‹ Essai d'une histoire de l'obstétricieChapitre 53 sur 68 · AU LIEU DE USEZ · texte numérisé non relu

AU LIEU DE USEZ

feminimus femineus.

Oecononiai Oeconomia.

fab 18 fab. 19.

quand quant.

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G}-asso Crasso.

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celle-ci celles-ci.

meilleurs préceptes préceptes meilleurs.

ce fut ainsi c'est ainsi.

Augustules Augustule.

Wissenschaftl Wissenschaft.

Morgenladischen Morgenlaendischen.

obligés obligé.

xaoaTca xa. ôarsa.

le placitis de placitis.

liniter leniter.

educatione eductione.

des régions sur les régions.

Glaubenslchse Glaubenslehre.

kund kunde.

par pas.

a vu encore a vu.

la spéculation que la s. plutôt que.

feminitas femineitas.

forma de forma.

l'institue l'institu-

Insit medicin Instit. hist. mcdicin.

plantarum planètarum.

extravi extraxi.

Historia testis temporum, lux veritatis, via memoriae, magistra vitœ, nuntia vetustatis. • CiCERO. — De oratore.

I. — L^histoire d'une science expose son origine, sa source, ses progrès, son développement et son perfectionnement. Elle doit indiquer les voies et les moyenspar lesquelscette science est arrivée au point actuel ; elle a pour devoir d'exposer tout ce qui s'est accompli dans son domaine.

La source principale de ces informations est l'expérience accumulée des siècles, son objet principal Vexposé du passé.

II. — Aucun champ du savoir humain ne doit rester inexploré ; toute recherche, quelle qu'en soit la direction, doit avoir pour but de découvrir ce qui a été utileàla science, ce qui a contribué à ses progrès et ce qui a été réellement profitable à la pratique ; c'est pourquoi elle ne peut se borner à un simple exposé de ce qui a été accompli ; elle doit faire ressortir des acquisitions de la science l'influence qu'elles ont exercée sur elle,

2 HISTOIRE DE L OBSTETRICIE

montrer ce qui lui a été favorable, et établir entre celles-ci et le présent un lien, pour que le lecteur puisse avoir sous les yeux la trace lumineuse des modèles du passé; il faut en outre que, par la comparaison incessante du passé avec le présent, Thistoire indique quels sont les progrès que la science a faits, dans quels points le présent est en avance sur le passé. Elle ne doit pas celer les pas rétrogrades, mais faire une appréciation juste destinée à prévenir une louange exagérée du présent. Par cette manière de comprendre la tâche de l'histoire, l'exposé du passé est élevé à la hauteur d'ime philosophie de V histoire. Ce n'est que par la réunion de toutes ces qualités que les recherches dans le passé peuvent avoir pour le présent une utilité réelle.

III. — Une science n'a une histoire que quand elle s'est constituée et est arrivée à une certaine perfection; aussi longtemps qu'elle est au berceau, en enfance, ou dans une situation inférieure, le passé ne l'instruit pas, elle n'a pas encore le sentiment de sa valeur, pas même le désir de jeter un regard sur le passé pour y lire les chances de son développement futur. Le désir d'avoir une histoire ne se manifeste que lorsque la comparaison entre le passé et le présent n'a pas pour résultat la crainte d'un jugement défavorable.

IV. — La médecine possédait depuis très longtemps son histoire, démontrant que la considération dont elle jouit était pleinement méritée. Depuis longtemps, elle avait atteint ce point, d'où elle pouvait jeter sur le passé un regard honorable pour elle, utile à tout homme instruit. Elle se présentait au jugement de tous comme une science autonome, affranchie du poids de toute chaîne, et pouvait sans crainte entrevoir ses destinées. Elle était en état de compenser des erreurs anciennes par l'apport de salutaires vérités nouvellement découvertes et mieux démontrées ; elle n'avait plus à rougir de la comparaison du passé avec le présent. Chaque siècle pouvait produire des avantages qui, aux yeux de l'histoire, amnistiaient le passé. Depuis

longtemps, Phistoire de la médecine pouvait être la directrice de sa vie.

V. — Par son but et sa signification, l'obstétricie est intimement liée à la médecine, mais elle se présente comme une des branches les plus jeunes de l'arbre. Un temps très long s'est passé avant qu'on accordât l'attention qu'elle méritait à une branche qui se trouvait reléguée entre les mains des femmes. Même lorsque les médecins et les chirurgiens prenaient l'obstétricie sous leur protection, ils n'agissaient qu'avec une grande réserve.

Le travail de l'accouchement, tel que la nature l'accomplit, n'était pas connu. Dans les cas difficiles, on se bornait à demander des conseils qui avaient pour objet la prescription de quelques médicaments lorsqu'on s'adressait à des médecins, l'accomplissement de quelque opération quand on faisait appel aux chirurgiens. Il devait en résulter une division de l'art qui ne pouvait que lui être préjudiciable. D'un côté, il y avait les femmes qui s'étaient approprié la pratique de l'art ; de l'autre, des médecins ou des chirurgiens, nullement préparés à rendre le service qu'on sollicitait. C'est ainsi que pendant un temps très long, l'obstétricie ne fut pas autonome, mais placée bien en arrière de la médecine et de la chirurgie. Il ne manqua même pas de médecins pour la regarder avec dédain, et dire avec Le Bon : « Hase enim ars viros dedecet » ; propos qui n'était que trop écouté.

VI. — L'imperfectiond'unepartiedel'art quiapu à peine être regardée comme spéciale, tout au plus comme un rameau de la chirurgie, et qui s'est maintenue, ainsi pendant de longues années, n'a point permis que son histoire fût écrite; c'est tout au plus si, en raison de cette dépendance, elle a pu avoir été appréciée au point de vue historique seulement dans quelques parties, et si les travaux rétrospectifs entrepris à son sujet méritent le nom d'histoire. On se contentait de recherches qui, fatalement, ne devaient être d'aucun profit pour elle. Quelques points

4 HISTOIEE DE L OBSTETRICIE

lumineux de l'antiquité, qu'une interprétation raisonnable aurait pu rendre profitables à ses progrès, n'ont pas été aperçus ; on s'est égaré dans les investigations les plus étranges et les plus oiseuses. Une branche qui pendant de si longues années a manqué du principe supérieur qui appartenait à celle de la médecine « quœ manu medetur », était, il est vrai, concédé aussi à l'obstétricie.mais c'était celui dont elle avait le moins besoin, car moins que tout autre il pouvait la conduire à la réelle connaissance de son sort; il ne pouvait révéler que des choses fâcheuses dans le passé, que le bien présent n'aurait pu effacer.

VIL — Le besoin d'une histoire de l'obstétricie ne se manifesta que quand elle fut parvenue à se dégager des chaînes si lourdes que la chirurgie avait fait peser sur elle, quand elle eut réussi à se constituer en un tout autonome basé sur des principes solides, et à se développer dans cette voie. L'époque de cette heureuse transformation n'est pas éloignée de nous; nous ne voulons pas anticiper sur notre exposition en donnant la preuve de ce que nous avançons ; nous ne pouvons qu'indiquer que ce fut pendant le XVI11= siècle que se leva cette étoile bienfaisante qui pour les temps futurs allait assurer à l'obstétricie une clarté durable et faire luire pour elle une considération bien méritée.

VIII. — D'après ce que nous venons de dire, on voit que la littérature de l'obstétricie n'est pas considérable, et qu'elle ne peut aucunement êire comparée à celle de la médecine. Les ouvrages qui traitent de l'histoire de l'obstétricie sont d'une valeur bien moindre, nous avons d'autant moins le droit d'en faire la critique, que nous connaissons mieux la difficulté de ce travail, et que nous sommes obligé d'avoir pour ceuxqui ont été entrepris l'indulgence que nous sollicitons pour le nôtre. Dans le courant de notre exposé nous indiquerons à leur place les erreurs qui ont été commises. Il nous suffit ici d'appeler sur ces ouvrages l'attention du lecteur.

IX. — Les ouvrages qui ont traité de l'histoire de l'obstétricie avec quelques développements sont :

* Alph. Leroy. La pratique des accouchements ; première partie, contenant l'histoire critique de la doctrine et de la pratique des principaux accoucheurs qui ont paru depuis Hippocrate jusqu'à nos jours : pour servir d'introduction à l'Etude et à la Pratique des accouchements. Paris, 1776, in-8° (trad. en allem. avec une préface, des remarques et des additions par Joh. NuscHE, sous le titre de : * Litteraerhistorie luid praktischer Unterricht in der Entbindungskunst^ etc. Frankf. Leipz. et Memming, 1779, in-8°). A. Leroy a exposé l'histoire jusqu'à son temps.

* Sue le jeune : Essais historiques littéraires et critiques sur l'art des accouchements; ou Recherches sur les coutumes, les mœurs et les usages des anciens et des modernes dans les accouchements, 2 tom. Paris, 1779, in-8° (trad. en allem. 2 v. in-8". Altenburg, 1786 et 1787 (Travail exécuté sans plan précis : a rudis indigestaque moles » ; ne doit être considéré que comme un recueil de documents).

* Dissert. med. inaug. de artis obstetriciœ hodiernorum prœ veterum prœstantia, ratione partus naturalis, quam ex auctoritate Rect. magnifie. Ed. Sandifort, etc. publico examini submittit Nie. VAN DER Eem. Lugd. Batav., 1783, in-4°.

'^ Dissert. med. inaug. de artis obstetriciœ hodiernorum prœ veterum prœstantia, ratione partus difîcilis et prœter naturalis^ quam ex auctorit. Rect. magnif. Ed. Saitdifort, etc. public, exam. submitt. Leonardus Van Leeuwen. Lugd. Bat., 1782. in-40.

(Deux dissertations qui, bien que peu étendues, sont bien traitées. Elles ont été réimprimées dans * S. Chr. Tr. Schlegel. Sylloge operum minor prœtantior . ad artem obstetr. spectantiiim, t. I, Lips., 1795, in-8°.

* Jos. Weydlich. Lehre der Geburtsh. ^ur Anwendung nach aechten Grundsaet^en und der Erfahrung gemaess bearbeitet^ und auch mit praktischen Anmerkungen durchgehends erlllutert. ErsterTheil.Wien, 179 7, in-S" (Traité d'accouchement suivant les

6 HISTOIRE DE l'obSTÉTRICIE

vrais principes et l'expérience, i" partie qui contient une histoire de l'art qui n'a pas une grande valeur).

* Fr. Benj. Osiander. Lehrbuch der Entbindungskunst . I. Theil. Litteraerische und pragmatische Geschichte dieser Kunst (Traité d'obstétricie, i'^ partie contenant l'histoire de cet art). Gôtting., 1799, in-8°.

C'est le dernier travail historique qui ait paru; il s'étend jusqu'à la fin du dernier siècle. C'est la source principale à laquelle puisent ceux qui préfèrent un travail tout fait aux recherches personnelles, ce travail n'est pas exempt de partialité et il est insuffisant dans certaines directions.

L'histoire de l'art a été donnée sous forme de tableaux par :

LuDw. Fr. de Froriep dans son * Handbuch der Geburtshïilfe (manuel d'obstétricie). Weim., 1802, in-8°, * 9" édit. ibid., i832. Revue chronologique del'hist. de l'obstétr. empruntée en grande partie à l'ouvrage d'Osiander.

* J. Fr. Schweighaeuser. Tablettes chronologiques de l'histoire de la médecine puerpérale. Strasb., 1806, in- 12 (s'étend jusqu'à la fin du dernier siècle), ouvrage fait avec soin.

Ouvrages de moindre importance :

* Fr. Knolle. De artis obstetriciœ historia epistola (récusa). Argentor., 1773, in-40 (la première édition est de 1738).

* A. Fr. Nolde. Beitr'àge :{ur Geburîshulfe (contrib. à l'obstétricie), 3« fascic. Erfurt, 181 5, in-S", p. 8, 68.

* Ed. Casp. Iac. de Siebold. Commentatio exhibens disques itio nem an ars obstetricia sit pars chirurgiœ^ Gott., 1824, in-4'', p. i3-56.

* Ed. Casp. Iac. de Siebold. Encyclopœd. Wôrterbuch dermedi- ^in.Wissensch. [D'icx. encyclop.des se. méd.), t. XIV. Berl., i836, 8°, art. Gesch. der Geburtsh. (Hist. del'obstétr.), p. 127).

Parmi les auteurs anciens qui ont traité de l'histoire de l'obstétricie, d'une manière sommaire, il faut citer encore :

* W. Smellie. a Treatise on the Theorjy and Practice ofMid-

jpifery. 5°éd. Lond., 1766, in-S". « Introduction » (La première édition est de 1752. La trad. franc, est de * 1754, 2» éd. * 1772 (même pagination dans les deux. F.-J. H.).

J. Leake. Introduction to the Théorie and Practice 0/ Midwiferjr, etc. Lond., 1787, 8", p. 48.

* WiTKowsKi. Histoire des Accouchements che^ tous les peuples.Yl. in-8°avec 1,584 ^ë- '^^^'^s le lexte. Paris, 1887. Voir p.i i.

Les monographies qui ont trait à quelques points spéciaux de l'histoire seront indiquées plus loin.

X. — Les œuvres consacrées à l'histoire de la médecine se sont aussi occupées de l'histoire des accouchements, mais d'une manière accessoire seulement ; comme cette branche de l'art de guérir a toujours eu une existence subordonnée, subissant le sort de la médecine en général, il était nécessaire que son histoire fût comprise dans l'histoire de la médecine, d'autant plus que la plupart des médecins qui, dans les temps anciens, avaient pris à cœur les progrès des accouchements, s'étaient distingués aussi dans d'autres branches de l'art, et que cette histoire avait par conséquent été amenée à s'en occuper. Ce sont surtout les historiens de la chirurgie qui se sont occupés de l'obstétricie; nous avons déjà parlé plus haut de cette connexion qui a uni pendant si longtemps leur sort.

XL — L'historien de l'obstétricie sera par conséquent conduit à étudier les œuvres historiques suivantes :

* Herm. Conringii. Lî universam artem medicam singulusque ejus partes introductio. Ex. public, ejus prœcip. lectionibus olim concinnata, nuncadditam. necess. aucta, etc. cur. ac studio G. Chr. Schelhammer. Helmstad, 1687, in-4''.

* Daniel Le Clerc. Histoire de la médecine, oii Von voit V origine et les progrès de cet art, de siècle en siècle ; les sectes qui s''jy sont formées ; les noms des médecins, leurs opinions, et les circonstances les plus remarquables de leur vie. 3 Part.

8 HISTOIRE DE l'oBSTÉTRICIE

Amst-, 1702, 4°. * Nouv. Édit. Amst., 1723, in-4° (la première édition parut à Genève, 1696, in- 12).

* I. CoNR. Barchusen. Historia mediciïiœ, in qiiâ si non omnia, pleraque salteni medicoruni ratiocinia dogmala, sectœ, etc. quœ ab exordio medicinœ iisque ad nostra tempora inclariierimt, pertractantur. Amstel., 1710, in-8°.

* Ejusdem. De medicinœ origine et progressu dissertationes, in quitus medicinœ Sectœ, institutiones, décréta, etc. ab initio medicinœ adnostra tempora traduntur. Traj. ad Rhen. , 1 728, in-4»,

* Andr. O. Goeklicke. Historia medicinœ universalis. Francof. ad V. 1717, in-8^

* J. Freind. The Histoiy of phy si ck.^ front the time 0/ Galen, to the beginning ofthe sixteenth century , 2 Parts. Lond., 1725-26, in-8°. Trad. lat., par J. Wigan. * Historia medic, etc. Lugd. Batav., 1734, * Trad. franc., par E. Goulet. Leyde, 1747, 2 v., in-12.

* JoANN. Henr. Schulzii. Historia medicinœ a rerum initio ad annum iirbis Romœ DXXXV, deducta. Lips., 1728, in-4°.

* J. Chr. g. Ackermann. Institutiones historiœ medicinœ^ Norimb., 1792, in-S".

* S. D. Metzger. Skii\e einer pragmatischen Litteraergeschichte der Medi:{i}j.(Esq. histor.delaméd.).Koenigsb.,i792,in-8°.

* E. Tourtelle. Histoire philosophique de la médecine depuis son origine jusqu'au commencemetît du XVHI^ siècle, 2 vol. Paris, 1804.

* K. Sprengel. Versuch einer pragmatischen Geschichte der Ar\neikunde, 5 Theile. Halle, 1 792-1803. 2« éd., i et 2^ th. Halle, 1800, 3"= éd., in 6 Theile. Halle, 1828. Trad. en franc par Jourdan, Paris,

* I. Fr. K. Hecker. Geschichte der Heilkunde nach den Quellen bearbeitet, i Bd. Berlin, 1822. 2 Bd. 1829, in-8° (Hist. delà méd. puisée aux sources).

* LuDw. H. Friedlaender. Vorlesungen uber die Geschichte der Heilliunde (Leçons sur Thist. de la méd.). i Ileft. Leipz., i838, in-8°.

* Heinr. Haesek. Lehrbuch der Geschichte der Medi^in und der

Epidemischen Krankheiten (Hist. delà méd. et des malad. épidémiques]. 3^ éd., i v. lena, 1875, 2* 1881, 3^ 1882.

* J. M. GuARDiA. Histoire de la médecine d' Hippocraie à Broussais^ Paris, 1884, in- 18.

L'histoire de la chirurgie a été traitée par :

* A. O. GoELicKE. Historia chiriirgiœ antique . Halle, 1713, 8°.

* Ibid. Historia chirurgiœ receniior. Halle, 1713, 10-8°.

* PoRTAL. Histoire de Vanatomie et de la chirurgie^ etc. 7 tomes, Paris, 1770-1773, 111-8".

* Histoire de la chirurgie, depuis son origine jusqu'à 7ios jours. T. 1, par Dujardin, Paris, 1774, 4°; t. II, par Peyrilhe. Paris, 1780, in-40 (il reste un 3'' volume, non encore imprimé dans la bibliothèque de l'Académie de médecine. F.-J. H.).

* N. RiEGELS. De fatis faustis et infaustis chirurgiœ nec non ipsius interdum indissolubili amicitia cum medicina cœterisque studiis liberalioribus ab ipsius origine ad nostra usque tempora commentatio historica. Hafn. 1788, in-8°.

XII. — Les seules sources véritables et pures pour l'histoire d'une science sont les écrits des auteurs des temps passés, dans lesquels l'historien peut puiser des documents clairs et précis pour son travail. Nulle part la confiance aveugle dans les travaux des autres n'a été plus fâcheuse que dans les travaux historiques. Des erreurs de toute nature ont été transportées d'un livre dans un autre de la manière la plus fâcheuse; il a fallu souvent des peines infinies pour les extirper. Dans le domaine de l'histoire, où. la vérification des faits est possible à tout le monde, les autorités qu'on peut invoquer ne peuvent avoir l'importance qu'elles ont dans celui du raisonnement ; il en résulte que pour celui qui veut étudier et écrire l'histoire d'une science, l'étude des faits est d'autant plus nécessaire que nulle part ils ne sont travestis ou tronqués avec plus de fréquence et de facilité que dans les études historiques. Si nous appliquons ces

lO HISTOIRE DE L OBSTETKICIE

principes à l'obstétricie, nous sommes obligés d'ajouter qu'ici n'existe qu'un petit nombre de travaux préliminaires, et qui ne méritent pas souvent une grande confiance, car les auteurs se sont laissés entraîner par une grande partialité, ou se sont donné de grandes facilités, ce qu'il n'est pas difficile de constater. Ces circonstances sont pour l'historien un stimulant pour qu'il ne puise qu'aux sources mêmes, qui seules peuvent lui donner des clartés.

XIII. — Outre les sources que nous venons d'indiquer, il faut citer encore les diverses Bibliographies que nous devons souvent à un travail immense chez leurs auteurs; parmi celles qui nous ont paru les plus utiles pour l'histoire de l'obstétricie nous nommerons les suivantes :

* JoANN. Antonides VAN DER LiNDEN. De scHptis iiiedicis libri duo. Amstel., ibS/, in-4''. — * Lindinius renovatus edit. a G. A. Mercklino. Norimb., 1686, in-4°,

* Chr. W. Kestner Medi'{inisches Gelehrten Lexicon (Dictionnaire des savants médecins). len., 1740, 4°.

* Herm. Boerhaave. Methodus studii medici emaculata etaccessionibiis locupletata ab Alberto ab Haller. Amstel., i/Si, 4°.

* Alb. von Haller. Bibliotheca anatomica^ qua scripta ad anatomen et physiologiam facientia a reriim initis receîisentiiry 2 tom. Tigur, 1774 et 1777, 4".

* Ejusdem. Bibliotheca chiriirgica, 2 tom. Basil, et Bern.,

* Ejusdem. Bibliotheca medicinœ praticœ. 4 tom., 1776-88, 4°.

* Jos. Fr. Carrere. Bibliothèque littéraire historique et critique delà médecine ancienne et moderne^ 2 tom. A — Coi. Paris, 1776, 4".

* N. F. J. Eloy. Dictionnaire historique de la Médecine ancienne et moderne ou Mémoires disposés en ordre alphabétique pour servir à Vhistoire de cette science, etc. 4 tom. A Mons,

1778, in-4'' (Édition plus ancienne * 2 tom. Liège et Frankfort, 1755, in-S'').

* St. h. de Vigiliis von Creutzenfeld. Bibliotheca chirurgica, in quâ res omnes ad chirwgiam pertinentes ordine alphabetico, ipsi vero scriptores^ quotqiiot ad annum usque l'jjg innottienint^ ad singulas materias ordine chronologico exibentiir. 2 vol. Vindob., 1781, 4°.

* G. Fr. de Plouquet. Litteratura medica digesta sive repertoriiim medicinœ praticœ^ chirurgicœ atque rei obstetriciœ^ 4 tom. (1808-1809), av. supplém., i8i3, in-4°.

Littérature étrangère :

* Dictionnaire des sciences médicales, en 60 vol. Biogr. médic. 7 tom. Paris, 1820-25,8''.

* Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris, 99 vol.

Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 40 vol.

* RoB. Watt. Bibliotheca Britannica or a gênerai Index to Bristish and foreign Littérature. 4 vol. Edînb., 1824, in-4°.

* J. M. QuÉRARD. La France littéraire ou Dictionnaire bibliographique des savants, etc. de la France, j tom. Paris, 1827-34, in-8''.

* Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, etc., par MM. Dezeimeris, Olivier (d^Angers) et Raige- Delorme. 4 vol. in-8". Paris, 1828-1839.

Pour la médecine ancienne.

* LuDv^. Choulant. Handbuch der Biicherkunde fiir die aeltere Medi:{in ^ur Kenntnics der griech. latein iind arab. Schri^

ften im aert\lichen Fâche und :{ur bibliograph. Unterscheidung ihrer verschlidenen Ausgabem Uberset:{ungen und Erlaeuterungen (Manuel de bibliographie pour la médecine ancienne, pour la connaissance des écrits des médecins grecs, latins et arabes, et les diverses éditions, traductions et explications de ces auteurs. Leipz., 1828, 8°, avec un excellent coup d'œil sur les diverses branches de l'art deguérir aupoint de vue historique et littéraire).

* LuDw. Croulant. Talfeln :{ur Geschichte der Medi^in nach

12 HISTOIRE DE L OBSTETRICIE

de}' Ordming ihrer Doctrinen von den aeltesten Ze'iten bis \um Schhisse des XYIIP"^'^ lahrhunderts. Leipz., 1822, in-fol. (Tableaux pour l'histoire de la médecine rangés suivant les doctrines, depuis les temps anciens jusqu'à la fin du XVIIP siècle).

* Atlas historique et bibliographique de la médecine, par C. Broussais, I V. in-f°, Paris, 1829.

* Deir ostetricia in Italia d'alla meta dello scorso secolofino al présente di Alfonso Corradi. Vol. in-4° in tre parte. Bologna,

De l'obstétricie en Italie, par G. Millot, in-8°, 1882 (Résumé du précédent).

