ParttiS figura
Si in divexum jacet.
Si in divexum jacet, quid facere opportet?
Si supinus vel ad dentés est, leniter immissis digitisin latuseum convertat, utaccepto spatio manum suam obstetrix mittere possit, ut eum facilime in integroschemate componat et quascumque partes proximas adorificium habuerit, ipsas teneat et sic adducat. Ita tamen ut maxime caput infantis quterat et ipsum teneat, si quidem ab omnibus melior descensus per caput invenitur. Sed si pedes fuerint proximiores,ipsos adprehendat et sic adducere conetur ,
i5. — Par tus figura.
Si plures ab uno fuerint.
Et si plures ab uno fuerint, très vel quatuor, et aliquando solet evenire, et simul omnis se ad orificium contulerintus in unum pariter eixre conentur, quid faciemus ?
Sicut superius fréquenter dixi, immissa manu sua obstetrix omnes in sinum vulvee repellat , et sic singillatim eiciendi sunt.
Hase autem omnia leniter et sine quassatione ab obstetrica facienda sunt, ita est frequentius oleum calidum et préedictos succos feeni grœci et lini seminis et malvae coctEe locis ipsis infundat. Hac enim diligentia lapsus infantibus preparatur ut sani evadere possint et quse parit sine vexatione servetur. Plurimos enim infantes post difficillimum partem evasisse cognovimus et vivere videmus.
Ces figures n'existaient pas seulement dans le cate'chisme de MoscHiON, mais paraissent avoir quelquefois accompagné le texte même du livre de Soranus ; voici ce que nous lisons à la fin de la note 16, p. XVI du livre de Rose :
« Ista autem schemata per multa seecula varias que manus ut tradita ita corrupta ab ipso Sorani instituto omniumque gynœciorum fonte principali repetenda sunt, qua^ vel in exemplari quod codicis Parisiensis scriptor legerat diligentius edito extitissent. Ipse enim Parisiensis alba modo spatia reliquit, in indice titulorum medio hsec confessus : ÈvTaijOa èaTiv Ivôç IxaaTOU ^'//^[Kaxoi ta Iv ttj p-rjxpa tt^'; otaTïXaasoj!; twv £jj.6f ûwv ■/.al Tîw; ôfpetXst ly.SàXXstv éV.a^j-cov rj [lala, [ietà Trj; ipr][i.r,v£iaç xou ■ypau.p.ato;, saaauev ôà Sià xo TCor/.iXov ».
l68 DEUXIÈME ÉPOQUE
Plusieurs questions restent à éclaircir :
A quelle époque a été faite la traduction latine et la réduction du livre de Soranus, par Moschion?
A quelle époque ce livre a-t-il été traduit en grec? Qui était Moschion?
Ces questions ne sont plus aujourd'hui si obscures qu'elles Font été avant la découverte de Soranus par Dietz, et la publication par V. Rose de la traduction latine de Soranus par Moschion.
Déjà Gesner avait pensé que le manuscrit grec de Moschion, qu'il avait en mains, était une traduction grecque d'un original écrit en latin, faite par un homme qui ne savait pas très bien le latin et encore moins bien le grec. Quant à Moschion, il n'a pas vécu du temps de Néron comme on l'a pensé un instant, mais il est bien postérieur à Soranus, par conséquent à Trajan et à Adrien. Il est probable qu'il est du VI« siècle, de l'époque où divers écrits de l'Ecole méthodique ont été traduits en latin, entre autres le livre des maladies aiguës et chroniques écrit par Soranus, et dont on ne possède plus que la traduction latine faite au VI« siècle par Cœlius Aurelianus.
Ce qui est clair aujourd'hui, c'est que Soranus a écrit en grec un grand et savant traité, qui a été retrouvé en grande partie, que Moschion en a fait une traduction latine à l'usage des sages-femmes, et disposée par demandes et par réponses; qu'il y a eu probablement deux rédactions de ce livre : une pour les médecins, et les sages-femmes instruites, une plus réduite pour les sages-femmes seulement, et qui ne contient ni la dystocie ni les opérations qu'elle réclame, qui manquent dans le texte grec de Moschion; c'est seulement ce catéchisme réduit qui paraît avoir été traduit en grec, car dans les éditons publiées jusqu'ici, le chapitre de la dystocie, si intéressant dans Soranus, est à peine mentionné, et aucune opération à faire n'est indiquée.
Gesner estime que la traduction grecque du livre latin de Moschion doit avoir été faite très tardivement, vers le X" siècle, à une époque où la langue grecque avait subi des altérations graves qui sont très manifestes dans le texte grec ; les copistes n'ont pas dû avoir été étrangers à quelques altérations et interpolations que le savant Zurichois avait remarquées. Enfin quant à la personnalité de Moschion: d'après quelques indices, le nom de Moschion serait celui d'un Israélite; puisqu'il dit qu'il a aussi traduit des livres hébreux. Steinschneider cité par Haeskr (Gesch. d. M. I, p. Sao, noté) présume que le nom de Moschion aurait été primitivement celui de Mose (Moïse) prononcé Mosche, avec désinence latine ou grecque : Moschio, Moschion. Non nobis inter tantas componese lites. (F.-J. H.)
Obs. — Les éditions de Moschion sont les suivantes :
* Moa/t'ojvo; Tispl fwv.Ly.e'Uov TîaOwv i. e. Moschionis medici graeci de morbis mulieruni liber itniis : cum Conradi Gesneri scholiis et emendationibus, nunc primum editus opéra ac studio Carp. Wolphii Tigurini medici ex bibliotheca Augustana, in-40, Basilece, 1 586.
Reproduit dans * Gynœc. de Wolph, in-40, Basil., 1 586, et dans * Gynœc. de Spach, in-f". Argent., ibqj. L'édition de * Dewer, citée plus haut.
* SoRANi, Gynœciorinn vêtus translatioXaXim. nunc primum, édita, etc. A. Valentino Rose, c. 2.Tab. lith., in- 12. Lips. in aedib.Teubrieri, 1882.
§ 67. — Galien.
Dans la seconde moitié du 11° siècle de notre ère, a vécu et écrit Claude Galien, le médecin le plus célèbre de l'antiquité grecque. Il naquit en 1 3 i , à Pergame, dans l'Asie mineure. Après des études solides, surtout en philosophie, il commença à 1 7 ans l'étude de la médecine dans sa ville natale, la continua à Smyrne, à Gorinthe, enfin à Alexandrie; il acheva ses études par des voyages, et il publia le résultat de ses recherches dans un grand nombre d'écrits qui ont exercé sur les médecins de son temps et sur son art pendant une série de siècles la plus puissante influence. Son but était de rétablir la médecine d'HippocRAXE dans sa pureté primitive, attendu que de son temps la médecine était divisée en un grand nombre de sectes. Il voulait créer un Empirisme rationnel, et fondre la médecine de son temps avec la Philosophie. N'appartenant à aucune secte, il s'était proposé comme but le rétablissement de la doctrine hippocratique ; ses elîorts tendaient à en éclaircir les passages obscurs, à amender ce qu'il ne croyait pas vrai, et à donner plus de force à ce qui avait le double assentiment de l'expérience et de la raison. G'est dans cet esprit que sont écrits ses commentaires des livres d'HippocRATE. Considérables sont ses mérites en Anatomie et en Physiologie ; c'est à Smyrne, à Gorinthe, et à Alexandrie qu'il avait, sous la direction de maîtres éminents^ posé les bases de ces connaissances ; c'est dans la célèbre bibliothèque de cette dernière ville qu'il put étudier les ouvragesclassiques d'HÉROPHiLE, d'ERAsisTRATE, d'EuDEMus ct d'autrcs, qui y étaient encore con-
serves, et qui pour lui ont été de la plus grande utilité. Bien qu'à cette époque les études d'anatomie humaine ne fussent plus pratiquées, et qu'il ressorte de tous ses écrits qu'il n'avait jamais ouvert un cadavre humain, il put tirer de nombreuses dissections d'animaux des conclusions justes pour l'anatomie humaine, et les fortifier par les études anatomiques que les médecins d'Alexandrie avaient faites sur Thomme lui-même. Considérables sont ses travaux en Physiologie ; ils révèlent de profondes études faites par un chercheur infatigable ; on y trouve formulées des propositions que la postérité dut adopter, qui sont comme Paurore de vérités que de nouvelles découvertes ont mises dans la lumière la plus éclatante. Nous ne faisons allusion ici qu'à la doctrine de la circulation, à la différence des poumons de ceux qui ont respiré et de ceux qui n'ont pas respiré (De usu part., lib. XV, c. VI. Ed. KuHN, t. IV, p. 242). Non moins brillants sont ses travaux dans la médecine pratique. Il combla les lacunes d'alors par son système, qui, pendant quinze siècles, fut à peu près le seul guide de ses successeurs. L'immobilité qu'il créait dans une partie qui ne doit jamais rester stationnaire, était, il faut le reconnaître, une condition fâcheuse qui entravait le progrès. Il faut dire aussi que Galien, dans ses recherches de médecine pratique, se perdait souvent dans de longues discussions philosophiques, qu'il ne se présente pas toujours comme un observateur exact. La théorie le charmait plus que la pratique de la médecine, qu'il paraît avoir peu exercée. A Rome, où il vint se fixer dans sa trente-troisième année(i64), sous LuciusVerus et Marc-Aurèle, il se fit connaître, et acquit de la renommée surtout par ses conférences philosophiques. Pendant la peste qui se déclara à Rome en 168, il se réfugia dans la Campanie, puis dans sa patrie. Il revint à Rome plus tard sous l'empereur Commode (180-192) et s'occupa alors surtout de travaux littéraires, dont un grand nombre fut détruit dans l'incendie du Temple de la paix. Il se trouvait encore à Rome vers la fin du 11^ siècle, sous les empereurs Helvet. Pertinax et Septime Sévère, et mourut vraisemblablement au commencement du
troisième siècle ; on ne sait au juste si ce fut à Rome ou dans sa ville natale.
Obs. — Il ne peut entrer dans notre intention de donner ici l'indication de tous les écrits de Galien, nous renvoyons à cet égard à l'ordre établi par Ackermann dans * Fabricii, Bibl.gr. lat. ex éd. Harless. Hamb., 1796 (vol. V, p. 377) ; nous trouvons, en dehors des commentaires sur Hippocrate, un total de 82 écrits, dont 18 « suspectae originis, 44 manifeste spurii, et 19 fragmenta ». Cette Historia litteraria Galeni a été reproduite dans l'édition de Galien de Kuhn, t. I, p. XVII. Voy. encore * Choulant, Handb. der Biicherkûnde f. die altère MediT^ine Leipzig, 1828, in-8°, 6, 5i. (Manuel de la librairie médicale ancienne.) Ouv. très précieux, qui donne des renseignements sûrs. (F.-J. H.)
Parmi les éditions complètes de Galien, outre les éditions grecques * Venet., ap. Aid., i525, in-8°, V vol. * Basil., 1628, in-fol. V vol. Nous citerons :
* L'édition de Charterius, avec le texted'HippocR. i3 T. in-f°.
* Claudii Galeni Opéra omnia. Ed. curav. G. G. Kuhn, 20 tomi. Lips., i82i-i838, in-8°. Le t. XX renferme un index très complet de Fr. G. Ackermann. Cette édition, du vénérable Kuhn, facile à manier, a conservé la pagination de l'Ed. de Bale et de celle de Chartier. C'est à elle que nous renvoyons de préférence.
Pour les autres éditions nous renvoyons à Ackermann et à Choulant, ouv. c.
Sur l'histoirede Galien voy. les hist. de la méd. de Le Clerc, Sprengel, Hecker, Haeser; Particle « Galenus » de Hecker, dans Je Dict. encydop. des sciences médicales., Berlin, 1835,111-8". vol. XIII, p. 104, et à son travail : « De Peste Antoniana. » Berol., i835, in-8°, puis * Neue Wissensch. Annal. II, i, Berl., i835, in-8°, p. i. « Die Antoninische Pest im \weiten lahrhundert n (La peste sous Antonin au 11^ siècle) qui renferment également quelques documents sur Galien.
§ 68. — Écrits de Galien se rapportant à Vobsiétricie.
Si les écrits de Galien sont importants pour l'anatomie, la physiologie et la médecine pratique, et révèlent le génie de leur auteur, ils ne présentent au point de l'obstétricie pratique qu'un
intérêt médiocre. En dehors des moyens internes, indiqués par Galien pour favoriser l'expulsion d'enfants morts, ou pour éveiller les contractions utérines, et sauf quelques passages, où les sages-femmes sont mentionnéescomme par hasard, on ne trouve que peu de chose. Il n'est question nulle part de ces secours effectifs que nous trouvons décrits dans Gelse. Il est bon d'ajouter que la chirurgie à laquelle ressortissait l'obstétricie, quand elle était pratiquée par les hommes, a été une branche des sciences médicales que Galien a cultivée fort peu. A son retour d'Alexandrie il fut nommé à Pergame médecin des gladiateurs, et il a laissé quelques écrits qui se rapportent à la chirurgie, toutefois celle-ci a présenté plus tard peu d'intérêt pour lui, et se conformant alors aux habitudes régnantes à Rome, il cessa de la pratiquer, ainsi qu'il le dit lui-même, dans le sixième livre de methodo medendi (Kuhn, X, p. 454), où nous lisons : « Aggressus vero fuissem aliquando ipse plurimum experiri ejus modi curationis rationem, si perpetuo in Asia mansissem; sed quum Romoe plurimum agerem, civitatis morem sum secutus, permissa iis, quos chirurgos vocant, maxima ejus modi operum parte ». Sans aucun doute la pratique de l'obstétricie y était comprise aussi. Par contre, ce qui se rapporte à l'anatomie et à la physiologie, ce qui a trait à la gynécologie, qui comprend l'obstétricie ; à l'anatomie et à la physiologie de l'utérus, à la fonction de reproduction, à la formation du fœtus, etc., est traité par Galien avec étendue et d'une manière admirable pour son temps, et donne une lumière qui luit encore dans l'avenir, pendant longtemps. Il ne pouvait manquer de se baser sur les dissections comparées des animaux, et de ne pas toujours trouver la vérité, parexemple dans la description de la matrice, il s'en tint à l'idée que l'organe était bicorne, et il resta attaché à la doctrine qui disait que l'enfant mâle se développait dans le côté droit, l'enfant femelle dans le côté gauche de la matrice; que dans le cordon il y avait deux veines et deux artères, etc. Toutefois il rectifie souvent des erreurs, et ses vues profondes sont d'autant plus à prendre en considération qu'elles ont fourni des éléments pour
DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU IIl" SIECLE IjS
des recherches nouvelles, et posé des principes pour la pratique. La vénération pour ce grand homme, la croyance aveugle qui en résultait et la commodité qu'il y a d'adopter ce qui a été dit, plutôt que d'instituer de nouvelles recherches, ont dû arrêter tout progrès, et même causer quelques reculs dans la marche de la science. Parmi les écrits authentiques de Galien qui touchent à l'obstétricie, dans le sens que nous avons exposé plus haut, nous citerons les suivants : i) de la dissection de l'utérus (Kuhn, t. II) ; 2) deux livres de la semence (K.,t. IV) ; 3) de la formation du fœtus (ibid) ; 4) de l'accouchement à 7 mois, Ed. Chartier, t. V, p. 342 (manque dans l'Ed, de Baie et dans celle de Kuhn). Par contre nous citons les livres XIV, XV del'usage des parties du corps humain, des parties génitales et de la formation du fœtus (K., t. IV), ainsi que le livre des os (K., t. II), où il y a quelque chose sur les os du bassin. Parmi les écrits suspects qui, d'après Ackermann, se rapportent à notre sujet, il faut citer celui où sont posées ces questions : « Ce qui est dans l'utérus est-ce un animal ? » (K., t. XIX) et : « Toutes les parties de l'animal qui sont créées se font-elles simultanément?» (Court traité dans Chartier, c. V.)
Obs. — Beaucoup de documents qui se rapportent à notre sujet sont épars dans les écrits de Galien, notamment dans son commentaire sur les Epidémies d'HippocRATE. Voy l'Index de Kuhn rédigé avec tant de soin, t. XX, aux mots : Abortus, Fœtus, Partus, Utérus, etc.
§ 69. — Le livre de la dissection de l'utérus.
Le livre ::£pl jj-TJ-rpa; avaTO[ji.% (KuHN, II, 887) expose l'anatomie et la physiologie de l'utérus, où se confirme, ce que nous avons déjà dit plus haut, que Galien n'a disséqué que des animaux, et que c'est par analogie qu'il fait la description de l'utérus de la femme, utilisant pour ce travail les travaux de ses prédécesseurs : Herophile, Diocles, etc. Partout se retrouve ici la vieille doctrine des deux cornes utérines, à laquelle Galien
reste attaché, bien que conformément à la doctrine de Praxa- GORAS et de Philotimus, il considère la m.atrice comme des -/.oXtouç (sinus) plutôt que comme des y.spa-za. (cornes) et qu'en conséquence il appelle l'utérus de la femme bisinuatus. Très exacte est la distinction que fait Galien entre la vessie de la femme et celle de l'homme.
Les « vasa seminaria » (tubes de Fallope) ainsi que les «testes muliebres sont décrits par Galien d'après Hérophile avec la même exactitude, en comprenant sous le mot « testes » ce que nous entendons du même organe chez l'homme, puisqu'il compare toujours les organes des deux sexes entre eux, avec la pensée qu'ils étaient identiques, seulement moins bien formés chez la femme et renversés en dedans, si bien que la matrice représente le scrotum, les ovaires les testicules, les autres parties génitales externes le prépuce. Très belles sont les descriptions des deux tuniques de l'utérus, l'extérieure nerveuse, l'interne plus vasculaire. Il dit que le col est musculaire et cartilagineux ; il connaît bien les modifications qu'il subit chez les femmes qui ont accouché souvent, et chez celles qui sont âgées. Pendant la grossesse l'orifice du col se ferme, si bien qu'aucune sonde ne peut y être introduite, ce n'est que lors de l'accouchement qu'il s'ouvre de nouveau, d'une manière admirable (Hérophile). Il appelle aussi l'attention sur les situations diverses du col, mais n'y fait aucune application à la grossesse. Il paraît surprenant à Galien que ni Aristote, ni Hérophile n'aient décrit la communication des vasorumseminaliumavec la cavité utérine; omission qu'il excuse chez DiocLÈs, Praxagoras et autres : 'c quippe qui rudem quandam, non exactam dissectioniscognitionemhabuerunt», cequi ne s'applique pas à Hérophile dont Galien dit : « qui ad dissectionis exquisitam cognitionem pervenit, ac majori ex parte non in brutis, ut plerique soient, sed in hominibas ipsis periculumfecit ». Puis suit la description des choses qui se produisent dans l'utérus en état de gestation, une description très exacte de la caduque, appelée par Galien « chorion utero adhœrens », son mode de formation, puis la description de l'amnios, celle de l'allan-
DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU IH« SIECLE lyS
toïde composée de quatre vaisseaux ombilicaux, qui ne disent que trop que ces recherches ont été faites sur des animaux. Très bonne est la description de l'ouraque et l'explication de la provenance du liquide ammiotique. En terminant, Galien soutient avec Praxa- GORAs la préexistence de colylédous, qui s'abouchent avec les vaisseaux de la matrice, et qui se montrent par pelottes à la surface de cet organe.
Obs. I. — lia été publié quelques travaux en latin :
* De anatomia matricis, interp7~ete, J. B. Feliciano dans: Claud.
