‹ Essai d'une histoire de l'obstétricieChapitre 55 sur 68 · Soraniis (i · texte numérisé non relu

Soraniis (i

Bien plus exact et plus complet est le fragment des œuvres de SoRANUS : De vulva et pudendo miiliebri qu"'ORiBASE nous a conservé. Soranus, appelé le Jeune, vécut à Rome vraisemblablement sous Trajan (98-1 17) et Adrien (i 38), où il s'occupa beaucoup de maladies des femmes. Quelques fragments de ses écrits se trouvent dans Aetius. Moschion aussi a utilisé ses écrits, peut-être avait-il été son élève, il s'était formé certainement sous sa direction. Soranus a mieux décrit que ses devanciers ce qui a trait aux chapitres précédents, ainsi que ce qui a trait à l'accouchement, et il a rectifié un certain nombre d'erreurs ; on peut à peine douter qu'il ait examiné des cadavres humains, car il rapporte ce qu'il dit à ses examens anatomiques. En général, il s'en tient aux idées anciennes, regarde le vagin et la matrice comme un tout, cependant il distingue les parties de la matrice et il représente sous le nom de tô aTO[jiidv la partie de l'utérus qui proémine dans le vagin (portion vaginale du col). Il combat l'idée de Platon qui considère la matrice comme un animal (voy. I 5i, obs.III). Il connaît bien la différence entre la matrice de la femme et celle des animaux, celle-là n'a point de cornes, comme il le remarque expressément, contrairement à Diocles. Les orifices des canaux de la semence, qui de la matrice se rendent vers les testicules (les ovaires), sont très bien décrits ainsi que la structure, la position et les modifications de tout l'organe, qu'il apprécie parfaitement. La cavité pelvienne dans laquelle la matrice est située est appelée par lui cavité des os coxaux (xTov îa/Jojv £Ùp'j/wpia). L'opinion régnante alors, que la matrice était absolument nécessaire à la vie, est combattue parlui par des observations de Themison, qui a vu enlever en partie la matrice

(t) Nous donnons d'abord la traduction des paragraphes que Sie- BOLD a consacrés à Soranus et à Moschion, puis nous ferons connaître ce que les recherches récentes nous ont appris sur eux. (F.-J, H.)

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qui était prolabée. 11 indique aussi les rapports entre la matrice etl'estomac, ainsi que ceux de la matrice avec les seins. Soranus, nie formellement la présence, chez les vierges, d'une membrane (hymen) qui fermerait le vagin, bien qu'il parle de plis (cttoXioî;) qui existent à l'état virginal, qui seraient parcourus par des vaisseaux sanguins, de là la douleur et l'écoulement du sang lors de la première copulation. Il combat l'existence de la membrane, en disant qu'il ne l'a jamais trouvée chez les vierges, et quïl a toujours pu introduire une sonde dans le vagin ; la menstruation rendrait l'existence de la membrane inadmissible.

Il ressort de cette description que Soranus a vu juste, et que de son temps ainsi que plus tard, où l'hymen a donné lieu à tant de débats, existait une idée fausse sur cette membrane, qu'on pensait généralement à une occlusion véritable, puisque Soranus emploie ce mot, qu'il ne pouvait admettre d'après ses observations personnelles. Par contre, il a constaté des atrésies comme états maladifs, et il décrit exactement des atrésies de parties génitales externes, du vagin et de l'orifice utérin : « at in non perforatis muliebribus membrana hœc intersepiens quando que in partibus labrorum, quas in promptu sunt, invenitur, quandoque vero in medio cunno, quandoque in medio ore vulvee ». Enfin chez lui, aussi bien que chez Rufus d'Ephèse se trouve la dénomination de (f nympha » dont Soranus explique ainsi la dénomination : « Nympha autem appellatur quia collo vesicse subsultet. »

Obs. — Comparez le fragment grec de Soranus « tcsoI tATlxpa; 7.ai yuvaiy.cLO'j alooiou » réuni à l'édition grecque de Rufus d'Ephèse. Par., 1554, in-8°. En latin dans Oribase Sardanus. Collect. medicinœ^ etc. Lib. XXIV, c. 3i et 32, avec la suscription : « * Ex Sorano de viilva etpudendo muliebri ». On trouve aussi ce chapitre chezTHEOPHiuus Protospatharius : De corp. hiiman. fahric. (i). Paris, i556, in-8°, p. io5, et sous forme d'extrait en tableaux dans Fab. Paulin , ouv. c. Suidas au mot « Soranus Ephesios medic. junior qui scripsit de morbis mulierum. Lib. IV, etc. (i).

(i) La bibliographie complète sera donnée plus loin. (F.-J. H.)

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Soramis. Découverte de ses écrits. Travaux récents.

Tels étaient, lorsque l'auteur écrivait le commencement de son livre, les documents sur Soranus puisés dans quelques fragments épars, auxquels une grande découverte devait donner une extension inattendue, et qui futpour la science une véritable révélation.

Un jeune docteur de Koenigsberg, qui de bonne heure s'était fait connaître par des travaux d'érudition, et qui à 3o ans fut professeur ordinaire à l'Académie Albertina Prussorum, Fred. Reinhold Dietz, reçut un subside du gouvernement prussien, pour parcourir les bibliothèques publiques dans les capitales de l'Europe, à l'effet d'étudier les manuscrits des médecins anciens non encore suffisamment explorés qu'elles pouvaient posséder.

Arrivé à Paris, il se mit à étudier entre autres un manuscrit grec sur papier format in-40, qui remonte au XV" siècle, et qui porte le n° 21 5 3. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il vit qu'à la page 218 commençait un livre nouveau, un traité des maladies des femmes, dans lequel se trouvait la description des parties génitales de la femme de Soranus, qu'ÛRiBASE avait conservée, et dont la suite prouva que c'était le livre même de cet auteur célèbre, qu'on croyait perdu depuis un grand nombre de siècles, qui était retrouvé presque en entier.

Il en fît une copie, se rendit en Italie où il trouva le même traitédansle manuscrit SSg de la bibliothèque du Vatican, mais le traité était moins bien conservé et beaucoup plus défectueux ; il en fit aussi la copie, collationna les deux textes, et revint à Koenigsberg pour faire la publication de ce précieux trésor; mais l'auteur mourut pendant l'impression de la 4"= feuille; un ami, J. Fr. Lobeck, acheva la publication du livre qui forme, un vol. de 3oo p. texte grec, imprimé à Koenigsberg en i838. Celivrcéveillade suite l'attention de l'historien Henschel et celle d'un étudiant en médecine, Isidore Pinoff, qui trouva dans cette découverte un texte neufet intéressant pour sa dissertation inaugurale. Artis obstetriciœ SouAi^i Ephesii, DoctiHna ad ejiis librum

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« r.spi yuvai/.e'wv TcaOtov » niiper repevtum exposita^ auct. Isid. Pinoff. Vralislavise, XXVI, nov. 1840, in-8°.

La science allemande n'ayant prêté aucune attention à ce travail, Pinoff publia dans le Janus, journal historique (t. I, 703 ; II, 16, 217,730), une nouvelle étude en langue allemande 5Mr l'obstétricie de Soranus d'après son livre exhumé de la poussière des bibliothèques. Ce double travail méritait mieux que le silence de la presse obstétricale, qu'explique en partie le mode suivant lequel le premier ouvrage sur Soranus avait été publié.

Le texte grec publié sans traduction devait subir une épuration nécessaire, et un travail critique sévère, et être rendu plus accessible par une traduction latine à la généralité des lecteurs. Ce travail important fut entrepris par Ermerins, auquel la science est redevable entre autres d'une édition des œuvres d'HippocRATE fort estimée. En 1869, il publia ce livre de Soranus avec une traduction latine ; n'ayant eu d'autre but, dit-il modestement à la fin de la savante préface, que de mettre le livre de Soranus entre les mains des lecteurs pour qu'ils puissent le lire « lectoribus Sorani librum eo modo in manus do, saltem ut legi possit ))^

Cette publication fut immédiatement annoncée et étudiée avec une haute compétence par M. le D^ Guardia dans la Galette médicale de Patois (1869, p. 587, 6o3; 1870, p. 443), qui laissa malheureusement intact le côté obstétrical de l'œuvre.