Disseriations :

* J. C. Heffter. Muséum disputatorium physico medicum tripartitum. 2 vol. Zittaviœ, 1756-64, in-4".

Dissertations obstétricales :

* Ghr. L. ScHWEicKHARD. Tentamen catalogi rationalis disscr tationum ad artem obstetriciam spectantium ab Ann. i5\5 ad nostra iisque tempora. Francof. ad Moen, 1795, 8°.

Mémoires d'obstétricie dans les travaux des Sociétés savantes :

* J. D. Reuss. Repertorium commentationum a societatibus litterariis editarum, tom. XVI, P. I. « Ars obstetricia ». Goetting., 1824, 4".

En dehors de cela voyez encore Touvrage connu de Joecher, continué par Adelung et RoTERMUND,de MEUSEL,CALLisEN,etc.

XIV. — Des documents importants, pour juger l'état de l'obstétricie d'une époque, sont fournis par les instruments inventés pour la pratique de cet art. Leur langage est plus sincère que celui de leurs inventeurs qui vantent leur utilié; le coup d'œil qu'on jette sur eux permet de les juger. L'arsenal obstétrical est en connexion intime avec l'histoire de Part, en forme une branche importante, et donne de précieux éclaircissements.

INTRODUCTION l3

Les écrits suivants ont été consacrés aux instruments obstétricaux :

* A. H, HiNZE, Vej'siich eîne}- chronologischen Ubersicht aile?' fiïr die Geburtshiilfe erfundenen Instrumente^ mit dem Namen des Er/inders, der Beschreibiing der Erfindiing oder Verbesserung^ iind einer An^eige derjenigen schriften, worin des erjiindenen oder verbesserten Instruments Eripaehnung geschicht (Essai d'une revue chronologique des instruments inventés pour l'art des accouchements, avec le nom de Tinventeur, la description de son invention ou de ses perfectionnements, et l'indication des écrits où il en est fait mention). Liegnitz et Leipz., 1794, S*'.

* Examen Armamentarii Liicinœ. Diss. inaug. sub. praesid. Matth. Saxtorph. instit. Joann. Sylt. Saxtorph. Havn. 1795, 8<>.

* I. A. Thomas praesid. B. G. Seiler. Diss. inaug. sistem conspectiim instmimentorum, qiiœ ad partiim innormalem promovendiim commendata siint . Viteberg, 1808.

*B. G. ScHREGER. Uebersicht der Geburtshûlflichen Werk^euge imd Apparate. Erl., 18 10, 8° (Coup d'œil sur les instruments et appareils d'obstétricie).

Sur les forceps et leviers :

* JoH. MuLDER. Historia litteraria et critica forcipiim et vec tiiim obstetricorium. Lugd. Batav., 1794, in-8°.

Trad. en allemand par Schlegel. Leipz., 1798, 8° (avec la description et la figure de tous les forceps et leviers connus jusqu'en 1793. Très précieuse monographie continuée par : * I. Lunsingh Kymmel. Hist. liter. et critica forcipiim obst. ab anno ijg4 ad nostra iisqne tempera [2'i Jun, i838), Groning; sur le même plan que le précédent. (Dans ces deux ouvrages sont décrits et figurés 144 forceps. F.-J. H.).

* I. H. AvELiNG. The Chamberlens and the Midjpifery Forceps. Memorials of the Family and an Essajy on the invention of the instrument. Lond. Churchill, 1882, in 8°, av. tig.

(Ce travail intéressant, fruit de dix années de recherches a jeté

14 HISTOIRE DE L OBSTETRICIE

un grand Jour sur la famille Chamberlen et sur l'invention du forceps. F.-J. H.).

* Ed. Casp Iac. V, Siebold. Abbildungen ans dem Gesammtgebiete der theor.-prackt. Geburtshulfe nebst beschreibender Erklaerung derselben, 2^ Aufl. Berl., i835. (Figures représentant les instruments d'obstétricie, avec explications.)

KiLiAN a publié * Operationslehre fiir Geburtshulfe. 2 Thle. Bonn, 1834-35, in-8». * 2" éd., 1849, avec un * Supplément pour les opérations chirurgicales applicables à l'obstétricie. Bonn, i856 (ouvrages dans lesquels la partie historique de ces opérations et la Bibliographie sont très bien traitées).

(Voy. encore Ejusd * Armamentarium Lucinœ novum avec 47 planches. Bonn, i856. f». F.-J. H.).

* D'' J. Poulet. Des diverses espèces de forceps. Paris, i883, 8°.

* D"" G.-J. WiTKowsKi. Appendice à l'histoire citée plus haut contenant V Arsenal obstétrical.

XV. — Les écrits des auteurs qui depuis les temps anciens ont traité de l'obstétricie d'une façon étendue ou abrégée, sont, comme nous l'avons vu, les sources principales d'après lesquelles cette branche doit être appréciée ; mais elles ne doivent pas être regardées comme exclusives, si l'historien veut éviter dans son exposition et la partialité et les lacunes. Il a encore à sa disposition des monuments littéraires sur l'art, qui sont répandus non dans toutes les époques mais dans l'antiquité; il devra les consulter pour combler des lacunes qu'il constatera. Souvent il y trouvera un coup d'œil impartial qui le préservera d'un jugement faux vers lequel il pourrait être entraîné, s'il se contentait de prendre les écrivains spéciaux pour seuls guides de ses appréciations. Plus il poussera loin ses investigations dans cette direction, plus il trouvera de profit pour son travail ; des choses insignifiantes en apparence, quelques faits isolés, prennent pour Ihistorien une grande valeur, s'il sait en voir le côté important et en tirer les conséquences légitimes. C'est pourquoi il devra avoir une grande habitude de

INTRODUCTION l5

rexamen de ces sources auxiliaires, pour en obtenir tous les profits. Toutes les branches du savoir humain devront être mises à contribution pour que les investigations soient aussi fructueuses que possible.

XVI. — L'histoire politique d'un peuple et sa culture ont une grande influence sur la constitution de la science, et toutes deux fourniront souvent des éclaircissements sur quelques événements, et des modifications dans la science, qui sans elles, ne pourraient être comprises. Le libre développement de la science, ses progrès, ses arrêts et ses pas rétrogrades, sont en connexion intime avec le sort politique d'un peuple, avec son essor et sa chute ; si cette connexion n'est pas toujours patente, elle sera s.ouvent découverte par de profondes investigations. Ce sont particulièrement les résultats supérieurs des événements politiques qui devront être envisagés avec attention par l'historien; la situation religieuse et civile d'un peuple, fournissent aussi des éclaircissements importants sur l'état de la science, elles ne doivent pas être négligées.

XVIL — L'historien de l'obstétricie doit aussi avoir le droit de diviser l'histoire en certaines périodes ; seulement, il faut dire que celles-ci sont difficiles à déterminer pour un art, qui ne doit qu'à des temps récents une constitution meilleure, son autonomie et le droit de fixer des époques qui lui appartiennent exclusivement. Rattaché, au début, à la médecine d'une manière très étroite, plus tard enchaîné à la chirurgie, cet art devait, naturellement, subir le sort de l'une et de l'autre, jusqu'au moment où il aurait réussi à trouver en lui-même les éléments de ses progrès. C'est pourquoi il suit, aux premiers temps, dans son développement, l'histoire de la médecine dont il a les mêmes périodes; ce n'est que plus tard qu'il devient indépendant et se développe sur son propre terrain.

XVIII. — La division la plus naturelle qui, dans l'histoire de l'obstétricie se présente aussi à l'esprit, est celle en trois temps:

l6 HISTOIRE DE l'oBSTÉTRICIE

ancien, moyen et nouveau. Chacun de ces temps a sa physionomie spéciale que nous pouvons caractériser ainsi : Temps ancien ; l'art est entre les mains des femmes. Les médecins sont des conseillers, surtout pour l'emploi des moyens médicamenteux. Dans le côté opératoire, domine le peu de cas qu'on fait de la vie de l'enfant; de là, la perforation et l'embryotomie, comme opérations principales. Le ^emj75 mq^^ew, qu'il nous paraît convenable de laire commencer avec les Arabes (à la fin du VII^ siècle après J.-C), a, comme caractère principal, les efforts à faire consister l'obstétricie dans une action chirurgicale, développant ainsi un germe déjà ancien; il en résulte qu'elle devient essentiellement mécanique avec une prédilection marquée pour l'emploi exclusif de la main et des instruments.

Le temps nouveau commence avec le siècle dernier, qui, avec Vauro7~e pour la sage-femme et la nouvelle hunièi^ede Dewenter pour les accoucheurs, ouvre un temps meilleur pour l'art, en le dotant du premier ouvrage vraiment scientifique, et de l'invention d'un instrument nouveau, le forceps, qui assurèrent à l'art une valeur durable, et firent disparaître la juste horreur qu'il inspirait. La chirurgie opératoire, par ses progrès les plus étonnants, transforma l'art; on trouva aussi les principes supérieurs qui seuls pouvaient conduire à la perfection ; on apprit à découvrir les grandes forces de la nature qui sont si merveilleuses dans son œuvre ; à reconnaître là la maîtresse suprême de l'art, et on arriva à poser les limites entre la nature et l'art. Par quelle voie l'obstétricie a-t-elle atteint ces perfectionnements divers, quels sont les moyens qu'elle a employés dans les combats qu'elle a eu à soutenir? c'est à l'histoire de le dire, mais auparavant il convenait de désigner le point de vue auquel il nous paraît désirable que Yhistoire soit placée pour bien voir la science dans le lointain du passé et près de nous dans le présent.

XIX. — Les trois grands temps que nous venons d'indiquer se prêteront mieux à une élude fructueuse, si nous les subdivisons en périodes.

Le temps ancien en comprend trois :

Première période. — Des temps les plus anciens jusqu''àHippocraie, ou jusqu'à la fin du V^ siècle avant J.-G.

Deuxième période. — Depuis Hippocrate jusqu'au déclin des connaissances, après Galien. ou au IIP siècle après J.-C.

Troisième période. — Depuis le déclin des connaissances jusqu'à la culture de la médecine par les Arabes, ou jusqu'à la fin du VII« siècle, après J.-C.

Le temps moyen comprend quatre périodes :

Quatrième période. — La médecine par les ^ra^e^. VHP siècle.

Cinquième période. — Le temps qui suit les Arabes. Ecoles des Arabes et de leurs imitateurs. Du IX^ siècle jusqu'au XVP, oii fut publié le premier livre d'accouch.erïxenXs'paiV Eucharius Roesslin, mars i5i3 (i).

Sixième période. — Depuis le premier livre d'accouchement jusqu'à l'introduction de la version sur les pieds dans la pratique de l'art par Ambroise Paré, en i55o.

Septième période. — Depuis i55o jusqu'au premier livre scientifique consacré aux accouchements "pB^x Henri D éventer, et l'invention du forceps, 1721.

Le temps moderne comprend deux périodes.

Huitième période. — LeXVIIIe siècle jusqu'aux travaux de Luc. Boêr, qui par l'observation rigoureuse de la nature transforma l'art.

Neuvième période. — De Boër jusqu'à]nos jours (1845).

XX. — Plus l'historien se rapproche de l'état présent, plus se rétrécit le cercle de ses investigations, plus il devient difficile pour lui de porter un jugement impartial, et moins il peut se préserver d'erreurs, quand il s'agit de mettre en relief des points qui paraissent avoir une influence considérable sur le développement de la science, car il ne peut pas alors en apprécier toutes

(i) Le temps nouveau commence véritablement à l'invention de l'Imprimerie. Et lux facta est. (F.-J. H.)

HISTOIRE DE L OBSTETRICIE

leurs conséquences. Le Jugement sur le présent reste réservé à la postérité. Celle-ci seule pourra élever sa voix autorisée, quand elle aura derrière elle un passé considérable, et quand il "ne s'agira plus que de récolter la moisson de ce que le passé ajsemé, et de profiter de ses bienfaits. En regardant d'un œil impartial les progrès du passé, elle pourra dire s'ils ont répondu aux espérances qu'elles avaient fait naître. Elle ordonnera mieux la dernière période, et déterminera si ces travaux opiniâtres ont conservé leur valeur, et si ce qui avait été espéré aura été accompli.

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES JUSQU A HIPPOCRATE, OU jusqu'à LA FIN DU V^ SIECLE AV. J.-C.

§ I. — Difficulté des recherches sur les premières origines des arts et des sciences en général.

La recherche des premières traces d'un art ou d'une science est un travail à la fois difficile et ingrat; nous manquons d'un point d'appui solide, car les documents littéraires de cette époque reculée sur lesquels on pourrait s'appuyer n'existent pas, on est obligé de se contenter de suppositions qui ne peuvent jamais être dégagées de doutes ou de reproches. Une reste donc qu'à rechercher péniblement quelques points qui, dans la nuit du passé, ne sauraient projeter qu'une lumière crépusculaire bien faible. Des choses en apparence insignifiantes doivent fournir à l'historien un appui là où manque le terrain solide sur lequel il pourrait bâtir. C'est par ce motif qu'il ne devra rien négliger de ce qui pourra lui donner les indices les plus lointains ; les données même fabuleuses peuvent avoir pour lui le plus grand intérêt s'il sait les apprécier, et trouver sous leur enveloppe la vérité cachée ; et là enfin où tout manque, il doit lui être permis de chercher dans le passé lumineux des monuments et des écrits des indices desquels il pourra conclure à quelques notions sur ce passé nébuleux, qui permettront de trouver les premières origines de ce qui est antérieur même aux écrits les plus anciens.

Obs. — L'histoire des arts et des sciences partage le sort de l'histoire en général, dont l'objet est aussi d'exposer le passé ; plus son regard pénètre loin, plus il se voile de nuages ; quel-

ques propos sortant du chaos doivent souvent pour le chercheur être le premier point d'appui, si faible qu'il soit.

Le sombre crépuscule qui enveloppe ces manifestations ne permet pas de dire si on est devant la vérité ou un rêve. G^est alors que la philosophie de Thistoire doit intervenir, et par un profond coup d'œil jeté sur l'ensemble, assigner à chaque chose sa place et sa valeur.

§ 2. — Age de l'obstétricie.

Il semble tout d'abord que l'histoire de l'obstétricie en général se confond dans ses origines avec celle de la médecine, que la première est liée à celle-ci et a toujours partagé le même sort. Rien n'est moins exact que cette manière de voir, on le constatera aussitôt que Ton considérera Tobjet de l'un et de l'autre. La médecine ne s'occupe que de l'humanité souffrante, du rétablissement de la santé perdue, de remplacer l'état anormal par un état normal, régulier, que le trouble ait été le résultat d'une maladie interne ou d'une lésion externe. L'obstétricie dans la signification la plus étendue du mot ne se trouve en face que d'un état normal, qui peut il est vrai être troublé par des causes diverses, mais qui, dans l'état ordinaire se termine heureusement et sans difficultés, mais qui dans ces conditions réclame des secours, et une assistance, quand bien même ils ne consistent qu'à recevoir l'enfant nouveau-né et à soigner le cordon. Depuis que l'homme habite notre globe il y a eu des naissances, et les secours souvent les plus simples ont dû lui avoir été donnés. Par contre la plupart des historiens admettent que dans les temps grossiers de l'enfance de l'humanité, il y avait eu peu de maladies, que celles-ci finissaient par guérir sans médicaments, grâce auxelforts de la nature. L'obstétricie, dans le sens suivant lequel je dois l'exposer, est aussi ancienne que l'humanité, ce qui ne peut être affirmé aussi positivement pour la médecine.

Obs.— C'estpourquoiJ. Zach. Platner dans son écrit «*Z)e<jr?e obstetriciavetcrumr>., Lips, 1735, in-4°,p. 3, appelle Adam le premier « tàlv ;j.auvovca)v x.x't Tôivô;j/fa).oTO[j.oiv », car primai parienti muliebriter ingemiscenti nemo opem ferre potuit prêter eum ».

Voyez aussi * J. Chr. Tr. Schlegel : Sylloge operiim minorum prœstantioriim ad artem obstetriciam spectantium. Vol. prim. Lips., 1795. in-S'', p. 3. Par des motifs faciles à comprendre, nous ne voulons pas contredire ces assertions, nous préférons renvoyer ceux que ces recherches peuvent intéresser à J. Astruc : « Réponse à une lettre sur la conduite d'Adam et d'Eve à Tégard de leurs premiers enfants » dans son * L'art d'accoucher réduit à ses principes.Paris, 1/86, 8", p. 3i3.SuE dans ses a Essais historiques » a donné complaisamment un extrait (t. i, p. 5) de cette dissertation stérile.

§ 3. — Origine de Vobstétricie. Sages-femmes.

L'obstétricie ainsi que la médecine se base sur l'observation et l'expérience ; des deux sources dérivent certaines règles et certains modes d'agir qui au début ont dû avoir été très simples, et ont dû rapidement se multiplier dans la médecine, tandis que dans l'obstétricie ils ont dû pendant longtemps rester les mêmes.

Le motif est facile à compendre : le malade demandait des secours et des conseils à tout le monde, chacun s'empressait de lui faire des prescriptions d'après ses idées, même les malades gravement atteints étaient suivant la coutume exposés sur la voie publique pour pouvoir y recueillir l'avis de chacun; l'accouchement au contraire se faisait dans un lieu tranquil'e éloigné de tout bruit, où ne se trouvaient que le mari et les amies et parentes les plus proches ; par un sentiment de pudeur inné, la femme ne confiait sa douleur qu'à l'affection fraternelle de ses plus intimes, dans la pensée de trouver la meilleure consolation dans leur cœur compatissant.

La femme la plus âgée qui avait éprouvé les mêmes angoisses, se chargeait de soigner celle plus jeune qui les éprouvait pour la première fois ; c'est à elle que dans le cercle de la parenté on accordait le plus volontiers la confiance; c'est ainsi que de très bonne heure se créa l'état des assistantes, des sages-femmes, qui bientôt s'arrogèrent le droit exclusif de donner des soins et des secours aux femmes en travail. Le mari restait le plus souvent éloigné de cette œuvre, et ainsi se continua pen-

dant des siècles l'habitude de ne confier qu'à des femmes les soins que réclamait l'accouchement, au plus grand préjudice de la femme et de l'art lui-même. Il en résulta que l'obsiétricie resta pendant un temps très long à un niveau inférieur, alors que, grâce aux soins d'hommes préparés par Pétude, la médecine progressait et se développait de manière à se rendre digne de sa haute considération. L'histoire dit quelle est l'époque ou l'obstétricie commença à fleurir et à se constituer comme une science véritable et comme art. Elle devra mentionner que ce progrès ne fut réalisé que quand des hommes véritablement scientifiques s'en occupèrent ; ce fut à une époque qui n'est pas bien éloignée de nous.

Obs. — Dans toute l'antiquité on ne trouve aucun exemple d'un accoucheur ; par contre on trouve dans les langues les plus anciennes la dénomination d'aides d'accouchements ou de sages-femmes; la mythologie ancienne ne parle que de déesses présidant aux accouchements. Les relations des voyageurs chez les peuplades sauvages, récits qui dans ce genre de recherches sont des documents très précieux, montrent chez les ;^>euples qui ne se sont pas mélangés avec d'autres et qui ont conservé purs leur us et coutumes, des documents desquels on peut conclure à un état non modifié remontant à la plus haute antiquité. Dans quelques régions de l'Asie on ne rencontre point de sages-femmes ordinaires, les mères assistent leurs filles, et en leur absence elles sont remplacées dans cette fonction par des parentes ou des voisines. Voy. * Th. Harmer. Observations on divers passages o/ Scripture.Yol. IL Lond., 1776, in-8°, p. 5o5, voyez encore * Voj^ages du chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l'Orient. Nouv. éd. par Langlès. Paris, 18 ri, t. VI, p. 22. « On a encore des nouvelles de ce lieu si réservé (sérail) par des matrones qu'on y fait venir, quand les enfantements sont difficiles, ce qui n'arrive pas souvent, car comme les accouchements sont très aisés en Perse, de même que dans les autres pays chauds de Porient, il n'y a point de sages-femmes; les parentes âgées et les plus graves font cet office : mais comme il n'y a guère de vieilles matrones dans le harem, on en fait venir du dehors en cas de besoin. » Voyez également * Les Bédouins ou les Arabes du désert^ par F. J. Mayeix. Paris, 18 16, in- 12, t. III, p. 176. Les habitants primitifs du Pérou, d'après le récit de Garcilasso n'ont même pas recours à l'aide des femmes. « J'ajoute à cela qu'il n'y avait personne, qui dans

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQu'a HIPPOCRATE 23

cette occasion aidât les femmes de quelle qualité qu'elles fussent, et que si quelqu'une se mêlait de les assister dans l'enfantement, elle passait plutôt comme sorcière que comme sagefemme. » * Histoire des Incas, l'ois du Pérou, par Garcilasso de LA Vega, trad. par Baudoin. Amst.^ 1704, in-8, t. I, p. 364.

§ 4. — Médecins et chirurgiens accoucheurs.

Nous ne saurions admettre que dans les temps anciens les hommes aient pu avoir été appelés pour des accouchements difficiles, alors que les femmes seules étaient chargées des soins à donner dans les accouchements réguliers. Aucun des documents du passé, parmi lesquels nous comptons l'Ecriture sainte, ne fournit une pareille indication que contredirait la nature des choses. La haute antiquité ne connaît pas l'accouchement ainsi que nous l'avons déjà dit, et si on est obligé d'admettre que ceux qui possédaient quelques connaissances en médecine étaient appelés à donner des conseils dans des cas difficiles, ils se bornaient à prescrire quelques médicaments, qui devaient faciliter l'accouchement ; mais à ces époques éloignées, ils ne prenaient point part à Taccouchement. Les écrits des temps postérieurs le démontrent trop clairement, et la lenteur des progrès accomplis par l'art est une preuve évidente de ce que nous disons. Ce ne sont que les écrits hippocratiques, qui sont postérieurs, qui permettent d'admettre une opinion contraire ; on y trouve décrites des opérations qui ont pour but de morceler l'enfant, ces opérations et les instruments pour les exécuter n'ont pas été inventés par des femmes ni appliqués par elles.

Obs. — Combien n'y a-t-il pas encore de peuples comme les anciens orientaux qui n'admettent pas un accoucheur aux accouchements les plus difficiles. Voy. l'écrit intéressant de * F. W. Op- PENHEiM . Ueber den Zustand der Heilkunde u.s.w.in der europaeischenund asiatischen Twr/ref.Kamb.,! 833, in-8 (Sur l'état actuelde la médecine et c. dans la Turquie d'Europe et d'Asie) où nous lisons, p. 45, quelques détails sur l'état actuel de l'obstétricie chez les Turcs ; « Dans les cas difficiles les sages-femmes font bouillir de la viande d'un jeune veau de buffle dans le lait de sa mère ou dans un autre lait et le donnent à boire à la parturiente

comme un moyen d'exciter les douleurs. Les moyens instrumentaux sont totalement inconnus. Si peu habiles que soient les sages-femmes, la plupart juives ou grecques, on constate en général peu de malheurs ; dans les cas les plus difficiles et les plus pénibles on n'appelle jamais un accoucheur. » La même chose est constatée par l'écrit si intéressant de * A Brayer. Neuf années à Constantinople, etc. Paris, i836, in-8, t. I, p. 364, où l'auteur décrit l'accouchement au sérail, et où il dit : « Les femmes âgées se réunissent auprès de la jeune épouse. Si elles n'ont pas la théorie de l'accouchement, elles en ont la pratique. Quelquefois cependant on appelle une sage-femme; jamais un homme n'est appelé en pareil cas; la décence musulmane s'y oppose ». Il est reconnu aussi que l'Orient n^a presque pas de chirurgie. Voy. * W. Eton. A Sw'vey 0/ the turkish Empire. Lond., 1798, in-8, p. 2 17. * Chardin. Voyages en Perse. Paris, 181 1, in-8, t. V, p. 175, où sont exposées les causes du délaissement total de la Chirurgie.