Galeni de HippocRATis et Platonis decretis, etc. J. B. Felic.
interpr. Basil., i 535, in-S", p. 147, (?<i. Francofurt., 1604, in-12. Gal., De îiteri dissectione, lib. 1, Defœtiisformatione, lib. 1 et
De Semine, lib. Il, ciim aliis Galeni, Jano Cornario interprète.
Basil., i536,in-8'', aussi ex versione J.Guinterii Andernœ. Par.,
I 536, et avec d'autres livres, Lugd., i 55 i, in-i6.
Obs. IL — Herophile (appartenant au IV^ siècle av. J.-C.), ses doctrines anatomiques importantes sur les organes génitaux, ont été bien utilisées par Galien, qui a pu consulter ses écrits, perdus aujourd'hui, à Alexandrie, où H. enseignait (voy. § 67). Voy. Hommage rendu de nos jours à ce grand maître : * K. F. H. Marx, Ein Beitrag. zur. Gesch. de)'- Medi^in. (Contrib. à l'hist. de la méd.) Carlsruhe et Baden, i838, in-8°.
§ 70. — Les livres de la semence et de la formation du fœtus.
Ilya un rapport étroit entre les écrits 7zsp\ar.sp^a.xo^,de\a semence, et celui Tzspl ■/.uojrj.s'vwv iîtaTïXacTcojç qui traite de la formation du foetus (Kuhn, t. IV). Galien commence dans son premier livre par examiner les opinions d'HippocRAXE et d'ÀRiSTOTE, si, suivant le premier, se trouve dans la semence à la fois le principe dynamique et matériel, ou si suivant Aristote le principe dynamique s'y trouve seul. Use décide pour Popinion d'HippocRATE,et avant de conclure, il dit que lors de la conception, le sperme masculin se trouve retenu dans les organes de la femme, et il appuie son opinion sur des observations faites chez les femmes, et fait une étude critique des travaux de ses devanciers. Le sperme
de rhomme se mêle à celui qui, chez la femme, provient de ses testicules. La matrice s'abaisse, du sang s'épanche de ses vaisseaux, d'où naît une membrane (le chorion) qui est la demeure ferme (rirma domus) du fœtus. Le cerveau (principium nervorum) se forme d'abord, mais il est trop petit pour pouvoir être vu, puis le cœur et le foie (artères et veines). De ces trois organes se forme la moelle épinière, l'aorte et la veine-cave, après quoi prennent naissance, pour protéger ces organes, le rachis, le crâne et la cage pectorale. Partout Galien compare l'accroissement du fœtus à celui des plantes, les membres du premier se développent comme les branches des secondes. Une longue étude de la nature du testicule masculin, dans laquelle il s'élève contre des propositions de quelques naturalistes, qui prétendent que « testes nihil ad seminis generationem conferre », termine ce traité. Dans le second livre, Galien s'occupe de la semence de la femme, et il appuie ses propositions sur des dissections de chèvres, vaches, ânesses et juments. Il décrit très bien la turgescence vasculaire chez les animaux à l'époque du rut, et combat Hérophile en le rectifiant. Il regarde comme semence la mucosité abondante qui s'échappe des parties génitales excitées de la femme. Il envisage comme tel l'écoulement chez une veuve qui était manifestement affectée de flueurs blanches. Comme nous l'avons dit plus haut, ces doctrines sont de peu de valeur aujourd'hui, au point de vue de la physiologie actuelle; elles prouvent seulement qu'alors on cherchait à s'aider par des déductions vagues et des théories en l'air, là où manquait la lumière de l'expérience basée sur des dissections positives, afin d'obtenir quelque lumière sur ce point obscur. C'est par ce motif que de grands esprits se sont égarés dans des spéculations vaines ; on cherchait, comme Galien l'a fait dans le cours du second livre, les causes de la ressemblance des enfants avec leurs parents, dans de vaines spéculations de l'esprit, on défendait la vieille doctrine des garçons dans le côté droit de la matrice, des filles dans le côte gauche (Hippocratk), et Galien en trouve la raison en ce que, dans le sexe masculin, la chaleur
DEPUIS HIPPOCRATK JUSQu'aU COMMENCEMENT DU III*^ SIECLE I 77
était prédominante, le froid chez la femme; que le côté droit était plus chaud que le côté gauche. Nous avons parlé, § 70, de l'analogie des organes génitaux de l'homme et de la femme.
Obs. — Pour quelques éditions partielles, voir : ■* Cl. Galeni, Z)(? 6-emz;zc'. Jo GuNTERio. Andernœ. Basil., i533, in-fol., in Cl. Galeni in librum H[ppoc.,jDe victiis ratione in morb. aciit. comm. J. Vasseo Meld. latin, don., p. 62. Aussi : Ian. Cornario. interp., voy. paragraphe précéd.
§ 7/. — Traité de la formation des fœtus et de la naissance à 7 mois.
Beaucoup de passages du livre de la formation du fœtus sont la répétition de ce qui se trouve dans le livre précédent. Galien n'a appuyé ses assertions que surdes dissections, et il dit formellement que les écrits de ceux qui ont traité les mêmes questions que lui sont sans valeur, puisqu'ils ne s"appuient pas sur ce mode d'investigation. Le blâme qu'il verse sur ceux : « qui quum semel aut bis aliquid sunt conspicati, statim de eo in universum prononciarenon dubitant », est tout à fait juste, et conserve toujours sa valeur. En attendant Galien n'a toujours examiné que des animaux, et en a tiré des conclusions pour l'homme, de là les quatre vaisseaux du cordon. Le petit traité de septimestri partu explique la doctrine hippocratique sur le même sujet (voyez § 36). La question roule ici essentiellement sur le mode de supputation.
Obs. I. — Pour le livre De fœtinim formatione . voy. les indications du § 69. De Felicianus J. B. et Juan Cornarius. II en a aussi paru une traduction française : « De la formation des enfants au ventre de la mère ». Par., iSSg, in-S^,
Obs IL — Le livre De septimestri partu ne se trouve ni dans l'édition Aldine, Venet. , 1523, ni dans l'éd. de Basle, i538, mais dans celle de Chartier, t. V, p. 347, et laisse des doutes sur son authenticité, quoique Galien dise dans son commentaire sur HippocRATE (Epid.), qu'il a écrit sur ce sujet. Mon ami bien cher et bien estimé, le vénérable Kûhn de Leipzig a fait la réponse suivante à la question que je lui ai adressée à ce sujet: * l'af-
firmation de Galien qu^HiPPOCRAXE a sûrement écrit ce livre n'est pas une preuve de son authenticité. La rareté extraordinaire des manuscrits de ce livre (il n'en existe qu'un, mssVossian, n° 2354) paraît aussi indiquer qu'autrefois on n'accordait pas grande confiance à son authenticité; aussi n'en est-il pas fait mention par Galien dans la liste « De prqpriis libris «.
LiTTRÉ range ce livre dans la 4s classe : Ecole de Cos.Yoj- add. àl'obs. du§ 3o. (F.-J. H.)
§ 72. — Les Livres de Physiologie de Galien.
Très important est dans le grand ouvrage de Galien, le traité De IISU partium (tzsçA y^psia? tôjv Èv âvOpœ;ïou awfjiaT'. [jLOp'.wv ).dyo'.), lib. XIV, XV (Ed. KûHN, t. VI. p. 142), la partie consacrée à l'anatomie et à la physiologie des organes génitaux avec tout ce qui s'y rapporte. Galien a mis à profit les recherches de ses prédécesseurs, de Hérophile surtout, il y a apporté quelques rectifications, et des choses nouvelles. En général les résultats sont ceux que nous avons indiqués dans les paragraphes précédents : la description de la matrice, dans laquelle il admet les sinus, les modifications qu'elle subit pendant la grossesse et par l'âge ; Galien constate la relation entre cet organe et les seins, et déjà alors il est question d'un consensus, et d'une excitabilité sympathique, comme cela a été admis par des écrivains récents ; il rend attentif aux relations vasculaires qui existent entre ces deux organes. La vieille doctrine des garçons se développant dans le côté droit de la matrice est ici de nouveau exposée. La femme est d'une nature plus froide que l'homme, par conséquent moins complète, dans le côté droit la chaleur est plus considérable, de là il résulte que les enfants mâles se développent dans le côté droit. Il explique encore la nature de la semence, la production du lait, et il fait une seconde fois la comparaison entre les organes sexuels masculins et féminins. Dans le Livre XV, Galien traite d'abord delà situation des organes génitaux dans les deux sexes, et de la destination de chaque partie des organes (à cette occasion il représente les grandes lèvres en partie comme des « orna-
DEPUIS HIPPOCRATE JUSQu'aU COMMENCEMENT DU 111° SIECLE I79
menta «, en partie comme des moyens de protection de l'utérus contre le froid), et il parle de leur rôle dans le coït. Il passe ensuite à la description de Poeuf et du foetus, où il répète ce qui a déjà été dit sur les membranes et les quatre vaisseaux du cordon. Il explique l'utilité de Teau de l'amnios par la raison : « ut foetus minus sit gravis in vinculis per quae matrici cohœrescit », puis encore par la facilité qu'elle prépare à la sortie du fœtus pendant l'accouchement : « a prœdictis enim humoribus collum uteri humectatur, mollius redditur, dilataturquefacilius ». C'est par ce motif, que lors de la rupture prématurée des membranes, les sages-femmes injectent certains liquides pour imiter la nature (KûHN, loc. cit., 234), ce qui fournit quelques indices, rares chez Galien, sur les pratiques usuelles dans les accouchements, et donne le regret qu'il s"'exprime d'une façon si générale. Dans la description du foetus, il met en relief la grandeimportancedu foie, et fait ressortir la différence de coloration entre les poumons qui ont respiré et ceux qui n'ont pas respiré. Il connaissait bien l'occlusion du trou ovale (Botal) dans le cœur, ainsi que la fermeture du ductus arterialis, dont il décrit exactement la fonction, (c. VI à la fin, p. 244). De quelle manière s'ouvre la matrice fermée pendant la grossesse, pour livrer passage à l'enfant lors de l'accouchement ? Galien ne peut répondre qu'en disant que c'est : « Supra humanum ingenium », et il appelle cela une chose que tout le monde connaît: « Sed quo pacto id accidat, mirari possumus, intelligere non possumus ». Il parle ici aussi de l'accouchement par la tête comme le plus favorable de tous, celui dans lequel aucune partie ne se présente avec elle, où aucun membre n'est dérangé, mais où la tête fraie le passage à tout le reste du corps. Rares, dit-il, sont les présentations obliques ou transversales, qui sont aussi défavorables que les présentations des pieds ou des bras, il exprime ses idées sur les accouchements par les mots suivants : « Sed si ter aut quater haud commode excidens (fœtus) semel impediretur, eo certemodo excideret ex quadragentis, verbi gratia, fœtibus centum impediri : sed quum in plurimis millibus semel forte accidere id cernatur, in men-
lOO DEUXIEME EPOQUE
tem nobis venire débet, quoc bona is artifex, qui nos conformavit, nobis sit largitus ; tu m autem agnoscere clare debemus non ejus modo sapientiam, vero etiam potentiam». Sur Paccouchement naturel Galien dit très bien : « At natura tum hœc, tum alia omnia in partu animalis admiranda macliinatur commenta. Etenim diligenter providit, quo pacto foetus, qua conveniebat figura, ad coUum matricis perveniret, nec minus, quo pacto dum ipsum pervaderet, nuUam partem sauciaret, neve artus luxaret ; caput enim fœtus primum coUo matricis indidit, tum per id aliis ipsius partibus viam munivit ». La fin du XV livre traite du mécanisme de la marche, nous n'en parlons pas.
Obs. I. — Parmi les traductions latines et commentaires des livres de physiologie de Galien, nous mentionnons les ouvrages suivants :
* Cl. Galeni. Pergam, op. De iisii partium. corporis hiimaiii, magna cura ad exemplaris gra^ci veritatem castigatum. A^'/co/ i^egio calabro, interprète. Paris, i528, in-40.
* CasparHofmanni. Commentarii in Galeni, De us. part. corp. hiinian. Libri XVII, c. var. lection. in utrumque codic. gr. et lat. et indice gen. Francof. ad M., 162.5, in-8°.
* Cl. Galien. De l'usage des parties du corps humain. Trad. du grec et latin et mis en bel ordre par questions et réponses pour la facilité des jeunes Estudians en chirurgie par A.É.B.D. CI. (Dalechamp). Paris, 1 65g, in-4" (i).
Vom iSut^en der Theile desmenschlichen Koerpers (De l'utilité des parties du c. hum.). Aus dem Griech, uebersezt und mit Anmerk. begleit. et von G. F. F. Noeldeke. Oldenb., i8o5, in-8°.
Obs. II. — Les livres De Naturalibusfacultatibusir.zrÀ ouvaaaov ■^•jar/wv) renferme aussi quelques observations physiologiques éparses ; ainsi dans le liv. IIÎ, c. 3 (Kûhn, t. II, p. 149), la (( vis retentrix et expultrix >> de la matrice est mieux décrite. Galien nous dit que la dilatation (l'ouverture) progressive de l'orifice de la matrice), comme il l'a appris des sages-femmes, ne détermine celle-ci à mettre la parturiente sur le siège (ocfpov), que quand elle est complète; elles ne permettent qu'à ce moment iiux parturicnies défaire des efforts d'expulsion (//^ùf., p. i52), il
1 1 1 La forme de ce livre fait penser que c'était dans ce manuel extrait de Galikn que, dans le milieu du XVII* siècle, les Estudians apprenaient leur physiologie. (F.-J. H.)
DEPUIS HIPPOCRATR JUSQuVu COMMENCEMENT DU III* SIECLE l8l
y a encore un passage, qui nous donne quelques renseignements sur la considération élevée dont jouissaient les sages-femmes, et rétendue du cercle de leur action. C'est d'elles seules que les médecins pouvaient obtenir des renseignements sur la marche du travail, les modifications de la matrice, etc. Galien a très bien attiré l'attention sur la coopération des muscles abdominaux.
§ 72 — Petits traités de Galien {suite).
Il faut mentionner ici encore deux traités de physiologie, qui par quelques-uns sont rangés dans la catégorie des livres « suspectas originis». L'un a pour titre : An animal sit quod in utero est ? et Kmov xo y.a-a. yaaxpo; (KûHN, t. XIX, p. 1 58), qui paraît avoir été, une Préface, comme cela ressort du commencement du premier chapitre. Entre autres choses, Galien prétend que le foetus se nourrit aussi par la bouche, que notamment il exerçait des succions sur les cotylédons de la matrice, il en donne pour preuve Tavidité avec laquelle l'enfant tette aussitôt qu'il est né : « neque enim, nisi antea huic vitae assuetus esset, tam cito ad mammam feretur » . Il est répondu affirmativement à la question posée par le titre. L'autre traité (chez Chartier, t. V, p. 326) a pour titre : An omnes partes animalis, quod procreatur, fiant simul ? Il est très court et cherche à prouver que toutes les parties ne se forment pas simultanément.
Obs. I. — Le premier traité porte la note : « Liber falso adscriptus (Galeno) ». Dans l'édition de Junta, VII, il est admis comme authentique. Le second traité ne se trouve qu'en latin dans l'édition de Chartier, t. V, p. 326.
Obs. II. — Dans le livre De definitionibus medicis, rangé par AcKERMANN dans les « spurii », qui contiennent aussi quelques passages se rapportant à la grossesse et à Taccouchement, on admet quatre modes de présentation (cr/^YjiAaxa) du foetus : «una (figura) quidem secundum naturam quae in caput est ; reliquœ très prœter naturam quas in pedes, in latus, et in duplum » (Kuehn, t. XIX, p. 455. DCLVI). Les causes des accouchements difficiles proviennent delà femme enceinte, du fœtus et de causesexternes ; du côté de la mère : « angusti meatus ». Obésité, affections
mentales, etc. Le fœtus peut être mort ou monstreux dans la matrice, il peut y avoir grossesse gémellaire. Les causes externes sont le troid de l'hiver et la chaleur de l'été.
§ 73. — Conclusions.
Ainsi que nous l'avons vu plus haut, § 68, l'obstétricie pratique non seulement n'a rien gagné depuis Galien, mais est restée en arrière de celle de ses prédécesseurs Hippocrate et Celse ; cela ressort suffisamment de ce qui a été exposé plus haut. Là où il s''agissait d'élucider une question d'obstétricie théorique, Galien a rendu des services incomparables, mais on ne peut lui adresser le reproche d'avoir négligé le côté pratique de l'art, puisque lui-même n'a jamais pratiqué ni l'obstétricie ni la chirurgie, car l'obstétricie se trouvait exclusivement entre les mains des sages-femmes. Ce n'est que dans des cas d'absolue nécessité, que l'intervention des hommes était sollicitée. Ceux-ci se trouvaient à un niveau si bas, que la dignité d'un Galien ne pouvait s'y abaisser. Le refus d'hommes aussi importants, de répondre à cet appel, et de mentionner dans leurs écrits ce qui a trait à la pratique de l'art, ne pouvait avoir pour celui-ci que les conséquences les plus fâcheuses. La pratique des accouchements restait ainsi exclusivement entre les mains des sages-femmes, et les meilleurs préceptes que Celse, cette étoile de première grandeur, avait enseignés durent s'évanouir sans aucun profit pour l'art. Comme après Galien la science resta pendant longtemps stationnaire dans ses doctrines, l'historien peut clore avec lui une époque qui a été grande pour toutes les connaissances médicales. Depuis Hippocrate, des semences abondantes avaient été répandues; quand et comment se levèrent-elles? C'est ce qu'on verra dans la suite de cette histoire.
Par ce que nous avons exposé du livre de Soranus, on voit combien il est regrettable que Galien n'en ait pas eu connaissance, et n'en ait pas, par sa grande renommée, assuré la conservation, qui eut été un si grand bienfait pour Thumanité. (F.-J. II.)
DEPUIS LA DÉCADENCE DES CONNAISSANCES JUSQu'a LA CULTURE DE LA MÉDECINE PAR LES ArabeS, OU jusqu'à LA FIN DU SEPTIEME SIÈCLE.
§ 74. — Événements politiques. Décadence de Rome.
Avant d'exposer le sort de l'obstétricie depuis Galien, et de rechercher ce que les auteurs ont fait pour elle dans la suite, nous sommes obligés de jeter un coup d'œil sur les événements politiques, qui déjà avant Galien se préparaient, afin de voir comment ils se sont développés après lui. Il y a un lien étroit entre la marche de tous les arts et de toutes les connaissances et l'histoire politique des peuples. L'influence que celle-ci exercesur tous les progrès est si considérable, que ceux-ci ne peuvent être compris sans un coup d'oeil sur l'histoire. L'exposé de l'état des connaissances ou des arts au point de vue de l'histoire, doit toujours avoir égard aux événements politiques. Les grands changements dans le domaine des sciences, les progrès considérables, ou un temps d'arrêt, même un recul, qui en sont la conséquence, trouvent leur explication dans des événements heureux, ou des conditions extérieures ; ces changements sont inexplicables pour celui qui ne regarde qu'un espace étroit, mais ils s'éclaircissent subitement par un coup d'œil d'ensemble jeté sur l'histoire politique. Dans ce but on ne peut, il est vrai, considérer que de grandes lignes. Le récit de faits particuliers ne peut trouver place dans ce travail, où ne doivent être envisagés que des résultats, comme d'habiles chercheurs peuvent les trouver dans le domaine de l'histoire politique, ou comme nous sommes
obligés de les condenser pour notre travail. A l'époque où nous sommes arrivé dans notre exposé, nous ne trouvons qu'un peuple qui puisse nous occuper, dont le sort puisse nous intéresser par l'influence qu'il a exercée sur notre art ; c'est l'Etat romain qui peu à peu avait étendu sa domination sur tous les peuples.
