ARABES
I 99. — Déclin des connaissances en Occident.
Le sort des arts et des sciences est subordonné aux événements des Etats et à ceux du monde entier ; les uns et les autres sont paralysés et réduits au silence par les mouvements violents des peuples, soit qu'ils renversent ce qui existe, soit quUls étendent au loin leurs conquêtes. Ce n'est qu'après la tempête, quand les vagues se sont apaisées, que le calme a aplani la surface du fleuve du temps, et quand la tranquillité et le contentement ont pénétré dans Tesprit du peuple, que celui-ci peut recouvrer la connaissance de lui-même, élever ses regards vers les dons que Dieu tient dans sa main, se complaire à de paisibles travaux, et jouir en paix de la grandeur conquise par tant de combats et de victoires. Les sciences délaissent les vaincus et suivent les victorieux, espérant trouver chez eux im nouvel accroissement et un nouvel éclat, si les vainqueurs savent apprécier et s'assimiler ce bien ravi à l'ennemi. C'est là ce que nous a appris un coup d'œil jeté sur l'histoire grecque et romaine; nous avons vu le développement, la grandeur, l'apogée et le déclin des connaissances chez ces peuples; nous nous sommes efforcé de montrer l'influence des tempêtes du dehors sur ces événements, et nous voici arrivé à une nouvelle époque de l'histoire générale, et de celle de notre science, où la première jette sur la seconde une clarté qui la complète.
Depuis longtemps avait disparu cet esprit magnifique auquel le sol libre de la Grèce avait donné naissance ; nous ne trouvons, dans des écrits postérieurs, que quelques traces de ces grands modèles : Rome, ne visant qu'à étendre au dehors sa puissance, pour arriver à la domination du monde, ne favorisait point la puissance intellectuelle ; ce n'est que par un éclat d'emprunt que la médecine romaine a pu pendant quelque temps se maintenir au-dessus d'un niveau ordinaire ; jamais elle n'a pu atteindre à une originalité réelle, qui reste la propriété des modèles grecs ; bientôt l'empire se décompose au dedans, est déchiré par les factions, et altéré par la plus épouvantable corruption^ si bien que Rome ne pouvait échapper à ce qui la menaçait de toutes parts ; sa destruction fut complétée par l'invasion des barbares. La portion grecque de l'empire, a seule pu conserver pendant quelque temps encore, une ombre de sa première grandeur, mais elle fut sans cesse troublée aussi par les tempêtes du dedans et celles du dehors. Ce n'est qu'à Alexandrie que les muses ont conservé pendant un long espace de temps une cité libre, mais cette ville devait à son tour succomber sous les hordes conquérantes d\m peuple venant de l'extrême Orient, appelé sur ce théâtre de ses exploits par la voix du prophète, et marchant à Pombre de sa bannière.
§ 100. — Les Arabes.
Les habitants de la péninsule asiatique, séparés du reste du monde par la mer Rouge, le golfe Persique et une mer de sable, n'avaient pris jusqu'ici qu'une part restreinte, même nulle, au sort des autres peuples. On avait du dehors tenté quelques conquêtes, mais sans succès, ces tentatives avaient échoué contre la bravoure des libres arabes, contre leur aptitude particulière à faire la guerre et contre les moyens de défense dont la nature avait entouré leur pays. Ce n'est que dans l'Arabie du Sud (à Yemen) que les Ethiopiens, puis les Persans s'étaient solidement
établis. Indifférents à tout commerce avec l'étranger, les Arabes vivaient comme tribus nomades, obéissant au plus âgé, au plus digne, et soumis à ses ordres. C'est à ce moment que Mahomet, issu de la noble tribu Koreisch, qui depuis des années commandait à la Mecque, se présenta comme 'c envoyé de Dieu pour enseigner la véritable Religion » ; bien que chassé d'abord et obligé de fuir à Médine, il réussit, par la persuasion et aussi par la sévérité de son glaive, à faire admettre sa doctrine. Excité par un commencement de résistance, Mahomet fondit sur ses persécuteurs et les combattit par le feu et le sang; son orgueil et son fanatisme le conduisirent plus loin, il déclara la guerre à tous les peuples de la terre qui ne partageaient pas sa croyance. Les Arabes se répandirent en cohortes conquérantes dans toutes les directions, sur la Syrie, la Phénicie, la Perse et sur l'Egypte. Damas tomba sous le coup d"'ABUBEKR(637) ; Jérusalemsous ceux d'ÛMAR; Alep, Antioche. Césarée furent conquis ; en Egypte, Péluse, puis Memphis par Amrou, lieutenant d'ÛMAR; enfin, après une longue résistance, Alexandrie fut aussi prise (640) et saccagée ; ainsi toute l'Egypte passa sous la domination arabe. Mais ceux-ci devaient aussi fouler le sol de l'Europe ; des côtes septentrionales de l'Afrique ils passèrent en Espagne, après que déjà auparavant ils avaient pénétré en Sicile et sur les côtes de Naples. Ils ont même passé les Pyrénées, et firent invasion dans la France ; mais un héros, Charles Martel, arrêta leur marche triomphante par la défaite de leur armée près de Poitiers {732), et fit enfin pâlir le croissant devant la croix. Les Arabes restèrent, pendant longtemps encore, possesseurs de quelques états de l'Espagne qu'on ne parvint à leur arracher que peu à peu. Us ne furent expulsés du sud de l'Italie et de la Sicile qu'au XIP siècle. C'est en Espagne qu'ils se maintinrent le plus longtemps ; ce n'est qu'en 1492, sous Ferdinand le Catholique, qu'on parvint à les chasser complètement des autres provinces espagnoles. Par l'immense développement que la puissance arabe est parvenue à atteindre et à conserver pendant si longtemps, on peut penser facilement que les Arabes ont dû exercer sur le mouvement
scientifique une profonde influence, et Ton peut présumer aussi que si on veut porter sur ce mouvement un jugement éclairé, c'est par les écrivains arabes qu'il faudra se renseigner.
Obs. — Ce ne peut être ici le lieu déconsidérer, au point de vue historique, cette entrée en scène si remarquable d'un peuple qui, jusque-là, avait passé inaperçu, les progrès si rapides de ce peuple qui, semblable à une immense avalanche, a couvert la moitié du monde; cela est du domaine de 1 histoire générale à laquelle nous devons renvoyer le lecteur. Mais si dans nos recherches nous empiétons sur ce domaine, on voudra bien nous le pardonner. Il y a des événements que le penseur ne peut laisser se dérouler devant lui sans être entraîné à faire des réflexions. Il en a été ainsi pour nous de la période arabe. On est forcément surpris de voir un seul peuple cantonné dans un si petit espace, ayant toujour.s vécu séparé des autres nations, avec lesquelles il n'avait eu que des relations commerciales et de voisinage, se répandre en si peu de temps dans toutes les directions. Ce peuple s'était maintenu vigoureux et affranchi de toutes les influences énervantes qui avaient atteint tous les peuples de l'Occident ; c'est par cette raison que son courage a pu avoir été enflammé si aisément par Mahomet, et constituer un violent incendie que le prophète avait su allumer et entretenir par sa nouvelle doctrine, si bien adaptée à l'esprit du peuple auquel elle était prêchée, et produire ce mouvement gigantesque dont l'histoire ne peut fournir aucun autre exemple. Le courage dont le fondateur de l'islamisme se sentait animé, il a pu le faire pénétrer dans l'esprit de tout son peuple, et appuyé sur la conscience de sa force juvénile, combattre les ennemis avec le plus brillant succès. C'est la première guerre inspirée par une idée religieuse et marquée, dès son début, par des taches sanglantes, mais aucune n'a jamais eu cette extension ni des conséquences naturelles si importantes. Aucune époque intermédiaire, préparant cette niodification, n'avait existé entre la proclamation de la nouvelle croyance et les faits qui devaient en être la conséquence ; la parole et l'action se suivaient rapidement. Éveillés de « l'état d'ignorance », comme les écrivains arabes appellent celui qui précède Mahomet, les Arabes, dociles à la voix du prophète, se ruèrent au combat avec une valeur à laquelle le succès donnait toujours un nouvel aiguillon; ce n'est que bien loin de leur pays, sur la terre des Gaules, qu'ils trouvèrent enfin une résistance dans l'armée triomphante de Chaules Martel, qui mit un terme à l'extension de leur puissance, mais il a fallu des siècles pour la renverser complètement en Europe ; c'est seulement pas à pas que cédèrent aux vainqueurs
les Arabes recevant d'Afrique toujours de nouveaux renforts, et un nouveau stimulant pour les raffermir dans leur foi, Jusqu'au moment où Grenade leur fut arrachée par une honteuse trahison, par la promesse mensongère de la liberté de leur croyance ; après quoi on ne leur laissa que le choix entre le baptême et l'exil. C'est là ce que ht Ferdinand, le fondateur de l'inquisition espagnole, soutenu dans son action par la déclaration solennelle d'une assemblée de prêtres et de jurisconsultes qui décidèrent « qu'à rinfidèle il ne fallait pas tenir parole », et récompensé de son zèle par le pape, ajoutant à son nom l'épithète honorable de « catholique ». Les livres des Arabes furent brûlés atin d'anéantir leur souvenir. Mais ce que la puissance arabe avait fait pour les intérêts de la science, pendant le temps si long de sa domination, aucune parole de l'autorité ne peut l'anéantir. La science est reconnaissante pour chaque progrès accompli, et elle le conserve, qu'il soit d'origine mauresque ou chrétienne.