En 1872, Ermerins publia encore une lettre critique ; malheureusement on trouve à la fin de cette lettre un épilogue de l'éditeur du livre qui apprend au lecteur que le savant éditeur avait succombé lui-même le 2g mai 1871 à la suite du typhus exanthématique. C'est dans ce livre, et dans un autre dont il sera question plus loin que devra être étudié le traité de Soranus sur les maladies des femmes.

Ce livre se compose de 66 chapitres, qui traitent des qualités de la sage-femme^ de la physiologie de la femme, de la grossesse, des maladies qui peuvent la troubler, des soins à donner à la femme en travail dans l'accouchement normal, des soins à don-

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ner à l'enfant, et enfin de raccouchement difficile, ses causes, son diagnostic et son traitement. Nous ne pouvons transcrire ici que des fragments deces derniers chapitres qui donnent une idée de rétat de l'obstétricie dans le courant du 11^ siècle après J.-C.

Les qualités physiques et morales que la sage-femme doit posséder, ainsi que l'instruction et l'éducation préliminaires à son instruction professionnelle, sont indiquées d'une manière si précise, que ces deux premiers chapitres du livre pourraient être textuellement transcrits dans les meilleurs traités d'accouchements publiés aujourd'hui.

Mais ce sont surtout les chapitres 62, 63, 64 et 65, relatifs à la dystocie, qui sont importants au point de vue de l'histoire, et qui doivent trouver place ici.

Nous croyons ne pas devoir les transcrire totalement, car chaque chapitre commence par un exposé historique de la question, et de celui des opinions des contemporains, qui prouvent combien ces sujets avaient été étudiés par eux ; enfin, par l'indication des traités sur les maladies des femmes, publiés jusquelà, qui démontrent que Soranus avait écrit son livre pour des hommes instruits. Nous croyons ne devoir transcrire ici que les idées de Soranus lui-même, dont nous avons fait la traduction française.

LXii. — Causes de dystocie.

« Les causes de l'accouchement difficile se trouvent tantôt chez la parturiente, tantôt chez le fœtus, tantôt dans les parties qu'il doit traverser pour naître. Du côté de la mère, l'accouchement peut devenir difficile par une cause psychique, vitale ou corporelle. La cause psychique peut provenir de la tristesse, de la joie, de la crainte, de la terreur, d'une faiblesse ou d'une absence trop considérable d'énergie. Quelques femmes amollies par le plaisir, ne font pas d'efforts ; l'accouchement ne peut se faire, puisqu'elles ne soutiennent pas et n'aident pas la contraction.

De même, quand il existe un manque d'énergie et de volonté.

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les contractions deviennent moins intenses, comme chez les femmes frappées d'apoplexie ou tombées en léthargie, comme celles qui croient ne pas être enceintes. Les causes vitales sont la crudité, un appétit dépravé, la débilité générale, la difficulté de respirer ou la suffocation utérine. Les causes corporelles sont un embonpoint trop considérable qui cause une atonie des organes, un passage trop charnu qui reste trop étroit ; une difficulté provient d'une trop grande abondance d'humeurs qui affaiblissent le corps et rendent les passages étroits. Les humeurs acres et inertes n'excitent pas le corps et les humeurs épaisses causent aussi des difficultés.

Les unes stimulent trop les efforts (-vsuaa), les autres trop peu. Les femmes d'une taille élevée accouchent difficilement; celles qui sont larges en haut sont étroites en bas, ce n'est pas la forme normale du corps. Un état maladif de la substance utérine peut aussi rendre l'accouchement difficile : inflammation, suppuration, excitation, paralysie et torpeur.

Ces causes ont été appelées corporelles, puisque c'est le corps (de la femme) qui les produit.

Les causes qui dépendent du fœtus sont : le volume exagéré de tout ou d'une partie du corps, une tête trop grosse, la tuméfaction de la poitrine ou de l'abdomen. Les enfants bien conformés peuvent être trop gros, les enfants peuvent aussi être mal conformés. L'accouchement peut encore être rendu difficile par le nombre des enfants renfermés dans la matrice; ils peuvent être deux et même trois ; deux peuvent se présenter à la fois et s'engager ensemble dans l'orifice utérin. L'enfant peut être mort et ne pas aider au travail.

Après sa mort, il peut s'être gonflé. L'enfant peut aussi être dans une présentation contre-nature. La présentation normale est celle de la tête, les mains étendues le long des cuisses, et l'enfant sortant directement. La présentation anormale est celle où la têie est inclinée vers le côté droit ou le côté gauche de l'utérus et s'y appuie, quand une main ou deux sont prolabées et que les cuisses sont écartées l'une de l'autre.

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De ces présentations la moins défavorable est celle des pieds, surtout si l'enfant s'avance directement les mains étendues le long des cuisses. Si une des extrémités inférieures est sortie quand Tautre est encore dans la matrice, ou si le foetus est en double, et appuie contre un point de la matrice, il faut le remettre en une direction droite, et faire de même si les deux mains sont relevées en haut. Des deux autres présentations, la préférable est la transversale, qui peut se faire de trois manières : par le côté droit, le côté gauche, ou le ventre ; la meilleure est celle où le fœtus se présente par un des flancs, car elle donne à la main de l'accoucheur le plus de place pour faire la version sur la tête ou sur les pieds.

Ceux qui se présentent en double ont une très mauvaise présentation; la plus mauvaise est celle où ils se présentent par les fesses. Les enfants plies en double peuvent se présenter de trois manières :par la tête avec les jambes, par l'hypogastre et parles fesses. Quand l'abdomen de l'enfant est près de l'orifice cela est avantageux, car quand il est incisé et les intestins retirés, le corps s'affaisse et la version se fait facilement.

Une monstruosité peut aussi être cause de difficultés, ainsi que la dénudation des os (de l'enfant), qui peuvent blesser Tutérus ; la dénudation des os peut être le résultat de la putréfaction, qui arrive rarement ; mais souvent l'opérateur peut, dans le moment de l'extraction, dénuder par maladresse les os qui peuvent blesser la matrice. Les voies quel'enfant doit traverser peuvent causer des difficultés : par l'étroitesse de l'orifice du col (qui est le canal vaginal, voy. la description des organes génitaux par SoRANus); les femmes qui, en raison de leur âge, n'ont pas atteint leur complet développement, peuvent avoir la matrice petite comme le reste du corps.

Les matières fécales et les urines accumulées peuvent devenir cause de gêne; un calcul vésical peut exercer une compression sur la matrice et retarder l'accouchement. Les membranes peuvent être difficiles à déchirer, ne pas contenir assez de liquide pour lubrifier les parties. Les os du pubis peuvent-être soudés

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entre eux, et ne pas se disjoindre pendant l'accouchement, car chez la femme les os pubis ne sont pas unis comme chez les hommes, mais simplement par un ligament solide. Les lombes peuvent être trop creusées, d'où résulte que Tutérus peut s'incliner d'un côté ou de l'autre. Il y a encore des causes internes et externes de dystocie. La parturiente peut être trop charnue, trop grasse; comme choses externes, nous mentionnerons le défaut d'exercice, que la faiblesse l'aura empêchée de prendre, l'ivrognerie, les veilles habituellement prolongées...

A toutes ces causes, il faut ajouter encore parfois l'impéritie de la sage-femme et celle du médecin...

Lxiii. — Diagnostic des causes de dystocie.

Quelques-unes des causes de dystocie dont il a été parlé sont reconnues par elles-mêmes...