Depuis 146 av. J.-C, la Grèce était devenue une province romaine; tout le grand empire d'Asie d'ALEXANDRE le Grand, morcelé après sa mort, fut soumis à la domination romaine, en partie avant, en partie après J.-C. Sous Auguste l'empire romain s'empara delà domination de l'Egypte (3 o av. J.-C.), Rome étendant sa puissance aux trois parties du monde, pouvait mériter avec justice le nom de dominatrice de la terre. Elle avait atteint l'apogée de la puissance. Elle était le soleil, qui du haut du firmament envoyait ses rayons dans toutes les directions, pour éclairer les peuples dociles à sa voix, et qui recevaient de lui leur vie et leur éclat; mais bientôt l'astre commença à pâlir et à perdre sa chaleur vivifiante, il inclina vers son couchant, pour ne plus se lever, voilé d'une couleur de sang, laissant après cet éclat une nuit profonde, et la plus sauvage barbarie, comme une colossale image du progrès de toute grandeur humaine et de la décadence dont les germes existaient déjà dès sa naissance. Déjà du temps d'AuGusTE (il mourut 14 ans ap. la naissance de J.-C.) où Rome avait atteint le sommet de sa puissance, et brillait de son plus vif éclat, sa soliditécommença à être menacée. Ce n'est que peu à peu que fut miné sous elle le terrain sur lequel Rome était bâtie, que tous ses fondements furent attaqués; chaque empereur, à peu d'exceptions près, brisait un appui, et préparait la catastrophe, qui finit par se produire. Cette ruine prévue par les sages laissa après elle des décombres affreux, qui font tristement penser à la fragilité des choses d'ici-bas, si grandes et si étendues qu'elles aient pu avoir été. Les temps les plus voisins d'AuGusTE présentent déjà de nombreux événements de mauvais augure, qui faisaient craindre un sombre avenir. Le despotisme le plus effrayant chez les successeurs immédiats d' Auguste,, 14-69 de Tiblcre à Vitellius , parmi ceuxci Néron, 64-68, aggravé par les vices les plus détestables des
DEPUIS LA DÉCADKNCE JUSQu'a LA FIN DU VII® SIECLE l85
dominateurs eux-mêmes : la cruauté, la dépravation, Tavarice, la paresse et l'esprit soupçonneux durent ébranler l'état au plus haut degré; et les meilleurs, après Vitelliis, furent impuissants à raffermir le trône chancelant, ils ne purent que retarder un peu sa chute complète. L^empereur Vespasien (69-70) attira à Rome des savants auxquels il assurait un traitement (sous lui vécut Pline le Jeune), Titus son fils et successeur se montra aimable et philanthrope (mort, 81), mais Domitien déjà, ce frère infortuné de Titus, s'abandonna aux désordres les plus scandaleux et aux plus grandes cruautés; il bannit de Rome tous les philosophes (Epictète, Artemidor), fît brûler sur la place publique les écrits des hommes célèbres. Rome vit de nouveau des jours meilleurs sousTrajan (98-1 17), même sous Adrien (i 17-138), qui affectait d'être lettré, sous Antonin le Pieux (i38-i6i), et sous Marc- AuRÈLE (161-180). Mais Garacalla (211-217) fit de nouveau brûler les livres d'ARiSTOTE, et tuer les péripatéticiens, Rome tomba de plus en plus bas, une horde de soldats sans frein, les prétoriens, choisissaient à leur gré les plus mauvais pour les élever sur le trône impérial, et les assassiner ensuite.
La couronne impériale était adjugée au plus offrant ; des bergers, des paysans, des fils d'esclave, et même des voleurs, montèrent sur le trône impérial ; ce fut ainsi que l'empire fut plongé dans le désordre le plus profond. Des troupes de peuples barbares se ruèrent sur Rome, qui dut leur acheter une paix honteuse. Constantin (3 12) se convertit au Christianisme et posa les fondements d'un ordre de choses nouveau. En 33o, il transporta le siège du gouvernement de Rome à Byzance (Constantinople), et hâta ainsi la fin de l'empire romain. Une fois encore, Julien, appelé l'Apostat, parce qu'il quitta le christianisme qu^il avait embrassé (36i-363), voulut améliorer l'état intérieur de l'empire romain, mais ses efforts furent vains. Tiiéodose, depuis 394, seul maître de l'empire romain, le partagea peu avant sa mort (395), entre ses deux fils, Arcadius et Honorius (empire d'Orient, empire d'Occident). Dès 374, les Huns venant du fond de l'Asie, avaient donné l'impulsion d'une
l86 TROISIÈME ÉPOQUE
migration générale des peuples ; des hordes sauvages vinrent fondre sur le royaume d'Occident, semant partout la dévastation et la ruine, jusqu'au moment où Odoacre, chef d^une peuplade gothique, renversa du trône Romulus Augustule, le dernier empereur d'Occident, et se lit proclamer empereur à sa place. Cet état que Romulus avait fondé, qu'AuGusTE avait vu dans tout l'éclat de sa puissance, devait périr entre les mains de Romulus Augustules qui n'avait plus été que l'ombre d'un empereur !
Obs. — Voyez l'ouvrage, Jusqu'ici non encore égalé (i).* The hjrstor')'' of décline and f ail ofthe Roman Empi?~e, bjy Edw. Gibbon, 2<'édit., VIo vol., 1 776-1 788, in-4''.
§ 75. — Décadence des connaissances.
C'est dans ces tristes circonstances, et en présence delà décadence progressive d'une puissance, qui à certaine époque avait été à la tête des peuples, que les sciences et les arts devaient subir le même sort, car ils ne peuvent être cultivés que dans des conditions favorables, et à l'ombre tutélaire de l'olivier delà paix, par de laborieux travailleurs animés d'un esprit véritablement généreux. L'histoire nous montre que la décadence de la puissance romaine entraîna l'anéantissement des connaissances. Les sciences avaient fui, terrifiées par le tumulte de la révolte, l'horreur de ces assassinats et de ces turpitudes, et s'il se trouvait encore quelques adeptes, fidèles gardiens des acquisitions du passé, disposés peut-être à en augmenter le trésor par de nouvelles recherches personnelles, et à les disposer dans un esprit vraiment philosophique, il n'y avait plus de Mécène pour les encourager à se produire en public ; ils devaient rester isolés et réduits à eux-mêmes, sans que leur science put devenir le partage de tous. L'âge d'or était devenu l'âge de fer. La langue même avait perdu sa beauté; à la place de cette fleur, on n'avait plus sous les
(0 A cette époque, V. Duruy n'avait pas encore écrit son histoire! (F.-J. H.)
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yeux que le faux éclat d'une exposition artificielle et trompeuse ; l'esprit de vérité, qui doit pénétrer l'écrivain et animer sa plume, avait disparu ; on sentait partout l'absence d'intérêt pour les sujets qui étaient traités, et la recherche d'une vaine renommée. Voilà ce qui avait remplacé la dignité du vrai savant dans cette décadence, où avaient sombré la force et la noblesse de l'écrivain.
Obs. — Frappantes de vérité sont les paroles de Rotteck sur la civilisation romaine, surtout à cette époque. « La culture romaine a été le résultat de la puissance et de la science administrative du dominateur du monde, de l'immensité de leurs richesses, qui tendaient à augmenter de plus en plus leurs jouissances, d'une obéissance passive qui suivait aveuglément laligne tracée, et d'une faiblesse engendrée par une corruption universelle.
§ 76. — Décadence des connaissances après Galien.
La médecine avait atteint par Galien le degré le plus élevé de son développement. Sous certains rapports, Galien s'était efforcé de répandre sur quelques-unes de ses branches la lumière nécessaire, et il a vu ses efforts couronnés de plus ou moins de succès. Il avait porté la médecine à un très haut point, il avait donné à ses doctrines une forme rigoureusement scientifique, il avait paru avoir épuisé son sujet par l'étendue de ses développements ; il avait fait usage de la langue grecque, la langue scientifique d'alors, qui, de cette manière, pouvait avoir une action sur une grande partie du monde civilisé. Par ses voyages, il avait répandu son nom partout, il avait vécu plusieurs fois à Rome, était entré en rapports avec les grands de la cour, motifs suffisants pour avoir été mis en un rang élevé, et avoir assuré pour longtemps à ses écrits une confiance générale. Mais cette confiance était aveugle, on se contentait de ce que Galien avait trouvé, de ce qu'il avait dit ; la science resta ainsi stationnaire ; on admirait ce travail gigantesque, on le tenait comme supérieur à
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tout ce qu'on aurait pu faire et espérer. Ses écrits restèrent pendant de longues années le Canow invariable, auquel personne ne pouvait se permettre de toucher, et qui devait imposer sa croyance à tous. Il en résulta qu'après lui, la plupart des savants étaient des adorateurs du grand maître, des collectionneurs ou des commentateurs, ainsi que le démontre la littérature de cette époque. De cet état de choses ne pouvaient résulter que des pas rétrogrades pour une science qui ne saurait vivre que par les progrès. C'est pourquoi, nous voyons la médecine tomber de plus en plus bas sur le sol romain. On n'étudiait la médecine que pour y trouver quelque profit, et pour cela les connaissances médicales n'avaient pas besoin d'être bien étendues ; une connaissance simple et légère de quelques médicaments, une observation superficielle de quelques symptômes morbides, étaient plus que suffisants. La superstition, cet ennemi de tout progrès scientifique, se répandit de plus en plus. Des jongleries, des arts magiques pratiqués par de misérables trompeurs, et facilement par des charlatans, eurent pour effet de favoriser toujours davantage la paresse et l'ignorance. Le culte égyptien, avec ses pratiques sombres et ses mystères enivrants, fut transplanté à Rome (Adrien), et les empereurs eux-mêmes favorisaient et provoquaient la superstition de toutes les manières possibles. L'introduction du christianisme, sous les empereurs suivants, n'apporta aucune modification à cet état de choses ; la superstition fut au contraire excitée par des cures miraculeuses, des exorcismes. des am.ulettes bénies et des reliques des martyrs. Les jongleurs payens rivalisaient avec les prêtres chrétiens ; c'est à qui aurait opéré les plus grands miracles. C'est ainsi que peu à peu disparut en Occident la dernière ombre de toute culture médicale scientifique autonome, et que d'épaisses ténèbres voilèrent pour ces indignes le plus beau don de la divinité : l'esprit de l'homme travaillant et pensant en liberté.
Obs. — Un tableau très caractéristique de cette époque, au point de vue de la médecine, a été tracé par Hecker dans la vie d'ALKXANDRE d'Aiîonotkichos, cc maltrc trompeur, type de tous
DEPUIS LA DÉCADENCE JUSQU'a LA FIN DU VII° SIECLE 1 89
les charlatans, qui ont pratiqué leur métier, et qui. précisément à cette époque d'ignorance et de corruption, devaient le pratiquer avec succès (voy. * Hecker, Neue Wissenschaftl. Annal, de}' Ges. Heilk. II Bd. I Hft, Berl., 1 835, in-8°, p. 17). Voyez encore l'article si bien fait de l'hist. de Sprengel, 2'' Thl. V Abschn., n° VIII. Einfluss der Morgenlàndischen A/ter Weisheit auf die medicin (Influence de la fausse science de l'orient sur la médecine).
§ 77. — État de l'obstétricie après Galien.
Si, après ces digressions nécessaires, nous revenons au sort de l'obstétricie, et si nous examinons ce qui a été fait de profitable pour elle, quels sont les accroissements dont elle s'est enrichie dans ce laps de temps, si au moins elle a conservé ce qu'elle avait acquis, nous sommes obligés de dire que les informations que nous recueillons dans les écrits se réduisent à peu de chose. Elle a dû partager le sort des autres connaissances humaines. Bien que le côté pratique n'ait récolté que peu de fruits, on peut dire que cet état resta stationnaire pendant les quelques siècles suivants, jusqu'à Aétius d'Amida, où nous trouverons des choses plus satisfaisantes. Depuis Celse et Moschion (Soranus) personne ne s'était occupé d'elle, ce n'est que dans les grandes collections qu'elle est mentionnée. Les sages-femmes restèrent maîtresses de la pratique de l'art ; ce n'est que dans des cas très dangereux ou rendus désespérés par des pratiques irrationnelles, que les médecins et les chirurgiens étaient appelés, leur habileté devait nécessairement s'exercer dans un champ très restreint, puisqu'il leur manquait la connaissance de l'accouchement lui-même, tel que la nature seule peut l'enseigner. De là tant de règles irrationnelles et absolument dangereuses, que formulent les derniers auteurs, tant de méthodes qui ont pour effet la mort de l'enfant, et qui si souvent compromettent aussi la vie de la mère.
Obs.— La raison pour laquelle l'obstétricie se forma si tard, se trouve dans l'appel tardif des hommes à observer les cas normaux, dont ils étaient tenus si éloignés. Dans une œuvre nor-
maie de la nature comme l'accouchement, la nature seule peut être l'éducatrice, c'est elle qui peut indiquer les moyens qui peuvent aider là où elle s'éloigne de la normalité'. Nous ne croyons pas mériter le reproche d'exagération, quand nous soutenons que le temps, où l'obstétricie a pris cette nouvelle et heureuse direction, ne doit pas être cherché dans un passé lointain, mais si près de nous, que le changement n'est pas encore aujourd'hui totalement accompli. La postérité pourra juger la chose, quand une période de temps plus longue se sera écoulée, et que pourra être moissonné ce qu'aujourd'hui nous avons semé. Il nous importe seulement d'appeler l'attention sur une circonstance qui nous paraît être le point culminant duquel doit être examiné l'histoire de l'obstétricie.
§ 78. — Oribase.
Dans la seconde moitié du IV^ siècle nous trouvons les écrits d'un homme qui n'a fait qu'utiliser les travaux de ses prédécesseurs, de Galien surtout, en réunissant ce qu'il y avait trouvé de meilleur, pour en former un tout homogène; cette tâche qu'il s'était imposée a été accomplie par lui de la manière la plus heureuse, et il est bien regrettable qu'il se soit restreint au simple rôle de collectionneur. Les meilleurs étaient entraînés par l'esprit paralysant du temps, et ne se hasardaient pas à exposer leurs idées personnelles. Oribase de Pergame, médecin privé de l'empereur Julien I'Apostat, fut celui qui, sur l'ordre de son maître, essaya d'être encore utile aux sciences pendant la courte durée de son règne (36i-363), en collectionnant ce qu'il y avait de meilleur dans les ouvrages de ses prédécesseurs pour en former une espèce de manuel de la médecine.
Oribase avait fait ses études à Alexandrie sous Zenon de Chypre. Il avait fait à Athènes la connaissance de Julien, héritier du trône, et l'avait accompagné, comme médecin et conseiller dans les Gaules, où il composa son ouvrage comme il nous l'apprend dans la préface de ses Médicinal, collector. ad Imperator. Julianum Gœsar. Aug. Lib. 1. Ces mediclnalia collecta (auvay toya îaTf./.aL') se composaient de soixante-dix livres, dont le tiers seule-
ment est arrivé jusqu'à nous. Plus tard, Oribase fit pour son fils EusTATHius, de ses collections, un extrait en neuf livres publié sous le titre de : « Synopsis ad Eustathium filium » dont on ne connaît que le texte latin. En outre, nous possédons encore de lui « Euporista adEunapium », livre sur les médicaments faciles à préparer, et un commentaire des Aphorismes d'HippocRAXE. Comblé d'honneurs par l'empereur, et jouissant de toute sa confiance, Oribase, accompagna dans sa dernière expédition en Perse, l'empereur, où il mourut (363). Oribase fut présent à sa mort. Les successeurs de Julien, Valens et Valentinien l'exilèrent chez les barbares (probablement chez les Goths), où il sut gagner la confiance du public par les soins qu'il donnait aux malades. Il fut rappelé, et il vécut jusqu'au milieu du V^ siècle honoré et estimé par tous.
Obs. I. — Sur Oribase voyez le travail estimé de I. Fr. C. Hecker : « Oribase comme médecin particulier de Julien dans « Lit er. Annal der Gesamt Heilkiinde, I. Jahrg. Jan., Berl., 1825, in-S", p. I . L'auteur montre, p. 7, qu'ORiBASE était né à Pergame et non à Sardes, comme Suidas (voy. le mot Orib.) et d'autres le prétendent, bien que partout dans son écrit il ait le prénom de Sardianus. Voy. aussi : I. Fr. Boissonade : « * Eiinapii Sardiani vit. sophistar recens. Amst., 1822, in-8°, 'OpiSocatoç, p. io3. Suidas parle, ouv. c. de 72 livres de la collée, méd., par contre Photius dans sa Bibliotheca * Ed. D. Hœschel, Rothomagi, i653, fol. CCXVII, p. ne parle que de 70 livres, ce qui concorde avec la préface du Sinopsis d'ORiBASE : « Cum divus imperator nobis iniunxisset, ut quœcumque medici prœstantissimi conscripsissent, quas ad tuendam valetudinem pertinerent, unuminvolumenredigeremus : nosea septuagintalibris prompto animo comprehendimus ».
Obs. II. — Sur la dignité de médecin privé (Archiater) qui fait époque dans l'histoire, et sur son influence sur la médecine et la profession voy. : * « Ackermann, Erlàuterung der ipichtigsten Geset^e, jpelche au/ die Medi{inalverfassiing Be^ug haben » (Explication des lois les plus importantes ayant rapport à la médecine), p. 2o3, inPyl's Repe7~tor fïir die oeffentl. und gerichtl. Ar^neiipissenschaft, 2 Bd. Berl., 1791, in-8°, p. 167, et aussi l'histoire de Hecker, 2 Bd, p. 11.
Pour l'appréciation de l'empereur Julien, souvent méconnu, voy. * A. Neander, Ueber den Kaiser Julianus und sein Zei-
iq2 TROISIEME EPOQUE
talter. Ein Historisches Gemalde. Leipz., i8i2,in-8° (Sur l'empereur Julien et son époque. Esquisse historique).
§ 79. — Doctrines obstétricales che^ Oribase.