§ 5. — Les secours les plus anciens dans les accouchements.

Les secours les plus simples, qui certes sont les plus anciens qui aient été donnés à la femme en travail et à son enfant, se bornaient à indiquer à la première une position dans laquelle elle pouvait trouver un appui solide pendant les contractions, à recevoir l'enfant, ou à exercer sur lui des tractions quand il était à moitié sorti des parties de la mère, attendu que rien n'est plus naturel que d'aider de cette manière la sortie du corps, quand des arrêts surviennent dans sa progression, pour faire disparaître ce qui pour Thomme inexpérimenté est cause des douleurs que la femme éprouve, et de terminer ainsi le travail. Puis arrivent les soins à donner au cordon comme moyen le plus ancien, qu'il s'agisse d'y pratiquer une ligature, d'y faire un nœud ou d'arrêter l'écoulement du sang après sa séparation, moyennant une simple pression avec les doigts. Enfin Tenlcvementde l'arrièrefaix parla traction sur le cordon figure dans la série des moyens employés. Les soins du nouveau-né, tels que le bain et les soins de propreté se présentent naturellement comme aussi nécessaires que naturels. Ces soins devaient avoir été les mêmes dans tous les accouchements quelle qu'ait pu être la présenta-

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tion du fœtus. Par contre il est difficile de hasarder des suppositions sur les moyens employés dans les accouchements difficiles occasionnés par une conformation anormale de la mère, par une anomalie chez le fœtus ou les annexes. Nous accorderons volontiers que les accouchements difficiles, au moins leurs causes, n'aient pas été si fréquents dans les temps anciens que dans les temps actuels de culture amollie, toutefois il en est, qui occasionnés par une présentation anormale du fœtus, ont dû nécessairement se produire. Il est certain que beaucoup de femmes et d'enfants ont succombé par suite du manque d'expérience et de soins convenables, car si des préceptes des plus anciens écrits d'Hippocrate, où des cas pareils sontindiqu es, nous concluons à ce qui a dû s'être passé avant lui, nous arrivons à dire que là où la nature ne terminait pas seule son œuvre, il n'y avait rien à espérer des mains de l'homme.

L'opinion la plus ancienne qui, il est vrai, se basait sur l'expérience, était sûrement que les présentations crâniennes étaient seules complètement normales ; il en résultait que la conversion en présentations crâniennes de toutes les autres était l'indication la plus ancienne. Nous trouvons cette croyence si profondément enracinée dans les premiers écrits de la médecine, qu^il est difficile de ne pas admettre qu'elle remonte à la plus haute antiquité. Comment ce changement de position se faisait-il, quelles étaient les manœuvres employées pour la pratiquer ? nous pouvons d'autant moins le dire que les écrits anciens, contemporains de ces pratiques, n'en parlent que d'une manière vague et générale. Que des mouvements externes, des pressions, des frictions sur le bas-ventre aient joué un grand rôle, il n'en faut pas douter, car d'après des documents récents ces pratiques seraient encore employées chez des peuples que la lumière d'une obstétricie plus parfaite n'a point encore éclairés ; on devait aussi dans ces cas avoir eu recours à certaines positions basées sur des idées mécaniques. Mais combien de fois ces essais sont-ils restés infructueux! combien de mères et d'enfants ont-ils été victimes de cette intervention ignorante, et dont la

mort fut attribuée à l'influence de mauvais génies ou à la colère d'une divinité implacable !

Obs. I. — La nature donne elle-même quelques indices pour une couche commode, attendu que pendant le travail la femme cherche un point solide pour s'y appuyer.

Les parturientes saisissent spontanément les mains des assistants et s'y appuyent avec force. On constate la même chose chez les animaux, qui également cherchent un appui. Cela a passé dans les plus anciennes poésies qui représentent les parturientes comme cherchant un appui solide; c'est ainsi que par exemple Leto lorsde la naissance d'Apollon est représentée agenouillée à terre et tenant une palmier serré entre ses bras. Voy. « * Hymni Homericirec. et illiistr. C. D. Ilgen. Haï., 1796, in-8, Hymn. I. v. 1 17 et 118. Il faut au reste que l'accouchement dans la situation agenouillée ait dû avoir été une coutume bien ancienne, car J. LuDOLF dans son « * Historia œthiopica sive bi'evis et succincta descj'iptio regni Habessinorum. Francof. a M. , 1 68 1 , in-fol. raconte, lib. i,c. 14, des femmes d'Abyssinie : « Parturientes in genua procumbunt, atqueita infantes enituntur ». La même chose est racontée aussi sur les femmes du Kamschaïka dans « Allgemeine Historié der Reisen \u Wasser iind :{u Lande » (Histoire générale des voyages sur mer et sur terre), Leipz., 1771, in-4"^, XX vol., p. 299. « Ellesaccouchentàgenouxen présence de tous les habitants du village. » Une autre situation particulière chez les Bédouines est décrite par Mayeux. « Les femmes qui aident, (des espèces de matrones, dont l'expérience ou pour mieux dire la routine, constitue essentiellement la science et Thabileté), s''asseyent par terre les cuisses écartées, prennent la parturiente sur leurs genoux et reçoivent ainsi l'enfant sur un tamis placé sous elle », t. III, p. 176.

Obs. II. — Nous ne pouvons émettre que des présomptions sur la manière dont le cordon est traité, elles acquièrent toutefois delà consistance quand nous apprenons ce que nous racontent les voyageurs sur les peuplades sauvages. On trouve partout des précautions pour éviter l'hémorrhagie, mais on choisit des moyens divers. Chez les Hottentots le cordon est lié moyennant un tendon (tout près de l'anneau ombilical) de façon à ce qu'il se putréfie et ne cause aucun préjudice à l'enfant. Voy. * P. KoLBEN, Vollstàndige Bcschrcibung des african. Vorgebirges de}' giiten Hoffnung. Nùrenberp,, 17 h), in-fol., p. 449 (Description complète du promontoire africain de bonne espérance). Langs- DORFF raconte à propos des habitants de l'île Nukahiwa « que quand une femme attend sa délivrance on bâtit à cette intention

une petite hutte (Tabber Hutte), Tabber (tout ce qui est défendu et ne peut être touché] dans le voisinage deThabitation. La propreté paraît être le motif de cette précaution. La mère ou une autre parente accomplit Tœuvre de l'accouchement auquel quelques femmes assistent, mais pas un homme ne peut être présent. Une grande pièce de toile en écorce de miàrier à papier est étendue par terre, une autre est étendue sur la femme qui doit accoucher. Le père se tient ordinairem.ent à proximité delà hutte, et aussitôt qu'il est averti que Tenfant est né, il accourt, et avec une pierre tranchante il coupe le cordon à environ un pied de distance de l'ombilic ; pour éviter l'hémorrhagie, le cordon est lié par un nœud et est laissé pendant jusqu'à ce qu'il tombe. Un ombilic très gros qui ressemble un peu à une hernie ombilicale est le résultat de ce mode de traitement. Nous en avons observé dans les îles Sandwich, ils sont probablement l'effet de ce mode d'opérer. Aussitôt après la délivrance, la mère vaque à ses affaires ; à sa première sortie elle se rend à la rivière la plus prochaine pour se laver, Tenfant y est porté dans la même intention par une autre personne. L'accouchement, dit-on, est facile après un travail d'une demi-heure, au plus d'une heure. Il y a toutefois de temps en temps des accouchements difficiles par suite de présentations anormales, de procidence d'une partie fœtale ». Voy. * G. H. DE Langsdorff. Anmerkiingen auf einer Reise um die Welt in den lahren 1 803-1807 (Voyage autour du monde dans les années 1 803-1807), ) vol. Frankf. aM., 1812, in-40,p. i3 i. Leri raconte dans son * Historianavigaiionis iiiBrasiliam, 1686, in-8, p. 235, qu'il a été présent à un accouchement chez les sauvages, où le mari lui-même avait assisté sa femme, il coupa le cordon; avec ses dents. Barleus raconte qu'au Brésil les habitants originaires coupentle cordon avec un coquillagetranchant. Voy. * G. Barl^i. Rei'umper octenniiim in Brasilia et alibi gestarum historia. Glivis, 1660, in-8°, p. 424. Au Kamschatka le cordon est également coupé avec un caillou tranchant et lié avec un fil d'ortie. Voy. * Allgem. Histor. der Reisen ^ii Wasser und \ii Lande, x.lsX., p. 299. los v. Hammer dans sa * Staatsverfassimg und Staatsverwaltung des osmanischen Reichs. Th. 2. Wien, 181 5, in-8°, p. jj. « L'état le plus digne de pitié est celui des princesses mariées quand elles mettent au monde un enfant du sexe masculin, que les lois condamnent immédiatemeut à mort, afin d'étouffer dans la famille impériale toute semence de discorde : on Jte lie pas le cordon et le pauvre enfant perd la vie en naissant. De tout temps on a coupé le cordon à une certaine distance de l'ombilic pour s'opposer de cette manière à rhémorrhagie, cela ressort d'un passage d'AMMiEN Marcellin. * Ed. Bipont. 1786, in-8°, lib. XVI, cap. 10. La reine Eusebia fit des reproches à Hélène, sœur de Constantin, épouse de Julien :

« ipsa quoad vixerat sterilis : nam et pridem in Gallis cuni mareni genuisset, hoc perdidit dolo : quod obstetrix corrupta mercede, mox natum prassecto plus quani convenerat umbilico necavit ».

Obs. III. — Il est à peine besoin de remarquer qu^avec les progrès de la culture intellectuelle et d'une vie plus raffinée l'accouchement a dû avoir été rendu difficile par bien des motifs. Nos grandes villes le prouvent surabondamment ; et si l'américain Dewees dans son * Compendious System of midjpifery^ Philadelph., i826,in-8°, p. 28, ditqu'en Amérique l'étroitesse pelvienne est une des plus grandes raretés, c'est là un indice qui donne lieuà beaucoup de réflexions. Les relations des voyageurs fournissent une grande confirmation de ce fait, elles sont unanimes à dire que chez les sauvages (privés de toute culture) l'accouchement est ordinairement facile et heureux. Voy. * Allgem. Historien der Reisen \ii Wasser ùnd ^u Lande, t. XVI î, p. 38 (femmes sauvages de l'Amérique du Nord: t. XX, p. 299, femmes du Kamschatka, et p. 549, femmes de la Laponie), Celles-ci se lèvent 4 à 5 jours après l'accouchement, font plusieurs milles à pied et portent elles-mêmes leur enfant à l'église pour le faire baptiser. Voy. encore * de Charlevoix. Journal d'un voyap^e dans V Amérique septentrionale. Paris, 1744, in-4°, p. 288 et 3o6. Charlevoix raconte que quand l'accouchement traîne en longueur la jeunesse de l'endroit se rassemble autour de la case de la parturiente et pousse subitement un cri « et la surprise lui cause un saisissement qui lui procure sur-le-champ la délivrance ». Voy. aussi * Garcilasso de la Vega, t, I, p. 364, et * Barl^us, p. 37, * LuDOLF, lib. I, c. XIV, parle de la rapidité de l'accouchement chez la femme de l'Abyssinie, * et Kol- BEN, p. 322, chez les femmes hottentottes.

MoRiER constate la même chose chez les femmes persanes dans "A Secondjourney through Persia andAsia minor. Lond., 18 18, in-40, p. 106, il dit ces paroles: « They are often delivered ère the midwives come in intothem, and the lower orders often delivered themselves. Exod. i, 19 ». Sur les accouchements faciles des femmes indiennes de la Guinée, voy. * Barrere. Neue Reisen nacli Guina, Peru iind durch das sildliche Amerika (Nouveaux voyages en Guinée, au Pérou et dans l'Amérique du Sud). Goctting., 1751, in-8°,2 th.,p. i69;et BANCROvr.Nalurgescliichte von Guina in Sudamerika (Histoire naturelle de la Guinée dans l'Amérique du Sud). Frankf. ei Leipz., 17Ô9, in-8°, p. 204. Cela concorde parfaitement avec ce que dit Diodore DE Sicile des habitants de l'ancienne Ligurie. Lib. IV, c. 20 (* Ed. Wesseling, Amstelod., 1745, in-f», t. I, p. 365) et ce que STRAB0N,lib. III, p. i65 * (Ed. Almeloove, Amstelod., 1707, in-f°.

p. 25o} raconte des femmes espagnoles. Ici comme chez les anciens habitants de la Corse (Diod. Sicul. Lib. V, c. 14) les hommes sont obligés de se mettre au lit aussitôt que leurs femmes sont accouchées. tElien aussi dit dans son livre De natiira animalium * Ed. Fr. Jacobs, len., i832, 8°, lib. VII, ch. XII, en parlant des anciens Égyptiens et habitants de la Paeonie : « Eorum uxores a partu Stalim e lecto surgunt ad obeunda domestica munia ».

Voy. * J. Chr. Unzer. Ciir feminis eiiropœis et illustribus prœ aliis et rusticis partus sint laboriosiores? Dissert, inaug. med. Goetting., 1771, in-40.

§ 6. — Obstétricie che:{ les Israélites.

Si nous consultons les livres de l'ancien Testament, nous y trouvons quelques passages qui confirment ce que nous avons dit dans notre § 3. Dans les relations d'accouchements qui y sont faites, il n'est question que de sages-femmes auxquelles étaient confiés les soins de l'accouchée et de l'enfant ; comme ces passages sont aussi importants à un autre point de vue que celui-ci, et que l'Ecriture sainte est le plus ancien monument dans lequel sont conservés les faits du passé le plus lointain, nous reproduirons ces passages, et essayerons de les interpréter d'après les principes de la médecine et de Tobstétricie.

§ 7. — Accouchement difficile de Rachel.

Dans le premier livre de Moïse, ch. 35, v. 17 et 18, est raconté l'accouchement difficile de Rachel. L'accoucheuse était seule à l'assister ; mais après l'accouchement, qui avait été très pénible, Rachel mourut, après avoir appelé son fils Benotii, c'est-à-dire « fils de la douleur ». voulant indiquer ainsi tout ce qu'elle avait souffert. Il est évident qu'il y a eu dans cet accouchement quelque anomalie, peut-être un épuisement à la suite de longues douleurs, pour lesquelles la sage-femme n'avait pu apporter que des consolations et la promesse d'une délivrance prochaine, celle-ci arriva enfin, en effet, mais la mère succomba, sans doute épuisée par les longs efforts que la sage-femme n'avait pu abré-

3o PREMIÈRE ÉPOQUE

ger. Ce passage montre aussi le degré de perfectionnement auquel pouvait être arrivée l'obstétricie, entre les mains exclusives des femmes ; confiance dans les efforts de la nature, jusqu'à ce que le travail fût accompli, consolations, exhortations à la patience, c'est tout ce que les sages-femmes d'alors avaient pu faire.

Obs. — D'après les calculs de l'exégète Bonfrerius, Rachel devait avoir atteint l'âge de 5o ans, lorsqu'elle mourut, ce qui, aux yeux des hommes compétents, serait un indice de la difficulté de l'accouchement chez une femme âgée, et cause de sa terminaison malheureuse.

Voyez * Pentateuchus Moysis commentario illustratus auct. P, Iac. Bonfrerio, Dionantensi^ Soc. Jes. Theologo, Aîitxperp., 1625, in-f°, p. 276.

§ 8. — Accouchement gémellaire de Thamar. Premier exemple de version spontanée.

Un autre passage, qui doit être mentionné ici, se trouve dans le premier livre de Moïse, ch. 38, v. 27-30. D'après la version de Luther il est dit : « Et lorsqu'elle (Thamar) dut accoucher, on trouva des jumeaux dans son ventre, et lorsqu'elle accoucha il sortit une main ; la sage-femme lia un fil rouge autour de cette main et dit : celui-ci sortira le premier. Mais pendant que sa main se retirait, son frère sortit, et elle dit : pourquoi as-tu fait ainsi une déchirure? et on l'appela Pei'C'^ (Phares). Puis arriva son frère qui avait le fil rouge autour de sa main, et on l'appela Serah », Cette narration, qui montre encore l'assistance exclusive d'une sage-femme, parle ainsi d'un fait qui n'a été apprécié que dans ces derniers temps : le changement d'une présentation en une autre opéré par les seules forces de la nature, que les accoucheurs ont appelée « version spontanée, spontaneous évolution [Denmann) ». Nous ne pouvons donner une autre interprétation du v. 29 de la Bible, que les recherches modernes confirment. La précaution d'entourer le poignet d'un fil rouge fut prise par la sage-femme, à cause de l'importanee des droits

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES JUSQu'a HIPPOCRATE 3i

du premier-né, puisqu'elle avait prédit la naissance de jumeaux (v, 27), et qu'elle avait voulu éviter toute confusion. L'étatpassif de la sage-femme en présence de cette présentatio n anormale, qui a sans doute favorisé le changement de présentation, n'en est pas moins une démonstration du degré peu élevé de Tobstétricie d'alors.

Dans Lme dissertation spéciale sur la 2® proposition du v. 29, « pourquoi as-tu fait ainsi cette déchirure? » Slevogt conclut avec une certaine présomption à une déchirure du périnée chez Thamar, mais sans fondement sérieux. Nous ne pouvons voir là qu'une exclamation d'étonnement de la sage-femme en présence d'une chose insolite, qui se rapporte à la déchirure des membranes parle premier des jumeaux, comme Finterprètent les Septante (( Quare divisa est propter te maceria ? » La sage-femme se demande « Comment se fait-il que celui-ci est né le premier, puisque c''est son frère qui d'après toutes les apparences aurait dû naître le premier? » Cette question elle l'exprima à sa manière, et elle se rapporte à un phénomène normal ; la rupture des membranes, qui arrive dans chaque accouchement. Ni la situation du premier enfant qui présentait la main, et dont la tête était encore élevée, laissant à peine de l'espace dans le canal pelvien pour le passage du second, ni la petitesse habituelle du corps des jumeaux ne peuvent nous autoriser à admettre Topinion de Slevogt.

Voy * J. Hadr. Slevogt. Prolusio inaugur. départit Tliamaî'is, difficili et pei^ineo inde riipto. Jen., 1700, in-4° et Ghr. G. Koch. Diss. exhib.fœminam mola labarantem. Jen., 1700, in-4°.

Obs. ■ — • Thomas Denmann a été le premier qui ait observé une version spontanée dans une présentation de l'épaule, fait connaître ce mode d'accouchement, et qui ait éveillé sur lui l'attention des accoucheurs de son époque et de ceux postérieurs à son temps.

Les cas observés par lui depuis 1772 à 1774 ont été publiés dans les écrits suivants : London médical Journal^ vol. V, 1785, art. V, p. 371. * Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, etc. Paris, 8% avril 1785, p. 5o2; sept. 1785, p. 7g. * Journal f tir Geburtshelfer, I. Frankf. et Leipz., 1787, S°, p. 112,

Voy. encore* Th. Denmann. An introduction to the practice of Midipi/erj^, 5e éd. Lond., 1816, in-8°, p. 490.

Et sur la version spontanée, Técrit bien travaillé de : * J.G. Betschler. De natiirœ auxilio distocias e situ infant is vitioso ortas absolvejite. Yraùslav., 1834, in-4°.*Trad. en allemand dans * Annale}! der Klinischen Anstalten, etc. 2^ vol. Breslau, 1834, in-8°5 p. 197.

I 9. — Sages-femmes égyptiennes et Israélites.

Dans le 2^ Livre de Moïse, ch. I, iS-^-i, nous trouvons également un passage relatif à l'état des sages-femmes, et qui dit clairement que les accouchements, chez les anciens peuples bibliques, étaient pratiqués exclusivement par les femmes. Le roi Pharaon, voulant diminuer la population israélite, en Egypte, s'adressa aux sages-femmes qui vivaient dans ses états, dont l'une s'appelait Siphra, l'autre Pua, pour leur demander de mettre à mort, aussitôt après leur naissance, les enfants mâles. On pourrait bien conclure de la désignation de ces deux femmes à l'existence d'une corporation organisée, et penser que le roi s'était adressé, pour donner cet ordre, à leur maîtresses, à la « nobilitas obstetricium », comme Pline s'exprime dans un de ses écrits ; ce n'est, de notre part, qu'une supposition, mais qui prend quelque consistance, quand on pense aux relations des castes en Egypte (voyez Herod. Lib. II, c.84). Ces sages-femmes n'exécutèrent pas cet ordre; elles laissèrent vivre les enfants en disant : « Les femmes Israélites ne sont pas comme les égyptiennes, elles sont fortes et dures, elles accouchent avant l'arrivée de la sage-femme ».

Bien que ce fut là une excuse, celle-ci devait se baser sur quelque chose de réel, sur le fait que les égyptiens avaient une civilisation plus raffinée et plus amollie, ce qui est conforme à l'expérience, et n'a rien de surprenant.

Obs. — La question de savoir si l'état de sage-femme est d'origine hébraïque ou égyptienne, à laquelle Danz cherche à répondre, ne peut conduire à aucun résultat important; nous avons déjà montré plus haut que chacun de ces deux peuples avait eu ses

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES JUSQu'a HIPPOCRATE 33

aides avant d'avoir été en contact l'un avec l'autre. Nous trouvons au reste les sages-femmes chez les Israélites avant leur entrée en Egypte. Voy. * Danz, F. G. De arte obstetricia /Egyptioriim. Giess., i7gi,in-40. Il fautajouterici encoreune dissertation plus ancienne : F. G. Gudius. Dissertatio de ebraïca obstetricum origine. Lips., 1724, in-4°. L'auteur cherche à démontrer que ces femmes étaient Israélites et non égyptiennes. Si nous consultons des lois postérieures, d'après lesquelles des sagesfemmes d'une autre croyance ne devaient pas être employéespar les Israélites, il demeure encore plus vraisemblable que ces femmes aient été israélites.

Voy. Tahniid, Cod.de Idolatria, c. 2,in-fol. 26, col. i. « Tradiderunt Rabini nostri, feminam alienigenam non posse obstetricem agere apud filiam Israëlis eo. quod suspectœ sint de effiisione sanguinis :». Voy. à ce sujei* Bxjxtorvu. Synagoga Jiidaica. Basil., 1641 , 8, p. 75.

§■ 10. — Suite.

Dans le chapitre de l'Exode cité plus haut se trouve, v. 16, un autre passage qui jusqu'ici a donné lieu à des interprétations diverses de la part d'orientalistes distingués, et cela parce que les écrivains obstétricaux se sont tenus à la traduction de Luther, ce qui a causé une méprise d'une certaine nature dans l'histoire de l'art. D'après cette version Pharaon dit : « Si vous prêtez votre assistance aux femmes israélites, et si vous voyez sur la chaise (und auf dem Stuhle sehet) que c'est un fils, tuez-le ; si c'est une fille, laissez-la vivre ». C'est par ce passage que se sont déterminés quelques savants, qui aiment explorer le terrain historique, à admettre que la chaise obstétricale était connue depuis longtemps des anciens égyptiens et des israélites. Cette interprétation subtile prouve chez eux une grande légèreté dans les recherches historiques, et diminue la confiance qu'on peut accorder à leurs travaux. Si nous consultons les versions diverses qui ont été données du mot qui est en litige « D"'j3,Nn » on trouve les choses les plus contradictoires. La vulgate traduit : « quando obstetricabitis Hebracas, et partus tempus advenerit ». Les Septante : « Kal w^j-, -p6; tf;) -{-/.-vm » ; le texte hebraïco-sama-

ritain dit « la chaise » ; de Wette « voyez sur la baignoire », mot qui est aussi admis par Venusi. Le mot « c^^NM » ne se rencontre plus qu'une fois dans l'Ecriture sainte dans Jérémie, i8, 3, où il a la signification d'un plateau (d'un disque, eine Scheibe) qu'emploient les potiers. « Je descendis dans la maison du potier et il travaillait sur son plateau ». La diversité des interprétations de ce mot Justifie pleinement notre doute. Dans les temps récents, J. F. Boettcher, Rettig et Redslob ont entrepris de nouvelles recherches savantes sur le mot en question, et sont arrivés à des résultats contradictoires, mais qui ne sont pas favorables, à l'admission de la « chaise obstétricale ». Boettcher présume que le siège du potier qui facilite le croisement des jambes, avec ou sans plateau, a aussi été utilisé pour les accouchements. Rettig combat cette manière de voir avec des arguments très solides, en démontrant que les traditions les plus anciennes ne fournissent rien qui rende nécessaire d^admettre l'existence d'une c/zawe pour accoucher, et il ajoute plus loin (avec raison) que l'appareil en question (le siège du potier) ne peut s'approprier à l'accouchement, et montre par des citations classiques que ce n'est que bien plus tard que la couche simple a été remplacée par le fauteuil obstétrical.