La grosseur exagérée du fœtus, qui peut rendre l'accouchement difficile, se reconnaît au volume du ventre ; quand l'enfant sort et que le ventre ne s'affaisse pas proportionnellement, on peut présumer qu'il y en a plusieurs. C'est par le toucher (l'introduction des doigts) qu'on reconnaît une présentation transversale, la procidence des mains ou une autre présentation contre nature. Si l'enfant est vivant, il ressent les douleurs de l'accouchement ety coopère par ses efforts... on le trouve chaud... l'anus (fermé ?)... et ayant une bonne couleur. S'il est mort, la femme ressent des douleurs moins vives, son hypogastre devient froid, le doigt explorateur ne sent le fœtus ni chaud ni résistant. Si une partie fœtale sort, elle est noire, de couleur cadavéreuse. On connaît les contractions de la matrice par le tact...

Lxiv. — Traitement de la dystocie.

Appelé pour un accouchement difficile, le médecin devra interroger la sage-femme sur la nature des résistances, de la constriction des parties que le fœtus doit traverser, afin de

savoir si elles sont causées par le froid ou la chaleur, la dureté de corps, l'excavation des lombes, etc.... Il devra diminuer d'abord la sensibilité, pour obtenir le relâchement, et ne pas mettre de suite la main à une œuvre chirurgicale, ni permettre à la sage-femme de tirailler longtemps la matrice.

Si la difficulté provient de Pexcavation des lombes, il faudra placer la parturiente sur les genoux, pour que Tutérus, se dirigeant vers l'hypogastre, prenne une position meilleure; on mettra dans la même position les femmes grasses ou charnues. Si l'orifice de l'utérus reste fermé, il faut le ramollir et le relâcher, moyennant des corps gras, faire des injections continues avec de l'huile douce ou chaude, avec une décoction de fenu grec, de mauves ou de semences de lin, ou aussi avec du blancd'œuf.... On placera le lit de la femme dans une position inclinée, la tête

un peu élevée.... Il blâme les succussions toutes ces secousses

sont blâmables, car quand l'utérus est blessé, il cause des lésions sympathiques dans les autres parties du corps.... Il faut enlever les obstacles.... vider le rectum par des lavements, la vessie avec

un cathéter enlever avec l'instrument tranchant les verrues,

condylomes, diaphragmes, ou autres excroissances charnues,.. S'il y a un calcul dans la vessie, il faut le repousser dans le fond de l'organe, moyennant une sonde, si les membranes trop résistantes ne s'ouvrent pas, il faudra les inciser avec un instrument lancéolé, protégé avec le doigt. Si le liquide amniotique s'est écoulé prématurément, on injectera dans les parties, un liquide onctueux, moyennant une seringue.

Au foetus qui est dans une présentation contre nature, il faut rendre une présentation naturelle. S'il se présente par la tête avec déviation du corps, introduire la main gauche enduite d'un corps gras, les ongles étant rognés, de peur de blesser quand les doigts seront étendus, il faudra en réunir les extrémités sous forme de cône tronqué afin d'éviter toute écorchure. On introduira la main au moment où l'orifice de l'utérus se dilate naturellement, car s'il se fermait par la contraction, l'introduction ne pourrait se faire qu'avec un violent effort; le fœtus étant saisi,

DTÎPUIS HIPPOCRATE JUSQU AU COMMENCEMENT DU IIl*^ SIECLE I4I

on le ramène dans la direction de l'orifice utérin, en favorisant ce déplacement par une position convenable donnée à la femme ; il faut la coucher dans une position inverse de celle du fœtus, sur le côté droit, si celui-ci est incliné à gauche, sur le côté gauche, s'il est incliné à droite. Elle sera couchée sur le dos dans une position inclinée (vers la tête) si le fœtus est incliné en avant du côté de l'hypogastre; elle sera couchée sur le ventre, les genoux fléchis, si le fœtus est incliné en arrière vers les lombes.

Lorsque le fœtus se trouve engagé, étant dans une position oblique, il faut tout d'abord le repousser, le soulever pour l'éloigner de Porifice, pour lui rendre sa direction normale. Si une main se présente, gardez-vous de la saisir et de l'attirer, car l'enclavement deviendrait plus fort, la tête se porterait en haut et de côté, il pourrait se produire une luxation et l'arrachement de l'épaule. Du bout des doigts déployés, repoussez le fœtus en haut vers le fond (de la matrice) et dirigez le bras en repliant le coude et étendant la main sur le côté (du corps) et sur la cuisse, et vous pratiquerez l'accouchement sans difficulté. Dans les cas où les deux mains se présentent, appliquez le bout des doigts aux deux épaules du fœtus, ramenez-les en haut, repoussez les bras, fléchissez les coudes, sur les côtés (du corps), appliquez les mains sur les cuisses, et prenant la tête tirez doucement. Si la tête du fœtus est petite, redressez la et saisissez ensemble les deux mains, le peu de volume de la tête fera qu'il n'y aura pas d'enclavement. Si, en se présentant par les pieds, le fœtus est incliné d'un côté quelconque, il faut le ramener à la bonne direction, à peu près comme quand la tête se présente. Quand c'est un seul pied qui se présente, il ne faut pas le saisir et l'attirer, en effet, l'autre pied étant replié le fœtus s'enclaverait davantage.

Dans ce cas, il faut appliquer Fextrémité des doigts sur la région périnéale, repousser le fœtus vers le fond de la matrice, puis introduire la main, étendre la jambe fléchie parallèlement à l'autre. Si les deux pieds se présentent, l'une des mains étant repliée (en haut) ou même les deux, il faut encore de la même manière repousser le fœtus et arranger les bras (les mettre dans

la position normale, c'est-à-dire les bras étendus le long des cuisses]. Si les pieds sont écartés (l'un de l'autre) et appuient sur deux points éloignés deTorifice de la matrice, il faut les joindre et les placer dans la direction de Torifice de l'utérus. Si les genoux se présentent, il faut repousser en haut le fœtus, étendre les jambes et le retirer par les pieds. S'il se présente par les fesses, il faut repousser le fœtus, lui étendre les jambes, placer ses mains le long des cuisses et le retirer par les pieds. Si la présentation est transversale, le fœtus couché sur le ventre ou sur le dos, il faut avec les doigts le tourner doucement sur le flanc pour faire place à la main qui doit être introduite. Dans le cas où il se présente par le flanc, il faut introduire doucement la main et le retourner (faire la version). Si la présentation transversale n'est pas symétrique (c'est-à-dire si une extrémité fœtale est plus près de l'orifice que l'autre), il faut saisir la partie repliée en haut de préférence aux pieds ; l'accouchement par la tête est préférable, les parties les plus larges passant d'abord, si les bras ne sont pas plies (en haut). Si le fœtus est plié en deux, et si la courbure se trouve en haut, les extrémités exactement à la même hauteur, l'ayant soulevé, /zoz/.? le déployons par les jambes. Si la courbure est inégale, il faut d'abord tourner le fœtus en ramenant la courbure vers le fond de l'utérus, puis le développer comme il a été dit. Si plus d'un fœtus se présente en même temps, il faut les repousser dans le fond de la matrice et les retirer un à un. Toutes ces opérations devront être exécutées avec douceur, sans produire de contusion, en ayant soin de maintenir huilées les parties, afin que laparturiente soit préservée de toute blessure, et que l'enfant reste en vie. En procédant ainsi, nous avons amené vivants un grand nombre d'enfants dont la naissance avait été entravée par ces difficultés. Si l'enfant ne cède pas aux tractions manuelles, soit parce qu'il est trop volumineux, soit parce qu'il est mort ou enclavé, il faut avoir recours à des moyens plus énergiques ; a l'extraction au moyen des crochets (cmbryulcic^ ou à l'embryotomie.

Si l'enfant peut être sacrifié, il est nécessaire que la mère soit

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sauvée. C'est pourquoi il faut qu'on soit prévenu du danger qui peut survenir; quand la fièvre est imminente, quand les symptômes nerveux s'éveillent, quand l'inflammation devient plus violente ; il faut surtout montrer le peu d'espoir qu'on doit conserver : quand la gangrène se déclare, quand la faiblesse est générale, la sueur profuse, le pouls éteint, la fièvre violente, quand il y a du délire et des convulsions. Malgré tout cela, il ne faut pas abandonner la parturiente.