Pour l'histoire des Arabes, voyez :
* Greg. Abul-Pharagii, Historia orientalis siv . dynastiarum. Edita et lat. vers, ab Ed Pocockio. Oxon., 1672, in-4°.
* Gr. Abul-Pharagii siv Bar-Hebraei Cht^onicon syriacum. E. CoD. Bodleianis descripsit, maximam partent vertit., etc. P. J. Bruns. Ed. ex part. vert. etc. G. G. Kirsch. Lips., 1789, in-4°.
* Abulfedae, Annales moslemici. Latinos ex arab. fecit J. J. Reiske. Lips., 1754, in-40.
* Abulfedae. Annales moslemici arab, et latin, op et stud. J, J. Reiske, etc. nunc prim. edidit J. G. Ch. Adler. V, tomi. Hafn., 1789-1794,111-4".
* Spécimen historiœ Arabiim auct. Ed. Pocockio. accès, hist. vet. Arab. ex Abulfeda cura Ant. Sylv. de Sacy, Ed. Jos White. Oxon., 1806, in-8°.
Voy. encore :
* De Marigny. Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes. 4 tom. Par., 1730, in-8°.
* M. Cardoh-^e., Histoire de V Afrique et de l'Espagne sous la domination des Arabes. 3 tom. Paris, 1765, in-8°. * Trad. allem. par Chr. Glieb vonMurr. 3.Th.Nûrnb., 1768-1 770,in-8°.
Sur Mahomet voy. :
* Ch. E. Œlsner. Des effets de la religion de Mahomet pendant les trois premiers siècles de sa fondation, sur l'esprit, les mœurs et le gouvernement des peuples, che^ lesquels cette religion s'est rétablie, mémoire qui a remporté le prix, etc., de l'Institut de France le 7 juillet i8og. Par., 1810, in-8".
MoKxiiF.T) , Darstell . des Einjlusses seiner Glaiibenslchse, v. s.w. Eine Preisschriff. v. Oelsner. * Trad. allem. du précéd. avec suppléments par E. D. M. Francf. a M., 18 10, in-8°.
* Le Coran,' par D"" S. Fr. Wahl. Halle, 1828, in-S" (renferme dans l'introduction la vie du prophète au point de vue théologique; écrite avec une partialité indigne de la tolérance chrétienne).
* Extraits delà vie de Mahomet par Abdalmalik ibn-Hischam, par H. Ewald dans sa Zeitsch.f. d. Kund des Morgenlandes, t, I, fasc. I. GouLT, 1837, in-8", p. 87.
Outre les grands ouvrages historiques, nous renvoyons pour le temps des Arabes à :
* Fr. Rehm. Handb. der Gesch. des Mittelalters (Manuel de l'histoire du moyen âge). I, Bd. Marb., 1821 et 2 Bd. 2 Abth. Kassel, i833, in-8''.
§ ICI. — Les sciences cultivées par les Arabes.
La puissance des Arabes s étant étendue à plus delà moitié de la terre, il devait en résulternécessairement que la culture intellectuelle fût pendant un temps très long entre leurs mains, et que dans les pays conquis par eux, on sentîtle besoin desarts, qui sont le doux fruit de la paix. La puissance des armes donne bien l'agrandissement d^un pays, mais si on veut que sa domination soit durable, il faut que le vainqueur se préoccupe de la culture intellectuelle du peuple conquis. On ne peut contester que le peuple arabe n'ait fait de sérieux efforts dans cette direction, mais la pression despotique et un fanatisme religieux nullement favorables à Pessor de Tesprit, étaient des conditions qui ne devaient pas les faire réussir facilement. Si les dominateurs arabes se sont préoccupés, surtout au Vlll- siècle, de soutenir partout les sciences et les arts qu'ils devaient apprécier, il ne faut pas se dissimuler que le résultat fut loin d'être brillant, il devait rester bien en arrière de celui de l'antiquité classique. Quelques œuvres des Grecs leur étaient connues par des traductions, mais de ces grands modèles, qu'ils ne connaissaient que par des traductions syriaques, qui avaient été traduites denouveau en arabe, ils ne possédaient que quelques fragments mutilés, qui devaient servir de fondement aux connaissances des Arabes savants. Il n'en reste
pas moins aux Arabes le mérite de s'être préoccupés des connaissances scientifiques, qu'on avait abandonnées dans un temps où l'on avait été menacé de la perte absolue de toute culture intellectuelle.
Nous devons les estimer très haut comme conservateurs de ces connaissances; la littérature arabe, florissante pendant cinq siècles, a été à plusieurs points de vue l'institutrice des temps qui ont suivi. Les Arabes ont réparé de cette manière le dommageque,dans lepremierélandeleur fureur fanatique, ils avaient causé aux sciences et aux arts, en détruisant de magnifiques monuments de l'antiquité.
Les savants arabes se sont occupés surtout de mathématiques, de physique, de chimie, d'astronomie, de médecine et de philosophie. Des chefs distingués avaient fondé (depuis l'an 750^ des écoles instruites et des bibliothèques, à Bagdad, Bassora, Kufa, Damas, Ispahan, Samarkand, et dans d^autres villes ; et les premiers princes des familles, Al Mansur (décédé 774), Harun al Raschid (786-833), Al Mamum (8 12-833) possédaient une culture remarquable, et furent des protecteurs actifs des sciences. C'est ainsi que la célèbre école d'Alexandrie fut reconstituée; à Feez et au Maroc les sciences etles arts étaient florissants sous les Edrisites. C'est en Espagne que le commerce scientifique a été le plus brillant sous le doux sceptre d'AfiOER Rahman, et de Al Hakem. Le temple des Muses fut fondé à Cordoue (980) ; là se trouvait, au X« siècle, la plus grande bibliothèque de l'Occident (25o,ooo vol.). De loinetde près afïluaientdenombreuxjeunes gens avidesd'instruction ; de l'Occident arrivaient les chrétiens pour y puiser des connaissances. Séville, Tolède, Almeria, Murcie avaient des écoles où de savants maîtres donnaient l'instruction et, d'après un manuscrit de Casiri (t. II, p. 71), nous voyons que TEspagne arabe possédait 70 bibliothèques ouvertes au public; Cordoue a produit i5o écrivains, Almeria 52, Murcie 62. On ne peut citer le nombre de ceux de Grenade, de Hispalis, de Valence, etc. Ainsi était assuré le développement intellectuel dans les pays arabes, et nous répétons encore que la conservation de ce qui
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était parvenu jusqu'à eux était assurée. A ce point de vue, nous devons Être très reconnaissants envers une nation qui se montrait animée d^une très bonne volonté. Nous ne devons toutefois par méconnaître les causes indiquées plus haut, qui ont fait que le succès n'a répondu ni aux efforts ni aux intentions, et que nous ne sommes redevables aux travaux des Arabes et à leurs recherches d'aucune découverte ni vérité nouvelles.
