Hugh Chamberlen et les accoucheurs hollandais
Par suite de la chute du roi Jacques II du trône d'Angleterre, en décembre 1688, et de sa fuite en France, Hugh Chamberlen, partisan du roi, quitta l'Angleterre, et se réfugia en Hollande (on a vu plus haut un autre motif de cette fuite), et arriva à Amsterdam. Il donna pendant quek]ue temps des leçonssur les accouchements, et entra en relations d'amitié avec Henry van RooNHuvsEN qui pratiquait la chirurgie et les accouchements (voy. § 82). Il vendit à celui-ci son secret à un prix très élevé (1693), et plus tard, le chirurgien Boeckelmann, et le célèbre anatomiste Ruysch furent aussi mis en posseesion du secret. Par suite d'un traité, en date du 21 mars 1709, Joh. de Rruin et Plaatmann eurent aussi connaissance de ce secret : ce dernier le transmit à son fils qui le vendit à van Dieden accoucheur à
Utrecht. De Bruin le céda à R. Boom pour une somme considérable. C. BocKELMANNtransmit le secret à sonfils André, qui levendit à Alb. Titsing et à Herm. de Moor. On voit quel prix les accoucheurs hollandais attachaient à la possession de ce secret, comme moyen de s'enrichir, en raison d'un décret publié parle collège médico-pharmaceutique d'Amsterdam, qui faisait défense à tout accoucheur de se livrer à la pratique de son art, sMl ne pouvait prouver à ses examinateurs qu'il était en possession du secret, quelesexaminateurs offraient delui vendre; cela souleva une indignation générale, contre ce qu'OsiANDER appelle une « corporation d'escrocs » (« Prellgide n). Enfin Jac. de Vischer et Hugo van DE PoLL achetèrent le secret de Gertrude, fille de Joh. de Bruin, qui avait épousé Herm. van der Heide, et le publièrent en 1753 ; ce secret, qui consistait en une simple tige rigide en fer, plate et courbée à ses deux extrémités, est connu sous le nom de « Levier «.
Moyennant cet instrument, une tête enclavée devait pouvoir être mobilisée et extraite sans préjudice pour l'enfant. Il était vraisemblable, et il a été prouvé depuis, que ce levier n'était pas le seul instrument dont les Chamberlensc soient servis dans leur pratique; deux autres hollandais, Rathlaw et Schlichting, ont, avant la vulgarisation du levier par Jac. Vischer et H. van der PoLL, décrit des instruments, que Rathlaw tenait de van der SwAM, un élève de Roonhuysen, et Schlichting d'un élève de Ruysch; les deux concordent, et témoignent d'une origine commune; ce sont deux tiges plates en acier, couvertes de cuir, qui, réunies, représentent une pince, et peuvent de plus servir comme moyen de dilatation. Titsing raconte que Roonhuysen se sert aussi de deux cuillers en corne pour saisir la tête sur les côtés, et qu'il l'attirait ainsi. Sansentrerdans le litige entre Boeckelmann, Plaatman et autres, contre Rathlaw, sur la possession du véritable secret de Roonhuysen, on peut dire avec une entière certitude que les accoucheurs hollandais ont été mis par Chamberlen en possession de son secret. Il ressort des recherches historiques poursuivies en Angleterre, sur la nature de ce secret, et aussi des
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 25 3
succès de la méthode, que Chameerlen possédait vraiment le forceps, et non un simple levier, toutefois il est permis d'admettre que Chamberlen et d'autres aient pu, dans certains cas, n'avoir fait usage que d^une branche comme d'un levier.
Entin, ceux qui, moyennant une somme considérable, ont acheté le secret de Chamberlen Pont-ils transmis généreusement à leurs successeurs dans l'état complet, ou ne l'ont-ils faussement donné qu'en partie? C'est ce qu'on pourrait présumer, puisque les procédés indignes de Chamberlen autorisent cette supposition.
Obs. I. — L'évêque Burnet, historien anglais, parle dans son * History of hisown tîme,vo\. I.Lond., 1724, in-fo, p.752,d'un Chamberlen « The man midwife, who was always ordered to attent the labour of the Queen (l'épouse de Jacques II) and who brought the plaisters for butting back the milk ». Il s'agit sans aucun doute de Hugh. Les relations qu'il avait avec la cour de ce souverain l'ont forcé à fuir en Hollande cette année même.
Obs. II. — Pour la question du secret de Chamberlen-Roonhuysen consultez les livres suivants : Het berngte Geheim in der Vroedkunde von Rogier Roonhuysen ontdekt en uitgegeven op hooge order door Jan Picter Rathlaw, Vrouedmeester. Amsterd., 1 747, in-8" (Rathlaw avait été refusé par la commission d'examen à Amsterdam parce qu'il ne connaissait pas le secret).
* Klaat^e Bewy^eji dat het berugte Geheim in de Vroedkunde van R. Roonh. ondekt en uytgegeeven door J. P. Rathlaw volstrekt vais, en het Instrument, daar in a/gebeeld, in ordinaire gevallen absolut omit en in demoeijelykste Baringe ten uyterste gevaarhjkvoor de Moeder endodelj^kvoor't Kindis.Amsx., 1747, in-8° (Publié par les accoucheurs d'Amsterdam qui prétendaient être seuls en possession du secret de Roonhuysen).
* Embryulcia nova détecta of eene heel niemv en onbekende, dog nuttige Behandelinge, in demeestemoeielyke Baaringen op 't spœdigste te helpen, certyds gelukkig geoffent dor Roonhuysen ; maar van den\elven en ^yne navolgers over de 5o jaaren heel bedekt gehouden. En nu ondekt beschreven en in Plaaten vertoont.^ etc. door Joh. Dan. Schlichiing. Amsterd., 1747, in-8"» (contient d'importants documents sur l'histoire du secret, et met au jour dans leur nudité la rapacité et la conduite indigne des accoucheurs hollandais).
* Diana ontdekkende het Geheim der Dn^aa^en, die \ig Vroedmeesters noemen. Ter Eeren van Chirurgia geschreeven door
A. TiTSiNG.Te Amsterd., i/So, in-40 (contient une critique sévère de la conduite indigne du collège médico-pharmaceutique d'Amsterdam et de son président D"^ Rokll, successeur de Ruysch. Surle secret de Roonhuysen. on lit : p. 100 et p. 754, « Mr Rogier (RooNH. ) f^ebruikte hier toe tvvee lepels, gemaakt iiis Koeijehoorn etc. ir hebbcn 7 figiir van een Met^elaars pannestryker {irneWe de maçon). De\e lepels plaatste hy dee een aan de eene, en de andere aan de andere :{yde van't hoofd, xvaar mede hy V kind fonder te kj-rets^en verloste »).
* '7*. geklemd Honjd gered : door Paulusde Wind Operateur van Zeeland en Vroedmeester te Middelbiirg. Te Middelb. (175 i) in-8° (également inventeur d'un instrument qui se compose de deux tiges plates en acier, partout de même largeur, et courbées de façon à s'adapter à la tête).
* Het Roonhuisiaansch Geheim, in de Vruetkunde ontdekt ; tegen de Weederst\eevers verdedigt ; en vcrder voltoit door de byvoeging der Beschryving van de Wj'sen, naar welken allen, de RooNHUYsiANscHE Vroedmeesteren ^yti gejpoon te jperken ; waar agter, behalven de nodigeBylagen bygevoegt \yn een Voorreden van Huig Chamberlen, en eenige Vroedkundige Aanmerkingen van Willougby; door Jacobus de Visscher en Hugo van DE FoLL, Stads Docktoren te Amsteldam. TeLe'iden, 1754, in-S". Il y a un extrait en français * Extrait du secret de M. Roonhuysen, etc., trad. par G. ï. M. (Morand), 1756, in-S".
* Brief an den Heere van *** bevattende eenige Aanmerkingen en Wederîegging op en van het Werk uitgegeven door de Heeren J. DE Visscher en Hug van de Poll, door J. P. Rathlaw. Amsterd., 1754, in-8° (L'auteur si violemment attaqué dans l'écrit de Visscher etde van de Pool, se justifie dans cet écrit, et montre que son instrument, qu'il a fait connaître en 1747, a été réellement mis en usage par Roonhuysen et n'était pas un levier.
Enfin, un écrit postérieur de Robert Bland contient beaucoup de choses qui ont trait au sort du secret de Chamberlen en Hollande : S orne Account of t lie invention and use of the Lever 0/ Roonhuysen, 1790, dans : * Médical communications^ vol. H. Lond,, 1790, in-8°, p. 397.
§ 107. — Sort du forceps en Angleterre. Drinkwater. Chapman.
Giffard.
Pendant que l'instrument de Chamberlen, transporté sur le continent, y donnait lieu aux polémiques dont nous avons fait l'analyse, qui ne pouvaient dissiper les ténèbres dont cette inven-
DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIir SIECLE 2DD
tien restait enveloppée, on était réduit à ne faire que des suppositions sur la nature véritable de l'instrument, que les inventeurs s'obstinaient à tenir secret. Il se passa un temps assez considérable en Angleterre, avant que les détenteurs du secret se décidassent à le divulguer. Il est hors de doute que quelques médecins en eurent connaissance, et en ont fait usage. D'après Johnson, un accoucheur anglais nommé Drinkwater, qui pratiqua les accouchements à Brentford depuis 1668 Jusqu'à 1728 (année de sa mort), s'était servi d'une pince qui ressemblait aux instruments qu'on a fait connaître plus tard, mais dont on ne possède point le dessin (suivant Mulder, p. 17). Il est fort probable que les accoucheurs anglais furent impressionnés, d'abord par les succès obtenus en Hollande, au moyen du secret des Chamberlen, depuis le voyage de Hugh dans ce pays, succès qui eurent en Angleterre un grand retentissement ; puis par des inventions analogues faites dans les Flandres ou en France, et qu'ils se décidèrent alors à ne pas garder plus longtemps le secret qu'ils possédaient depuis tant de temps. Dans les années 1733, 1734 et 1735, les accoucheurs anglais ont rompu le silence sur la nature de ces moyens nouveaux, et tirent connaître au public en quoi ils consistaient. Cest ainsi qu'EDMONo Chapman accoucheur à South-Halstead en Essex, puis plus tard à Londres, publia dans son Essay of Midwifej-y dont la première édition est de 1733 « That the secret 7nentionned byD^ CuAisiBERLE's was the use of/orceps, noiyp well knoxun by ail the principal men of the profession both in îown and countrj- » l'appelle « a fioble instrument » et donne d'excellents préceptes pour l'appliquer.
Par la description qu'il en fait, nous apprenons, qu'au commencement, les deux parties de l'instrument avaient été réunies par une vis, mais que l'expérience lui avait démontré qu'elle était inutile et même gênante, quand l'instrument dérapait, et que, par ce motif, il l'avait supprimée. Il n'entre pas dans des détails pour la description de son instrument, il en fit tracer une figure qui se trouve dans la 2" édition de son livre, car dans les Médical Essays^ p. 403, on lui avait reproché de ne pas l'avoir décrit
suffisamment. L'instrument se présente sous une forme parfaite (MuLDER, I, 11,12). Les cuillers sont fenêtrées, les branches sont croisées et munies de crochets dirigés en dedans. A rentre-croisement, il n'y a ni vis ni goupille, la jonction se fait simplement par une double encoche qui a été conservée dans les forceps anglais. Chapman s'est aussi servi d'une branche seulement pour dégager la tête (voy. cas 23). Un an avant la publication de la 2^ édition de Chapman (1735) où se trouve la figure de son forceps, Edward Hodv publia un certain nombre de cas d'obstétricie empruntés à la pratique, pendant une année, de "William Giffard (mort en 1731). Dans beaucoup de ces cas, Giffard, avait fait usage du forceps, qu'il appelle Extractor. dont la figure est jointe au travail (Mulder I, 9, 10). L'instrument ressemble au forceps de Chapman; les cuillers sont fenêtrées et arrondies aux bords, la jonction se fait simplement par emboîtement, sans vis ni goupille, et les branches se terminent par un crochet mousse dirigé en dedans. Sur la planche qui représente cet instrument, il y en a un autre : « The Extractor as improved by Mr Fkeke. surgeon to st Bartholomeji''s Hospital y> . Sur ce forceps, dont les cuillers sont également fenêtrées, les surfaces destinées à s^pliquer sur la tête sont plates, non arrondies, mais plus larges, le mode de jonction est le même que dans les précédents forceps, les manches se terminent par deux crochets dirigés en dehors, un mousse, l'autre aigu, mais dont la pointe est garantie par une plaque qu'on peut mouvoir comme une charnière. Au-dessous de la jonction, chaque branche est munie d'une charnière qui permet de la ployer en deux (Mulder, II, i-3), comme Saxtorph en a aussi muni son instrument. Giffard cite beaucoup d'observations, où l'on a fait le meilleur usage de son extractor (cas 14, 26, 27, 3o, 32, 33, etc.). Il n'a aussi employé parfois qu'une des branches pour faire avancer la tête (cas 140, i83). Ces trois forceps sont les premiers qui aient été publiés en Angleterre; il est toutefois regrettable que les auteurs ne donnent pas de détails sur la provenance de ces instruments ; mais il est hors de doute qu'ils dérivent du forceps de Chamberlen, quoique les auteurs y aient
fait quelques modifications, comme cela est suflfisamment indiqué pour le forceps de Freke, par le mot « improved ». Bien que ces instruments diffèrent un peu de ceux qui ont été publiés en Hollande, on ne peut méconnaître une origine commune^ car, en Angleterre comme en Hollande, on n'a, dans bien des cas, fait usage que d'une seule branche de l'instrument. Enfin Smellie, dans V introduction de son traité, dit qu'EoM. Chapman «h est le premier qui ait donné la description des forceps dont les Chamberlains avaient fait tant de mystère » (p. 64, de la trad. fr.).
Obs. I. — Chapman s'est efforcé, par un exposé simple, de restreindre l'emploi des instruments tranchants, et de montrer que la plupart des accouchements peuvent être terminés parla main ou le forceps ; il s'élève contre les obliquités utérines, admises par Deventer comme causes fréquentes de dystocie, et contre la situation de l'enfant dans la matrice telle que l'admettaient Guillemeau, Mauriceau et autres. L'enfant se présente-t-il par la tête : quand, dans ce cas, elle est profondément engagée, elle peut être extraite par le forceps, ou par le tire-tête de Chapman (filet), dont il ne donne pas la description; si la tête est très élevée, il faut pratiquer la version. Si l'enfant ne se présente pas par la tête, la version est indiquée ; il n'y a d'exception que pour la présentation des fesses, quand le siège est fortement engagé, dans ce cas, il peut être attiré moyennant les doigts appliqués comme crochets. Après l'exposé de ces principes, le livre de Chapman ne renferme que quatre chapitres : i) quand l'enfant se présente par la tète (il estime que la présentation de la face, quand celle-ci est dirigée vers un côté ou vers le pubis, indique une intervention opératoire): 2) il dit comment il faut pratiquer la version (en cas de nécessité il fait la version avec un seul pied) ; 3) il traite du placenta et de la délivrance ; 4) des hémorrhagies. Suit une série d'observations. Voy. * An Essay on thc Iniprovement of Midwifery, cliiefly xpith regard to the Opération. To jpic/i are added fifiy cases, selected Jrom iipwards of tn'enty-five years Practice. By Edmund CnxpiAxyi, Surgeon. Lond.,1733, in-S". Secund. edit. ibid., 1735. Third. edit., 1759, in-8". Trad. allem. d'après l'éd. 1735, * Copenhag. 1748, in-8° et * Magdeb. ur Helmstaedt, 1769, in-S'' sous le titre : Abhandlung \ur Verbesseriing der Hebammenkunst, vornemlich in Ansehnng der Opérât lonen. (Traité pour l'amélioration de l'art des accouchemens, particulièrement au point de vue de la pratique des opérations).
Obs. II. — Les cas de Gikkard se trouvent dans le livre sui-
vant : * Cases in Midnnfery. Wrîtten by the late Mr William GiFFARD Siu'i^eoJi and Man-AIidipife. Revis d and publisch'd by Edward Hodv. M. D. and Fe'llow of the l'oyal Society. Lond., 1734, in-4". On y trouve 225 cas qui comprennent les années 1 724-1 731. La date de la mort de Gikfard est indiquée p.5i8.
108. — Découverte des instruments de Chamberlen en Angleterre.
La découverte qui fut faite, en juin 181 3, dans la maison de campagne des Chamberlen, eut sur l'histoire du forceps la plus heureuse influence. Cette propriété située à Woodham, comté d'Essex, avait été achetée par le D"" Pierre (III) un peu avant 1628 (suivant Aveling), et est restée dans la famille jusqu'en 181 5, WiLH. Alexander l'avait achetée de Hope Chamberlen et léguée à la corporation des marchands de vin (wine cooper's compagny) ; c'est là qu'une dame Kembal découvrit, dans un appartement situé à la partie supérieure delà maison, une porte secrète donnant dans une chambre assez spacieuse, où se trouvaient plusieurs armoires. Dans l'une d'elles était une caisse renfermant une collection de vieilles monnaies, des gobelets, des gants, des éventails, des lettres du D^ Chamberlen à divers membres de la famille, et des instruments d'accouchements qui furent remis à M. H. H. Cansardine (le D*" Aveling écrit Carwardine) qui les présenta, le 18 mars 18 18, à la « Medico-chîrwgical Society» avec une notice sommaire sur leur découverte. Plus tard (i833), le D"" Edw. Rigby en publia une description complète et en fit faire des dessins. S'il pouvait rester du doute sur la nature des instruments inventés par les Chamberlen, l'examen de ces dessins le dissipe complètement; on y trouve des forceps et des leviers ; les branches des forceps sont fenétrées, elles se croisent, et à leur extrémité se trouvent des anneaux comme aux ciseaux; sur une des branches existe un pivot auquel s'adapte, et sur
DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIIl'^ SIECLE 2D9
lequel se meut l'autre branche. Sur un autre exemplaire, se trouve, sur chaque branche, un trou rond, à travers lesquels passe une ficelle de la longueur de 60 centini. qui peut entourer les deux branches et les fixer l'une sur l'autre. Trois forceps se terminent par des anneaux comme des ciseaux, un seul, que Rigby regarde comme non achevé, se termine en crochets aigus (i). Les leviers sont aussi fenêtres, les branches sont plus minces et présentent un degré de perfection supérieur à celui des forceps, qui, toute-
( I ) AvELiNG donne dans son livre, p. 220 une nouvelle description complète des instruments soigneusement conservés dans une vitrine h la Société de médecine et de chirurgie, que nous croyons devoir reproduire ici.
Il y a quatre formes d'instruments dont Aveling a donné la figure dans son livre, p. 220, et que nous reproduisons ici exactement.
FiG. I. —Forceps d'une structure grossière, une des cuillers mesure 3i cent. 25, l'autre 32 cent. 5; la longueur de la cuiller jusqu'à la jonction des deux côtés 20 cent. Longueur des fenêtres, dans l'une 12 cent. 5, dans l'autre 20 cent., un des manches mesure Il cent. 25 de longueur, l'autre 10 cent. Les deux se terminent par des crochets massifs courbés en dehors. Les deux moitiés de l'instrument sont unies moyennant une vis, dont la tête (jvale est lisse, quant l'instrument est fermé les extrémités des cuillers se touchent. « Cet instrument, dit Avelinc, ext sans aucun doute le premier forceps, dont dérivent toutes les formes de cet instrument en ce moment en usage.
Fie. 2. - Forceps long de 3o cent.; longueur jusan'U la jonction, 23 cent. 75 : longueur des fenêtres : dans lune des cuillers 20 cent., aans l'autre i3 cent. 12; largeur de la fenêtre, dans la première, 3 cent. 1/2, dans l'autre, 2 cent. 8. Les manches ont une longueur de 8 cent. 12 et sont contournés en anneaux, qui admettent commodément deux
fois, dit RiGBY, ne sont pas mal fabriqués. Tous les forceps sont droits. Ces instruments ne laissent plus subsister le moindre doute sur la nature des instruments inventés par les Chamberlen. Ils prouvent que les hollandais ont reçu des Chamberlen le forceps et le levier, que les anglais, succédant immédiatement aux Chamberlen employaient aussi. Toutefois, il est surprenant que les instruments, que les hollandais ont fait connaître plus tard, aient si peu de ressemblance, comme forme, avec ceux découverts en Angleterre, bien que la manière de les employer fût la même, On pourrait presque croire que Chamberlen n^a pas communiqué son secret en entier aux hollandais, si on n'était autorisé à penser aussi que ses successeurs ont cherché à y apporter des
doigts d'un côté, le pouce de l'autre. Les deux moitiés de l'instrument sont réunies par une tresse, qui, à une extrémité, est armée d'un nœud, à l'autre d'une pointe.
FiG. 3. — Instrument d'une longueur de i8 cent., identique au précédent, les fenêtres sont d'égale longueur {i5 cent.), larges de 2 cent. 5.
FiG. 4. — Fo 12 ce
— l'orceps solide long de 32 cent. 5. Longueur des cuillers jusqu'à la jonction, nt. Longueur des fenéfres, 12 cent. 5; largeur 2 cent. 5. Les manches sont en anneaux, la )onction des deux cuillers se fait par un pignon solide dans une branche, une ouverture ronde de l'autre. Quand l'instrument est fermé, les cuillers restent éloignées a 1 extrémité de 3 cent. 12.
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIIl* SIECLE 26 I
perfectionnements dont les hollandais n'ont pas eu connaissance, car on ne peut méconnaître la supériorité des instruments trouvés à Woodham et des forceps de Chapman, 173?, Freke et GiFFARD, comparée à celle des instruments publiés en Hollande. La ressemblance de ces forceps anglais avec ceux des Chamberlen trouvés à Woodham ne laisse aucun doute sur leur commune origine, et assure aux Chamberlen l'honneur de cette invention, bien que la persistance à en garderie secret et le trafic qui en fut fait méritassent un blâme sévère. Cestavec raison que VAN SwiETEN, dans le commentaire des aphorismes de Boerhaave (t. IV, art. i3i6), prononce ces paroles : '< Quantam ergo cladem intulerunt humano generi. qui arcanum hoc texerunt 1 »
A côté de ces voix sévères, il convient de citer ici quelques lignes de la préface du livre d'AvELiNG, empreintes d'un sentiment élevé de justice : « The Chamberlens hâve been unmercifuUy censured for having kept the invention of the midwifery forceps a family secret, but it is net fair to judge members of our profession who lived two hundered years ago, by the code of ethics wich médical men now accept». (F.-J. H.)
Obs. I. — La première notice sur les instruments trouvés à Woodham se trouve dans * Medico-chiriirgical Transactions piiblischd by the médical and chirurgical society of London, vol. IX. Lond., 18 18, in-8°, p. 181. « Brief notice presented to the medico-chiriirgical Society ipith the original obstetric Instruments ofthe Chamberlin's. By H. H. Cansardine Esq. Kead. March 17, 1818. Voy. ausû^Medic-chir. Zeitung, i8ig. Salzb. I Bd, p. 109. Les instruments sont décrits plus complètement et représentés dans * The Edinburgh medic. and siirgic. Journal, t. XL, i833, in-8°, p. 33g. « Description of the midivifery instruments o/D^ Chamberlen, yoz^;zci at Woodham, Mortimar-Hall, near Maldon, Essex. 18 18. by Edward Rigbv M. D. Voy. * Ed. Gasp. Von Siebold's Journal f. Geb., t. XIII, p. 540, 1834. Arch. de Tocologie, lettre à M. le Prof. Depaul par F. J. Herrgott, III, P- 5i5, 1876. A critical Essay on the invention ofthe Midivifery forceps. Aveling, ouv. c, p. 21 5, avec fig. (nouvelle étude et nouvelles figures de ces instruments). Les Chamberlens. Obstétrique et gynécologie., par P. Budin, v. in-S^. Paris, 1886, p. 639.
Obs. II . — L'obstination des Ch.\mberlen à garder le secret,
Tofire de le vendre à Piiris, ont excité la colère de Douglas qui n'a pas ménagé même Chapman. Voy. son : « A short account of the siiccess of Midijnfej-y in London and Westminster ». Lond., 1736, in-S". Chapman publia une réponse: « Replie to Douglas s short account of the state of Midii^ifeiy at London^ iJ^J, in-8".
% 109. — Jean Palfyn.
Une autre voie, pour arriver à la connaissance de l'invention et à la vulgarisation du forceps, nous conduit à Paris et à la ville de Gand, dans les Flandres. Dans cette dernière ville, vivait au commencement du XYlll^ siècle, un anatomiste et chirurgien du nom de Jean Palfyn, que son zèle pour la science amenait souvent en Hollande, en Angleterre et à Paris, où, suivant Portal, il avait une demeure. Les excellents résultats qu'on obtenait en Hollande, et surtout à Londres, par une méthode nouvelle le décidèrent sans aucun doute à découvriras traces de la méthode mystérieuse; c^est ainsi que, vers 1717, il présenta à l'Académie des sciences de Paris un instrumentpour extraire une tète enclavée dans le bassin (voy. plus haut | 74). L'académie approuva, en 1723, l'instrument qui lui avait été présenté. Malheureusement on n'en trouve nulle part la description; toutefois, Levret dit {Ace. labor, p. 82) « que Palfyn en fit faire plusieurs, qu'il céda à différentes personnes à Paris ». Tl ne mérite donc pas la malédiction que de la Motte prononce contre lui (croyant que lui aussi en faisait un secret). Il faut ajouter que L. Heister décrit l'instrument dans la 2^ édition allemande de sa C/z/rz/r^ie, parue en 1724, et qu'il représente pi. XXV, fig. 5, une des cuillers de l'instrument qui venait de lui être envoyé, et montre la manière de l'employer. Paul de Wind vità Paris, en 1734, chez son maître Grégoire, un exemplaire du « Tire-tête >) de Palfyn, qui, d'après de Wind n'aurait pas été employé par Grégoire. L'instrument de Palfyn se compose de deux bras; sur des manches en bois s'ajustent deux cuillers en acier avec une forte courbure et sans
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIIie SIECLE 203
fenêtre ; les branches ne se croisent pas et ne s'articulent pas entre elles. Gilles le Doux, chirurgienà Ypres, qui prétendait avoir inventé cet instrument, avait uni les deux bras moyennant un ruban (Levret), plustard, un autre accoucheur qu'onnenomme pas, et que Levret ne connaît pas, ajouta à l'une des branches un petit crochet mobile pour unir les deux ensemble. Levret parle d"un troisième mode de jonction qui consistait « à faire au corps de chaque branche, à la racine de la courbure des serres, un entablement à mi-fer pour joindre ces pièces à volonté par le moyen d'une vis à large prise qui les assujettissait fermement ensemble, en engrenant ses pas dans ceux des trous taraudés qui étaient pratiqués au milieu de ces entablements ». Les imperfections de l'instrument sont visibles pour tous ceux qui aujourd'hui Texaminent, elles avaient en partie été reconnues par les contemporains, delà de nombreux changements qui se sont produits peu après sa vulgarisation; Palfyn avait même imaginé d'ajouter une troisième cuiller pour pouvoir mieux saisir la tête de Penfant(LEVRET). Palfyn n'en mérite pas moinsdesélogespouravoir fait part à tous de son invention, et avoir ainsi fourni aux accoucheurs l'occasion d'améliorer cet instrument et, pour atteindre son but, d'y ajouter ce qui lui manquait. Cet état transitoire ne fut pas de longue durée, car, comme nous l'avons déjà dit, les anglais arrivaient avec leur invention, et bientôt les français inventèrent aussi des forceps perfectionnés quMls livrèrent au public.
Obs. I. — La source principale des informations sur l'invention de Palfyn se trouve dans l'écrit de Levret : * Observations sur les causes et les accidents de plusieurs accouchements laborieux. Paris, 1747, in-8% p. 82 ; 2'^ éd. 1750; 3° éd. 1762 (même pagination dans les trois édit.). Levret raconte : « qu'il y a environ trente ans (1747 — 3o= 17 17), que Palfyn, chirurgien de Gand, vint à Paris poury faire imprimer son Anatomie; il présenta, en ce temps à l'académie des sciences, un instrument pour tirer, par la tête, les enfants enclavés au passage ». L'académie (non la Faculté comme dit S.), à laquelle Palfyn avait aussi offert son livre, donna pendant l'été de 1723, son approbation à cet instrument; on peut regarder cette date comme celle de la publication de l'instrument,
et cela concorde parfaitement avec le passage de de la Motte qui a été cité plus haut. En 1724, L. Heister, à Helmstadt, eut connaissance de la méthode de Palfyn. Voy. Sa * Chijiit^gie, 2^ éd. allemande. Niirenb., 1724, in-4°,p. 738 et Tab. XXV, f. 5 (in éd. latina, 1750, t. II, p. 1019. Tab. XXXIII, fig. 16), même planche dans la 6^ édition latine de (1737). C'est à ces descriptions qu'on est forcé d'avoir recours pour se faire une idée de Tinstrument de J. Palfyn, attendu que lui-même n'a rien publié. En raison des relations nombreuses de Heister avec la Hollande (il avait étudié à Leyde en 1706, avait pris du service militaire en 1707, visité cette année Palfyn à Gand, et fut rendu à sa patrie allemande en 1710, par sa nomination à Altorf), on peut bi«n admettre qu'il lui ait été envoyé un exemplaire du forceps par Palfyn lui-même, (cumquoamiceolimin Belgiovixi. Heister, t. lI,p.98o(éd.i75o). La collection des instruments de Heister passa plus tard entre les mains de Langenbeck à Gottingen, et, parmi eux se trouve cet exemplaire du /o}' cep s de Palfyn, auquel Heister fit une modification qu'il décrit dans l'édition latine de sa Chirurgie. Ne pouvant rien obtenir avec ces cuillers séparées (Palfyniana ferramenta), il imagina de réunir les cuillers à leur extrémité, moyennant un bouton, mais sans réussir davantage, voy. éd. 1750, t. II, p. 981. L'auteur de ce livre a obtenu de Tobligeance de son très honoré collègue Langenbeck communication de ce précieux instrument, qu'il a représenté dans ses « Abbildungen »,etc., i835, pi. LVII, fig. I (Palfyn-Heister). Mulder, dans son Histoire dufoi'ceps (éd. lat. p. 20, éd. allemande, p. 20), doute de l'authenticité de la figure de Heister, sans indiquer le motif, de son doute. L'auteur possède encore un autre exemplaire du forceps de Palfyn, copié d'après l'original qui existe à Leipzig, et quiconcorde parfaitement avec l'exemplaire de Heister. L'exemplaire de Leipzig est celui qui, déjà en 1735, paraît dans la dissertation de J. V. Harttramfft, * De non différencia secundinarum adhaerentium extractione, in-4°. Il est représenté sur le frontispice original, en haut et à gauche, et plus tard encore, dans une autre dissertation de Leipzig de A. Heins prœs. Hebenstreit : De capitonibiis laborioso partit nascentibus, 1743. Voy. * Alb. V. Haller, Dispiit. anat., vol. VI, p. 333. Sur Heister et son séjour en Hollande, voy. : * Chr. P. "Leporin, où l'on trouve une notice sur la vie de L. H, et une liste complète de ses ouvrages, Quendlinb, 1726, in-40, p. 9 et suiv. Voy. encore Heisteri, memoriadans* Nova acta physic-medic. acad . Caes. Leop. Carol. t. II, Norinb., 1 76 1 , in-4°. Append., p. 453 (Heister, le père de la chir. allemande, depuis 1720, Prof, à Helmstadt, mourut le 18 avril 1758).