Parmi les livres de la collection d'ÛRiBASE arrivés à nous, se trouve le chapitre consacré aux organes génitaux de la femme, emprunté à Soranus, dont nous avons parlé au § 64. et deux autres chapitres sur la vulve et les parties génitales externes, empruntés en partie à Herophile et à Diocles, mais qui ont une valeur bien moindre que ceux de Soranus. Un petit paragraphe qui termine ce livre est emprunté à Lycus : « moderatum viri pudendum ados vulvœ non pervenire ». C'est à cela que se réduit, ce qui dans la collection d'ÛRiBASE, a trait à la gynécologie. 11 est probable que les livres qui ont trait à l'obstétricie se trouvent dans ceux qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, car le Sinopsis, qui est un abrégé de la grande collection, renferme davantage sur ce sujet. Ainsi le premier chapitre du 5^1ivre porte le titre suivant: « Sur les accidents che\ les femmes enceintes et sur leur hygiène ». Il y est question des accidents gastriques, et du gonflement des extrémités inférieures, pour lesquels une foule de moyens sont indiqués; les trois chapitres suivants (2, 3, 4,) parlent du choix d'une nourrice, des qualités d'un bon lait, et des moyens d'améliorer les propriétés d'un lait médiocre. Parmi les qualités d'une bonne nourrice, on indique que celle-ci ne doit pas être accouchée longtemps avant la mère de l'enfant quMl s^agit de nourrir. Les ch. 5 à 11, ont trait aux soins à donner aux nouveau-nés ; on dit que l'enfant doit être nourri exclusivement avec du lait pendant deux ans ; on parle aussi de quelques maladies des enfants. Au reste, tout le livre renferme d'excellents conseils d'hygiène; nous citons particulièrement le chap. 14, qui a pour titre « Ratio victus infaniium », le g^ livre qui a pour titre : « Quœ ad thoracem visceraque usque adpudenda pertinent, deque mulierum morbis x, renferme aussi encore
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quelques chapitres qui ont trait aux maladies des femmes, tels : « De uteri affectionibus (ch. 48; ; De nimiapurgatione(44) ; Mulierum non concipientium curatio ; de suffocationc ex utero, ex Philumeno (47) ; De fluoré muliebri (48) ; Simplicia muliebrem fiuorem curantia (49); De uteri iniiammatione (So) ; De vulva^ abscessibus (5i) ; De uteri ulceribus (52) ; Decancro vulvœ (53) ; Ad vulvœ fissa (54); De phymo uteri (55) ; De vulvœ inflammatione (56) ; De utero procidente (57}. Partout on rencontre cette foule de médicaments que nous avons constatés chez Pline, et chez Galien. Le motif qui a fait exclure de ce Sinopsis les doctrines obstétricales et les moyens dMntervention, peut bien tenir à ce quMls ne répondaient pas au but que l'auteur s'était proposé en écrivant un mémento à mettre en poche, comme cela est dit formellement dans la préface. Il dit positivement dans la préface : « De parte vero medicinae, quce manu medetur, quod ea in itinere tractari difliciliter possit, mentionera nullam faciam ». Si Oribase avait exposé les quelques opérations alors en usage, qui appartenaient alors au domaine de la chirurgie, et si nous retrouvions ces préceptes dans les livres qui ont été perdus, il est positif qu'ils ne nous apprendraient rien de nouveau, car Oribase n'était qu'un collectionneur. Toutefois, nous sommes reconnaissants de ce qu'il nous enseigne, et si nous possédions son œuvre complète, nous aurions sur bien des points une lumière qui nous manque, car c'est Oribase qui nous donne des documents sur Antyllus, ce médecin instruit et ce chirurgien ingénieux qui a vécu au III*^ siècle.
Obs. — Les éditions des œuvres complètes d^ORiBASE sont les suivantes :
Ouibasii Sardiani o^era quœ extant omnia tribus tomisdigesta JoAN. Bapt. Rasario interprète. Basil., i557,in-8'^ (dansla i'"'' partie le Synopsis; dans la 2" les Collect. med. ; dans la 3'^ les Eiiporista, avec les obs. de Rasarius sur le Synopsis).
Les Collect.
*Oribasii Sard. Collector. médicinal, Lib. XVII, qui ex magno septuaginta librorum volumine ad nostram œtatem pervenerunt, J. O. Rasario medico Novariensi interprète. Venet. ap. Paul et Manut. Aldi, in-f° sans date.
SIEBOLD-HERRGOIT. l3
* Parisiis ap, B. Turrisanum sub. offic. Aldina. i555, in-S». Le Synopsis parut :
* Oribasii , S. Synopseos ad Eustathhnn filium libri novem, quibus tota medicina in compendium redacta continetur. J, B. Rasario interpr. Venet. ap. P. Man. Aid., i554, in-8°. Les24'5et 25*" livre des Collectanea parurent en grec. Paris, i556, in-8, et Lugd. Batav., 1735, in-4°, sous le titre de : Orib. anatomica ex libris Galeni cum vers, latin. J. B. Rasarii. Curante Guil. Dun- DASS, in-4. Les chapitres empruntés àSoRANUs ne sont pas reproduits ici. Les livres i-i5 sont en texte latin et grec, texte de Ch. F. DE Matthaei, * XXI veterum et clarorum medicorum grœcorum varia opuscula primo num impensis fratrum ZosiiMADARUM ex Oribash codicc Mosquensi graece, editit, etc. Mosq., 1868, in-4''. -'^'^^ dehors de cela nous avons encore d'ÛRiBASE Commentaria in Aphorism Hippocr. Venise, i533, in-8° et * Basil., i535. *Patav., 1 65 8, in- 12.
La traduction des œuvres d'OaiBASE par Rasarius se trouve dans la collection de H. Estienne <i. Arlis jnedicce Principes», i56g, in-f".
LeSzno/'5z5, av.grav. p. i-ig6,les Collect. Euporisies, etc., p. 201-696. Chaque auteur a une pagination spéciale; c'est pourquoi on ne les trouve pas toujours rangés dans le même ordre dans ce magnifique volume.
Œuvres d'ORiBASE, texte grec en grande partie inédit, collation, sur les manuscrits, trad. pour la première fois en français avec uneintroduction des notes, des tables et des planches, par les docteurs Bussemaker et Ch. Daremberg, t. I, i85i ; t. II, 1854; t. III, i858 ; t. IV, 1862. Après la mort de B. et de Ch. D. t.V, 1878, renf. les trad. lat. de la Synopsis, et des Euporistes, des fragm. et un index, pub), d'après les manuscr. par A. Molinier. Imprimerie impériale, puis nationale.
Les œuvres d'OniBASE devaient commencer la Collection des médecins grecs et latins publiée sous les auspices du ministre de l'Instruction, publique par Ch. Daremberg, dans laquelle on compte l'Hippo- CKATE de Littré, 10 v.-in-8°, et la trad. de Celse, par Védrénes.
La collection des écrits d'ÛRiBASE si précieuse pour l'histoire de la médecine en général a, comme on a pu le voir, peu d'importance au point de vue de l'obstétricie.
l'^Ie renferme la description des parties génitales de la femme, extraite du livre de Sokanus. Cette description devenue classique a mis sur la voie de la découverte du livre de Soranus, mais aujourd'hui que l'on possède la plus grande partie de ce trésor, on passe presque avec indifférence devant ce fragment. L'édition française est précieuse par l'index qu'elle renferme et par l'indication des chapitres résués mdans le Sinopsis. (F.-J. II.)
DEPUIS LA DÉCADENCE JUSQu'a LA FIN DU Wn° SIECLE l()5
^ 80. — Nemesius.
Vers la fin du quatrième siècle, Nemesius, évèque d'Emesa en Syrie, écrivit un ouvrage sur la nature de Phomme (nspl «puasw; âv- OpojTJO'j), qui est important au point de vue du jugement à porter sur les connaissances d'alors. Le savant auteur, qui n'étaitpas médecin, prit à tâche de concilier les vues et les enseignements du Christianisme avec les principes de la philosophie ancienne, notamment avec les enseignements de Platon et d'AnisTOTE. Son point de mire est la nature psychique de Thomme, sans qu'il néglige de rechercher celle du corps. L'insuffisance de sa connaissance touchant le corps de l'homme doit être d'autant plus sensible chez ce savant non médecin, que les médecins eux-mêmes à cette époque n'avaient que des notions très faibles à cet égard. Il eut recours aux anciens écrits des médecins, mais il ne fut pas toujours heureux dans son choix, car il en adopta qui. déjà de son temps, avaient été rectifiés. Le vingt-cinquième chapitre de son livre, qui dans les nouveileséditions porte le titre: (jiîoi xoa ysw/iTtx.ou ■/.a\ 'î7:£p[j.ati/.o'j) de generandi aut spermatica facultate, donne la meilleure preuve de ce que nous avons dit, car nous y lisons encore cette ancienne doctrine d'HippocRAXE, qui dit que le sperme se forme dans le cerveau, puis est conduit par les vaisseaux derrière les oreilles jusqu'au scrotum, l'ouverture de l'un ou de l'autre de ces vaisseaux produit la stérilité; voy. Hipp., De aère, aq. et loc.
Il est question aussi des cornes utérines, et il expose d'après Aristote, Democrite et Galien la doctrine delà semence masculine et féminine, attendu que les organes qui la produisent sont les mêmes, à la position près (voy. plus haut § 6q).
Obs. — On a attribué le livre de Nemesius à Gregorius Nyssenus. Voy. la préface de l'édition d'Oxonne, 1671, 8. Voy. aussi * Theoph. Raynaud, Erotemata de malis ac bonis libris, etc. Lugd. , )653, in-40, p. i5o, où la même opinion est aussi exprimée. Les circonstances delà vie de Nemesius sont enveloppées d'obscurités:
ig6 TROISIÈME ÉPOQUE
il doit avoir vécu en 38o, d'autres disent un siècle plus tard. Greg. Nysseus vivait en 370. Voy. * Guil. Cave, S cf^iptorum ecclesiasîicoriimhistoyialitteraria. Londin., 1688, in-fol., p. iqS et 228, L'ouvrage de Nemesius se trouve dans la Biblioth. patrum dans la * Magna biblioth. vetei'.patr. etc., t. XII. Paris, 1644, in-fol., p. 708, exdans* Maxima biblioth., etc., t. VIII. Lugd., 1677, '"■" fol., p. 6 18, et 1770, in-fol., p. 35 i .Nous possédons en outre les éditions suivantes avec texte grec et latin :
^ Nemesii Philos et Episc, De Natura hominis liber unus, nunc primum in lucem editus et latine conversus a Nicasio Ellebodio. Antverp., i565, in-8'' (Ed. princeps).
* Nemesius Emesenus, De riatura hominis grœc. et latin.Ed. Chr, Fr. Matth.ei. Hal. Magd., 1802, in-8° (Edition d'une grande valeur).
Une traduction latine fut publiée par Georg.Valla déjà en i538, *Lugd., in-8°., trad. angl. par G. Witther. Lond., i636, in-i2. trad. allem., p. Otterhammer. Salzb., 1819, in-8°.
Trad. franc, par M, J.-B, Thibaud. Cambray, 1844.
§ 81. — Theodorus Priscianus.
Peu de choses sont renfermées dans les quelques chapitres sur les maladies des femmes de Theodorus Priscianus, appelé aussi OcTAvius HoRATiANus. Cc traité forme le troisième livre des ce Rerum medicarum libri quatuor » qu'il nous a laissés.
L'auteur était un élève de Vindicianus, médecin particulier de l'empereur Valentinien (364-375), ses conseils pratiques témoignent d'un empirisme vulgaire, et d'une superstition grossière ; il en est de même de beaucoup de remèdes qu'il indique ; il est étranger à toute tendance scientifique, et à la fin de son livre, il dit à propos de la parturiente les paroles suivantes : « Clbtera vero, quas artis officio parturientibus aut disponenda sunt aut facienda, usu magis quam lectione debes advertere ». Les dix chapitres du troisième livre « De passionibus mulierum et curis corundem ad Victoriam )> (qui porte aussi le titrede Gyna^cia ad Salvinam) renferment quelques données sur les douleurs des seins chez les femmes accouchées, sur les maladies de la matrice (hystérie), où l'auteur admet comme maladies principales le resserrement (constrictio) et le relâchement (relaxatio), et dis-
pose le traitement en conséquence; il traite encore de Pocclusion, des parties génitales, de la conception, de l'hémorrhagie, des ulcérations de la matrice et de la leucorrhée. Le sixième chapitre <( de aborsu » commence par ces mots : « Abortivum dare nulli fas est » ; l'auteur pense quMl n'est pas juste que le médecin charge sa conscience d'une pareille faute, toutefois il conseille de provoquer l'avortement dans les maladies de matrice, et dans rextrême jeunesse, pour conserver la vie à la femme enceinte.
Il compare cette action à la section de branches sèches qu'on pratique pour conserver Parbre, ou à l'action de jeter dans la mer des fardeaux qui chargent le navire pendant une tempête, (Naves pressce onere cum gravi tempestate jactantur solum habent ex damno remedium). Une foule de remèdes abortifs sont indiqués, entre autres les sternutatoires et les pessaires. Une nouvelle preuve de ce qu^alors les soins des femmes en couches et affectées de maladies des parties génitales étaient entre les mains des sages-femmes, se trouve dans la dédicace de ce livre à Victoria ou à Salvina d'après un autre manuscrit, sans aucun doute une sage-femmes ou une « medica », à laquelle on s'adresse plusieurs fois dans le livre. Le quatrième livre qui porte le titre « ad Eusebium filium de physica scientia >^ renferme une espèce de physiologie, et dans les chapitres : « semen quid sit et unde nascitur », de purgatione feminarum », et « de semîne » et quelques mots sur la conception, la grossesse et l'accouchement, qui ne sont que la répétition de ce qui se trouve dans HippocRATE, Aristote ct d'autres auteurs, etqui ne mérite pas que nous nous y arrêtions ; par exemple, que la semence de Thomme engendre des filles, celle de la femme des garçons, et que si les deux semences se mêlent, elles produisent des viragos, etc. Ce qu'il dit des jumeaux prouve que l'auteur n'avait qu'une connaissance très superficielle de l'obstétricie.
Obs. — Le nom vrai est Theodorus Priscianus, comnie Ta dit Th. Reinesius '' l'^ri^r. lection. Lib. III. priores. Ahenh., 1640, in-4°, p. 643. Le nom de Octavius Horatianus lui a été donné
igS TROISIÈME ÉPOQUE
par l'éditeur de ses œuvres Herm. Cornes, a Neuenar : « cujus diversitatis et âXXotoOc'a;oa ratio ab ipso reddenda fliit », ajoute Reines, ouv. c. Aussi Reines, clierche-t-il à prouver la rectitude du premier nom dans un passage d^ Alexandre de Tralles, lih. I, c. 21, où Theodorus Muscienus est cité, et où il a dû admettre d'abord la confusion de Mouç, au lieu de ITptç. Sur le temps où il a vécu, il ne peut exister de doute, car Theod. Priscianus se dit expressément l'élève de Vindicianus, dans le 4^ liv. De re med. (voy. la collection des Aides, p. 3 10, 6). Les éditions de cet auteur sont :
* Octavii Horatiani rerwn ?nedicar., libri IV. I. Logicus, de curationibus omnium ferme morborum corpor. humani ad Eiipoi'istum. II. De acutis et chronicis passionibus, ad eundem. III. Gynecia de mulierum accedentibus, et curis eorundem ad Victoriam. IV. De physica scientia, experimentorum liber, ad Eusebium fîlium. Per Heremanum a Neuenar, integro candori nuper restitutus autor. Argent., i532,in-fol. (Ed.princeps. Un neveu du comte du même nom a publié ce livre après la mort de son oncle, avec la chirurgie d'Abulcasis, en pagination continuée).
* Theod. Prisciani Archiatri ad Thimotheum fratrem Phœnomenon Euporiston, Lib. I, Logicus; Lib. II, Gynaecia ad Salvinam; Lib. III, Basil., i 532, in-4'' (le IV'' livre manque).
Les quatre livres de Théod. Priscianus ont été réimprimés dans: * Medici antiqui omnes, etc. Venet., ap. Aldiiilios, 1547, in-f", p. 291.
L'édition de Ioann. Mich. Bernhold n'est malheureusement pas achevée : * Theod. Priscian., At'cJi., qiiœ extant, novum textum constituit, lectiones discrepantes adiecit, in-8'' (d'après Choulant, imprimé à Anspach par Haueisen, 1791.)
Le premier livre et le commencement du second ont seuls paru.
Dans la Hannonia Gynaciorinn de la collection' de Spach se trouvent, p. 26, des extraits de Priscianus. (F.-J. H.)
§82. — Inlroduclinn à l'anatomie par un anonyme.
L'état des connaissances anatomiques à cette époque, nous est exposé dans un livre dont l'auteur s'est contenté de faire des extraits des ouvrages d'ARisxoTE, sans y ajouter les rectifications que la suite avait indiquées, comme nécessaires.
Sprengel dit qu'on pourrait se demander si l'auteur de cetie « Introductio anatomica «, ne serait pas Oribase? Les opinions sur la matrice sont celles qu'on trouve chez ARisTorE, et qui ressortent d'études faites sur les animaux : « Habent universim, est-il dit au ch. 29, sinus geminos, alterum in dextro latere, alterum in sinistro. Initium vero unum est, unum que os, quasi cervix carnea maxima parte, et cartilaginea, etc. » Il est aussi question des « acetables » (acetabules, /otuAri^ovE;), qui, pendant la grossesse, doivent disparaître (?). L'ancienne doctrine des organes génitaux de la femme qui seraient ceux de l'homme renversés c. 3i, est répétée ici. Cette Introduction qui était entre les mains d'un grand nombre « est, dit Hecker, un témoignage frappant de l'abandon complet de l'anatomie, et de son infériorité, qui ramène à des temps préscientifiques, à l'idée de Platon, qui pensait que les boissons passaient par la trachée artère, erreur qui depuis longtemps aurait dû avoir été ensevelie sous la poussière des siècles. »
Obs. — L'opinion de quelques-uns est, que l'auteur de cette introduction serait Lauremp.erg, son premier éditeur. Voy. * Herm. Gonrigii in universam artem medicam introductio. Helmest, 1687, in 4°, p. i53, qui ne décide pas la chose, que contredit Bernard dans sa préface. L'indication indéterminée de Morsius dans la dédicace de l'édition Lauremb, Mors. : « Quam (anatomiam) Petr. Laurembergius ex florentissimo Galliarum regno secum attulit, etc. », adonné lieu à la supposition exprimée cidessus.
Voyez *Avtovû[jLov sîciaywyT] âvaTO[j.[xr) ciini ititcrpretatione doctissima Petr. Laurembergii, auspic. ac sumtib. Joach. Morsii. Lugd. Bat., 16 18, in-4°.
* Anonymi introductio anatomica, gr. et lat. c. not. D. W. Trilleri et Jo. Steph. Bernard. Lugd. Batav., 1744, in-8°.
§ 83. - Tertullien.
Des documents du plus haut intérêt, pour l'histoire de l'obstétricie, se trouvent chez un auteur non médecin qui, en raison du temps oli il a vécu, aurait dû être mentionné plus haut. Nous
n'en parlons cependant qu'en ce moment, parce qu''il a été démontré, que depuis Celse, l'obstétricie n'avait fait aucun progrès, et qu'au commencement du christianisme, les pratiques anciennes s'étaient conservées sans modifications, encore pendant plusieurs siècles. Ce que nous avons dit de la fin de la deuxième époque, et du commencement delà troisième, subsiste toujours, et nous retrouverons les mêmes pratiques encore chez beaucoup d'auteurs qui ont écrit plus tard. C'est par ce motif que ce n'est quMci que nous pouvons appeler l'attention du lecteur sur un état très remarquable que nous dépeint un Père de l'Eglise : Q. Septimus FlorensTertullianus (d'après Pamelius, il devait vivre encore en 218), dans son livre philosophique « De Anima ». ses paroles nous tracent un tableau de la cruauté exercée à l'égard des enfants, par l'obstétricie habituelle d'alors. Il nous montre, que dans les présentations mauvaises, les médecins d'alors n'avaient d'autre ressource que le morcellement de l'enfant, qu'on ne craignait même pas de le pratiquer sur un enfant encore en vie. C'est surtout puisqu'un auteur non médecin se sert de cet exemple pour appuyer ses arguments philosophiques, que nous voyons combien, à cette époque, était connue et pratiquée cette méthode d'accouchement. Ce ne sont pas des souvenirs du passé que l'on évoque, comme on a l'habitude de le faire, quand on parle a des laïques, mais bien des vérités d'actualité qu'on expose; ces pratiques étaient encore enseignées et suivies plus tard. Le passage de Tertullien est le suivant: « Atquin in ipso adhuc utero infans trucidatur necessaria crudelitate, cum in exitu obliquatus denegat partum, matricida ni moriturus. Itaque et inter arma medicorum et organa sunt, quo prius patescere sécréta coguntur tortili temperamento, cum anulo cultrato, quo intus membra cœduntur anxio arbitrio, cum hebeie unco, quo totum pecus attrahitur violentopuerperio.Est enim œneum spiculum, quo jugulatio ipsadirigitur cœcolatrocinio : È;j.op-jop£V.r/)v appellant de infanticidii officio, utique viventis infantis peremptorium. Hoc et Hippocrates habuit et AsclrpiADKs, et Erasisthatiîs, ct maioruoi quoque prosector Heuo-
PHiLus, et mitior ipse Soranus, certi animal esse conceptum, atque ita miserati, infelicissimœ hujusmodi infantiae, ut prius occidatur, ne viva lanietur. De qua sceliris necessitate, nec dubitat credo Hicesius, jam natis animam superducens ex aeris frigidi pulsu, quia et ipsum vocabulum animae pênes Grascos de refrigeratione respondens » (Tert. De anim., c. XXV). Quelle série d'autorités l'auteur n'aurait-il pas pu invoquer encore, s'il lui avait été possible de lever le rideau sur le passé, le présent et Tavenir 1 Le « Armamentarium medicorum scil. obstetricorum « qu^il cite, fournit aussi d'intéressants documents surla médecine opératoire de cette époque, éclaire ces temps éloignés, et décrit les instruments encore alors en usage pour pratiquer l'embryotomie.