Obs. I. — Les Arabes apportaient avec eux dans les pays conquis un certain degré de culture ; ce qu'ils y trouvaient de bien était rapidement adopté par eux, et assimilé.
Sprengel dit : « Les Arabes n'ont jamais été de grossiers barbares. La situation du pays dans lequel ils vivaient avait nécessité un certain degré de culture. La chaleur du climat enflammait leur imagination, favorisait l'élan poétique qui est propre au pays.
Si l'exubérance et la grandeur colossale des images, ces fruits de la fantaisie, la vivacité des impressions, la finesse des proverbes, constituent essentiellement la poésie, aucun pays n'a possédé autant de poètes que TArabie.
Voy. * SiM. AssEMANi, Saggio siilV origine^ culto, litteratura degli Arabi avanto ilPseudo pi'ofeta Maometto Gadoi% 1787,8, surtout p. XXXVllI et suiv,
* H. F. WûsTENFELD Diss. de scientHs et studiis Araburn ante Mohammedem etdefabulis Lokmani. Goett., i83i, in-8°.
Obs. II. — Les mérites des Abassides sont très bien décrits dans : * Spécimen historiœ Araburn, etc. opéra et studio Ed. PococKii, etc Oxon, t8o6,in-4°, p. 171 ,aussiparŒLSNER, ouv.c. (traduction), p. i5i, « Zeitraum der Abbassiden ». Voy. aussi CASiRidans son ouvrage, à citer d'abord, T. 11, p. 38 et * DeChalifis litterarum studiis auct. M. Norberg. In ejusd. sélect, opusc. academ. Pars sec. London Goett., 1818, 8, p. 202.
Obs. m. — Encore au XI L siècle, Benjamin de Tudela, dans ses voyages à Alexandrie, a vu encore vingt divers établissements d'instruction, voy. * Itinerarium cuni version et not. Constan- TiNi l'Empereur ab Oppyck, Lugd. Balav., i633, in-8°, p. 121.
* Die Academicn der Araber und ihrer Lehrer (Les académies des Arabes et leurs mai très), par F. WusTKNFELD.Goett., i837,in-8''.
La source principale des informations sur la science des Arabes, etc., est la suivante :
* M. Casiri. Bibliotheca arabico-hispana esciirialensis sive librorum omnium, mss. quos arabice ab auctoribus magnam partcm Arabo-Hispanis cumpusitos Bibliotheca cœnobii Escu-
rialeiisis complectitur. Tom. pi-iov. Matrit., 1760, Tom. post., 1770, in-f°.
Sur les traductions syriaques des œuvres grecques, voy. * J. G. BuHLE, Commentatio de studiis grœcarum litterarum inter At^abes initiis et rationibiis. Goett., 1791, in-4''. In Comment.soc. reg. scient. Goetting.,vo\. XI, Goett. ^1793, in-4%p. 216.
§ 102. — Etat de la médecine che:^ les Arabes.
Parmi les sciences cultivées par les Arabes, la médecine a pris un rang élevé. Depuis longtemps déjà on avait établi en Orient des écoles de médecine, à Gandispora, ville de Perse, où des médecins grecs (des nestoriens expulsés) dirigeaient l'instruction, et la donnaient aux Persans et aux Arabes. Au temps de Mahomet, vivaient à la Mecque des médecins qui avaient fait leurs études dans les écoles des Grecs, et à la fin du septième siècle, se trouvaient à Irak deux médecins renommés, Théodocus et Théodunus, qui ont été les premiers maîtres de beaucoup de médecins arabes, et dont les adhérents et disciples se maintinrent jusqu'au temps des Abassides, parmi lesquels Thorax Ebn Shohnatha. qui vécut sous Al Mansur. La conquête des pays éloignés mit les Arabes en contact avec des nations, sur lesquelles s'était étendue, depuis longtemps, la lumière de la civilisation^ et qui avaient jeté un grand éclat ; de là l'influence considérable exercée par elles. Il faut citer en première ligne Alexandrie si civilisée, dont l'école avait été pendant si longtemps florissante, qui adû avoir exercé, sur la médecine des Arabes, une si puissante influence. Si les Arabes avaient anéanti tous les monuments extérieurs des sciences et des ans, le sentiment qui avait animé ceux-ci s'était maintenu, et ne pouvait avoir qu'une heureuse influence sur les conquérants, qui, appréciant plus tard leurs actes à son véritable jour, se sont efforcés de réparer ce que l'ardeur du fanatisme et l'aveugle esprit de conquête avait si malheureusement détruit. Après le raffermissement de leur puissance, ce sont les Abassides qui se sont particulièrement
distingués par leurs bienfaits pour la médecine. Dans l'école de Bagdad qu'AL Mansur avait fondée (762), on n'enseignait pas seulement la médecine théorique, mais on avait fondé un hôpital public, où les jeunes médecins subissaient leurs épreuves. Les écrivains arabes donnent beaucoup de témoignages de la grande estime que les califes de la famille Abul Abbas avaient pour les sciences médicales. D'autres pays arabes ne restèrent pas en arrière : en Afrique comme en Espagne, on érigea des chaires de médecine, partout on trouvait des écrivains s'occupant de cette branche du savoir humain. Bien que les Grecs, surtout HipPOCRATE, Aristote et Galien, que les Arabes ont connus par des traductions, aient été leurs modèles et leurs maîtres, leur constitution, leur manière de vivre et leur climat étant différents de ceux de la Grèce, il en résulta qu'ils ont dû observer d'autres formes morbides et être mis dans la nécessité de s'éloigner, sur certains points, de la médecine grecque. Cette différence est sensible dans l'hygiène et la matière médicale qui, sous la direction des médecins arabes, fut particulièrement cultivée. L'hygiène était favorisée par des prescriptions religieuses ; les Arabes cultivaient la chimie ; ils avaient par leurs relations commerciales, surtout avec l'Inde, obtenu un grand nombre de substances médicinales. Dans la pratique de la médecine on constate partout une tendance vers le merveilleux. Leur amour pour l'astrologie les poussait à y chercher des idées superstitieuses ; les recherches théoriques et des finesses de l'esprit prirent la place des connaissances anatomiques et physiologiques, que la loi religieuse leur défendait de scruter ; les discussions prolixes de Galien et ses longues expositions, avaient pour eux plus d'attraits que la parole tranquille du grand génie de Cos basée sur l'observation exacte de la nature ; ils se reconnaissaient mieux dans la doctrine du médecin de Pergame, ils aimaient suivre avec lui la voie facile de la spéculation que l'étroit sentier de l'expérience, qui certainement conduit au but plus lentement, mais l'atteint plus sûrement. Ils traduisirent toutefois et commentèrent les écrits d'HippocRATE.
Leur médecine se basait sur celle de la Grèce, mais elle avait un caractère particulier, ils enrichirent la science par la description de maladies nouvelles, par exemple de la variole et d'autres maladies éruptives ; ils soumirent l'œuvre des devanciers à un nouveau travail, pour faire de leur médecine un ensemble, qui s'est maintenu longtemps encore après eux, œuvre méritoire, digne de la plus grande gratitude. Moins heureux ont été les Arabes dans le domaine de la chirurgie, bien que cette branche ait été spécialement cultivée par plusieurs d'entre eux, par exemple par Abl'lcasis. Nous examinerons dans les §§ suivants ce que les Arabes ont fait dans le domaine de l'obstétricie.