Il déclare par contre que « par le mot plateau il ne faut rien entendre autre chose que le pudendum, qui dans ses mouvements giratoires se laisse modifier par la sage-femme comme le vase se construit dans la main du potier » (à la suite de cette phrase se trouve noté (! ?) entre deux parenthèses, (admiration pour la féconde imagination de Ri:ttig et doute pour son interprétation). Boettcher réplique à son tour, et dit que ce n'est pas par des raisons historiques etlinguistiques que le fauteuil rabbinique doit être rejeté, il défend l'interprétation « plateau tournant » qu'il explique de la façon suivante: « regardez surle plateau tournant » ou bien « voyez quand vous n'avez pas encore détaché l'enfant de la mère (le vase nouveau détaché du plateau du potier), « c'est Juste ce moment, ajoute Boi:itcher, qui est le plus favorable pour la constatation du sexe et l'exécution de Tordre de Pharaon, de

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tuer les enfants mâles ». Nous avouons que nous ne pouvons partager Pespérance de Boettcher de voir résolu de la manière la plus facile ce problème si souvent tenté d^interprétation linguistique.

Il est très heureux qu''un troisième exégète G. M. Redslob se soit occupé de l'interprétation du mot « D''31N*n » et l'ait traduit simplement par « les [deux) pierres » (i) [le mot est au duel : « voyez sur ou après les (deux) pierres »). Dans le passage de Jérémie le mot prend sa signification par Taddition spéciale des vases. Ici dans l'Exode Redslob est tout à fait disposé à voir le moyen de reconnaître le sexe de Penfant, en examinant ses parties génitales; en voyant les deux pierres on pensera aux deuxtesticules par une expression qui est un euphémisme ; les langues des divers peuples ont pour de pareils objets unegrande provision d'expressions. Redslob ajoute que la forme du duel est ici parfaitement à sa place. Si Redslob a coupé le nœud gordien avec une conjecture, il faut avouer qu'elle n'est pas malhabile, et il n y a aucun obstacle à l'admettre comme la plus simple et la meilleure aussi longtemps qu'on n'aura découvert rien de préfé rable, ce qui probablement sera très difficile.

Nous croyons avoir démontré avec quel droit les historiens de l'obstétricie peuvent déduire de ce texte l'existence du fauteuil obstétrical aux temps de Pharaon. Cette supposition ne repose en tout cas que sur la signification douteuse d'un mot, d'un texte, où l'on trouve plus d'arguments défavorables que favorables.

Obs. — Faisons observer que dans les écrits d'HippocRATE il n'est fait aucune mention du fauteuil obstétrical (les mots de « Xa'javov » et de « Slapo; » ne peuvent pas signifier cela), que partout le lit « -/.Àivr) » est indiqué, ainsi que les ditierentes positions qu'on peut y prendre, ce qui ébranle beaucoup l'idée de l'existence du fauteuil obstétrical chez les anciens Egyptiens et les Israélites. Moschion et Artemidor (au II" siècle après J.-C.) le

(i) En lan^gage allemand vulgaire du peuple, le mot Stein est synonyme de testicule^ quand on parle des animaux.

mentionne pour la première fois. *Moschion, De mulierum passionibus. Ed. Devez. Vienne^ 179^1 in-8, c. 47(1) et "Artemidor. 0;2e/7'OC/"z7zc^. Ed. R.EIFE. Lips., i8o5, in-8, lib. V, o. 73. Ici l'auteur parle de « OLÇipou; Xo/Eialoyç, oTç T^pôç xô a-o-cx.ctv ypoJVTa'. al yuvaîzcr ». Très important encore est ce que dit Rettig, ouv. c, p. 97. Si on examine Phistoire des Egyptiens, on arrive à la certitude presque complète que le fauteuil obstétrical n'était connu ni des Egytiens ni des Hébreux pendant leur séjour en Egypte, parceque tout est plus vraisemblable et plus croyable que l'usage de cet instrument pendant 10 siècles (le texte de la Bible semble conclure à un usage général), sans qu'il ait pénétré en Grèce et dans l'Empire romain pendant la domination de ces puissances, à travers l'Asie mineure et l'Hellespont dans leur connexion et leurs rapports si fréquents. Sur les différentes interprétations du mot voyez les ouvrages suivants ;

* Sinopsis criticonun alioriim que S. scripturœ interpretuin, vol. I. Opéra Math. Poli. Lond., 1669, fol.32o.

* Biblia sacra polyglotta. Ed. Brian Waltonus, t. I. Lond., 1657. fol.

* D. W. Triller. Clinotechnia medica antiquaria sive de diversis œgrotorum lectis^ etc. Francof. et Lips., 1774, 4°, P- 223.

* G. Chr. Siebold. Coimnentar. de cubilibus sedibusque iisiii obstetricio inservientibus. Goetting., 1790, 4" § 58, p. 52 (observations de Eichhorn, orientaliste de Goettingue).

Les interprétations nouvelles sont contenues dans les écrits suivants :

■*■ G. D.WiNER. Zeitschr. fïir jpissenschaftl. Théologie. 2 B^, I heft. Sulzb., i832, 8, à la page 46. J. Fr. Boettcher. « Vei~suche liber einige alttestamenliche Stellen nach ipissenschaftlicher Sprachforschung V . « Ueber Exodus, i, 16 u. lerem, 18, 3 », p. 49.

* C Ullmann z/nrf F. W. Umbreit. Theologische Stiidien iind Kritiken,j. lahrg i, B., Hamb., 1834,8°, là se trouve p.8i, H. C. M. Rettig. (.<. Exegetische Analektcn.YjXod. i, 16, lercm. 18, 3. » Dans le même Journal 7. lahrg 2. B. : Boettcher. « Gegenbemerkungen », p. 626, et G. M. ; Redslob. Ueber den Aiisdruck Dijixn iy, p. 641.

* G. M. Redslob. Comment, de hebrœis obstetricantibiis. Lips., i835, in-4''.

(i) Kt avant lui Soranus. CAi XXI. l\d. Ermkrins, où un fauteuil est adapté à une disposition spéciale, pour faciliter l'extraction de l'enfant. (F.-J. H.)

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§ ir. — Soins donnés aux nouveau-nés.

Pour les premiers soins à donner aux nouveau-nés, nous trouvons dans Ezechiel, i6, 4, quelques indications qui ne renferment que le plus strict nécessaire : la section du cordon, le bain et l'enveloppement de l'enfant. Ce passage nous apprend toutefois encore qu^on avait l'habitude de frictionner le nou- \eau-né avec du sel pour enlever le vernis caséeux que les enfants apportent souvent abondant en naissant. Dans le 2° livre des Macchabées, c. 7, v. 28 nous voyons que la lactation durait très longtemps (i à 3 ans), que ce soin était confié à des nourrices. Voy, Liv. de Moïse, I, 24, 59, et 35, 8, ainsi que dans le livre des Rois, II, 11, 2.

Obs. — Le passage cité par OsiANOERdans le §81 delà lit. pragm. Gesch, Sam. i, 4, ig et 20 ne parle que d'un accouchement causé par une frayeur, où la mère succomba. Il n'est question là que de femmes qui entouraient la parturiente.

§ 12. — Conclusions.

Dans les quelques passages relatifs aux accouchements, qui nous ont été conservés par la Bible, il n'est question que de femmes comme ayant donné des soins ; rien ne nous permet de croire que des médecins aient été appelés. Les documents nous conduiraient à penser qu'ils ne l'ont pas été. La médecine des Israélites s'occupait spécialement des plaies ou maladies externes, et les médicaments employés étaient des médicaments externes. Dans ses dispositions législatives. Moïse prouve qu'il n'était pas étranger aux connaissances médicales; celles-ci ne renferment qu'un chapitre (Liv. III. c. 12) ayant un rapport éloigné avec l'obstétricie. Les lois pour la purification des accouchées au point de vue des deux sexes, peuvent être regardées comme très sages. L'impureté de la femme accouchée at-elle eu de l'influence pour éloigner d'elle les secours de l'homme, ou bien y

a-t-il là des motifs plus naturels? En tout cas, il faut les prendre en considération quand on se demande pourquoi les secours des hommes ont été exclus de l'accouchement.

Obs. I. — Les connaissances médicales de Moïse ne se révèlent nulle part mieux que dans les passages où il traite de la lèpre. Liv. III, c. i3.

Voy. * Ph. g. Hensler. Vom abendlaendischen Aussat:{ im Mittelalter, Hamb., 1790, p. 194. (De la lèpre d'occident au moyen âge.)

Obs. IL — Il est très remarquable de voir déjà dans les livres de Moïse la doctrine qui se trouve plus tard mentionnée dans les livres hippocratiques ; voy. par exemple : De la nature de Venfant « la purification lochiale dure généralement pour une tille 40 jours..., pour un garçon 3o jours ». Littré. Œuvres d'Hipp., VII, p. 5oi, ce qui concorde parfaitement avec ce que dit Moïse, III, 12, 4. «. S'il naît un enfant mâle, elle sera impure pendant sept jours, aussi longtemps qu'elle sera malade (écoulement lochial) ; elle restera chez elle pendant 33 jours dans le sang de sa purification : si elle met au monde une fille, elle sera impure pendant deux semaines, aussi longtemps qu'elle sera malade, et elle restera chez elle pendant 66 jours dans le sang de sa purification.

*J. D. MicîîAELis. Mosaïsches Recht [Droit mos,Oi'iqu&). H.Theil. Frankf. a M. 8, § 14, p. 291.

Sur la médecine hébraïque en général :

' J. S. LiNDiNGER. De Ebrœorum veterum arte medica, Serv. et Leucor. 1774, 8.

§ i3. — Obstétvicie des Egyptiens.

L'histoire ne peut rien raconter ou fort peu de chose sur Tétat le plus ancien de l'obstétricie chez les autres peuples, dont les origines se perdent dans les nuages des temps fabuleux, mais dont la culture précoce est attestée de la manière la plus certaine par les monuments de l'art qui subsistent encore, car cette histoire manque absolument de documents sur lesquels elle pourrait s'appuyer. Nous sommes obligés de nous contenter de déductions par analogie, et à cet égard nous pouvons dire des

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anciens Egyptiens, qui d'après leur culture et leur civilisation doivent être classés comme un des premiers peuples, que certainement chez eux la pratique des accouchements avait été exclusivement entre les mains desages-femmes, qu'à elles comme chez les Israélites, qui ont vécu pendant si longtemps au milieu des Egyptiens, étaient confiés les soins donnés aux parturientes. La vérité de cette proposition se trouve le mieux démontrée par le passage de VExode, I. Nous ne pouvons rien dire de plus avec certitude, si nous ne voulons pas faire de suppositions peu fondées, parmi lesquelles nous rangeons ce que dit Osiander, qui pense que les prêtres en possession de la médecine avaient aussi entrepris de donner des soins dans les accouchements difficiles. Ceci suppose toujours aux mains des hommes une certaine culture de la médecine, comme l'histoire de la médecine Tapprend plus tard. Les médecins ne se sont occupés d'obstétricie qu'après avoir acquis un certain degré de perfection dans la médecine ; la médecine des Egyptiens en était fort éloignée; ce qui le prouve c'est qu'elle n'était entre les mains des prêtres que comme une partie du culte, mais non pratiquée librement comme un art. Sans préparation scientifique, sans observation, elle ne consistait qu'en une routine aveugle, dans des règles données par la tradition et des lois, dont on ne pouvait s'écarter en aucune façon. Si on admet encore que les médecins égyptiens connaissaient fort peu de chose de ce qu'on appelle les maladies externes (Hérodote, liv. III, c. 129J, que par conséquent la chirurgie leur était complètement étrangère, que la suite de l'histoire montre que c'est par la chirurgie que se sont formés les préceptes de l'obsîétricie, nous pourrons conclure, que les origines del'obstétricie ne doivent pas être cherchées chez les Egyptiens. Cet art a dû se baser sur d'autres principes que sur les fragments de la médecine égyptienne. Ceux-ci toutefois sont contenus dans 42 livres qui sont attribués parles Égyptiens à Theiit [Thom, Taout), désigné par les grecs sous le nom de Hermès [-pîii.iji'^-on) comme l'inventeur des arts et des sciences ; ils renferment quelques sujets de médecine : sur les maladies des yeux et les maladies des femmes.

Jamblichus les regarde comme douteux, après que Galien les avait déjà jugés sévèrement.

Obs. — Sur l'état de la médecine chez les anciens Égyptiens, voy. * Sprkngel. Pragmat. Gesch. der Art^neikwide, l, Thl. 2 Abschn. § i et suiv. a ^gyptische Medizin » (Hist. pragmat. de la méd. trad. en fr.). Cet auteur dit que les écrivains qui cherchent Torigine de Panatomie chez les Egyptiens dans la pratique usuelle des embaumements s'exposent au reproche d'être inconséquents. Les passages d'HÉRODOTE (lib. II, c. 85 et suiv.) et deDiODORE DE Sicile (lib. I, c. 91), contredisent de la manière la plus positive l'opinion que les Egyptiens aient trouvé là Poccasion de faire des découvertes sur la situation, les rapports et les relations des diverses parties du corps, à l'état normal et anormal, attendu que les procédés d'embaumement étaient bien trop grossiers pour avoir pu enrichir ainsi la science.

Sur le contenu de ces livres de médecine, voy. * Galien. De simplicium medicamentorum temperanientis ac facultatibiis, lib. VI, p. 798 de l'éd. de Kûhn, vol. XI.

* Jamblichi. Chalcid. de mysteriis liber : Ed. Th. Gale. Oxon,, 1678, fol., sect. VIII, c. IV, p. 160.

§ 14. — Mythologie égyptienne.

Parmi les divinités égyptiennes se présente au premier rang la merveilleuse Isis déesse de la nature créée, et de celle en formation, vénérée comme un esprit tutélaire portant secours aux hommes. Comme mère nature et symbole des mondes, sœur et épouse d'05fr/5(le soleil), Isis fut la bienfaitrice du genre humain. C'est à elle que les Egyptiens doivent toutes les inventions utiles et connaissances favorables sur la nature et l'agriculture, sur les étoiles et leur cours; elle fut vénérée particulièrement comme une divinité bienfaisante pour les malades et les souffrants. La ville de Biibastis dans la partie occidentale de la basse Egypte fut bâtie en l'honneur d'/5w, et dans la personne jBz^^a.ç^w nous trouvons /s/.ç comme la déessedes parturientes, comme plus tard on verra le mythe grec à'Artemise Ilithia, ainsi que le fait ressortir Hérodote, lib. II, c. i38, attendu que Biibastis est déclarée Artemise. De l'Egypte le culte d'^Isis, comme déesse de la nature

et de la santé, se propagea en Grèce; nous trouvons le culte d'Isis chez les Romains, et il avait même pénétré jusqu'au pays des Suèves (Tacit. De morib. German., c. 9). Les femmes en couches imploraient la divinité bienfaisante, comme elle est appelée sur les tables de marbre et les médailles, et on apaisait par des sacrifices et des vœux, en réunissant en une seule personne Isis Thermiithis irritée et opérant la destruction ; séparation en deux d'une même divinité comme nous la trouverons pour Ilithie chez les Grecs.

Obs. — Sur Isis comme divinité médicale, voy. Diod. Sicul. Bibl. hist. lib. C. 25 et 27 (* Ed. Wesseling Amstel., 1795. in-fol. p. 29) où se trouve Tiuscription sur une colonne d'Isis à Nysa en Arabie. — Sur Bubastis comme déesse des accouchements, voy. une épigramme de Nicarch sur une personne qui sans secours est accouchée heureusement, et où le poète dit :

« Hoc modo Bubastis inutilis redditur. Nam si mulier qu^evis « Sic peperit, ut Philœniiim, quis rationem habebit Deas » r

" Antholog. grœc. éd. Fr. Jacobs. T. III, Lips. 1794, in-8°. p. 60, VI.

P. E. Jablonsky, dans son * Panthéon JEgyptiorum sive de diis cor um comment ar. Francof. ad V, pars II, 1752, in-8,c. p. 55, a traité largement de Biibasti, ^gyptioriim numine, qiiod Grœci Dianam sive Lucinam interpretantiir. »

* Plutarchi. De Iside et Osiride liber, dans ses œuvres, éd. Reiske, vol. VII. Lips., 1777, 8, p. 385.

* Antiquitates œgyptiacœ prces. Fr. Bœrner resp. P. Fabrt. Witeb., 1756, 4°.

§ i5. — Obstétricie Indienne.

Les recherches sur l'état de l'obstétricie chez les anciens habitants de rinde sont aussi stériles que celles faites chez les Egyptiens, c[ui peuvent rivaliser avec les premiers au point de vue de leur antiquité. Chez les uns et les autres la religion se mêlait à la médecine, et on regardait la maladie comme l'œuvre des mauvais esprits, qui devaient être combattus par des sorcelleries dirigées contre eux. Les Brahmanes étaient à la fois des savants et des médecins. Au point de vue de l'obstétricie, il nous manque des

documents positifs où Ton aurait pu trouver quelque chose de certain ; nous devons répe'ter ici ce que nous avons dit des Égyptiens.

Obs. — Sur Paccouchement facile des indiennes, voy. * Son- NERAT. Reisenach Ostindien und China. (Voyage dans les Indes orientales et la Chine), i vol. Zurich, 1788, 4°, p. 100.

Sur la médecine indienne, voy. Sprengel, ouvr. cité, 2^ éd. Abschn. III, et Sonnerat, p. 94.

* J. H. ScHULzii. Historia medicinœ a rerum initio ad ann. îirb. Romœ DXXXV dediicta. Lips., 1728, 4°, p. 54. (Ici on donne des renseignements authentiques sur les Brahmanes.)

§ 16. — Obstétricie che^ les Chinois.

Quand Staunton raconte dans ses voyages, qu'il n"'est permis à aucun médecin d'observer une parturiente, ou de pratiquer des accouchements, nous devrons admettre que dans le royaume du Ciel il en a été ainsi depuis le commencement; quel'obstétricie a été entre les mains des femmes, car un pas en arrière dans ce pays n'est pas admissible. Ce peuple est resté depuis des siècles au même point de sa culture, obstiné contre toute amélioration, et opposant à tout progrès l'appréciation orgueilleuse de sa valeur et de sa muraille ; Staunton dit qu'il a vu des livres sur les accouchements écrits à l'usage des sages-femmes, dans lesquels sont dessinées les diverses positions du fœtus dans les mois de la grossesse; où Ton trouve des prescriptions pour les divers cas, avec un grand nombre de pratiques superstitieuses. Les amulettes jouent un grand rôle dans les accouchements faciles et difficiles. Les sorciers et les sorcières doivent conjurer les esprits malins qui gênent la parturition. Les parturientes mettent des bas qui ont été commandés chez Dalai Lama et bénis par lui ; ou bien la parturientc avale des pilules en papier sur lequel sont écrites quelques paroles magiques, etc. La médecine comme l'obstctricic se trouve dans sa première enfance chez les Chinois, et avec le caractère particulier de ce peuple il n'y a que peu d'espoir de voir l'une et l'autre s'élever plus haut.

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'a HIPPOCRATE /\.3

Obs. I. — Voy. * G. Staunton. An aiithentic account of an embassy from the King oj Gréai Britain to the Emperor of China. Vol. II, Lond., 1797, 4", p. 536. — L'auteur nous donne de nombreuses preuves de la grande ignorance et du charlatanisme des médecins chinois, par exemple p. 537. « But it was reserved for the sect of Tao-tse, or disciples oi Lao-Koum already mentioned of a médical secret, not to die «. Un médecin chinois qui avait obtenu d'un médecin anglais quelques documents, put lui assurer que ceux-ci étaient très avantageux et très différents des principes admis en Asie : « that they seemed as if they came from the inhabitant of another planet «. Dans le même livre, p. 253. — Sur l'état inférieur de la chirurgie chez les Chinois, voy. ibid., p. 535.

Obs. IL — A la littérature sur l'obstétricie chez les Chinois il faut ajouter deux dissertations de Rehmann et Martius.

' Zwei chinesische Abhandlungen uber die Geburtshtilfe (Deux dissertations chinoises sur l'obstétricie), von Rehmann. St-Petersb., 1810, 8".

* Abhandlung iiber die Gebiirtshiilfe. Traduit du chinois par H. VON Martius. Freib., 1820, 8°. (Sur l'accouchement.)

Cet écrit a un but diététique, et est destiné au peuple; il a été écrit plutôt pour les femmes enceintes et les gardes, que pour les sages-femmes ou les médecins, comme cela ressort des reproches d'ignorance et de bêtise adressés aux sages-femmes. On blâme une trop grande activité chez les parturientes, mais nous voyons comme depuis des siècles sont nombreux les médicaments employés pour hâter ou faciliter le travail; le précepte de faire boire aux accouchées l'urine du nouveau né, comme moyen curatif, donne une bonne idée de leur matière médicale.

Sur la médecine des Chinois, voy. *J.B. Du ¥{a.i.t>-e.. Description de r empire de Chine et de la Tartarie chinoise, tom. III. La Haye, 1736, 4°, p. 461, mais surtout p. 536où est exposée longuement la doctrine chinoise sur le pouls chez les femmes enceintes. Le pouls est le seul signe qui puisse renseigner sur tout. On trouve aussi 578 formules de médicaments pour les présentations transversales.

Obs. III. — Toute autre est l'obstétricie chez les Japonais avides de savoir. Depuis les temps récents, ce sont des accoucheurs et des sages-femmes qui pratiquent cet art. Voy. l'écrit intéressant du voyageur célèbre Ph. Fr. de Siebold dans * El. von Sie- BOLD. Journal fur Geburtshulfe^ etc., VI, 3 liv. Frankf. a M. 1826, 8*^, p. 687. « Réponses àquelques questions sur l'obstétricie japonaise adressés à mon élève Mimazunza, médecin à Nangaski, avec quelques observations adressées à la société batavique pour

les arts et les sciences. Nous n'extrayons de cet e'crit digne d'être lu, que quelques propositions sur l'usage japonais de faire des frictions externes. « Seitai pour obtenir Tamélioration des présentations fœtales », moyennant les deux mains appliquées sur les hanches et montant jusque vers l'ombilic; une manœuvre externe pour pratiquer la version dans une présentation anormale. Pour la constatation de la grossesse, on emploie aussi la palpaiion du sein, l'examen du pouls et des manipulations du bas-ventre ; pour celle-ci une préparation est nécessaire appelée « Ampoekoe », des frictions et un léger attouchement du basventre, comme quand on veut le malaxer, pour cela sept manœuvres spéciales sont nécessaires. Qti Ampoekoe qsX aussi employé contre certains accidents de la grossesse. Il y a une merveilleuse conformité entre ces pratiques d'un peuple asiatique encore grossier, et les usages d'une peuplade américaine habitant le Mexique, comme je l'ai constaté par une lettre d'un de mes bons élèves le D"' de Uslar qui s'est établi comme médecin praticien à Oajaca. Celui-ci m^écrit : « La fréquence des avortements est certes le résultat de mauvaises pratiques pendant la grossesse. Les femmes arrivées au septième mois commencent par se faire malaxer le ventre (je n'ai pas de meilleure expression pour cette manœuvre) afin de donner à l'enfant une présentation normale dans le cas où il ne l'aurait pas. Ce sont les sages-femmes qui pratiquent cette manœuvre, en travaillant le ventre et le dos des femmes pendant une demi-heure, si bien que les femmes se tordent de douleur. Si lors de l'accouchement il y a encore une présentation anormale, elles saisissent la parturiente par les jambes et la secouent jusqu'à ce que la situation de l'enfant se soit modifiée, car un accouchement par le siège ou par les pieds est chez eux quelque chose d'inouï ».