Obs. II. — Sur P.\lfyn voy. : Portal, Hist. de Vanat.^ etc.
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 265
t. IV, p. 289 et HuTCHiNsoN. Biogr. medic.,\o\. II. Lond., 1799, in-8°. p. 197. Il mourut en 1730. De ses écrits il faut mentionner: * Description anatomique des parties de la/enime, qui servent à la génération ; avec nn traité des monstres, etc. Leid., 1708. in-4°. Il a encore écrit une Ostéologie (en hollandais), et une Anatomie chirurgicale. * Ed. franc. ^ 1720, chez Guil. Gavelier, à Paris. La pubîication de cet ouvrage à Paris a été l'occasion de ses voyages, pendant lesquels il fit sa communication à l'Académie des sciences. Ges deux ouvrages ont eu plusieurs éditions, parues après la mort de l'auteur.
Obs. III. — Sur l'instrument vu chez Grégoire par P. de Wind, celui-ci écrit : « Ik had ook obgemerkt dat gemelde Tire-tête vrywat met roest besmet n>as ; ^oo dat ik iiit het een en 'tander besloot, dat Grégoire een Werktuig, 't geenhyons tôt dat gebruik aanprees, éditer :{elfnooit meer gebruikte, buiten twyfel doordien :{yn E. under vondeJi had , dat het ' er met bekti^aam toetpas-o * 'T geklemd hoo/d geredt, p. 3.
§ iio. — Dusse. Alexandre Butter.
L'imperfection de l'instrument de Palfyn, qui se révélait particulièrement dans la forme des cuillers, et le mode de jonction des branches après leur application, devait, peu après sa publication, nécessiter des modifications et des perfectionnements. Palfvn lui-même avait reconnu certaines défectuosités, et cherché à les éviter, en inventant une troisième cuiller, qui n'améliorait pas son instrument. Un accoucheur français, nommé Dusse, avait allongé les cuillers pour éloigner leur jonction des parties génitales; les branches sont croisées, les cuillers excavées à leur extrémité, pour qu'elles ne blessent pas la tête de l'enfant, une vis permet de fixer une branche sur l'autre à deux places différentes, et d'allonger ainsi les cuillers; les manches se terminent par des crochets dirigés en dehors ; de celte façon le forceps, qui dans les exemplaires de Palfvn différait notablement des forceps anglais, commençait à s'en rapprocher ; l'instrument de Dusse, ainsi modifié, fut assez remarquable pour ctre décrit même en Angleterre, par Alexandre Butter d'Edimbourg, dans ses « Med-
Essays «, t. III, tab. V. fig. 4, Edimbourg, où l'on en trouve la première description. Peut-être ses compatriotes furent-ils ainsi excite's à ne pi^s garder plus longtemps leur secret ? En tout cas, c'est peu après que Ghapman fit connaître le forceps anglais (voy. plus haut).
Obs. — Sur le forceps de Dusse, voy. : The description of a forceps for extracting children by the Head, yphen lodgetloip in the Pelvis of thcMother, by Alex. Butter, Surg. in Edinb. in : « Médical Essays and Observations by a Society in Edinb. », vol. III. Edinb.. i735,in-8°, p. 32o. — Levret, ouv. c, p. 90. — P.\.ULDE WiND, ouv. c, p. 3. (Dusse mourut à la fin de 1734, ou au commencement de l'année suivante, cela ressort de ce passage.)Voy. encore sur DussÉ*/fî5?. delAcad. roy. des sciences. Ann. 1724. Paris, 1726, in-4°, p. 3-. Il avait présenté à l'académie un mémoire pour indiquer l'efficacité des frictions circulaires, sur l'utérus à travers les parois abdominales, dans les hémorrhagies.
§ III. — Conclusions.
L'invention et la vulgarisation du forceps devaient exercer une influence considérable sur la pratique des accouchements, car la médecine opératoire obstétricale s'était enrichie d'un moyen, qui pouvait produire le meilleur résultat, dans les cas où son emploi était indiqué. L'instrument était encore loin de la perfection, bien des améliorations devaient le transformer pour qu'il répondît complètement à son but; les règles de son application devaient être posées avec plus de précision, pour éviter tout accident dans son emploi; avant tout, aussi, il était nécessaire de bien préciser les cas où il devait être employé, pour qu'il pû^ rendre tous les services qu'on était en droit d'attendre, et inspirer la confiance qu'il mérite. Le premier essai malheureux de Chamberlen à Paris démontrait clairement où pouvait conduire la méthode nouvelle, quand on en faisait usage dans des cas où elle n'est pas indiquée ; il eut un autre effet encore, celui d'exciter la défiance en France, de retarder son emploi dans ce pays, alors
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII® SIECLE 267
qu'en Angleterre et en Hollande il était employé depuis longtemps. Mais bientôt, devaient se réaliser, en France aussi, lesespérances que ce bel instrument avait fait naître, et. dès le milieu du XVI IP siècle, les accoucheurs français, auxquels la science était redevable de tant de progrès, stimulés par leur zèle et leur esprit inventif reprirent leur place, qu'ils avaient si honorablement occupée. Les anglais ne restèrent pas en arrière, et si le premier accoucheur français s'était particulièrement proposé, dans ses recherches, d'améliorer le côté opératoire^ où il avait fait des progrès considérables, l'émule de Levret en Angleterre s'etïorçait de suivre plus particulièrement la voie tracée par la nature, par laquelle il arriva aussi aux plus beaux résultats, si bien, q ue les efforts réunis de ces deux écoles produisirent un bien immense. Exposer les résultats réalisés par ces instruments nouvellement inventés, et les mérites de ceux qui y ont pris part va maintenant être l'objet de notre étude, mais nous devions naturellement la faire précéder de l'histoire de l'invention de l'instrument qui a opéré dans la science cette transformation si considérable.
P 112. — Les deux Grégoire, père et fils, à Paris.
A toutes les époques, il s'est trouvé des hommes qui ne se sont senti aucune vocation pour transmettre, par des écrits, à la postérité, la renommée qu'ils s'étaient acquise par leurs travaux ; bien qu'ils eussent fait tous leurs efforts, pendant toute leur vie, pour se rendre utiles à l'humanité, surtout en forma nt des élèves. C'est dans les livres de ces derniers que le mérite des maîtres peut eire apprécié ; ils nous ont appris ce que ceux-ci ont négligé de nous dire. C'est à cette catégorie d'hommes qu'appartiennent les deux Grégoire, père et fils, qui ont vécu et pratiqué à Paris dans la première moitié du XYIII» siècle. Grégoire le père prit une part très active à l'invention du forceps par Palfvn, et s'efforça, par ses modifications, de le rendre plus utile et plus pratique. Les améliorations apportées à cet instrument
par le père, n'ont cependant pas dû avoir répondu à ses efforts, puisque l'instrument primitif de Palfyn ne fut que peu modifié par lui ; le fils continua l'œuvre du père, après qu'on eut eu connaissance du forceps anglais. Le forceps de Grégoire fils a les cuillers fenetrées ; les branches sont croisées, et la jonction se fait avec un pivot et entablure, les branches se terminent en crochets dirigés en dehors ; il est tout en acier, et se présente comme un instrument presque parfait; il doit être regardé comme le type du forceps français. Paul de Wind, qui était chez Grégoire en 1734, n'a pas vu ce forceps, mais de l'examen qu'il eut occasion de taire du « Tire-téte » de Palfyn, il a conclu que Grégoire ne s'en servait plus (car il était rouillé « very wat met roest besmet was », voy, § 109, obs. III). Phil. Ad. Boehmer en fit la description dans sa dissertation et en publia le dessin (1746), après avoir vu son maître Grégoire en faire usage en 1739; il emporta l'instrument en Allemagne. Cornel Plevier l'introduisit en Hollande^ il le préféra au forceps de Dusse, et accordait de grands avantages aux fenêtres des cuillers (p. 120, ouv. c). Peu à peu disparurent de la pratique les forceps non fenêtres, car on constatait de plus en plus l'avantage du fenêtrage des cuillers. Le mérite d'avoir introduit cette modification en France appartient tout entier à Grégoire, et son instrument est le premier que l'Allemagne ait connu, par la description et le dessin de l'écrit de Boehmer. L'étendue de la pratique obstétricale de Grégoire et de son fils peut être appréciée par une communication que fit Grégoire (sans doute le père) à rAcadémie de Paris (Mém, 1724), où il dit que dans l'espace de 3o ans il a observé dans sa pratique 16 fois des ruptures utérines, et que dans un cas, il a, à travers la rupture, passé la main pour aller à la recherche des pieds de l'enfant qu'il a trouvés appliqués contre le diaphragme.
Obs. — Les écrits dans lesquels il est fait mention des deux Grégoire sont :
* Hist. de VAcad. roy. des sciences. Ann. 1724. Par., 1726, in-4'', p. 36, obs. IV et V (Ruptures utérines).
DEPUIS L^INVENTION DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII*^ SIECLE 269
* Phil. Ad. Boehmer, Disguis, de iisii et prœstantia forcipis anglicanœ in partu dij/icili^ ex situ nascendi capitis., intra ossa pubis immobiliter haerentis. dans R. Manningham, Artis obstetr. Compend. denuo editum. Hall., 1746, 111-4" (Dans cette édition de M. se trouve ajoutée la dissertation dans laquelle est décrit et représenté le forceps de Grégoire jeune, et on y trouve quelques notices sur Grégoire le père, p. 157).
* De ge':{iiiverde Vroedkonst, etc. door Cornelis Plevier. Met een nadere Vorberigt d. J. D. Schlichting, Te Amsterd., 1731, in-4" (œuvre posthume, Plevier était mort en 1750. Voy. sur Grégoire p. 1 19 et suiv.).
* ' T geklemd hoofd geredt. d. Paul de Wind, p. 2 et p. 3o. Dans ce dernier passage, Grégoire, le père, est représenté comme un ami de Palfyn, qui a bien pu lui avoir donné un exemplaire de son instrument.
§ ii3. — Jacques Mesnard.
Le premier livre d'accouchements publié en France, depuis la vulgarisation du nouvel instrument, et qui lui accorda toute son attention, est celui qu'écrivit en 1743 un chirurgien et accoucheur de Rouen,. Jacques Mesnard. Le livre est disposé par demandes et par réponses, pour devenir ainsi très intelligible et répondre au but qu'il expose dans sa préface: écrire pour les « sagesfemmes sans étude et sans lettres, et pour les chirurgiens qui sont paresseux d'étudier ». La forme populaire du livre est ainsi excusée, et la critique ne doit pas trop s'y arrêter.
L'ouvrage se compose de onze chapitres, dont le premier, qui est très bien, est consacré à la description des organes génitaux de la femme. La description du bassin (« le bassin de l'hypogastre des femmes ») est très claire, elle arrive après la description des os; l'auteur dit que les pubis ne se séparent pas pendant Taccouchemcnt, cela n'est pas possible, et ne pourrait se produire qu'à la suite d'une séparation des os iliaque d'avec le sacrum, qui entraînerait une paralysie chez toutes les accouchées. La cavité pelvienne a aussi été l'objet d'une attention suffisante, du reste, elle a été de plus en plus étudiée par les accoucheurs. Le deuxième
et le troisième chapitre renferment un exposé sommaire des maladies des femmes, et de leur traitement, qui sont exposés plus longuement dans le troisième chapitre, dontletitre est : « Maladies qui attaquent les filles et les femmes qui ne sont point enceintes », toutefois, on ne trouve de'critesque quelques maladies de l'utérus et du vagin. Dans le quatrième chapitre, l'auteur traite de la conception. Il admet 1' « aura seminalis », enseigne les signes delà grossesse, et les règles hygiéniques de cet état, il recommande beaucoup les lavements, la saignée et les purgatifs. Dans le cinquième chapitre, sont décrites les maladies des femmes enceintes, et, dans le sixième chapitre seulement, les accouchements, en commençant par l'accouchement normal. L'enfant est en situation normale, quand il se présente par la tête, la grande fontanelle dirigée en arrière ; l'auteur décrit et figure pi. XI un « lit de camp pour accoucher les femmes » qui est bien disposé, et répond aux besoins de la situation, seulement la parturiente devra y occuper la position qui est toujours celle du XVI^ siècle, les talons appliqués sur les fesses, position très fâcheuse. Parmi les moyens auxiliaires, l'auteur recommande de repousser l'orifice utérin au-dessus de la tête, quand celle-ci est fortement engagée dans le pelvis, et de déprimer le coccyx en arrière avec deux doigts, pour ménager le périnée. Le cordon de l'enfant ne devra pas être coupé avant l'expulsion du délivre. Dans le septième chapitre, il est traité des accouchements prolongés, difficiles et non naturels, dont les causes sont : une tête, des épaules trop volumineuses, la face dirigée vers le pubis (positions occipito-postérieure); la situation inclinée de la tête, la dilatation difficile de l'orifice, la résistance trop grande des membranes, des enroulements du cordon. L'utilisation des contractractions utérines et de celles des muscles abdominaux par la parturiente, peut être obtenue dans la situation debout; la dilatation des parties molles, la dépression du coccyx, le décubitus latéral, la rupture des membranes (moyennant un grain de sel), etc., sont les moyens que l'auteur recommande d'employer dans ces anomalies. Singulière est la recommandation de placer
DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIIie SIECLE 1~ I
la parturiente sur une personne assise, ayant les cuisses écartées, et qui la saisit par le corps pour la faire accoucher sur ce fauteuil vivant.
Le conseil de redresser la matrice inclinée, moyennant un doigt introduit dans l'orifice est passablement grossier. Dans le huitième chapitre, l'auteur s'occupe des accouchements prolongés, difficiles et contre nature. A cette catégorie appartiennent les accouchements qui ne peuvent être terminés que par Tintervention de l'art. 11 parle d'abord des accouchements compliqués d'hémorrhagies, placenta prasvia,dont la nature essentielle n'est pas connue de l'auteur ; il adopte encore l'ancienne doctrine qui attribue l'accident au décollement du placenta du fond de l'utérus. Quand la tête est fortement engagée, on devra appliquer le forceps; si c'est une autre partie du fœtus qui se présente, on devra faire la version sur les pieds. Dans l'extraction du fœtus par les pieds, l'auteur tient beaucoup à ce que l'abdomen de l'enfant soit dirigé en arrière ; si cela ne se fait pas naturellement, l'accoucheur devra imprimer au fœtus une rotation sur son axe, aussitôt que les hanches seront sorties, en appliquant les mains sur les côtés du tronc fœtal, manœuvre, qui sera recommandée plus tard par Levret d'une manière pressante. Si la tète offre alors de la résistance, on devra l'extraire au moyen du forceps, cas dans lequel ce précieux instrument, si utile dans cette circonstance, est recommandé pour la première fois. S'il y a procidence du cordon, on devra, pour sauver la vie de l'enfant, pratiquer immédiatement la version podalique; ce n''est que si le cordon est froid, flétri, et sans pulsations, et si Tenfant peut être regardé comme mort, qu'il sera permis de pratiquer la perforation du crâne quand l'enfant s'est présenté par la tête. Il est étonnant que, dans ce cas, on ne parle pas de l'application du forceps. Par contre, on le recommande quand la tête ne peut passer à travers un bassin rétréci, bien qu'on préfère alors encore la version podalique. Si, dans ce cas, l'application du forceps ne réussit pas, on devra pratiquer la perforation du crâne (p. 271, 2^ éd.). Hésitantes sont les idées de Mesnard sur les présentations de la
face : une fois il recommande la version podalique, plus loin il dit, que si l'enfant n'est pas trop gros, l'accouchement pourrait se taire facilement, l'accoucheur n'ayant alors qu'à repousser le coccyx en arrière. Les présentations du siège devront être converties en présentations des pieds, mais si le siège est trop profondément engagé, et si cela n'est plus possible, l'accoucheur devra appliquer les index sur les aines, et amener ainsi l'enfant (Mauriceau). Toutes les autres présentations réclament la version, et, en cas de grossesse gémellaire, elle devra être faite aussi pour amener le deuxième enfant. L'auteur pense que l'opération césarienne ne devra être pratiquée que dans un cas d'étroitesse notable du bassin, ou d'une « extrême grosseur » de Penfant. Au reste, il n'est pas partisan de cette opération quMl regarde comme extrêmement dangereuse. Il recommande, pour la pratiquer, l'incision latérale (p. 3o6, pi. XIII, 2^ éd.). L'ouvrage se termine par les accidents et les maladies des femmes accouchées, les règles d'hygiène pour les nouveau-nés, les qualités d'une bonne nourrice. Mesnard a inventé un nouveau forceps, qu'il appelle « Tenette en cuiller en double croix « (et qui est figurée pi. I, fig. I . Pref. p. XXVIII, 2® éd.). Les cuillers sont fenêtrées, les branches sont parallèles, les manches en bois, réunies par une vis. L'auteur a imaginé encore un autre forceps, dont les cuillers se terminent en crochet. Il a aussi imaginé une tenette pour les os, qui a été conservée pendant longtemps dans l'arsenal obstétrical, où elle a été remplacée par la pincette à extraction de Boer bien plus avantageuse. Ces instruments sont décrits dans la préface de l'ouvrage.
Obs. — * Le Guide des Accoucheurs, ou le Maistre dans l'art d'accoucher les femmes et de les soulager dans les maladies et les accidents dont elles sont souvent attaquées ^Y'^'^ Jacques Mesnard chirurgien juré, ancien Prévôt de la Communauté des Chirurgiens de la ville de Rouen, et Accoucheur. Par., i753,in-8°, sec. édit. (av. i5 pi.) ; J^ première parut à P., 1743. Trad. en allemd. * Wegvpeiser der Geburtshelfer^ etc. Copenh., 1748, in-8 (av. grav.). Il publia son forceps dans le Journal de Verdun en avril 1741 (voy. Préf. p. xx).
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII® SIECLE 27?
§ 114. — Richard Manningham.
Les Anglais, aussi, continuèrent à cultiver Tobstétricie avec ardeur au commencement du XVIII* siècle. Les écrits de Gif- FARD-HoDvet de Chapman, cités plus haut, en témoignent. Un nouveau Compendium d'obstétricie composé par Richard Manningham, accoucheur à Londres, montre que la science était enseignée en Angleterre dans un ordre systématique. Pénétré de l'importance de Tobstétricie, pour le bien général de l'humanité, l'auteur avait créé, dans sa maison, avec l'intention de former des accoucheurs habiles, un établissement privé dans lequel il recevait des femmes pauvres, pour y faire leurs couches, reconnaissantainsi la nécessité, à Londres, d'une maison publique d'accouchement et d'un orphelinat. Il avait l'espoir de voir se créer bientôt un pareil établissement, par de généreux dons offerts par les riches, et dans lequel les médecins pourraient apprendre l'art des accouchements ; c'est dans ce but, qu'il écrivit son livre destiné à l'instruction de ses élèves, pour leur donner les premières notions de l'art d'explorer, et d'extraire les enfants. Pour ménager les femmes, il imagina une machine (un fantôme confectionné avec les os du pelvis recouverts d'un revêtement en cuir) (voy, sa préface). Le livre représente, sous une forme concise, son cours avec des tableaux synoptiques et des règles aphoristiques, qu'il développait dans son enseignement verbal. En général, il suit les principes de DeventeRjCU y ajoutant les progrès réalisés depuis. L'ordonnance de tout le livre est méthodique et suit un ordre logique, d'où l'on peut conclure que le mode d'enseignement de l'auteur était excellent.
L'auteur commence par l'examen du bassin et des organes génitaux de la femme, puis il passe à l'accouchement normal, qu'il met en regard de l'accouchement difficile. Pour Manningham, le moyen principal d'accouchement est la version sur les pieds, suivie de l'extraction; il indique déjà le forceps, qu'il
SIEBOLD-HERRGOTT. H — iS
appelle « instrumenium proprium » (p. i8). Il regarde l'opération césarienne comme absolument mortelle, et il ne veut pas qu'on la pratique sur la femme vivante, elle ne doit être pratique'e que sur la femme morte. Comme la mère et Penfant ne peuvent pas être sauvés en même temps, c'est au sacrifice du dernier qu'il faut se résoudre. Gomme Deventer, Manningham compte beaucoup sur la dépression en arrière du coccyx. Il prescrit une saignée dans tous les accouchements difficiles « (molestioribus), cum etpromoveat partum et remedio sit ne immodica profluvia et convulsiones partui difficili et prœternaturali accédant ». Comme présentations naturelles (secundum naturse legem), il ne reconnaît que celles du crâne, toutes les autres sont : « positiones malas et prseter naturam ». Les présentations des pieds sont, parmi celles-ci, celles qui donnent le moins de difficultés, celles qui en donnent le plus sont les présentations du bras, de l'épaule, et des quatre extrémités. Les présentations de la face doivent être ramenées « ad situm naturalem », ou bien, on devra faire la version. Manningham parle aussi du placenta prasvia, sans s'étendre sur ce qui produit cet accident. Les tableaux qui accompagnent les aphorismes renferment bien des conseils qui, aujourd'hui encore, ont conservé toute leur valeur. Tout l'ouvrage révèle un grand esprit d'observation, et les préceptes rappellent, par leur brièveté et leur cohésion, les aphorismes du père de la médecine. Un espace relativement trop grand est réservé aux obliquités utérines, l'auteur suit absolument son maître Deventer. L'ouvrage se termine par les maladies des femmes enceintes et accouchées, qui sont précédées de considé. rations générales sur la pathologie et le diagnostic. La rapidité avec laquelle se sont succédé les éditions de cet ouvrage, ainsi que sa traduction allemande par Boehmer, prouvent quel accueil ont reçu les enseignements de Manningham, en même temps que la nécessité qu'il y avait de posséder des traités bien ordonnés, présentant un tableau exact de l'état de l'art.
Obs. — * Artis obstetricariœ compcndhim tam theoriam qiiam praxim spectans : morburiim omnium qui fœminis inier gestan-
dum in utero et in puerpiierio, nec non infantibiis siipervenire soient curationem totam ampîectens. In iisiim medicinœ tj'7'oniim auctore Richardo Manningham, Equité, M. D. Reg. Soc. Sod. et colleg-. med. Lond. Londini., 173g, in-4°. Nouvelles éditions (d'après' Rob Watt. Bibl., brit., vol. II) : Lond., 1740. Hull., 1744, en anglais. Lond. 1744, in-8°. L'édition allemande soignée par Ph. Ad. BoEHMER, *Hal. Magdeb., 1746, in-4°, porte le même titre. Le traducteur y mit une préface, et y ajouta deux dissertations composées par lui : « quorum prima de situ uteri gravidi fœtusque a sede placentce in utero per régulas mechanismi deducendo agit, altéra vero prasstantiam et usum forcipis anglicanœ, etc. commendat ». (voy. obs. du § 112). Par la préface, nous apprenons que Boehmer suivait, dans son cours d'accouchement à Halle, le Compendium de l'accoucheur anglais. Il avait d'abord eu l'intention d'ajouter de? remarques à ce livre, mais il y a renoncé, et a préféré ajouter ces deux dissertations, dans lesquelles il exprime une opinion opposée à celle de Manningham : que le placenta peut s'implanter ailleurs qu'au fond de l'utérus, et causer alors des obliquités utérines. Il combat aussi l'ancienne opinion de la culbute au septième ou au huitième mois, encore admise par Manningham. Enfin, Boehmer montre qu'il ne faut pas toujours rompre les membranes quand elles sont résistantes; puisque, par la conservation de la poche, le passage de la tête est rendu plus facile et moins dangereux pour la mère; enfin, dans la préface, il recherche la véritable cause du placenta prasvia. D'après Watt, Manningham aurait publié encore : An Abstract. of midwifery.for the use of Lying-in-Women. Lond., 1744. in-8\
Comme exemple d'excellente concision et de l'esprit d'observation de Manningham, nous citerons deux aphorismes : « Mulieres quœ nullum adhuc fœtum ediderunt, orificium uteri habent arctius et rotondius. quod amplius et inaequalius est in iis quae jam pepererunt». « Os uteri multo mollius utero gestantibus fit, quam alias». Propositions qui ont conservé toute leur valeur, aujourd'hui qu'on a cherché des signes de grossesse dans les modifications de la partie vaginale du col.
§ II 5. — Fielding Ould.
Un excellent livre d'accouchements, dans lequel un grand nombre de doctrines et de vues existantes furent exposées et éclaircies, est celui que publia à Dublin, en 17^2, Fielding
OuLD accoucheur très occupé. Il n'enrichit pas seulement la partie opératoire de Tart, par une revue sévère des moyens opératoires, et la désignation précise des indications, mais il accorda la plus grande attention à l'accouchement normal, et ses efforts tendirent à assurer à la nature des droits que, jusqu'alors, on ne lui avait pas accordés. Il montra quelle était l'importance, pour Paccoucheur, de la connaissance anatomique des parties génitales, dans l'exercice de son art. Il étudia particulièrement le bassin, cet espace circonscrit par les os ; la tête fceiale, au point de vue de sa forme, de la réductibilité deson volume par le chevauchement des os delà tête. Pour la première fois, nous trouvons, chez OuLD, des vues exactes sur la manière dont la tète s'engage dans le bassin; il enseigna que le long diamètre de la tête s'engageait dans le diamètre transversal du détroit supérieur, l'expérience le prouve, et la forme elliptique du détroit supérieur ne permet pas que la tète, elliptique aussi, s'engage autrement (p. 28 et suiv.). C'est ainsi qu'OuuD a le grand mérite d'avoir appelé l'attention sur une doctrine qui est si importante pour l'intelligence du mécanisme de l'accouchement normal, qui a été pendant si longtemps méconnue, qui ne pouvait se révéler que quand la science eut pris une direction meilleure, et eut trouvé les règles et les lois que la nature observe et suit dans l'accomplissement de cette admirable fonction de la parturition, pour le plus grand bien de la mère et de l'enfant, quand l'art sut en apprécier l'heureuse influence et l'eut adopté comme règle de sa conduite, dans les circonstances où il était appelé à remettre le travail en bonne voie. C'est à ce point de vue, que le nom d'OuLD doit être vénéré, et que cet auteur occupe le premier rang dans la doctrine du mécanisme de l'accouchement. Les paroles suivantes sont dignes de remarque : « It is to be hoped that this opinion, being foundet on Theory, and confirmed by Expérience, w'û\ meet with few Opponents, and without doubt, the due Application ofit will beof infinité use»(p.3i); elles ont reçu dans la suite la meilleure confirmation. Relativement à la délivrance, Ould chercha des principes meilleurs, en avertissant
du danger qu'il y a à extraire le délivre trop hâtivement, de grands malheurs pouvant en être la suite : « The efforts of the mother continue after the Child is born, untill the Expulsion of the Placenta is compleated » (p. 60). Ce sont làses paroles graves, destinées à combattre la folle erreur : que le col se refermait si le délivre n'était pas immédiatement enlevé. Ould recommande à la Parturiente de se coucher sur le côté, et il appuie ce conseil sur des raisons fort acceptables (p. 33). On ne peut louer autant le conseil qu'il donne de repousser le coccyx en arrière avec le pouce introduit dans Panus. Il chercha à montrer que Deventer était allé trop loin dans sa doctrine des obliquités utérines, et il regarde comme fâcheux le conseil de l'accoucheur hollandais, de laisser les bras en arrière (de ne pas les dégager) dans l'extraction par les pieds, et de les extraire avec la tète. Partout Ould montre une grande prédilection pour la version, et les règles qu'il donne pour l'exécuter sont très judicieuses.
Le forceps est apprécié par Ould à sa valeur, son utilité mise en relief, surtout dans les cas, où il y a disproportion entre la tête et le bassin, et il indique, mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, les règles de son application (p. i63 et suiv.). Si la disproportion est trop grande, il ne doit pas être employé, sur un enfant mort, si les parties de la mère sont très tuméfiées, ou si la tète est trop haute. La perforation est regardée par Ould comme une opération indispensable; pour l'exécuter, il a imaginé un perforateur caché dans une gaine « Terebra occulta », et garni d'un ressort caché dans la gaine (voy. fig., p. 167). Il déclare l'opération césarienne une opération absolument mortelle : « From Theory, Analomy and every Thing consistent with surgery, the Cces. Opérât, is most certainly mortal as \ve shall endeavour to provc presently from Reason and then Nature of the thing ; and I hope it will never be in the Power of any one to prove it by Expérience ». Pour lui, l'opération est : « détestable, barbarous, illégal Pièce of Inhumaniiy ». Il laisse toutefois aux ecclésiastiques à décider si, dans les cas de rétrécissement absolu du bassin, qui ne permettent pas à la main de l'accoucheur d'arriver jusqu'à
Tentant, on ne peut pas pratiquer l'opération césarienne qui sacrifie la mère. Déjà alors, on voit la répulsion des accoucheurs anglais pour Topération césarienne, qui s'est maintenue Jusqu'à ces derniers temps, tandis que la perforation jouissait en Angleterre d'une grande prédilection, que l'horreur de l'opération césarienne devait naturellement soutenir. Ould reconnaît volontiers les mérites des accoucheurs français (p. 71). Il s'est perfectionné à Paris, et il vante l'instruction qu'on y donne (« the ocular démonstration of women being delivered, hoth in natural and prœternaturals Labours «), ce qu'on ne trouvait pas dans son pays. Il mourut à un âge très avancé en 1789 (né en 17 14) s'étant occupé de son art jusqu'au dernier jour.
Obs. I. — La première édition de son intéressant ouvrage parut en 1742. A Treatise of Midn>ifeTj' in thre Parts, by Fielding Ould, Man-Midwife. Dublin, 1742, in-S", avec la date de la censure du 5 déc. 1741. Une 2* édit. * Lond., 1767, in-8°.