Obs. — Les passages cités ci-dessus ont été empruntés à l'édit. suiv. de Tertullien :
* Q. Sept. Florent. Tertulliani Opéra, argumentis explicationibus et notis illustrata auct. L L. de la Cerda. Lutet. Parisior., 1641, in-f°.
Voy. encore : * Aug. Chr. Langbein, Spécimen Embi^yulciœ antiqiiœ ex Q. S. Fl. Tertulliano, lib. De anima, cap. XXV. Hal. Magdeb., 1754, in-4°.
§ 84. — Les méthodes de perforation et d'embryotomie des anciens^ éclairées par des passages des œuvres de Tertullien.
Comme le passage que nous venons de citer renferme la narration de quelques modes d'accouchements alors usuels, et l'énumération de quelques instruments, c'est le moment de donner quelques éclaircissements, d'appeler l'attention sur les instruments analogues des devanciers, et d'établir entre eux une comparaison, par laquelle il sera facile de voir si l'art a fait des progrès, ou si, satisfait de ce qu''il avait, il s'était borné à y apporter quelques légères modifications. Nous ne pouvons dire que ce passage de Tertullien soit consolant, car il ne montre que des armes destinées à tuer l'enfant pour sauver la mère, et cela dans
des présentations transversales, qui, d'après les progrès ultérieurs et l'état actuel, ne réclament plus ces moyens, ou du moins ne les exigent plus que bien rarement. En somme, on suit toujours encoreles préceptes d'HippocRAXE, qui, dans cescas, recommandent la version sur la tête, et Tembryotomie, en cas d'insuccès. Ce qui dans les écrits d'HippocRAXE n^est pas nettement expliqué, Tertullien le complète : L^enfant doit d'abord être tué dans la matrice, afin qu'il ne soit pas morcelé vivant. C'est ainsi que cette doctrine cruelle s'est conservée durant des siècles, nous verrons hélas, qu'elle n'a été appliquée que pendant trop longtemps par Part deguerir, et à sa honte. Les accoucheurs se sont ingéniés à inventer de nouveaux procédés et de nouveaux instruments, pour accomplir cette cruelle opération. Nous avons déjà dit plus haut que le conseil de Celse, de faire la version sur les pieds, n'avait pas trouvé l'accueil qu'il méritait. Si ce conseil avait été suivi, la doctrine de l'embryotomie eût été fortement ébranlée, et déjà à celte époque, on aurait accompli ce qui ne s'est fait qu'un grand nombre de siècles plus tard. Mais alors Tertullien trouvait une démonstration directe de sa proposition philosophique : que l'âme de l'homme naît au moment de la conception, et que les accoucheurs, qui habituellement sacrifient l'enfant dans le sein de la mère, commettent un meurtre. « Denique et mortui eduntur, quomodonisi etvivi : qui autem mortui, nisi qui prius vivi ». A la suite de ce passage, Tertullien énumère les instruments dont les accoucheurs de son temps faisaient usage. Parmi ces instruments il en nomme d'abord un : « tortile temperamentum » dont l'utilité spéciale est assez indiquée: il devait servira ouvrir et à élargir les parties génitales. Il ressemble aux spéculums ou aux deux instruments dilatateurs, que nous retrouverons plus tard encore chez les Arabes. Du temps de Tertullien, devait déjà être connu un instrument, quel'on pouvait ouvrir en tournant une vis, ce qu'indique l'épithète « tortile » ajoutée à l'instrument. Nous ne trouvons rien de pareil décrit par Hip- PDCRATE ou par Celse, bien que chez le premier il soit souvent question d'élargissement des voies génitales, et pour l'accomplir.
DEPUIS LA DÉCADENCE JUSQU^A LA FIN DU \]l^ SIECLE 203
d'un instrument '< [j-r^l-q >^ (sonde). Foes dit à propos de ce mot : « Specillum signiticat et instrumentum chirurgie, cujus varius est usus ». Il est introduit enduit des substances médicamenteuses dans la matrice fermée ou indurée (voy. Œcon. Hipp, au mot « ;j.riXr) »). Dans le livre de la nature delà femme (Littré, VIII, p. 38i,§37), il est dit expressément: «Introduisez la sonde, ouvrez l'orifice utérin, dilatez-le ». Dans la même intention on employait des petits tubes en plomb.
La dilatation des parties génitales, faites dans un but obstétrical moyennant la main, a été mieux décrite par Celse (voy. § 6i), et ce mode est préférable à ce qu'on peut obtenir avec de pareils instruments. Celse surpasse ici tous ses successeurs; dans l'arsenal desquels on trouve un spéculum comme Tertullien le dit, et dont les collections offrent d'effrayants spécimens. Chez Pauld'Egine est décrit un pareil dilateuric .j2. p. 295, trad. de Briau) qu'on fait agir à l'aide d'une vis. Lang- BEiN termine en disant : « Tertulliani aetate apud carthaginenses (Tert. était africain) eiiam artem obstetriciam egregia cepisse incrementa », comme si cet instrument n'avait pas été connu d'HippocRATE, et comme s'il venait d'être inventé, et il donne à cet instrument toute son approbation. Cela donne toutefois une idée de l'action uniquement mécanique qui dominait dans l'accouchement déjà à cette époque, et qui a régné si longtemps dans l'art à son grand préjudice. Un deuxième instrument est indiqué par Tertullien sous le nom d'annulus cultratus (anneau tranchant), dont l'action est suffisamment indiquée par ces paroles : « quo intus membra caeduntur anxio arbitrio » Il est question ici du morcellement de l'enfant dans l'utérus, comme il est enseigné dans beaucoup de passages des écrits d'HippocRATE, et ici cet instrument servait à une action spéciale (voy. § 45). Les instruments de cette nature décrits par Hippocrate sont le [i.a-/aifov, le bistouri, et l'ovu;. un ferrement adapté au pouce, pour séparer les épaules du cou (Superfœtation, t. VIII, p. 481, § 7).
L'anneau de Tertullien concorde bien avec l'ovuÇ (De la superfœtation) ; l'amputation faite, on extrait le bras, puis la
main rentrant dans l'utérus, on fend le ventre du fœtus et on retire doucement les entrailles, etc.
Nous ne voudrions pas, comme Foes, désigner l'ovj; comme « uncus aut uncinum ferreum adextrahendum fœtum mortuum» et ne pas lui donner la même signification qu'à IX-/.'ja-!:Tip,È[j.6puouXxo'ç. Cet ovu? était sûrement un instrument destiné à ouvrir en coupant, ce qui concorde parfaitement avec notre anneau tranchant (annulus cultratus), comme l'apprend clairement la description ci-dessus, qui le faitadapter au pouce. Cette forme très ancienne d'anneaux trancliantsa été conservée pour des instruments nouveaux, p. ex. B. Simpson's Ringscapell(voy. * Burton, Essay towards e new sy st. of mi dw if .honA.^ \j5i, in-8°, p. 23o, tab. i6,fig. ii), pour les bistouris s'adaptant au doigt k Finger bistouris » de Rœderer et Starck. Du temps de Celse, les instruments d'Hippo- CRATE modifiés étaient : « uncus undique lœvis, acuminisbrevis, qui in interiore tantum parte per totam aciem acuitur » ce qui est un instrument commode (i) enfin avec le troisième instrument « hebete unco » crochet mousse, l'enfant était extrait.
Les règles précises de l'application du crochet sontexposées par Celse (§ 6i), qui en indique exactementl'emploi. Parmi les instruments extracteurs, Hippocrate nomme le « iX/uatr^p, Galien le représente comme un £[j.6puouXy.oç(Dic. exolet. Hipp.expl.). C'est sans doute une espèce de crochet tranchant, d'après une autre descrip tion (morb. mulier, p. 702),sionadoptelamanièredeliredeFoES
(Œcon.sXy.uatrjp'.) «TàôaTs'a sX/.£iv ô'JT£EX-/.'o(dans Péd. deV. LlNDENocytsouX-
•/.(Tijf; TfocX-/.oaTf;pt.)));on voit le mode d'action de ces instruments, mais on ne trouve pasPindicationdeleurforme. Le « spiculumasneum» de Tertullien concorde complètement avec le p.a/aipov (perce-crâne d'HippocRATE) et se retrouve plus tard dans l'arsenal obstétrical, p. ex. la lance de Mauriceau, le trocart de Frucd, etc. Le spiculum nous paraît plutôt destiné à ouvrir la tcte, l'annulus cultratus à faire la section du tronc, des bras, ou le morcellement du fœtus, dans le sens le plus étendu du mot. Hippocrate
(i) Le Sichelmesser, couteau en forme de faucille, mousse à l'extrcniiié, propose par Schultze pour la dctroncation. (F.-,l. H.)
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se servait du [j.a/a!,'pov aussi bien pour ouvrir la tête que pour faire la section d^autres parties du corps. Après avoir ouvert la tête, HippocRATE employait encore le mcaxpov, le compresseur, pour Técraser (Mal. d. f., VIII, 147, §70) (peut-être unepince pour arracher les dents comme on le voit dans P. d'Egine (VI, ch. 74, p. 3o5,de R. Briau, et chez les Arabes). Le TT'^caipov est cité dans le passage suivant : aylax^xa -r,vx£oaXT]v [j.a-/^a;p'.oj, Çorj.TîÀaaai tw -'.ECJTpro, y.a ocî-csa eX/.î'.v o<3xzol6yc), /.«t toj cXy.ucjTept... sXy.s'.v. Fendre la tête avec le bistouri,l'écraser avec le compresseur (afin qu'elle ne cause pas d'embarras),et tirer les os avec la cuiller àos,etles sortir aveclecrochetà embryon (Mal.d.f.,VIII, 147, §70), et dans le passage :tw Twisarpcoauv-cpf^atiaTcXcupa... 011 brisc les côtés (Superfœt., VII 1,481, §7), ce qui explique bien l'action compressive du r.Uaxpov. L'explication d'Es- TiENNE qui dit que le Tïi'ccr-pov est un instrument de chirurgie servant à extraire le fœtus, n'est aucunement suffisante. Galien donne une explication plus claire du mot « £fa.6p'joGXàaT£ç ». Quant au fait de trouver dans le « spiculum seneum de Tertullien » une idée de provocation prématurée de l'accouchement, comme Hebenstreit, Metzger et des autres auteurs de monographies sur l'accouchement prématuré l'ont pensé, nous la rejetons complètement, car nulle part dans Tertullien il n'y a l'ombre d'une pareille pensée. Il n'est question chez lui de l'intervention artificielle, que quand l'enfant est sacrifié. Nous avons adopté le mot £[jL6puop£V.-y]v , par lequel est désigné le spiculum, bien qu'on lise : ciJiôpuovsV.Tjriv, £(j.6puoa£V.Trjv, £|ji5p'J07:a-/.TrjV, eu£puoaziâ-Axr]y, et même c;j.5puo8Xa<jtr]v.
Obs. I. — Sur les instruments d'obtétricie des anciens, voy. :
* HippocR. lib.prior de morbis jniilieriim, etc., Maur Cordaeo interprète. Par., i585, in-fol, p. 263,264.
* J. H. Slevogt. Proliis. de instrumentis Hippocratis chirurgicis hodie ignoratis.Jen., 1709, in-4°. Voy. aussi plus haut §40- ■
Obs. IL — Par les noms des médecins célèbres cités par Tertullien, nous voyons que ceux-ci se sont occupés d'accouchements depuis les temps les plus reculés, soit par leur conseils, soit par une action directe. Parmi eux nous trouvons Ascle-
piADE (i) de Bithyiiie, le fondateur deTécole méthodique. Deses écrits nous n'avons que quelques fragments conservés par Celse, CoELius Aurelianus, Galien, et d'autres. Herophile (2) est aussi nommé, ce qui paraît indiquer que cet homme distingué dans toutes les branches (voy. | 69, obs. II) s'était aussi occupé d'accouchements. HicEsius (3), qui est aussi cité, est bien celui dont fait mention Strabon à la finduXlP livre, 011 il dit: '( Patrum nostrorum tempestate Smyrnœ Erasistratea schola fuit, prœside HicEsio ». Pline en parle aussi dans Histor. natur., lib. XVI, c. 19 ; 1. XX, c. 5 ; 1. XXII, c, 16; 1. XXVII, c. 4; le nommant à cette dernière place, l'appelle «non parvas auctoritatismedicum ». AiHENyEus aussi, lib. III (Ed. Casaubon, p. 87), mentionne HicEsius comme caution. Ce passage de Strabon a donné occasion à Richard Mead d'admettre plusieurs médailles de Smyrne frappées en Thonneur de médecins distingués parmi lesquels s'en trouvent deux à Hicesius et attribuées par Mead précisément à notre médecin. Voy. * Rich. Mead, Oratio anniversaria Harveiana, adjecta est dissertatio de nummisquibusdama Smyrnaeis in medicorum honore percussis, 1725,111-8°, p. 60. Voy. aussi dans ses*Oper. med., t. I. Gott., 1748, in-S", V, p. 59. Wise et Eckel ont déjà démontré que l'opinion de Mead relative aux médailles en question frappées en Thonneur de médecins n'était pas exacte ; ainsice Hicesius cité, qui est représenté sur la médaille, serait un magistrat, etc. Dans le fait, nous devons être très réservé vis à vis l'idée fantaisiste de Mead, et n^admettre qu'avec grande réserve sur plusieurs médailles, qu'il représente, un Esculape qui doit tenir de la main gauche un « Gladiolum chirurgicum ». Serait-ce le /Aa/at'pov d'HippocRATE ? Toute la figure avec une longue verge (sans serpent), tenant l'index de la main droite sur les lèvres, représente plutôt un magistrat discret qui écoute, qu'un Esculape (de Mead) recueillant le serment que prête un candidat d'observer le silence sur les arcanes de la science : (f arcana scientiœ medica; et juratum ab ejus candidatis silentium signiiicanti ^sculapio. » Nous serions disposé à nous ranger àl'opinion d'EcKEL, qui traite l'idée de Mead de « lusumingenii », et qui ajoute plus loin : « Neque ego, quod Meadius in hac causa scripserat, serio scriptum ab eruditissimo hoc viro existimo, verum leporis festivi atque erudita; elegantioe causa, etc. « Voy. " Jos. Eckel, Doctrina niimmorum veterinn, p. I, vol. II. Vindob., 1794, in-4°, p. SSq. Voy. encore * Fr. Wise, Niimmorum antiquarum scriniis Bodleianis reconditorum catologus. Oxon., 1750, 111-8", p. 146.
(i) Cinq fois cité par Soranus. Ermerius, p. XCVI.
(2) Cité douze fois par Soranus, Ermerius, p. XCVIII.
(3) Cité trois fois par Soranus. Ermerius, p. C. (F.-J. H.)
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§ 85. — Pourquoi les anciens faisaient si peu de cas de la vie de r enfant dans le sein de la mère.
La légèreté avec laquelle l'enfant était sacrifié dans le sein de la mère, se rattache certainement à d'anciennes doctrines philosophiques, à celles des stoïciens surtout ; d'après eux, l'enfant dans le sein de la mère n'avait point d'âme ; c'est cette opinion que Tertullien combat dans le chapitre que nous avons cité. Voy. PLUTARQUE,le placitis philos. Lib.V, c. i5 :«Aninutero sit animal. (*Ed. ReiskEjVoI. IX, p. SgS) :« Plato animal censet, quia etmoveaturin utero et alatur.S^ofczpartemventris, non animal : utque fructus, qui stirpium partes sunt, ubi maturere defluunt; ita rem quoque habere de fœtu, Empedocles fœtum non esse quidem animal, spiritu tamen praeditum in utero. Primam autem animalis respirationem fieri, cum partu editur, decendentehumore, qui est in fœtu, et in exhausti locum succedente in vasa reserata aëre externo. Diogenes inanimata nasci animalia, sed cum calore ; atque insitum calorem^ simul atque natum est animal, animam in pulmones attrahere. Herophilus naturalem fœtui in utero, non animalem, motum permittit, motusque causam edit nervos. Animalia tum demum fieri, cum ex utero effusa aliquid aëris accipiunt ». Lactance combattait également cette ancienne opinion dans son livre De opificio dei, c. 17 : « Non enim post partum insinuatur in corpus, ut quibusdam philosophis videtur : sed post conceptum protinus ; cum fœtum in utero nécessitas divina formavit ». L'écrit de Galien : An animal sit id, quod in utero est ^> est dirigé dans le même sens, et se termine par une affirmation (voy. § 72). Les écrits d'HippocRATE ne méritent pas ce reproche, comme nous l'avons vu, puisqu'il n'est question d'embryotomie que sur des enfants morts. Un écho des doctrines stoiques se trouve encore bien plus tard dans la doctrine du fœtus animé et non animé.