Voy. pour la médecine au Japon et en Chine, Sprengel, 2 Abscb. VL

§ 17. — Grèce.

Bien que quelques-uns des Etats que nous avons nommés, eussent depuis les temps les plus reculés été en possession d'une culture arrivée à un certain état de perfection, et qu'on eût pu tout attendre d'une pareille organisation intérieure, pour la propagation au dehors de leurs arts et de leurs sciences, il était réservé au plus jeune d'entre eux, de faire des pas de géant dans la voie du progrès, de se développer librement par ses propres forces, et d'éclipser tous les autres par sa culture si vivante et si

variée ; je veux parler des Grecs. Puissante et efficace fut l'influence de son éducation surtout ce qui appartient à la vie intellectuelle: oui c'est sur la terre classique des hellènes que nous avons à rechercher le commencement détentes les branches du savoirhumain. Ici seformacettephilosophiesi élevée. qui, àlafois puissante et vivace, a exercé sur toutes les branches son énergique influence. La médecine cultivée par les médecins grecs commence ses recherches les plus profondes, et du premier coup, s'élevant au-dessus d'un commun et grossier empirisme, arrive à être la mère de la médecine future.

La période mystique ne manque cependant pas, là aussi se firent sentir les influences d'esprits irrités, ou les bienfaits de divinités rendues propices; des demi-dieux et des héros furent vénérés comme les inventeurs de la médecine.

Les prêtres enseignaient et pratiquaient la médecine; c'est dans les temples, où les malades arrivaient en pèlerinage, qu'ils reçurent avec de pieuses coutumes les soins et la guérison; c'est ainsi que les prêtres d'Esculape eurent l'occasion d'acquérir une expérience dans un art qui, transmis et enrichi de père en fils, a servi de fondement à cet « art divin ».

Obs. — Voy. sur l'état de la médecine chez les anciens grecs Sprengel, ouv. c. 2, Absch. IV.

"^ F. G. Welker. Die aeltesten Zeugnisse jiïr innere Heilkunde bei den Gj'iechen. (Les plus anciens documents pour la médecine interne chez les grecs.) Dans Hecker. Litter. Annal., i832. Janv. Berl. in-8°, p. 26.

§ 18. — Mythologie des Grecs.

Ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, les premières origines de la médecine chez les grecs se perdent aussi dans la nuit des temps fabuleux. Tout ce qui dépassait leur compréhension était dans les commencements revêtu d'une forme mythologique, et pour les faits étranges ou inexplicables, ils avaient recours aux Dieux; aussi ne manquent pas chez les grecs les divinités médi-

cales par l'entremise desquelles ilspromettaient auxmalades soulagement et guérison. La mythologie désigne comme telles: Apollon (Pacon), Artemise, Esculape et Chiron. Ce n'est que dans des temps postérieurs qvx\A.rtemise eut cette signification. Mais parmi les divinités les plus anciennes, auxquelles étaient confiés les soins pour une couche heureuse, il faut nommer Ilithie ou Eleutho (d'après la forme pélasgique ancienne). C'est surtout dans cette circonstance, où toutes les lueurs pour éclaircir l'histoire disparaissent, comme c'est le cas pour les origines de l'obstétricie, que celui qui fait des recherches, doit s'attacher aux données de la mythologie pour y trouver des documents qui puissent servir de base aux recherches ultérieures.

Obs. — Sur la mythologie médicale des grecs, voy, Sprengel.

* Fr. Hundertmark. Exercitatio de principibus diis artis medicœ tutelaribiis, apitd veteros Grœccos atque Romanos. Lips. 1735, in-4°.

* Welker. Wiindheilkunst der Heroen bel. Homer. [La chirurgie des héros dans Homère). Hecker, ouv. c. Juil., p. 267.

§ U). — Ilithie.

Tout d'abord il peut paraître surprenant qu'en Grèce nous ne trouvions mentionné au début que la seule divinité Ilithie comme présidant aux accouchements, tandis que pour les autres branches de l'art de guérir il y avait plusieurs divinités, des demi-dieux et des héros. D'après Hésiode ce, i\x\. Ilithie^ fille de Jupiter et de Junon^ sœur d'Ares et de Hébé^ qui fut appelée par Iris k Délos auprès de Lciho qui était en travail d'accouchement d'Apollon. De là la vénération particulière dont cette île fut l'objet {Hymm. Homériques sur Apollon. Del. v. 89 et suiv.). Dans l'Iliade on trouve aussi quelques passages sur Ilithie comme accoucheuse. Dans quelques passages même, ce nom apparaît au pluriel, ce queB(')TTiGER trouve très juste, puis qu'il y avait deux Ilithies : une favorable (s7:';Xuaa[j.£vr), celle qui délivrait). (Voy. Hesych, à ce mot) et une défavorable ([j.oyrjaToV.o;

-iV.pa; oJoi'va; è'/ouaa) commc déjà le disait Phurnutus [De natura deorum. Cantarbig, 1670, in-8% p. 102) « Plures autemtraduntur esse Eileitliiya;, sicuti etiam complures et varii suntamores ("EpojTsç) ». Ce qui peut être rapproché du mythe, Isis dont il a été parlé plus haut {% 14) et comme concordant avec lui. Chez le poète comique Aristophane la « -ov/'.ck. E'.ÀsLOjia » arrive avec deux significations : comme déterminant l'accouchement (Eccles., V. 368), et comme arrêtant l'accouchement (Lysistr., v. bgS;, quoique dans les deux passages il s'agisse d'autre chose que de l'expulsion d'un enfant. Les parturienies dans les maux invoquaient les Ilithies. La bienfaisante arrivait et les délivrait de leur fardeau en augmentant l'énergie de leurs efforts. La signification étymologique du mot « s'AciOutar. » celle qui arrive, n'a rien de contraire, si on la complète avec Welcher par le mot « tooivc? » douleurs pour l'arrivée, par lesquelles Taccouchement s'accomplit. Et si ces douleurs ne produisent pas Teffet désiré, la signification d'Ilithiya (ou douleurs) favorables ou non favorables se justifie encore. On trouve au reste ajoutées au nom d'Eileithyie les épithètes suivantes : Xja-.'Cwvo? qui délie la ceinture (Orph. Hymn , I, 7. Théocrite, XVII, 60); [xoymxùv.oi Iliade d'HoM., XI, 270, XIX, io3j ; -.oxj^rrfj.a la favorable (Pindare. Ol. VI, 72); [j.r|Tpo7:dXoc? l'aide des mères (Pind. Pyth., III, i5); -oTv.a, la puissante (Aristoph. Eccles., v. 368).

Obs. — Sur la généalogie d^Ilithie voy. Hom. Iliad., XI, V. 271. Hésiode. Théogon., V, 921. Pindare. Nem., VII, 3. Apollodor I, 3, DiOD. Sicul. V. 72. Grinagor. Epigr. in * Critica vannus. Amstel., 1737, in-8°, p. 190. Partout elle est appelée la fille de Jzf/îo/z, et Grinagor appelle Hère « Mater Eileithyiarum ». L'ancien nom d'aXcuOto se trouve dans Pindare, Olymp., IV, 72. Pausanias mentionne dans sa Descriptio Grœciœ, lib I, c. 18,* éd. G. G. SiBELis. Lzp^., i882,in-8°, qu'Eileithyia arrivant des pays hyperboréens prêta secours à Leto dans l'île de Délos ; de là la vénération pour elle s'est étendue à d'autres peuples, et il ajoute : '< Gretenses incoke Gnosiie regionis ad Amnisum etiam genitam putant : Junonis tiliam fuisse »; de là le vers de l'Odyssée, XIX, 188:

Là sur le fleuve Aranissus près de la grotte d'Ilithie.

Pausanias raconte plus loin que seuls les athéniens représentaient la déesse enveloppée jusqu'aux orteils, et il signale trois figures sculptées (Zryava) d'Ilithie dans son temple à Athènes, dont deux venant de Crète et la plus ancienne de Délos. Dans un autre passage, lib. VIII, c. 47, Pausanias ajoute à //z7/zm (des Tegeates)le surnom a Iv yovaa-. » et raconte à cette occasion quey4z/^e, la fille de Aleiis, devant être précipitée dans la mer sur l'ordre de son père s'était jetée à genoux, et avait dans cette situation mis au monde son fils (Telephus) « eo loco ubi Eileithyiœ templum dedicarunt ». Elle accoucha d'après cela dans la même position que Leto (voy. plus haut, § 5, obs. I). Et ce surnom doit être en concordance avec ce fait, voy.* Annali delVInstituto di corresponden^a archeologiia, vol. 4, Parigi, i832, in-S", p. 60, où se trouvent des documentssur une figure agenouillée qui fut découverte, que Lenormand regarde comme une Gaea implorant pour de la pluie, mais que nous considérons avec Welker comme une Ilithj-ia «èv fovacrL ». Les Dii nixii sont aussi représentés à genoux (par Festus). Voyez la reproduction de cette Ilitliyia dans : * Momimenti inediti publicati dalV Instituto dicorresp. archeol. sotto la dire:[. dei signori Panofka, vol. I. Rom. et Par.., i82g-3o,in-fol., pi. XLVI. Walkenaer est disposé à lire dans Pausan.,ouv. cité, au lieu de « âuTfjv h yovaai ». — "'Aù'yriv EV yovaai », lecture vers laquelle se sent attiré Welker certainement à tort. Hérodote, IV, 35, raconte que la vénération des Ilithies fut apportée par les Hyperboréens à Délos où l'on se souvient d'un hymne du vieux barde Olen, ce que Pausan.,VIII,2i, dit aussi, en ajoutant que dans cet hymne, la déesse est appelée également « suÀîvo; » celle qui file la vie. D'où elle est dans Pindare, 01. VI, 72, représentée assistant les accouchées à côté de Evadne.

Sur le culte des Eileithyies à Délos, consultez * C. O. Muller, Die. Dorier I Abth. Bresl., 1824, in-8", p. 271 et 3 12.

Sur les Eileithyies voy. :

* Lil. Greg. Gyraldus. Historia deor, gentilium, in op. omn. Lugd. Batav., 1696. in-foL, p. 364.

*''G.-E. Lessing. Collectanea ■{iir Litteratur, édités par J. J. Eschenburg, I. Bd. Berl., 1790, p. 406.

* C. A. BoïTiGER Ilythyao'der die Hexe., ein archaeologisches Fragment nacli Lessing [Ilythia ou la Sorcière , fragment d'archéologie d'après Lessing). Wien, 1799, in-8° (travail étendu, écrit d'après les indications de Lessing).

* F. G. Welker. Zii den Alterthiïmeren der Heilkunde bei den Griechen (Sur les monuments de la médecine ancienne chez les grecs), dans Hkcker. Wissensch. Annalcn. Oct. ]883, p. 129.

* E. Jacoim. Handmoerterbiich der griech. u. roem. Mythologie. (Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine) I Abth. Koburg, Leipz., i835, p. 290.

§ 20. — Artemise.

Artemise aussi fut vénérée parles grecs, comme en témoignent un grand nombre de passages des auteurs grecs. Elle s'employa d'abord auprès de Leto (Apollodor. 1,4) et donna ses soins à la mère d'' Apollon lors de la naissance de ce dieu. Il paraît que ce n'est que plus tard qu'on confondit Artemise avec Sélénè ou déesse de la lune, etque la confusion des services desdeux déesses eut pour effet la vénération de toutes deux comme déesses des accouchements, puisque dans Homère il ne lui est attribué aucune efficacité médicale.

Elle n'y est décrite que comme déesse delà chasse, sansaucun rapport avec Faccouchement ou avec la lune. Ce n'est que plus tard qu''elle fut invoquée comme aidant les accouchements : [zj\o/oç, Ào/£ia) diminuant les douleurs (Xûaouaa wîtvcov £■/. -/aXîTrwv, coSlvwv e^ïapwy;^') COmme [j.oyoa-coV.o;, X'jcjtî^wvr), COmmCaoTStpa et raiootpo-io; et regardée comme Ilithie elle-même. Diodor. Sic (V, 72) même appelle Aj~temise comme l'aide à'^Ilithie. On lui donna encore le surnom de « çwcyjopo; » dénomination qui revient surtout à Hécate.

Obs. I. — Les vers de l'Iliade XXI, 482 où Junon s'adresse à Artemise :

Bien que Jupiter t'ait donné la force d'un lion pour immoler à ton gré les faibles mortelles,

montrent qu'elle n'était pas vénérée comme déesse des accouchements.

Ce que Pausanias explique très bien : « Apisraiv os yjva-./.wv wôwtv Eîvai cpopspàv (verendam se parturientibus) c'est ainsi que Pindar. montre Artemise tuant Coronis, en opposition directe avec la salutaire Ilithie. Sur Artemise comme déesse des accouchements, voy. Orph Hymn. 35. Euripide. Hyppol. v. 166. Gallimach. Hymn. in Ariemi, v. 20 qui sur sa naissance s'exprime ainsi :

« Urbes autem accedam.

Tu modo, cum muJieres, acutis partus doloribus. Vexatœ, auxiliatricem vocent, quibus me Parcas. Ut primum nata sum, destinarunt opem ferre. Quod me pariens, ferensque (utero) non doluit. Mater, sed sine labore deposuit gremio, »

5o PREMIÈRE ÉPOQUE

Voy. encore Theocr, XXVII, 29. Nossis, in*BRUNCK. Analect.^ t. I. Argent., 1772, in-40, p. 194, et Antipat. Ibid , t. IL, p. 1 19., 143. ArteiMidor. Lib II, c. 35, désigne la déesse comme Xo/Eat et sXE'JOo'jaa.

Sur le culte A'Artemise comme déesse des accouchements favorable à Athènes, voy. Welker, ouv. cité, p. 147 (Monuments anc. de la méd. grecque).

Obs. IL — Important au point de vue delà mythologie romaine est le surnom de « cpwaaopo; » donné à Artemise. Voy. Callimach. hymn. in Artem. v. ] i . et Phurnut. De nat. deor., ouv, c, p. 99.

« 'Ho "ApxsrjL;; ooiVfopo', [jLsy c-ojvO[i.acyOr),etC. » et aUSsi SoPHOCLE. J'rac/z.

214 «"ApTsat; aijLot-upo;)). Vov. aussi dans le 2^ vol. de TEdit. de Callimach. de J.A.Ernesti. * Lugd. Batavor, 1761, in-8°,p. 169 où il y a des copies de médailles.

§ 21. — Jiinon.

Junon la seule vraie épouse de l'Olympe est la déesse des mariages et aussi celle des naissances. C'est pourquoi les Ilitliies qui aident aux accouchements sont ses filles. Par ce motif elle était invoquée par les femmes en travail, et à Argos on avait ajouté à son nom celui d- Eîleithj^ia (voy. Heysch, ouv. cité). Elle envoie alors sa fille à celles qui l'invoquent, et auxquelles elle est propice; mais elle la retient aussi parfois comme lors de la naissance dCAlcmène (Iliade, XIX, 119) ou de Leto [Hymm. homer. s. Apollon Delien).

Obs. — Welcker, ouvr. cité, p, 144, note 37, présume que les ciseaux représentés dans * Ed Gerhard. Antik. Bilderwerken. Text. Lief. I. Munchen. et c, 1824, in-4°, p, 35, note 38 (Images anciennes), entre les mains de la vieille Junon d'Argos ne se rapportent pas à une Parque mais à 1« 'ôa-^aX'.aTf.p « d'un accouchement. Puisse cette présomption audacieuse de Welcker être la vérité! au reste, la vénération de Junon comme Liicina reparait dans la mythologie romaine ; nous y reviendrons.

§ 22. — Genetyllides.

Il faut cnWn nommer encore les déesses Genetyllides qui ne sont particulièrement connues, désignéeset vénérées que comme présidant à la conception et à la naissance (voy. ce nom dans

Suidas). Dans la première fonction elles furent jointes à Aphrodite Kolias, dans la seconde à Artémise.

Obs. — Aphrodite Kolias avait une statue sur le promontoire attique Kolia de là son surnom. Auprès d'elle se trouvaient les statues des Genetyllides^ voy. Pausan. I, i. De là aussi dans Aristophane (Lysistr., 2. Nub. 52), la réunion de Genetyllides ayec Aphrod. Kol. Dans Thesmoph, 129, elles arrivent aussi seules et sont appelées « 7:oxvtai rsvsTc'jAl-.os; ».

Voy. aussi * Hesychii. Lexicon. Ed. Alberti. Lugd. Batavor., 1746, au mot Fsvî-EuXX'.;, t. I, p. 81 5.

§ 23. — Usages des Grecs lors des accouchements.

La revue rapide que nous venons de faire des divinités grecques préposées aux accouchements nous permet de conclure qu'ici aussi, comme chez tous les peuples de l'antiquité, la véritable assistance était entre les mains des femmes, puisque toutes les divinités appartenaient au sexe féminin. Les soins effectifs qu'on donnait auxparturientes ne consistaient qu'en des choses fort simples, sur lesquelles nous n'avons point de données positives, et là nous ne pouvons faire que des conjectures : une posture particulière, peut-être au début l'attitude à genoux; disposition d'un point fixe que la femme pouvait saisir pour s'y appuyer ; réception de l'enfant, section du cordon, lotions et enveloppement de l'enfant, peuvent avoir été les soins les plus naturels, auxquels il faut ajouter l'invocation des divinités et d'autres usages pieux. Gallimaque dans l'hymne sur Jupiter (v. i5) parle des ablutions de l'enfant nouveau-né, qui aussitôt après sa naissance étaitbaigné dansun fleuve. Plutarque raconte dans la vie de Lycurgue (éd. Reiske, vol. I, p. 197) que les femmes Spartiates lavaient les enfants nouveau-nés avec du vin pour les bien fortifier. Nonus raconte [Dyonis, XLI, 168) que les femmes de Lacédémone accouchaient sur un bouclier, ce qui peut parfaitement concorder avec le berceau d'Hercule qui était un bouclier, et avec les idées guerrières des Lacédémoniens. Au 5*^ jour après la naissance, les sages-femmes après

s"'eire bien purifiées elles-mêmes par des lotions sacrées, portaient l'enfant autour de l'autel de la maison, où il était solennellement consacré ; ce jour était appelé « ôpo[jnap.-iiov i^fxap » [Heysch, voy. ce mot). D'après l'usage, la porte de la maison était ornée de guirlandes, et on servait un repas somptueux où les choux (-/.pâfjLpr]) ne devaient pas manquer, en raison de leur action favorable sur la sécrétion laiteuse; au septième jour, (chez les athéniens au dixième), on donnait un nom à Tenfant, on faisait de nouveaux sacrifices et encore un festin (Aris- TOPH. av. 863). Et d'après Suidas « os/.a-criv scrtiacra'. » ; au quarantième jour les accouchées offraient elles-mêmes un sacrifice, (Censorin. De die natal. ^ c. II.) puisque jusque-là elles avaient été regardées comme impures (Euripid. Iph. in Taiir.., 382). La fête était appelée « -cOCTapa-/.oaTo'; » en raison du nombre des jours. Les primipares consacraient alors leur ceinture à Artemise nXu:si'Ç(j}^^r,» {SchoL, in Apoll. Aj-gonaiit, l, 288) et les premiers vêtements de V enfant à Artemise « yt-rcov/i » [SchoL, in Callim. Hymn.^ in Jov., jy).

Obs. — Sur la fête des Amphidromies il y a dans Athen^us un passage très explicite * Ed. Casaiibon, Liidg., 16 12, in-fol., lib. VIII, p. 270, où est donnée la liste complète des mets usités. Voy. encore Suidas. S. verb. et * Ludov. C. Rhodigin. Lect. antiq., lib. XXX, Francof. et Lips., 1666, in-fol., lib. XXII, c. 12, p. 1241. L'idée de Pimpureté des accouchées concorde complètement avec celle des Israélites (voy. plus haut ^ 12, obs. II). C'est aussi suivant ce motif, comme nous l'apprend Thucydide, lib. III, c. 104, * éd. C. L. Bauer. Lips.., 1790, in-40, vol. I, p. 5 25, que suivant une loi d'Athènes, aucun accouchement ne pouvait avoir lieu dans Tîle sainte de Délos; les femmes habitant cette ile devaient se rendre à l'ile Rhenea pour y accoucher. Mais ce que dit Welcker, ouv. c, p. 143, sur Pythagore relativement aux femmes accouchées, repose sur une interprétation inexacte du mot « Xe'/o; » chez Diogène L.aerte, VIII, 33,*éd. H. G. Huebner. Lips.\ i83i,in-8, voi. II, p. 265.

Remarquable est le premier document sur une maison d'accouchement à Epidaure, au sujet de laquelle Pausanias dit les choses suivantes : « Quumque Epidaurii fani accolic aL'gcrrime ferrent, quod et feminct sub tecto non parèrent, et ivgri sub dio animam agercnt, Anioninus domo ajdificata, incommodum

DICPUIS LKS TEMPS LKS PLUS RKCULl-IS JUSQu'a HIPPOCRATK 53

removit. Fuit itaque in posterum et ad moriendum aegris et ad parientum malieribus consecratus religione lociis ». Lib. II, c. 27.

Sur les expressions grecques relatives à l'accouchement, voyez :

* J. PoLLucis. Onomasticum gr. et lut. Ed. Hemsterhiiis. Amstel., 1706, in-S", lib IV, c. 26, p. 473.

De obstetrice et de his quœ de parturientibus dicuntur. Voy. encore :

* Franc. Rous. Archœologiœ atticœ, lib VII, By Z. Bogan, g' Ed. Lond., i685, in-4°, lib. V, c. I-VI.

*'J. PoTTKRi. De consiietudinibiis.quœ puerperium exinfantulorum curam respichint. In ejusd. Archasolog. grœc, lib. IV, c. XIV, in Gronovii. Thesaur. Grœc. ajitiqiiiî., vol. XII, p. i i Lugd. Batav., 1702, in-fol., p. 63q.

§ 24. — Les sages-femmes grecques.

Un voile impénétrable recouvre la manière d'agir des sagesfemmes chez les Grecs. Dansles livres d'HippocRAXE bien postérieurs à Pépoque dont nous parlons, dans ces monuments de la médecine grecque, nous trouvons des documents d^oùnous pouvons conclure à un état antérieur, bien que ce ne soit possible que sur quelques points seulement.

De là quelque lueur répandue sur le passé, qui toutefois ne peut en dissiper toutes les obscurités. On ne doit pas douter que les anciennes sages-femmes de la Grèce n'aient suivi quelques règles dans la pratique de leur art, en partie diététiques, médicales et manuelles ; celles-ci au début ont dû avoir été très simples, et consister à faire sur l'enfant à moite né des tractions pour achever la naissance, cela est incontestable; aucun champ d'observation n'est plus riche que celui-là; peu à peu ont dû se constituer certaines manières de procéder que les plus anciennes enseignaient aux plus jeunes.

Obs. — Ce que raconte Hyginus. * Ed. J. Scheffer et Th. Muncker.,Hamb., 1674, in-8°, fab. 274, p. 201, « qu'au commencement il n'y avait point de sages-femmes chez les Athéniens, attendu que les lois défendaient à toute femme libre ou esclave d'étudier la médecine : « Unde mulieres verecundia ducta^

interierant », qu'une Jeune fille nommée Agnodice déguisée en homme avait appris la médecine chez Herophile, et avait sous ce travestissement prêté secours aux parturientes «, a un tel cachet d'invraisemblance, que la donnée ancienne de la pratique des accouchements par les femmes n'a pas pu en être ébranlée. La suite du récit d'HyoïNUS qui dit, que les médecins n'étant plus appelés chez les femmes, portèrent plainte devant l'Aréopage, pourrait prouver tout au plus que la jeune femme médecin avait outrepassé les limites de son devoir, et qu'elle avait été appelée à la place des médecins.