Obs. I. — Abul-Pharagius fait mention de la ville Gandispora et de l'école de médecine que des médecins grecs y ont fondée ; voy. son HistoiHa dj^iiasîia, p. 82, et sa chronique Syriaque (* Ed. Kirsch, Lips., 1789, in-4^), p. 59, il est dit expressément dans les premiers passages : « Pacem iniit Aure- Lius CiESAR cum Sapore Persarum rege, eique filiam suam nuptum dédit, qui extruxit Sapores in Perside urbem Byzantio similem, quam Jondisapur appellavit. Misit autem Aurelianus qui inservirent filiae suas, medicos graecos quosdam, atque illi medicinam Hippocraticam in Oriente docuerunt ». Voy. : * I. H. ScHULTzii de Gandisapora Persarum quondam academia medica. Observât, historica, dans : Comment. Academ. scient, impérial. Petj-opol., t. XIII, ad ann. 1741-43. Petropol., 175 i, in-4°, p. 437-458. Le doute qu'inspire la communication d'AsuL- Pharagius a été éclairci après de nombreuses recherches, par Sprengel, ouv. c. qui reporte à une date plus récente la fondation de l'école de Gandisapora, qu'on ne l'admetgénéralement. « Qu'il en soit comme on voudra, ajoute Sprengel, il est fait mention souvent de l'école de Dchondisabur, depuis le septième siècle ». Comment la science des provinces conquises, notamment de la Perse, a-t-elle passé aux Arabes? voy. à cet égard : Abul-Pharagii * Chi'onic. Syriac. (trad. lat.) Lips., 1789, in-4", p. io3.
Obs. IL — Mahomet favorisait lui-même la médecine. Voy. : Abul-Pharagii, i/wf. i^^na^^., p. 99, où il est fait mention du médecin arabe Hareth Ebn Calda, qui avait étudié la médecine à Gandisapora , et qui plus tard est retourné dans son pays, et qui est recommandépar MAHOMETpour toutes les maladies : «Jussit Mohamed, si quis morbo affectus esset, ipsum adiré, et ab eo
remedium petere«. Le Prophète doit lui-même avoir donné des conseils à des malades, et avoir prescrit des remèdes, il doit même avoir employé le fer rouge chez un ami qui souffrait d'une inflammation de la gorge. Voy. : * I. I. Reiske et I. E. Fabri, OpiLSC. medica. ex momimentis Arahum et Ebrœorum. Ed. Gru- NER. Hal., 1776, in-8°, p. i3, obs. III et IV. Sur la considération dont jouissait la médecine chez les Arabes, voy. : Abul-Pharagii, Hist. dj^nast., p. 160.
Obs. III. — Freind va trop loin dans son : Historia medecinœ (* trad. lat. de Wigan. L. Bat., 1734, in-S", p. igS), quand il dit : « Haud improbabile est, veterum Grœcorum scripta medica ea solum de causa excidio (Alexandrias) fuisse erepta, quod de medecina tractarent ; nam sanitatis cupido apud Arabes quam inter alias gentes haud minorem habet vim, cumque hi libri maxima ejus rei prœsidia edocerent, et alioqui nihil quicquam traderent Prophetœ eorum legibus adversum, illud certe nonnihil ad eorundem conservationem potuit conferre «, et ce que Fr. raconte de Joannes Grammaticus, qui aurait soustrait à l'incendie beaucoup de livres, est contredit par le récit d'AsuL-PHARAGius, ouv. c.,p. 114. JoANNES chercha bien à obtenir d'AMROula conservation des livres de philosophie, mais Omar lui tit cette réponse remarquable : « Si in illis contineatur, quod cum libro Dei conveniat, in libro Dei est, quod sufficiat absque illo; quod si in illis fuerit quod libro Dei repugnet, neutiquam est eo opus, jubé igitur e medio toUi ». La-dessus Amrou donna Tordre de chauffer les bains publics avec ces livres et... « ita spatio semestri consumpti sunt », ajoute ABaL-PHARAGius.
Obs. IV. — Sur la richesse de la littérature médicale des Arabes, voy. Casiri, ouv, c. T. I, p. 234-237, et la préface, p. XII. D'après Abu-Osaiba, qui a écrit la vie des médecins célèbres, voy. une riche compilation de Reiske, ouv. c, p. 41, et suiv. ; voy. aussi Amoreux, p. 129-229.
Un excellent coup d'œil sur les plus importants principes de la médecine arabe se trouve dans Tintroduction (Isagoge) à la médecine de HonainEbn Isnak (Joanitius). Ce médecin était un chrétien nestorien renommé surtout par ses traductions du grec (voy. ^ gS), il avait été premier médecin du calife Ali Motawakkel, il mourut en 874. Voy. Abul-Pharag., Hist. dynast., p. 171.
Sur la médecine arabe, voy. encore :
* l. Léo, Africanus,/)(? viris quibusdam ilhistribus apud Arabes. In Fabric. Bibl. gr. vol. XlII,in-4", p. 259.
* P. J. Amoreux. Essai historique et littéraire sur la médecine des Arabes. Montpell., i8o5, in-8°.
* M. NoRBERG, De medicina Arabiim. In ejusd. sélect, opuscul. académie. Ed. J. Norrmann, t. III. Lond. Goth., 1819, in-8°, p. 404.
* SiM. Aronsteln, Qiiid Arabibus in arte medica et conservanda et excolenda dcbeatii7\ BeroL, 1824, in-40. L'histoire dynast. d'ABUL-PHARAO., renferme beaucoup de notices sur l'état de la médecine de ce peuple.
Parmi les historiens de la médecine connus, voy. surtout : Freind, Ackermann et Sprengel et Haeser.
§ io3. — Serapion.
Jahiah Ebn Serapion (Serapion senior siv. Janus Damascenus) est né en Syrie, et a vécu au commencement du IX* siècle, il a écrit deux ouvrages en syriaque. La coUectio magna en douze livres, et la coUectio parva en sept qui ont été traduits en arabe par Musa Ben Abrahim Alhodaithi et Ben Bahlul (voy. Casiri, t. I. p. 261).
Dans ce livre devaient se trouver réunis les principes des médecins grecs fondus avec les dogmes et les principes nouveaux. La traduction portait le titre de : Collectionneur, Agregator, (appelé Breviarium par Gérard, Practica par Alpagus, Therapeutica methodus par Adb. Torinus); une série de chapitres contient sous le titre : « de aegritudinibus matricis » beaucoup de choses importantes qui permettent de Juger de Fétat de Pobstétricie etdes maladies des femmes qui, il est vrai, sontmanifestement d'origine grecque; sur les maladies des femmes (Lib. IV, ch. 18, de l'édition de Torinus) on trouve les chapitres suivants : de prasfocatione (suffocation), et ventositate matricis; ces souffrances (de nature hystérique) sont bien exposées; il est vrai que c'est la vieille doctrine de Pascension de la matrice, d'où le conseil de faire respirer des vapeurs faites avec des cheveux et des chiffons brûlés, de l'ail, etc., « ut ex hoc olfactu réfugiât matrix ab istis partibus ad inferiora », pendant ce temps la matrice sera attirée en bas par de bonnes odeurs; « et adhibemur ad os matricis omne, quod est boni odoris, ut declinet matrix ad
inferiora ». L'opinion de Platon, qui pensait que la matrice était un « animal » (voy. § 5i, obs. 3), est ainsi justifiée. Serapion observait ces souffrances chez les veuves, et il les attribuait moins à l'aménorrhée qu'à la privation des rapports sexuels. L''application de certaines méthodes de traitement, comme par exemple des onctions sur le col, sont expressément confiées aux sages-femmes, comme du reste cela est conseillé chez les Arabes par les écrivains postérieurs. On voit quelle situation élevée avaient chez eux les sages-femmes, puisqu'ellesdevaient non seulement pratiquer des opérations nécessitées par les accouchements, mais celles que réclamait le traitement des maladies des femmes et des enfants. Certaines formules, pour la préparation de pessaires médicamenteux, portent le titre « ad obstetrices «. D'autres chapitres ont pour titre : « de apostemalibus matricis (29), de cancris accidentibus in matrice (3o)» où entre autres est très bien indiquée la différence entre l'induration simple et l'induration carcinomateuse, et où sont exposées les souffrances diverses causées par ces états : « de retentione menstruorum et cura ipsius(3i), de eruptione sanguinis ex matrice (32), de mulieribus quag non impregnantur (33), de iis quae aboriuntur (34), de lubricitate matricis (36) ». Dans chaque chapitre estindiquée une foule de médicaments à l'usage interne et externe, qui montre combien les Arabes avaient de prédilection pour les moyens pharmaceutiques.