Obs. II. — Nous devons au digne H. F. Xaegele quelques notices sur Field. Ould, sa vie et sa carrière ; elles se trouvent dans son ouvrage : * Die Lehre vom Mechanismus der Geburt mit Beitràgen :{iir Geschichte de?'selben. Mainz, i838, in-S", p. 78 (Mécanisme de l'accouchement avec documents historiques). Nous apprenons que F. Ould était le fils d'un pharmacien de Dublin, qu'à l'âge de 46 ans il fut nommé médecin en chef (master) de la maternité de Dublin (The Dublin Lying-in- Hospital), qui fut ouverte le 8 déc. 1757; il occupa ce poste, conformément aux statuts, pendant sept ans. Leduc de Bedford, alors Lord lieutenant de l'Irlande, lui fit obtenir le titre de chevalier, comme récompense de ses services. En 1789 il fut frappé d'apoplexie, il avait le même jour assisté une dame de haut rang dans son accouchement. Ces détails ont été donnés à N. par le pasteur Fielding Ould, un petit fils de notre Ould.
Obs. III. — Quand, dans son histoire, Fr. B. Osl\nder, dit en parlant d'OuLD (p. 259), que suivant lui la tête devait s'engager dans le diamètre oblique, cette erreur, qui a été copiée par d'autres, provient de ce qu'OsL\NDUR n'a pu consulter lui-môme l'ouvrage d'OuLo (l'astérisque manque au livre qu'il cite). Il a dû se contenter de faire usage de la Bibl. ch. de H.\ller, II, p. 240, qu'il cite exactement, mais qu'il commente mal, c'est une manière de faire qu'on constate souvent chez lui. C'est ainsi que la Te-
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XYIII^ SIECLE 279
rebra occulta d'OuLD est devenue pour Osiander un pharyngotome.
Haller dit : « Pharyngotomo ad aperiendum caput utitur ». Osiander répète « Flir die perforation bediente er sich eines Pharyngotoms ». (F.-J. H.)
§116. — Brudenell Exton.
D'une importance moindre est le système nouveau et général d'obste'tricie, que Brudenell Exton publia en 1751. L'auteur avait été élève de Chapman pendant les années ijSj et 1/38, et avait cherché à se perfectionner sous la direction de Manningham, en 1747. Ce maître paraît avoir eu la plus grande influence sur l'instruction d'ExTON^ qui concorde, en beaucoup de points, avec les doctrines de Deventer. Gomme ce maître, il préférait la main partout on l'intervention du médecin était nécessaire, et il recommandait l'engagement de la tête et la dépression da coccyx quand la tête se trouvait arrêtée. Cette dépression du coccyx était à ses yeux un moyen excellent pour la terminaison heureuse de l'accouchement. Il recommandait à la parturiente de se coucher sur le côté gauche ; cette situation, restée usuelle en Angleterre, a été appelée « situation anglaise ». La version podalique était pour lui le moyen d'accouchement par excellence, et il a même soutenu que le moyen secret des Chamberlen n'avait pas été autre chose (voy. § io5). Il pratiquait la version podalique dans les présentations de la face, quand il ne réussissait pas à les convertir en présentation crânienne. Il recommandait de rechercher toujours les pieds dans les présentations du siège ; dans les accouchements gémellaires, il faisait toujours la version pour extraire le second enfant. Dans l'extraction par les pieds, après la version, il recommandait de laisser les bras appliqués sur les côtés de la tête, comme Deventer l'avait recommandé, bien qu'OuLD eut conseillé une pratique meilleure. C'est la crainte
de voir l'orifice utérin se resserrer sur le cou de Tenfant qui l'a empêché de dégager les bras avant l'extraction de la tête. Il n'accordait pas au forceps la confiance que son maître Chapman avait eue pour cet instrument. On ne trouve dans son livre aucune règle pour son application, quelques mots seulement dans son introduction, sur les indications de son emploi, quand la tête fortement engagée est arrêtée (Intr..p. i i8). II dit que le forceps de Chapman est trop grand, il paraît en avoir fait confectionner un plus petit : « Indeed the lessening of that Instrument has renderd it much more commodious, and it may be used with greater Ease to the Patient ». Des autres instruments obstétricaux, il ne mentionne que le perforateur, et un filet pour extraire la tête quand elle est très basse, et qu'il préfère employer plutôt que le forceps (p. 1 18). Exton ne parle pas de l'opération césarienne. Il croit toujours que le placenta prœvia résulte de son détachement du fond de la matrice, et de son glissement au-devant de la tête de l'enfant (p. jb). Le moyen à employer est la version pour faire rapidement l'extraction du fœtus, attendu que l'hémorrhagie qui accompagne cet accident est dangereuse pour la mère et pour l'enfant. Exton a cité divers « cases » de sa pratique et une foule de recettes qui lui ont donné l'occasion de parler des maladies des femmes enceintes et accouchées, et des enfants.
Obs. — * A 7iew and gênerai System of midnnfery . In four Parts, by Brudenell Exton. M. D. of. Kingston iipon Thames. Lond., i/Si, in-8°.
§ 117. — Livres des sages-femmes en Angleterre.
Il ne manquait pas de livres pour les sages-femmes en Angleterre, dans la première moitié du XVIII'' siècle, toutefois, ils ne sont pas d'une grande valeur; il suffira d'en citer quelques-uns. Il ressort clairement de ces livres que. dans la plupart des cas, on
DEPUIS L'I^•^•E^•TION DU FORCEPS jusqu'a la fin du xviii« siècle 281
faisaitappel à rintervention des hommes, etqueles sages-femmes se trouvaient, en Angleterre, dans une situation subordonnée. Le contenu de ces livres montre qu'ils étaient destinés aux hommes ainsi qu'aux sages-femmes. Comme auteurs de ces livres, nous nommerons Dawkes, Bracken et une sage-femme, SarahStone. Le premier livre est appelé par Haller « liber simplex et ad minora otïicia docenda minutus » ; en beaucoup de points Dawkes a pris Deventer comme modèle. Par contre, Bracken ne peut admettre la doctrine des obliquités utérines de Deventer, ce n'est que dans des cas rares, qu'il a vu ces obliquités entraîner les présentations transversales des fœtus, si redoutées. Bracken tient beaucoup à la doctrine de Mauriceau, connu en Angleterre par la traduction de H. Chamberlen, et fort estimé dans le pays. Bracken blâme vivement son compatriote d'avoir gardé son secret (Our contryman Dr Ch. is highly bleameable, etc., voy. Préface). Les observations de maladies de femmes et d'enfants ne manquent pas dans le livre de Bracken. ni les formules de recettes.
Obs. — Thom. Dawkes, The midiuiferightly instructed or the way^ which jyomen should take to acquire the knojvledge of midwifery. Lond., 1736, in-8°.
' Henry Bracken, The midwife's companion : or treatise of midxi^ifery . etc. Lond., 1737, in-8°.
Sarah Stone, Complet practice ofmidipiferj-. Lond., 1 737. in-S".
§ 118. — Wilh. Noortwyk et Bern. Sigfr. Albin.
Le zèle des hollandais, pour les progrès de l'obstétricie, depuis les temps de Deventer. ne se ralentit pas, comme en témoignent les livres parus depuis le commencement du XVIIP siècle, et la part qu'ils ont prise à l'invention du forceps. Nous avons parlé de leurs études dans le domaine de l'anatomie et de la physiologie, et rappelé les noms de Ri vsch. de de Graak, de Swammerdam et d'autres. Vers le milieu du XVI 11^ siècle, brillèrent les travaux
de NooRTWYK etceux de B.S.Albin, le premier, dans un livre sur l'utérus à l'état de gestion, qu'il enrichit de l'étude de la grossesse et de l'examen d'une femme morte au 6« mois de la grossesse. NooRTWYK fit des injections et chercha à étudier les connexions entre Putérus et le placenta, qui, d'après lui, seraient immédiates, la matière à injection ayant pénétré de la matrice dans le placenta. Il publia, avec le résultat de ses investigations, une histoire complète de ce sujet, depuis les temps les plus reculés, et y ajouta partout des observations précieuses sur Tœuf humain. Plus estimable encore est le travail du célèbre anatomistede Leyde, Bernh. SiGFR. Albin, sur les os du fœtus, avec des figures excellentes d'utérus gravide, pour éclairer l'histoire de la grossesse, figures qui, toutefois, comme fidélité d'exécution, sont inférieures aux précédentes. Si, au point de vue del'obstétricie proprement dite, l'influence de ces travaux est peu considérable, ils témoignent cependant d'un grand zèle, à cette époque, pour des recherches dans l'anatomie et la physiologie, qui, indirectement, sont d'un grand profit pour les accoucheurs et élargissent le cercle de leurs connaissances.
Obs. — * Uteri humani gravidi anatome et historia, authore WiLHKLMO NooRTWYK M. D. Lugd. Batav., 1743, in-4''.
* Bkrxh. Sii:gfr. Albini, Icônes ossium fœtus humani. Acced. osteogeniœ b?'evis hist. Le'id. Bat., 1737,111-4".
* Ejusd. Tab. VII iiteri muliei'is gravidœ, etc. Lugd. Bat., 1748, in-fol. Append., 1751.
§ 119. — André Levret.
Au milieu du XVIII'' siècle surgit, en France, un homme qui s'appliqua avec le plus grand zèle aux progrès de l'obstétricie, et dont les efforts furent couronnés parles succès les plus brillants. Une partie de ses doctrines a conservé, aujourd'hui encore, toute sa valeur, bien que le nom de leur inventeur soit oublié. Jouissant pendant sa vie de la plus haute considération, il forma un
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII® SIECLE 283
très grand nombre d'élèves, qui de tous les pays affluaient vers lui, et il exerça sur l'état de Tobstétricie en France, et en Allemagne, sa voisine, l'influence la plus considérable. Ceux qui ne pouvaient recevoir, de sa bouche même, son précieux enseignement puisaient les doctrines du maître dans ses nombreux écrits. André Levret est le nom de ce maître qui a exercé sur l'art cette influence considérable, et qui sera éternellement conservé dans ses annales. Il naquit en i/oS ; l'obstétricie venait deprendre un nouvel essor ; il entra dans la vie active, à l'époque où les efforts des accoucheurs de l'Angleterre, de la Hollande et de la France avaient réussi à assurer à l'art, si longtemps délaissé, une situation et une renommée honorables, et oîi celui-ci venait d'être doté d'un instrument nouveau, qui devait subir encore de nombreux perfectionnements, avant de pouvoir rendre tous les services qu'on était en droit d'en attendre. Bien d'autres progrès, commencés par les prédécesseurs de Levret, devaient être poursuivis par lui ; une voie nouvelle, large et magnifique, était ouverte à l'activité des accoucheurs, Levret y entra résolument avec tout son zèle, et la poursuivit jusqu'à la fin de ses jours (il mourut le 22 janvier 1780). Les circonstances extérieures lui furent aussi très favorables. Il avait prodigué ses soins au célèbre financier Samuel Bernard pendant une maladie longue et douloureuse, et celui-ci lui fit un legs considérable qui lui donna la liberté de se livrer entièrement à ses études. Il se lia d'amitié avec Louis, le célèbre chirurgien de la Salpétrière, qui devint le secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie, et il fit avec lui plusieurs travaux. Après la mort de Jard, accoucheur de la Cour, Levret fut nommé son successeur.
Les écrits de Levret. et surtout ses nombreux élèves qui portent les noms les plus considérés en France et à l'étranger, ont propagé ses doctrines dans le monde entier. C'est avec justice que Levret est regardé comme le fondateur d'une école obstétricale, dont les mérites considérables n'ont pu être diminués par les dépréciations jalouses et haineuses de quelques contemporains.
Obs. I. — Un jugement malveillant sur Levret se trouve dans un écrit cI'Alph. Leroy : * Pratique des accouchements, contenant Vhîstoire critique de la doctrine, etc. Paris 1776, in-8°, p. 1 19 et suiv. C'est d'après cette haineuse diatribe qu'OsiANDER paraît avoir écrit son histoire (ouv. c. II, § 263, p. 289 et suiv.).
Obs. II. — Sur la vie de Levret on ne trouve que des notions succinctes dans: * N. L. M. Dessessarts. Les siècles littéraires de la France. Par., 1801, t. IV, in-8°, p. i55.
* PoRTAh,Hist. deVanatomie, t.V, p. 41 S. Cette notice écrite du vivant de l'auteur (1770) contient des indications importantes qui doivent être consultées. (F.-J. H.)
* Dezemeris, Dict. Iiist. delà viédec. anc. et mod., t. III, p. 44S et suiv.
§ 120. — Principes d^ obstétrique de Levret. Médecine opératoire.
Les efforts les plus considérables de Levret ont eu pour but de perfectionner les opérations nécessaires dans la pratique des accouchements; dans cette voie, ses services sontimmenses, et il a surpassé de beaucoup ce qui avait été fait jusqu'alors. Il donna ses plus grands soins à Pinstrument nouveau, le forceps ; il chercha à améliorer sa forme, et aie rendre plus commode. Au début ( 1 746), il se servait d'un instrument à deux branches, exactement symétriques, à cuillers fenôtrées, ayant à sa surface interne une espèce de dépression avec un petit rebord saillant, afin qu'elles pussent s'appliquer plus étroitement et plus solidement à la partie saisie. La jonction des branches était obtenue moyennant un double axe conique, ambulant, et desentablures. Chacune des branches avait trois ouvertures coniques, qui servaient à recevoir l'axe, dans l'ouverture par laquelle, il avait été engagé. L'axe était indépendant des branches, mais pouvait s'adapter à chacune des trois ouvertures des branches; ce n'est que quand les deux branches étaient appliquées, que le pivot était placé dans une des trois ouvertures qui se correspondaient,
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII^ SIECLE 285
et fixé par rentablure. C'est ainsi que Levret avait voulu éviter l'inconvénient de joindre les deux branches toujours à la même hauteur. Au début, les branches du forceps avaient été droites (i), mais bientôt il leur donna une « nouvelle courbure » (1747) qui améliora tellement l'instrument, qu'elle fut adoptée depuis par tout le monde, et conservée définitivement (courbure pelvienne).
Levret décrivit ce forceps courbe en 175 i, dans la « Suite des observations » p. 154, etc. 11 abandonna le mode de jonction à axe mobile, et adopta le mode de jonction de Grégoire (pivot unique avec entablure). La troisième modification du forceps de Levret se rapporte particulièrement au mode de jonction des deux branches ; à la branche inférieure il adapta, moyennant un écrou, un axe dont la partie supérieure était aplatie, et pouvait tourner sur elle-même, et s'engager dans une fente allongée, qui se trouvait dans l'entablement de l'autre branche, il suffisait de tourner l'axe pourfixerla branche supérieure sur la branche inférieure ; une clef pouvait au besoin imprimer ce mouvement de torsion à l'axe. Après avoir perfectionné ainsi successivement cet instrument (2) et l'avoir rendu plus facile à manier, Levret s'efforça de préciser les indications de son usage, (« qui n'est utile que quand il est bien employé, mais toujours salutaire, lorsqu'il n'est employé qu'à propos »). C'est dansl'enclavement de latète dans le bassin, que le forceps présente les plus grands avantages, que la cause en réside dans une déformation du bassin, ou dans un volume trop considérable de latète; toutefois, il faut que l'étroitcsse pelvienne ne soit pas trop considérable, et dans ce cas aussi, l'enclavement delà tête ne peut se produire (puisqu'elle
(i) Voy. Observ. de Levret, fig. 14 et i 5 de la planche datée de 1746. C'est par erreur que ce premier forceps de Levret est représenté avec une courbure pelvienne dans la pi. LX de l'atlas de Siebold. (F.-J.H.)
(2; La description de la 3^ modification du forceps n'a pas été dondée par Levret lui-même ; elle se trouve dans le livre de * G. A. Fried. Strasb., 1769, pi. IV, et dans * L'art du coutelier par J. J. Perret. Paris, 1 77 1 , in-fol., 2^ section, p. 478, fig. 1 67, et dans la collection de Du Puis, faite sous les yeux de l'auteur. (F.-J. H.)
ne peut s'engager dans le bassin). En dehors de ces cas, le forceps est encore, suivant Levret, un moyen excellent pour terminer rapidement Faccouchement dans une présentation crânienne, si des accidents imminents commandent une délivrance prompte, tels que des hémorrhagies, des convulsions, la cessation absolue des contractions, l'épuisement des forces, une rétention d'urine que le cathéter ne peut faire cesser, etc. quand la tête arrachée du tronc reste dans la matrice à la suite de l'extraction par les pieds. Levret dit qu'il peut être appliqué aussi sur le siège, si celui-ci est fortement engagé. Le procédé que Levret emploie, dans les cas d'enclavement de la tête, est tout particulier : après avoir introduit une des branches dans un des côtés du bassin, il lui fait faire un demi-tour pour lui permettre d'arriver dans le côté opposé, puis il engage la seconde branche dans le même côté. Cette méthode d'application a été conservée par Stein l'aîné, et recommandée aussi parle neveu, dans le but, il est vrai, de pouvoir appliquer le forceps, quand la femme est placée dans un lit ordinaire, et que l'accoucheur n'y a accès que d'un côté. Les conseils que donne Levret pour faire l'extraction de la tête, quand elle a été saisie, sont excellents ; les tractions doivent d'abord être dirigées en bas, puis horizontalement, enfin en haut. Ces règles ne peuvent avoir été déduites que d'une connaissance exacte de la cavité pelvienne. Les remarques historiques que fait Levret sur le forceps dans ses « Observations sur les causes, etc. » sont à la fois importantes et intéressantes. Levret n'a pas accordé une attention moindre à la version; elle arriva entre ses mains à un plus grand état de perfection, en raison de son antériorité; toutefois, Levret a le mérite d'en avoir nettement posé les indications et d'avoir donné, pour l'exécuter, des règles précises, parmi lesquelles, il faut citer celle de soulever peu à peu la tête pour faciliter l'opération (appelée « Préparations à l'opération »). Cette règle est surtout très utile quand la tête fœtale se trouve près de l'orifice de la matrice, et que les eaux se sont écoulées depuis longtemps. Les règles pour l'extraction de l'enfant par les pieds ne sont pas moins précises.
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII'^ SIECLE 287
Il pense que raccouchement par les pieds est avantageux, puisque dans cette présentation l'enfant agit sur Toritice comme un coin, et prépare les voies génitales pour le passage de la poitrine et celui de la tête.
Dans le I 712 de ï Art des ace. il d'il positivement qu'il faut agir de façon que, lors de l'extraction de l'enfant, son visage soit tourné vers un des côtés, situation qui est préférable à toute autre. D'après cela, il reconnaissait très bien l'avantage que présente le diamètre oblique du bassin, et quoiqu'il ne le dise pas explicitement, il en avait appris les avantages par l'expérience qui est la maîtresse souveraine.
Levret accorda aussi la plus grande attention à l'opération césarienne dont on avait fait tant abus ; il n'admet que deux indications : obstacle à l'accouchement par un rétrécissement extrême (invincible) du bassin, causé par le rachitisme ; ou une grossesse extra-utérine. Toutes les autres indications mentionnées par les auteurs, comme : tumeurs charnues dans le canal pelvien, atrésie vaginale, rigidité, etc. sont rejetées par Levret avec raison; il ajoute qu'il existe un grand nombre d'observations qui démontrent que la nature a pu seule lever ces obstacles, et Tart aussi, en employant des « moyens plus doux et moins dangereux ». L'impossibilité d'amener un enfant vivant est démontrée, pour lui, par l'impossibilité qu'éprouve l'accoucheur d'introduire sa main dans l'utérus, ou par cellede la retirer, quand elle a saisi les pieds de l'enfant. Si incomplet que soit ce mode de mensuration pelvienne, il est un premier indice qui a sa valeur. Il n'est pas besoin de grands développements pour montrer que le forceps et les préceptes de Levret avaient restreint de beaucoup les opérations qui ont pour but de réduire le volume du fœtus (perforation, etc.) ; pour être autorisé à pratiquer la perforation sur un enfant mort et à terme, il n'admettait qu'un seul cas, celui où la tête était enclavée, et où le forceps ne pouvait être introduit, ni les branches croisées. Un instrument utile était son tire-tête à trois branches, pour extraire la tête arrachée du tronc. Son tire-tête à bascule, imaginé pour le même cas, était plus
pratique. Le crochet aigu inventé par Levret, simple ou celui à gaine, aussi bien que les instruments pour l'extraction des môles (pincette à faux germes, etc.) témoignent d'une grande ingéniosité inventive. Après cet exposé sommaire, nous croyons être en droit de dire que c'est avec justice que Levret doit être regardé comme le fondateur de la médecine opératoire obstétricale rationnelle. A lui, appartient le mérite d'avoir revu cette partie de Tart avec le plus grand soin, de l'avoir enrichie de inoyens nouveaux^ d'avoir donné à ses instruments une forme pratique bien supérieure à celle de tous ses devanciers. Son influence surl'avenir de l'art a été considérable, et un grand nombre de ses préceptes ont conservé aujourd'hui encore toute leur valeur.
Obs. — La plupart des instruments inventés par Levret, et dont nous nous occuperons dans le paragraphe suivant, ont été décrits et ligures par lui dans les « Obsei'vations sur les causes, etc. ». D'autres auteurs en ont publié quelques-uns dans leurs écrits; c'est ainsi que le perforateur de Levret en forme de ciseaux qu'il a appelé « Perce-crâne à deux lames » a été publié d'abord dans une dissertation parue en Allemagne : * Gottfr. Keyselitz, De partiis agriparum difficultatibus. Lips., 1767, in-4°, p. 27. Puis aussi dans : * G.W. Stein, Prakt. Anleitiing'^ur Geburtshulfe in nnedernaturl.und sclnpe7'en Fàllen. Cassel, 1772, in-8°. Taf 3, flg. 2. C'est Stein, élèvede Levret, qui a propagé ses doctrines en Allemagne, et fait connaître les instruments que son maître avait inventés. Quant au nouveau forceps, et surtout à sa « nouvelle courbure, « Levret a répondu à l'inconnu qui l'avait analysé dans le * Journal des savants (Paris, 1749, p. 56o), les « Observations » avaient été publiées en 1747 et dans le n° de septembre du môme journal, p. 5q5, il a prouvé par un certificat de l'Acad. de chirurgie en date du 2 janvier 1747 qu'il avait alors déjà présenté à l'académie le nouveau forceps, qu'il décrivit et figura dans la « Suite des observations » en 1751.
§ 121. — Principes d'obstétrique de Levret {suite).
Levret a débuté dans la carrière d'auteur par l'exposé de quelques doctrines, qui, à peu d'exceptions près, se rapportaient à la
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII^ SIECLE 289
partie opératoire de l'art. Ses « Observations sur les causes et les accidents de plusieurs accouchements laborieux » renferment des travaux, où, dans une forme explicite, se trouvent des doctrines reproduites par lui dans des écrits ultérieurs, et qui sont parfois rectifiées par ce que l'expérience lui avait appris. Il ne resta cependant pas étranger à la théorie de Tobsiétricie ; sa situation de professeur devait naturellement l'y maintenir. Ses doctrines intimement mêlées aux « Observations » ont été exposées complètement dans son « Arides accouchements » qu'il publia pour ses élèves en 1/53, il eut une seconde édition en 1 761, et une troisième en 1766. Les principes du livre sont suffisamment indiqués par son titre : « L'art des accouchements démontré par les principes de physique et de mathématique ». Il fit usage de ces principes pour expliquer particulièrement le développement de la matrice et sa contractilité pendant la grossesse et l'accouchement. Le livre commence par une description succincte du bassin, qui a la part la plus importante dans l'acte de la parturition. Il est divisé en grand et petit bassin, ce dernier a une entrée ou ouverture supérieure et une ouverture inférieure ; il admet pour l'entrée pelvienne trois diamètres, dont les deux diamètres obliques sont pour lui les plus grands (« dont le plus grand le traverse obliquement tant à droite qu'à gauche, sec. V, 3i »). Pour déterminer la direction que prend la tête en passant à travers le bassin, Levret a tracé une ligne à travers cette cavité, en suivant sa paroi postérieure, formant par conséquent une ligne courbe (pi. IV), et dans la détermination de cette ligne, il s'est plus approché de la vérité que beaucoup d'autres qui, plus tard, ont traité ce sujet. Ce que dit Levret sur l'inclinaison du bassin peut être regardé comme le fondement des travaux de ses successeurs. Levret admet un certain élargissement de la cavité pelvienne, par suite du ramollissement et du gonflement des cartilages, qui résultent de Tafilux des sucs pendant la gestation, il dit même que, dans certains accouchements difficiles, les cartilages peuvent se déchirer. Levret a appelé l'attention sur le rétrécissement du bassin causé par le rachitisme.
SIEBOLD-HERRCOTT. II — I9
2gO HUITIÈME lÎPOQUE
Il porte une attention toute spéciale sur l'utérus, et les modifications quMl subit pendant la grossesse et Taceouchement. Ses doctrines sur la grossesse sont rigoureusement empruntées à une observation attentive de la nature; elles renferment des choses importantes sur la grossesse extra-utérine, et d'excellentes observations au point de vue du diagnostic et du pronostic. L'auteur soutient que le placenta peut se fixer sur tous les points de la surface interne de la matrice, contrairement à l'opinion de De- VENTER, et, comme preuve de ce qu'il avance, il dit qu'on a trouvé le placenta fixé sur la surface interne du col (placenta prœvia). Comme, dans la région utérine où se forme le placenta, les vaisseaux qui s'y trouvent naturellement se développent, par suite de la grossesse, le fond de la matrice, sur lequel se fait cette modification, s'incline vers un côté, et produit ainsi les obliquités utérines. Ce qui a trait à l'implantation du placenta sur le col est parfaitement exposé par Levret, il en décrit très bien les signes et le diagnostic, basés sur une exploration exacte, et il montre que, dans ces cas, l'accouchement rapide (accouchement forcé) peut seul sauver la mère et l'enfant. Il s'oppose à la perforation du placenta que quelques-uns conseillent; elle peut, dit Levret, entraîner facilement la mort de l'enfant, par la rupture des vaisseaux qui se rendent au cordon. Sur la rétention du délivre, qui peut être causée par son inclusion dans une poche (placenta enkysté), Levret, le premier, a donné des idées justes qu'il a cherché à propager ; cette inclusion du placenta dans un sac (arrièreboutique) ne résulte pas d'une malformation antérieure, mais de l'irrégularité des contractions de la matrice, après l'expulsion de l'enfant. Si les mérites de Levret sont considérables dans la médecine opératoire obstétricale, il a contribué fort peu à propager des idées meilleures sur l'accouchement normal ; chose d'autant plus étonnante, que l'étude, qu'il avait si bien faite delà cavité pelvienne, l'avait mis sur la bonne voie, et qu'il avait bien étudié l'action de la matrice pendant le travail, la partie dynamique de celui-ci, à laquelle il avait donné le nom de : « Mécanisme naturel de l'accouchement ». L'indication des divers dia-
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIIl'^ SIECLE 29 I
mètres de la tête ne manque même pas, bien qu'ils ne soient donnés que par quelques mots, et qu'il dise, en résumé, que la facilité de l'accouchement dépend de la concordance des diamètres de la tête avec ceux du bassin, accouchement qui se termine spontanément, quand la tête se présente tournant d'elle-même la face vers le sacrum. Les présentations des pieds et du siège exigent par elles-mêmes l'extraction qui, dans les présentations du siège, se fait le plus facilement moyennant le premier pied qui aura été amené. Levret admet encore la vieille doctrine de la culbute dans les derniers mois. La grande prédilection de Levret pour l'intervention opératoire, et la confiance en lui-même, que son habileté lui avait donnée, sont sans doute les causes de la lacune que nous avons signalée plus haut ; c'est à regretter, en raison du grand retentissement qu'a eu partout la doctrine de Levret ; il était dans la bonne voie, et le talent d'observation si considérable qu'il possédait aurait pu produire encore beaucoup de choses utiles à l'art. Les maladies des femmes enceintes, en travail et accouchées, ainsi que celles des enfants nouveaunés, que l'accoucheur est appelé à soigner si souvent, ont été étudiées ei exposées avec un grand soin, ce livre, ainsi que le Traité des polypes, conservera toujours une place distinguée dans la littérature obstétricale.
Obs. — Les principales publications de Levret sont les suivantes :
Observations sur les causes et les accidents de plusieurs accouchements laborieux avec remarques sur ce qui a été proposé ou mis en usage pour les terminer ; et de nouveaux moyens pour y parvenir plus aisément^ par M. A. Levret. Paris, 1747, in-8°. * 2^ éd. Paris, 1750, in-8°. * 3® éd. revue et corrigée, 1762, in-8°. 4*^ éd. Paris, 1770, in-B". * Suite des observations sur les causes et les accidents de plusieurs accouchements laborieux, etc. Paris, 1751, in-S".
Les deux ouvrages ci-dessus ont été traduits en allemand par le D'' JoH. JuL. Walbaum, 2 vol. * Lûb. et Alt., 1758-176 i, in-H» (Wahrnehmungen von den Ursachcn, etc., v.schwer. Geb.l.
* L'art des accouchements démontré par des principes de physique et de méchanique, etc., par M. Andr. Li:vri;t, i''"cd., 1753, in-8°. * 2" éd. consid. augm.., 1761, in-8°. * 3* éd. 1766, in-8°.
T)'ad. allem.^ par Chr. Fr. Held. * Levret's Kiinst der Gcb.,etc. 2Thl., 2'' éd., 1778, in-8° (i''^ éd. Géra u. Leipz., 1772).
Quand F.-B. Osiander parle, dans son Hist. des ace, p. 295, d'un livre volumineux intitulé : « Explication de plusieurs Ji guj'es sur le méchaiiisme de la g7'ossesse et de l'accouchement et de7néchanique » par Levret. Paris, 1752, in-8°, il commet une erreur qui a été rectifiée par Naegele, dans son excellent livre * Das n^eibliche Becken, etc. (en note p. 58) qui avait sous ses yeux cet ouvrage, dont le titre ci-dessus, sauf la date, est exact. Il parut en 1752, mais ne comprend que 16 pages in-8°, avec trois planches qui reparaissent dans les éditions ultérieures de YArt des ace.
* Essai sur Vabus des règles générales et contre les préjugés qui s'opposent aux progrès de l'art des accouchements ^ avec tig, par M. A. Levret. Par. 1766, in-8°.
Trad. en allemand par Dan. Bhr. Burdach * Versuch uber den Misbrauch der allgem. Grundsàt:[e.., eic. Leipz., 1776, in-8°.
* Observations sur la cure radicale de plusieurs polypes delà matrice, de la gorge et du ne:{, par de nouveaux moyens inventés par M. A. Levret. Par., 1746, 2^ éd., 1759.* 3"^ éd. Par., 1771, avec 6 pi., et un supplém.
Quelques mémoires de Levret ont été publiés dans * Roux, Journal de méd. chiriirg. et pharmac, etc.