§2 5. — Traces de l'excision du fœtus du corps de femmes mortes en état de gestation.

L'ancienne mythologie grecque nous amène à un autre sujet obstétrical, auquel nous devons d'autant plus prêter notre attention, que nous y trouvons l'origine d'une opération qui, dans la suite a pris une grande importance, nous voulons parler des anciennes traditions de la naissance de Dyonisios ti d'' Asclepios . Pour la première, Lucien raconte positivement (Z)ia/o^.-Deor., IX), que Hermès sur l'ordre de Jupiter ouvrit le ventre de Semele morte dans les flammes, pour en retirer l'enfant de sept mois qu'elle portait, et que Jupiter cousit dans sa hanche jusqu'à sa maturité. D'après d'autres (Appollodore, III, 4.,Diod. Sicul., IV, 2) Semele mit au monde dans les flammes, avant terme, un enfant que Jupiter prit auprès de lui. Il y a plus de concordance dans la manière dont est racontée la naissance d'Asclepios, que Phœbus sauva du sein de sa mère Coronis brûlée sur le bûcher après avoir été tuée par Artemise (Pind. Pyth., III, ^6. Apollod. III, 10. Pausan. II, 26). On voit que l'histoire de ce qui a été appelé opération césarienne sur la femme morte, se perd dans les temps les plus anciens, carie fait de la possibilité de sauver l'enfant après la mort de la mère ne pouvait avoir échappé aux peuples anciens. Dans beaucoup de circonstances où des femelles portant des petits avaient dû être sacrifiées, on avait constaté en examinant les entrailles, que le jeune animal était encore vivant, sans compter un grand nombre de circonstances fortuites, par

DEPUIS LKS TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'a HIPPOCRATE 55

exemple la chasse, où après la mort des animaux abattus, la même chose avait été observée. Nous devons d'autant moins douter que l'excision d'enfants vivants du sein de la mère morte ait été pratiquée dans l'antiquité, que les récits de la mythologie ancienne le constatent, et que dans d'autres cas, chez les Romains, des hommes devenus célèbres ont dû la vie à cette opération. L'antiquité grecque n'a rien qui puisse ressembler aux prescriptions de la a lex regia » des Romains; toutefois on ne peut nier que l'excision de Penfant du ventre de la mère morte ait été admise par les Grecs. La question de savoir quel avait été le procédé suivi dans cette opération, si elle avait été pratiquée par des médecins ou des sages-femmes, ou des individus spéciaux, serait une recherche complètement inutile. Toutefois il est extraordinaire qu'aucun des médecins de l'antiquité n'ait mentionné cette opération dans ses écrits, d'où l'on pourrait tirer la conclusion qu'elle n'avait pas été pratiquée par les médecins, et qu"'elle avait été entreprise et pratiquée tout simplement et sans art. La frayeur des morts, l'impureté de leur contact, font penser que les médecins ne la pratiquaient pas, et qu'elle avait été abandonnée aux esclaves.

Obs. I. — Lucien, dans le passage cité, laisse Hermès raconter lui-même : « |rj.à oà -/.sXeuî'. âvaT£(i.dv-a trjv yacj-î'pa tt]; ^[uvix:y.o;, ava/.o- [x'.aoi: ôizelzç, ïx\ aùxw to k'aPpuov l7CTa;j.r)V'.aTov, CtC. » Le seCOUd mythogra-

phe raconte la chose à peu près de la même manière :

* G. H. BoDE. Scriptor. rer, mythicar. lut. très Romœ niiper reperti. Cell., 1824, in-8°, p. 102. Seulement il dit: aperto velocissime utero ». Voy. aussi Ovm. Metamorph., lib. III, v. 3 10.

ï Iraperfectus adhuc infans genetricis ab alvo « Eripitur, etc. »

Ce qui explique déjà la chose en général.

Sur la naissance d''Esculape Ovide dit :Metam., lib II, v. 63o.

« Non tulit in ciners labi sua Phœbus eosdem. « Semina, sed natum flammisj utroq^ue parentis. « Eripuit geminique tulit Chironis m antrum. »

Les trois mythographes (v. Bode, ouv. cité) disent qu''Apollon lui-même ouvrit le ventre, et prit l'enfant de Cori/zw percée par des flèches, et voy. p. 17, 81, 118, 208 et 209.

C'est par ce motif que Servius commente le passage important de Virgile, jEh., X, 3i5.

« Inde Lycham ferit, exsectum jam matre perempta, « Et tibi Phœbe sacrum : casus evadere ferri « Cui licuit parvo. »

Ce qui a trait à « tibi Phœbe sacrum » par ces mots : «Omnesquisecio matris ventre procreantur,ideoA/'o//o/2/ consecrati sunt » , et non comme Servius pense « qui a Deus medicinas est, per quam lucem sortiuntur » mais certainement puisque lui-même a sauvé la vie à Esculape, ce qui paraît plus près de la vérité que la raison donnée par Servius. Voy. encore:

"Natal. Comitis Mythologiœ.^ libri X,Genev., 1641, in-8°, lib. IV, c. XI. « De ^sculapio. »

Obs. IL — Sur le sacrifice d'animaux en gestation, voy. * Plu- TARQUE, Niima, Ed. Reiske, vol. I, p. 270. Ovide. Fast., 1,671, IV, 63o. Varro. De Ling. lat., lib. V, * dans la collection de Gotho- FREDUs, iSgS, in-4°, p. 33. « Forticidia ». Festus. Ibid., p. v.90. « Fortic » ArnobiusAfer. Advers., gentes, lib. VII, 18 et X, 22, c. Ed. /. C. Orelli*, pars I, Lips., 1816, in-S"; p. 239 et 242. Macro- Bius.* Ed. J. C.Z eusse. Lips., 1774, in-80, Saturnal. 1, 12, p. 267. Il faut ajouter ici les trois histoires que Martial raconte « desuequœ ex vulnere peperit » (de Spectaculis, XII, XIII, XIV). C'est ainsi que les dissections d animaux, déjà pratiquées dans l'antiquité, où Ton avait constaté qu'ils avaient été en gestation, avaient dû donner l'idée de faire une opération analogue chez les femmes qui avaient succombé en état gravide. Galien raconte positivement [Deîoc. affectis. Ed. Kuhn, t. VIII, p. 443) l'observation de la dissection d'un animal en gestation duquel on sortit un jeune vivant.

Obs. IIL — J. RosENBAUM 3 rcchcrché daus un écrit récent*.^;?^lecta quœdam ad sectionis cesareœ antiquitates.llal., i836,in-8°, l'origine de l'opération césarienne chez les Egyptiens et une connexion entre elle et la pratique des embaumements ; ce ne peut-être là qu'une présomption, qui ne peut être appuyée d'aucune démonstration, car même dans Plutarque. de Ls. et Osir. * {Ed. Reiske. vol. VII, p. 402^, le passage relatif à la naissance du Typhon malfaisant (que Roscnbaum n'a pas remarqué) « eum non suo tempore et loco, sed latus ictu perrumpentem exsiluisse » (que nous sommes obligés de traduire rigoureusement du grec, non « latere ictu perrupto », ce qui indique un état passif, signification qui n'existe pas ici), ne peut être prise ici que dans un sens allégorique; et malgré ce que Rosenbaum

DEPUIS LKS TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQu'a HIPPOCRATE 5/

dit dans son écrit : « Probatum credimus sectionem cassaream ^gyptios non solum cogitare poiuisse, .sed vere etiam cogitasse, adeoque ipsam operationem exercuisse, eodem quidem modo, quo usi sunt in cadaveribus cond\ç.nd\s, sectione nempe laterali quœ prima inde judicanda est ». La figure qui est jointe et qui est empruntée à Tédition de Lucrèce de Nardius montre le dessin de deux cadavres de femmes nues, la poitrine et Tabdomen ouverts ; ce qui augmente le doute sur Pauthenticité de leur provenance de Tancienne Egypte, c'est que pour faire ces sections la pierre d'Ethiopie est remplacée par un couteau (vov. Herod. II, 86, et Diod. Sic. I, 6i). La figure donnée par CoNVERS, Middleton. * Germana quœdam antiqiiitatis erit^ ditœ monumenta. Londin., i745,in-4°, tab. XXIII, avec la description, p. 263, est tout à fait différente de celle de Nardius. Ici tout est raide, et la main levée pour la section tient la pierre d'Ethiopie avec la figure de la tête de chien (Anubis), malheureusement Rosenbaum n'a pu voir la figure de Middleton, ainsi qu'il le dit p. 14, en le déplorant, sans quoi il n'aurait pas appelé ces figures « similem tabulam ».

Il convient de citer ici un livre récent intitulé : La pratique des accouchements che\ les peuples primitifs, par le D^ G. J. Engelmann, de Saint Louis (Missouri). Edii. française, remaniée et augmentée parle D'" P. Rodet, avec 83 fig.^in-S". Paiis, 1886. Les documents de cette étude concordent bien avec ce qui a été dit plus haut, et la comparaison qu'on en peut faire est fort intéressante. (F.-J. H.)

§ 2G. — Commencement d'une médecine scientifique che^ les Grecs.

Les progrès si considérables accomplis par la Grèce dans sa culture scientifique, que sous Timpulsion de son génie, de son ardeur, et du sentiment de sa puissance, elle développait dans toutes les branches du savoir humain, devaient devenir profitables aussi à la médecine qui allait exciter un sentiment unanime d'étonnement et d'admiration. Si l'histoire veut chercher la première trace d'un travail scientifique dans une des branches des connaissances, c'est sur la terre grecque qu'elle la trouvera. Tout avait été réuni là pour donner à l'art sa première consécration, que méritaient des aspirations si élevées. Pré-

parée par les tables votives où se trouvait inscrit ce que l'observation avait enseigné, fortifiée dans la théorie par les philosophes, la médecine devait nécessairement prendre chez les grecs une haute situation, et l'homme dont les écrits constituent le mouvement le plus grand de la médecine grecque, devait exercer sur ses contemporains et sur une longue postérité, une influence qui n'a jamais été égalée, et qui fut salutaire pour toutes les branches de l'art de guérir.

Une nouvelle époque s'ouvre donc aussi pour l'obstétricie, car les livres hippocratiques commencent à dissiper les ténèbres dont elle avait été enveloppée; avec eux naîtTaurore d'une clarté qui permet de distinguer des germes de progrès qui pourront plus tard être réalisés par les médecins.

Obs. — Nous renvoyons à l'excellent ouvrage de K. Sprengel. Erste spuren der medi\inischen Théorie in den philosophischen Schiilen Griechlands (Premières traces des théories médicales dans les écoles des philosophes de la Grèce). Voy. son Hist. delà méd. Prem.part., 3° section.

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu\\U DÉCLIN DES CONNAISSANCES APRES GALIEN, OU jusqu'au COMMENCEMENT DU III^ SIECLE APRES J.-C.

§ 27. — Hippocrate.

Les monuments littéraires les plus anciens de la médecine en général, et surtout ceux de la médecine grecque, se trouvent dans les écrits d'HippocRATE qui sont arrivésjusqu'à nous. Si, jusqu'alors, les présomptions sur les temps antérieurs avaient dû suppléer à une certitude qui manquait, celle-ci trouve dans les livres hippocratiques son premier appui ferme, et peut donner aux recherches et aux doctrines la solidité nécessaire d'une démonstration positive. Notre but ne peut être de faire ressortir les mérites d'HippocRATE, si grands qu'ils soient, et de faire son éloge, ni de montrer l'influence que ses écrits ont eue sur la postérité; cette œuvre doit être laissée aux historiens de la médecine, auxquels nousdevonsrenvoyer les lecteurs. Ses enseignements n'ont pas cessé de retentir parmi nous, car les vérités découvertes dans la nature restent vraies éternellement, et aussi longtemps que la médecine subsistera, elles seront reconnues nécessairement comme telles. Ceux-là seuls les nieront, qui, par ignorance ou mauvaise foi, nient le mérite des anciens, et se refusent à les reconnaître en présence de l'obscurité de leur propre savoir, ou par un désir blâmable de nouveauté. Si nous devions concéder quelque chose, nous dirions comme le savant Van Swieten dans ses commentaires sur Boerhaave « Certe magnus Hippocrates, si novisset recentioruni inventa, major fuisset ».

6o DEUXIÈME ÉPOQUE

Obs. — Un nouvel admirateur d'HippocRAXE dit de lui : « Quemadmodum vero ars nullaest, quae inter antiquos auctore suo non gaudeat, lia ars salutaris Hh'pocrate merito gloriatur, qui peritissimus naturae interpres veram morborum medicinam non solum primus œquales suos docuerit, sed praecepta etiam tam perspicua et certa posteritati reliquierit, ut omnium gentium saeculorumque consensu medicorum princeps et magister sit censendus >-. * Car. A. G. Berends. Lectiones in Hippocr. Aphorismos, éd. A. G. Stotsch. Berol., i83o, in-8°, Proem.

Un nouvel hommage a été rendu par le XIX« siècle à ce grand génie, par Littré en France et par Ermerins en Hollande. Tous deux ont publié de nouvelles éditions de ses œuvres et des traductions (française, lovol. in-S", i83q-6i ; latine, 3 vol. in-4»,) montrant ainsi combien ces oeuvres restent dignes de l'étude de tous. Nous emprunterons à la traduction française de Littré les passages qui se trouvent cités dans le cours de cette histoire. (F.-J. H.)

I 28. — Suite.

HippocRATE a vécu entre 460-870 avant J.-C. ; il est issu d'une ancienne famille sacerdotale, des Asclépiades, du côté du père, de Héraclès du côté maternel. Son père Heraclides lui transmit de bonne heure les connaissances héréditaires des Asclépiades. Plus tard il profita de l'enseignement médical (gymnastique) de Herodicus de Selymbria ; de l'enseignement de la philosophie et de la rhétorique donné par le célèbre Gorgias de Leontium. Il séjourna plus tard en Thessalie, et, pendant un temps plus long, dans l'île de Thasus. Il rendit des services immortels à sa patrie qui lui décerna les plus grands honneurs. Il mourut à un âge très avancé en 377 (?) à Larissa où il avait passé les dernières années de sa vie.

Obs. — Voy. *J. F. Hecker. Gesch. der Heilkunde. I Ed. Berlin, 1822, in-8", S. II,T, § 24. « HippocRATEs Lebengcschichte » (vie d'Hippocrate). Écrits anciens : Hippocratis geniis et vita secundum Soranum., in Hipp. Op. Ed. van der Linden, II, p. 95 I, ainsi que dansl'éd. de. Focs. Hecker estime cette biographie comme très médiocre, elle est empruntée par un inconnu aux œuvres du méthodique Soranus et porte des traces sensibles

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU IIl'' SIECLE 6l

de mutilations, mais Hecker ajoute : « Soranus ne pouvait après tant d'années que donner des fragments, ou des histoires imaginaires, attendu que depuis bien longtemps manquaient les sources d^nformations certaines ».

Voy. une table généalogique d'HipPOCRAXE dans Le Clerc. Hist. de la méd. Amst., 1723, in-4°, II, 2, p. 78, ainsi que dans : * J. H. Meibom. Hippocrat. jusjurandum. Lugd. Bat., 1643, 4°, p. 4. , . ^ ^

* K. Sprengel. Apologie des Hippoc7~ates iind seine Grundsael^e (Apologie d'H. et ses principes), 2 Thle. Leipz., 1789 et i792,in-8°.

* Voy. le i"'' vol. des œuvres d'Hippocrate par Littré. Paris, 1839, in-80.

§ 2Q. — Authenticité et non authenticité des écrits d'Hippocrate.

Dans le Jugement que nous avons à porter sur les écrits d'Hippocrate nous aurons à faire des distinctions, car tous les écrits qui sous ce nom sont arrivés jusqu'à nous ne sont pas d'une provenance certaine, et ne peuvent pas être attribués au grand

HiPPOCRATE.

L'antiquité déjà Pavait reconnu, et dans les temps récents on a institué des recherches à cet égard. C'est ainsi que plusieurs des écrits hippocratiques ont été attribués à ses fils Thessalus et Drako ainsi qu'à son gendre Polybe. D'autres écrits n'ont été collectionnés que postérieurement, et réunis aux premiers, afin de trouver sous ce nom célèbre des acheteurs pour les bibliothèques.

Ces fraudes ont eu lieu surtout à l'époque oii les trois Ptolémé rois d'Egypte, et les rois de Pergame, très amateurs des arts et des sciences (323-221 av. J.-C), et parmi ceux-ci Attalus II, fondaient et agrandissaient leurs grandes bibliothèques à Alexandrie et à Pergame.

Obs. I. — Galien déjà se plaignait de ces falsifications hippocratiques occasionnées par les rois de Pergame et d'Alexandrie. Voy. Galien. Ed. Kiihn, vol. XV, p. 109; vol. XVI, p. 5, et vol. XVII, p. 607, et aussi Strabon géographe * (Ed. Casaubon.

Amst., I 707, in fol.) lib. XII, p. 906 où il se plaint des écrits édités par les Attales qui, disait-il, étaient « mendorum pleni ».

Obs. II. — Se basant sur le jugement d'EnoTiEN (vivant du temps de Néron; 54 ann. ap. J.-G.j, sur celui de Galien (i 3 1-200 ap. J.-C.) de Palladius (527. ap. J.-C.) et d'autres, et sur des données et des recherches historiques personnelles importantes Ghr. J. Gruner écrivit son ouvrage intitulé :

* CensiiralibroriimHippoc}'aticormn.Yraxis\ay,ï'yj2,\n 8", ouvrage indispensable à celui qui veut taire des recherches historiques sérieuses dans les écrits de ces âges. Pour des temps plus anciens il faut citer les deux écrits suivants :

* LuDOv. Lemos. Jiidicii operiimmagni Hippocratis libej' iinus. Salmantic, i583, in-8°, et comme annexe à ce livre * De optima prœdicendi j^atione, lib. VI, nouvellement publié séparément par * S. G. Thierfelder. Misen, i835, in-8°.

* HiERON MERcuRiALis. Ccnsura de Hippocratis opei^ibiis.Yenet., i583, in-4°, aussi dans l'édition complète d'Hippocrate. * Venet., i588, in-8°, où ce traité forme la préface de l'ouvrage.

* Dans Siebold on trouve indiqué i 5o8, cequi est une erreur. (F.-J. H.) Gruner dit de ces deux écrits, dans sa préface :

« Uterque enim labor nunquam ad manus venit ». Voy. encore :

* Alb. de Haller. Proef ad t. IV de son édition d'Hippo- CRATE. Lips., 1771, m-S".

* Hisioria litterarna Hippocratis conscripta ad Joann. Ghr. G. AcKERNANNO, in J. A. Fabrich. Biblioth.

* Biblioth grœc. ciir. G. Chr. Harles, vol. II. Hamb., 1791, in-4°, p. 5o6, réimprimée dans l'éd. d'Hippocr. de Kuhn, Lips., 625., in-8°, 1. 1.

* J, C. A. MuLLER. Riidimenta doctrines Hippocraticœ vera. Hal., i8i5, in-8°.

* L. WoERL. Magni Hippocratis secundi vita et scripta. Frib. Brisgav., i835, in-8°.

* Nous mentionnons encore ici le i^"" vol. de l'édit. de Littré consacré complètement à ces études, notamment aux manuscrits, p. 5ii, aux Editions et traductions complètes de la collection hippocratique, p. 540. (F.-J. H.)

§ 3(). — Ecrits véritables d'' Hippocrate.

Comme écrits authentiques il faut citer : i. Les Aphorismes ; 2. Le livre des airs, des eaux et des lieux; 3. Le pronostic ^Trpoyvoja-f/.ov) ; 4. Le deuxième livre du prorrhétique (7:popp7jTi-/.ov) ;

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQU^AU COMMENCEMENT DU IIl" SIECLE 63

5. Le i""" et le 3= livres des maladies épidémiques (3-ior,a!oiv B'.6X a et T ; 6. Du régime dans les maladies aiguës (-up\ oia'.Tr,; ôÇcwv); / . Des plaies de tête et des fractures. Sur le Serment les savants ne sont pas encore d'accord; dans le cas où il aurait été interpolé, il remonterait à une haute antiquité; cette observation s'applique aussi à rOfficine du médecin. Tous les autres écrits qui ont été publiés sous le nomd'HippocRATE laissent douteuse leur origine, ou sont notoirement à considérer comme ajoutés.

Obs. — MERCURULis(ouvr. cité) divise les écrits hippocratiques en IV classes : i . Les écrits indubitablement authentiques d'Hippocrate; 2. Ceux qu'il a écrits effectivement mais non publiés, attendu qu'ils n'étaient pas complets ni convenablement achevés; 3. Ceux qui, falsifiés du temps des Ptolémées, ont été écrits par les fils ou les disciples d'HippocRATE, et publiés sous son nom, et qui, par un motif de lucre ont été agrandis. 4. Les écrits notoirement faux qui n'ont rien de commun avec les doctrines et la langue d'HippocRATE. Dans la première classe Mercurialis compte la plupart des traitée publiés plus haut, et encore celui de la Nature de l'homme ; ce jugement est confirme par Lemos, ouvr. cité (éd. Thierfelder), p. 40.

Il convient de donner ici la classification des écrits de la collection hippocratique faite par Littré. Œuvi'es complètes d'HippocRATE, t. I, p. 434.

i'" classe. — Ecrits d'Hippocrate : De l'ancienne médecine. Pronostic. Aphorismes. Épidémies i'=''et 3e livr. Régime dans les maladies aiguës. Airs. Eaux. Lieux. Articulations. Fractures. Instruments de réduction. Le serment. La loi.

2*= CLASSE. — Écrits de Polybe : Nature de l'homme. Régime des gens en santé.

3^ classe. — Ecrits antérieurs à Hippocrate : Prénotions de Cos. Prorrhétique, 1 livre.

4e CLASSE. — Écrits de VEcole de Cas : Des fistules. Des ulcères et hémorrhoïdes. Du pneuma. Régions dans l'homme. Du régime et des songes. Les affections. Les affections internes. Les maladies i*-"'', 2", 3^ livr. Naissance à 7 mois ; naissance à 8 mois.

5"^ classe. — Livres qui ne sont que des Extraits ou notes : Epidémies, 2", 4«, 5", 6«, 7« livr. De l'officine du médecin. Des humeurs. De l'usage des liquides.

G<= CLASSE. — Livres appartenant à un seul auteur, formant une série

particulière : Générati()n. Nature de l'enfance. Maladies, 4^ livr. Maladies des femmes; des jeunes filles. Femmes stériles.

y'' CLASSE. — Ecrits appartenant peut-être à Léophanès. Superfétation.

8'' CLASSE. — Traités postérieurs à Hippocrate : Du cœur, de Taliment, des chairs, des semaines. Porrhétique, 1^ livre. Des Glandes. Nature des os (un fragment qui s'y trouve).

Q** CLASSE. — Fragments non cités par les critiques de V antiquité : Du médecin. Delà conduite honorable. Les préceptes. Anatomie. Dentition. De la nature de la femme. Excision. Aphonismes, 8^ section. Nature des os. Crises. Jours critiques. Médicaments purgatifs.

10® CLASSE. — Ecrits perdus : Les blessures dangereuses. Traité des blessures. Maladies le petit, i livre.

ii^ CLASSE. Pièces apocryphes . — Lettres et discours.

« Ce tableau, dit l'auteur, est le résumé d'un long travail. »

§ 3 I . — Importance de Vensemble des écrits d'IIippocrate.