Obs. — Le nom de Janus Damascenus a été donné à Serapion par ToRiNUS (i 543) en raison de son lieu de naissance ; ce changement a occasionné beaucoup d'erreurs et de confusions ; on l'a confondu surtout avec Mésué l'ancien. Untravail récent très bien fait par Hensler, qui se trouve dans son écrit sur l'Occident, p. 4, mit fin à ces erreurs.
§ 104. — Obstétricie de Serapion.
Les deux chapitres qui sont consacrés à l'obstétricie proprement dite portent pour titre : « De mulieribus qune concepcrunt, quo modo possint cognosci praegnantes, et quid eis conve-
niât » (35), et « De mulieribus quas difficulter pariunt » (36). Le premier chapitre contient les signes ordinaires de la conception, qui sont répétés dans les meilleurs livres qui traitent de l'obstétricie. On y trouve surtout les doctrines d'HippocRATE puisées principalement dans ses aphorismes, comme par exemple l'ancienne opinion qui place les garçons dans le côté droit, les filles dans le côté gauche de la matrice; des conseils hygiéniques terminent ce chapitre. Le second chapitre consacré à la dystocie, commence par l'étiologie, à Texemple des maîtres grecs (AÉTius, Paul d'Eg.). Les causes dépendent de la mère, de l'enfant, ou de la délivrance. Parmi les causes dépendant de la mère, nous trouvons nommée encore ici la « parvitas matricis »; par centre, on ne trouve rien sur l'étroitesse pelvienne ; mais il est certain que là où notre auteur, comme ses prédécesseurs et ses successeurs ont parlé de la petitesse de la matrice, l'étroitesse pelvienne a dû Jouer un rôle. Parmi les causes dépendant de l'enfant, nous trouvons mentionné une tête trop grosse, une malformation fœtale (forma foetus mirabilis, sicut ille, qui habet duo capita), une grossesse gémellaire; à cette occasion Serapion parle d'après Abrucalis d'une grossesse de cinq enfants. Comme modes de présentation, la première (fig. prima) est celle où l'enfant se présente par la tête, les bras étendus vers les hanches ; la seconde (fig. secunda), présentation des pieds. Toutes les autres présentations sont à considérer comme non naturelles (anormales). Comme secours, on indique, suivant les cas, des onctions et injections huileuses, des bains, des lavements. Si la femme est très grasse, on conseille la position sur les genoux et sur les coudes. Les membranes trop résistantes sont rompues avec le doigt ou un petit couteau. Si la présentation n'est pas normale, on devra la rendre telle, et extraire ensuite l'enfant. Les règles ne renferment que des généralités, toutefois il en ressort que Serapion ne conseille pas d'attirer l'enfant par les pieds, du moins il dit : « Si ergo egrediuntur in primis pedes ejus, tune non trahamus ipsum cum vehementia, quia tenetur » ; par contre, l'amputation des pieds est conseillée dans ces cas
comme par Celse. Les enfants morts devront être attirés avec des instruments (des crochets). A la fin du chapitre se trouve une formule pour la préparation de '« Sief longis » quem subponat ipsum mulier : descendet tum enim embryo, sive sit vivus sive mortuus ». Cette «sief» se compose de myrrhes, ellébore noir, opopanax et fiel de bœuf par parties égales.
Obs. — Nous avons devant nous les éditions suivantes de Serapion :
* lo. FIL Serapionis opéra siv. breviarium, etc. et lib. Serapionis [iunioris] agregatiis in medicis simplicibiis . Translatio Symonis Januensis interprète Abraam Judko Tortuosiense de Arabico in latin. A la fin : Ethunclibrum transtulit mag. Gerhard. Cremonensis in coUecto de arabico in latinum. Venet. iSgg, in-fol.
* Practica Jo. Serapionis <ifc?a breviariim. Tr&ns\\\\it. M. Gerhard, CREMONENsis(avec liber Serapionis desimplici medicina, etc. et practica Platearii). Venet., 1497, in-fol. et * Lugd., i526,in-4°.
* Jani Damasceni. Decapolitani summœ inter Arabes auctoritatis 7nedici, therapeuticœ methodi h. e. curandi artis lib. VII, partira Alb. Torino. Vitodurano paraphraste partira Gerardo. latro Creraonensi raetaphraste. Basil., 1549, in-fol. (Dans cette édition se trouvent des aphorismes sous le nom de Jan Damasc. ; il est douteux qu''ils appartiennent à Serapion, peut-être à Serapion jeune ou à Mesue, ils se lisent aussi dans l'Articella.
Les autres éditions sont citées dans « * Ludw. Choulant's Handb. der Bucherkiindefiir die œltere medi\in » (Manuel de bibliographie pour la médecine ancienne). Leipz., 1828, in-8°, p. i5i. Nous renvoyons à ce livre pour les éditions des auteurs arabes, que nous n'avons pu consulter nous-mêrae ou que nous avons dû nous contenter de mentionner.
§ 10 5. — Rha^^ès.
Parmi les écrivains arabes, un des plus renommés et des plus féconds a été Mohamed Ebn Zachariah Abu Bekr Arrasi, connu sous le nom de Rhazks. Il est né en 860 ù Ray en Irak (Médie ancienne, province de la Perse). Il s'était d'abord adonné à la musique, qu'il délaissa pour étudier la philosophie et la médecine. Il a été à la tête d'un hôpital, à Ray puis à Bagdad, où il mourut en 932. Il a laissé un grand nombre d'écrits qui lui valu-
rent le surnom de « Galien des arabes ». Le principal ouvrage publié sous son nom que nous possédions est le livre (Kelaab) Helchavy, i. e., lib. continens, seu comprehensor, monument élevé à la médecine pratique toute entière; il est douteux quMl ait été écrit par Rhazès lui-même dans la forme où nous le possédons aujourd''hui. Sprengel se basant sur les témoignages d'ALi Abbas et d'ÀBUL-PHARAGius, pense que cet ouvrage a été commencé réellement par l'auteur, mais qu^il n'est arrivé qu'inachevé à ses successeurs, que ceux-ci en ont rassemblé les fragments, et les ont soumis à un travail d'ensemble. Casiri l'appelle Pandecta medicinae, et en réalité il embrasse la médecine dans sa totalité dans la plus large acception du mot. On a utilisé pour cet ouvrage un grand nombre de passages des anciens auteurs grecs, notamment de Galien et de Paul d^Egine. Toutefois on y trouve ajoutées des opinions personnelles et celles d'un grand nombre d'auteurs arabes, comme le prouve l'indication de leur origine. L'historien peut d'oprès ce livre se former une idée de la médecine propre des arabes, de sorte que cet ouvrage aune valeur inestimable, même dans la forme mutilée où il nous est parvenu, — Un deuxième ouvrage de Rhazès se compose de dix livres de médecine adressés à Al-Mansur, roi de Chorassem. C'est une revue de la médecine très concise, d'après les sources grecques et arabes, dont le neuvième livre est un traité de pathologie, qui pendant longtemps, même au delà du moyen âge, a servi dans les académies de programme aux commentaires des écoles. En dehors de ces ouvrages nous possédons encore de Rhazès un livre a De variolis et morbiilis » qui est le plus ancien traité sur ces maladies, et qui seul est parvenu à nous en langue arabe. Enfin il nous reste encore de lui de petits écrits traduits en latin, des aphorismes, un antidotaire, un livre des divisions (liber divisiorum), etc., ainsi que beaucoup de choses non encore imprimées, qui portent son nom, et se trouvent dans des collections de manuscrits.