Lxv. — Embryulcie et Embryotomie.

Il faut commencer par donner à la femme deux ou trois morceaux de pain trempés dans du vin pour éviter une défaillance, et, pendant qu'on agira, faire sur le visage des fomentations avec du vin. La parturiente sera couchée dans une position inclinée sur un lit dur, pour que le bassin ne s'affaisse pas. Les cuisses étant écartées l'une de l'autre, les jambes attirées vers l'hypogastre, et maintenus par des aides placés de chaque côté ; si on n'a pas l'aide de femmes robustes et exercées pour maintenir la parturiente, les pieds seront appuyés sur les traverses du lit, afin que les tractions sur le corps de l'enfant n'entraînent pas celui de la parturiente. L'accoucheur se placera devant les parties génitales de la femme, sur un siège un peu plus bas, afin que ses mains soient à la hauteur des pieds de la parturiente. Les lèvres ayant été écartées l'une de l'autre par les assistantes, la main gauche qui est plus grêle que la droite, et qui agit plus facilement, sera introduite doucement, les doigts réunis en forme de cône, et soigneusement enduits d'un corps gras, à travers l'orifice de la matrice ; si l'orifice n'est pas ouvert, on n'y exercera des pressions qu'après avoir injecté de l'huile pour le relâcher. On essayera de diriger le crochet vers une partie inclinée pour le fixer sur un point d'où il ne s'échappera pas facilement Les régions favorables (dans la présentation) de la tête sont . lesyeux, l'occiput, la boucherie palais, les clavicules etles régions costales; les aisselles conviennent moins, car pendant les trac-

tions, les bras s'écartant, augmentent le volume de Penfant, etle font enclaver. Les ouvertures des oreilles étant courbes et étroites, n'admettent pas facilement le crochet. Aux enfants se présentant par les pieds, il faut implanter le crochet au-dessus du pubis, dans les espaces intercostaux, et sur la clavicule, à son articulation avec le sternum ; si on ne trouve aucune de ces régions, on fera une incision moyennant un scalpel et on prépare sa prise ; ce crochet après avoir été chauffé et huilé sera introduit doucement, protégé par la main gauche dont les doigts sont fléchis, jusqu'à ce qu'il parvienne à un espate vide. On introduit un autre crochet du côté opposé au premier, pour que la traction devienne égale, et ne soit pas déviée d'un côté, ce qui produirait l'enclavement de l'enfant. Les crochets seront confiés à un aide exercé auquel on recommandera de faire des tractions douces pour ne pas lacérer l'enfant ni lâcher prise.

Lorsque les tractions devront être interrompues, il faudra maintenir les crochets dans leur tension, non seulement dans la direction droite, mais inclinée transversalement comme on procède dans l'avulsion d'une dent, de façon que par le changement de direction, le fœtus dilate les parties et soit extrait facilement. Pour aider cette manœuvre, il faut introduire le doigt indicateur entre l'orifice et la partie saisie, et le tourner tout autour d'elle, comme si on enlevait la peau, le diriger vers la partie déviée en l'arrosant d'huile chaude ou autres préparations mucilagineuses dont nous avons parlé. Si le fœtus ne cède pas à la traction des crochets, et ne peut être extrait, on placera d'abord un des crochets plus haut, puis l'autre de même, jusqu'à ce que tout le corps fœtal ait passé. Si une main, est prolabée, et si le fœtus en s'avançant s'est enclavé, de manière à ce qu'elle ne puisse être repoussée, et si déjà il a succombé, ce que l'on reconnaît par l'absence de rougeur, de chaleur et de pulsations, la couleur livide et le froid, on l'entourera d'un linge pour qu'il ne s'échappe pas en glissant, et on l'attirera un peu en tenant solidement la partie sortie, pour que celle au-dessus puisse être vue plus facilement ; on fera l'amputation du bras dans l'articulation de Vé-

DKPUIS HlPPOCKATiC JUSQU AU COMMENCEMENT DU HT SIECLE I4D

paule ; le corps ayant été tourné avec les doigts sera extrait avec les crochets.

Si les deux mains sont sorties et ne peuvent être réduites, et si le fœtus ne cède pas aux tractions, les deux bras seront désarticulés à l'épaule. Si la tête est trop volumineuse et ne cède pas, il faut l'ouvrir avec le scalpel dont nous nous servons pour l'embryotomie,ou avec le couteau employé pour faire Texcision des polypes, que l'on introduit en le protégeant avec l'index et l'auriculaire. Si l'enfant est hydrocéphale, il faut faire une incision pour qu'après l'évacuation du liquide, la tête se réduise de volume et s'affaisse. Si l'enfant a une tête proportionnellement trop grande, celle-ci se réduira facilement sous la pression de la main quand les parties sont molles, sinon on incisera le crâne au sommet ou à une autre place, car le cerveau étant évacué, la tête s'affaisse. Les lèvres de la plaie seront réclinées, les fragments d'os brisés enlevés avec la pince qui sert à l'extraction des dents, ou avec celle qui sert à extraire les fragments d'os. Si c'est le volume de tout le corps qui l'empêche de céder aux tractions, les bras étant appliqués sur les côtés delà matrice, il faut appliquer le couteau sur le cou, cherchant un espace vide entre la matrice et le fœtus, le sang ayant été évacué, le corps devient plus mince. Il faut ensuite inciser toute la tête, ouvrir les espaces intercostaux et inciser le poumon ; souvent le thorax est augmenté de volume par des humeurs qui le remplissent. Il faut avec les doigts briser les articulations de la poitrine, le sternum et les clavicules, car la poitrine s'affaisse quand elle n'est plus soutenue par les clavicules.

Si le corps ne se réduit pas, l'abdomen devra être incisé aussi, il peut arriver que l'enfant soit atteint d'hydropisie, l'évacuation du liquide réduit son volume et Pamincit. Si quelque tumeur intérieure est la cause de l'augmentation de volume de l'abdomen, il faudra l'extraire avec les autres viscères et vider tout le corps. Il faut agir de même si l'enfant se présente par les pieds ; si les bras sont repliés en haut, il faut les couper, et inciser la tête si celle-ci est trop volumineuse, la briser, ce qui dans cette présentation est plus difficile, puisqu'elle est cachée plus haut.

C'est avec la main droite qu'il faut saisir et extraire les pieds, il faut se servir de la main gauche pour diriger la tête du dedans car si la tête est renversée (en arrière), elle s'arrache souvent... Les enfants en présentation transversale et plies en double, dont la situation ne pourra être rectifiée, devront être incisés dans la partie qui est à l'orifice, à l'abdomen, aux aisselles, aux espaces intercostaux, à la région rénale, aux hypochondres. Si l'enfant mort est trop volumineux, il est dangereux de le sectionner totalement (dans l'utérus) ; il est avantageux de ne sectionner les parties qu'à mesure qu'elles sortent (les membres), dans les articulations, car là les os sont lisses et faciles à détacher. Il faut rapporter ensemble les parties extraites et voir si on n'a rien laissé. Après une extraction maladroite par les pieds, la tête peut être arrachée ; elle est saisie difficilement à cause de sa forme ronde, parce qu'elle remonte dans la cavité utérine. Dans un cas pareil, Sostrate voulant agir comme pour (l'extraction d') un calcul, introduisit l'index de la main gauche dans l'anus, la main droite (placée) sur l'abdomen tenta de comprimer la tête pour la pousser dehors, ne voyant pas que le doigt introduit dans le rectum ne pouvait atteindre la tête, car la vessie n'étant plus sous la main, l'utérus se retire beaucoup, comme nous l'avons montré plus haut. C'est pourquoi il faut introduire la main, saisir la tête, l'amener à l'orifice de la matrice, y introduire un crochet et l'extraire. Après l'extraction du fœtus moyennant les crochets, et son morcellement, il faudra, par des injections relâcher et calmer les parties qui ont été irritées par ces violences. S'il y a une hémorrhagie, ou s'il s'en produit une, on emploiera les remèdes convenables. Prescrire les remèdes propres à accélérer l'accouchement, comme d'autres, et des disciples d'HipPOCRATE l'ont fait, est agir sans réflexion, car ni les feuilles de laurier desséchées et infusées dans l'eau bouillante, ni le dictame, ni les baies de cèdre avec l'anis et du vin doux vieux, ni les concombres couverts de cire et attachés avec de la laine rouge aux lombes ne peuvent accélérer l'accouchement. Les moyens exposés ci-dessus enlevant l'obstacle, accéléreront l'accouchenicnt. « Nous avons emprunté la traduction de ces chapitres à l'étude

consacrée à Soranus d'Ephèse accoucheur et à l'histoirede la version podalique, que nous avons publiées en 1882 dans le n° d'avril des Annales de gynécologie^ où nous avons mis en regard de Soranus les chapitres analogues de Moschion, d'AÉxius et de Paul d'Egine. Les conclusions de ce travail sont les suivantes :