Obs, — Les principes de la doctrine des stoïciens ont heureu-
sèment disparu des règles de Tobstétricie actuelle, au grand avantage des enfants ; nous reconnaissons cependant la triste nécessité de la perforation dans quelques cas, et l'ardent plaidoyer de F. B. OsiANDER contre cette opération n^a pu la bannir du rang des opérations imposées par la nécessité ; mais nous n'y avons recours que suivant des indications précises, après l'emploi infructueux d'autres moyens, et comme à une dernière ressource. C'est avec d'autant plus de tristesse, que, dans un des livres nouvellement publiés par Robert Collins, qui pendant sept ans a été le directeur de la Maternité de Dublin, nous avons vu à quel niveau s'était abaissé l'état de l'obstétricie dans cet établissement. Nous anticiperions sur ce que nous aurons à dire plus loin sur le sort de l'obstétricie, si dés maintenant déjà, nous parlions de la faveur dont jouit la perforation du crâne en Angleterre, nous aurons à exposer plus tard nos informations à ce sujet. Mais au moment où nous parlons de l'obstétricie des anciens, qui sacrifiait si facilement la vie des enfants, et où nous avons recherché les causes qui pouvaient excuser cette pratique, il nous appartient de signaler les erreurs de l'art (ce mot convient exactement) dont les temps actuels se rendent encore coupables. Robert Collins nous a dit dans son livre :* A practical Treatise ofmidjpifery, containing the résultat of sixteen thousand, sixhundred and hfty four births occurring in the Dublin Lying-in Hospital during a period ot seven years, commencing nov. 1826, Lond., i835, in-8°, p. 3i, que sur ces 16,654 naissances, la perforation a été pratiquée i 18 fois, que dans 40 présentations de l'épaule et du bras, l'cmbryotomieaété pratiquée 6 fois, et dans 33 versions, la tête a été perforée 3 fois, celle-ci venant la dernière ! Il y a eu 34 ruptures de la matrice ; la perforation fut pratiquée sur 1 9 enfants, sur 2 l'embryotomie, et 32 femmes succombèrent. Par contre le forceps ne fut appliqué que 24 fois, caron n^admet l'application de cet instrument, que quand, l'oritice étant complètement dilaté, la tête repose sur le périnée, et qu'il est facile d'atteindre l'oreille. Quand ces conditions ne se rencontrent pas. et que l'accouchement traîne en longueur, il n'y a que la perforation de crâne à employer, et on ajoute que la mort de l'enfant arrive avant qu'il soit indiqué de pratiquer la perforation. D'après Collins le stéthoscope ne peut tromper; là où l'on ne perçoit plus de battements, l'enfant a succombé certainement, et il n'y a qu'à pratiquer hardiment la perforation. Il a eu recours à cette opération dans les cas, où, après des présentations du siège, la tête était retenue ; ainsi dans les présentations du siège et des pieds, où, d'après ses règles, on ne doit pas employer la force, mais accorder pleine confiance au perforateur. 11 a perforé dans un cas où les os du crâne étaient si minces que le forceps n'avait pas eu de prise, il a perforé dans un cas, où la tète se trouvait
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déjà sur le périnée et n'avançait plus, et alors qu'il n^avait plus entendu les battements avec le stéthoscope. 11 a même perforé un deuxième enfant jumeau, puisqu'il n'avait plus entendu les battements ! L'expérience de tant de siècles a été inutile à cet homme ! L'histoire ne lui a rien appris, sans quoi il tremblerait devant sa pratique, qui le place si au-dessous de celle des siècles depuis si longtemps écoulés, alors que la nécessité, le manque d'enseignements et d'instruments meilleurs, pouvaient expliquer d'aussi tristes procédés; qu'aucun juge aujourd'hui ne pourra peut-être excuser pour son époque. Vraiment cette étrange pétitiondes enfants encore dans le sein de leur mère(Fr.Nichols anonyme), adressée aux Censeurs du collège royal des arts à Londres (The pétition of unborn Babes, etc. Lond., lyS i), cette satire (i) pourrait s'appliquer toujours avec vérité aux principes actuels de CoLLiNs, et le buste du noble Harvey, commençant encore à parler, comme dans la satire, devant l'assemblée des médecins, n'aurait qu'à répéter de nouveau les mêmes paroles ! Ce reproche qui accuse un pas rétrograde, s'adresse-t-il à l'obstétricie anglaise toute entière, ou seulement à quelques accoucheurs, alors que partout ailleurs on constate de si sensibles progrès? c'est ce que nous nous efforcerons de rechercher plus loin. Qu'il nous suffise d'avoir cité un exemple, qui prouve que, si les principes blâmables d'anciens médecins, dont les doctrines ont été exposées par nous, n'ont pas encore entièrement disparu, qu'il en est aussi qui n'encourent pas le reproche auquel d'autres ne peuvent échapper, au point de vue de l'état actuel de la science.
Combien n'est-il pas regrettable, qu'après s'être élevé contre la pratique cruelle des accoucheurs contemporains, qu'il expose avec tant de précision, Tertullien n'ait pas aussi décrit la pratique de Soranus qu'il appelle « mitior ipse » [De anima, c. 2 5). Le nom de Soranus était célèbre, Saint Cyprien (III^ siècle) en parle dans ses lettres (Ep. 76.) ; Saint Augustin (IV'= siècle) appelle Soranus « medicincc auctor nobilissimus ». Quelques documents donnés par Tertullien eussent été bien précieux, et eussent exercé sur l'art une heureuse influence, peut-être eussent, pour le plus grand bien de l'humanité, préservé ce précieux livre d'un ensevelissement dans un oubli de dix-huit siècles ! Mais pourquoi l'auteur appartenait-il à l'École méthodique, alors que Galien devait régner seul !
(i) Reproduite dans les Essais historiques sur l'art des accouchements par Sue, t. I, p. 2i3.
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^ 86. — Aétius d'Amida.
Un ouvrage important pour l'histoire de la médecine en général, et surtout pour l'obstétricie, est celui qu'a écrit un médecin chrétien du VP siècle, Aétius d'Amida. Il est né à Amida, ville de la Mésopotamie, au commencement du VP siècle, de sorte que l'éclat de son talent correspond aux années 540-55o. Il étudia la médecine à Alexandrie, ainsi que nous rapprennent plusieurs passages de ses écrits ; il a vécu à la cour de Byzance, avec le titre de cornes obsequii (xop.ri; àJ^ly.io'j) , comme l'appellent tous les manuscrits; peut-être, ainsi que le présume Hecker, comme médecin particulier de l'empereur Justinien (r. 5 27-565). Comme son prédécesseur Oribase, il ht des extraits d^anciens écrits, et c'est de cette manière que se forma l'ouvrage qui est parvenu jusqu'à nous, où l'on trouve conservés pour nous des passages d'anciens auteurs, ainsi que des préceptes et des modes de traitement qui ont été entièrement perdus, ce qui rend la collection d'AÉTius extrêmement précieuse ; le mode d'exposer dans lequel l'auteur s'efforce d'éviter toutes les longueurs, lui donne un prix de plus. Aétius était lui-même médecin ; cela ressort de plusieurs passages de ses écrits ; il appartient à l'école méthodique, et il mêle à ce qu'il dit des idées de néoplatonisme qui étaient très appréciées à cette époque à Alexandrie. Pour faire ses extraits, il utilisait son expérience personnelle ; ses exposés ont une tournure plus scientirique que ceux d'OaiBASE. Nous pouvons facilement admettre que son ouvrage donne une image de la médecine en général, de son époque ; il faut ajouter, que depuis longtemps hélas, les médecins avaient renoncé aux recherches personnelles, et se contentaient de ce qui avait été fait avant eux. Le déclin des connaissances médicales était commencé depuis longtemps ; il en résultait que le besoin d'écrits comme celui dont nous parlons se faisait sentir de plus en plus. On cherchait, au moins, ù conserverce qu'onpossédait. C'est avec anxiété, que l'esprit se cramponnait au passé, dans l'impuissance
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OÙ il se sentait de cherclier par lui-même , de fonder quelque chose de nouveau ou de meilleur, semblable au naufragé, qui s'accroche avec confiance, comme moyen de salut, à une vieille épave qu'en d'autres temps il aurait méprisée.
Obs. — Les indications exactes, sur le temps où Aétius a vécu, ainsi que sur sa vie^ manquent. On ne peut rien tirer de précis des écrivains qu'il cite, ni de ceux qui parlent de lui. 11 est hors de doute qu'il a écrit avant Alexandre de Tralles, Théophile Protospatharius, et Paul d'EoiNE. Le premier le cite formellement (* Basil., i556, lib. XII, dern. chap., p. 779). Paul d'Egine en a beaucoup profité. D'après les autorités qu'AÉxius lui-même cite, p. ex. Oribase, Marcell. empiric, Petrus, médecin de Théodoric, médecin particulier du roi des Goths, c^est le siècle que nous avons indiqué plus haut, qui doit être admis comme le plus exact. Voy. à cet égard : * G.Weigel, Aetianarum exercitationum spécimen. Lips., 1791, in-4'', p. 6 et suiv. Notre auteur ne doit pas être confondu avec Aétius Antiochenus, un hérésiarque du IV'^ siècle, appelé à cause de cela impius, aOco; (Suidas) comme le prétendent encore beaucoup d'autres auteurs p. ex. * Remaclus. Lymburg. illiist7\ medicor vitœ ; Paris, 1542, in-8°, TiRAQUELLus, De nobilitate, opéra omn. Francof. ad. M. i59,in-8°., t. I, c. 3i, p. 162, comme Cornarius paraît l'avoir fait dans l'éd. de Baie d'AÉxius, i535. Voyez aussi la préface de J. Bapt. Montanus à son édition i535, qui rectifie la dénomination Amidenus contre Cornarius, qui l'avait appelé Antiochenus (i).
Plus exact déjà, est * Petr. Castelanus dans le jugement qu'il porte: « in Vitis illustriiim medicor. Antverp., i6i8,in-8°, p. i3o. Seulement il le place après Paul d'Egine, et appelle son ouvrage un « Galenum contractum, Oribasium explicatum, Paulum ampliatum. Tous nos auteurs, tous nos manuscrits écrivent : « AsxtQç A[j(.iorjvoç » et ajoutent : « zofjirj- -coO' ôis/.-.oij « c'est-à-dire chef de la garde du corps impérial de la Légion en Asie, dignité qui lui fut conférée par la cour impériale de Bysance, comme Theophi- Lus, il portait le titre de protospatharius. Voy. * Glossarium ad scriptores médias et infimas latinitatis auct. Car. Dufresne, t. II,
(i) Comme l'indication ci-dessus pounait donner lieu aune erreur, nous citons les titres exacts de cette édition princeps que nous possédons, et que le savant auteur n'a pu consulter, comme l'absence d'astérisque l'indique. La traduction latine des œuvres d'AÉTius ex ojfficina Frobeniana, Basil.., i533-i535. a été faite par Montanus et par Cornarius, le premier a traduit les livres 1-7, 14-16. le titre porte Aétii Amideni quem alii Antiocheni vocant. Le titre de la partie traduite par Cornarius porte : Aétii Antiocheni, libri. (F.-J. H.)
Par,, i733,in-fol., p. 8oi, et les art.: xojj., ^v/.. dans son Gloss. ad script, med. et infim. graecitat. Lugd., 1688, in-fol. Les passages, qui nous apprennent le séjour d'Aétius à Alexandrie, se trouvent dans le livre de l'Ed. Aldine, i534, in-S», p. 9, 6, « ÈXatov vKpoov, 6 lazc'ja^ja sv àXcÇavôpsi'a», et p. 10, a, « ÈXaiou azsuaata, 0 Ècj/.Euaaa £v «XsÇayôpsta » OÙ MoNTANUs a commis uii contresens en traduisant « quod conficitur)) au lieu de « paravi » comme l'a fait exactement Cornarius.
Sur Aétius voyez :
* Photii, Myriobiblion. Rothom., i653, in-f°, CC XXI, p. 566, « AÉTii Amedeni op. med., lib. XVI.
* J. E. Hebenstreit. Tentam.philolog. medic. sup. Aétii Amedeni synopsis medicorum veterum libris octo post illos octo, quos Aldus Manutius, i534, evulgavit, etc. Lips., lyS-j, in-4°. (Praefat.]
* Aëiianarum exercitationum spécimen aiict. Weigej.. Lips., 1791, in-4°.
* Commentationum inAÉxii amidenimediciavr/ooTaspecprim. seitens libri IX, c. 41. rispl àay.ap:owv. Auct. loli. Magn. Tengstrom (prœsid. Gubr. Bonsdorff. Abose, 18 17. Praef., p, 8-24. Voy. aussi l'article Aétius par Hecker dans Encycl. Wortej~buch der med. Wissenschaften. I Bd. Berl., 1828, in-8'', p. 5 1 1 [Die. encycl. des se. med.].
§ 87. — Doctrines obstétricales d'Aétius.
Parmi les livres d' Aétius, le dernier, le seizième, ou Sermo IV, Tetrabibl. IV, s'occupe de sujets qui se rapportent aux maladies des femmeset auxaccouchements. Aétius a misa profitparticulièrement les écrits d'AscLÉPiADE, du méthodique Philumenos, d'ARCHiGENEs, RuFus, Galien, Léonide, Soranus, Philagrius et d^AsPASiA, dont plusieurs ne nous sont connus que de nom, mais qui prouvent que, dans Tantiquité, ces questionsavaient été étudiées, et qui nous laissent le regret de n''avoir pas vu leurs écrits parvenir jusqu'à nous. Philumenos, surtout, s'est acquis de grands mérites au point de vue de Tobstétricie, attendu que ce sont particulièrement les chapitres, qui chez Aétius ont trait à la technique de Fobstétricie, qui lui sont attribués. Il doit avoir eu une grande expérience; beaucoup de choses excellentes, p. ex. la version sur les pieds, ont clé conseillées par lui, et le traitement de
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]a délivrance et de ses anomalies laissaient peu à désirer au temps où il a écrit. Nous devons d'autant plus estimer les travaux de Philumenos, ainsi que ceux des médecins qui s'occupaient d'obstétricie, qu'ils ont eu à vaincre de grands obstacles, car la pratique des accouchements était entièrement entre les mains des sagesfemmes ; ils n'étaient appelés que dans des cas désespérés et leur rôle, dans ces cas, paraît avoir été subordonné, comme cela a déjà été dit, quand nous avons parlé de Galien (§71, Obs. II] car Aétius le constate lui-même, puisqu'il dit expressément : a hœc omnia de muliere aegre pariente medicum percunetari ex obstetrice opportet » (i). Que d'entraves aux progrès de l'art, alors que le médecin ne pouvait être témoin de l'œuvre de la nature pour en faire l'étude ! 11 n'est pas besoin d'insister davantage sur ce point. Les tristes conséquences de cet état de choses sont les opérations sanglantes, les perforations et morcellements de l'enfant, qui, depuis le début de Tobstétricie se maintenaient toujours, et dont le seul perfectionnement devait être pendant de si longs siècles la préoccupation des accoucheurs. Le livre de la nature, cette grande institutrice, restait fermé pour eux. Il ne leur étaitpermis que d'entrevoir son œuvre, lors d'aveugles interventions, qui ne pouvaient produire aucun bien. La nature et l'art paraissaient vis-à-vis l'un de l'autre comme des ennemis, sans lien bienfaisant qui les unît. C'est pourquoi il ne faut pas condamner si sévèrement les enseignements que les anciens accoucheurs nous ont laissés. Il faut avoir égard aux usages de cette époque, sous l'influence desquels ils exerçaient leur art, et avoir pour eux d'autant plus d'admiration et de considération, que plongés dans d'épaisses ténèbres ils ont fait d'incroyables efforts pour trouver mieux, et voir avec plus de justesse. Les éloges que nous avons donnés à Celse, nous les devons aussi aux doctrines de Philumenos que nous avons dessein d'exposer d'après les écrits d'AÉTius.
( I ) Il faut lire la phrase en entier, elle constate bien la chose, mais elle n'a pas ce caractère exclusif que S. lui attribue. (F.-J. H.)
Obs.I. — La collection d'AÉTius porte dans les manuscrits le titre de : « B'.6X'.a tatpr/.à Ey.zaiîexa», libri médicinales sex decim. Dans cette division, Aétius renvoie souvent aux premiers livres, dans les derniers qu'il a écrits. Photius a aussi appelé de même ces livres : « Bt6X\ov îatpt-/.ôv h Xoyo;?£-/.x.a[0£-/a)). Dans quelques manuscrits, que la plupart des éditeurs ont suivis, l'ouvrage est divisé en quatre parties, Ts-paÇi6XoLç (Quaterniones) et chacun en quatre discours, Xoyou; (Sermones). L'Edition grecque des Aldes, qui ne contient que les huit premiers livres, et J. B. Montanus ont conservé les mêmes subdivisions.
Obs. II. — Sur les auteurs qu'AÉTius indique comme ses sources dans le XVI'' livre, voyez nos précédents paragraphes et particulièrement l'histoire de Hecker, sur : AscLÉPiADE (90 av. J.-C), t. I, p. 365 ; sur Philumenos (80 ap. J.-C), ibid., p. 420; sur Archigessnes d'Apamea en Syrie (100 ap. J.-C), un pneumatique, ibid., p. 453 ; sur Leonides d'Alexandrie (igo av. J.-C), p. 463 ; surPHiLAGRius(28o ap. J.-C, t. II, p. 69. Nous ne pouvons donner sur Aspasie d'autres renseignements que ceux que nous avons fournis dans l'obs. du S 52.
§ 88. — Aétius (suite).
Le seizième livre débute par la description anatomique et physiologique de la matrice, et des modifications que subit cet organe pendant la grossesse ; elle concorde parfaitement avec SoRANus, MoscHiONCt RuFus. On mentionne les cornes de Tutérus, ainsi que les cotylédons, seulement ils sontplus petits chez la femme que chez les chèvres, les vachesetles cerfs. Les trompeset les ovaires sont nettement décrits (ces derniers sous le nom de « testes ))) « angustaî cornuum partes sinuosis flexibus ad testes inseruntur », et leur fonction consiste : « per has sinuosos cornuum flexus in congressu viri utérus semen a testibus (ovariis) attrahit ». Les modifications du col et du vagin (ici appelé pudendum ou sinus muliebris), pendant la menstruation, la grossesse et l'âge avancé, sont assez exactement décrites; on appelle surtout ici l'attention sur le raccourcissement du vagin pendant l'accouchement. Gomme membrane entourant le fœtus dans la
matrice, sont indiquées: i. secunda adhérente à l'utérus (la caduque); 3. la farciminalis (allantoïde) (i) ; 3. la agnina (amnios). Le cordon est toujours indiqué comme composé de deux veines et deux artères, auxquelles il faut ajouter au début de la grossesse l'ouraque, comme commencement de l'allantoide, destiné à livrer passage à l'urine. L'importance du foie aussi est mentionnée, au point de vue de la circulation du sang chez le fœtus. Quand approche le temps, où l'enfant doit naître par suite de sa croissance, la matrice est dilatée, la « secunda » devient trop petite pour l'enfant. Le sang qu'elle contient ne sufîit plus à sa nourriture ; l'enfant excité par ces circonstances ne reste plus tranquille, les membranes qui l'entourent se rompent, la matrice s'ouvre, et la naissance de l'enfant a lieu. Jusqu'à quel point ces vues sont-elles encore valables aujourd'hui, ou sont déclarées admissibles ces mêmes explications exprimées en d'autres mots? Nous laissons à nos lecteurs, au courant de la littérature nouvelle, le soin de le dire ; nous ne mentionnons que les recherches que nous avons dû faire et que nous avons exposées ; toutefois nous ferons observer que l'antiquité avait déjà dit ce que les temps ultérieurs ont déclaré être une chose nouvelle.
Obs. — Le conseil que donne Aétius, à la fin du troisième chapitre, en ces termes : « At si quis diligentius speculare hase voluerit, capram aut vaccam vel cervam dissecare potuerit, ossa pubis removendo, et cutem apte resecando », prouve surabondamment que chez les anciens, on jugeait d'après des dissections sur les animaux, dans les cas oii l'observation était insuffisante pour résoudre une question.
§ 89. — Aétius [suite] .
Dans les chapitres suivants (4-21) il est question de la menstruation, delà puberté et des signes de la fécondité (d'après SoRANUs), et de la connaissance du sexe de l'enfant avant sa nais-
(i) Ou plutôt le chorion. (F.-J. H.)