Obs. — Sur la vie de Rhazès, voy. Casiri, I, p. 262, où se trouve l'indication de ses écrits. Voy. aussi Greg. Abul-Phara-
Gius, Hist. dynast., p. 191 et Abulfeda, vol. II, p. 347, qui parle de lui en ces termes : « "Animum itaque. licet quadraginta jam maior annis, ad studium artis medicas et philosophias auctorumque eas tradentium lectionem applicabat, tanto cum ardore et tam prospero cum successu, secundante prcesertim aetate, quae ipsi provectior contigit, ut earum, quas exerçait, artium ad perfectionem atque summum fastigium procederet, commuais que fieret orientis doctor, ad quem velut digito demonstratum, scientiae cupidi ablegarentur, et ad cujus auctoritatem rébus in controversis medici provocarent ». Malheureusement d'après le dire de Casiri, les traductions latines de Rhazes sont : « adeo barbarœ ec insulsœ, ut nec Rhazis dictionem nec stylum sapiant, nec sententiam quidem exprimere aliquando videantur », et Casiri, qui avait à sa disposition les trésors arabes de l'Escurial, ajoute : « lUas enim ego, quoties cum arabicis archetypis conferre libuit, non ex Rhasi, sed ex alio prorsus auctore factas omnino censui. Idem de antiquis latinis translationibus ex Arabum philosophorum ac medicorum scriptis confectis eodem jure pronunciandum : quas pervetsiones poi'ius, quam versiones merito dixeris. «
§ loG. — Obstétricie de Rha^ès tù-ée du Liber Helchavy.
Parmi les 25 livres contenus dans le Liber Helchavy, le neuvième livre seul se rapporte à notre sujet; dans les ch, 2-6 on trouve traitées les maladies de la matrice, suivant un ordre tout arbitraire; le deuxième chapitre commence par les ulcères de la matrice, puis traite des métrorrhagies, des situations anormales de la matrice, du cancer, des moles, que Rhazes attribue à la rétention du flux menstruel, ou à une productivité morbide de Tutérus, etc. Le troisième chapitre passe rapidement sur la « suffocatio » et la « declinatio matricis ». Le quatrième et le cinquième chapitres traitent positivement des sujets obstétricaux. Avant tout il faut dire que partout les sages-femmes sont nommées, que c'est à elles que sont adressées les règles qui y sont tracées, que c'est à elles qu'on enseigne les opérations, ce qui constate leur rôle important dans la pratique de l'art. Le quatrième chapitre commence par exposer les signes de la grossesse,
de l'imminence de Tavortement, et ceux d'après lesquels on peut prédire le sexe de l'enfant. L'arrondissement du col et son occlusion annoncent que la conception a eu lieu. Par contre l'affaissement des seins annonce que Tavortement s'est produit. On énumère de nouveau les anciens signes du sexe de l'enfant, particulièrement celui qui est tiré du siège qu'occupe le fœtus dans la cavité utérine, auquel on accorde une grande valeur. Nous donnons le texte d'un passage de Rhazès relativement à la prédiction du sexe de Tenfant, attendu qu'il a quelque rapport avec ce que Hohl a dit récemment dans son livre sur l'exploration obstétricale (Geburtsh. Exploration. Thl II, p. 46).
« Quod si venter fuerit repletus et rotundus, et in eo fuerit durities, et mulier fuerit sinceri coloris, judicare debes quod mulier pariet masculum. Et si in eo fuerit, pannus cum punctis rubeis pariet feminam : et si caput mamillae transmutatum fuerit ad rubedinem pariet masculum ; si ad nigredinem, filiam ». Se basant si>r sa propre expérience, Rhazès ajoute que la femme enceinte donnera le jour à un garçon, si en marchant elle avance d'abord avec le pied gauche, et vice versa : « expertus sum pluries hoc, et iirmum inveni experimentum, et non credo, quod fuerit accidcntaliter ». Le nombre des enfants qu'une femme doit avoir encore, peut se reconnaître par le nombre des nœuds que porte le cordon du dernier né, dicton qui s'est maintenu pendant bien longtemps chez des accoucheurs et des vieilles femmes. La seule présentation naturelle est celle de la tête, par contre celle des pieds, des flancs, des genoux et des hanches sont contre nature. De là le conseil d'amener la tête dans tous les cas oii elle ne se présente pas, à cet effet on recommande des manœuvres internes, des mouvements externes et des secousses de la femme placée sur un lit, comme Hippocrate déjà l'avait recommandé. Si ces manœuvres ne réussissent pas, on amputera successivement les membres jusqu'à ce qu'il y ait un espace suffisant, pour que la tête puisse être amenée. Si la tête est trop grosse, on en fera la perforation, on évacuera
la substance cérébrale, on brisera les os et on attirera l'enfant. Dans le cas, où le volume trop grand de Penfant empêche sa naissance, on pratiquera sur lui des tractions moyennant des linges ou des lacs. Si ce sont les extrémités supérieures ou inférieures qui se présentent, elles seront repoussées, et on tentera de faire l'engagement de la tête ; en cas d'insuccès, les extrémités seront amputées, et si alors la version sur la tête ne réussit pas, l'enfant sera attiré au dehors moyennant les extrémités inférieures. La plupart de ces conseils s'adressent aux sages-femmes, toutefois il ressort de quelques passages, que là où l'emploi d'instruments peut être nécessaire, les médecins, devront diriger Topération : « Quod si opus fuerit, quod fiât operatio cum ferro, sedeat mulier super scammum, quemadmodum sedere débet pênes partum et post dorsum retrorsum débet esse alius cui adhœreat: deinde inedicus sedeai super genu dextrum, etc. » Ce passage nous indique aussi de quelle manière la parrurienie était placée. Pour dilater l'orifice utérin, on faisait usage d'instruments à vis (instrumentum tortile vel torculum volvens) (voy. obs. § 84). Avant le 7^ mois, la tête de l'enfant se trouve en haut, au 8° mois la tête de l'enfant descend, pour cela l'enfant a besoin d'efforts et de temps pour se remettre des fatigues de la culbute. C'est ainsi que Rhazî^.s défend la vieille méthode d'HippocRATE sur la viabilité moindre des enfants nés à huit mois. Il ajoute avoir remarqué que tous les enfants nés avant le 8« mois étaient venus par les pieds. Au reste Rhazks indique une foule de médicaments qui doivent avoir la propriété de favoriser les accouchements, et qui sont déjà indiqués par d'anciens auteurs. Il accorde, dans ces cas difficiles, la plus grande confiance aux sternutatoires, aux onctions, bains et fumigations. Il est à regretter que dans l'indication de cette foule de médicaments il règne le plus grand désordre; c'est avec la plus grande peine qu'on cherche à établir un peu d'ordre dans cette « rudis indigestaque moles ». On y rencontre une foule de répétitions, et c'est avec une véritable fatigue qu'on voit le « Dixit Galenus « alterner avec le '( Dico )) ; à tout cela vient s'ajouter : « Sordidœ dictionis et
ipsorum incommodorum lectu typorum tasdium », dont s'est plaint Haller avec tant de raison.
Obs. — Pour notre travail nous avons fait usage de l'édition suivante que nous devons à l'obligeance de M. le D^ K. Bern- HARDi, réminent bibliothécaire de Cassel :
* Liber Helchavy. i. e. coniinens ariem medicinas et dicta predecessorumin hac facultaîe emendatorum. Per clariss. artium ac medic. doctorem magistrum videlicet Hieronymum Salium Faventinum erroribus purgatus et ornatus, etc. Impress. Venetiis, i5o6, in-fol.
La bibliothèque ducale de Cassel possède aussi l'édition de * HiERONVM. SuRiANus Vcnct. ; i5oQ, in-fol. que nous avons également sous nos yeux. Elle est divisée en 3/ livres. Haller en parle en ces termes dans sa Biblioth. nied. pract., t. I, p. 3yi : « res ipsa eadem est, neque plures libri hac editione continentur : ordo autem valde diversu? est, ut modo editio anni 1 5oo (comme aussi celle citée plus haut de i5o6) plenior videatur, modo nuperior altéra ». Le livre cité plus haut est ici le vingt-deuxième.