« Il résulte de cet exposé et de la confrontation des textes la démonstration :

« Qu'au premier siècle, la gynécologie et l'obstétricie furent cultivées avec plus de soin qu'on ne l'avait pensé ;

Qu'avant Soranus un grand nombre d'auteurs avaient publié des traités sur la matière; que l'obstétricie, telle qu'elle est représentée dans les écrits de Soranus, avait atteint une grande perfection, qui se perdit bientôt, et ne reparut qu'après unelongue série de siècles; que les rapports entre les écrits de Soranus et ceux de Moschion sont intéressants au point de vue de l'histoire de l'art ; que les deux traités ne sont pas un abrégé l'un de l'autre (i), que le premier, antérieur a été fait pour les médecins, le second pour les sages-femmes ; que la découverte du Traité de Soranus et sa publication Jettent sur le second plan Moschion, qui, jusqu'à ce jour, a occupé le premier rang parmi les accoucheurs de l'antiquité. Qu'une grande clarté rayonne des écrits de Soranus sur le livre de Moschion, dont une partie était restée enveloppée d'obscurités,

« Que Soranus doit être regardé comme le plus habile accoucheur de l'antiquité. Qu'Aétius et Paul d'Egine n'ont été que des échos de plus en plus affaiblis 'de la voix de Soranus, et que, quant à l'histoire de la version podalique, on peut dire :

« Que Gelse a recommandé la version des pieds de l'enfant mort, non parce que dans les présentations transversales un pied se trouve près de l'orifice et est facile à saisir, mais parce que l'extraction du foetus par les piedsest facile.

« Que Soranus est le premier qui ait recommandé de faire la version sur les pieds, pour opérer l'extraction de l'enfant vivant,

(i) Nous verrons plus loin que cette dernière proposition devra être modifiée, par suite des nouvelles découvertes sur Moschion.

car la présentation par les pieds est la moins vicieuse des présentations anormales, affirmant qu'en agissant ainsi il avait sauvé un grand nombre d'enfants,

« Qu'il a spécifié mieux que ses devanciers les cas où la version sur les pieds doit être faite, décrit la manière de pratiquer cette opération.

« Que dans le fragment d'AsPAsiE conservé par Aétius, on trouve pour la première fois le précepte de faire la version sur les pieds dans une présentation céphalique, quand la partie engagée ne peut avancer, pratique tenue en honneur pendant longtemps, et perfectionnée par l'École française des XVIIeetXVlIIesiècles, conservée jusqu'à l'invention du forceps, qui, rendant facile l'extraction du fœtus se présentant par la tête, a eu pour effet un retour vers la version céphalique ; que les textes de Moschion, d' Aétius et de Paul d'EoiNE ne permettent pas d'affirmer qu'ils aient conseillé de faire la version sur les pieds de Penfant vivant, mais que le conseil si formel deSoRANus antérieur à leurs écrits, rend probable que le précepte donné par eux de faire la version sur les pieds dans les cas indiqués, ne s'applique pas exclusivement à l'enfant mort, mais aussi à l'enfant vivant, cette pratique reparaissant comme traditiofiizelle et non comme nouvelle au XVI° siècle dans le Traité d'AMBROiSE Paré. »

Bien que nous ne puissions donner ici que les chapitres consacrés à la dystocie, nous ne pouvons passer sous silence un passage du chapitre XXI consacré aux objets nécessaires pendant l'accouchement, où nous trouvons la description d'un fauteuil obstétrical portant une espèce de treuil, qui pouvait y être adapté, pour faire sur le fœtus des tractions ; nous citons de ce passage la traduction latine d'ERMERiNs (p. loi) : « NonnuUi vero ad infimas sellas partes prœminentem axin addunt, utrimque habentem rotam et ad orbicularem rotas partem clavum ligneum, ut in fœtuum extractione brachiis aliisve partibus f(L'tus laqueis circumdaiis, et (laqueorum illorum) extremis

clavo rotiTD adncxis extrahant » C'est la première application

d'un appareil mécanique à l'extraction du fœtus.

Et un autre passage du ch. LVIII, consacré à la mole, où la pcr-

DEPUIS HIPPOCRATK JUSQU AU COMMENCEMENT DU IIl'^ SIECLE 1 49

cussion du ventre est indiquée comme excellent moyen diagnostic différentiel entre la mole et la grossesse et d'autres tumeurs ; voici le passage irad. par Ermerins : p. 252, « Temporis tamen tractu dignoscitur doloribuspungentibus subsequentibus,nulloque motu facto, veluti in gravidis ; tandem vero toto corpore ex soluto et tumore increscente species hydropis fit; distinguitur tamen ab hoc tumore manui impositas non cedente, neque excavato, et absentia soni tanquam a tympano et fluctuationis ad

manu factam percussionem, quemadmoduin in hydrope »

La percussion, comme moyen diagnostic, remonterait donc à une haute antiquité.

Obs. — * SoRANi Ephesii, De arte obstetricia morbisque muîieriim qiiœ super siint. Exapographo Friderici Reinholdi Dietz, med. ei chir. Dr., medicin^e in Academia prussorum Albertina Profess., ordinar.,etc. Regimonti Prussorumin Commissisapud Grœfiun-iet Unzerum M. DGCC. XXXVIII, in-8°, 36o p.

* Artis obstetriciœ Sorani Ephesii Doctrina ad ejiis librum « rapi yuvar/.ELwv rMGh » niiper repertum exposita. Dissertât, inauguralis Historico-obstetricia quam consensu et auctoritate gratiosi medicorum ordinis in Academia Viadrina pro summis medicinœ et chir. honorib..., publiée defendet die 26 nov. 1840. Auctor IsiDORus Pinoff silesius. Vratislaviœ, typ. M. Friedlaenderi, in-8", p. 63.

Die Geburtshûlfe des Soranus Ephesios, etc., bearbeitat von Dr S. PiNOF. *Janus I, p. 704, 1846, II, p. 1 16, 217, 730. (1847). Breslau. Verl. Von. Ed. Trewendt.

* SQPANOT E'i>ESIOY7:£p\yjvat/.dwv-a0wv recensuitet latine interpretatus est Fr. Zachar. 'Eruekins, Traject ad Rhe?îiim ap.Kemink et Fil , i869,in-8'', p. 304. * Epistola critica, ihid. 1872, p. 100.

* Soranus d'Ephîese accoucheur. Contrib. à l'étude de la version podalique par le D"" F.-J. Herrgott. Prof, à la Fac. de méd. de Nancy, etc. Annales de Gynéc. Avril 1882^ Paris.

§ 65. — Moschion.