2l6 TROISIÈME ÉPOQUE
sance. Le temps actuel a à peine ajouté quelque chose de nouveau ou de meilleur aux signes de la grossesse indiqués par AÉTius. Ils sont encore exposés dans nos livres comme ils se trouvent là. Les signes pour reconnaître un garçon ou une fille ont été aussi peu confirmés à cette époque que dans le temps actuel. C'est là un problème que la sagacité humaine n'arrivera jamais à résoudre. Le dixième chapitre est emprunté a Galirn, il est consacré au pyrosis, qui par Moschion est traité sous le nom de « Kiaaa », une foule de moyens sont indiqués pour le combattre. Les conseils qu'AspAsiA donne aux femmes enceintes ne laissent rien a désirer, et sont bons à être écoutés aujourd'hui encore. L'usage des bains, conseillés d'une manière si pressante pendant les derniers mois, devraient être mieux pris en considération aujourd'hui. Le huitième mois étant représenté comme le plus pénible, on voit que sur ce point la doctrine d'HippocRATE passait encore pour être peu exacte. Il est dit peu de choses sur le traitement des accouchements naturels; «quumex longo usu non modo obstetrices, sed reliquas quoque mulieres ista sciant ». Il n'y a que quelques indications relatives aux efforts pour soutenir les douleurs (c. 14). Pour hâter la sortie du délivre, quand il tarde, Aspasie recommande des sternutatoires, et de retenir Phaleine en fermant la bouche et le nez. Importants sont les chapitres 16-21 qui donnent les meilleurs renseignements sur la provocation de Tavortement si recommandé alors, et qui nous fournissent des indications sur le rôle important, que jouait l'avortement dans Fobstétricie ancienne. La première proposition du 16'' chapitre est celle-ci : « Satius est fœtum corrumperc quam excidere ». L'indication de l'opération est formulée comme suit : « Uteri parvitas, ut ob id fœtum perficere non possit, sive colli ejusdem angustia, sive quod tuberculum aut talequiddam in ejusdem ostio exortum est, quod partum impedit». On cherchait même à empêcher la conception (c. 16), et à produire la stérilité ; le chapitre 17 contient une foule de prescriptions et il se terniine par l'indication de pessaires de diverses espèces et de matières variées.
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Le chapitre i8, d'après Aspasia, consacré à la provocation de l'avortement, a pour titre : « Fœtum corrumpentia » et il commence ainsi : « Simulier ad gignendum fœtum inepta, pernegligentiam conceperit, etc.», puis on recommande des mouvements violents, la danse, le saut, de soulever de lourds fardeaux, de frictionner le ventre dans le bain, les bains de vapeur, la saignée, des pessaires et prescrit en outre encore une foule de moyens internes. On ne méconnaîtpas les dangers de Pavortement provoqué, on dit expressément de commencer d'abord par employer des moyens doux, puis seulement plus tard des moyens plus énergiques : « Neque tamen temere hoc faciendum est : omnis enim fœtus corruptio periculosa est, praesertim in muliere robusta uterumque duriorem ac densiorem habente ». Très laconique est le traitement de l'avortement lui-même, et la prophylaxie de Tavortement, qui arrive contre la volonté de la femme.
Ohs. — La science, si peu perfectionnée à cette époque, qui n'avait à sa disposition, dans les cas graves, que des moyens qui sacrifiaient la vie de l'enfant et mettaient celle de la mère dans le plus grand danger, ainsi que les idées qu'on avait sur l'enfant encore dans le sein de la mère (voy. § 85), expliquent très bien pourquoi on avait si souvent recours à l'avortement, que la nature elle-même semblait indiquer; les anciens avaient observé souvent des accouchements prématurés terminés heureusement pour la mère, quoi qu'ils connussent parfaitement la différence entre un avortement provoqué et un avortement spontané. Nous aurons à exposer plus loin comment ces anciens procédés ont pu donner lieu à l'idée de provoquer prématurément l'accouchement, ou même de provoquer l'avortement dans le sens où les anciens l'avaient pratiqué.
§ 90. — Aétius {suite). — L'obstétricie de Philumenos.
Les chapitres les plus importants pour juger l'obstétricie de cette époque sont les 22% 23*= et le 24^. Les deux derniers sont expressément attribués à Philumenos, il n'y a pas de doute que
le 22^ ne lui appartienne aussi (i). Ces trois chapitres renferment successivement dans l'ordre logique tout ce qui a trait à raccouchement difficile. Ils donnent un aperçu de l'obstétricie opératoire de l'époque, et sont la démonstration qu'alors des hommes prenaient intérêt à l'obstétricie, malgré les circonstances si défavorables à cet art. Le 22° chapitre a pour titre : a Pariendi difficultatis causse ». Il expose avec grand soin Tétiologie de la dystocie, telle que les anciens l'avaient comprise ; nous trouvons comme dans Moschion (§ 66) l'indication des causes dépendant de la mère, de Penfant, du délivre, et des causes extérieures. Parmi les causes dépendant de la mère, on cite des souffrances morales, la faiblesse générale du corps, la petitesse de la matrice, l'étroitesse des voies génitales (meatus), dans lesquelles il n'est question que des parties molles, particulièrement du vagin, attendu qu'on trouve peu après les paroles suivantes : « Quaecunque autem propter œtatem staturas breviores sunt, hœc fere uterum corporis partibus correspondentem habent». Il faut dire qu'un peu plus loin il est fait allusion aux os. Comme autres causes, sont indiquées les déviations utérines, des tumeurs du col, son inflammation, des abcès et des indurations, une trop grande résistance des membranes, ou leur rupture prématurée, qui a pour effetl'écoulement du liquide amniotique, dont l'utilité pendant l'accouchement est très bien indiquée, des calculs, et une trop grande obésité de la parturiente. Les parties osseuses ne sont mentionnées qu'au point de vue de la trop grande résistance des ligaments qui unissent les os pubis, qui ne se ramolliraient pas suffisamment pendant le travail. Quant à une étroitesse pelvienne proprement dite, il n^en est pas question, on admet seulementl'opinion si ancienne, que, pendant Taccouchemcnt, les os pubis s'éloignent l'un de l'autre sous l'influence du ramollissement des liens qui les unissent, et qu'ainsi l'espace est rendu plus grand. Cette doctrine s'est main-
(i) Le ch. 18 porte : Ex Aspasia. Les chap. 19, 20, 21 et 22 ne portent pas d'indication d'origine, ce qui fait penser qu'ils appartiennent au même auteur, puisque le ch. 23 porte : Ex Philumeno. iF.-J.-H.)
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tenue dans l'obstétricie pendant une période d'une longueur incroyable, et même dans ces derniers temps elle a donné lieu à une nouvelle opération : la symphysiotomie, pourproduire artificiellement cet écartement des os.
L'accouchement est encore rendu difficile par des pressions que subit l'ute'rus, ou bien par une conformation vicieuse de la région lombaire (ob nimiam lumborum cavitatem), ou par Taccumulation de matières fécales dans le rectum, ou d'urine dans la vessie, par Page de la parturiente (jeunesse, vieillesse). Du côté du fœtus, l'accouchement peut être rendu difficile par un développement excessif, par des monstruosités, par exemple : « fœtas bicéphale », par faiblesse de Tenfant {au point de vue de sa coopération), « cum saltibus et motibus suis matrem adjuvare non potest « , et naturellement aussi par sa mort. Les Jumeaux sont indiqués comme pouvant produire un obstacle, quand tous deux se présentent à la fois.
Il est question ensuite de la présentation du foetus ; on n'en admet qu'une seule normale (naturalis) ; celle où se présente la tête, où les extrémités supérieures sont étendues vers les cuisses. Aux présentations anormales (« prêter naturam »), appartiennent les présentations obliques de la tête, la procidence du bras, le croisement des extrémités inférieures. Les présentations complètes des pieds, quand les bras restent étendus le long des cuisses, sont les meilleures après les présentations de la tête (figura minus suspecta) ; mais il n'en est plus de même quand un seul pied se présente. Les présentations nommées généralement transversales, sont appelées plus exactement « situs obliquœ », ce sont les présentations des flancs ou du ventre ; les premières sont préférées, attendu qu'on peut faire plus facilement la version sur la tête ou sur les pieds. Les autres présentations, quand le dos est la partie la plus saillante (maxime si coxarum vertebrae deferantur), sont les plus mauvaises ; elles sont désignées comme des présentations de fœtus en double (fœtus duplicati), qui peuvent avoir quelques variétés : « vel capite aut cruribus, vel ventre, vel coxarum vertebris » (dans ces
dernières, sont comprises, sans doute, les présentations du siège) ; les présentations de l'abdomen sont regardées comme les plus favorables, en raison de la facilité qu'elles donnent de pratiquer l'ouverture de cette cavité, d'en extraire les organes qu'elle contient, et d^obtenir ainsi, par la réduction du volume du fœtus, une facilité plus grande pour en pratiquer la version. Nous trouvons ici le germe de la multiplicité des présentations fœtales qui, depuis, se sontélevéesjusqu'àrinfini,etoùl'on a si complètement oublié les enseignements de la nature. Une troisième cause de dystocie se trouve dans les membranes trop faibles ou trop résistantes ; une quatrième, dans les influences extérieures, parmi lesquelles on ne mentionne que les variations du temps des saisons. Toutes ces causes, l'accoucheur aura à les apprendre par l'entremise de la sage-femme ; ce qui montre quelles étaient les entraves que, dans les temps anciens, l'accoucheur rencontrait dans la pratique de l'art, et dans quelle situation subordonnée il se trouvait. Excellent est le conseil de ne pas recourir dans ces circonstances, avec un fol empressement, à l'emploi de moyens artificiels (ad chirurgiam), et de ne pas permettre aux sages-femmes d^agir avec trop de précipitation « ut uterum diutius dilanient », expression qui Jette une tristelueur sur cette pratique, afin de ne pas opérer avec trop d'empressement ; là se trouvent les conseils de mettre la parturiente sur le fauteuil obstétrical, de donner des bains de vapeur, des fomentations, de faire des onctions avec des corps gras, des applications émollientes, de donner des bains, et de faire les succussions. Les présentations anormales exigent qu'elles soient rectifiées : « fœtus ad naturalem situm reducendus est, quantum ejus fieri potest », et on ajoute la belle règle générale : « fiant omnia placide, liniter, et citra compressionem ». Excellent est le conseil, de favoriser la dilatation des parties par l'emploi d'onctions huileuses, recommandées par tous les anciens, et qui, de nos jours, sont certainement trop négligées. Les excroissances du col, les pseudomembranes qui le ferment, la trop grande résistance des membranes, exigent l'emploi du couteau ou des ciseaux.
Les calculs doivent être éloignés de la place où ils sont logés, moyennant le cathéter. Dans les cas d'étroitesse de la matrice, on devra assouplir l'organe moyennant des onctions huileuses ou des fomentations émollientes, et pratiquer la dilatation avec les doigts, et le foetus sera extrait avec énergie; si ce procédé ne réussit pas, on pratiquera l'embryotomie qui est indiquée encore, si l'enfant est trop gros ou s'il a succombé.
La mort de l'enfant est annoncée par l'abaissement de la température des parties qu'on peut atteindre, et l'absence de mouvements, ces signes cependant doivent être regardés comme incertains.
Ne voit-on pas là le reflet de la doctrine de Soranus, atténuée par le temps, comme nous l'avons démontré en 1882. (F.-J. H.)
Obs. — Les passages, dans lesquels on a voulu voir dans le texte, qu'il était question d'étroitesse pelvienne, sont les suivants : « Sed et ossa pubis minus conserta, pariendi difficultatem faciunt, dum in partu dilatari non possunt ». Un peu plus loin, où est indiquée comme cause de difficulté : « nimia lumborum cavitas » ce qui peut être le mieux traduit par « région lombaire fléchie en dedans » (einwârts gebogene Lendengegend) ; ou la cause de dystocie doit être cherchée dans une altération des os, une flexion trop grande en avant des os des lombes (du promontoire). Ces passages ne renferment que des indices de ce qu'il était réservé à l'avenir de préciser, car les anciens ne pouvaient avoir une connaissance anatomique du bassin, la comparaison du bassin des animaux avec celui de la femme ne pouvant fournir aucune lumière, ne pouvant même que donner de faux indices, comme celui de l'élargissement du pelvis causé par le relâchement des symphyses. Cette ignorance ne devait pas aider à trouver une cause de dystocie dans des dispositions anatomiques, qui sont éclairées aujourd'hui par l'anatomie pathologique, et où nous ne rencontrons plus la cause indiquée par les anciens comme si fréquente : la petitesse de la m.atrice ou sa situation anormale.
§ 91. — Aétius [suite). — Obstétricie de Philumenos.
Le 23® chapitre qui porte le titre : « De fœtus extractione et exectione Philumeni », contient les règles manuelles et instru-
mentales à suivre dans les cas cités plus haut, et trace un tableau de Tétat d'alors de l'obstétricie proprement dite. Bien que d'après le titre du chapitre, ces règles appartiennent à une époque antérieure à celle d'AÉTius, nous devons admettre qu'au VI^ siècle où les extraits ont été faits, l'obstétricie était encore celle du temps, où Philumenos avait vécu, car il est certain que si quelque chose d'important avait été produit, Aétius l'aurait certainement adopté ; les règles qu'il donne concordent essentiellement avec celles de Celse, seulement ici elles sont plus développées. Certaines choses sont exprimées avec plus de précision, et il est fait une place plus large à la version sur les pieds. Il est d'autant plus étonnant que cette opération soit de nouveau tombée dans l'oubli, dans des temps postérieurs, et que l'obstétricie ait été privée de nouveau de cette opération si importante et si salutaire. Le chapitre commence par l'avertissement, que dans les cas où la parturiente est mourante, on devra plutôt s'abstenir de toute intervention : « Servans quidem potentem aggredietur, deploratam virorelinquet». Comme signe important de ce dernier état, il indique: « sopor lethargicus » accompagné de temps en temps de mouvements convulsifs. Pour opérer l'accouchement artificiel^ la femme, couchée sur un lit, est placée sur le dos, la tête basse, les cuisses fléchies, elle est maintenue par des femmes vigoureuses et expérimentées, et fortifiée pendant l'opération avec du pain et du vin. Pour reconnaître la nature de l'obstacle le chirurgien fait usage d'un spéculum « instrumentam pudendum diducens » et si on trouve comme tel une excroissance, il en fait l'ablation. La rupture des membranes trop résistantes se pratique en les saisissant moyennant une pince, et en les incisant avec un couteau pointu (scolpomachaerion) et en élargissant l'ouverture avec le doigt. Si c'est la tête qui se présente, on fait la version sur les pieds et on extrait ainsi l'enfant (i). Si la tête reste fixée solidement (enclavement), on y applique de chaque côté un crochet
(i) Seul précepte, où Aétius est en avance sur Soranus, comme nous l'avons démontré dans notre mémoire. Annales de Gyn., t. XVII, p. 283 (note). (F.-J. H.)
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Cunci attractorii), pour pouvoir l'attirer également, et éviter le dérapement. Les régions les plus favorables de la tête pour y appliquer les crochets sont les yeux, la bouche ou le menton. Quand la tête se trouve un peu engagée, les crochets devront être appliqués un peu plus haut. Si la tête a été grossie par une accumulation de sérosité, ou si elle est trop grosse, on rouvrira moyennant un couteau, et on fera des tractions sur elle ; si elle n'avance pas encore, les os seront écrasés, de façon à pouvoir être saisis avec les doigts, ou enlevés avec des pinces dentées (forceps dentarius aut ossarius). Si le thorax causait un obstacle, on l'inciserait avec un couteau ; si le ventre est très volumineux, on l'ouvrira et on enlèvera les intestins. Si un ou deux bras se présentent, on en fera l'amputation dans les articulations, puis on fera la version sur la tête, pour procéder à l'extraction du foetus. On procéderait de même dans les présentations des pieds, si le restant du corps ne suivait pas. Dans les présentations en double, si c'est la tête qui se présente, on recommande la perforation et l'emploi du crochet aigu. Si c'est la partie inférieure du tronc qui se présente ainsi en double, on fait Tamputation des cuisses dans l'articulation coxo-fémorale, pour arriver ainsi à la tête, de manière à pouvoir la morceler. On recommande même de faire la section du cou, si la tête et les pieds se présentent en même temps. Enfin si la tête seule était restée en arrière (ablatis reliquis partibus] on recommande d'y appliquer un ou deux instruments tracteurs (des crochets aigus). En général, les enfants ont à subir des opérations meurtrières comme chez tous les prédécesseurs ; et tous les cas ont été spécifiés comme chez eux. On termine l'article en disant avec raison : que si c'est un état inflammatoire de la matrice qui a occasionné le rétrécissement de Torifice, il faut surseoir à toute intervention active, traiter d^abord cet état par les moyens usités, et ne procéder à une opération que quand cet état pathologique aura cessé et que la situation sera revenue à l'état normal.
Obs. — Comparez ici le 29*^ chap. du VII'' livre de Celse, voy. plus haut § 61.
§ 92. — Aétiiis [suite). — Traitement de la délivrance d'après
Philiimenos.
Le chapitre suivant traite des règles à suivre dans l'enlèvement du placenta et des membranes (de secundinae educationc Philumeni). Il renferme, sur la rétention du placenta et son traitement, des préceptes très sensés, qui sont valables encore aujourd'hui. On distingue plusieurs cas : le placenta est retenu, mais ses connexions avec la matrice n'existent plus, et l'orifice est perméable à la main, dans ce cas, la délivrance est facile, on introduit la main gauche bien chauffée et bien huilée, et l'enlèvement se fait aisément. Si le placenta est encore adhérent à la matrice, il ne faut pas faire d'effort de traction sur lui, pour éviter toute procidence, mais le séparer de la matrice doucement et ne l'extraire qu'après. Si l'orifice de la matrice est fermé, il faut faire des injections huileuses, ouvrir l'orifice avec les doigts. Si ce moyen ne réussit pas, on continue les injections huileuses et on fait sur le ventre des fomentations émoUientes et relâchantes, et si les forces de la parturiente le permettent, on donnera un sternutatoire et des boissons excitantes. On peut aussi employer des bains de vapeur, on tente alors de nouveau d'enlever le placenta ; si cela ne réussit pas, qu'on n'en soit pas inquiet : « intra paucos enim dies putrefacta et in saniem dissoluta excidet ». Une série de moyens indiqués à la fin du chapitre sont, dit-on, encore à essayer, p. ex. des pessaires excitants.
§ 93 . — Aétius [suite). — Traitement des accouchées après Vembryotomie, tiré des écrits d'Aspasia.
Le 25° chapitre qui a pour titre : « Cura post fœtus excisionem Aspasi^: )> recommande de faire rapprocher les cuisses à Taccouchée, comme cela est encore recommandé aujourd'hui : (( ut partes distractae conveniant, » puis de faire des lotions et des irrigations des régions lombaires et périnéales avec de l'huile
et des substances mucilagineuses ; si les lochies sont arrete'es, d^administrer des bains de vapeur, si elles sont trop abondantes, de faire des « irrigationes >; et aussi des « insessiones » (bains de siège avec des substances astringentes). Dans ce dernier cas, le corps devra être entouré d'unelongue bande. S'il survient une inflammation, on y aura égard et on traitera aussi convenablement une hémorrhagie.
§ 94. — Aéthis. Maladies des femmes par Aétius.
Les chapitres suivants 26-1 1 1 sont moins importants au point de vue de l'obstétricie, attendu que les préceptes qu'ils renferment se rapportent plutôt aux maladies des femmes. On y trouve exposé les causes et le traitement de la stérilité dans les deux sexes, les maladies de la matrice, les défectuosités des seins, surtout au point de vue de Tallaitement, les choses nécessaires sur les anomalies de la menstruation, les hernies chez les femmes, etc. Une foule extraordinaire de moyens de toute sorte est indiquée pour chaque maladie, suivant les usages du temps, comme nous l'avons vu dans des temps antérieurs : p. ex. chez Galien, avec les prescriptions les plus singulières. Cet exposé démontre toutefois que les anciens prêtaient une grande attention aux maladies des femmes, et que du temps d'AÉxius on les trouve exposées en une série de groupes. C'était un travail préliminaire pour des recherches ultérieures, car jamais cette branche de la médecine n'a été entièrement négligée.
Obs. — Nous ne possédons qu'une seule édition grecque de cet auteur, qui ne contient que les huit premiers livres de son œuvre ; la seconde moitié n'a jamais paru (dans cette langue).