Une édition plus ancienne (plus rare) est celle de * Brixiae, i486, in-fol. per Mag. Ferragium, medic. salerni, etc.
La rareté des éditions de Rhazès, et par suite, l'impossibilité d'en faire une étude personnelle, peutavoirété la cause qu'OsiANder a porté sur Rhazès un jugement trop sommaire (ouv. cit., p. 69) et quelquefois entaché d'inexactitudes, comme par exemple il confond les nœuds du cordon avec ses rugosités. L'absence d'astérisque à l'ouvrage Helchavy, dans le livre d'OsiANDER, prouve qu'il n'a pas eu l'ouvrage entre les mains, ce qui ressort encore de l'inexactitude du titre qu'il donne du livre. C'est ainsi encore que Channing n'a publié que le livre Z)e variol. et morbillis.édh. de * Lond., 1766, in-8°, que nous possédons dans le texte arabe, et nullement les opéra exquisitiora^ comme on pourrait le penser d'après l'indication d'OsiANDER.
§ 107. — Les dix livres de médecine de Rhazès adressés au roi
Al Mausur.
Les dix livres de Rhazès adressés à Al Mansur sont mieux ordonnés. Les deux premiers sont consacrés à l'anatomie et à la physiologie, les quatre suivants (3-6) à l'hygiène, le septième à la chirurgie, le huitième aux poisons, le neuvième aux maladies des diverses parties du corps humain, le dizième à la fièvre.
Dans les 25" et 26® chapitres du premier livre est exposée l'anatomie des mamelles et de la matrice, avec quelques notions sur la physiologie de ces parties. On trouve indiquée avec précision la différence de grosseur et de développement entre l'utérus d'une jeune fille, et celui d'une femme qui est accouchée. Toutefois, l'auteur admet toujours deux cornes qui se réunissent en un seul orifice ; on y trouve aussi la description des testicules féminins, dans lesquels est contenue la semence de la femme. Par contre, il décrit bien l'hymen et les plis du vagin. La cause de Taccouchement est expliquée par lui de la manière suivante : quand le fœtus est arrivé à sa maturité, et qu'il ne peut plus être nourri au moyen de ses connexions avec la matrice (venœ, etc.), celles-ci se détachent et Taccouchement suit. Très remarquable est la description de la structure de l'homme comparée à celle de la femme (lib. II, c. 56), qui malheureusement n'est pas poussée très loin. Très sensées sont les règles hygiéniques données aux femmes enceintes et parturientes (IV, c. 27). Des bains, des onctions huileuses sont conseillés, ainsi qu'une bonne humeur; on blâme l'abus des saignées et des purgatifs. Pendant l'accouchement, on fera des onctions huileuses sur le dos, le ventre et les cuisses, et des injections huileuses dans le vagin. On prescrit aux sages-femmes de faire aux parturientes des frictions douces sur le bas-ventre ; les bains de vapeur et les sternutatoires sont recommandés comme favorables. Très utiles aussi sont la plupart des conseils que donne Rhazès sur les soins à donner à l'enfant, le choix d'une nourrice, les qualités qu'elle doit avoir, et le régime qu'elle doit suivre. Les 72^, et 73" chapitres du V* livre ont trait à la conception, on y trouve des moyens pour la favoriser; il parle aussi « de illis, quae prohibent impregnari et quœ aborsum faciunt ». Dans le IX* livre il passe en revue, dans les chap. 81-88, quelques maladies de la matrice, comme elles sont nommées et traitées dans les écrits grecs. La différence entre la grossesse véritable et la grossesse molaire est bien indiquée (c. 88) et on trouve signalés les phénomènes qui y sont observés.
Obs. I. — Plusieurs fois déjà nous avons eu l'occasion de voir avec quelle légèreté les anciens médecins (non chrétiens) pratiquaient l'avortement, et de rechercher les causes de cette pratique dans desprincipes philosophiques, que les idéesactuelles ne peuvent plus approuver (voy. § 85). De pareils usages se conservent encore dans certains pays, et là où une grossesse est inopportune, on a recours aux abortifs, comme nous l'apprend par exemple Ehrenberg, qui ayant été reconnu comme médecin en Afrique, fut sollicité par de belles africaines pour obtenir des remèdes abortifs. Comme de semblables demandes adressées aux médecins chrétiens étaient repoussées par eux, ces filles s'adressèrent à des charlatans de leur croyance et atteignaient ainsi leur but.
Obs. II. — Nous renvoyons au livre V, c. 69 du livre de RHAziis, que le lecteur pourra consulter lui-même, pour se faire une idée du raffinement des anciens, notamment du peuple libidineux des arabes, et de l'ingéniosité des femmes pour tromper les hommes. Le lecteur verra aussi à quel degré de perfection avait été poussé l'art de composer des cosmétiques. Personne ne s''étonnera plus, si, dans des temps postérieurs, ce peuple peut se reconnaître sous bien des rapports comme appartenant à la secte d'ARisTippE; on trouve encore chez eux de semblables conseils, comme nous Tapprend Trévoux dans son * Dictionnaire, t. VI, Paris, i852, in-fol., p. 943. Art « Rétrécisseuse ».
Obs. III. — Nous mentionnons les éditions suivantes des dix livres de médecine :
* Liber Rasis ad Almansorem, Venet., 1497, in-fol, et i5oo, in-fol. (avec d'autres écrits de Rhasès, les aphorismes de Damascenus, et quelques livres d'HippocRATE).
^ Abubetri tilii Zkcnkv.\^ ^\. Akasi., Qic. Liber ad Almansorem decem tractatus continens cum nonnullis additionibus interli* nearibus Gerardi Gremonensis. Lugd., i5 1 1, in-8°(sous le titre principal Opéra parva Abubetri^ etc, contenant encore d'autres écrits de Rhasès).
* Abubetri Rhazae Momethi, etc., Opéra exquisitiora per Gerardum Toletanum medicum Cremonensem, Andream Vesalium Bruxellensem, Alban. Torinum Vitoduranum latinitate donata, etc. Basil., 1544, in-f° (là se trouvent nos dix livres, p. 5-327).
SIEBOLn-HERRGOTT. l^
§ loS. — Rha^ès. Le livre des Divisions.
Le livre des Divisions (aussi adressé àMANsuR) contient également, ch.82 et suiv. un travail sur les maladies de la matrice, et parmi eux, un chapitre (92) qui a pour titre : «de his quœ facilem partum efficiunt, educunt secundinam et egredi faciunt fœtum, » des bains, des onctions huileuses, des fumigations et des remèdes internes sont recommandés pour exciter les contractions. On conseille aux sages-femmes d'ouvrir des membranes, [ici encore appelées secundina), au moyen des ongles, ou avec un petit couteau quand cela est nécessaire. Parmi les autres écrits de RnAziis se trouve encore un petit traité des maladies des enfants.
Obs. — Les deux ouvrages ici mentionnés sont compris dans les éditions citées, dans le paragraphe précédent des dix livres adressés à Al Mansur.
§ 109. — Ali Ben Abbas.
Un autre ouvrage sur la médecine, plus considérable que les précédent?, nous a été laissé par le persan Ali Ben Abbas de la secte des Magiers. Il était élève de Abi Maher Musa Ben Senan, et médecin particulier de Adhid el Daula, roi deBuita, sur l'ordre duquel il a écrit ce livre qu'il lui a dédié, de là le nom de « royal » qu'il porte.