Le plus ancien livre pour les sages-femmes que nous possédions est celui de Moschion « de mulierum passionibus » qui fut, ou bien un disciple de Soranus, ou formé par les écrits de ce dernier, qui ont été entre ses mains. L'époque où il a vécu

est encore incertaine, on présume que ce fut du temps cI'Adrien (i 17-138). Il a appartenu comme Sorannus à l'Ecole méthodique, ce qui ressort de ses écrits. La description des parties génitales concorde parfaitement avec le fragment de Soranus dont il a été parlé plus haut et nous voyons par un passage de son livre (ch. i5i. Ed. Dewez) qu'il a fait usage de celui de Soranus. Originairement le livre a été écrit en latin, comme la préface de MoscHioN le prouve, et là se trouve aussi la confirmation de ce que nous avons dit plus haut (§ 55] en affirmant qu'au commencement, c'étaient des sages-femmes qui pratiquaient cet art à Rome, et que les livres à leur usage avaient été d'abord écrits en grec. MoscHiON écrivit son livre en latin pour l'usage des sagesfemmes romaines qui ne savaient pas le grec. Le même livre parut aussi en grec à l'usage des sages-femmes grecques. Nous possédons deux manuscrits grecs : un d'Augsbourg, et un de Vienne, ce dernier a été de nouveau traduit en latin par Dewez, d'après le manuscrit de Vienne. L'œuvre que nous possédons n'est pas complète. Ce livre est disposé par demandes et réponses, il manque quelques chapitres, et malgré ces lacunes, nous pouvons avoir une idée très instructive de l'état des sages-femmes de cette époque. Il se tient dans les limites, qui, dans tous les livres destinés aux sages-femmes, leur sont assignées encore aujourd'hui. Il expose, d'après l'état les connaissances du temps, l'anatomie des parties génitales de la femme, l'hygiène des femmes enceintes, des femmes, en couches, et des nouveau-nés, et dit ce que la femme doit faire pendant l'accouchement. A tel égard leur cercle d'activité est élargi, car on enseigne le traitement à suivre dans quelques maladies des femmes, traitement qui aujourd'hui n'est plus dans leur domaine : nous trouvons confirmé ici ce que nous avons dit plus haut sur l'étendue plus grande du cercle d'action des sages-femmes dans les temps anciens.

Déjà dans le premier chapitre, à la question : « Quid estobstetrix ? » MoscHiON répond : « Mulier omnia, quac ad fœminas spectant edocîa, immo et artis ipsius medendi perita ; ita ut illarum omnium morbos commode curare valeat ». Le titre même du livre établit bien la chose.

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQuVu COMMENCEMENT DU III^ SIECLE l5l

Pour les cas où, au point de vue de raccouchetnent le secours des hommes est indispensable, il n'y a rien dans tout le livre, pas plus que pour les opérations qui peuvent être nécessaires.

Peut-être pouvons-nous expliquer ce silence par ce que nous avons dit plus haut sur Celse (§ 60) ; qu'en cas de mort de l'enfant en général, les sages-femmes étaient tenues d'appeler l'assistance des médecins ou des chirurgiens ; ou devons nous admettre que d'autres préceptes de MoscmoN ne sont pas arrivés jusqu'à nous, ce qui paraît plus vraisemblable par la réponse tronquée qui est donnée à la question du ch. 1 52 : « Quid sub partu curandum erit apud illas quas tarde et difficulter pariunt », réponse qui ne s'adapte même pas à la question.

Obs. — Carp. Wolph et Lambecius donnent des détails sur les deux manuscrits de Moschion. Le premier dans la préface de son édition de Moschion, * Basil., i 566, in-4°, imprimée d'après le manuscrit d'Augsbourg avec des remarques de Conr. Gesner. Les mérites de Moschion sont exposés par C. Wolph en ces termes qui renseignent aussi sur l'état du manuscrit : « Etsi enim utrunque verendum sit nobis, ne vel ipsum Gessnerum, qui plurimum operae et industrie in hoc autore pristinae integritati restituendo posuit, ut publicse utilitati quam maxime consuleret : vel me, qui eiusdem precibus iussisque adductus, adeo mendosumaut imperfectum evulgare simausus, nonnuUi sint calomniaturi : sperandum tamen rursus est, plurimos quoque futuros, qui et Gesnero nostro pro taedosio illo et difficilli labore, quem quasi in Augiae stabulo repurgando subiit, et mihi, quod posteritati hune librum non inviderim, gratias magnas sint habituri. Fortassis etiam eruditus aliquisin Gallia Italiave, codicem nactus eraendatiorem, et simul hac nostra editione adiutus, efRciet, ut hune aliquando integrum perfectumque habeamus. » F. Lambecius donne sur le manuscrit qui se trouve dans la bibliothèque impériale de Vienne le renseignement suivant dans son * Commentarior. de aiigiistissima Bibliotheca cœsarea Liber sext., Vindob., 1674, in-f°, n" XXXII, p. 184, où l'on trouve aussi des présomptions sur le temps de Moschion. D'après les remarques finales, le manuscrit de Vienne serait la copie de celui de Venise faite en i56i. Peut-être est-ce celui dont parle Wolph quand il dit : « In Italia quidem eundem asservari manuscriptum certo noverat Gesnerus, eum que frustra jam aliquoties a quibusdam plus nimio tenacibus, ne dicam invidis possessoribus impetrare conatus est. » C'est d'après le manuscrit de Vienne, qui contient

l52 DEUXIÈME ÉPOQUE

II chapitres de moins, mais qui est plus complet (pour le reste), que Dewez a fait son édition. Le style de Moschion est apprécié, il est vrai, par Casaubon comme '( barbarus et vixvorjxo; : Plane 6a'j[j.aTaisteloquitur, non pr|[j.aTa, nongraecam,non latinam agnosco (ppâo'.v », ajoute-t-il. Voy. * Casauboniana sivels. Casaiiboni varia de scriptoribiis librisque judicia a Chr. Wolfio curata. Hamb., 1710, in-8°, p. I. Voy. encore sur Moschion *Th. Reinesii Epistolœ aà Daumiwn.,\&n.^ i670,in-4°, p. 137 et *J. Alb. Fabricii, Bibliothec. grœc.,vo\. XII. Hamb., 1724, in-4°, p. 702, voyez là des notes sur les divers noms de Moschion. Il ne tant pas confondre notre auteur du Traité des maladies des femmes avec le Moschion souvent cité par Galien dans ses livres « De compositione medicamentoriim ».

§ 66. — Obstétricie de Moschion.

Le livre de Moschion commence par la description des organes génitaux de la femme qui a une grande ressemblance avec celle de Soranus (voy. § 64). Ici on trouve aussi le vagin et la matrice représentés comme un tout continu, et comme chez Soranus, la matrice est comparée à une courge « cucurbita medica » une figure qui accompagne la description a un grand avantage, en ce que la division donnée par Moschioa et ses prédécesseurs est mise hors de doute, et que les lettres du texte renvoient à celles de la figure. Il y est question des conduits de la matrice (des trompes), à propos des testicules (les ovaires), désignées comme «porusexcretorius undemulieressemenemittunt ». Toutefois, elles sont représentées sur la figure d^une manière imparfaite. A cette description se rattachent quelques documents sur la menstruation, qui pour Moschion est «Alimonia foetus in utero concepti et partus ministerio destinata ». On trouve une bonne description des signes qui annoncent la menstruation. La faculté de concevoir dépend de la régularitédela menstruation, de la situation normale de la matrice, et de la santé du corps et de l'ame. L'accomplissement delà conception s'annonce, à la fin de la copulation, par unfrisson, par la fermeture de la matrice et la rétention du sperme. Les signes qui annoncent un enfant

DEPUIS HIPPOCRATR JUSQu'aU COMMENCEMENT DU IH^ SIECLE l53

mâle ou femelle sont aussi mentionnés, ce sont ceux que donne HipPOCRATE. Les prescriptions hygiéniques pour la grossesse au huitième mois (celles du septième ne sont pas indiquées (voy. ch. 33), consistent à observer le repos, à être sobre, à soutenir le ventre moyennant une bande, à y faire des onctions pour lui donner de la souplesse ; au 9*^ mois (le dernier) on prescrit des bains, des pessaires avec de la graisse d'oie ou de la graisse de cerf. MoscHiON défend d'exciter le col comme c'était l'habitude. Quelques chapitres sont consacrés au pyrosis « -/.-.aaa » des femmes enceintes. Les membranes du fœtus sont décrites par MoscHioN : le chorion qui comprend aussi le placenta, est appelé aussi Angion, ou vaisseau, ou secondines, il siège au fond de la matrice; il tire son nom de sa largeur (sûpu/wiia), ou «quod exmultis sit compositum , velut chorus pluribus canentibus ». La membrane la plus interne est l'amnios : le cordon se compose de deux veines et d'autant d'artères. Les signes qui annoncent l'imminence d'un avortement ou d'un accouchement sont donnés conformément à la nature, et même certaines particularités ne sont pas oubliées. Quand l'avortement est imminent, il faut le provoquer avec des médicaments ; ceux-ci ne sont pas indiqués.