T. XXXII, p. 53 1. Sur un nouvel instrument pour la ligature des polypes.
T. XXXIII, p. 148. Sur l'usage du forceps courbe.
T. XXXIV, p. 428. Sur les pessaires.
T. XXXV, p. 157 et 353. Sur la ligature des polypes.
T. XXXVI, p. 364, Sur l'allaitement des enfants.
T. XXXVII, p. 347, Sur le traitement des nouveau-nés.
Nous croyons devoir ajouter :
T. XL. Nouvelles remarques sur les déplacements de la matrice, et, dans la 3"^ partie, p. 352, Sur un allongonent considérable qui survient quelquefois au col de la matrice ; M. le prof. Stoltz, dans un mémoire inséré dans la Ga^. méd. de Strasb., iSSg, p. 69, a revendiqué pour Levret la priorité delà découverte de cette lésion et de l'emploi d'une sonde introduite dans la matrice pour en constater l'existence.
Travaux publiés dans:
Mém. de VAcad. de chirurgie (dont il était membre). (Ed. in-4°.)
T. II, p. 23. Obs. sur la hernie de la vessie.
T. II, p. 3 1 g. Obs. sur un accouchement difficile à cause de la dureté de la matrice.
T. III, p. 216. Sur la méthode de délivrer les femmes après V accouchement.
T. III, p. 5 iH. Sur les polypes de la matrice et du vagin.
T. V, p. 'J23, Sur la cure de Vhydrocèle par injection. (F,-J. H.)
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIIl" SIECLE 293
§ 122. — Nicolas Pw^os.
Un contemporain de Levret, un peu plus âgé que lui, et mort avant lui, fut Nicolas Puzos, praticien fort distingué ; il était né à Paris en iô86. L'amitié que Clément (voy. | 75), un des accoucheurs les plus occupés de Paris, avait eue pour son père chirurgien-major des armées, fut transmise au fils qui, après avoir servi dans les hôpitaux militaires (1703- 1709), vint se fixer à Paris pour se livrer à la pratique des accouchements. Son ami lui fut très utile^ il l'admit parmi ses élèves, et bientôt il lui abandonna une partie de sa clientèle. Puzos eut beaucoup de succès et, plus tard (1743), il fut chargé de l'enseignement des sages-femmes, comme « Démonstrateur des accouchements » à PAcadémie de chirurgie, dont il était membre depuis sa fondation; il fit beaucoup d'élèves, et, en mars 1 751, le Roi lui donna des lettres de noblesse pour reconnaître ses services. Il mourut le 7 juin 1753, à Tàge de 6y ans. Son grand Traité des accouchements ne fut publié que six ans après sa mort (1759), par Morisot-Deslandes. (Puzos à son lit de mort avait remis son manuscrit à Gervais son élève et son ami, mais le manque de temps ne permit par à ce dernier de remplir la mission que son maître lui avait confiée.) L'éditeur se vit obligé de remanier le manuscrit à divers endroits, et de modifier une série d'expressions et l'ordre des chapitres (Gervais déjà avait fait quelques additions). Gomme, suivant sa déclaration (voy. la Préface), l'éditeur ne s'était pas occupé d'accouchements, il ne fit point d'additions au livre de Puzos, de sorte que le jugement qu'on porte sur le livre s'applique exclusivement à son auteur.
La considération que les contemporains accordaient à Puzos, se reflète dans les écrits de Levret, qui en est comme garant; elle doit lui être conservée aujourd'hui, car beaucoup de ses doctrines sont restées debout, et son nom est inscrit avec honneur parmi ceux auxquels l'art est redevable de grands progrès.
Obs. — Sur la vie de Puzos, voy. * Mém. de VAcad. de chir., t. III. Paris, 1757, in-4°, p. 121. « Eloge de Pii^os par Morand », qui a été reproduit dans le * Traité, p. lui, édité par Morisot-Deslandes. Paris, i759,in-4".
§ 123. — Doctrines de Pu^os.
Puzos parle du bassin avec une précision remarquable, il accorde une grande attention aux vices qui peuvent avoir pour effet de rendre Taccouchement difficile ou fâcheux. Il a appelé l'attention des accoucheurs sur les dangers que peut entraîner un bassin trop large, dangers qui n'avaient été vus par aucun accoucheur avant lui. Il admet le rachitisme comme cause essentielle d'étroitesse pelvienne, et il donna une bonne description des effets de cette maladie sur le bassin. Il rend surtout l'accoucheur attentif au diagnostic de cette viciation pelvienne, et à la dépression dans la re'gion lombaire, à la hauteur de la jonction de la dernière vertèbre lombaire avec la première vertèbre sacrée, qui existe dans cette déformation.
Très précieuse est l'observation quMl fait, en disant que des femmes bien conformées, en apparence, peuvent néanmoins avoir un bassin vicié, et que d'autres, qui présentent à l'extérieur des signes d'altération pelvienne, peuvent avoir un bassin normal, ce sont là des faits qui ont une grande importance. Puzos décrit aussi avec exactitude les parties molles, la structure de la matrice, les moditications que subit le col pendant la grossesse, au point de vue de sa situation dans le bassin et de sa forme. Ces descriptions sont si exactes, qu'elles révèlent un grand esprit d'observation et une habileté toute spéciale d'exploration. Sous ce rapport, ses règles sont très précieuses; il montre la grande utilité de Pexploration interne et externe, combinées et simultanées, chez la femme enceinte aussi bien que chez les femmes malades. Ses observations sur les hémorrhagies, chez les femmes enceintes, sont très belles, et ses opinions sur les sièges variés du
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIIl" SIECLE 295
placenta sont extrêmement justes ; il pense, contrairement à l'opinion de Deventer. que le placenta peut se développer sur l'orifice de la matrice.
11 ne croit pas qu'un cordon trop court puisse détacher le placenta de ses connexions, car. dit Puzos, la torsion du cordon « en forme de spirale -> lui permet de s'allonger quelque peu. Dans le ch. X, consacré à l'accouchement normal, il est question, pour la première fois, de « soutenir de la main le périnée ». On V trouve aussi le conseil excellent d'engager la femme à s'abstenir de faire des efforts à la fin de l'accouchement, afin de prévenir les déchirures du périnée, qui sont si désagréables ; on n'atieini pas toujours ce résultat, dit-il, « des déchirements modérés sont rarement évités dans un premier accouchement, mais il suffît, pour les guérir, d'une situation tranquille et de maintenir les cuisses rapprochées ». Parmi les opérations obstétricales, Puzos s'occupe spécialement de la version surles pieds, qu'il décrit très minutieusement.
Il vante beaucoup la version monopode. procédé qu'il avait appris de son maître Clément; il décrit bien les avantages qui résultent de l'extraction moyennant un seul pied, et les accoucheurs modernes qui ont adopté ce procédé n'ont rien ajouté d'important à ce que Puzos avait dit. Quand, dans les présentations céphaliques, l'accouchement traîne en longueur, il conseille d'employer le forceps, mais il faut ajouter qu'il ne connaissait que le forceps droit, et il ne conseille de l'appliquer que si la tête est profondément engagée. Le chapitre consacré à la délivrance (XIII) est excellent; après avoir appliqué sur le cordon deux ligatures, entre lesquelles on en fait la section, on attendra les contractions de la matrice, et on ne fera l'extraction du délivre que quand on aura constaté qu'il a été engagé profondément dans le vagin; un écoulement de sang annonce que le placenta a été détaché complètement ; dans ces derniers temps, on a constaté la justesse de cette observation. Les paroles suivantes iiKjntrent avec quelle exactitude il avait apprécié ce qui se rapporte à l'extraction du placenta : « Dans la confiance où je
suis, que l'expulsion du placenta est autant l'ouvrage de la nature, que le travail qui fait venir l'enfant, puisque les douleurs qui constituent le travail se continuent jusqu'au moment de sa sortie, mon sentiment est, qu'oh ne doit jamais presser son extraction, tant qu'il n'y a rien qui oblige à la précipiter 5) (p. 147). Le plus grand mérite de Puzos consiste à avoir enseigné le traitement méthodique des hémorrhagies qui se déclarent à la fin de la grossesse. Le moyen le plus puissant d'en devenir maître, consiste, selon lui, à exciter des contractions énergiques de la matrice, qui mettent en train complètement le travail de l'accouchement, et le maintiennent. 11 recommande à cet effet des frictions circulaires sur la matrice, faites avec les doigts, et entrecoupées de pauses, jusqu'au moment, où les contractions se déclarent; plus tard on peut accélérer le travail parla rupture artificielle de la poche. Par ce procédé on rendait moins souvent nécessaire l'accouchement forcé, qui est si dangereux. Les maladies de la matrice et les maladies de la première enfance, jusqu'à la sortie des vingt dents, sont également exposées dans cette oeuvre magistrale ; dans une des dissertations qui ont été imprimées avec le livre on trouve quelque chose sur les « dépôts laiteux, appelés communément lait répandu » (p. 341).
Obs. — * Traité des accoiichemens^ contenant des observations importantes sur la pratique de cet art; deux petits traités, Piin sur quelques maladies de matrice ; et Vautre, sur les maladies des enfants du premier âge ; quatre mémoires^ dont le premier a pour objet les pertes de sang dans les femmes grosses, et les trois autres sur les dépôts laiteux, par Puzos. Corrigé et publié par M. Morisot-Deslandes, Doct. Régent de la faculté de méd, à Paris. Précédé d'une Dissertât, de Véditeur, sur un point intéressant, relatif aux accouchements, et suivi de la trad. d'une dissert, lat. de M. Crantz, sur larupture de la matrice. Paris, ijSp, in-4" (le chap. X relatif à « V accouchement naturel »a été écrit par Gervais, élève de Puzos (voy. Préf.). La dissertation sur les hémorrhagies parut d'abord en 1747 dans les Mém. deVac. de chirg., I, 358, sous le titre : « Mémoires sur les pertes de sang qui surviennent auxfemmes grosses et sur les moyens de les arrêter, sans en venir à l'accouchement, dans les cas de nécessité, par une voye plus douce et plus sûre que celle qu'on a coutume d'employer.
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII^ SIECLE 297
I 124. — William Smellie.
Au milieu du XVI I P s-iècle, se distingua, en Angleterre, l'accoucheur William Smellie, d'origine écossaise, comme un maître éminent, un praticien heureux et un écrivain d'une grande solidité. Il s'appuyait sur quarante années de pratique, dont une moitié à la campagne (de 1 722 à i /3g), l'autre à Londres (Jusqu'en 1760). Dans sa jeunesse, il avait suivi les principes des accoucheurs français, particulièrement ceux de de la Motte, mais bientôt il abandonna cette voie, établit lui-même ses principes et y conforma sa pratique. Si, au début de sa carrière d'accoucheur, son attention fut attirée surtout vers les cas dillficiles de son art, il eut plus tard, dans sa carrière de maître, l'heureuse occasion de traiter, en loannées, 1 100 accouchements devant ses élèves et les sages-femmes, sans compter les cas difficiles nombreux, pour lesquels son assistance était demandée par les médecins et les sages-femmes, dans une pratique extrêmement étendue a which hath been pretty extensive». C'est dans ces heureuses circonstances qu'il faut chercher la cause extérieure de ses succès ; la cause interne, toute personnelle, se trouve dans son génie, qui lui fit découvrir les véritables besoins de son art, et les principes sur lesquels il devait baser son action. Doué d'un esprit d'observation pénétrant, il connut bien mieux que tous ses devanciers la marche de l'accouchenient normal ; à cet effet, il avait étudié avec soin la forme du bassin et celle de la tête de l'enfant; il étudia les divers mouvements que celle-ci exécute en traversant le bassin (« the manner, in which it passed along in natural labours ») ; il basa sur cette connaissance les règles de l'emploi du forceps, et il fut ainsi en état de formuler quelques principes, et de donner des règles bien supérieures à celles qui avaient été exposées jusque-là. Smellie a été le premier qui ait su apprécier exactement la merveilleuse œuvre de la nature dans le travail de la parturition; à lui appartient le mérite d'avoir ramené l'obstétri-
cie à des règles plus simples, d'avoir accordé à l'action de la nature une importance plus considérable, pour le plus grand bien de la mère et de l'enfant, et d'avoir préparé les fondements d'une école, qui n'a, que plus tard, après quelques dizaines d'années, acquis son entier et légitime épanouissement. Ce que fut Levret pour l'obstétricie française, Smellu: le fut pour celle de son pays. Ses principes ont été accueillis avec empressement en Angleterre, et ont eu sur le côté lumineux, aussi bien que sur le côté obscur de l'art, la plus grande influence. La cause de la grande prédilection des accoucheurs anglais pour la perforation du crâne doit être attribuée à Smellie; le germe de la préférence, pour ce moyen, se trouve dans ses principes d'obstétricie, qui laissent deviner peu de préoccupations pour la vie de l'enfant. Smellie mourut à Lanerk, dans le nord de l'Angleterre, le 5 mars 1763, dans un âge très avancé. Il s'était, quelque temps auparavant, complètement retiré de la pratique, et avait consacré ses dernières années à terminer la collection de ses observations.
Obs. — La littérature obstétricale ne possède malheureusement pas une biographie étendue de cet homme distingué, dont le souvenir aurait mérité de nous être conservé; les quelques documents, qui nous restent sur sa vie, doivent être cherchés dans ses ouvrages. Très digne est le jugement que porte sur lui A. Leroy dans son « Hist. des accouchements » ; il commence par ces mots : « Contemplons avec admiration et reconnaissance un nouveau consolateur, qui, après avoir observé le mechanisme de l'accouchement, en dévoile la simplicité et nous apprend avec justesse à remettre la nature sur sa voie, lorsque quelque accident la trouble et l'en écarte ». Quelques notices biographiques sur Smellu^ se lisent dans * Hutchinson, Biogr. med.^ vol. Il, p. 387. Onslow a publié quelques détails sur la vie de Smellie dans* Lond. med, Repository^\o\. XV. Lond., 1821, in-8°, p. loi. On trouve un témoignage de la droiture et de l'honnêteté du caractère de Smellie, dans un éloge du célèbre W. Hunter, où l'on fait le parallèle entre les deux médecins, et où l'on voit Smellie l'emporter sur son confrère: « Hunter se livra principalement à la pratique des accouchements, et bientôt il n'eut qu'un rival à Londres. Heureusement pour sa fortune, ce rival, Smellie, n'avait pas joint à ses talents l'art de se rendre agréable à un sexe, qui, accoutumé au langage de la flatterie, est étonné d'entendre celui de la vérité, même dans la bouche de son médecin, et voudrait qu'il s'occupât
de plaire encore plus que de guérir. On craignait le D"" Smellie, on attendait, pour l'appeler, que son secours fût absolument nécessaire, c'est-à-dire qu'il fût inutile ». Voy, * Hist. de Vacad. des sciences. Ann. 1783. Paris, 17S6, in-4", p. 32.* Portal, Hist. de Vanat., t. V, p. 529. * Dict. hist. de la méd., par Dezei- MERis, t. IV, p. 175.
§ 17.3. — Principes d'obstétrique de Smellie.
Le bassina été, avant tout, soumis par Smellie à un minutieux examen, ce qui démontre parfaitement l'importance qu'il lui accordait dans la parturition normale. Le premier chapitre de son livre estconsacréau bassin, et à la manière suivant laquelle la tète de l'enfant traverse ce canal osseux; on voit que cette partie de l'obstétricie a, dans son livre, une place convenable. La différence de la forme, entre l'entrée et la sortie du pelvis, et entre leurs dimensions,est nettement indiquée ainsi que l'influence que cette différence exerce sur la situation de la tête à l'entrée et à la sortie du canal pelvien. La tête s'engage dans Porifice supérieur suivant le diamètre transverse, de telle façon, qu'on peut sentir une oreille derrière le pubis; le diamètre le plus petit de la tête (bi-temporal) s'engage dans le diamètre antéro-postérieur ; peuà peu l'occiput se rapproche de l'arcadepubienne, et la face se dirige vers la concavité du sacrum, car, dans le canal pelvien, le diamètre transversal est le moins long. Arrivée vers l'ouverture pelvienne inférieure, la tête change encore de direction, sa partie antérieure appuie sur le coccyx, et exécute un mouvement de rotation de bas en haut autour de l'arcade pubienne. La partie la plus grande de la tête correspond au diamètre antéro-postérieur, et le front s'avance et glisse sur le périnée. C'est ainsi que Smellie développa la doctrine, dont Ould avait posé les premiers fondements (voy. | i i5); il a le mérite d'avoir décrit mieux encore le mécanisme de l'accouchement, indiqué la manière de le constater par l'aitcniion qu'il a appelée sur les sutures et les
fontanelles, comme moyens de diagnostic, et par la description plus exacte et plus conforme à la nature qu'il a donnée de la situation et de Tattitude du fœtus dans l'utérus.
A ce dernier point de vue, Smellie dit qu'un des côtés du fœtus est dirigé en avant, l'autre en arrière (Liv. III, ch. I). Smellie n'a pas méconnu les modifications que peut subir le passage de la tête à travers le pelvis, il les attribuait à des anomalies dans la forme du canal pelvien. Il n'admet plus l'ancienne doctrine delà culbute, encore adoptée et propagée par Levret; il a montré, qu'à une époque peu avancée de la grossesse, la tête se trouve déjà à la partie inférieure de la matrice. Ce qu'il dit sur l'état de la matrice, pendant les divers mois de la grossesse, portele cachet d'une observation attentive de la nature, et n'a rien de cette exactitude mesurée au compas, que l'on trouve dans quelques traités récents ; il a évité surtout cette appréciation incertaine de la longueur du col, donnée avec tant d'exactitude par des auteurs actuels. La manière, dont Smellie a divisé les accouchements, montre à quel point il estimait, dans sa pratique, l'œuvre de la nature et combien il avait cherché à restreindre l'intervention de l'art. Il appelle accouchement naturel (« natural labour ») celui où l'enfant se présente par la tête, et où la femme accouche sous l'influence des moyens ordinaires (« assistance commonlygiven »); accouchement laborieux celui où, malgré la présentation normale de l'enfant, il ne peut se terminer sans l'intervention de l'art, forceps ou perforation ; enfin accouchement contre nature celui où l'enfant se présente par le tronc, et devra être amené par les pieds ou par la tête. Il ajoute que, dans cette division, il a eu moins égard à la manière dont l'enfant s'étaitprésenté, qu'à celle suivant laquelle il a pu être amené (« the way, in whish it is delivered «), attendu que l'on a dû taire la version podalique dans des présentations de la tête. Il fait encore la remarque que, sur looo accouchements, qui sont survenus pendant une année, dans un établissement où se trouvent 3ooo femmes, 990 se terminèrent sans aucune intervention de l'art. Comme cette proportion est éloignée de celle d'un accoucheur allemand qui, sur 100 accouchements, en termine 60
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII* SIECLE 3oi
moyennant le forceps ! Dans les accouchements naturels, Smellie recommande à la parturiente la situation sur un côté, avec un coussin entre les genoux, tenus fléchis (the London method) : Dans les accouchements difficiles, Smellie préfère la situation demi-assise, et, quand il faut pratiquer la version, la situation couchée, la tète et les épaules plus basses que le siège.
Dans quelques cas, cependant, il recommande de pratiquer la version, la femme étant couchée sur le côté, surtout si les pieds de l'enfant se trouvent en avant, car, dans ces cas, on les atteint plus facilement. La description de l'accouchement par la tête, donnée dans le livre III, ch. II. sect. 2, est excellente; au point de vue dynamique et mécanique, c'est absolument conforme à la nature. L'auteur dit expressément que la partie de la tête qui entr'ouvre la fente vulvaire est celle où la suture lambdoîde touche la suture sagittale (le quart supérieur et postérieur du pariétal). Smellie savait fort bien que, quand le front était dirigé en avant (positions occipito-postérieures), et que la partie postérieure de la tête descend plus bas. elle peut se dégager en arrière. Les secoursà donner, dans les accouchements naturels, consistent en quelques conseils aux parturientes, sur la manière dont il faut coopérer aux contractions, et faire des onctions vaginales, si les parties sont sèches ou rigides. Si l'orifice est lent à se dilater, on peut y aider doucement avec les doigts, il conseille l'usage de quelques médicaments inotfensifs, qui font passer le temps, et agissent sur l'imagination de la parturiente. Si celle-ci est pléthorique, on pourra pratiquer une saignée, et administrer des médicaments antiphlogistiques. Après la naissance de l'enfant, Smellie conseille de lier le cordon du côté de l'enfant, et non du côté placentaire, afin de permettre au sang de s'en écouler ; le placenta exsangue devient plus petit, et est expulsé plus facilement par les contractions utérines. Quant à la question de savoir, si le placenta devra être extrait immédiatement après la naissance de l'enfant, ou s'il faut abandonner son expulsion à la nature, Smellie conseille un terme moyen, qui consiste à n'intervenir que quand cela est bien nécessaire.
p 126. — Médecine opératoire de Smellie.
Les principes de rintervention opératoire de Smellie tendeni à n'employer la violence, que le plus rarement possible. Suivant la division des accouchements difficiles quMI a adoptée, quand la tête se présente, il recommande la version si la tête est élevée, le forceps si elle est bien engagée, et, si Ton ne réussit pas avec cet instrument, la perforation du crâne et au besoin l'emploi de crochets. Smellie s'est acquis un grand mérite auprès de ses compatriotes, en leur donnant des règles très précises pour l'application du forceps, dans toute les positions de la tête. Ce que Levret avait fait pour le forceps en France, Smellie le fit en Angleterre pour le môme instrument ; comme son émule français, il améliora cet instrument, chercha à lui donner une forme plus avantageuse, il réalisa ce progrès, en inventant deux forceps, dont l'un, un peu plus long que l'autre, avait la nouvelle courbure pelvienne. Le mode de jonction des deux branches, très simple, ne consistait qu'en une encoche dans chacune des branches, moyennant laquelle, elles s'appliquaient l'une sur l'autre ; pour rendre solide cette jonction, se trouvait à l'extrémité des cuillers une dépression, dans laquelle pouvait être placé un lien. Au commencement, les bords des fenêtres étaient couverts d'une lanière en cuir tournée en spirale, plus tard, toute la cuiller, y compris la fenêtre, était couverte de cuir.
La règle était de saisir la tête par son plus petit diamètre, d'appliquer les cuillers sur les régions temporales. (La planche XVI de son atlas représente une des branches au-devant du promontoire, l'autre derrière la symphyse du pubis). Quand, dans une présentation de la face, Smellie cherche à amener le menton en avant moyennant le forceps, il montre par là qu'il avait une idée exacte du mécanisme de l'accouchement dans les présentations faciales, au reste, il dit qu'avec une certaine énergie, la nature peut toute seule les terminer (Liv. 111, ch. III, sect. 4,
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII« SIECLE 3o3
art. 5). Si, dans les présentations céphaliqaes. raccouchement étant urgent, le forceps ne réussit pas, et si la version n'est plus possible, il faut faire la perforation du crâne moyennant des ciseaux longs munis d'arrêts au milieu de la longueur des lames (pi. XXXIX, d). En cas de besoin, on devra faire l'extraction à l'aide d'un crochet ; celui de l'auteur est en acier, se termine par une pointe d'un côté par un crochet mousse de l'autre. S.MELLiE range les présentations des pieds et du siège dans les accouchements contre nature, bien qu'il ajoute que, dans ces cas , l'accouchement peut se terminer spontanément. Si, dans une présentationdu siège, la terminaisondeTaccouchement est indiquée, si l'enfant est engagé profondément, les doigts en crochet seront appliqués dans les aines (Mauriceau), si le siège est plus élevé, on attirera un pied, moyennant lequel on fera l'extraction; si l'on ne réussit par aucun de ces movens, on fera l'extraction avec le crochet mousse ; on ne parle pas ici de l'emploi du lorceps. Toutes les manœuvres pour l'extraction de l'enfant, le dégagement des bras et de la tête, sont indiquées avec infiniment de soins et de précision. Quand la tête vient la dernière, Smellie parle aussi de l'application du forceps, dans le cas où le dégagement de la tête présente des difficultés. Il a traité la version avec une grande prédilection ; elle est indiquée dans les présentations transversales et même dans les présentations de la tête, lorsqu'un accident menaçant, unehémorrhagie,ou tout autre, commande une terminaison prompte du travail. Smellie a essayé la version céphalique an début de sa pratique, il indique les ma'oeuvres internes au moyen desquelles la tête peut être amenée, il cite, dans ses observations, deux cas, où il a fait la version céphaliqueavec succès dans une présentation du thorax, et dans une présentation de l'épaule (Collect. X'VI, art. n" VI, cas Y et VIj. Il préféra toutefois plus tard la version podalique, comme méthode plus sûre, et il en expose clairement les avantages (ch. IV, sect, IV, n» V). Dans les accouchements gémellaires, Smellie recommande de faire la version podalique sur le û.^ enfant, s'il ne se présente pas immédiatement par la tète. L'opération césarienne ne devra être
00j\. HUITIEME EPOQUE
pratiquée que dans des cas d'étroitesse extrême du pelvis qui ne permet pas l'introduction de la main de l'accoucheur, et quand des végétations ou des tumeurs glandulaires obstruent complètement les voies. Smellie a tiré de sa pratique si étendue d'excellents préceptes sur le traitement des maladies des femmes en couches, et des enfants nouveau-nés. Smellie consigna les résultats de sa pratique dans deux volumes d'observations, dont un ne parut qu'après la mort de l'auteur ; elles sont le meilleur commentaire de ses préceptes, on y trouve aussi quelques faits empruntés à la pratique de ses amis. Il est regrettable que ces faits n'aient pas été mieux coordonnés. Il ne faut pas oublier de dire que Smellie n'a pas négligé la littérature obstétricale. L'histoire de l'art, qui se trouve au commencement de son traité, en est le meilleur témoignage. Il offre encore cet intérêtparticulier qu'on y trouve un coup d'œil sur le sort de l'obstétricie en Angleterre jusqu'au temps où l'auteur a vécu.
Obs. I. — Nous avons devant les yeux les éditions suivantes des ouvrages de Smellie sur la théorie et la pratique des accouchements :
* A Treatise on the Theory and Practice of Mid^i^ifery . By W. Smellie, M. D. London. printedfor D. Wilson and T. Dur- HAM, 1752, in-8°. Cette édition est indiquée sur le titre comme : ft the second édition, corrected ». Nous n'avons trouvé nulle part une indication delà première, il est possible qu'elle soit de l'année précédente, puisque dans la * Monthly Reviejp, t. V, Lond., fascic. du 8 décembre 175 i, p. 465, on trouve l'annonce de Theor. and Pract. of Midipif. de Smellii:, dont Burton dit, dans son livre, avoireu connaissance : * A letter to\W. Suellie containing crit. and pract. Remarqs iipon his Tj-eatise, etc. Lond., 1753, in-8°, p. 2. Les paroles que H aller (Bz'Z?/. chir., II, p. 355) ajoute à l'indication de l'éd. 1 732, sans dire que c' « était la seconde, » : « opportet aiitem ijSi prodiisse., ex Biirtoni vcrèw » se rapportent à l'édition 1752. Osiander, ouv. c, p. 3o3 a reproduit cette indication, sans avoir vu ni la première ni la seconde édition. LaBibl. brit.de. R.Watt, ordinairement si exacte, ne mentionne comme première édition que celle de 1752 sons ajouter « Sec. éd. ». Une notice que donne le* Commentât' de rébus inscient. Jiatural. etmedic. gestis Lipsiens. Prim. Dec. et le Supplem. seciind. Lips., 1764. in-8°, p. igS, ne peuvent éclairer ce doute ; Il est dit :« Prodiii prima hujuslibri editio jam anno 1752, cum
vero satis cito exempladeficerent, alteram editionem 1754, curavit auctor, in qua, etc.. uherius detinivit. multa correxit ». Il est possible que Smellie n'ait pas changé le millésime de cette édition, car nulle part on ne trouve l'indication d'une édition de 1754. La troisième parut comme corrigée. ' Lond.. 1756, in-8". Une cinquième augmentée. * Lond., 1766.
Le premier volume des Observations parut sous le titre suivant : * A collection of cases and Observations in Midiuifery, by W. Smellie, ta illiistrate his former Treatise onfirst volume on that siibject., vol. L Lond.. 1754, in-8''. Le second volume parut après sa mort : * A collection of preternatiiral cases and observations in Midu^ifery, by W. Smellie. compleating ihe design of illustrating his first vol.. of that sitbject.. vol. II. Lond.. 1 764, in-8''. Plus tard ces deux volumes d'observations furent publiés comme deuxième et troisième volume de son traité, p. ex. * A collect. of. Cases anc Observ. etc,, vol. II, 3^ édit. Lond., 1764. in-8° (contenant le premier volume des observations). * A Collect of prœternatiiral cases, etc.. vol. III, the sec. éd. Lond.. 1766, in-8° (contenant le 2^ vol. d'obs.j.
Deux éditions en trois vol. (av. des planches d'anatomie; sont citées par R. Watt : A Treatise of the Theory, etc.. by M. late D'' YoNG. Dubl., 1764, 3 v. in- 12 et Edinb., 1784. 3 v, in- 12.
Entin Osiander cite une édition complète de Londres en 3 voL (également avec les fig. d'anat.) de Tannée 1779.
M. de Préville a publié une très bonne traduction des œuvres complètes de Smellie en 4 vol. 'Paris, 1754, i**" vol.; 1756,2® vol.; 1765. y et 4* vol (i).
Préville le traducteur des œuvres de Smellie rend pleine justice à l'accoucheur anglais.
Traduct. allemande des xro'is volumes : le i*" par J. E. Zieber. Altenburg, * 1755, les 2® et 3® vol. (les observations) par G. H. Konigsdorfer, * 1763, et 1770. in-8°.
Tr. holl. : par Math van der Hagen. Amsterd., 1765, in-4°(le traité seulement).
Obs. II. — Très intéressantes sont les notices que Smellie a données sur les cours qu'il faisait pour les étudiants, et qui ont été publiées dans de petits écrits devenus excessivement rares.
(1) Le i^rvol. a été réimprimé en * 1771, le 2» en* 1777. Ils ont la même pagination que dans la i''^ édition. Le quatrième volume renferme les planches de l'atlas idont il sera question plus loin), réduites au i/3, La découverte du Secret de Roonhiiysen, qui dans la i"^* édit. du premier volume se trouve à la fin de celui-ci, est dans la i" au commencement du 4^ volume, où se trouve aussi la Table générale des matières. (F.-J. H.i
SIEBOLD-HERRCOTT. II — 20
3o6 HUITIÈME ÉPOQUE
Chacun d'eux se divisait en i8 leçons (terminées en 3 semaines), dont le sommaire est indiqué dans ces écrits. Dans les « Conditions )> e"[ui sont imprimées en tête, on voit qu'un cours coûtait 3 guinées ; deux, 5 guinées; un semestre i5 et 20 guinées. Chaque élève versait, en outre, une aumône dans un tronc commun (a commun stock), qui servait à secourir les femmes pauvres accouchées par les élèves, etc. Le titre de ce petit écrit est : * A course of lectures upon Midipifery ^ jpherein the Theorj/- and Practice of that A rt are explained in the clearest Manner. By W. Smellie, m. D. Printed in theyear 1/53, in-4°.