Les écrits hippocratiques dans leurensemble, tels qu'ils nous sont parvenus, n'en sont pas moins de la plus haute importance pour celui qui veut se livrer à des investigations sur l'état de la médecine chez les anciens. Bien que la plupart d'entre eux, ceux surtout qui ont trait à l'obstétricie, aient été écrits postérieurementà Hippocrate, ils appartiennent à la classe des écrits les plus anciens, et donnent des renseignements sur un temps où nous n'avons point d'autres documents ; et alors même qu'ils ne révèlent par la pensé d'une seul; il faut admettre que c'est celle de l'école fondée par lui, qui permet à l'historien de jeter un coup d'œil sur Téiat de l'obstétricie d'alors.

Obs. I. — Il appartient à l'historien de jeter un coup d'œil d'ensemble sur une époque si lointaine, et d'en tirer des conséquences, alors que la vérité n'a pas àen souffrir ; au point de vue de l'obstétricie cela n'est certes pas à craindre en raison de la lenteur de son développement.

Obs. II. — Dans l'étude des paragraphes suivants, nous nous

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQU^AU COMMENCEMENT DU IIl^ SIECLE 65

sommes tenus essentiellement à l'édition si importante et si estimée de Kuhn.

* Magni Hippocratis opéra omnia. 3 tom. Edit. ciiravit G. -G. Kuhn. Lips., 1825-26-27, in-8°, qui fait partie de la collection 0 Medicor grœcor. qiiœ extant » vol. XXI-XXIII. Elle contient la pagination courante de Pédition d'Hippocrate de Chartier, avec les commentaires de Galien, * Lutet. Paris, 1657, i3 vol. in-f", de * Foesius. Franco/. i595, in-S", et de * Van der Linden. Liigd.Batav.. i665, 2v. in-B». Celle-ci d'un usage très commode en raison du format.

Indispensable est l'ouvrage si important de Foes : * (Economie Hippocratis. FvancoL, i588. Mais pour en tirer tout le profit, il faut y joindre l'édition d'Hippocrate imprimée à Baie par Froben, i538,à laquelle renvoie l'œconomia, ou faire usage de l'édition postérieure de ce livre publiée à * Genève en 1662, avec l'édition de l'Hippocrate de Foes, de * Genève de 1657.

Pour les autres éditions complètes d'Hippocrate voyez le travail d'AcKERMANN dans Téd. de Kuhn, t. I, p. CLXXXVIH.

Pour nous conformer au travail d'Ackermann nous n'avons cité dans les paragraphes suivants que les éditions des ouvrages partiels dont nous avons fait usage personnellement ou celles dont l'indication était absolument nécessaire.

Ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, c'est à Tédition de LiTTRÉ que nous renvoyons dans cette traduction et dont nous donnons le texte dans les passages cités. (F.-J. H.)

§ 32. — Aphorismes d'Hippocrate.

Ainsi que nous l'avons dit dans le § 3o, les livres authentiques d'HippocRATE sont : les Aphorismes, le livre des airs, eaux et lieux et le deuxième livre des prœdictions; nous trouvons dans ces écrits quelques passages relatifs à l'obstétricie. Dans la 5e section des Aphorismes nous trouvons dans les n°s 29-62, quelques propositions sur les maladies des femmes, les irrégularités de la menstruation, Tavortement ; les signes de la grossesse, de la vie de Tenfant chez les femmes enceintes, etc. Déjà HippocRATE s'était occupé à reconnaître d'avance le sexe de l'enfant ; une mine florissante chez la femme enceinte promettait la naissance d'un fils, une mauvaise mine, celle d'une fille (42), un garçon occupait le côté droit, une fille le côté gauche de la

matrice (48). Nous ne devons pas oublier de faire ici la remarque que les anciens croyaient à une conformation de la matrice chez la femme analogue à celle des animaux. Pour provoquer la sortie du délivre, les sternutatoires étaient recommandés comme efficaces (49). D'une certaine conformation des seins on croyait pouvoir conclure à la mort du fœtus ; «chez une femme menacée d'avorter, les mamelles s'affaissent » (53). Important aussi est le signe de la grossesse déjà signalé : « chezles femmes enceintes, l'orifice de l'utérus est fermé » (5 i ). L'aphorisme 1 2 de la sect. III, qui parle de l'influence du temps sur l'avortement, qui toujours a été constatée, a aussi une grande valeur. Tous ces signes il est vrai se rapportant à la séméioiique et au pronostic, ne sont pas en connexion intime avec l'obstétricie proprement dite, toutefois ils démontrent qu'HippocRAXE s'était préoccupé d'états qui sont en connexion intime avec l'obstétricie au sens étendu du mot, et que ces signes qui sont fournis par l'appareil génital des femmes ne lui ont pas été étrangers. Il ressort clairement de l'aphorisme 5i cité plus haut qu'il a pratiqué l'exploration.

^ 33. — Le livre des airs, des eaux et des lieux.

Dans le livre des airs, des eaux et des lieux, nous trouvons aussi quelques passages qui se rapportent aux maladies des femmes, à l'avortement, à la stérilité et à la préparation de la sécrétion lactée. Nous apprenons que chez quelques peuplades de l'Asie existait la coutume d'appliquer sur la tête des enfants nouveau-nés, pendant qu'elle est encore molle, des bandes et d'autres engins pour changer la forme ronde delà tête en une forme allongée (dolichocephalie), au commencement, cette forme était le résultat de cette action imposée à la nature; plus tard la tcte n'avait plus besoin de cette coercition, Kuhn, t. 1, p. 55o, CoRAY, § 81, LiTTRÉ, t. II, p. 5(). Lcs Scythes n'emmaillottent pas leurs enfants comme les Egyptiens, ce qui a une grande

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQU'aU COMMENCEMENT DU III® SIECLE 67

influence sur leur croissance, et est nécessaire pour l'équitation (K.,p.559. Cor, § lor. Littré, II, p. 75. Enfin ici nous trouvons aussi la remarquable maladie de Scythes Q-qXv.x vouao; décrite plus loin, dont parle déjà Hérodote (lib. I, io5 et IV, 6y) et sur laquelle Hippocrate se prononce avec beaucoup de perspicacité (K., p. 56i. Cor., § 106. Littré. II, p. j5 et § 21).

Obs. — Voy. * Baccii Baldini, in Libriim Hippocratis deaere aquis et locis commentaria. Florent.^ i586, in-4°. * 'iTr-oy.pà-ou; Tîepl oc£pwv, joàxwv, to'tiojv par CoRAY. Paris, 1800, in-8°, 2 tomes.

* Hippocratis de se aëre, aquis et locis liber deniio recensitiis, etc. Chr. Peters. Hamburgi, i883, in-8°.

* Hippocrates. Abhandlung uber denEinfluss der Lii/t des Ge^passers, iind der Ortslage aiif den Menschen. a. d. Griech. Verdeiitscht von A. Lindau. BresL, 181 5, in-8°. (Trad. allem. du Traité dé aeris, etc.). Ueber die GrjXsia voGao? : (l'impuissance des Scythes), seu morbus faoemimus Scytarum Dissert, inaug. praes. Pp. J. Horsch., def. Graft. Wirceb. sin. ann (en tout cas dans les premières années après 181 3), in-8°.

Voy. aussi la note explicite de Coray, t. II, p. 33 i et suiv.

I 34. — Le prorrhétique. Livre deuxième (i).

Dans ce livre (Littré, t. IX, p. 12-93), se trouvent quelques passages qui méritent d'être cités ici. Hippocrate examine la fécondabilité, et il dit qu'il a égard surtout à une constitution saine en général, et à une conformation convenable de la matrice ; « Le lieu dans lequel est la conception, et que nous nommons matrice, doit être sain, sec et souple, ni rétracté, ni procident, n'avoir l'orifice ni fermé ni béant » (p. 55), plus loin il porte son attention sur le vagin et dit : « Mais si les règles paraissent d'une manière irréprochable, si la femme a le corps ainsi disposé et ne conçoit pas, la matrice est cause qu'il ne peut pas y avoir d'enfants , elle est ou rétractée ou béante », p. 57.

(i) Ce livre que Littré range dans sa g" classe (écrits postérieurs à Hippocrate) et qu'il ne publie que dans le IX« volume « présente, dit-il un véritable problème » qui pour la critique archéologique n'est pas encore résolu (F.-J. H.)

Il s'occupe aussi de Tulcération delà matrice, et il trouve que quand elle est guérie, il reste à sa suite une surface cicatricielle dure et lisse qui est un obstacle à la conception. En concordance avec l'aphorisme 48, cité plus haut, il dit que les ulcérations quand elles sont guéries, si la femme devient enceinte, aura un garçon si elle avait siégé à droite, une fille si elle avait été à gauche. Hippocrate a aussi observé que sans qu'il y ait grossesse les seins peuvent sécréter un liquide lacté, mais moins abondant et plus aqueux que le lait.

§ 35. — Conclusions à tirer des écrits authentiques d'Hippocraie.

Ce que nous venons de citer est tout ce qui se trouve dans les écrits authentiques d^HippocRATE qui puisse se rapporter à notre sujet. Quant à l'obstétricie pratique, c^est-à-dire au traitement des accouchements, surtout de ceux qui sont anormaux, on ne trouve rien, si ce n'est le conseil d'administrer un sternutatoire pour déterminer la sortie du placenta (Aph.,sect. ¥,49). Tout le traitement de la parturiente restait entre les mains des femmes, ainsi que nous Tavons déjà vu. Ce n'est que dans des cas très rares, peut-être dans des troubles dynamiques, que les conseils des médecins étaient demandés, et dans ces circonstances, ceux-ci ne pouvaient rien faire qui fut véritablement efficace, car la fonction toute entière de la parturition leur était inconnue. Les quelques prescriptions que nous trouvons dans les écrits non authentiques d'HippocRATE se rapportent à des pratiques non réglées et grossières, qui devaient vraisemblablement appartenir à des temps antérieurs, et qu'HippocRAXE n'avait pas admis dans ses écrits. On ne peut pas en conclure qu'il ne se soit pas préoccupé de la fonction génitale de la femme, le contraire ressort nettement de ses écrits ; seulement il faut déplorer que les mœurs du temps aient soustrait à son observation un champ que son génie d'observation et sa conliance en la nature auraient fécondé pour le plus grand bien de l'humanité.

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU 111° SIECLE 69

Obs. — Nous devons mentionner ici un passage que nous empruntons a^u. Serment cI^Hippocrate, dont Pauthenticité a été admise par les uns, rejetée par d'autres. Gruner le regarde comme authentique, ouv. c. p. 41, et Hecker met cette authenticité en doute, ouv. c. p. 126, bien qu'il lui reconnaisse une haute antiquité. Nous lisons àdL\-\s,\Q Serment \e, passage suivant : « Je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif » (t. IV, p. 63 i), précepte qui dénote une grande pureté de mœurs, et qui est parfaitement digne des travaux d'un homme comme Hippocrate.

Dans un autre passage de l'écrit non authentique, il est vrai, « delà nature de l'enfant» (Littré, t. VII, 487), on agit contre ce précepte en provoquant volontairement un avortement, ce qui prouve au moins que ces deux préceptes ne sont pas de la même époque, etn'appartiennent pas au même auteur. L'antiquité avait sur î'avortement provoqué des idées moins sévères, car nous le trouvons recommandé bien plus tard encore, chez Aetius. Ce n'est que postérieurement que le christianisme a exercé sa bienfaisante influence. Voy. * Hippocratis magni Opxo; sive Jiisjurandiim. recensit, et comment, instruct. a Joan. Henr. Mei- BOMio. Lugd. Bat. 1643, in-4°, p. i32.

§ 36. — Le livre de V accouchement à sept mois.

Le livre de l'accouchement à sept mois que Galien et Lemos regardent comme authentique, que Foes appelle « liber antiquissimus ï> que H. Mercurialis range dans la seconde classe, que Gruner regarde comme un factum indigne d'HippocRATE, que Littré range dans la IV® classe et publie dans le t. VII, tourne tout entier autour de cette proposition : un fœtus né dans le septième mois peut continuer à vivre, au moins plus facilement qu'un fœtus né dans le 8® mois. Le mode de supputer la durée de la grossesse indique comme terme normal sept fois quarante jours « les enfants mis au monde en sept quarantaines, dits enfants de dix mois s'élèvent surtout puisqu'ils ont plus de force. » (Litt. VII, p. 447.)

Par contre on parle aussi d'enfants de onze mois. Les témoignages indiqués dans cet écrit sont les dire des femmes ellesmêmes, ce II ne faut pas refuser de croire les femmes sur les

accouchements, car elles sont de tout point et toujours affirmatives, et rien, ni fait ni parole, ne pourrait les persuader qu^elles ne savent pas ce qui se passe dans leur corps » (441). Le nombre sacré sept joue ici un rôle important, et rappelle les jours critiques, ainsi que la culbute de l'enfant qui se fait au 8^ mois, et la situation irrégulière qu'occupe l'enfant dans l'utérus pendant ce mois.

Obs. — La viabilité du fœtus à sept mois est mentionnée dans le livre des Chairs (t. VII, p. 586-6 1 3), dans lequel Timportance du nombre sept sur d'autres conditions de Ja vie est mise en relief. Sur la grande importance de ce nombre, voy. * AuL. Q-Ehui noctes attic. Ed. J. L. Cowadi. Lips. 1762, in-8°. lib. III, c. 10, p. 285. * CoNSORiN. De die natali. Éd. Linde- BROG Cantabrig, 1695, in-8° c. VIII et suiv. * L. G. Rhodigini. Lect. antiq. Francof et Lips. 1666, in-f°, lib. XII, c. 12.

Comme commentaire sur ce livre :

* Hier. Cardani, in Librum Hippocratis de septimestri partit commentariiis, dans ses œuvres, t. IX. Lugd. Batav., i663, in-8°, p. i.

§ 37. — Le livre de la naissance à huit mois.

La partie qui fait suite au livre précédent, consacrée à la naissance à huit mois, émet aussi l'opinion que les enfants nés à huit mois ne peuvent continuer à vivre. La culbute de l'enfant y est regardée comme particulièrement dangereuse : « L^enfant qui approche de la mise au monde commence à souffrir et à courir le risque de la vie, quand il se tourne dans la matrice. Tous sont produits ayant la tête en haut, la plupart viennent au monde la tête en avant, accouchement qui est plus sûr que l'accouchement par les pieds » (t. VII, 453). On est rendu attentif aux circonvolutions du cordon qui en résultent, et aux dangers qu'elles occasionnent. Ces deux livres sont tout à fait insuffisants, et écrits loin de l'observation de la nature. Ici comme dans le livre précédent, c'est le dire des femmes qui est la base de ces informations et de ces doctrines. Il est seulement étonnant

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQtl AU COMMENCEMENT DU III« SIECLE 7I

que l'on ait pendant si longtemps accordé confiance à l'assertion « que les enfants de 8 mois ne pouvaient vivre ».

Obs. — Cette doctrine se trouve répétée dans le livre des Chairs. « L'enfant né au bout de sept mois naît suivant la raison des choses et vit, ayant une telle raison et un nombre exact par rapport aux semaines; mais des enfants nés à huit mois, aucun ne vit jamais », VIII, p. 6i3.

Aristote déjà parle autrement dans Hist. animal.., lib. VII, c. 4, éd., des œuv. compl. de * Becker. Berol, i83i, in-4°, ainsi que Pline. Hist. natur. * Ed. Harduin, Paris, 1741, in-fol., lib. VII, c. V, et AuLu Gelle, lib. III, c. XVI.

* Hippocratis. De hominis œtate et extremo faie libri de Carnibus, de Septimestj'-i, et de Octomestri partit. Joann. Lala" MANTio, interprète et enarratore. Genev., 1571, in-8".

§ 38. — De la génération.

Le livre II r.zpi yovfi; de la génération (Littr. VII, 470-485), qui également est tenu pour non authentique, et qui par quelques-uns est attribué à Polybe [Ackei^mann] est un écrit de physiologie pure, qui s'occupe de la génération suivant les principes qui alors étaient admis. La production de la semence, la voie qu'elle suit lors de la copulation, l'incapacité de la reproduction. Les signes qui indiquent quela conception a eu lieu, la détermination du sexe basée sur la faculté de reproduction prépondérante chez le père ou la mère, etc., sont les sujets qui sont discutés. On ne peut nier que l'auteur fasse preuve de connaissances anatomiques, bien qu'encore incomplètes. Il esta remarquer que la nocivité des lésions extérieures sur la femme enceinte et sur l'enfant paraissent basées sur des observations.

Obs. — Voy. * Hippocratis (ie Genitura. deNatiirapueri. Interprète ] . Gorraco. Par. i545, in-4°.

I Sq. — De la nature de l'enfant.

Le traité de la nature de l'enfant est également un livre non authentique. Lemos le regarde comme authentique, et pour

quelques-uns il est la continuation des deux précédents, avec lesquels il est en concordance dans un grand nombre de points. Galien Pattribue tantôt à Hippocrate, tantôt à Polybe. La circonstance à laquelle Meibom. dans son travail sur le Serment d'Hippocrate(ouv.c., p. 144) appelle l'attention, qu'ici on compte par mois solaire, tandis que dans le traité de l'accouchement à sept mois on compte par mois lunaire, Jette du doute sur son authenticité. Dans le fait, cet écrit se rapproche du précédent dans les parties où sont traités la formation de Pœuf et l'accroissement du fœtus. L'auteur raconte en outre des faits qui prouvent que le passage du Serment, où l'on s'engageait à ne pas pratiquer Tavortement, n'était pas bien observé (voy. plus haut § 35, obs.), ou bien que cet écrit n'est pas authentique. L'auteur recommande à une joueuse de lyre qui se croyait enceinte de sauter {-pô; tJjv yf^v -r,o^>ja'.) : et ajoute, que quand elle eût fait cela sept fois l'œuf sortit. L'auteur décrit cela très exactement, seulement il pense que ce n'était qu'un œuf de six semaines. Ce qui ne concorde pas avec la description, chose qui est bien pardonnable.

La comparaison de l'œuf de la femme avec un œuf de poule est très heureuse, ainsi que le conseil de l'auteur de faire couver vingt œufs de poule et d'en examiner un chaque jour, ce conseil montre que dans les temps reculés on était déjà sur la voie pour trouver dans la comparaison et l'analogie des éclaircissements sur ce point si difficile. A cet ordre d'idées appartient le renvoi à l'étude du règne végétal. De singulières théories sont enseignées, cela est vrai; ainsi un garçon avait sa forme trente jours après la conception, la fille seulement au bout de quarante-deux jours. Il n'y a point de doute que cette assertion se basait sur l'analogie qu'avaient entre eux les organes génitaux au début de leur formation. L'auteur dit aussi que chez les garçons les mouvements sont plus précoces que chez les filles (Mal. des f. 1. Littré, VIII, (5i); les lochies après la naissance d'une fille durent plus longtemps qu'après la naissance d'un garçon (voy. plus haut, § 12, obs. II).

DIvPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU III* SIECLE jS

L^auteur n'admet comme naturel et facile que l'accouchement par la tête (VII, page SSg) par contre ceux où l'enfant se présente par les pieds, ou par l'un des deux côtés sont difficiles et dangereux pour la mère et pour l'enfant. Les causes de ces anomalies seraient une trop grande ampleur de la matrice ou une tenue non tranquille de la mère (VII, p. SSg). La description de l'accouchement par la tête est très succincte {VII, p. 53q). La naissance de jumeaux est expliquée parles cavités admises dans la matrice. « Quand la semence se trouve partagée, étant arrivée à deux sinus, et que les matrices l'ont reçue, sans que Fun des sinus se lâche dans Taulre, alors la semence s'enveloppe d'une membrane et se vivifie séparément dans l'un et dans l'autre des sinus, comme il a été dit pour un seul embryon ».

Obs. — Au point de vue du développement de l'œuf cette intéressante doctrine devra être comparée avec le traité d'Anis- TOTE : « De animalhim genatione » surtout L. III, c. 2.

§ 40. — Les livres des maladies des Jemmes.

Les deux livres « des maladies des femmes » sont du même auteur que celui des traités de la nature de l'enfant et des maladies des vierges (t. VIII, p. 10-407), auxquels nous avons renvoyé. Quelques passages qui serapportentà l'obstétricie sont contenus dans le premier livre. Les maladies dont il est question sont exposées très longuement, l'auteur doit avoir eu une grande expérience, qu'il aura mise à profit pour la confection de son travail. On y trouve aussi une matière médicale abondante dans laquelle apparaissent il est vrai de singuliers remèdes . Dans le diagnostic des maladies utérines, l'auteur fait preuve d'une habileté d'exploration, qui, avec raison est regardée comme indispensable au médecin des femmes. Le livre débute par la description des troubles de la menstruation, surtout par la suppression du flux menstruel, puis l'auteur appelle l'attention du lecteur sur les positions anormales de l'utérus et sur leurs conséquences, comme

rhystérie, l'avortement ou la stérilité. Puis sont traitées les maladies des femmes enceintes et des accouchées et les anomalies de l'écoulement lochial.

L^auteur traite longuement des ulcérations de la matrice, et termine par l'énumération d'une longue série de moyens pour rétablir la menstruation, faire cesser la stérilité, déterminer l'accouchement, guérir les ulcérations, etc. Le deuxième livre s^occupe des écoulements anormaux, surtout des fiueurs blanches, et parle encore une fois des situations anormales de Putérus; sa procidence complète et ses conséquences (VIII, p. 317, § 143), sont exposées ; la reposition et son maintien recommandés moyennant des éponges. Enfin l'auteur parle de la pneumatose et mentionne la présence d'ascarides dans le vagin et le rectum, etc. Ici encore l'auteur termine par l'énumération d^une foule de moyensàemployer contre les flueurs blanches et pour la conservation de labeautédela femme. Quant auxpassages qui se rapportent directement à l'obstétricie, le premier à trait aux positions normales et anormales de l'enfant pendant l'accouchement qui sont longuement décrites. En conformité avec ce qui a été dit dans le chapitre « de la nature de l'enfant » (voy. pi. haut,§ 39), la présentation de la tête est la seule normale et heureuse; les présentations transversales et celles des pieds sont fâcheuses et rendent l'accouchement difficile.

L'auteur croit que le foetus peut-être comparé à un noyau d'olive mis dans un flacon à col étroit d'où il ne peut-être extrait s'il est placé en travers (Littré, VIII, 74) (i). C'est dans les mêmes termes que dans le livre de la nature de l'enfant sont exposés les dangers pour la mère et pour l'enfant des présentations par les pieds : « venir par les pieds est encore une mauvaise position, et souventil en résultela mort delà mère, ou de Penfant ou des deux. En troisième lieu l'accouchement est grandement entravé quand l'enfant est mort, ou apoplectique, ou double »

(i) Comparaison ingénieuse qui aurait dû rationnellement conduire à la normalité de raccouchement par les pieds (F.-J. H.).

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQTT ATI COMMENCEMENT DTT Hje SIECLE 7^

(VIII, 79). Cette dernière expression se rapporte probablement aux présentations du siège. Le livre de la nature de l'enfant donne aussi des éclaircissements sur les expressions 7nort ou apoplectique.

On y apprend de plus que les mouvements de l'enfant ont une action déterminante dans l'accouchement, opinion qui s'est conservée pendant bien longtemps, et qui, même dans ces derniers temps, n'a pas disparu totalement. Un autre passage (VIII, 481, §8), s'occupe des troubles de la délivrance. Ici l'auteur recommande divers remèdes internes, substances excitantes cuites avec de l'huile et du vin, ou grillées. Très important est le passage suivant en conformité avec l'expérience : « la plupart du temps (le délivre) se putréfie, cependant il peut sortir encore le septième ou le huitième jour ». Nulle part il n'est question du détachement et de l'extraction manuelle du placenta. A cette occasion la sage-femme est appelée :« t; o[jL-ja).oTo'[j.o; » avec l'explication «-côv

o;j.(paXàv To3 Traiô^ou :rpoaOc'v TauQuora ».