En tout cas, il faut le provoquer s'il y a des obstacles à l'accouchement à l'époque normale, tels que des excroissances à l'orifice utérin, si la parturiente devait se trouver en danger, et si l'enfant était également menacé de succomber. L'exploration seule peut permettre de distinguer les douleurs vraies des douleurs fausses. Gomme disposition pour l'accouchement, Mos- CHiON recommande un « Sedile obstetricium, cathedrae simile » avec un évidement semi-lunaire à la place qui correspond aux parties génitales « ut illuc fœtus excidere (Tceaïîv) possit. « Dans certaines circonstances, la parturiente sera placée sur son lit pour accoucher; le temps pendant lequel la parturiente sera placée sur le siège est déterminé avec précision. 11 est aussi question de faire accoucher la femme en la plaçant sur les genoux d'une autre femme, habitude mauvaise, qui, aujourd'hui,

l54 DEUXIÈME ÉPOQUE

même, n'est pas encore complètement abandonnée. Les règles de conduite, pendant Taccouchement, sont données aux sagesfemmes avec beaucoup de précision; elles se rapportent à l'élargissement deTorifice utérin avec le doigt, à la rupture des membranes si la poche résiste trop longtemps, à la réception de l'enfant ; des aides font des pressions sur le ventre de haut en bas ; il est désirable que le placenta suive l'enfant. Si une partie des membranes reste en arrière, la sage-femme devra introduire la main pour l'enlever pendant que l'orifice est encore ouvert; mais pour peu que ce qui reste soit encore adhérent à la matrice, il faut abandonner l'expulsion à la nature, après qu'au préalable on aura sectionné le cordon. Quand l'orifice est spasmodiquement resserré, et que les secondines sont retenues, il faut faire des injections, celles-ci élargissent l'ouverture et elles sortent alors toutes seules, l^es moyens anciens mécaniques, tels que les sternutatoires et ceux recommandés par Hippocrate, tels que des poids, succussions, etc., sont rejetés avec raison. La séparation de Tenfant d'avec le délivre est aussi recommandée suivant des principes très rationnels. Après quelque temps, le cordon est coupé avec des ciseaux ou un couteau bien tranchant, à quatre travers de doigt de l'ombilic, et une ligature y est appliquée. Il ne faut pas oublier que l'enfant n'était séparé de sa mère que quand le placenta apparaissait à la vulve (voy. ch. 52). « Dum autem fœtus exire cœperit, obstetrix manibus linteo munitis, ipsum summa qaa poterit pietate excipiet, sollicita quam maxime, ut cum secundinis exeat. » Et si la séparation de Penfant était nécessaire immédiatement après sa naissance, alors que le placenta n'était pas encore sorti. Moschion recommandait expressément de placer deux ligatures, entre lesquelles la section du cordon devait être faite : « ne quae peperit ipsa , hœmorrhagiam sustineat ». Nous apprenons également (ch. 65) qu'anciennement, pour faire la section du cordon, on se servait d'un morceau de bois, d'un fragment de verre, d'un roseau tranchant, on d'une croûte de pain durcie, ce qui est blâmé par Moschion. 11 admet l'opinion

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hippocratique touchant la viabilité des enfants de sept et de huit mois.

Viennent ensuite les prescriptions se rapportant à la puerpéralité, àlalactation et aux soins à donner à l'enfant. Moschion reconnaît que le lait de la mère est le plus favorable à l'enfant bien venu (ipiXt/.wTEpov), pourtant il conseille de lui donner une nourrice, et parmi les qualités quMl indique, il signale qu'il faut choisir de préférence une femme grecque (voy. pi. haut § 56). Il recommande de ne pas trop serrer l'enfant dans son maillot, de lui donner un bain tous les jours, de lui faire des onctions, et de le mettre dans un berceau suspendu. Il fixe à dix-huit mois mois le temps pendantlequel devradurer la lactation, jusqu'au momentoù les dents auront leur solidité nécessaire. Les maladies des femmes sont traitées avec beaucoup de développements, et cela correspond au titre de l'ouvrage et aux devoirs de la sage-femme qui sont indiqués plus haut. Les accouchements difficiles sont exposés très brièvement; leurs causes dépendent delà mère, de Tenfant, de choses externes. De la part de la parturiente il peut y avoir plusieurs causes : des influences morales, une conformation du corps trop grêle ou trop grasse, des maladies de la matrice, des tumeurs, etc., des hémorrhagies, des calculs vésicaux, des matières fécales durcies ; de la part de l'enfant, une tête trop grosse, un volume trop considérable de tout le corps fœtal, une hydropisie, une faiblesse du corps, des tumeurs, la mort de l'enfant, ou sa présentation anormale. Dans le chap. 146 : « Qiiod et quibiis sitibus nasciintiu' fœtus », Moschion comme Celse admet quatre modes de présentation : la tète, les pieds, le flanc et le pelvis. Ces quatre modes ont des subdivisions, où l'on compte une présentation oblique de la tête, la procidence d^une main, des présentations des pieds incomplètes.

Comme mode de présentation désirable « secundum naturam, » il indique celle de la tête, avec les mains étendues le long du corps. Après celle-ci vient la présentation des pieds, avec les mains étendues aussi le long du corps. La sage-femme, dans ces

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cas, ne devra point faire de tractions, mais saisir les mains quand le corps sera assez avancé, et tirer sur elles afin delesempêcherde remonter du côté de la tête ; il reconnaît ainsi que cet accouchement peut se faire spontanément par les seuls efforts de la nature. Une trop grande chaleur, ou un froid trop considérable, peuvent troubler le travail, ainsi qu'une trop grande résistance ou une trop grande fragilité des membranes ; il signale les inconvénients de la rupture prématurée de la poche des eaux, dont l'action de préparation est bien reconnue. Enfin parmi les causes de dystocie, Moschion indique encore la faiblesse de l'enfant, sa mort, et la petitesse de sa tête: « ideo orificium dilatare nequit, neque ab obstetrice facile apprehenditur ». Et il termine par ces mots: « et hase quidem sunt causœ diflfiicilis partus, quas ego Moschion et cœtera antiquitas statuere decrevimus, Soranus vero alias adjicit causas », qui sont indiquées brièvement, ce qui peut servir encore de preuve que les enseignements du Traité des accouchements et des maladies de femmes du célèbre et méritant Soranus lui étaient connus. Hélas ! il ne sont pointparvenus jusqu'à nous! Le dernier chapitre (i52) intitulé: « Qiiid sub partu ciirandum erit apiid illas, qiiœ tarde et difficulté}^ pa~ riunt?^^ est si écourté, si incomplet, que ce que nous avons dit plus haut de Tétat incomplet dans lequel est parvenu jusqu''à nous récrit de Moschion, est parfaitement justifié.

Obs. — Nous avons fait usage de toutesles éditions de Moschion, en nous tenant de préférence à celle de Dewez, qui est la plus récente.

Nous donnons plus loin une bibliographie de Moschion aussi complète que le permettent les recherches actuelles de la bibliographie, en faisant observer que de Siebold n'a, comme il le dit lui-même, pu consulter que l'Ed. de Gesner et celle de Dewez, et c'est malgré cette pénurie de documents que l'éminent historien avait entrevu en grande partie la vérité, que les publications de Dietz, d'Ermérins et de V. Rose devaient rendre si éclatante. (F.-J. H.)

Moschion. Son livre des maladies des femmes. Nouvelles découvertes.