§ 127. — Atlas obstétrical de Smellie.
En 1754, Smellie publia, pour expliquer ses doctrines, une série de planches qui furent dessinées par des artistes célèbres et gravées sur cuivre, avec un soin et une habileté dont la littérature de l'art n''avait jusqu'alors fourni aucun exemple aussi parfait. Elles représentent le bassin (3 pL, I, II, III), les parties génitales externes (i pi. IV), les modifications que subit la matrice pendant les divers mois de la grossesse (6 pi., V-IX, XI), où l'on a aussi représenté l'attitude du fœtus, une grossesse gémellaire (i pi. X, qui a été souvent copiée depuis); l'accouchement normal (4 pL, XII-XV), l'enclavement de la tête et l'application du forceps qu'il nécessite (4 pi., XVI-XIX); la situation de l'enfant dans l'accouchement paria face, le menton en avant (2 pi., XX- XXI), d'autres présentations de la face (5 pi., XXII-XXVI); la tête dans un bassin rétréci, où les os chevauchent les uns sur les autres (2 pi., XXVII, XXVIII); des présentations du siège (2 pi., XXIX, XXX) ; les présentations transversales (4 pi., XXXI XXXIV); l'application du forceps sur la tête venant la dernière (pi. XXXV), sur la tête arrachée du tronc (i pi., XXXVI) les divers instruments de l'auteur (3 pi., XXXVII-XXXIX). L'exécution des planches qui est très bonne (i) esttoujours accompagnée d'explications détaillées. C'est avec raison qu'OsiANDER dit que
(i) Nous aurons l'occasion de faire remarquer plus loin qu'elles ont passe dans d'autres livres. (F.-J. H.)
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII« SIECLE So/
« ces figures ont banni des traités d'accouchements les anciennes figures qui représentaient si peu l'état réel des choses, et en ont donné une idée meilleure et plus exacte ». L'accueil que les contemporains ont fait à cette publication du maître est prouvée par la nécessité d'en donner une nouvelle édition au bout de sept années, et encore une autre en 1787. En Allemagne, l'Atlas fut publié à Nuremberg, plus tard à Augsbourg. En France il parut en plus petit format (réduit au i/3) et fut ajouté comme 4^ vol. des œuvres de Smellie.
Obs. — Le titre complet de ces planches est le suivant : A Set of anatomical Tables ipith Explanations and Abridgementofthe Practice of Midwifery ^ ivith a View to illustrate a Treatise on that Subject and Collection of Cases. By W. Smellie. Lond., 1754, imp. fol. * Second édit., correct., ibid., 1761, imp. fol.'^A Neip. Edit. car efully correct, and revised with Notes and Illustrations adapted to the présent improved Method and Practice., by A. Hamilton, Prof, ofmidiv.in the Univ. of Edinb. Edinb., 1787, imp. fol.
Suivant la préface de Smellie, c'est Rvmsdyke et le célèbre Camper, en dernier lieu professeur d'anatomie et de botanique à Amsterdam, qui, sauf deux planches, ont dessiné les figures. Elles ont toutes été gravées sur cuivre par Grignion.
L^édition allemande, qui ne le cède en rien à l'édition anglaise comme netteté du trait, qui, dans quelques figures même, la surpasse, a été soignée par G. L. Huth, le texte est en latin et en allemand. Les planches ont été gravées par J. M. Seeligmann. * Nûrnb., i758.in-fol. Une autre édition, avec le texte allemand seul, a été publiée par D. G. L. B. (Becker) av. 40 pi. *Augsb.,
L'édition française des œuvres complètes de Smellie comprend les planches dans le IV* vol. Elles sont aussi très bien exécutées, le format les rend très commodes.
§ 128. — John Burton.
Smellie trouva un violent adversaire dans la personne de John Burton. accoucheur à York, qui soumit ses doctrines à une critique hostile et acerbe ; en beaucoup de points, elle est injuste et inspirée d'un sentiment de jalousie et d'amour-propre blessé, plutôt
3o8 HUITIÈME ÉPOQUE
que de l'amour de la vérité. La publication simultanée d'un ouvrage de Burton et du traité de Smellie avait enflammé ces sentiments haineux. Burton reproche à Smellie de manquer d'érudition, etd"avoir, danssonexposé historique, copié Le Clerc et Freind. Il rectifie quelques-unes de ses assertions, mais, pour cela, il a lui-môme mis à profit comme source principale d'informations, la Method. stiid. med. de Boerhaave-Haller. Il critique ses descriptions anatomiques, et blâme quelques procédés opératoires, rejette le forceps de Smellie, et reproche à celui-ci de l'avoir couvert d'une lanière de cuir. C'est par erreur que Burton attribue à Paré la pince figurée au n° i5, attendu que c'est celle de RuEFF(voy. plus haut§ i i). Au reste, sur la même planche sont représentés les instruments d'AsuLCASis.
Dans le nouveau système d'accouchements de Burton, publié en 175 i,ontrouve quelques doctrines utiles et pratiques ; l'auteur expose des idées raisonnables sur le bassin de la femme, surtout sur son orifice supérieur, au point de vue de sa grandeur, il donne exactement la dimension de son diamètre antéro-postérieur, et à cette occasion, il s'élève contre la dépression du coccyx, qui était une pratique très en faveur. Il combat les idées d'OuLD relatives à la tête du fœtus, et il montre que le menton est dirigé, non vers une des deux épaules , mais vers la poitrine. L'étroitesse pelvienne impose la version sur les pieds, et, pour faire l'extraction, les deux pieds devront avoir été amenés. Les instruments qu'il propose ne peuvent être vantés, son forceps, pour amener la tête, est totalement inapplicable, deuxcuillers non fenêtrées sont adaptées à une béquille, le manche s'engage dans une gaine, et par un mouvement de va-et-vient, les cuillers se rapprochent ou s'éloignent. Il a aussi imaginé un perforateur à gaine (extractor), qui se termine par quatre crochets (pied d'aigle), comme on en voit un désigné comme « pes gryphius » dans l'arsenal de Paré (voy. plus haut § 34), c'est avec cet instrument qu'il propose aussi de faire l'extraction du placenta renfermé dans la matrice. Pour réduire le bras prolabéil propose une béquille (crutsch), qui devra être appliquée sur l'aisselle. Quelle qu'ait été l'ardeur que Burton a déployée
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII*' SIECLE 3og
pour l'obstétricie, et la faveur dont il a Joui auprès de ses lecteurs, il n'a pu diminuer les mérites de Smellie, ni ane'antir ses doctrines, et, à ce point de vue, il n'a pas atteint son but.
Obs. — Le titre long et complet de l'ouvrage de Burton est : * AnEssaj^ to^pards a complète nen^ System of Midiinfery theoretical and practical. Together jpith Descriptions^ Causes and Methods of removing, o}~ relieving the Disorders peculiar to Pregnant and Lying-in Women, and neip born Infants. Interspersed with several neip Improvements ; rphereby Women may delivej'cd, in the most dangeroiis cases, jpith more Base, Safety., and Expédition, than by any other Method heretfore practised : Part q/ jpliich lias been laid before the Royal Society at London, and the Médical Society at Edinbiirgh ; after been periised by Many of the most Eminent o/their Profession, both in Great Britain and Ireland ; by jphom they were gratly approved of. AU Dranm iip and Illustrated jpith several curions Observations and eighteen Coper-Plates. In four parts. By John Burton. Lond., 175 i, in-80. L'annonce de cet ouvrage se trouve dans le numéro de sept, de Monthlv Reviejp, ijSi, p. 286.
Trad. franc, avec ohseryaxions.* Système nouveau et complet de Vart des Accouchements., tant théorique que pratique, etc., par M. le Moyne, Dr régent de la Faculté de méd. en l'université de Paris; t. I, 1771 ; t. II, 1773, in-8°.
L'écrit contre Smellie : * A Letter to W. Smellie containing critical and practical Remarks upon his Treatise on the Theory and Practice of Midwifery. By J. Burton, wherein the varions gross Mistakes and dangerous Methods of Practice mentioned and recommandet by that Writer, ar fully demonstrated and generally corrected, etc. Lond., 1753, in-8°. Ce fut Giles Watts qui prit la défense de Smellie dans son livre : Réfections on slojp and painful Labours, and other subjects in Midnnfery ; together n'ith several other Disorders incident to pregnant Women, ipith Remarks on D"" Burton's Letter to D"" Smellie. Lond., 1755, in-8^
Une observation d'extirpation d'un polype utérin (Excrescence from the wromb, voy. la figure y jointe), se trouve dans *Philosoph. Transact., n" 495. Lond., 1751, p. 520.
§ 129. — Georges Counsell.
Georges Counsell, chirurgien et accoucheur à Londres, publia en 1752, un livre pour les sages-femmes, qui ne s'étend pas au
delà du cercle qu'il s'était tracé, et qui est très bien adapté aux principes régnant alors dans la pratique de l'art. Counsell exprime les plaintes les plus amères contre les pratiques insensées et niaises dont se rendaient coupables un grand nombre de sages-femmes et de matrones sans diplôme ; le but du livre est précisément de réagir contre ces misères. Il n'entre pas dans Texamen des théories, n'expose que ce que les sages-temmes doivent savoir pour être utiles, et indique très bien les cas où il est urgent d'appeler un accoucheur. Il énumère un grand nombre de moyens propres à exciter les contractions, tels que les sternutatoires anciennement recommandés et les vomitifs, surtout Pipéca, toutefois, ces derniers moyens ne devront pas être prescrits par les sages-femmes seules, mais avec l'assistance d^n médecin. Le conseil qui est donné par Counsell aux sagesfemmes, de dilater l'orifice de la matrice par des mouvements circulaires avec les doigts, témoigne d'une certaine rudesse dans la pratique. Les présentations des pieds seront, dans tous les cas, terminées artificiellement. Les présentations de la face seront converties en présentations du crâne; si la tentative ne réussit pas, Taccouchement sera terminé par un accoucheur au moyen du forceps ou de la version. Les différents modes de présentation de l'enfant, décrits, sont innombrables, pour la plupart, la version est recommandée. La disjonction des os du bassin pendant le travail, dont il a été parlé si souvent, est rejetée par Counsell, de même, il n'admet pas qu'un enfant vivant aide au travail, comme sMl naissait de lui-même, et bien qu'il y ait un fond de vérité dans la difficulté plus grande de la naissance d'un enfant mort, l'auteur explique la différence par une excitation moindre qu'exerce sur la matrice, et principalement sur l'orifice, un enfant mort, et surtout en putréfaction (voy. p. 1 1 5). La mort subite pendant l'accouchement, ou peu après, n'est produite que par deux causes : ou bien une apoplexie, suite de la congestion active du sang vers la tête pendant les violents efforts, ou l'affiux instantané du sang vers les viscères abdominaux, affranchis de la pression abdominale (p. i 54). Une liste de formules est ajou-
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII® SIECLE 3 I I
tée au livre, ainsi que deux planches qui Tornent bien faiblement ei qui représentent un bassin normal et un bassin vicié.
Obs. I. — * The Art o/ Midwifei'y : or ihe Mid^in/e's sure Guide : rphere the most successful methods of Practice are laid doipn, in the plainest, clairest and shortest Manner. By George CouNSELL, Surgeon and Practitionner in Midwifej^y. Lond., 1752, in-8°.
Obs. II. — Naegele dans son : * Lehrbuch der Gebiirtshulfe fur Hebammen. Heidelb., i83o, in-8*',§ SgS (Traité des accouchements à Pusage des sages-femmes), dit, à propos du placenta prœvia; qu'« il y a des cas, où, après des hémorrhagies, la femme se rétablit, où à la suite de la version, les circonstances semblaient promettre un succès, et où, la femme peut mourir subitement sans qu'il soitsurvenu une nouvelle hémorrhagie » ; le célèbre accoucheur cherchant la cause de cette mort subite, trouve « qu'une partie du sang, dont la masse a été diminuée, afflue vers les viscères abdominaux, où la pression a été amoindrie subitement, et que par suite de ce déplacement, le cerveau et le cœur n'en reçoivent plus en quantité suftisante pour y maintenir l'excitation nécessaire à la vie ». Il est certes bien intéressant de trouver dans CouNSELL la même explication de la mort des accouchées dans ces circonstances, il dit positivement : « This Accident doubtless, miist proceed from a great and sitdden Flom oftheBlood into the inferior Blood-wessels, n'hose Diameters or Capacities are immediatly and greatly enlarged iipon the Removal ofthe Infant. Waters and After-burden, by which they 7pere before compress'd : and iipon this great and sudden Flojp of Blood dojpnwards, the Brain, from ivhence proceed the animal Spirits^ is deprived ofits iisual Siipply ;and even the Heart itselfis not siipplied, at this Junetiire, jvith a sufflcient Qiiantity of Blood and Spirits to carry on the Circulation, without which Death must specdily ensue ».
§ i3o. — Benjamin Piigh.
Un chirurgien de Chelmsford en Essex, Benjamin Pugh, publia, en 1754, un ouvrage consacré exclusivement à la pratique des accouchements; il avait laissé décote toute théorie. Les ouvrages si remarquables d'OuLD et de Smellie ne Pavaient pas effrayé, comme il le dit dans sa Préface, de faire connaître au pu-
3l2 HUITIÈME ÉPOQUE
blic ce que l'expérience lui avait appris de bon, et pouvant être utile aux Jeunes accoucheurs. Il avait une grande expérience, et il dit que, dans l'espace de 14 années, il avait soigné 2,000 accouchements (Préf., p. iv). Son livre commence par un exposé de la manière d'explorer, ce moyen de diagnostic si essentiel pour l'accoucheur. 11 préfère l'exploration moyennant deux doigts à celle pratiquée avec un seul, et pour la pratiquer, il conseille de faire coucher la femme sur le côté gauche. Il recommande la même situation pendant le travail. Dans quelques circonstances, il croit utile de placer la parturiente sur les genoux d'une femme robuste qui l'entoure de ses bras. Cette situation lui paraît préférable à celle sur un siège à échancrure, comme le recommande Deventer, qu'il rejette complètement, par ce qu'elle expose la parturiente à des refroidissements. Pour pratiquer la version, il recommande le lit entravers, afin que la main qui explore à l'intérieur puisse être soutenue par celle qui est placée sur le ventre (ch. II). Si le cordon forme des circonvolutions autour du cou de l'enfant, on devra les faire passer par-dessus la tête, aussitôt que celle-ci aura franchi la vulve ; si on ne réussit pas, on fera rapidement la section de l'anse du cordon, et on attirera de suite l'enfant, puis on liera le cordon ; une hémorrhagie n'est pas à craindre. Quant à la délivrance, l'auteur conseille d'attendre dix minutes, et, si au bout de ce temps, la délivrance iVa pas eu lieu, d'introduire sans retard la main gauche pour détacher le placenta et en faire l'extraction (ch. V). En cas de grossesse gémellaire, le second enfant devra toujours être amené par les pieds, après qu'on aura pratiqué la version (ch.Vl). La version estbien décrite avec tous ses détails; quant à ses indications, ce sont : les présentations transversales, les présentations de latête, quand il y a des accidents qui menacent la mère, et, dans certains cas aussi, l'étroitesse pelvienne; mais si dans ces circonstances, le forceps est applicable, on doit lui accorder la préférence, car il est : a more easy andsafe Methodfor Mother and Child ». Si, lors de l'extraction par les pieds, la tête était arrêtée, on devra introduire deux doigts dans la bouche de l'enfant, ouvrir la bouche, dépri-
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 3l3
mer la langue pour donner passage à l'air jusqu'à la glotte : il prétend avoir sauvé, par cette manœuvre, la vie à beaucoup d'enfants. Il se sert aussi, à cet effet, d'un tube flexible et aplati, qu'il introduit dans la bouche de l'enfant (ce procédé a trouvé plus tard un imitateur en la personne de Weidmann avec son vectis aërophorus). Quand la version n'est plus possible, à cause du volume considérable de la tête, ou de son enclavement dans un bassin rétréci, Pugh fait usage, suivant son dire, depuis 14 ans, de deux forceps qu'il a inventés (the curved forceps) un plus long que l'autre (i). Les cuillers ressemblent à celles de Levret, les manches à ceux de Smellie, le mode de Jonction en encoche. PuGH rejette le lien que Smellie appliquait sur les manches pour les maintenir. Les cuillers du petit forceps sont couvertes d'une lanière de cuir. Les règles pour l'application du forceps sont données d'une façon très complète. Pendant l'extraction, on aura soin du périnée qui sera soutenu par une des mains de l'opérateur, ou par celle d'un aide, appliquée à plat. L'auteur dit, p. 4, « By the method of Turning and the Assistance of my curved Forceps, when Turning was impraticable, 1 hâve not opened one Child's Head, for upwards of fourteen years ». Si,
(i) * Le court mesure 1 1 pouces ; le long, 14, le forceps court a un indice de courbure pelvienne. Voy. Mulder, pi. III, lîg. 18, 19, et pi. IV, fîg. I et 2. Quant à la date de l'invention du forceps courbe, elle remonterait au début de sa pratique, qui commence 14 années avant la publication de son livre, 1754 — 14= 1740, ce qui paraîtra bien douteux, en toutcas insuffisant pour ravir à Levret l'invention du forceps courbe c'est aussi l'avis de Mulder, p. 55.
Le livre de M. Budin « Obstétrique et Gjmécologie ». Paris, 1886, in-8", contient, p. 65i, un intéressant chapitre intitulé: « VInventeur du forceps à double courbure n ; il doit en être fait mention ici.
M. Me Clintock a présenté h la Société obstétricale de Dublin, au mois d'avril 1876 [Obstetr. Journal, August 1876, p. 33o|, un mémoire sur la priorité de l'invention du forceps courbe. Si, à l'égard de Smellie, la priorité doit être attribué à Levret, il n'en serait pas de même à l'égard de Pugh. En effet, dans la préface de son livre, publié en 1754, il est dit que « son forceps courbe a été inventé depuis 14 ans » (1740). Cette simple affirmation tardive suffit-elle pour disputer la priorité d'invention d'un instrument présenté à l'Académie des sciences dès 1747? M. Budin ne le pense pas, et nous partageons son opinion. (F.-J. H.)
dans la présentation du crâne, la face est tournée en avant (occ. post.), cela n'apporte qu'une très petite différence dans l'expulsion spontanée, si le bassin est bien conformé. Mais la présentation de la face rendrait la version nécessaire (ch. XII et XIII). Les présentations des pieds incomplètes sont défavorables ; on devra toujours dégager Tautre Jambe, si on doit procéder à l'extraction ; en cas de procidence du cordon, on fera la version sans essayer de le réduire. A la fin du livre, l'auteur raconte quatre observations d'accouchements remarquables. Dans un, le travail avait été entravé par une excroissance charnue à l'orifice ; après son ablation moyennant l'instrument tranchant, l'accouchement se termina au bout d'une demi-heure. Deux autres accouchements avaient été compliqués d'une ascite. Le dernier accouchement était compliqué d'une atrésiedu vagin survenue à la suite d'une déchirure faite par une sage-femme dans l'accouchement précédent. Cet obstacle fut levé par l'instrument tranchant. A la suite du livre on trouve des planches représentant des instruments, entre autres un tire-tête composé de quatre anses et de tiges métalliques, au moyen desquelles elles sont appliquées sur la tête quand elle est profondément engagée ; des appareils pour fracturer des os. etc.
Obs. — * Benj. Pugh. a Treatise of Midipifery chiefly jvith Regard to the opération. Witli several Improvements in the Art. To n-'hich isadded, some cases and Descriptions n'ith Plates of several nen> instruments both in Midnnferj^ and Surgery. Lond., 1754, in-S". OsiANDER, à l'exemple de Haller, a indiqué encore une édition de 1748, mais aucun des deux ne dit l'avoir vue. Cette édition quoique annoncée n'a jamais paru.Voy. la Préf. de Pugh, p. v. a I intended publishing this four years ago, which I attempted by suscription, but it did not fill », que Haller traduit par ces mots : « ea editio successu caruit ». C'est aussi pour n'avoir pas vérifié le texte dans l'original, qu'OsiANDER attribue à Pugh le conseil de placer la parturiente sur les genoux d'un homme robuste, alors que la personne formant ce fauteuil obstétrical vivant, est appelée par l'auteur « a good strong woman » p. 7. Ici aussi Osiander a suivi Haller son guide, qui dit àanssa. Bibl. chir., II, p. 3ir. « optime parère matrem, qua; genubus robusti viri insideat ». C'est ainsi que faute de recou-
rir aux sources, on propage des erreurs ; il faut dire aussi que de pareils procédés diminuent singulièrement la confiance qu'on peut accorder à un auteur.
§ i3i. — Dispute entre les sages-femmes et les accoucheurs en Angleterre.
Les progrès de l'obstétricie, et l'ardeur des accoucheurs en Angleterre, pour son étude, devaient nécessairement avoir pour résultat d'augmenter la confiance du public dans leur assistance, et de diminuer sa considération pour les sages-femmes ; cellesci ne pouvaient être indifférentes à une telle situation, aussi, cherchèrent-elles à se défendre contre ce qu'elles regardaient comme une atteinte à leurs droits, et à former une opposition contre les accoucheurs. Elles cherchèrent à déprécier leur intervention instrumentale, à faire ressortir les dommages qui en résultaient pour les mères et pour les enfants, à montrer que cette intervention des hommes était peu honorable. Les accoucheurs anglais ne purent se laver complètement du reproche qui leur était adressé, d'avoir une grande prédilection pour la perforation ; la fréquence de cette opération devait rendre suspecte, pour le public, l'intervention des accoucheurs. Toutefois^ les efforts des sages-femmes, pour éloigner les accoucheurs de la pratique, restèrent sans effet. L'obstétricie avait fait de trop grands progrès, son utilité, qui en était le résultat, avait été trop bien appréciée du public, pour que celui-ci se laissât convaincre par des reproches dont le mobile était intéressé. Ni l'écrit d'ELi- SAI3ETH NiHELL. uuc sagc-fcmmc de Londres, qui avait pris en mains la défense de ses consœurs, ni les satires dirigées contre les accoucheurs par des hommes étrangers à l'art, n'eurent l'effet désiré ; ils furent réfutés par la voie scientifique, tombèrent dans l'oubli, et on ne fit que rire de cette opposition.
Obs. I. — Parmi ces satires, il faut citer avant tout l'écrit mordant qu'un anonyme (Fr. Nichols) adressa vers ijSi, aux cen-
3l6 HUITIÈME ÉPOQUE
seurs du collège royal des médecins de Londres : « TJie pétition ofthe iinbornBabes ». Lond., ijSi (Pétition des enfants non encore nés). Ceux-ci se plaignent des mauvais traitements qu'ils ontà subir, dans le sein de leurs mères, de la part des accoucheurs, armés de leurs pinces, crochets et autres instruments barbares, et demandent instamment d'en être affranchis. Voy, * Sue, Ess. hist.^ t. I, p. 209 et 2x3, où l'on trouve des extraits de cet écrit devenu très rare.
Comme l'on verra plus loin, il n'a pas été sans inlluence sur l'introduction de l'accouchement prématuré artificiel dans la pratique.
La pratique des accoucheurs anglais a été attaquée avec une violence qui n'est pas moindre, par Sterne dans la personne du D"" Slop de son Tristram Shandy.
Obs. II. — L'écrit de la sage-femme Elisab. Nihell porte le titre suivant :
Treatise on the Art of Midrpifery ; setting forth vaj'ioiis Abuses therein., especially as to the Practice jpîth Instruments. The vphole servingto put ail rational Enqitirers in afair Way of forming their ojpn Judgement iipon the Question. Which is best io employ., in Cases of PregJiancy and Lying-in a Man~ Midipife or a Midnnfe. Lond., 1760, in-8°. Against allmale Practitioners, and particuïary Smellie (S. Watt). A une critique de son ouvrage, qui parut dans Critical Revieyp, elle répondit bientôt : An A?isiper to the Aiithor ofthe Crit. Rev. iipon the article of her Treatise, etc., 1760, ïn-'è°(ibidj. Il parut en outre : The Danger and Immodesty of the présent too gênerai Ciistom of iinnecessarly employing Men-Midipifes. Lond., 1772, in-8° f« From the injurions suggestions hère insinuated, as jpell as from the list of midrpifes subjoined to their pamphlet, it jpould appear to us., that the tphole is an interested attempt to divertthe obstétricale practice from the chanell in yphich it non' flojps »), dit un compte rendu dans * The critic, Revieip, vol. XXXIII. Lond., 1772, in-S", p. 417.
Comme supplément : The présent Practice Midvpifery considered, 1773, in-8''(Voy. crit. Rev.,x. XXXIV, p. 3i3).
La Peyre, Enquiries n-'heter xpomen xpith child ought toprifer the assistance of their onm Sex or that of Men-Midwifes. Lond. , 1772, in-8° (Défense des accoucheurs).
On trouve dans le livre d'AvELiNG de curieux détails sur l'association des sages-femmes et l'intervention de P. Chamberlen jeune, et du D"' P. Chamberlen dans cette association, ainsi que sur les procès qui en furent la suite. Voy. ouv. c.,p. 20 et p. 34. (F.-J. H.)
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE Si/
§ i32. — William Hunier.
Les principes de William Hunter, contemporain de Smellie, ne furent pas sans influence sur l'état de l'obstétricie en Angleterre; ils tendaient à restreindre le plus possible, sinon à proscrire de la pratique, l'emploi des instruments en général, et surtout celui du forceps. Né à Kilbride dans le comté de Lanerk en Ecosse. Ie23 mai 1718, Hunter sedestinad'abordàl'état ecclésiastique, mais il se sentit attiré bientôt vers la médecine, qu'il étudia sous la direction du célèbre Cullex, alors que celui-ci habitait encore Hamilton: il acheva- ses études à Edimbourg, puis, en 1741, se rendit à Londres, où il perfectionna ses études anatomiques sous Jean Douglas, tout en ne négligeant pas l'étude de la médecine et de la chirurgie. Dès 1743, il présenta à la Société royale son mémoire sur la structurée! les maladies des cartilages articulaires, et tit, trois années après, des leçons sur l'anatomie (1746). La haute considération dont jouissait son maître Douglas, comme accoucheur, avait fait impression sur son élève, qui commença à s'occuper activement d'accouchements ; dès 1748, il fut nommé chirurgien accoucheur « Surgeon Man- Midwife « à l'hôpital de Middlesex, plus tard, dans British-Lyingin-Hospital. Sa pratique ne tarda pas à s'étendre beaucoup à Londres. L'aménité de sa personne et ses procédés aimables paraissent lui avoir assuré la préférence du public sur son compatriote et collègue Smellie. Ce qui ajouta encore à la rapidité de ses succès, fut la mort de Richard Manningham, accoucheur très aimé du public (174g), et la retraite, peu après son arrivée à Londres, du D"" SANDvs,qui avait été très occupé. Dans ces circonstances, le succès rapide de W. Hunter devenait certain ; en peu de temps il acquit une grande considération, et devint à la mode dans la grande ville (qu'on me permette cette expression) ; son influence sur l'obstétricie anglaise fut considérable. La situation que Hunter avait prise vis-à-vis de Smellie, son concurrent, a bien pu le conduire à se poser en adversaire du forceps, que
3l8 HUITIÈME ÉPOQUE
Smellie avait tant perfectionné; la voix du public, et l'écho des disputes dont nous avons parlé dans le | i3i, peuvent bien aussi avoir exercé leur influence. A la fin de sa vie, Huntek a écrit ces paroles : « Les connaissances que je tiens de mon expérience me conduisent à penser que le forceps a, en somme, fait plus de mal que de bien (« bas done more harm than good ») ; je crains en général les instruments dans les accouchements ». Dans son travail sur la symphysiotomie, il dit : « que le public doit dans les accouchements se méfier de tous les instruments ». Fischer, dans les renseignements qu'il a recueillis à Londres même, dit que « quand Hunter parlait du forceps, il appelait un serviteur pour le prier de lui apporter cet instrument, qui était toujours couvert de rouille, et comme hors de service », et qu'il se vantait de « ne jamais en faire usage ». Si, après Smellie, les accoucheurs anglais n'employaient le forceps que très rarement, négligeant d'avoir recours à son emploi si utile dans certains cas, cela a bien pu conduire à une fréquence dans l'emploi du perforateur, et à rendre usuelle chez eux la perforation du crâne. Hunter peut bien avoir eu une certaine part dans la déviation des doctrines obstétricales en Angleterre. Quand Fischer ajouta : que « Smellie introduisit le forceps dans la pratique et que Hunter l'en fit sortir », il peut bien avoir exagéré les choses, car Hunter lui-même accorde une certaine utilité à cet instrument, il dit en effet : « I hâve sometimes used it with advantage and, I believe, never materially hurt a mother or child with it, because I always used itwith fear and circonspection ». Hunter était opposé aussi, au plus haut degré, à l'opération césarienne, qu'il regardait comme absolument mortelle pour la mère, et, en vertu de sa proposition, que la vie de la mère était toujours plus précieuse que celle de l'enfant (Reflect, etc.), il ouvrait à la perforation un champ d'action plus étendu. D'après ce que dit Hunter (ibid), l'opération césarienne n'aurait été pratiquée à Londres, et les environs que deux fois en 89 années. Par contre, il faut reconnaître legrand mérite que ce célèbre anatomistc s'est acquis dans l'anatomie et la physiologie de l'utérus gravide, qu'il a le
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII® SIECLE 3 I 9
premier appelé l'attention sur la rétroversion de l'utérus à l'élat de gestation, et s'est déclaré pour l'extirpation de l'ovaire malade, dans un travail sur Thydropisie de ces organes. 11 fit cesser la longue dispute de la disjonction des os du pubis, pendant la grossesse, par des dissections anatomiques et des observations probantes, démontrant que, pendant la grossesse, la symphyse se ramollissait un peu, mais ne se disjoignait jamais. Enfin, son avis, sur la symphysiotomie proposée en France, fut complètement défavorable à ce mode opératoire. Hunter continua sa vie active jusqu'à sa mort, qui fut paisible, et qui eut lieu le 3o mars
Obs. I. — La part si large que Hunter faisait, dans les accouchements, à l'activité de la nature, peut être bien appréciée par quelques observations empruntées aux leçons (manuscrites) que reproduit le vénérable Merrimann, médecin à l'hôpital Middlesex, dans son Sinopsis ofthe varions kinds of difficult parturitions. Lond., i8i4(trad. par Kilian. * Mannh., 1826, in-8°). Ici Hunter parle d'une accouchée qui avait été en travail pendant trois jours et trois nuits, qui, néanmoins mit au monde un enfant vivant très fort; pendant tout ce temps, elle n'avait pris que du thé et des aliments liquides. Dans un autre passage (p. 75, de la trad. allemande), Hunter dit « qu'au début de sa pratique, il avait, suivant la coutume ancienne, cherché à dégager les deux pieds dans les présentations du siège, et avait perdu presque tous les enfants, et que depuis qu'il avait abandonné le travail à la nature, il avait toujours eu des enfants vivants ». Hunter avait aussi recommandé la version sur le siège dans les présentations du bras (p. 84). Le succès obtenu dans les présentations du siège avait probablement motivé ce conseil. Hunter abandonnait à la nature l'expulsion du placenta; à la fin de sa carrière seulement, quelques cas malheureux avaient modifié sa manière de faire (p. i5o). Nous apprenons, par une observation de Hunter, qu'il avait observé des présentations du dos et du ventre : et il ajoute que la forme de l'utérus et du bassin sont contraires à ces présentations. D'après Merrimann, ces leçons auraient été faites en 1765. Il est à regretter qu^elles n'aient pas été publiées par un homme très compétent, elles seraient devenues un document important pour l'histoire du développement de Tobstétricie en Angleterre. Les « Lectures on tlie gravid utérus and Midiuifery » publiées sous le nom de Hunter. Lond., 1783 (trad. en allemand, * Leipz., 1795, in-8°, p. 98) sont d'une authenticité douteusc.,quoiqu'elles concordent avec les doctrines de Hunter, comme par exemple.
par sa répulsion haineuse contre le forceps, exprimée par ces mots : « Pour une femme et un enfant sauvés par le forceps, il y a eu dix victimes ».