Les cas où la rupture du cordon ou sa section prématurée, a eu lieu, sont considérés comme cause de la rétention du placenta. Si à la suite d'un avortement le placenta reste dans la matrice, dans les cas heureux il se putréfie, et est expulsé par la matrice, et la femme guérit.

Un autre passage (VIII, 143, § 6S) témoigne d'idées mécaniques dans les accouchements par le conseil donné d'employer des sternutatoires dans les délivrances retardées, ou même d'organiser des secousses dans des accouchements normaux lents (par la tête) en mettant la femme sur un lit et l'y attachant, et en dressant le lit pour le secouer vigoureusement par des mouvements de va-et-vient (i).

(i) La succussion de la femme est recommandée dans deux circonstances difFérentes, et pratiquée différemment selon que l'enfant est en « sa position naturelle » (présent, de la tête) où en présentation anormale.

Dans le premier cas la succussion doit se faire dans le sens vertical et avoir pour effet de pousser l'enfant plus avant dans les voies génitales; dans le second cas, la succussion est pratiquée dans le sens

j6 DEUXIÈME ÉPOQUE

La sage-femme est appelée ici (f) îrjTpsûouaa). Il lui est recommandé de dilater lentement l'orifice utérin et d'extraire l'enfant avec le placenta. Si le foetus a une situation anormale, qu'il soit mort ou vivant, il devra être repoussé et retourné sur la tête. Pour cela faire, on recommande volontiers une situation inclinée de la parturiente, en donnant à la partie supérieure du corps une situation plus basse, situation qui cessera aussitôt que la version aura été terminée. Si les extrémités supérieures ou inférieures se présentent, ou toutes les quatre à la fois, on pratiquera également la version sur la tête, ainsi que s'il se présente par le côté ou par les hanches. Dans cette circonstance, l'auteur recommande de donner à la parturiente un bain chaud pour amollir les parties, et de les rendre glissantes par des huiles ou autres corps gras, pratique qui est très souvent recommandée.

horizontal pour obtenir un changement de présentation de l'enfant; c'est la version par manœuvres externes dans son état le plus primitif on peut même dire le plus brutal. CF.-J. H.)

Voici les textes d'Hippocrate ; on lit dans les Maladies des femmes, LiTTRÉ, VIII, § 68, p. 141 :

« Pour hâter la sortie du fœtus, prendre un lit élevé et solide, le garnir, coucher la femme sur le dos, disposer autour de la poitrine, des aisselles et des bras une écharpe ou un lien large et souple qui la fixe au lit ; faire plier les jambes et les attacher aux talons... disposer un fagot de branchages souples ou quelque chose de semblable qui ne permettra pas au lit lancé contre terre de toucher le sol... Recommander à la femme de prendre le lit avec les mains , tenir le lit élevé du côté de la tête, afin qu'il y ait impulsion du côté des pieds.. . dresser le lit autant que possible afin que les pieds ne touchent pas le sol, le lit étant lancé... de manière que le lit tombe perpendiculairement, avec régularité et égalité... On fera la succussion au moment, de chaque douleur surtout. . . Voilà ce qu'on fait quand le fœtus est droit et dans sa position naturelle. »

Quand la présentation est vicieuse (liv. de V Excision du fœtus, Lit- TRÉ, VIII, p. 5i5,^ 4), « on pratiquera la succussion ainsi : on étendra un linge par-dessous la femme couchée sur le dos. et on jettera un autre linge pour cacher la vulve; chaque jambe et chaque bras seront enveloppés d'un linge. Deux femmes saisiront les jambes et deux autres lémmes saisiront les bras ; alors, tenant fermement, elles ne donneront pas moins de dix secousses. Puis elles mettront la femme sur le lit la tête en bas, les jambes en haut ; et, laissant les bras, elles saisiront les quatre les jambes et donneront plusieurs secousses sur le lit, afin que, ainsi secoué, le fœtus se replace dans l'espace large et puisse cheminer rét'ulièrement. »

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQU AU COMMENCEMENT DU IIl" SIECLE 77

Mais si, en cas de procidence des membres, le fœtus est mort, et si la version sur la tête ne peut se faire, il faut proce'der à Tembryotomie. Comme signe de la mort du fœtus il indique la tuméfaction du membre (tuméfaction suite de la décomposition). Pour accomplir cette opération, qui doit consister, à ouvrir la tête, à enlever successivement les os les uns après les autres, à sectionner les extrémités, à attirer le tronc, à ouvrir les cavités pectorale et abdominale, trois instruments sont indiqués : ,u.a-/a'pov, un couteau qui est courbé (y.ajjL-oî^w—pov), -UcîTpov, un instrument compresseurpour briser les os de la tête (voy. Galen. Dictionn. exoletar. Hippoa'atis explicatio. Hd., Kûhn, XIX, p. i3o), et l).-/.uaTT]p (voy. Gai., ouv. c, p. 97), un crochet (crochet à embryon, LiTTRÉ) pour Textraction de l'enfant, VIII, 147, § 70. Ici aussi il est recommandé de faire d'abord Tamputation des membres prolabés avant de faire la version sur la tête. Puis suivent quelques observations sur la grossesse molaire qui ne renferment rien d'intéressant.

Obs. — Les principes d'obstétrique et les idées qui régnaient du temps d'HippocRATE sont exposés ici le pius clairement et les plus complètement. Il est partout remarqué expressément que les sages-femmes doivent faire le nécessaire ; mais que l'opération la plus importante, l'embryotomie, est réservée aux hommes. Aussi voit-on les procédés ici décrits conservés pendant un temps très long, attendu que Celse, Aetius et les arabes n'y ont rien ajouté de nouveau, il faut excepter toutefois la version sur les pieds de l'enfant mort, recommandée par Celse. Comparez au reste le livre de la superfétation et celui de l'excision du fœtus, où les préceptes d'alors sont plus largement exposés. Sur les instruments employés, voy. pour l'intelligence du mot -UcjTpov V Œcononiai d'Hippocrate de Foes, etc.

* J. H. Slevogt. Prolusio de instrumentis Hippocratis hodie ignoratis, ad dissert, inaugur. de febribus recidivis auct. PiZLER.Jen., 1709, in-4°.

Nous possédons un Commentaire étendu sur le premier livre des maladies des femmes.

* Hippocratis liber prior de morbis mulierum. Maur. Cordeo interprète et explicatore. Par., i585, in-f'', reproduit dans la collection de * I. Spach. Argent., iSgS, in. fol., p. 492.

§ 41 . — Le livre des femmes stériles.

On regarde le livre des femmes stériles (VITI, 408-463) comme un supplément du précédent, ainsi qu'EROxiEN et Galien l'ont dit, ce que le commencement du livre confirme; plus tard il y est renvoyé. Au point de vue de l'obstétricie on y trouve peu de chose. Il y est question des causes de la stérilité, surtout des situations anormales de la matrice, des ulcérations et occlusions de l'orifice utérin, et des menstruations trop abondantes, avec l'indication d'une foule de moyens pour les combattre. Partout est recommandée une exploration minutieuse surtout des situations anormales de l'utérus, parfois on a intercalé des sujets étrangers, par exemple l'indication des signes moyennant lesquels on peut indiquer le sexe de l'enfant. Parmi ceux-ci nous trouvons la proposition suivante : « Les femmes qui, enceintes, ont des taches de lentigo au visage, sont grosses d\uie fille, celles qui conservent un bon teint, le sont la plupart du temps d^un garçon ; quand les mamelons sont tournés en haut, c'est un garçon, si en bas, une fille » (VIII, 417, § 216), le premier signe est celui sur lequel Hohl s'est étendu dans ces derniers temps. On répète encore que les garçons se remuent dès le 3* mois, les filles au 4*.

Obs. — Le signe tiré de la coloration du visage, pour déterminer le sexe de l'enfant, a été examiné de plus près par Hohl dans son livre * Die Geburtshiilfliche Exploration.^ Il, Thl. Hall., 1834, in-8°, p. 46, qui parle aussi de la coloration de la ligne blanche qui indiquerait une fille. Au reste les Arabes, Rhazes (voy. plus loin), avaient déjà éveillé l'attention sur ce signe.

§ 42. — De la nature de la femme.

Le livre de la nature de la femme (Littrk, VII, 3 12-431) bien connu d^EROTn:N et de Galikn est sans aucun doute du même auteur que le précédent, ainsi qu'on peut le voir au commence-

ment, où les deux livres sont rapprochés l'un de l'autre. Il renferme à peu près la môme chose, sauf ce qui dans ce dernier a trait à Tobstétricie. Par contre, il traite des maladies de l'utérus et de celles des femmes accouchées, etc. Il indique une foule de remèdes applicables à ces maladies, et parmi ceux-ci quelques médicaments oxytociques, surtout pour « l'expulsion d'enfants morts avec le délivre. » Il ressort de beaucoup de passages que l'auteur était très habile dans l'art d'explorer,

Obs. — A ce livre se rapporte la dissertation deTHÉOD.GoROiAS. De morbis uteri secundum librum. Hippocratis, -spl vuva'./.cîrjj

9'jc;;;o;. Icn., 1797, in-4°.

§ 43. — Des choses qui regardent les vierges.

Ce petit traité (VIII, 406-463), n'est pas mentionné par les anciens ; Foes le regarde comme incomplet et extrait, en grande partie, du livre «des maladies des enfants » ; Gruner l'attribue à Tauteur du livre « de la maladie sacrée ». Dans le fait, ce qui se trouve dans ce livre se rapporte, en grande partie, à cette maladie survenant chez des femmes non mariées, par suite d'irrégularités menstruelles, contre lesquelles il regarde la conception comme le meilleur moyen de guérison. Au point de vue des maladies psychiques qui résultent de troubles dans la fonction de reproduction, ce livre fournit des documents importants.

Obs. — Ce que les temps modernes nous ont appris sur les troubles de Tétat mental qui sont causés par un développement corporel incomplet, ainsi que sur la tendance au suicide, se trouve déjà indiqué de main de maître dans ce petit écrit, et Tétiologie de ces affections est parfaitement élucidée.

§ 44. — De la superfœtation.

Le livre de la superfœtation(VIII, 476-509) est aussi d'origine récente, il a été écrit peut-être par l'auteur du livre des maladies

des femmes, mais nous y trouvons beaucoup de choses sur l'état de Tobstétricie de cette époque qui sont intéressantes pour Thistoire. Nous constatons au commencement l'idée que la matrice est divisée en deux cornes, comme on devait le penser à une époque où les connaissances anatomiques ne reposaient que sur ce qu'apprenait l'anatomie des animaux (i). L'explication des grossesses gémellaires repose sur cette idée. Dans l'accouchement, les extrémités prolabées doivent être repoussées. Le passage est à citer (VIII, 479) dans lequel un auteur récent B. OsiANDER a prétendu trouver la première idée du forceps :

« § 5. Si la tête de l'enfant étant hors de l'orifice utérin, le reste du corps ne chemine pas, et que l'enfant soit mort, on s^humecte la main avec de l'eau, on enfonce le doigt entre l'orifice et la tête^ et on la contourne; puis mettant le doigt sous le menton, et l'enfonçant dans la bouche, on tire à soi. » La force que cette manœuvre doit exiger prouve assez qu'elle n'a dû être employée que pour des enfants morts, comme cela du reste est conseillé. Plus important est le passage des écrits d'HippocRAXE qui se rapporte à l'accouchement par les pieds si redouté^ et qui prouve que l'auteur enavait observé, peut-être même provoqué, et qui rendait nécessaire le dégagement de la tête.

« ,^ 6. Quand le corps est hors des partiesgénitales, et que la tête est en dedans^, la présentation étant par les pieds, passer le doigt en rond, glisser les deux mains humectées d'eau entre l'orifice utérin et la tête, et tirer. Si l'enfant est hors de l'orifice, mais en dedans des parties génitales, introduire les mains, embrasser la tête et tirer.» ^Vlll, 47g]. Il est à regretter qu'il n'y ait rien de plus sur les accouchements par les pieds, au reste pour les enfants morts, qui d'après les idées d'alors ne pouvaient naître ainsi, on recommande suivant l'usage rembryotomie,eton donne à cet égard les règles nécessaires (voyez plus haut, § 40). Un moyen mécanique ingénieusement maginé est conseillé pour

(1 1 Delà vient que souvent le mot d'utérus est au pluriel «jaTepa» (F.-J.H.)

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les troubles de la délivrance (VIII, 481, §8). Uenfant nouveau-né devait être placé au devant de la mère sur une outre remplie d'eau, dans laquelle on fait une piqûre ; pendant qu'elle s'affaisse ^ez/ à peu en se vidant, le délivre est peu à peu attiré par le cordon (i). Pour cela la femme doit être assise sur un « Lasanum » et si elle ne le peut, sur une « Sella recuhitoria perforata » (à la place où se trouvent les parties génitales). Ce n^est que dans les cas, où la faiblesse contre-indiquela situation assise, qu"'on recommande la position au lit, avec la tête élevée. On voit par ce passage : « Si le cordon se rompt, ou si on le coupe avant le temps «, que la section du cordon ne se faisait qu'après un temps déterminé. Parmi les signes donnés de la mort du fœtus, se trouve le sentiment d'un corps pesant, qui tombe du côté où la mère s'incline. Sur Part de procréer des garçons ou des filles il est dit (p. 476) des choses peu convenables. Enfin on trouve encore l'indication de beaucoup de maladies de femmes, stérilité, etc., et d'une foule de moyens conseillés pour y remédier.

Obs. — Les expressions de « Àaaavov » et « xàvàxÀTiTo; o'.'-jpoç -i-yj- CT^jj-îvo;» sur lesquelles la parturiente doit être placée, ont conduit à tort, selon nous, à l'idée qu'il s'agissait d'un fauteuil obstétrical. (Triller, Chr. Siebold). Aaaavov d'après Foes [Œconomia] est la «Sella familiaris ad ventris onera exoneranda », il s'appuie sur PoLLux. op. c. Lib. X, C. IV, et sur Hevsch.

Ce mot se trouve aussi dans Aristophane avec la même signification, voy. * Aristophan. i^ra^nze/z^a. Ed. Dixdorf. Lips., 182g, in-8°, p. 70, fragm. 80. Voyez aussi Sinvnx^.Thes. gr. Ung. Lond., 1822, in-fol. IV. p. 5619. Dans les cas extraordinaires, où la sortie du placenta ne suivait pas l'accouchement, on faisait usage de ce meuble domestique, comme on le fait maintenant encore pour administrer des bains de vapeur. Nous ne pouvons regarder ni le lasanum, ni la sella recubitor. perforata comme un meuble obstétrical spécial, attendu que ce dernier était mis en usage pour des fomentations, dans des maladies utérines, comme on le voit dans le livre des femmes stériles. Voyez encore Foes. Œcon. au mot 01900;. Pour ce motif on donnait aussi à la femme une position particulière dans son lit. Voyez De la nature de la femme (VII, 3 1 2-43 i), et le livre De la maladie des femmes

(i) Ce précepte est formulé par M. le professeur Pajot par ces mots : (I tendre et attendre ». (Leç. clin.) (F.-J. H.)

(VIII, 10-407, 824), pour cela le siège en question pouvait aussi être utilisé, mais nulle part on ne le voit employé comme un siège servant aux accouchements, car partout, où dans les écrits d'HippocRAXE il est question d'accouchements, il n'est parlé que du lit /.Xlvy), p. ex. dans le livre de la maladie des femmes, i et 2 (VI 11, 10-407). Dans tous les auteurs classiques de l'antiquité on voit Taccouchement se faire dans un lit (v. DiOD. Sic. Liv, IV, c. 89, * Ed Wesseling^ p. 287). « Adoptionem Herculis hoc modo factamperhibent : Juno Lectum ingressa, Herculem corpori suo admotum, ut verum imitaretur partum, subter vestes ad terram demisit». Il en est ainsi dans Plutarque. Conjiig-. p}~œcepta dans* Oper,,t. IL G. Xylan- DRO, interprète. Franco!., 1620, in-fol.,p. 148. « Quœdam cumurgeretur doloribus partus instantis, reclinantibus ipsam in lectum dixit : et qui possit mederi lectus bis malis, in quas in lecto incidi?» Cela est aussi raconté par Phîîdre. Lib. i, fab. 18. Les mots oitppot lo/^aXoi » appartiennent à uneépoquebien plus rapprochée de nous. Voy. Artemidor, loc. c.h. V,c., 74. Suidas, etc.

Voy. plus haut le | 10, ainsi que :

* Dan. W. Triller. Clinotechnia medica antiquaria. Francof. et Lips., 1774, in-4'', p. 200 et suiv.

G. Chr. Siebold. Comment, de cubilibus sedilibusque usui obstetricio inservientibus. Goett., 1790, 111-4°.

^ 45. — De l'excision du fœtus.

Ce petit traité (VIII, 5 12-519) qu'EROxiENCt Galien, ne connaissent pas, et qui de l'avis de tous les critiques doit au moins être regardé comme non authentique, contient les règles à suivre dans l'embryotomie, lorsque le fœtus mort n'a pas une situation normale (/.aTx xo-ov). Ainsi dans les procidences des bras et les présentations transversales. Le bras doit être sectionné dans son articulation, les intestins extraits, etc. comme cela a déjà été dit ^40. Les secousses de la parturicnte (succussion horizontale, VIII, §4, p. 5 1 5) sont encore une fois décrites, quand il faut changer la présentation fœtale en une meilleure. Quelques mots sur l'accouchement dans la procidence utérine terminent ce traité, qui d'après ce qui vient d'être dit, n^a pas une grande valeur. Toutefois on voit quelle importance avait cette opération, qui a dû

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avoir été pratiquée souvent, puisque Fauteur a jugé convenable de lui consacrer un traité spécial.

I 46, — Conclusions.

Nous venons de passer en revue les passages des écrits Hippocratiques qui se rapportent à l'obstétricie, aux maladies des femmes, à la génération, à la nutrition du fœtus dans le sein de la mère, etc., sujets que les titres de nos paragraphes indiquent suffisamment; bien que le contenu des traités ne réponde pas toujours à leur titre, et renferme parfois des choses étrangères, nous sommes en situation de nous faire une idée des connaissances et de la pratique de l'art à cette époque. Il est hors de doute que ces traités ne contiennent pas tout ce qu'il y a d'obstétrical dans les écrits d'HippocRATE, car dans le reste de ses œuvres se trouvent parfois disséminées des remarques qui ont trait à l'obstétricie et à la gynécologie ; mais elles peuvent être d'autant mieux négligées ici, qu'un examen attentif nous a convaincu qu'elles n'ajoutent rien d'important ou de nouveau à ce que nous avons dit. Voyez entre autres, dans le Livre des maladies (I" liv., t. VI, p. 140-202; VII, 8-ii5; VII, 118-161 ; VII, 542-655) ; les Prenot. Coaques (V, 588-733 ); le régime dans les maladies (II, 214-277, 394-529).

Si nous jetons maintenant sur ces écrits un coup d'œil d'ensemble pour juger l'état de l'art à cette période qui s'étend jusqu'à la naissance de J.-C, ou jusqu'à Celse, nous constatons les choses suivantes : les soins réclamés pendant les accouchements, et ceux à donner aux femmes en couche, étaient dévolus aux sages-femmes, comme on le voit par divers passages des

écrits d'HiPPOCRATE qui les appelle « â/.c'axptos;, Tarj.ojaa'., ôrjL-jaXoToao'.». A elles appartenait le traitement diététique de l'accouchement; pour faciliter celui-ci, elles employaient divers moyens externes: des bains, des frictions, des onctions aux parties génitales, et en outre une foule de substances médicamenteuses destinées à acii-

ver le travail. Après la naissance de Penfant, elles lui donnaient leurs soins, ainsi qu'à la mère. Dans les cas difficiles, où leur savoir était insuffisant, les médecins étaient appelés ; mais, comme d'après les usages du temps, ceux-ci ne pouvaient observer les accouchements normaux, il devait arriver que les moyens indiqués par eux pour des accouchements qui déviaient de l'état normal, fussent le plus souvent mauvais, que dans des cas même, qui, d'après nos connaissances actuelles, ne réclament point d'intervention, ils employassent des moyens inutiles ou même nuisibles pour la mère et l'enfant. La meilleure démonstration de la justesse de ce que nous avançons, est donnée par les accouchements par les pieds, qui partout ont été déclarés tellement dangereux, quepour les enfants vivants on pratiquait, suivant la règle, la version sur la tête, pour les enfants morts, l'embryotomie.

Il est certain que la perforation du crâne ou l'embryotomie ne devaient pas être pratiquées sur l'enfant vivant, tous les passages relatifs à ces opérations disent expressément qu'elle ne doivent s'appliquer qu'à des enfants morts. Mais combien d'enfants morcelés n'ont-ils pas payé de leur vie les tentatives de version sur la tête ! Toute la doctrine de l'expulsion de l'enfant par les forces de la nature, si toutefois on pouvait reconnaître aux médecins pareille notion, leur était étrangère, puisque les hommes qui auraient été aptes à l'acquérir étaient exclus par de sots préjugés de l'occasion de l'apprendre ; nous avons vu, par ce que nous avons exposé, qu'ils n'avaient à cet égard que des idées purement mécaniques. Ajoutez à cela l'insuffisance de la connaissance anatomique des parties, de la matrice surtout, qui, empruntée à l'anatomie des animaux, était crue bicorne ; la connaissance de l'anatomie si importante du bassin, qui leur était complètement étrangère. Un art, dont les serviteurs n'agissaient qu'en tuant ou en blessant, ne pouvait acquérir une grande considération, il ne se présentait qu'en inspirant la terreur, et qu'on devait éviter le plus possible. Il en résultait que les sagesfemmes se fortifiaient de plus en plus dans leur situation, que

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les médecins appelés le plus rarement possible perdaient roccasion d'observer la nature là, où elle seule peut conduire à la connaissance des règles rationnelles pour éviter ses écarts.

Pendant combien de temps dura cet état de choses si opposé aux progrès de l'obstétricie ? c'est ce que l'on verra dans la suite de ce travail; qu'il me suffise d^avoir signalé dès le début ce malheur. A en juger par Pesprit qui anime les véritables écrits d'HippocRATE, on peut dire que la science eut profité énormément, s'il avait été donné aux hommes de l'art, auteurs de ces écrits, d'observer l'accouchement dans tout son développement. Ils étaient des maîtres dans l'art d'observer la nature ; avec quelle exactitude n'ont-ils pas décrit ce qu'ils avaient eu l'occasion de voir! Dans quelques points d'obstétricie, les faits relatés par eux ont toujours leur entière valeur. Si nous étudions les maladies des femmes, qui sont souvent en connexion avec les affections des parties génitales, et que les médecins d'alors avaient l'occasion d'observer et de traiter, nous trouvons la confirmation complète de ce que nous venons de dire. Leurs descriptions sont irréprochables, et là, où il y a des défauts, ils sont excusés par l'insuffisance de leurs connaissances anatomiques.

La louange que nous leur accordons ne doit pas être diminuée par le peu d'approbation que nous pouvons donner à leur intervention médicale, quoique ce qui se rapporte au traitement dit externe soit généralement juste.

Obs. — Sur les écrits les plus anciens il faut citer ici :

* J. H. Slevogt. ProliLS. de Embryulcia Hippocratica. len., 1709 (ad dissert, inaug. De partit cœsareo auct. Fr. W. Jacobs. len., 1709, in-4'').

Parmi les écrits de mérite récents sur les principes obstétricaux d'Hippocrate :

* C. Chr Bauer. Présid. Leop. Socr. Riecke. Diss. inaug. de arte obstetricia hippocratica. Tub., i823, in-S".

* F. A. RiTGEN. Die Geburtshïilfe des Hippocrates (Pobstétricie d^Hippocrate) dans une série d'articles insérés dans « Gemeins. deutsch. Zeitschrift f. Geb. von Busch, Mendeii.Ritgen,

i«''article, IV Bd, p. 439. Weimar, 1829, in-8°.

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