar pria Charles I*"" de permettre au D"" Pierre de se rendre à Moscou pour occuper le poste de médecin privé de S. M. L il n'accepta point cet honneur.

L'affaire de la corporation des sages-femmes, suscitée par son père et son oncle, fut reprise par le D^ Pierre, dont la prétention ne tendait à rien moins qu'à être seul chargé de l'enseignement et de l'examen des sages-femmes, de créer ainsi un monopole à son profit. Il y eut une vive opposition, et la question fut portée devant l'évêque de Londres, juge souverain des affaires médicales. Les procès-verbaux des débats existent encore ; on apprend que P. Chamberlex emploie un instrument en fer, ce qui, pour la partie adverse, n'est pas un motif suffisant de préférence, attendu que d'autres accoucheurs, est-il dit, emploient aussi quelquefois des instruments en fer. Il fut débouté de sa demande et admonesté très sévèrement.

Le Dr P. Chamberlen garda un profond silence; ce n'est que treize ans après, qu'il essaya de se justifier dans un écrit mystique, qui porte le titre étrange de « Une voix de Rliama, ou le cri des femmes et des enfants^ etc. ». Il s'occupa ensuite, toujours avec ardeur, des choses les plus diverses, dont quelques-unes très éloignées de la médecine : de bains publics, de la population des navires, etc. qui témoignent de l'aciivité de son esprit et de sa tendance vers le mysticisme. Malgré ces excentricités, il fut médecin personnel du roi Charles II. Il mourut en i663, à l'âge de 82 ans, à Woodham Mortimer Hall, sa campagne, qui resta dans la famille jusqu'en 181 5. Il fut enterré près de là, où son mausolée subsiste encore; il en avait lui-même composé l'épitaphe en vers. Les détails sur cette vie si mouvementée n'occupent pas moins de 100 pages dans le livre d'AvELixG.

Le fils aîné du D' Pierre fut Hugh Ch. I (l'aîné), né à Londres en i63o. On ne sait où il fit ses études, ni où il fut reçu docteur. Il fut mis en possession du secret de famille, et aussi de la clientèle de la cour. Il pratiqua les accouchements; sa notoriété dans l'histoire ne commence qu'en 1670, époque de son fameux voyage à Paris, et de sa rencontre avec Mauriceau, le 19 août, à THôiel-Dieu; les détails en sont connus et ont été exposés plus haut, il est donc inutile de les répéter ici. A son retour à Londres, il fit la traduction du livre de

25o HUITIÈME ÉPOQUE

Mauriceau, ce qui ajouta une notoriété scientifique à celle dont il avait hérité avec le Secret de famille. Il ne put jouir en paix de ces avantages si considérables; son esprit d'aventure, que lui avait aussi légué son père, le porta dans les directions les plus éloignées de la médecine, dans le champ des spéculations industrielles, financières et d'économie politique, qui le mirent en conllit avec une foule de gens, sans compter le corps médical.

L'insuccès de ses spéculations amena une faillite, par suite son émigration en Ecosse, puis en Hollande, où, probablement pressé par le besoin, il vendit son secret à Roonhuvsen, accoucheur de la ville d'Amsterdam ; c'est là qu'il termina probablement sa vie agitée ; on n'a point de documents sur la date de sa mort, ni sur le lieu de sa sépulture. Les Drs Paul et John Chamberlen 3" et 4^ fils du Dr Pierre, aussi en possession du secret, comme leur frère Hugh, pratiquèrent de même les accouchements, mais on n'a point de renseignements sur eux, ni sur leur frère Pierre (IV|.

Hugh H Chamberlen, le fils de Hugh I, eut une éducation très soignée, fut reçu magister artium et 7)i' en méd. a Cambridge, le '3o octobre 16S0, après avoir fait ses études à Leyde. Il mena une vie tranquille, fut très considéré et aimé; il fut élu plusieurs fois Censor du collège des médecins^ était un accoucheur distingué et un médecin très recherché par la haute société de Londres, il était lié d'amitié avec des personnages de la cour, surtout avec le Duc et la Duchesse de Buckingham; û mourut subitement dans leur palais le 22 juin 1728. La duchesse lui fit ériger à l'abbaye de Westminster un monument qui y existe encore, et que les touristes visitent, croyant que c'est celui de l'inventeur du forceps. Parmi ses frères, il en est un qui porte le nom de Pierre (V) mais dont il n'est point parlé.

Avec Hugh II s'éteint la branche mâle de la famille Chamberlen. AvELiNG pense que ce fut lui qui, dans une pensée de réconciliation avec le corps médical, avec lequel la famille avait vécu en guerre pendant plus d'un siècle, aurait révélé le secret, car sa divulgation coïncide avec les dernières années de sa vie, et concorde avec la noblesse de son caractère; toutefois il n'en a pas une preuve directe.

Il y avait réellement dans la famille un moyen secret, qui, outre l'habileté incontestable de plusieurs membres, donnait à son heureux possesseur un avantage considérable sur ses confrères, car comment admettre, sans cela, qu'un étranger, fugitif, sans fortune ait pu avoir été appelé comme accoucheur à la cour d'Angleterre, et que les membres de la fimille aient pu se maintenir successivement pendant plus d'un siècle dans cette situation éminente. Ce moyen secret est connu positivement depuis 181 3, c'est le forceps, comme on le verra plus tard.

Mais reste une dernière question qui n'a pu être résolue que par les travaux d'AvELiNG, et qui est celle-ci : quel a été, dans la famille Chamberlen, le véritable inventeur du forceps? La réponse à cette question se trouve dans l'introduction de Smellie, mais elle n'a pu être comprise qu'aujourd'hui ; en effet Smellie dit : (Introd. p. 5j, trad.fr.) « Aucun des forceps n'avait les avantages de celui dont se servaient les Chamberlen, dont ils attribuent la découverte à leur oncle ». Cet oncle, qui, sans l'arbre généolo^ique, n'a pu être trouvé, ne peut-être que Pierre I, l'aîné, frère de Pierre II, père du Dr Pierre (III). Ce fut aussi le premier qui eut une charge (Aveling, p. 8) à la cour d'Angleterre; comme en 1614 il émarge déjà comme tel, £. 40, on peut dire qu'à cette époque l'instrument était inventé.

Obs. — Voy. : * The Chamberlens and ihe midwifery Forceps. Memorials of the Family and an Essay on tlie invention of the instrument, by J. H. Aveling. M. D. F. A. (avec l'épigraphe « heec sunt otia nostra). Lond., J. et A. Churchill, 1882, in-8°. With illustrât. *D'' BuDiN, Bullet. de thérap., CIX, p. 356- — D/e Chamberlens Gesch. Ski^^enach J. H. Aveling. Von D'' M. Saenger. A. f. Gyn., XXXI, p. 119. — Les Chamberlen, Jean Palfyn, le Forceps (avec la trad. de l'esquisse de Saenger), par F. J. Herrgott. Ann. de Gyn., 1888.

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