'AeTi'o'j 'A[j.'-or]voD' [3'.6X''iov laco'.y.wv tojjlÔ; A' Touisaii [îi'SXia oxtoj xà "pdjxa'
Venet. in ^dib haeredum Aldi Manutii et Andreœ Asulani, 1544, in-fol.
KuHN écrit dans une note de son édition de * Fr. G. Voigtel', System der Ar^neijiiittellehre, t. I, Leipzig, 1816, in-8'', p. yy: « Les deux derniers Tetrabiblia se trou\ent dans la bibliothèque du Conseil de Leipzig, en manuscrit, dont une copie est entre les
SIEBOLD-HERRGOTT. l5
mains de M . le Hofr. Weigel, à Dresde ; il est à désirer qu'il veuille bientôt en permettre l'impression ». Ce vœu n'a pas été exaucé jusqu'ici, et c'est regrettable. De tous les côtés^ où l'on pensait à Aétius, les regards se dirigeaient vers Dresde, et vers le possesseur de cette copie ; ces désirs ont été ravivés il y a six mois, par la publication de son excellent travail : « Aetianar. exercitation. spécimen », et parce que l'on savait qu'il avait séjourné longtemps en Italie, en Espagne et en Portugal, pour y poursuivre ses recherches sur Aétius, muni de tout ce qui lui était nécessaire pour les rendre fructueuses. Cet espoir semblait à KuHN près de se réaliser, ainsi qu'il le dit dans la préface du t. XIX, i83o, p. VII, des œuvres de Galien ; mais d'après de nouvelles affirmations de Weigel, que J. J. Sachs a publiées dans son Almanach médical pour iSS/, p. 91, cette attente doit être rangée parmi les pia desideria, ce qui, à tous les points, est bien fâcheux.
Des traductions latines faites par Jan. Cornarius et J. Bapt. MoNTANus, il a été publié plusieurs éditions.
* Aetii Antiocheni, medici de cognoscendis et curandis morbis sermones sex, jamprimum in lucem editi, interprète Jano CoRNARio,Zuiccavien. medico. Basil., inoff. Froben, i533,in-fol. contient les livres 8-1 3.
* Aetii Amideni, quem alii Antiocheni vocant, libroriim XVI tomi duo primus videlicet et tertius nuper a J. Baptist (Mon- TANo), veronense medico latinitate donati, etc. Basil., ex off, Froben, i535, in-fol. La première partie contient lib. 1-7, la deuxième, 14-16.
* A]';tii medici contracti ex veteribus niedicinœ tetrabiblos hoc est qiiaternio id est libri iiniversalis quatuor, etc. per Janum Cor- NARiUM med. physic. latineconscripti. Basil., 1 542, in-fol. * même livre 1549, in-fol. et* Lugd., 049, in-fol. et * Venet., ap. Gryph.,in-8". sans date (vraisemblablement après i 549). Dans les deux dernières éditions se trouvent des scholies de Hugo Sole- Rius Sanionensis, pour les deux premiers livres.
Une réimpression de la traduction d'AÉTius par Cornarius se trouve dans la collection d'EsTiENNE * Artis medicce principes post H1PPOCRATEM et Galenum. Paris, 1567, in-8°.
§ 95. — Paul d'Égine.
Le dernier auteur grec qui, dans les livres parvenus jusqu'à nous, ait traité des accouchements est Paul, né dans l'île d'Egine, d'où le nom de Paul d'Egine qui lui a été donné. Il a fait ses
études à Alexandrie avant la prise de cette ville par Amrou (640), et il a passé une grande partie de sa vie en Egypte et dans l'Asie mineure ; il s^occupait particulièrement des maladies des femmes, et il acquit une grande renommée parmi les Grecs et les Arabes, qui lui donnèrent le surnom honorable « d'ALKAWABELi » qui veut dire accoucheur. Son plus grand éclat eut lieu du temps de Constantin Pogonat (668-685). A l'exemple de ses prédécesseurs, surtout d'OuiBASE, il publia un livre comprenant toute la médecine, pour lequel il a largement mis à profit le savoir de ses prédécesseurs, et auquel il ajouta beaucoup de choses apprises dans sa pratique : « Quœdam in artis operibus sibi et visa et comperta «, comme il le dit lui-même. Dans sa préface il appelle son livre un abrégé « Compendium » (ctjvtoijlov) et il indique particulièrement Galien et Oiubase comme ses principales sources. Le premier livre est consacré à Thygiène, le deuxième etie troisième s'occupent des maladies internes; on y trouve les maladies des organes génitaux de la femme, et un chapitre consacré à l'accouchement difficile ; le quatrième et le cinquième s'occupent longuement des maladies externes et des venins, le sixième est consacré à la chirurgie, le septième traite de la matière médicale. Le plus estimé de ces livres est le sixième, partout se révèlent l'expérience de l'auteur et son grand mérite, dans la précision des indications et des remèdes qui, à son époque, y correspondent. Dans ce livre se trouvent aussi les préceptes pratiques d'obstétricie. Il avait écrit en outre un livre sur les maladies des femmes, qu'ABUL-PHARAGius mentionne, et qui est malheureusement perdu. On peut en présumer la valeur par quelques passages qui nous restent de son livre. Nous pouvons apprécier la considération de ses contemporains, et de celle dont il a joui chez les Arabes, par ce que dit Abul-Pharagius et par la traduction en Arabe que fit de ses œuvres Honain Ebn Isaak, élève deJ. Mesue.
Obs. — Les éditions grecques portent l'épigraphe suivante : Ila'jXo'j TZfj'vov [Ji£ yvôiOt tou y^'; tô tîÎ.sov
qui est reproduite dans les traductions latines :
Pauli laborem nosce me, qui plurimas
Invisit orbis terras, ^gina Satus. — Quint, Andernac.
Quelques manuscrits lui ajoutent l'épithète de 7:spiooEu-r;;, à cause de ses nombreux voyages, d'autres lui ont donné celle de î.aTpoaooia- ■zr'iz. Les passages qui se trouvent dans : Lib IV, c. 25, 49, et Lib VI, ■prouvent qu^il a fait ses études à Alexandrie, et celui du Liv. VII, c. 17, c. 88, mentionne son séjour en Egypte; il décrit dans celui-ci les flèches usitées dans ce pays, voy. aussi Lib VI, c. 70. Le passage d'ABUL-PHARACius qui se rapporte à notre auteur est le suivant :
« E medicis autem, qui hoc tempore (peu auparavant il est question de la prise d'Alexandrie par Amrou) floruerunt, fuit Pau- Lus ^GiNETA medicus suo tempore celebris : insigniter autem peritus fuit in mulierum morbis, multumque illis curas impendit. Convenire ipsum solebant obstetrices, et eum de rébus quas raulieribus post partum acciderent, consulere, quibus respondere dignabatur, et quid facerent iis de quibus quœsierant indicare; eum Alkawabeli (obstetricium) appelarunt. Scripsit librum de medicina in novem distinctum tractatus, quem transtulit Honain Ebn Isaak; et librum de afîectibus mulierum.» \oy * Historia orientalis author. Gregor. Abul-Phara- Jio, arable, edit. et latin, conversa ab Ed. Pocockio, Oxon., 1672, in-40, p. 114. Sur les neuf livres mentionnés, Fabricius, Bibl. graec. vol. XII, p. 576, pense : « Arabes librum sextum et septimum, qui prioribus longe proxiliores sint, unumquemque in binos distinxisse ».
§ 96. — Obstétricie de Paul d'Egine.
L'obstétricie de Paul d'Egine, contenue dans les chapitres : « De partu ditïicili, lib. III, c. 'jG : « Qua ratione partus ex utero excutiatur excidaiurque et, » lib. VI, c. 74, « Si secundae fuerint relictae », ibid.^ c. 75, se distingue très peu de celle d'AÉTius (Philumenos). Nous trouvons la même division des causes de l'accouchement difficile, les mêmes vues sur les présentations vicieuses, et les secours qu'elles réclament, si bien que si nous voulions les exposer, nous n'aurions qu'à répéter ce que nous avons dit plus haut. Le chapitre 74 du livre VI, qui renferme la médecine opératoire obstétricale, commence par exposer les mêmes règles qu'Ai-jius dans le 23" chap. (voy. plus haut,
§ 91); il dit qu'il ne faut intervenir chez une parturiente, que s'il y a un espoir fondé de la conserver en vie: « sin contra, atiingi non débet ». Pour le reste, en fait d'opérations, il ne parle que de l'emploi du crochet tranchant^ de Pouverture du crâne, du morcellement de la tête, de l'amputation du bras prolabé,meme de celle du pied « corporereliquo non subséquente». Il n'est déjà plus question ici de la version sur les pieds mentionnée par AÉTius. Les instruments indiqués sont : le crochet (ÈaSpuoùXy.o?); pour l'ouverture de la tête, une spatule à polypes [r.oluKr/.rr^ a-ào'ov), etle ax.oX7:o[jLax^a[poy, déjà décrit par Aétius; pour écraser le crâne, quand il a été ouvert, il indique une pince à os (oaxaypa, ôoovTaypa) ; il est cité encore un instrument pour ouvrir les membranes (lib. III, c. 76) « TToX'j/.oTOv aTiàotov » , qui doit être introduit dans les parties génitales couvert par les doigts de l'accoucheur. Dans le yb'^ chap. où il est question de la rétention du placenta, on trouve les mêmes préceptes que chez Aétius. On recommande l'enlèvement ; si on n'y parvient pas, on mentionne les cas où le délivre se putréfie et sort ainsi spontanément.
Obs. — Le seul passage dans Paul d'Egine qui pourrait faire penser à la version est le suivant : « verum ubi fœtus prœter nauram iiguratus furit, naturalem reddere figuram decet, partim peliendo, partim adducendo, partim flectendo, partim in rectum agendo » ; mais la version sur les pieds n'est pas mentionnée expressément comme chez Aétius, cette phrase ci-dessus ne peut bien s'appliquer qu'à la version sur la tête. Et le passage suivant : « Porro si cum firma adhœsione totius infantis indecora fuerit figuratio, sursum prius ipsum ab uteri ore sublimen detrudere consilium est, deinde prehensum rursus ad os dirigere », est bien trop vague pour qu'on puisse en tirer une conséquence positive (voy. lib. III, c. y6). Paul d'Egine n'ayant plus mentionné expressément la version sur les pieds, il en est résulté que les médecins arabes, qui lui sont postérieurs, l'ont complètement négligée, attendu que Paul d'Egine le dernier des médecins grecs, se trouvant être le plus rapproché des arabes, était parfaitement connu d'eux, car ils suivaient ses doctrines.
§ 97. — Maladies des femmes che^ Paul d'Egine.
Si, dans l'obstétricie de Paul d'Egink, nous avons eu le regret de ne rien trouver de nouveau, mais seulement Técho affaibli et même altéré des anciennes doctrines, même un pas rétrograde dans cette partie de l'art, qui se révèle surtout par l'abandon de la version sur les pieds, on a la consolation de constater que cet auteur brille d'un certain éclat dans le domaine de la médecine gynécologique, comme on peut le voir, en jetant un coup d'œil sur le chapitre, dans lequel il traite des maladies de la matrice (voy. lib. III, ch. 60 et suiv.). Ici les doctrines de Tauteur révèlent une grande expérience. C'est avec la plus sérieuse attention qu'il recherchait les causes des souffrances de la femme. Il procédait à une exploration très soignée par le toucher (c. 64), par l'emploi d'un instrument spécial, le spéculum, pour rendre accessibles à la vue les parties malades (c. 65), ce qui est la démonstration pratique, que sans exploration, aucun médecin ne peut soigner les souffrances des femmes, qui si souvent ont leur origine dans une maladie organique de l'utérus. Remarquable est la description qu'il fait de l'inflammation de la matrice, de sa paroi antérieure, postérieure ou de son fond, il indique avec soin les signes différentiels de ces variétés ; comme traitement, il recommande une diète sévère (un jeûne pendant deux ou trois jours), puis une saignée, « si nihil prohibet », suivi d'un régime sévère; des fomentations avec une décoction de la graine de lin, et de têtes de pavots, etc. Aussi judicieuses sont ses règles du traitement des altérations de la menstruation ; la description de l'induration et du cancer, de la procidence de l'utérus ; tout cela dénote un médecin de femmes expérimenté; il distingue très bien l'induration de bonne nature de l'induration maligne de la matrice (c. 68), Ce qu'il dit du cancer utérin « nuUa medicina sanatur » est confirmé par l'expérience des siècles qui n'ont rien trouvé pour guérir ce mal si triste. Alors comme aujourd'hui, l'art n'a d'autres ressources
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que la médication symptomatique et palliative, comme Paul d'Egine l'a conseillée (c. èj). Il a encore traité des occlusions, des déchirures, des gonflements variqueux du col, appelés par lui hémorrhoïdes, des excroissances charnues, de l'hystérie et de la stérilité. Les moyens chirurgicaux opposés à certaines de ces maladies : excroissances, atrésies, sont exposés, liv. VI, c. 71, etc., où l'on trouve conseillée l'excision du clitoris hypertrophié, comme cela se pratique encore en Egypte (c. 70). Nous devons mentionner les conseils hygiéniques, pour les femmes enceintes, les nourrices et les enfants nouveau-nés, qu'on trouve indiqués au commencement du premier livre. Doublement regrettable est la perte du livre plus étendu, dans lequel Paul d'Egine traitait des maladies des femmes; outre l'avantage qu'il nous aurait procuré de pouvoir jeter un coup d'œil sur l'état de cette branche à cette époque, il aurait eu celui de fournir des indications importantes sur ce point, à en juger par les fragments si distingués que nous avons sous les yeux de la pratique des maladies des femmes si habile de Paul d'Egine.
Obs. I. — L'instrument, qui est recommandé par Paul d'Egine pour l'exploration des parties génitales internes, est appelé « otoTtipov (xo) » et aussi « t] ôiô-xpa » d'où le mot « o'.ot.-^i(z^o^ » pour exprimer l'action d'ouvrir les parties génitales, comme cela est dit dans le texte grec, Aétius mentionne aussi cet instrument^ Tetrabib., IV, § 4, c, 108, où la double exploration est aussi indiquée, pour découvrir les petits tubercules du col. Le mot « StÔTïTpa est aussi mentionné dans l'exégèse de Galien, voy. le mot -/.axoTC-crip. Déjà à cette époque le spéculum servait à dilater les parties, et à les soumettre au regard. Voy. aussi Paul d'Egine, 1. VI. c. 78 où l'auteur parle de l'emploi de cet instrument
dans les fistules de l'anus : « xw [At/pw ùi07:xepUo Xsyw oiaaxsîXa-. xrjv eSpav cù;
Yuva'.-mcov -/.o'Xtîov ». De ce double emploi il faut conclure à une différence de forme, qui n'est certainement pas celle des spéculums simples imaginés par les français.
Obs. II. — Quant à l'usage de pratiquer la circoncision des femmes dans certaines contrées, voyez les relations de voyages de Sonini, Niebuhr et autres. Le mot grec « w^iziri » doit être traduit par « clitoris » car la suite du texte prouve, qu'il ne s'agit que de cet organe, p. ex. : « Quemadmodum vero non-
nuUi niemoriae produnt, sunt, quag parteni arrigunt, viris similiter et in venerem ruunt «. Aétius déjà s^expliquait ainsi, Tetrab., IV, Serm. in-4°, ch. io3. « Nympha subsianîiaquaedam est muscLilosa aut pelliculosa supra alarum commissurani sita, quo loco urinarius est meatus », et pratique cette opération par les mêmes motifs que Paul d'Egine, et il cite notamment les Égyptiens : Quapropter ^îlgyptiis visum est, ut antequam exuberet, amputetur, tune praecipue quum nubiles virgines sunt elocandas ». La connexion entre le vice des tribades et rallongement du clitoris, était très bien connue des anciens, voy. Plaute Pers. II, 2, 45, et Martial, Epigr. lib. I, XGI. Quanta l'extirpation du clitoris, voyez le travail inséré dans t. II, fasc. i, du journal de Gr.efe et Walter. BerL, 1825, in-8°, p. 7. On mentionne la guérison par ce moyen d'un état d'imbécillité qui avait duré de nombreuses années.
Obs. III. — Nous possédons deuxéditions grecques desœuvres de Paul d'Egine.
*na'jXou AlytvTjxoj tà-pou âpi'cîTou fii'SXta §::Ta. Venet., in œdib. Aldi et Andr. Asulani soceri, i528,in-fol. * — Basil.,per A. Cratandrum, i538, in-fol, (édité par Hieron Gemus.eus).
Traductions latines.
* Pauli tEginet^: med. insignis, opiis divinum, quo vir ille vastissimum totius artis laconica brevitate sensibus argutis, merisque aphorismis in epitomem redegit. Albano Torino Vitodurensi interprète. Basil., 1 532, in-fol. Première traduction, d"après l'édition Aldine. Le 6^ livre manque dans cette édition, et a été publié séparément.
* Pauli ^ginet^ de chiriirgia liber., inter cœteros sextus, a JoANN. Bernardo Feliciano Veneto nuncprimum latinitate donatus. Bas., i533, in-fol. * Basil., i55i, in-8° : ex postrema Alb, ToRiNi recognitione (complet).
* Pauli tÈginet^ opus de re medica nunc primum latinitate donatum per Guinterium. Andernacum Colon., i534, in-fol. * Argentor., 1542, in-fol. * Venet., 1542, in-8°. * Lugd., i55i, in-8" (cum annotât. J. Goupyli) * Venet., i554, in-S" (avec les mêmes annot.). * Lugd., iSô/, in-8° (cum annotationib. Jani CoRNARii, .Tac. Goupyli, et Jac. Dalechampii).
* Paul ^GiNET.E, Totius rei medicœ, libri VII, per Jan. Cor- NARiuM lingualatina conscripti. Basil., i5 56, in-fol.
Traduct. franc, de la Chirurgie de Paul d'Egine. Texte grec restitué, et collationné sur tous les manuscrits de la Bibliothèque impériale, etc, avec traduction française en regard précédé d'une introduction par René Briau. Paris, chez V. Masson, iS55, i v. in-8". (F.-J. H.)
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§ 98. — Conclusions.
Avec Paul d'Egine nous terminons cette époque qui, ainsi que nous l'avons vu, nous a donné peu de satisfaction. L'obstétricie ne s'est pas enrichie ; on se contenta de conserver ce qu'on avait, il en résulta que l'art devait faire un pas rétrograde comme le prouvent les faits, et la comparaison entre les doctrines d'AÉTius et celles de Paul.
Les préceptes de Gelse, si pleins de promesses, avaient disparu ; l'écho des doctrines de Philumenos, qui tendaient vers une amélioration, n^'était plus entendu, de sorte qu'à la fin de cette période, nous trouvons l'obstétricie dans un état inférieur à celui de son commencement, où elle avait paru devoir grandir (i). A cette époque, Part ressemblait à un jeune arbre que des soins bien entendus auraient réussi à développer, mais dont les branches pleines de promesses s'étaient séchées peu à peu. A la fin du VII^ siècle il n'en restait plus que le tronc. L'époque qui va suivre ne s'était pas donné la tâche de le conserver pour des temps meilleurs, où des espèces plus nobles auraient pu y être greffées,
(i) Dans nos Contributions à Vhistoire de la version podalique, ouvrage cité plus haut, p. 14g, nous avons donné un tableau parallèle des doctrines de Soranus, de Moschion, d'AÉTius et de Paul d'Egine, qui fait voir très clairement la décadence des doctrines du grand accoucheur, passant successivement entre les mains de ses successeurs. (F.J. H.)