Étrange est la destinée de ce livre, qui pendant longtemps fut considéré comme le premier Traité de l'antiquité consacré à l'obstétricie et à la gynécologie, auquel les découvertes bibliographiques récentes ont donné le rang infiniment plus modeste, qu'il doit réellement occuper. Curieuse aussi a été l'idée qu'on s'était faite de l'auteur même du livre.

Vers le milieu du XYI^ siècle, au moment où la découverte de l'imprimerie avait poussé les savants à rechercher dans les bibliothèques les manuscrits des auteurs anciens, pour les reproduire par la presse, Conrad Gesner de Zurich, auquel la littérature doit tant de reconnaissance, découvrit dans la bibliothèque d'AuGSBOURG un manuscrit grec du livre de Moschion sur les maladies des femmes ; il s'empressa d'en faire la copie, et de demander à l'autorité de laville la permission de l'imprimer. Il ne tarda pas à y trouver un si grand nombre de fautes et de choses si étranges, qu'il sentit le besoin de confronter ce texte grec avec un texte latin du livre du même auteur, dont Thomas Guarinus, gendre de Michel Isingrin, imprimeur à Bâle, possédait une copie. Le texte grec, amendé légèrement par Gesner, fut publié après sa mort par Gaspard Wolff, son ami et son successeur, qui y ajouta la préface tronquée qui ne se trouvait que dans le texte latin, préface qui motivait la publication du livre, mais dans laquelle on n'avait pas reconnu le nom de Soranus qui avait été complètement défiguré par le copiste. Malgré d'importantes lacunes, le livre renseignait sur l'état de l'obstétricie de l'époque à laquelle il paraissait appartenir.

Wolff ajouta à la suite du texte grec quelques chapitres d'obstétricie trouvés dans Cléopatre, le manuscrit latin de Moschion et Théodore Priscianus, et donna à cette collection le nom de Harmonia gynX' ciorum liber » qui forme avec le texte grec de Moschion le commencement de l'Encyclopédie gynécologique qu'il publia à Bâle en i 566^ sous le titre de « Gynœciorum., libri grcecorum, arabum et latinorum ». La même collection augmentée par Gaspard Bauhien fut publiée encore à Bàle en i586, puis publiée, augmentée encore, par Israël Spach, à Strasbourg en iSgy, i vol. in-fol.

Pendant deux siècles on ne possédait d'autre texte de Moschion que celui du manuscrit d'AuGSBOURG revu par Gesner, et le fragment latin dont nous avons parlé. En 1793, Fr. O. Dewez publia le livre de Moschion d'après un manuscrit grec conservé à la bibliothèque de

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Vienne, en bien meilleur état que celui d'AuGSBOURG ; il en fit une traduction latine qu'il ajouta au texte grec, avec des annotations et une Préface critique fort estimables.

Jusqu'ici Moschion était regardé comme un auteur grec, bien que des doutes à cet égard eussent été formulés déjà par Gesner, auxquels la préface de l'auteur, trouvée dans quelques manuscrits latins, avait donné une grande consistance.

Ces doutes sont complètement dissipés aujourd'hui par la gi^ande lumière jetée sur Soranus par la publication du texte de son livre trouvé à Paris par Dietz, et celle d'un manuscrit du XIII<= siècle publié pour la première fois par V. Rose, à Leipzig, en 1882. Sous le titre très significatif de : « Sorani Gynceciorum vêtus translatio latina nunc primum édita cum additis grœci textiis reliqiiiis a Dietpo repertis atque ad ipsinn codicem parisiensem nunc recognitis », cum 2 Tab. lith., in redib. B. G. Teubneri, in-12.

L'auteur a eu à sa disposition plusieurs manuscrits latins, mais il en a particulièrement étudié un de Bruxelles découvert par Daremberg, un de la bibliothèque Su-Laurent de Florence, et un de la bibliothèque de Hanau qui est celui qu'il reproduit.

Voici d'abord la préface complète de Moschion qui est fort instructive et qui par elle-même dissipe déjà bien des doutes,

s Cum frequentius nobis in muliebribusobstetrix fuisset necessaria, nullam invenimus studiosam quee litteras grœcas adtigisse videretur, quodsi et habuisset omnia in latinitate sibi translata gyneecia, posset rationem lectionis scire. Ego vero Muscio quia multa jam videor quodcunque transtulisse, veritate rationis potius nisus quam structa ratione vel diligentius polita usus, sicut in opthalmico et chirurgumeno filiatro etiam et bœthematico legisti, placuit mihi hsec quoque gynaecia in latinum vertere sermonem, licet etiam maximam partem triacontados an integrum tenorem secutus Soranum (i) transtulerim. Sed cum vidissem grande corpus futurum et posse muliebres animos hac ratione cito prée magnitudine lassari, placuit cateperotianorum (2) brevitatem fuisse secutus, ut omnia dicere videar et non grande corpus perfecisse. Quibusdam vero capitulis multum breviter dictis, quœ et triacontados addidi, ut ex omnibus collectus commentarius sufficiens esse possit. His autemmulto simplicius volui loqui et ut verius dicam muliebridus

(i) Dans quelques manuscrits, Soronu Soranu.

(2) Ka-a tT.z\{jO'm'. interroger, discours par demandes et réponses. (F.-J.H.)

DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU III" SIECLE I Sq

verbis usus sum, ut etiam imperitce obstetrices licet ab altéra sibi lectam rationem facile intelligere possint. »

Il résulte clairement de ce passage que Muscio (Moschion) n'est pas un auteur original, comme on Tavait pensé, mais qu'il est simplement le traducteur en latin et l'abréviateur du livre grec de Soranus, qu'il dispose par demandes et par réponses, et dont il simplifie le texte, afin de l'accommoder à rinstructii)n et a Tintelligence des sages-femmes, pour que <■ les moins intelligentes et les moins instruites puissent comprendre le livre et au besoin se le faire lire ».

Le livre de Moschion, est donc bien l'abrégé de celui de Soranus ; cette vérité n'a pu être affirmée avec certitude que depuis qu'on a sous les yeux le texte même de Soranus retrouvé par Dietz, amendé et mis en ordre par Ermerins.

Pour la facilité de la confrontation , Rose donne en marge du texte de Moschion l'indication du texte grec de Soranus, et à la fin du texte de Moschion celui de Soranus ki-même, avec des notes, un index latin et grec, et des notes précieuses révélant une érudition consommée qui font le plus grand honneur à l'auteur.

Ce travail permet maintenant à chacun de s'assurer que le fond de la doctrine est absolument le même dans les deux livres, qu'il n'y a de changé que la langue, qui est le latin dans le livre de Moschion destiné aux sages-femmes de l'empire romain, plus familiarisées avec le latin qui était la langue vulgaire, qu'avec le grec, qui à cette époque était celle des savants. L'abréviation et la disposition par demandes et réponses facilitent beaucoup l'intelligence du livre. Au commencement des principaux chapitres, on trouve dans Soranus un exposé et une discussion des opinions des auteurs plus anciens, qui précède l'exposé de ses propres doctrines. Ce préliminair e a paru inutile dans un livre élémentaire ou dans celui destiné seulement aux sages-femmes.

Ne pouvant citer des chapitres entiers du livre de Moschion, nous avons cru devoir choisir de préférence dans celui qu'il consacre au traitement de la dystocie, ce qui à trait aux présentations de l'enfant. Dans le manuscrit du XlIIe siècle que V. Rose a étudié, se trouvent XV figures destinées à illustrer le texte et à mieux faire comprendre les manœuvres à exécuter. Ce sont là les origines de l'iconographie obstétricale, intéressantes au point de vue de la science, et aussi à celui de l'art du dessin ; on les dirait détachées de vitraux gothiques de la même époque ; nous sommes très heureux d'avoir pu les faire reproduire * Rose, p. 84.

Antequam schemata illa ponimus quœ contra naturam sunt, melius taciemus si ea quse sunt, exoptabilia et secundum naturum ipsa prima ponamus.

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