Obs.II. — Le premier travail de HuNXERSurles cartilages articulaires parut dans les * Philosoph. Transact., vol. XLll. Lond., 1744, 10-4°, p. 514. « Of the structure and Diseases of Articulating Cartilages » (Read. Jun. I, 1743). Les autres travaux se rapportant à l'obstétricie et aux maladies des femmes se trouvent dans : * Médical Observations and Inquiries by a Socictj' of Pliysicians inLondon, 6 vol. Lond., 173 7 à 1784, in -8"; dans le vol. II, 1762. p. 26 : Reuiarks on the cellular membrane and some of its diseases (ici se trouvent, p. 33, les observations sur les hydropisies des ovaires), dans le même vol., p. 333, Remarks on ihesymphisis of the Ossa pubis. Vol. IV, 1771, p. 400 et vol. V, 1776, p. 388 : Remarks on theretroverted Utérus. Vol. VI, 1784, p. 2^)6. On the Uncertaintj'- of thesigns ofMurder., in the Case ofBastard Children. Op. posth. (Œuvre de Hunter très remarquable très importante pour la docimasiepulmonaire, ainsi que pour Tappréciation de Tétat mental de l'accouchée).
Comme travail personnel de Hunter, et spécial, bien que ne se rapportant pas à Lobstétricie, il faut citer ses importantes et précieuses Recherches sur les lymphatiques, dans la première partie de ses* Medic. Commentaries. Part. I. Lond., i762,in-4°; avec le. supplément. * Lond., 1764, in-40. Dans une deuxième partie, Hunter promettait : « An Account of the gravid utérus, » qu'il ne put achever. Le manuscrit inachevé a été publié après sa mort par M. Baillie, et complété par quelques additions. *^4?z anatomical Description ofthe human gravid Utérus and its contents, by W. Hunter. Lond., 1794, in-4°. Sec. edit., by Edw. Rigby. Lond., 1743, in-8°(Trad. en allem. par L. Fr. Froriep. Weim., i8o2,in-8°). Le grand et magnifique ouvrage, pour lequel celuici devait fournir le texte, sera apprécié dans le paragraphe suivant.
L'opinion de Hunter sur la symphysiotomie est consignée dans un travail qui est imprimé dans : * J. Vaugham, Cases and observations on the Hydrophobia. Sec. éd. Lond. (1778), in-8°, avec une lettre de Hunter à Vaugham datée du 10 septembre de la même année. Vaugham avait adressé à Hunter le bassin ostéomalacique d'une femme, sur laquelle on avait pratiqué l'opération césarienne. Hunter trouva dans ce fait l'occasion d'exprimer son opinion sur la nouvelle opération; elle se trouve dans cet ouvrage, p. 76, sous le titre de : « Reflections occasionedby a Decree of the Faculty of Médecine at Paris ; relative to the opération of cutting the symphyse of the Ossa pubis », avec la figure du bassin de Vaugham. Traduction allemande de ce tra-
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIIl'^ SIECLE 32 1
vail : Leipz., 1779,111-80 (avecle travail de Jumelin sur ce sujet), traduit par J. S. Hausmann. * Gotting., 1783, in-8°.
Le plus beau témoignage de l'infatigable ardeur de Huntersc voit dans le musée de Glasgow. Hunter avait légué au musée de l'Université de cette ville la collection de ses préparations, qui pendant 3o années, devaient servir aux leçons de ses héritiers : D'' Baillie (petit tils de Hunter) et du D'' Cruikshank. Voy. : Baldinger, Med. Journal, fasc. i5. Goett., i787,etfasc. 17^28.
Sur la vie de Hunter, voy. :
* Médical commentaries for the Years 1781-1782, vol. VIU, Lond., 1783, in-8% p. 426.
* Hist.de l'Acad. roy. des sciences. Ann. 1783. Paris, 1786, in-4'', p. 29.
* An account of the Life and Writings of the late Will. Hunter, by Sam. Foart Simmons. Lond., 1783, in-8° (écrit très distingué).
* HuTCHiNsoN, Biogr. med., t. I. p. 456.
Sur les principes d'obstétricie de Hunter, exposés avec ordre, vov. * G. E. Fischer, Bemerkungen uber die englische Geburtshiilfe (Observations sur l'obstétricie anglaise). Goett., 1797, in-8°, surtout p. 65.
I i33. — Grand ouvrage de Hunter sur Vutérus gravide.
L'ouvrage le plus distingué, queW. Hunter légua à la postérité, est son magnifique livre sur l'anatomie et la physiologie de l'utérus gravide, véritable chef-d\ieuvre, aussi bien au point de vue de la description des objets, que de l'exécution artistique des figures, par le dessin et la gravure, qui jusqu'ici n'a point été surpassée. C'est dès l'année 175 1 que Hunter commença la préparation de cette grande œuvre, à laquelle il travailla sans relâche jusqu'en 1774, où elle fut publiée. Hunter fit l'examen de treize cadavres de femmes mortes en état de grossesse ; c'est avec une précision magistrale qu'il réussit à représenter, dans 34 planches, ce qu'il avait remarqué dans ces examens. L'auteur dit qu'il fut secondé dans cette œuvre, de la manière la plus avantageuse, par son frère John Hunter. Tous les dessins, à peu d'exceptions près, sont l'œuvre de Rymsdvk, et les gravures ont été
faites sous la direction du célèbre Strange ; deux ont été exécutées par lui-même, ce sont les plus belles que Partait Jamais confectionnées (voy. pi. 4 et 6); elles représentent la matrice à diverses époques de la grossesse. Des injections à la cire, parfaitement réussies, montrent le développement des vaisseaux utérins, et d'habiles dissections ont fait voir les fibres musculaires de l'utérus, et le corps jaune dans l'ovaire. On admire l'exactitude avec laquelle sont représentées les attitudes de l'enfant dans la matrice. L'œil, qui était rempli de dégoût pour les représentations fantaisistes des vieilles figures, se repose avec bonheur sur ces images si fidèlement copiées d'après la nature, où n'échappe pas à l'attention le plus petit et, en apparence, le plus insignifiant détail. C'est dans cet ouvrage que Hunter a exposé ses recherches sur la caduque vraie (appelée par lui decidua externa), et sur la caduque réfléchie qui portera son nom aux générations les plus reculées (voyez les beaux œufs humains sur les pi. 33 et 34 ; sur la première on voit aussi la vésicule ombilicale). L'utérus gravide en rétroversion, dont il a été parlé dans le paragraphe précédent, est représenté d'après nature sur la pi. 26. Il est bien regrettable que Hunter n'ait pu joindre à ces planches le texte explicatif, comme il en avait eu l'intention. Dans ses papiers, on n'a découvert que les préparatifs de ce travail, qui ont été publiés après sa mort par M. Baillie (voy. précéd.paragr.). Il y a, accompagnant les planches, un texte de Hunter lui-même, latin et anglais, qui ne laisse rien à désirer, comme précision et comme clarté, et qui aide à supporter la perte du texte explicatif complet.
Obs. /. — Le grand ouvrage de Hunter parut avec un double texte et un double titre : * Anatomia iiteri humani gravidi tabulis illustrata aiictore Guil. Hunter. Birmingham excuderat JoAN. Backerville, 1 774. J kc AnatomjT of the hiiman gravid utérus exhibited in figures by W. Hunter. Priniedat Birmingham by J. Backi.rville, 1774. Imp. in-fol. Les planches ont une suscription latine concise, et sur beaucoup, se trouve ajoutée la date (publ. i5 nov.), 1774, by D"" Hunter.
Nous ne pouvons partager l'opinion de F. B. Osiander, qui, dans son histoire, p. 339, dit que Hunter, tourmenté jusqu'à la fin de ses jourspar son ambition et ses sentiments inextinguibles
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII*^ SIECLE 323
de rivalité contre Smellie, s'était décidé, par ces mobiles, à la publication de cet ouvrage, car Huxter avait commencé son ouvrage dès i/Si, avant la publication des planclies de Smellie; il n'a donc pas pu avoir « l'idée de le surpasser », comme dit OsiANDER.Au reste, les deux ouvrages n'avaient pas le même but: HuNTER s'est occupé spécialement de l'anatomie et de la physiologie de l'utérus gravide, tandis que les planches de Smellie ont pour objet exclusif la pratique des accouchements. En admettant même, que des causes peu dignes aient motivé la publication de ces ouvrages, nous serions loin de les blâmer, car la science en a retiréle plus grand profit, et, en somme, aucun écrivain ne peut être absous complètement d'un certain degré d'ambition.
Obs. II. — Les planches publiées en ijSS par JENxvne peuvent, en aucune manière, être comparées à celles de Hunter, bien qu'OsiAXDER dise « qu'elles surpassent celles-ci ». * Jenty, Z)c'monstratio uteri prœgnantis mulieris ciimfœtu adpartiim maturi intabulissex. Lond.. 1758, gr. in-fol. (Les figures sont enluminées). * Nurnb.. 1765, gr. in-fol, (en manière noire).
§ 134. — Robert Wallace Johnson.
Un ouvrage d'obstétricie plus considérable parut en 1769; son auteur est Rob. Wallace Johnson, élève de Smellie, et ami de Hunter. Dans son livre sont exprimés les principes de Smellie, toutefois, les doctrines de Hunter ne furent pas sans influence sur la manière d'exposer de Johnson, qui s'efforça de poursuivre plus loin la voie ouverte par les accoucheurs anglais. Johnson accorda, comme son maître, une grande attention à l'étude du bassin et du mécanisme de l'accouchement. Il décrit très bien la situation de la tête, à l'entrée de la cavité pelvienne, il admet, qu'à l'état normal, la face est dirigée vers un des os iliaques ou un peu tournée vers le sacrum (a little towards the sacrum, la lettre S dans l'original, indique la symphyse sacro-iliaque); à la sortie, la tête se trouve dans le diamètre oblique, et il est dit expressément « que la partie postérieure de la tête ne se trouve pas derrière la symphyse pubienne, mais derrière la suture pubio-ischiatique » (c'est du moins ce que doit indiquer la lettre H sur la gravure
qui représente le bassin). Johnson répète cette manière de voir sur le mode suivant lequel la tète passe à travers le bassin (p. i88 et suiv.) (mais il faut consulter le texte original de l'auteur, car LoDER n'a pas traduit ce passage). A cette époque déjà, Fauteur a fondé une doctrine qui, aujourd'hui, a été reconnue exacte et conforme à la nature. Johnson a un second mérite, celui d'avoir enseigné un mode de mensuration au moyen de la largeur de la main. A cet effet, il conseille de mesurer la main dans les différentes positions du pouce et des doigts, d^introduire la main en forme conique, dans la matrice, après que l'orifice aura été dilaté, de placer la main entre le promontoire et la symphyse pubienne, et dénoter ensuite avec soin la position prise par les doigts, quand la main aura pu être appliquée, de manière à apprécier ainsi la capacité pelvienne (p. 288 et suiv,).
Johnson a exposé avec détails la conception et la formation de Tembryon, et a utilisé beaucoup d'observations de Hunter, il a publié de nouvelles et intéressantes recherches sur la 7î2e»2Z'ra«e de Hunter (la caduque, p. 57). Parmi les signes de la conception, Johnson compte un certain mouvement fébrile qu'il désigne sous le nom de « febris generans » (p. 104). Il fait précéder, ce qui a trait à l'accouchement, d'une introduction historique qui commence à Hippocrate, et renfermant quelques notions, qui ne sont pas sans valeur, sur l'invention et les perfectionnements des Ibrcepsen Angleterre. 11 raconte que Drinkwater, un accoucheur à Brentfort de 1668 à 1728, avait possédé un forceps qui avait la plus grande ressemblance avec celui de Ghapman et de GiFEARD. Il dit que Smellie avait emprunté à LEVRETla nouvelle courbure, qui, en 1750, n'avait pas encore été appliquée à son forceps. Johnson décrit très exactement la marche de l'accouchement dans la présentation du crâne, il décrit surtout très bien les modifications que subit l'orifice pendant qu'il est franchi par la tête (p. 1 89). L'accoucheur devra laisser la parturiente couchée sur le côté gauche, et soutenir le périnée quand la lète arrive au couronnement inférieur. On ne devra pas se hâter d'enlever le placenta, mais exercer avec soin sur la matrice des compressions
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII*' SIECLE 325
légères, à travers les parois abdoniinales, pour amener le délivre dans le vagin. Ce n'est que quand il y a des adhérences solides du placenta, qu'on devra introduire la main dans la cavité utérine, pour les rompre. Les constrictions partielles (local constrictions) sont mentionnées, et Johnson en cite deux exemples (p. 204). Les présentations des pieds se terminent par les seuls efforts de la nature, si les circonstances sont favorables, et les contraciions énergiques; dans les présentations d'un seul pied, il n'est pas nécessaire de chercher l'autre, la nature termine son œuvre. Les présentations du siège peuvent même être abandonnées à la nature (p. 226); l'auteur s'appuie sur l'autorité de HuNTER (voy plus haut | i32. Obs. I). et il ajoute : « In order to facilitate the last past (le dégagement de la tête ). it is better thas ail the parts should hâve been previously well opened bv natural pains », Johnson regarde comme difficiles les présentations delà face, toutefois, il pense que ce qu'il y a de meilleur est de les abandonner à la nature (p. 2771. Dans la conduite à tenir quant au placenta prœvia. on se règle sur l'hémorrhagie qui en est le résultat, si celle-ci est intense, l'accouchement devra être terminé promptement. Johnson a enrichi l'arsenal obstétrical de quelques instruments nouveaux. 11 fit faire un forceps spécial muni d'une forte courbure pelvienne et d'une courbure périnéale, afin que les cuillers ne puissent glisser dans la concavité du sacrum.
Les règles pour son application concordent très bien avec celles que nous donnent Smellie et Levrkt, seulement il ne veut pas que les doigts servent de guide pour son introduction (p. 276), attendu qu'ils sont gênants et douloureux pour la parturiente. Johnson a aussi inventé quelques instruments nouveaux pour pratiquer la perforation; un guide, espèce de sonde cannelée pointue pour perforer la tête « Director », sur laquelle on glisse 1' « Embryulcus » ou « Eductor n . Ce dernier est constitué par une tige métallique, au bout de laquelle se trouve une petite pièce mobile perpendiculaire, analogue au « Tire-tête à bascule » Levret. Si plein de sollicitude que soit Johnson
à propos de la perforation, pour indiquer les signes de la mort du fœtus, il enseigne que la vie de la mère est préférable à celle de Tenfant, et que, dans des cas critiques, on ne doit pas hésiter à sacrifier sa vie à celle de sa mère (p. 294). Johnson enseigne qu'on ne doit pratiquer l'opération césarienne qu'en cas de grossesse extra-utérine, ou après la mort de la mère. La quatrième partie de l'ouvrage est consacrée aux maladies des femmes accouchées, supplément qui manque rarement aux livres de cette époque.
Obs. I. — * A nen' System^ of Midnnfery, in four Parts foundet on practical observations : the wliole illustrated jpith Copper- Plates, bj^ Robert Wallace Johnson. M. D. London Printet for theAuthor andsoldhy D.WiLsoNand G. Nicol., 1769, m-^". Sec. Ed., i777,in-40. (Johnson a dédié son livre entre autres à WiLL. et John Hunter.) Les deux premières parties furent traduites par J. Chr. Loder et publiées avec quelques observations. *Leipz., 1782, in-8°.
Obs. IL — Une manière de mesurer le bassin, avec la main placée dans diversesdirections, a été décrite par Fr. B. Osiander, qui dit expressément que « c'est un procédé imaginé par lui ». Voy. * Handb. der Entbindugskunst.Thl 1. Tûbing., 18 18, in 8°, p. 167, §23o. Comme Johnson n'est pas cité, il faut admettre qu'OsiANDER n'a pas connu le procédé de son prédécesseur, qui n'aurait pas dû échapper à cet historien, puisqu'il avait eu en mains l'ouvrage de Johnson (voy. l'hist. d'OsiANDER, p. 893 et 394.). Comme il est juste d'attribuer à chacun ce qui lui revient, la méthode de mensuration manuelle du pelvis qui avait été appelée jusqu'ici méthode d'OsiANOER, devra être appelée « méthode de Johnson ».
§ i35. — Maternités à Londres.
John Leake Jondateiir d'une maternité pour V instruction des médecins, à Londres. Autres établissements .
La sollicitude pour les femmes enceintes pauvres avait aussi fait créer des maternités en Angleterre, comme précédemment à Paris (Hôtel-Dieu, voy. § yô). On érigea à Dublin, en 1745, un
DEPUIS L'IN^"ENTION DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 02"
hôpital pour les femmes enceintes près d'accoucher (Lying-in- Hospital). Il fut rebâti en 1757 et agrandi en 1787. Depuis 1743, Londres possédait déjà des établissements pareils, un dans Thôpital Middlesex, où existait une fondation pour 20 femmes en couches, dans le British Lying-in-Hospit. pour 60 femmesd 749), et dans la cité de Londres Lying-in-Hosp. (fondé en 1750 pour 80 femmes. Tous ces établissements furent créés par la charité publique; on n'v admettait que des femmes mariées pauvres; ils ne pouvaient donc être d'aucune utilité pour l'instruction. Ce n'est qu'en 1765, que, grâce aux efforts de John Leake accoucheur, on créa, moyennant des souscriptions, un établissement qui devait servir à l'instruction d'accoucheurs; on y admettait des femmes enceintes pauvres non mariées, et les accouchements étaient faits par les élèves, sous la surveillance et la direction des maîtres attachés à l'établissement, les D" Leake Fost et Brickenden. De cette manière, la méthode d'instruction créée pour les élèves devait nécessairement être favorable ; à la théorie était jointe la pratique, car ses enseignements ne pouvaient manquer dans une ville aussi grande que Londres. D'après Leake (ouv. c, p. 5o), depuis la fondation de cet établissement jusqu'en 1 773, on avait pu observer 800 accouchements.
Les établissements d'accouchements privés, consacrés à l'instruction pratique, n'ont jamais, depuis, manqué à Londres ; ainsi, les D""" Orme et Lowder faisaient alternativement des cours d'accouchement, et ce dernier possédait quelques chambresdisposées pour recevoir des femmes enceintes ; le D"" Krohn, d'origine allemande, avait aussi un établissement particulieB, où il donnait à ses compatriotes un enseignement privé en langue allemande ; il était en même temps accoucheur à l'hôpital Middlesex. Les célèbres accoucheurs OsBORN et Denman avaient aussi une maison, où ils recevaient des femmes enceintes, qu'ils utilisaient pour l'instruction de leurs élèves. Il régnait à Londres un zèle ardent pour l'obstétricie et, de loin et de près, affluaient des élèves qui y trouvaient la plus entière satisfaction.
Obs. I. — Sur la fondation de la niaison d'accouchements de rhôpital Westminster, voy. : * a An Account ofthe Westminst. 7ieyp Lying-in-Hospital ». Comme supplément à * ^4. Lecture introductory to the Theory and Practice of Midtpifery, etc., by John Leake. Lond. (i/jS), in-4'', * sec, édit. ipith Description and Use of a Tair of new Forceps (à trois branches). Une 3« édit. : * Lond, 1787, in-8°, avec un résumé des Leçons de l'auteur (^ Syllabus of obstetric Lectures). Leake se distingua aussi dans le domaine de la gynécologie. Il publia un excellent mémoire sur \ajièvre puerpérale, observée par lui pendant l'hiver 1769-1770, qui mérite d'être cité. * Practical Observations an the Child-Bed Fetper, also on the Nature and Treatment of utérine Haemorrhages^ Convulsions and such other aciito Diseases, as are most fatal to Women duringthe State of Pregnancy, by J. Leake. Lond., 1772, in-8", traduit en allemand : *Leipz., 1775, in-8" (avec la description d'un nouveau forceps). Leake a encore publié : * Médical Instructions totpards the Prévention and Cure of chronic Diseases peculiar to Women. Fifth édit. Lond., 1781, in-80. Cet ouvrage formait le t. II du Traité des maladies puerpérales. La première édit. des maladies chroniques des femmes, parut à Londres, en 1777, in-8".
Leake mourut le 8 août 1792. On trouve une courte biographie dans : * Gentleman Maga^., vol. LXII. Lond., 1792, réimprimée dans : * Neip Lond. Maga^., vol. VIII. Lond., 1792, in-8°, oct.,p.467, voy. encore * Hutchinson, Biogr. me'd., vol. II, p. 53.
Obs. IL — Sur la Maternité de Dublin voy. : The Gentleman's Magasine and historical Chronicle, vol. XVII,forthe Year 1747. By Sylv. Urban. Lond., in-8'', p. 164 et 211. *W. Horn. Reise durchDeutschland. Ungarn, Holland, Italien iind Frankreich, Grosbritanien und Irland (Voyage à travers l'Allemagne, la Hongrie, la Hollande, l'Italie, la France, l'Angleterre et l'Irlande), 3 V. Berlin, i832, in-8°, p. 437, où l'on trouve un tableau des naissances qui y ont eu lieu de 1752 a 1828.
Sur les établissements de Londres : * Pennant of London. Lond., 1 790, in-4°, p. 34 ( Westminster Lying-in-Hospital). *John Howard, Att account of the principal La^arettes in Europe., etc. Lond., 1791, in-4°, p. i37 (Britsh Lying-in-Hospital and the city of London Lying-in-Hospital), trad. par Chr. Fr. Lt-dwiG. * Leipz., 1791, in-8*', p. 268 (la première édition anglaise parut en 1789). * J. W. von Archenholz, Annalen derbrit. Geschichte des Jahres, 1 789 (Annales de l'hist. brit. de l'année 1789), 2 V. Hamb., 1790, in-8°, p. 270 (Le British Lying-in-Hospit.). Horn, ouv. c, p. 181 et suiv. Un mémoire très digne d'être consulté sur les divers établissements d'instruction obstétricale
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 329
à Londres et les maîtres qui y ont présidé dans la 2^ moitié du siècle dernier, est inséré dans * C. G. Baldinger. Med. Journal. i5 Liv. Goetting, 1787. in-S", p. i.
§ ï36. — Alexandre Hamilton. Edimbourg.
L'universitéd'Edimbourg possédait aussi^dans la seconde moitié du XVII I^ siècle, un homme qui s'est acquis de grands mérites pour le zèle qu'il a déployé dans l'intérêt des progrès de l'art. Alexandre Hamilton, professeur d'obstétricie, se révéla dès 1775 comme un écrivain de haute valeur; il ne mourut que dans la seconde moitié de l'année 1 802. Fidèle aux doctrines de ses prédécesseurs immédiats et de ses contemporains, il suivit la voie qu'ils avaient tracée. Appréciant l'importance du bassin pour les accouchements, il accorda à son étude la plus sévère attention, et détermina ses diverses variétés de formes: ovale, elliptique, triangulaire et circulaire; il entreprit des mensurations précisesdela tête du fœtus, les compara aux divers diamètres du bassin. L'angustie pelvienne peut se produire avec ou sans déformation (« deformitv») des ospelviens. La tâche del'accoucheurconsiste à soutenir les efforts de la nature, à ne pas les interrompre ni à les contrarier ('( interrupt or contract her »). C'est pourquoi, il lui importe d'apprendre à connaître les accouchements normaux((( common labours «), sans quoi il ne saura jamais jusqu'à quel point il devra s'abandonner à la nature ou lui venir en aide. A cet égard, l'accoucheur devra sav(jir que quand le bassin est normal, la tête cause rarement un obstacle sérieux, car la tête, si toutefois elle n'est pas monstrueuse, passe à travers le bassin dans des positions même défavorables (« most unfavourable position »). bien que le travail puisse alors durer plus longtemps, et devenir plus pénible pour la parturiente. Les présentations de la face causent les accouchements les plus pénibles et les plus difficiles ; quand la tête est fortement engagée, il donne le conseil d'introduire deux doigts dans la bouche de l'enfant et d'abaisser le menton, manœuvre
33o huitièml: époque
qui diminue le volume de la tête, ou bien de presser sur le menton, pour l'amener sous la symphyse du pubis, cette manoeuvre permet à la partie postérieure de la tête de s'engager dans la concavité du sacrum, et à la tête elle-même de descendre plus facilement ! Si ces manœuvres ne réussissent pas, on emploiera le forceps, et s'il ne produit point d'effet, on sera forcé de recourir au crochet aigu. Hamilton rejette la version dans les présentations de la face. Toute cette description des accouchements parla face peut être considérée comme inexacte. Les règles que donne Hamilton pour les accouchements par le siège, ou les pieds, sont bien préférables. Les doctrines de Hunter ont trouvé de l'écho dans sa patrie, et les accouchements dont il est question ont été rangés par Hamilton dans ceux qui doivent se terminer naturellement. Si la tête, venant la dernière, cause des difficultés, on pourra l'extraire avec le forceps. Hamilton présente en général le forceps comme un instrument utile dans les mains d'un accoucheur prudent; il faut seulement que la tête soit bien et profondément engagée : plus la tête se trouve basse, plus l'opération est avantageuse. Les règles pour son application ne laissent rien à désirer. Hamilton rejette complètement la version sur la tête, souvent on ne réussit pas à la faire, et la tentative pour la pratiquer peut avoir des conséquences fâcheuses « fatal conséquences ». Par contre, la version podalique est bien appréciée. Quant à l'emploi de la perforation, Hamilton a suivi les principes de ses compatriotes, donnant la préférence à la vie de la mère, et n'hésitant pas à pratiquer la perforation, et à sacrifier Penfant, aussitôt que l'accouchement ne peut être terminé autrement. L'opération césarienne n'est indiquée que dans les rétrécissements absolus du bassin, qui ne permettrait pas le passage de l'enfant, même diminué de volume parla perforation. Cette opération est mortelle, puisque les organes abdominaux sont exposés à l'air. Hamilton appuie cette opinion sur les expériences pratiquées sur les animaux par le célèbre Monro. Hamilton a placé en tête de son livre le précepte : « Arte non vi » afin de mettre tout son enseignement sous cette égide. Il a écrit aussi pour les
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII* SIECLE 33 I
sages-femmes un livre, où les choses sont dites avec plus de concision. Hamilton a traité également avec bonheur les maladies des femmes, et il a consigné les résultats de sa pratique en partie dans ses livres d'obstétricie et dans un ouvrage spécial.
Obs. — "Eléments of the Practicc of Midwifcry. By Alexan- DEK Hamiltox, Surgeon and Teacher of Midw. in Edinb. Lond.. 1775. in-8°.
'^ A Treatise of Midunfery compi'ehending the Management of female Complaints and the Treatment of Children in early Infancy. By A. Hamilton. Profess. of Midwif., etc. Lond., 1781, in-8°. ' Second édit. correct, and elarg.. 1785, in-8^. Trad. allem., par J. P. Ebeljng. Leipz.. 1782, in-8''.
Outlines o/the Theory and Practice of Midipif Edinb., 1784, in-8° (Watt. ).
' A Treatise on the Management of female Complaints. Seventh éd. rev. and enlarg. Edinb., i8i3, in-S" (Publié après la mort de l'auteur par son iils Jam. Hamilton, également prof, d'obstétricie à Edinb. La première édition parut en 1792. Trad. à " Leipz., 1793, in-8'').
Letters to W. Osborn, on certain Doctrines contained in his Essays on the Practice ofMidiP. Edinb., 1793, trad. enallemand. par C. F, MicHAELis. Liegn., 1794. in-S".
* A Case ou inverted Utérus in Duncan's. med. Comm. déc. 2, vol. VI, p. 3i5.
Hamilton soigna la publication du grand ouvrage de Smellie. avec planches, 1787 ;Voy. § 127).
Sur l'année de la mort de Hamilton. vov. * The Gentleman' s Maga-ine, etc., vol. LXXIl. Lond., 1801'. in-S", p. jSy. Il mourut a Blandtield, près Edimbourg.
I 137. — Edward Foster.
En 1 78 1 , parut un ouvrage composé par un accoucheur de Dublin et professeur d'obstétricie, Edw. Foster, qui exposaitles doctrines de l'art, suivant une méthode rigoureusement scientifique et sous une forme aphoristique; ce livre devait servir de guide poursesleçons. L'auteur mourut à la fleur de l'âge, avant l'impression de son livre, contîée auxsoinsdeson ami le D''JAMEsSiMs,qui avait engagé l'auteur à le publier. Les doctrines sont exposées en
quatre parties :1a première consacrée à la génération, la seconde à la grossesse, la troisième à Taccouchement, la quatrième à la puerpéralité. Cette division devait naturellement avoir pour effet d'introduire, dans le livre, des sujets qui n'intéressent pas Taccoucheur, comme : les observations sur la menstruation, le coït, l'onanisme, etc. Les doctrines obstétricales, proprement dites, sont bien exposées, quoique l'auteur n'y aitajouté que peu de choses nouvelles, mais il a le mérite de les faire comprendre très facilement. Le forceps qu'il employait n'avait qu'une courbure, il était entouré d'une lanière de cuir mince; à sa partie inférieure, se trouvait un verrou qui empêchait une compression trop grande des cuillers (régulateur de la pression), et rendait inutile le lien moyennant lequel les branches étaient attachées ensemble. Il admettait, comme règle générale, que les cuillers fussent appliquées sur les deux oreilles, et que la branche la plus difficile à appliquer dût être placée la première. En général, l'auteur est entré dans tous les détails de l'application de cet instrument, et il a exposé les règles pour chaque cas particulier. Il enseigne que les indications de la perforation et de l'emploi du crochet aigu sont motivées par l'étroitesse du pelvis [Narrowness) ou sa déformation (Distorsion) portéesà un degré tel que l'accouchement par les voies de la douceur est absolument impossible ; ou si la vie de la mère court un grand danger, ou si l'enfant est mort. Après la perforation du crâne, l'accouchement ne devra pas être abandonné aux etîorts de la nature, comme le conseillent quelques contemporains, mais l'enfant devra être extrait immédiatement. L'opération césarienne ne devra être pratiquée que dans le cas, où la perforation est insuffisante; on est guidé par l'impossibilité d'introduire la main dans le bassin. Les présentations de la face, du siège et des pieds, doivent être abandonnées à la nature, si les conditions sont normales, sans quoi, l'auteur conseille de convertir les présentations de la face en présentation du crâne, ou en présentation des pieds par la version ; pour la présentation du siège, on fera des tractions sur les aines, avec les doigts, ou bien, on dégagera les pieds pour y faire
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII*^ SIECLE 333
des tractions. Quand on devra recourir à la perforation des membranes, il faudra le faire très haut pour conserver le liquide le plus longtemps possible. Quand la tête, venant la dernière, offrira des difficultés pour l'extraction, on devra l'opérer au moyen du forceps. Dans la dernière partie se trouvent les maladies puerpérales.
Obs. — * The Principles and Practice ofMidipifery. In luhich are compri^ed andmethodically arranged Under the four gênerai heads qf Génération, Gestation, Deliverjy and Recovery ail the anatomical lacts, physiological Reasonings, pathological Observations and practical Precepts, necessary to constitute the fiillest and most complète System of Midypifery. By Edw. Poster, late Teacher of Midiv. in the city of Dublin. Completed and corrected by Jam. Sims. M.D. Lond., 1781, in-8«> (Sims dit, dans la préface, que l'obstétricie a été pour lui. pendant vingt années, un objet d'études(mcdical Education), mais qu'il n'a point pratiqué cet art). Trad. allemd. * E. Foster's Theor. u. prat. Anjpeisung lur Ged. Leipz., 1786, in-8".
i38. — William Dease.
Dans un livre, qu^il publia à Dublin en 1783, William Dease « Surgeon in ihe United hospital of St Nicolas and St Catherine's » chercha à restreindre l'usage des instruments dans l'obstétricie. 11 partait de ce principe : que les accouchements qui se terminaient le plus heureusement étaient ceux où Pintervention de l'accoucheur était la moins active. L'ouvrage ne forme pas un Traité d'accouchements, mais une collection d'observations recueillies dans une pratique de vingt années. Ainsi on trouve, au commencement du livre, des cas d'hémorrhagie survenue pendant le travail, qui sont très bien exposés, ainsi que la conduite à tenir dans les cas de placenta pra;via. La seconde partie est consacrée au traitement des accouchements faciles. Les conseils donnés pour la délivrance indiquent l'uiiliié d'abandonner l'expulsion du placenta à la nature, et de n'intervenir qu'en cas d'hémor-
rhagie. Dans la troisième partie, l'auteur expose ses vues sur le forceps et le levier; l'indication de leur emploi est réclamé par une disproportion entre la tête et le bassin, par des hémorrhagies, des syncopes, des convulsions ou des douleurs insuffisantes. Il préfère le forceps de Levret à celui de Smellie, comme étant mieux adapté, par sa courbure, à la direction du canal pelvien, seulement il ne faudra pas l'appliquer quand la tète est trop haute, car alors il ne conduit pas au but désiré, et, après plusieurs essais infructueux, qui sont loin d'être inoffensifs, on est obligé d'' avoir recours au crochet aigu.
L'auteur cite des exemples effrayants, dont il a été témoin, d'enfants ayant eu le crâne perforé, et arrivant vivants au monde ! L'auteur est très favorable à l'emploi du levier; il a inventé aussi un instrument d'extraction(Extractor), qu'il a dû imaginer à cause de la répulsion du public pour le forceps. Ce nouveau levier a un manche en bois, la cuiller est fenêtrée, et porte une courbure pelvienne, est garni d'un rebord comme le forceps de Levret, il ressemble en un mot à une des cuillers de ce forceps (dans l'ouvrage il est représenté sur une planche). L'application du levier ou du forceps sera faite sur la femme placée sur les coudes et les genoux ; la tête sera amenée jusqu'au couronnement inférieur, puis l'instrument sera enlevé, et l'expulsion abandonnée à la nature. Les règles pour pratiquer la version, exposées dans la sect. 4, sont très pratiques et bien présentées. L'auteur se déclare contre l'opération césarienne et contre la symphysiotomie nouvellement inventée en France (voy. plus loin). Dans la première opération, la femme est exposée à d'inévitables dangers, la vie de l'enfant rarement conservée, cette dernière affirmation n'est pas conforme à ce qu'enseigne l'expérience, qui ne pouvait, il est vrai, être bien étendue dans un pays où cette opération était si rarement pratiquée ((( L'auteur dit que Popération césarienne n'a jamais été pratiquée à Dublin »). Quant au jugement porté sur la symphysiotomie, il est rationnel et reconnu comme tel dans les pays les plus divers. L'ouvrage se termine par un travail sur les maladies des femmes en couches, et sur celles des enfants. Parmi celles-ci,
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII*^ SIECLE 335
on trouve l'ophtalmie purulente des nouveau-nés (Purulent discharge from the inside ot the eyelids), et le noma (Gangrenous érosion of the cheek, or the upper or under lip), qui ne doivent pas être passées sous silence au point de vue de l'histoire. Les observations des maladies jointes à l'ouvrage, présentent une histoire fort intéressante de plusieurs affections, dont quelques-unes relatives aux troubles delà délivrance; elles contiennent aussi un certain nombre d'autopsies pratiquées sur des femmes enceintes.
Obs.I. — W. Dease s'est miontré partout partisan des doctrines de HuNTERet, dans ses écrits, il invoque souvent son autorité : * Observations in Midiviferjy particiilary on the différent Metliods of assisting Women in tedious and difficult Labours : ta whicli are addet. Observations on the principal Disorders incident to Women and children. by William Dease. Dublin. ijSS, in-S". * Trad. av. remarques par Chr. Fr. Michaelis, méd. de l'hôpital St-Jean à Leipzig, av. pi. Zittau et Leipz., 1788. in-8°.
Obs. II. — Deux années avant que Dease publiât ses observations, parut le premier volume d'une collection de cas, par Will. Perfect accoucheur à West-Malling dans le duché de Kent; en 1783, parut un second volume. Elève de Colin Mackenzie (qui mourut le 3 i janvier i 775), il avait adressé, sous forme épistolaire, la plupart de ces cas à son maître pour lui demander son avis, celui-ci donna sa réponse également sous forme de lettres qui sont imprimées ensemble. Ces communications épistolaires révèlent des praticiens eminents. Voy. : ^ Cases in Midwi- /ery; luith Références, Quotations and Remarks . Ey Will. Perfect, vol. I et II. Rochester, 1781-1783, in-8°. Nouvelle édition (suivant Watt), ibid.. lySq.
§ 139. — Thomas Dcnman.
Peu après le milieu du XVI 11° siècle, surgit, en Angleterre, un accoucheur dont les doctrines se distinguèrent parmi les autres par leur solidité pratique et un mode supérieur d'exposition. Thomas Denman naquit le 27 juin 1733, et il exerça pendant une longue série d'années; il ne mourut qu'en décembre 181 5. Elève
deHuNTER(il luidédiasonpremier écrit enijôS, en lui exprimant sa vive reconnaissance), il poursuivit, plus tard, sa propre voie; préparé par une étude solide des plus célèbres auteurs de son pays et de l'étranger, il suivit, dans la pratique, les meilleurs principes,que ses études etson expérience personnelle lui avait enseignés. Il fut « Physician-Man-Midiinfc « à Thôpital Middlesex à Londres, il y enseignait l'obstétricie, qu'il pouvait observer aussi dans le champ immense d'une pratique que la confiance publique avait élargie. Il travailla avec un zèle infatigable au perfectionnement de l'art qu'il aimait. Un livre très bien écrit (1788} contient le résultat de ses efforts, il nous donne aussi la preuve des progrès que l'obstétricie anglaise avait réalisés. Les principes de Denman ne s'éloignent pas de ceux de ses compatriotes, il avait une grande confiance dans les forces de la nature, et" il s'élevait avec chaleur contre l'emploi abusif des instruments. Il admettait la perforation du crâne de Tenfant encore en vie ; il reconnaissait la puissance de l'art, quand il avait à intervenir, et il donna pour son intervention les règles les plus heureuses et les plus positives, si bien que, la description de ce que la nature pouvait faire et de ce que l'art devait accomplir, forment la meilleure part de ses descriptions. Son livre commence par une étude très sérieuse du bassin, qui démontre l'importance que l'auteur accordait à une connaissance minutieuse de cette partie du corps de lafemme(i).Toutcequi peut éclairer la manière, suivant laquelle
(1) Nous croyons devoir ia transcrire en entier.
Dans la sect. V du ch. I, consacrée à la « position et la structure du bassin» nous lisons les lignes suivantes (traduction française, t. I, p. 36) :
« La conséquence de la séparation des os du bassin, ou leur disposition à se séparer, sera mieux sentie si on considère le bassin comme une arche (voûte) supportant le poids du corps qui est au-dessus. Sous ce rapport le sacrum peut être appelé la clef; les os innominés jusqu'aux cavités cotyloïdes. les pendentifs (arcs), et les extrémités inférieures les culées de l'arche.
Lorsqu'on met un plus grand poids sur l'arche qu'elle ne soit capable de porter, il arrive une de ces conséquences : la clef saute, les pendentifs cèdent, ou leurs culées s'enfoncent.
Pour prévenir les deux premiers accidents, on distribue les corps
DEPUIS l'in\'ï:ntion du forceps jusqu'à la fin du xviii^ siècle 337
la tête passeà travers lesdifférents espaces, est nettement indiqué; il dit que la tête sort suivant le diamètre oblique, ce dont l'expérience a démontré l'exactitude. Denman attribue les déformations pelviennes à deux causes principales : le rachitisme et la carnitication (osteo sarcosis) (ramollissement, appelée aujourd'hui ostéomalacie) ; il montre que cette dernière maladie n'atteint que les adultes. Les parties molles de la génération ont aussi été étudiées k leur état normal et pathologique et. se conformant à une habitude de l'époque, il traite aussi de la menstruation et de la conception. Parlant de la durée de la grossesse, il n'admet pas qu'elle puisse se prolonger au delà de 40 semaines. La marche de l'accouchement normal est décrite avec détails, son caractère, quand la tête se présente, est de ne pas durer plus de 24 heures et de ne réclamer aucune intervention de l'art.
pesants sur les différentes parties de l'arche, et on a soin que leur poids soit proportionné pour chacun, sinon on a des effets contraires. Car si l'on surcharge la clef. les pendentifs cèdent, et si les côtés éprouvent une trop grande pression, la clef se trouvera forcée.
Lorsqu'on se propose de procurer la plus grande force possible à une arche, il faut construire une arche renversée qui en soit la continuation, jusqu'à ce que l'arche devienne circulaire ou d'une telle autre forme proposée. Cette construction change la direction du poids du corps qui était supporté par l'arche primitive, et une partie en est conduite vers le centre de l'arche renversée, et portée par la partie que l'on nomme le sinus de l'arche.
Si la comparaison du bassin à une arche est juste, on peut considérer toute la partie antérieure ou basse, entre les deux cavités cotvloïdes, comme une arche renversée, ce qui nous explique la raison de la grande pression qu'éprouve la symphyse du pubis lorsque le poids qui est au-dessus vient à être augmenté, ou lorsque cette partie est dans l'état d'alfaiblissement ou de séparation, comme dans le second cas décrit ci-dessus (rupture de la symphyse pubienne, suite de l'accouchement, décrite p. ib tiu livreK
Lorsque cette malade était couchée dans une position horizontale, elle était parfaitement à son aise, parce qu'alors il n'y avait point de poids sur le bassin.
Lorsqu'elle était debout, le poids porté sur la symphvse étant plus fort qu'elle ne pouvait le supporter, elle pouvait marcher avant de se tenir debout ; ou lorsqu'elle se tenait debout, elle était obligée de mouvoir alternativement les pieds comme si elle eût marché; ou elle pouvait se tenir mieux sur une jambe que sur les deux. Par les différents mouvements elle déplaçait le poids de la symphyse affaiblie, et le conduisait au fond (le transmettait au sol) au moyen dune jambe dans une ligne droite. » (F.-J. H.j
SlEBOLD-HERnCOrr. [I — 21
Comme diverses espèces de présentations il admet : i) celles où la face est dirige'e en arrière (occipito antérieure) ; 2) celles où elle est dirigée en avant (occ. post.); 3) celles compliquées de présentations du bras ; 4) présentations de la face, dont la marche peut iVetre pas troublée. Toutes les présentations, où la tête ne se présente pas, sont appelées par Denman non naturels « praeter natural labours ». Quand, dans une présentation de la tête, l'accouchement dure plus de 24 heures, il l'appelle travail difficile « difficult labour». Enfin, les accouchements sont anormaux ou compliqués, quand il survient des hémorrhagies ou des convulsions, s'il y a deux ou plusieurs enfants, s'il y a procidence du cordon ; les monstruosités et les grossesses extra-utérines rentrent dans cette dernière classe.
La différence entre les accouchements chez la femme et le part des femelles des animaux, si rarement difficile, s'explique suivant Denman, par la disproportion entre' la tête et le bassin, bien plus fréquente dans l'espèce humaine, par les anomalies placentaires, rares chez les animaux, et par l'absence complète chez eux de toute émotion. La proposition suivante de Denman est très importante : Toutes les fautes de la pratique, dit-il, ne proviennent pas de l'ignorance de l'art « from ignorance of the art )),mais beaucoup résultent de la trop grande confiance qu'on lui accorde : « too high on opinion of the art », et à sa propre habileté : « too niuch confidence in our own dexterity » et d'une confiance trop faible accordée aux efforts de la nature et aux ressources de la constitution : « too little dépendance on the natural efforts and ressources of the constitution » (sect. i, on diffic. labours). Ces paroles sont d'or, et le temps s'est chargé d'en démontrer la justesse. L'auteur accorde au forceps l'attention qu'il mérite, toutefois, il en restreint l'usage, et, dans beaucoup de cas, il lui préfère le levier, ce qui lui a attiré les reproches de ses contemporains (Osborn entre autres). L'indication principale de l'emploi du forceps est, pour Denman, l'insuffisante énergie des contractions, attendu que l'instrument est disposé pour y suppléer. 11 peut être employé aussi dans des cas d'hémorrhagie ou
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII*^ SIECLE SSç
de convulsions. Les règles de son application, et, de la manière dont l'extraction devra être faite, sont parfaitement exposées. Il ne faut pas perdre de vue que Denman n^employait que le petit forceps (anglais), ce qui explique qu'il n'en est pas fait mention dans les cas, où il y a disproportion entre le bassin et la tête de l'enfant. Dans ces cas, c'est la perforation qui est l'opération maîtresse, bien qu'elle ne doive être pratiquée que sur des enfants morts (d'où un grand chapitre consacré aux signes de la mort de l'enfant), l'auteur admet que la vie de l'enfant doive être subordonnée à celle de la mère. La symphyséotomie est rejetée par Denman, il n'est pas, comme Osborn, opposé absolument à l'opération césarienne. Denman a très bientraitéde la version, il a longuement exposé les règles de cette opération dans les circonstances les plus diverses. Pour la pratiquer, la parturiente devra être couchée sur le côté gauche, ou même sur les coudes et les genoux. La règle donnée par Denman, d'abandonner, après la version, Tcxpulsion à la nature autant que cela est possible, témoigne chez son auteur d'une vue juste sur cette opération, qui manque chez beaucoup d'accoucheurs venus après lui. Denman n'a pas passé sous silence les violentes contractions de la matrice qui, si souvent, mettent obstacle à la version. En cas de procidence d'un bras, Denman s'élève avec énergie contre l'abominable usage d'en faire l'amputation avant de pratiquer la version. Ses observations de version spontanée (appelée par lui « évolution spontaneous «), en cas de présentation d'une extrémité supérieure, sont bien intéressantes, il en cite trois cas où l'accouchement s'est terminé par l'expulsion du siège. La publication de ces cas remonte à l'année 1783 (i). Les enfants étaient morts, il est vrai, mais les mères se rétablirent promptcment. Ces faits sont pour Denman d'autant plus importants que les signes de la mort du
(1) C'est la première fois qu'il est question d'un changement si considérable de présentation fœtale pendant le travail opcrc par les forces de la nature. Nous donnerons quelques détails sur cette question en parlant des travaux de D. W.-II. Busch. Voyez plus loin, ^ 23o. (F.-J. H.)
fœtus, dansia matrice, sont incertains. Dansces cas, l'accoucheur peut être autorisé à l'expectation pour apprécier les effets des efforts de la nature, plutôt que d'entreprendre alors une version pouvant devenir, pour la mère, une source de douleurs et de dangers ; si révolution spontanée ne s'annonce pas, le danger n'a pas été augmenté par l'attente, et la version pourra encore être tentée. Le nonibre des cas qui se sont terminés par la version spontanée, qu'il a observés ou dont il a eu connaissance, s'est élevé à 3o, et, dans un cas, Tenfant est arrivé vivant. Enfin, Den- MAN a fait une étude complète des hémorrhagies chez les femmes enceintes et en travail, il a surtout bien traité ce qui se rapporte au placenta prœvia, qui, en raison du danger qu'il entraîne pour la mcre, impose une terminaison prompte de l'accouchement. Dans le cas où l'hémorrhagie, au début du travail, serait le résultat d'un décollement partiel du placenta, Denman conseille de rompre les membranes, conseil qui de nouveau a été donné dans ces derniers temps. En cas de convulsions (éclampsie), les saignées sont d'une grande utilité ; elles diminuent la réplétion sanguine cérébrale; ce traitement a aussi été, de nouveau, préconisé à notre époque. L'accueil qui a été fait par les contemporains aux doctrines de Denman est prouvé par les nombreuses éditions de ses publications (la 5® date même de 1816). La solidité de son érudition et les nombreuses indications historiques que son livre contient n'ont pas peu contribué à donner à ce livre cette forme attrayante, qu'on regrette de ne pas trouver dans beaucoup d'écrits postérieurs. Il a été donné à ce vénérable prêtre de Lucine, d'atteindre un âge avancé, ce qui a augmenté sa considération et sa renommée, et lui a permis de continuer son infatigable travail.
Obs. I. — Le premier ouvrage publié par Denman fut : * Essayas on the puerpéral Fever and puerpéral conviilsiojis. Lond., 1768, in-S", 3e éd., 1785. Puis, suivent des publications moins importantes dans le domaine de l'obstétricie, qui sont comme les préludes de son plus grand travail et que nous retrouverons presque textuellement dans le dernier : ' Aphorims on the Application and Use of the Forceps in prœternatural Labours and on
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQU'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 841
Labours attendet with Hemoi~rhages. Lond., 1/83, in-8°, 5^ éd., i8o5, trad. dans * Journal fur Geburtshelfer, t. II. Francf. et Leipz., 1788, in-8°, p. Sg. * An Essay on utérine Hemorrhages depending on Pregnancy and Parturition. Lond., 1/85, in-8''. * 2*^ Ed., correct., Lond., 1786, in-8°. An Essay on natural Labours. 1786, 8''. An Essay on practernatural Labours., 1787-88. * An Essay on di-ffîcult Labours. Lond., 1787, in-8°. Ces travaux parurent, dans ces derniers temps sous le nom de : « Obstetricians Vade mecum « de M. Ryan, réunis en un volume. Lond., i836. — * A collection on Engravings to illustrate the Génération and Parturition of Animais and of the Human Species. Lond., 1787, in-f". — Tjpo Plates 0/ the ?'uptured and inverted Utérus. Lond., 1788, in-4''. Engravings of tivo utérine. Polypi. 1801, in-f''.
Son traité d^iccouchements parut en deux volumes, le premier quelques années avant le second. * An Introduction on the Practice of Midwifery, vol. I. Lond., 1788, vol. II, 1795, in-%°.* Ed. 3. lllustr. jvith Copper Plates. Lond., 1801, in-4'' (le tout en un volume). Les figures sont empruntées aux ouvrages mentionnés ci-dessus; on en a ajouté quelques nouvelles : elles se rapportent à la physiologie à la pathologie de l'œuf et aux parties génitales, quelques-unes sont d'une grande beauté). * 5*^ Ed. considerably improved. Lond., 18 16, in-8" (également en un volume. Les planches ajoutées à la précédente édition manquent dans celle-ci, à sa place on a mis une réduction des planches de Hunter et de Smellie représentant les diverses positions du fœtus). 7^ Ed., by Waller. Lond., i832,in-8°. Le premier volume a été traduit en allemand, par Joh. Jac. Roe- MER, enrichi d'additions et de remarques. Zurich et Leipz., 1791, in-8°.
* Trad. fr. Introduction à la Pratique des accouchements, par Thomas Denman, m. 2)., etc. traduit de l'anglais, par J. F. Kluyskens, professeur d'anat. et de chir., chirurg. en chej de Vhôpital civil de Gand, etc., etc. A. Gand, chez Steven, imprimeur. (An. 1802), 2. v, in-8°, sans grav. (a été trad. sur la 2 éd. anglaise). (F.-J. H.)
Nous devons mentionner encore ici les travaux suivants de Dknman : Observations on the Globe pessary, dans : Lond. med. Journ., t. VII, p. I, trad. en allemand dans : Journ. f. Geburtshelfer, t. I. Francf. et Leipz., 1787, in-8°, p. 95. Some Account of a Disease lately observed in Infants, in Lond. med. Journal, vol. IL Lond., 1790, p. 374 (affection de la muqueuse nasale). Account, of a Eacte. relative to menstruation nnt hitherto described in * Med. Facts and Observations, vol. I, p. 108, trad. en allemand dans : * Sammlung auserles. AbhandL.i.XlY.
Leipz., I 791, iii-S", p. 675 (collection de dissertations choisies). Expulsion de membranes floconneuses semblables à de la caduque). * Observations on the Rupture of the Utérus^ on the Snujffles in Injants an on Mania lactea. Lond., 18 10, in-8°.
Obs. II. — Les premiers cas de version spontanée ont été observés en 1772, 177.3 et 1774, et les premières observations ont été publiées en 1788 dans un travail qui a pour titre : Observations to prove that in Cases where the iipper Extrcmities présent at the Time of Birth,tJie Delivry may be effccted bjy the spontaneous Evolution of the Child. In Lond. med. Journal, vol. V, p. 64 et 3oi. Trad, en allem. dans Journal of Geburtsheljer, t. I, p. 112. R. Simons constata la réalité de ces faits dans : « A Case of spontaneous Evolution of the Foetus ». dans : Med. Facts and Obs., t. I, 179 1, in-8°, p. yb.
OsiANDER juge avec beaucoup de sévérité et d'injustice les observations de Denman quand il dit : « si le bras est sorti jusqu'à l'épaule, on ne devra pas^ suivant Denman, faire la version si l'orifice est resserré et si les douleurs sont énergiques, on n'auraqu'à abandonner le tout à la nature; celle-ci a souvent opéré seule la version et fait sortir l'enfant parle siège « (Hist. ouv. c, p. 474). Les mots de « May be effected » qui se trouvent sur le titre du mémoire de Denman auraient dû donnera l'historien un avertissement, s'il n'avait pas voulu prendre du mémoire une connaissance plus profonde. L'histoire de l'évolution spontanée a été, dans ces derniers temps, faite de nouveau par * J. G. Betschler, De naturœ auxilio dystocias e situ infantis vitioso ortas absolvente. Vratislav, 1734, in-4°, trad. en allemand : « Uber die Hûlfeder Natur \ur Beendigiing der Geburt bei Schiefflage des Kindes «(L'aide de la nature, pour la terminaison de l'accouchement, dans les présentations transversales), dans: * Aiinalen der klin. ÂJistalten :{u Breslaufur Geburtsh., t. IL Bresl. 1834, in-8°, p. 197.
Obs. III. — Une biographie de Denman se trouve dans : The Lond. med. and phj^s. Journal. XXXV, 1816, in-8°.
§ 140. — L'accouchement prématuré artificiel.
Denman a consacré un chapitre spécial, dans son livre, à un procédé qui ne peut être regardé comme nouveau dans la pratique de l'obstétricie, puisquMl fut employé depuis la plus haute antiquité, mais auquel Denman et ses contemporains ont donné une
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII^ SIECLE 343
face nouvelle, d'où il résulte qu'il ne peut être comparé à ce qu'il avait été dans les temps anciens. Quand, dans l'antiquité, on provoquait Tavortement aux premiers mois de la grossesse, pour soustraire la mère aux accidents dont elle était menacée par un accouchement à terme (vov. t. I de notre Hist. ^ 66 et § 85), on n'avait aucun égard à l'enfant; on ne l'avait pas pris en considération, puisqu'on ne croyait point qu'il avait une âme (voy. t. I, § 85).
Les principes du christianisme répandus partout devaient changer cette manière de voir. De très bonne heure, les écrivains chrétiens s'élevèrent contre le peu de cas qu'on faisait de la vie de l'enfant (t. I, | 83), et Tavortement provoqué disparut du rang des opérations obstétricales usuelles, bien que, dans Euch. RoESSLiN, on en trouve un faible écho dans le conseil qu'il donne de provoquer un accouchement prématuré quand l'enfant est mort (ch. IX). Le conseil que donne Guillemeau de pratiquer V accouchement forcé , en cas d'hémorrhagie pendant la grossesse, se base sur cet ancien principe de soustra ire la mère aux dangers dont elle est menacée par le fait de la grossesse, en interrompant celle-ci, et Puzos indique, comme un moyen très doux, de provoquer les douleurs, l'élargissement de l'orifice et la rupture des membranes (voy. plus haut, § i2 3). Camerarius à Tubingue, et Hadr. Slevogt à léna, à la fin du XVI P siècle (1696) et au commencement du XVIII* (1 710), ont, dans des mémoires spéciaux, traité la question de savoir si, en cas d'étroitesse pelvienne, il n'était pas permis de provoquer Tavortement pour sauver la vie de la mère. Mais c'est aux accoucheurs anglais qu'est dû l'honneur d'avoir préparé, au point de vue vraiment salutaire, la provocation de l'accouchement prématurément, et d'avoir créé une méthode dont le but est de faire naître vivant un enfant, sans danger pour la vie de la mère. Ils opposèrent cette opération à celles qui avaient pour effet de tuer l'enfant, comme on le voit net* t cm en t dans l'introduction de la sect.X du chapitre XII que Denman consacre à l'accouchement prématuré artificiel. Cetémincnt accoucheur est celui qui nous donne les premières notions sur cette
opération en Angleterre; il nous apprend que, vers 1756(1). eut lieu, à Londres, une réunion des accoucheurs les plus distingués de la ville, qui délibérèrent sur la question de savoir si, au point de vue de la morale et de la pratique, ce procédé pouvait être autorisé ; ils se basèrent sur l'expérience qui leur avait appris que des femmes, dont le bassin était rétréci, et qui n'avaient pu mettre au monde un enfant vivant à terme, étaient accouchées prématurément d'enfants vivants. Le premier cas où la provocation de l'accouchement, avant terme, avait paru nécessaire(it was deemed necessarly) avait été opéré par le D"" Macaulay et s'était terminé heureusement ; Denman raconte que B. Kelly avait pratiqué cette opération trois fois chezla même femme, et avait obtenu deux enfants vivants. Jusqu*en 1801 Denman avait pratiqué cette opération 12 fois, et jusqu'à sa mort elle avait été pratiquée plus de 20 fois, tant par lui-même que par d'autres ; la plupart des enfants naquirent vivants. Denman raconte, avec plus de détails, un cas de sa pratique qui se termina heureusement. Il s'agit d'une dame du grand monde qui était accouchée, pour la première fois, à 8 mois, d'un enfant vivant, et qui eut successivement 4 grossesses, terminées à neuf mois, d'enfants morts chétifs. L'accouchement prématuré provoqué lui donna un enfant vivant (1798). Aune nouvelle grossesse on fit de môme, maisTenfant vint mort ; Denman se demanda si le bassin s'était rétréci, et avait causé une présentation irrégulière (untoward), ou si on s'était trompé sur la durée de la grossesse. Denman est partisan de
(i) II est difficile de ne pas voir une coïncidence entre la date de la publication de la Satire contre les cruautés des accoucheurs anglais à l'égard des enfants non encore nés (lySi, voy. plus haut, § i3i, Obs. I) et celle de la réunion des accoucheurs de Londres Jj56, dont le but était de rechercher des moyens moins cruels que ceux qu'on leur reprochait d'employer, et qui exprimaient si bien leur peu d'égards pour la vie des enfants, et leur grande prédilection pour la perforation.
Ce n'était pas la première fois qu'une pression extérieure réagissait contre une pratique médicale ou chirurgicale, et en obtenait une modification heureuse. On aime en général à se reposer entoute quiétude sur ses convictions faites; pour obtenir le réveil et le mouvement vers le progrès une impulsion extérieure est parfois nécessaire. (F.-J. H.)
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIII« SIECLE 345
l'opération, c'est elle qu'il faut pratiquer tout d'abord si le bassin est rétréci; seulement il déplore l'insuffisance des moyens qui sont à notre disposition pour constater le degré de rétrécissement, aussi bien que pour préciser le volume exact de la tcte fœtale, objections qui, aujourd'hui encore, conservent toute leur valeur ; et; cependant, du rapport entre le volume de la tcte et l'amplitude pelvienne dépend la solution de la question de savoir si la provocation de l'accouchement devra être faite au 'j^ mois (solaire) ou un peu plus tard. Denman trouva une deuxième indication à la provocation de l'accouchement dans le fait de la mort habituelle du fœtus à certain moment, chez quelques femmes; dans ces cas, il faudrait procéder quelques jours avant ce moment. Denman a amené deux enfants vivants chez une femme dont les enfants étaient toujours morts peu après cette époque ; il ajoute cette réflexion pleine de prudence : « There is always something of doiibt in thèse cases, iuhether the child might not hâve been preserved ruithoiit the opération ik Denman se demande encore si, dans certains états morbides de la mère, notamment dans certaines maladies de l'estomac (vomissements), l'opération ne devrait pas être pratiquée. Comme méthode opératoire, Denman propose la ponction des membranes avec un instrument pointu (a quill sharpened ad the point), après douze heures, quelquefois après 12 à 14 jours seulement, l'accouchement a lieu. Denman prévient les abus qu'on en peut faire : to dishonest and immoral purposes. — C'est ainsi que Denman introduisit dans la pratique obstétricale une opération inspirée par le motif le plus noble, et qui mérite la reconnaissance de l'art. Malgré le blâme qu'elle encourut à l'étranger, et l'opposition obstinée qu'elle trouva, elle s'est ouvert partout la voie, et, bien que parfois restreinte, elle fut admise au rang des opérations obstétricales.
Obs. I. — C'est dans la sect. X du chap. XII, que se trouve dans le Traite' de Denman, ce que dit l'auteur de l'accouchement prématuré (dans la trad. fr., t. II, p. 221). Il porte comme titre : « De l'accouchementprématuré,et de l'avantage qui en résulte ».
Le salut de la vie de l'enfant est indiqué constamment comme le motif de Popération, et la manière de la pratiquer se trouve décrite partout ; c'est par ce motif que la prétention de Will. GooPER ne peut être prise en considération dans l'histoire de l'obstétricie, attendu qu'il ne s'exprime que d'une façon générale, ce qui laisse subsister le doute, qu'il s'agisse d'enfants non viables, méthode abortive qui n'est que celle connue de toute antiquité; ses paroles, qui sont de 1769, sont les suivantes : « /, alloip rne^ /o propose tlie following question, vf^. in siich cases vhere it is certainly knonm that a mature child cannât possibl}^ be delivered in the ordinary way alive^ 7P0iild it net be consistent rinth reason and conscience for the préservation of the mother, as soon as it is conveniently can be done^ by artificial means, to attempt to produce an abortion ? » Voy. * Medic Observât, and Ingiiiries, vol. IV. Lond., 1771, in-8°,XXI. A case ofcaesarean section., p. 271.
Obs. II. — Les dissertations des médecins allemands citées plus haut sont :
El. Camerarius, resp. Sam Herzog, An liceat medico pro sainte matris abortum procurare? nec iitilem esse nec necessariam quœstioneni. Tiibing., 1697, ii''"4°-
* J. Hadr. Slevogt, Prolusio ?ium maturus fœtus servandœ. matris causa occidendus? aut abortus provocandus sit, ut mater gravida a magno morbo morteque liberetur? len., 1710, in-4°
'E']\i's,d. Dissertatioinqua per partum illegitimum abortum que matris vitam subinde conservandam esse demonstratur. len., 17 10, in-4''.
§ 141. — L'accouchement prématuré artificiel en France.
Pendant que la nouvelle opération recevait en Angleterre l'accueil le plus empressé, depuis que les accoucheurs les plus célèbres s'étaient déclarés pour son adoption en 1756, on n'entendit en France que quelques voix favorables, timidement articulées, qui bientôt furent réduites au silence par l'autorité prépondérante de l'accoucheur français le plus renommé. On comprenait cependant, dans ce pays, la nécessité d'une opération autre que la perforation ou l'opération césarienne, quand le bassin était déformé; la section de la symphyse du pubis, qui
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQUA LA FIN DU XVIII^ SIECLE 347
fut proposée et pratiquée, est la preuve la plus évidente que cette nécessité d'une opération nouvelle s'était fait sentir.
D'après Sue, t. I, p. 606, « M. Petit a conseillé et fait pratiquer l'accouchement prématuré dans le cas de difformité aux os du bassin. Il a même proposé à ce sujet des moyens dans le détail desquels ce n'est pas ici le lieu d'entrer, avec d'autant plus de raison qu'il faudrait d'abord que les Casuistes et lesThéologiens eussent décidé s'il est permis d'accélérer par Art, une fonction à laquelle la nature a assigné un terme fixe, et si on peut courir les risques de la vie incertaine de l'enfant, pour assurer celle de la mère, etc. » (i). Roussel de VAUzEME.dans un écrit sur la symphyséotomie publié en 1778, a exprimé son opinion sur Taccouchement prématuré en ces termes : « Septimo aut octavo mense promoveri posse partum », et il s'abrite derrière l'autorité de Le Vacher de la Feutrie. En dehors de ces notions, que nous trouvons dans Sue, la littérature obstétricale française n'a consigné aucun cas de provocation de l'accouchement, et l'anathème lancé, dès 1 68 1 , par Baudelocque, contre cette opération l'a frappée de mort, avant que les français eussent pu en faire l'essai, c'est ainsi qu'en France on n'y prêta aucune attention; ce n'est que dans ces derniers temps, après qu'elleavait été adoptée en Allemagne, que des accoucheurs de Strasbourg, puis ceux de Paris l'adoptèrent à leur tour, la recevant non de la main des anglais, mais de celle de leurs voisins.
Obs. — Le mémoire dans lequel Aug. Roussel de Vauzeme. médecin à Paris, mentionne l'accouchement prématuré artificiel appartient à un de ces nombreux écrits que fit naître l'opération de Sigault : « De sectione symphyseos ossium pubis admittenda. Qiiestio medico chiriirgica Parisiis discussa in scholis medicoriim. » VII, m. Mai 1778. Par., in-8°, p. 64. Dans les notes l'auteur s'appuie sur l'autorité de son collègue Le Vacher de la Feutrie : « autor, ut quibusdam in casibus haecce pro coesarea
(i) Nous avons cru devoir donner en entier le texte même de Sue, auquel l'auteur ne fait que renvoyer, parce qu'on y trouve la raison déontologique qui a été pendant si longtemps la cause de l'opposition en France. (F.-J. H.)
admitteretur operatio ; ut nempe pro majori vcl minori ossium pelvis deformitate, septimo scilicei, vel octavo gestatioiiis mense per artem sollicitaretur partus. Namque tune temporis fœtum capita legitimam non sunt molem adepta, eorumque molliora extenduntur ossicula, et e suo loco facilius dimoventur; unde proclivius per iter angustum transmittuntur puelli, viventes nascuntur, ad extremamque valent senectutem canescere ; et prœmissis venœ sectionibus halneisquc. etc., etc., neutiquam puerperis verendum est «. Ce passage engagea Sue à dire dans son livre que Petit, le maître de Le Vacher de la Feutrie. avait depuis longtemps donné le conseil de « pratiquer l'accouchement prématuré dans le cas de difformité du bassin », et à la fin il ajoute: « Il est étonnant que M. Roussel n'ait pas fait usage de cette autorité sur laquelle plusieurs accoucheurs, et entre autres M. Destremeau, eussent pu lui donner des renseignements certains fondés sur l'expérience ». D'après cela, l'accouchemciit prématuré était connu des médecins français aussi bien que des médecins anglais, et avait peut-être été pratiqué par quelques-uns d'entre eux ; toutefois, à l'exception de Roussel, personne n'en avait fait mention, dans un écrit, jusqu^au moment où Baudelocque le condamna dans la première édition de son livre, 1781. 'L'art des accouchements, t. II. Par., 1781, in-8°, | 1893 et suiv., p. 221 (i). A PexempledePuzos, il ne l'admettait que dans des cas d'hémorrhagie.
§ 142. — William Osborn.
William Osborn, médecin et accoucheur à l'hôpital général d'accouchements et professeur d'accouchements, fut le plus grand partisan de la perforation. II posa, en principe, dans ses écrits que, quand le rétrécissement du bassin ne laisse que le choix entre l'opération césarienne et la perforation du crâne, on devra sacrifier la vie de l'enfant à celle de la mère, et il chercha à baser son opinion sur tous les arguments possibles. Un bassin dont le diamètre antéro-postérieur mesure moins de 3 pouces (8 centim.) impose la perforation du crâne, qui devra
(i) Voy. encore dans la G« édition posthume, Paris, 1822, § 2012, p. 288, le même jugement toujours maintenu. (F.-J. H.)
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XYIII**' SIECLE 849
être pratiquée de bonne heure ; ce n^est que 3o ou 36 heures après, qu'on devra songer à l'extraction, afin que, pendant l'intervalle entre les deux opérations, la putréfaction commençante facilite l'extraction, si toutefois celle-ci est alors encore nécessaire. L'opération césarienne est représentée comme une opération dont on ne doit pas assumer la responsabilité, qui se termine le plus souvent par la mort, et qui devrait être entièrement bannie de la pratique ; il s'élève aussi, à bannière déployée, contre la symphysiotomie, en 1/83, dans un écrit spécial, et encore avec plus de développements dans un autre écrit, en 1792. Osborn exprime une grande prédilection pour le forceps, il en prend la défense contre Denman qui recommandait plutôt le levier.
Il chercha à démontrer par de nombreux arguments que, dans les accouchements difficiles qui exigent l'emploi d'instruments, le forceps était bien préférable au levier, et il combattit les objections que Denman et d'autres partisans du levier avaient produites contre le forceps ; .il vanta surtout la sûreté de son application sur la tête foetale, tandis que le levier ne donne pas une prise solide et expose facilement la mère à être blessée. Dans l'application du forceps, ainsi que dans l'extraction par cet instrument, l'opérateur devra avoir égard à l'axe du bassin : on ne devra pas recourir trop tôt à son emploi; en général, Osborn dit n'avoir jamais vu qu'une attente prolongée, avant son emploi (by merely vs^aiting), ait été préjudiciable et causé quelque danger ; il pose, au contraire, en principe que les femmes se rétablissent aussi facilement et aussi vite après un accouchement long et difficile qu'après un travail rapide et facile. Les convulsions et les hémorrhagies seules réclament un accouchement rapide, pour soustraire les femmes aux dangers dont elles sont menacées. Ses observations sur les diverses capacités de la cavité pelvienne sont exactes ; c'est en se conformant à eelle-ci, que la tête s'engage dans le diamètre oblique, et l'auteur apprécie très bien l'influence de tel ou tel os du pelvis sur le mode suivant lequel la tète le traverse. Osr.ouN combat l'opinion de ceux qui disent que l'accouchement doit être aussi facile chez la femme que chez les femelles
des animaux, ce sont là des principes émis par les ennemis de Tobstétricie. La situation debout, chez Thomme, et la disposition de celui-ci à contracter certaines maladies, comme le rachitisme, sont des conditions qui diffèrent beaucoup dans l'espèce humaine et chez les animaux. En général, on trouve dans les écrits d'OsBORN beaucoup de vues nettes et des remarques qui révèlent un habile observateur ; mais elles ne pourront laver l'auteur du reproche si mérité d'avoir eu pour la perforation une si grande propension, qui a exercé sur la pratique de ses compatriotes une fâcheuse influence.
Obs. I. — OsBORN a été un des maîtres le plus recherchés de l'Angleterre. Il écrit dans la préface de son second ouvrage ( 1 792) que plus de 1,200 accoucheurs (Practionners of Midwifery) du royaume ont suivi ses leçons. Si on admet que, parmi ses auditeurs, s'étaient trouvés aussi des étrangers (parmi ceux-ci Boer), on pourra apprécier l'étendue de la diffusion de ses doctrines. Ce que dit Osborn à la fin de ce livre, p. 471, sur sa méthode d'enseigner les accouchements, mérite d'être pris en considération et révèle un habile professeur.
Obs II. — Le premier écrit d'OsBORN porte le titre de : * Aji Essay on laborious Pai~turitio7is : in rvhich the division of the Symphysis pubis is particularly considered. Lond., 1783,111-8". Plus tard parut le même travail plus complet avec beaucoup d'additions et de suppléments et un titre nouveau : Essays on the Practice of Midwi/erjy in natwal and difficult. Labours.^ by M. Osborn. Lond., 1792, in-S". Trad. en allemand par D"" Chr- Fr. Michaelis. * Versiiche iiber Geburtshiilfe in natiirlichen iind schiperen Gebiirten. Nebst D"" Al. Hamilton's Briefen an den Verf. ûberverschiedene seiner Lchrsàtie. Nebst ein Kiipfer. Liegn., 1794, in-8° (Essai sur l'obstétricie normale et pathologique avec lettres du D"" Hamilton sur divers points de doctrine). La planche, qui ne manque pas dans l'original, représente une cuiller du forceps d'OsBORN.
Obs. III. — Robert Bland, un contemporain, accoucheur à l'hôpital général de Westminster, entreprit de réfuter les principes d'OsBORN. Cet auteur avait déjà antérieurement rendu service à la science en publiant des statistiques extraites des registres de son établissement, contenant le nombre des maladies et des décès suite d'accouchements, des rapports entre les naissances simples et les grossesses gémellaires, le
DEPUIS l'invention DU FORCEPS JUSQu'a LA FIN DU XVIIl'' SIECLE 35 I
nombre des monstruosités et des enfants mort-nés, etc. Voy. * Philosophie. Transact., vol. 71, P. II, 1781, p. 355 et * Journal fiir Gebw'tshulfer, I Bd. Frankf.u. Leipz., 1718, in-8°, p. 32. Le mémoire contre Osborn, dans lequel il défend le forceps contre le levier et où il s'élève contre la légèreté et la précipitation de remploi du perforateur, est très bien fait et témoigne, chez l'auteur, d'une expérience étendue, et de principes solides * Observations on hiiman and comparative Partiirition. by R. Bland. Lond., 1794, in-8°.
I 143. — John Aitken.
Les doctrines qu'un accoucheur d'Edimbourg, John Aitken, chercha à répandre à cette époque furent bien moins importantes que celles du précédent auteur. Professeur d'anatomie, de chirurgie et d'obstétricie, il avait fondé, à Edimbourg, avec la coopération de ses élèves, un établissement où l'on observait annuellement environ 100 accouchements. Il avait composé, pour ses leçons, un livre dans lequel étaient exposés avec concision les principes et la substance de son enseignement calculé de façon à recevoir un complément oral. Dans l'introduction, on trouve l'anatomie du bassin et des parties molles de la génération. Il admet dans le bassin deux axes, un pour le détroit supérieur, l'autre pour le détroit inférieur. La partie physiologique (puerpéral Physiology) est très courte, quoiqu'on y parle de la menstruation et de la génération. La doctrine du traitement de la parturiente commence par ces paroles : L'accouchement doit être considéré comme une fonction naturelle, bien loin de s^imaginer que l'art y soit indispensable, on devra y intervenir le moins possible. Un soutien modéré du périnée, quand il est fortement distendu, n'est pas absolument nécessaire, mais ne saurait être nuisible. C'est agir contre la nature, et même cruellement, que de condamner la parturiente à rester au lit pendant toute la durée du travail; en variant sa position, et en lui permettant de se lever alternativement et de se promener, on peut atténuer un
peu Pintensité des douleurs. La partie pathologique de l'accouchement (puerpéral Pathology), comprend Taccouchement prolongé (lingering), bien que ce soit la tète qui se présente, et les accouchements anormaux, quand Tenfant se présente par une autre partie que par la tête, quand il y a procidence du cordon ou implantation du placenta sur l'orifice; Aitken passe en revue les maladies des parties génitales chez la femme non enceinte, ses maladies pendant la grossesse, le travail et la puerpéralité, ainsi que les maladies des nouveau-nés ; toutes les parties ne sont qu'esquissées, toutefois on reconnaît bien les principes de l'auteur. C'est ainsi que, pour lui, les présentations de la face sont les déviations les moins considérables de l'état normal. Ces accouchements peuvent se terminer par les seules forces de la nature, il n'y a que l'enfant qui en soutire un peu. En contradiction avec ce principe, l'auteur conseille d'employer, de suite, le levier pour changer la présentation faciale en présentation du crâne. Les présentations des pieds et celles du siège sont, d'après Aitken, à ranger dans les accouchements ordinaires et normaux, attendu qu'ils se terminent par les seules forces de la nature ; les présentations d'un s-ul pied se terminent de même. En cas d'enclavement du siège, on pourra faire les tractions au moyen des doigts, avec des leviers flexibles ou des crochets flexibles et mousses, ou avec le forceps. Il rejette les crochets mousses ordinaires qui ne peuvent servir que pour l'extraction d'enfants morts. Parmi les présentations transversales, Aitken ne cite que celle de l'épaule, et il rejette celle de la poitrine ou du dos. Dans les présentations du dos, on devra faire la version sur les pieds (version complète); toutefois, pas avant qu'on se soit assuré que la version sur la tête (version incomplète) n'a pas réussi, version, pour laquelle il conseille d'employer la main ou son levier vivant (flexible), ou son propulseur (impellens). Aitken ne consacre que quelques mots au forceps. L'accoucheur ne devra jamais l'employer sans nécessité, attendu qu'il peut causer quelque préjudice (some injury) si bien construit qu'il puisse être, ou quelle que soit l'habileté de la main qui l'emploie.
DEPUIS l'iNVKXTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIir SllXLK J 3 .1
Il accorde au levier une place plus considérable, surtout à celui qu'il a inventé, dont la cuiller peut se fléchir plus ou moins moyennant une vis qui se trouve dans le manche (voy. Mulder, pi. IX, fig. i5 et i6); il l'appelait levier vivant (living lever), ses mouvements ressemblant à ceux des doigts. Aitken avait adapté la même modification à son forceps. Il regardait la symphyséotomie comme inutile; elle ne serait utile que si on obtenait un allongement de près d"un pouce du diamètre antéro-postérieur. Pour la pratiquer, il avait imaginé un couteau flexible agissant de dedans en dehors, afin d'éviter de léser la vessie; il avait imaginé aussi une scie flexible pour scier la symphyse dans le cas où elle serait ossifiée. Mais toutes ces conceptions sont surpassées par la proposition, en cas d'étroitesse considérable, de scier la paroi antérieure du bassin en détachant un segment, de laisser cicatriser cette pièce osseuse de façon à ce que cet élargissement subsistât pour l'avenir! (i).
Ayant la prétention de rendre l'opération inutile par ce procédé, AiTKEN est tout aussi favorable que ses compatriotes à la perforation et à Tembryotomie ; la vie de la mère est « comparatively the most valuable », toutefois il blâme Osborn, dans une note, d'avoir trop peu considéré la vie de l'enfant. Dans les hémorrhagies et les convulsions, on devra pratiquer l'accouchement forcé. AiTKEN soulève la question de savoir si, pour éviter l'embryotomie dans un bassin assez étroit pour ne pas permettre le passage d'un enfant vivant, on ne terait pas bien (lawful) de provoquer, à temps, l'avortemeni? (by inducing early an abortion).
AiTKEN a invente un grand nombre d'instruments d'obstétricie (19), qui sont représentés à la fin de son livre. Parmi ceux-ci, deux pelvimètres, un pessaire à air, des instruments pour la pertoration et l'embryotomie. Un volume spécial^ i'i-4"5 peu soigné, les contient tous gravés sur cuivie, de plus des bassins et des
(i) Ce procédé se trouve décrit à l'article oper. césar. Trad. allem., p. io5. (F,-J. H.)
RIEDOLD-HKRRCOTT. II — 1J
matrices de toute espèce, d'après Haller, Ruysch, Smellie, Albinus ; des fœtus dans diverses présentations et d'autres instruments encore, etc. D'après Osiander, Aitken se serait tué dans un accès de délire, en septembre 1790, d'où cet liistorien conclut qu'un certain nombre de ses écrits et de propositions ont été les fruits d'un cerveau déjà malade.
Obs. I. — * John Aitken, Principles o/Midxpifery or Puerpéral medicine. 3^ éd.enlarg. andillustr. withEngravings.Lond, , 1786, in-8°. La première édition paraît avoir été publiée le 3 avril 1784, d'après une dédicace à ses élèves qui se trouve dans la 3^ édit. Trad. en allemd. d'après la 3^ éd., par * H, Spohr, av. 3i pi. Nurnb., 1789, in-8". Andr. Duncan, dans ses * Medic. commentaries,Y)ec. sec. vol.V. Edinb., 179 1, in-8'', p. 498, mentionne la mort d'AiTKEN à la date du 22 septembre 1790, sans spécifier le genre de mort indiqué par Osborn, il est dit simplement : « died on the 22 september 1790 ».
Obs. II. — La relation d'une version spontanée (Or/^., p. 99. Trad.., p. 124) montre avec quelle légèreté Aitken avait écrit son livre. Il dit que dans son établissement on a vu un exemple pareil à l'accouchement que raconte Denman : « at least a child presenting the arm was delivered M'ithout assistance «, nous n'apprenons rien de plus, sinon qu'une foule d'élèves pouvaient en témoigner; lui-même arriva trop tard, et il n'a pas eu d'autre occasion de voir un accouchement semblable.
§ 144. — David Spence.
Un an après qu'AiTKEN avait publié ses principes, parut le livre d'un autre accoucheur écossais, qui exposa son sujet avec détails, mais qui n'enrichit point la science. David Spence, son auteur, membre du collège royal des médecins à Edimbourg, suivit en tout les doctrines de Smellie, sans posséder le talent pratique dont cet éminent accoucheur avait été doué à un si haut degré. Il donne même des conseils qui sont en contradiction avec une conception juste du travail, p. ex. d'administrer à la parturientc, sans distinction, des moyens fortifiants et excitants
comme du vin, de la cannelle et même de Teau-de-vie mélangée avec de l'eau. L'auteur s'étend longuement sur le forceps, il se servait de celui de Leake sans y ajouter la 3® cuiller. On devra employer le perforateur et les crochets quand on ne peut faire la version, ni se servir utilement du forceps. L'emploi de la perforation est indiqué d'une manière d'autant plus pressante, que les jours de la femme sont en danger (hémorrhagies ou convulsions), ou quand l'accoucheur sait positivement que l'enfant est mort.
Le cerveau sera évacué avec un instrument mousse, comme ceux dont on se sert pour faire, après la taille, l'extraction des calculs urinaires. On ne devra pratiquer l'opération césarienne sur la femme vivante, que si le bassin est tellement étroit que l'enfant ne puisse être extrait ni par la main ni par les instruments. Spence s'est occupé aussi des maladies puerpérales, de celles des enfants, même de la dentition, et, à la fin du livre, il donne quelques observations de maladies et d'accouchements se rapportant aux années 1768- 1780; il y a ajouté une courte notice chronologique et l'indication des auteurs qui ont traité de l'obstétricie,
Obs. ~- A Treatise 0/ Midtpiferj'^ theoretical and practical. By Df Dav. Spence. Edimb., 1785, in-8°. Trad. en allemand (* System der theoret. u. prackt. Enibindungskunst). Schweinfurth., 1787. Osiander dit avec raison de cet ouvrage : « Il aurait pu rester sans être traduit pour nous autres allemands, mais les années 80 étaient celles de l'anglomanie chez nos médecins et chirurgiens, et chaque livre de médecine, si peu qu'il eut une odeur de houille, était une nouvelle source de profits pour les faiseurs de traductions ».
§ 145. — Revue rétrospective.
Depuis le commencement du XVI II« siècle, l'obstétricie avait pris un brillant essor dans deux pays : en France et en Angleterre le zèle, pour cet art, était stimulé par la'plus noble émulation.
Levret et Smellie étaient, pour les deux pays, des étoiles de première grandeur ; c'est d'après les principes de ces deux hommes que se développait l'obstétricie en France et en Angleterre, si bien que, pendant quelque temps, on ne trouvait, dans chacun de ces pays, que les doctrines de Levret et de Smellie, si opposées qu'elles fussent. Pendant qu'en France on ne cherchait qu'à perfectionner l'art, qui avait atteint une hauteur considérable, on n'était occupé en Angleterre qu'à étudier la grande puissance de la nature dans l'accomplissement de son œuvre, et à mettre la pratique en harmonie avec ces principes; on arriva à un autre résultat pratique qu'en France, où l'obstétricie avait pris un caractère tout di tférent. Une conséquence de ces principes opposés fut, pour l'Angleterre, une confiance trop grande envers la nature, confiance qui laissait passer le moment de l'intervention de l'art, et entraînait la prédilection pour la perforation, laquelle, à la fin, ne restait plus que le dernier moyen à employer, attendu que, d'après leurs principes et la configuration de leurs forceps, cet instrument ne pouvait avoir une action aussi étendue que les forceps plus longs des accoucheurs français. Les deux nations suivaient leur tendance propre, et contribuèrent également à enrichir et à perfectionner l'obstétricie. Mais ce n'est que parla réunion des efforts des accoucheurs français et anglais, et par la comparaison de leurs principes, que les excès purent être évités, et que l'art put entrer dans la voie de la perfection désirée. Ce qui eut lieu en etîet, comme nous verrons plus loin.
§ 146. — Obstétricic allemande au XVI 11^ siècle.
L'obstétricie allemande, dans la première moitié du XVI II'' siècle, n'offre rien de consolant quant à sa culture et ses progrès. On ne peut pas dire, cependant, que les allemands n'aient eu ni zèle ni attention pour l'obstétricie ; si nous interrogeons, à ce point de vue, les hautes écoles qui sont les gardiennes de nos connais-
DEPUIS L INVENTION DU FORCEPS JUSQU A LA FIN DU XVIIl^ SIECLE 357
sances, nous trouvons dans les leçons et les travaux des maîtres, ainsi que dans des dissertations de leurs élèves, une consolante réponse à cette question, qui démontre que cette branche des connaissances médicales n'avait pas été laissée dans un abandon complet ; mais nous n'y constatons aucun progrès pratique. La pratique en elïet, était restée entre les mains des sages-femmes, qui n'appelaient les hommes à leur aide que dans la dernière nécessité, si bien que ceux-ci ne pouvaient avoir l'occasion de jeter un coup d'œil sur toute l'œuvre de la nature, qu'ils n'étaient appelés qu'à terminer. Les etîorts des médecins ne devaient donc tendre qu'à pouvoir répondre à l'appel qui leur était fait par les sages-femmes, et comme celles-ci ne les appelaient que dans des cas difficiles, ils ne devaient chercher qu'à apprendre à pratiquer les opérations pour lesquelles ils étaient appelés, éducation tronquée évidemment, ne pouvant être basée sur l'observation et l'étude de la nature, qui seule peut donner les véritables principes de toute intervention. Nous ne devons donc pas nous étonner si nous ne trouvons l'obstétricie qu'entre les mains des chirurgiens, qui ne devaient intervenir que pour faire l'extraction de l'enfant ; l'art était ainsi réduit à une intervention toute mécanique, où manquait mêmela possibilité d'unetransformation scientifique. Les secours demandés étaient souvent ce qu'ils n'auraient pas dû être. La perforation et l'embryotomie jouaient toujours leur triste rôle et ne pouvaient inspirer, envers les chirurgiens, la confiance du public qui leur était si nécessaire pour que l'art prit une tournure meilleure. Même le forceps qui ne se naturalisa en Allemagne que tardivement, en raison du peu de connaissance que ce pays avait de ce qui se faisait à l'étranger, trouva sur son chemin de fâcheux préjugés. Aussi ne voyons-nous en Allemagne, à cette période, que des chirurgiens qui aient envisage l'obstétricie au point de vue scientifique, comme Ibrmant une partie de la chirurgie. Les livres spéciaux n'existent qu'entre les mains des sages-femmes, et on comprend qu'ils n'aient pu conduire l'obstétricie à un point plus élevé ; on trouve, enfin, dans ces livres un peu d'anatomie et de physiologie qui les rendirent
plus Utiles, mais ce qui pouvait conduire à des choses nouvelles et meilleures leur manquait absolument.
Obs. I. — MoEHRiNG écrivait encore en 1732 dans son * « Schediasma de qiiibusdamprœjiidiciis medicis » (prœsid. J. A Kulmo). Gedan4, p. 18. « Ars ohstetricandi est pars chirurgiœ. »
Obs. II. — Parmi les dissertations d^accouchements publiées au commencement du XYII*^ siècle, se distinguent particulièrement celles qui parurent à léna, et qui ont eu pour auteur le célèbre Joh. Hadr. Stevogt, ou qui ont été inspirées par lui. Leur liste se trouve dans: * Joh. Car. Heffter, Muséum dispiit. ■physico-medicum tripartitiim. Zittav. Lusat.,vol. I, 1756, in-4°, p. 369 et vol. II, ibid., 1764, in-40, p. 425.
Obs. m. — La liste des cours faits dans les universités allemandes donne la meilleure indication sur Tobstétricie à cette époque, c'est ainsi qu'à Goettingue, dont la première liste est de Tannée 1736, on ne trouve qu'en 1739 énoncé, pf)ur le semestre d'hiver, un cours d'accouchements suivant Deventer, par J. J. HuBER, quia aussi publié plusieurs mémoires sur les accouchements (voy. PuTTER, Gesch. deriiniv. Goetting. Hist. de l'université de Goett., I, p. 97). Lorsque Huber se rendit à Cassel en 1742, comme professeur au Carolinium (il mourut en 1778), l'obstétricie disparut du programme de la faculté de médecine de Goettingue jusqu'en 1750, où Brendel annonça des leçons d'obstétricie, comme complément de ses « Instit. medic. ». Mais pendant l'hiver 1751-52 J. G. Roederer prit possession de sa chaire, et resta sur le terrain solide sur lequel il avait fondé Pobstétricie. Dans le catalogue des leçons de Tubingue, nous ne trouvons de leçons d'obstétricie annoncées que pour le semestre d'été de 1795. Elles devaient être faites par Fr. Clossius. A Helmstadt, suivant le catalogue de l'hiver de 1754, Heister devait faire des leçons sur les accouchements « per rcliquum annum et hyemen». Il avait fait la démonstration des plantes de l'automne aux mêmes heures ; plus tard, le cours d'accouchement remplaça la botanique. Beireis avait annoncé son cours comme « privatissime ». La confrontation des catalogues de tous les cours de toutes les universités de l'Allemagne aurait fourni des documents bien intéressants pour l'histoire de l'obstétricie dans ce pays, mais nous n'avons pu consulter que ceux dont nous avons parlé ci-dessus. Il ne faudrait, toutefois, pas en conclure que là où l'indication de ccjurs d'obstétricie manquait, elle n'ait pas été enseignée: elle l'était avec la chirurgie, et les professeurs qui enseignaient celle-ci avaient le devoir d'enseigner en même tems l'obstétricie. Cette dernière devait être traitée comme une étrangère.
bien parcimonieusement, car elle ne formait qu'une petite partie de la chirurgie. C'est ainsi qu'à Tubingue le professeur de chirurgie, H. F. SiGWART.qui mourut dans un âge fort avancé, consacrait dans son cours de chirurgie quelques leçons à lobstétricie. bien qu'aucun catalogue de Tubingue n'en ait fait mention, et cependant F. D. Osiander s'est dit avoir été son élève, et a fait connaître ses doctrines, voy. : * Osiander's Neiie Deukwàrdigk. I B.. 2^ liv. Gôtt., 1 799, in-8°, p. i3 ; voy encore : * A. Fr. Bock's Gesch.der Univ.Tiib .{H'isx. deruniv.deTub.).Tûh.. 1774, in-8°, p. 247 où^ dans Sigwart. l'on parle de Tobstétricie : voy. encore p. 249 du même livre. Relation des cours de C. Ph. Diez, professeur extraordinaire, qui n'ont pas été mentionnés spécialement dans le catalogue officiel. — A Halle Bohmer a également fait des cours d'accouchements ; voy. plus haut § 1 14, Obs.