Ali mourut en 994. Son ouvrage comprend toute la médecine scientitiquement ordonnée; il a été très estimé jusqu^au moment où le canon d'AvicEXNK le mit au second rang, sans le surpasser. Bien que dans l'exposé des doctrines médicales, Ali ait suivi partout la doctrine des grecs, comme il le déclare luimême dans le premier livre de la Théorie de son ouvrage, il y a mis beaucoup de choses personnelles, et ajouté un grand nombre d'observations nouvelles, si bien que nous pouvons dire que
CULTURE DE LA MEDECINE PAR LES ARABES 2Dg
le « livre royal » est un grand trésor et la source principale des informations pour connaître les principes qui régnaient alors. Dans la première division de son livre, dans la « Théorie », qui comprend dix livres, on trouve au livre 3 les chap. 33, 34, 35 qui parlent de la matrice, et des seins, en donnant les éclaircissements nécessaires au point de vue de l'anatomie et de la physiologie. La matrice pour lui est un « animal sperma desiderans», elle a des cornes, dans la droite se développent les garçons, dans la gauche les filles. Le plus grand nombre d'enfants que peut contenir la matrice, s'élève à cinq; il ne Taffirme que par oui-dire, car il n'a jamais vu une grossesse quadrigémellaire (L. g, c. 39). Ali cite un exemple de superfœtation (L. 3, c. 34.) : « Audivi et mulierem septimo peperisse mense filium, aliumque in nono, hujus quidem aiunt rei causam quod post conceptionem coitui se dederit viri alîerius ». Dans le livre de physiologie (Lib. IV, c. 4 de naturalium exemplo virtutum. in matrice), il admet dans la matrice l'existence d'une puissance multiple : une « virtus attrahens, v. retinens, v. immutans, et v. expulsiva. » Il la compare à Testomac, et rappelle Galiex, son exposition est très heureusement conduite. Le liv. VI, ch. 33, traite : « De accidentibus quoe in egressu fiunt menstruorum ». Le livre IX, c. 39 et 40 « De matricis et mammarum passionibus causis que et signis ». Ali cite comme autorités les sagesfemmes ; dans aucun auteur arabe on ne constate mieux la situation élevée et l'étendue de l'action de ces femmes dans les accouchements. C'està leurs observationsqu'il doit de pouvoir affirmer que les garçons naissent plus pesants que les filles, opinion qui a trouvé des défenseurs dans ces derniers temps. Dans la Practica, lib. I, c. 19, 20, 21 et 22, Ali expose les règles d'hygiène applicables aux femmes en couches, et aux enfants nouveau-nés; il parle de quelques maladies de ceux-ci, des nourrices, et des soins qu'il faut leur donner, et expose les règles à observer dans le sevrage des enfants. Le liv. II, c. 28 et 29 traitent : « de medicina provocantibus menstrua et lac generantibus ". Le 8« livre contient plusieurs chapitres qui se rapportent aux
maladies des femmes^ et dans une série de chapitres, c. 9-24 et c. 29, sont traitées les maladies de la matrice et des seins, et indiqués une foule de médicaments suivant l'usage d'alors. Très bien sont exposées^ entre autres, les causes dynamiques de l'hémorrhagie. Le ch. 25 « De abortientium mulierum medela » contient l'indication d'une foule de moyens mis en rapport avec l'étiologie. Le ch. 26 a pour titre : « De difficultatis partus medela», où se trouvent indiqués, comme moyens aidant l'accouchement, encore les onctions huileuses, les bains, Tusage du diptame (fam. de ruiacée), de nids d'hirondelles, et de fumigations avec des cornes de pieds de mulets. Gomme obstacle à l'accouchement on mentionne : « parvitas matricis » qui se rapporte certainement aussi à l'étroitesse pelvienne, qui n'était pas connue encore des anciens (voy. plus haut § 90). Pour l'accouchement des femmes très grasses, on recommande comme Serapion(§ 104) la situation sur les coudes et les genoux. Quant à la médecine opératoire, Ali se contente de renvoyer à la chirurgie : « Dum vero partus est difficulias fœtus causa, quoniam magnus est aut parvus aut levis, aut duo sunt illi capita, aut ea quae non expedit figura, tune cura utendum manus quae admodum in chirurgia exponetur j>, de là, ici comme dans le chapitre suivant 27, « de secundinas conclusionis et mortuî fœtus medela, » la simple indication de ce qui appartient au médecin, c'est-à-dire une foule de formules.
Aux femmes, pour lesquelles l'accouchement devient une cause de danger : « propter parvas matrices, aut vulvas strictas » , ou un état de santé mauvais, en général, Ali ne conseille pas la grossesse, et il traite aussi « de his, quas conceptum fieri prohibent». Par les mots « parva matrix» il entend certainementaussi un bassin petit. Les anciens devaient certainement en connaître les conséquences, mais la cause réelle devait leur échapper en raison du manque de notions anatomiques et de l'absence d'autopsies et de dissections.
Obs. — Sur Ali Bkn Abbas voy. Abul-PharaG.,/:?/^/. dynast., p. 214, où entre autres choses on lit: « In gratiam régis Adado-
DDAUL^ filii Bowaiœ librum suum Al Maleci i. e. regium appellatum, composuit : liber est insignis et syntagma egregium, cui eo tempore animum applicuerunt homines, ipsum que sedulo triverunt, donecprodiit canon Avicenx.e, quem amplexi librum Al Maleci aliquantulum neglectui habuerunt. Est autem AlMa- LFXi quod praxin spectat, potior, Canon quod scientiam, solidior ». • — Voy. encore Barhebr.*:i, Clvon. Syriœ, 2o5, et Casiri, I, 260. Beaucoup d'observations contenues dans cet ouvrage ont manifestement été recueillies dans les hôpitaux par l'auteur, qui s'était fait un devoir de contrôler, au lit des malades, les descriptions des auteurs données avant lui, et qui ne paraissaient pas absolument conformes à sa propre observation.
§ iio. — Obstétricie d'Ali.
Le neuvième livre d'ALi est consacré à la chirurgie, là se trouvent des règles qui se rapportent à Tobstétricie pratique. Le 38^ chapitre qui a pour titre : « de mortui fœtus eductione » a pourobjetd'exposerlesopérations obstétricales ; il fautremarquer tout aussitôt qu'il est adressé aux sages-femmes. Le médecin doit fournir à la sage-femme les renseignements nécessaires, mais celle-ci doit pratiquer l'opération ; du moins c'est ainsi que nous croyons devoir comprendre les paroles d'ALi. La grande latitude, qui dans ce livre est accordée aux sages-femmes, nous fait penser qu'on leur abandonnait beaucoup, même les opérations de toute nature. Dans tous les accouchements laborieux, où les moyens indiqués plus haut n'avaient produit aucun effet, Ali donne le conseil d'élargir les voies génitales, d'appliquer sur le fœtus des crochets (sennaras) dans les présentations de la tête et dans celles des pieds. La position à donner à la parturiente, la manière dont elle doit être maintenue, sont soigneusement décrites (position sur le dos, la tête basse, les cuisses élevées). On indique avec soin aux sages-femmes la manière dont les crochets devront être appliqués, et comment il faudra faire les tractions sur l'enfant.
Dans les présentations des pieds, ceux-ci devront être d'abord attirés et l'enfant développé après : « quum autem pedibus
primus egreditur foetus, facile attrahitur et recte in matricisos ». Nous ne pouvons ici que louer ce précepte, malheureusement il est assombri par les conseils qui suivent : quand la tête vient en dernier, il faudra la faire sortir moyennant le crochet tranchant, sur la main prolabée on appliquera un lacs, sur lequel on fera des tractions, et on amputera le bras dans l'articulation de Tépaule. Si les tractions sur les pieds n'ont pas pour effet de faire suivre le corps, les extrémités seront amputées dans la hanche, puis on appliquera les crochets sur le tronc; si ce moyen ne suffit pas on morcellera l'enfant ; on indique des instruments : « phlebotomi etcultelli » pour faire l'embryotomie, la section des chairs et l'ouverture du crâne, ainsi que des pinces pour briser la tête. Nulle part il n'est fait mention de la version sur la tête ou sur les pieds. L'enfant qui se présente par le flanc devra être morcelé. Les conseils que donne Ali, à la fin du chapitre, pour le traitement des accouchées, leshémorrhagies et les abcès, etc. ^montrent surabondamment quels dangers courait la mère dans de semblables accouchements. Le traitement de la rétention du délivre diffère fort peu de celui que Philumenos avait indiqué (voy. § 92). Si cela est possible, le délivre sera extrait; si, à la fin, l'orifice utérin se referme il devra être ouvert mais sans employer d'efforts. Si l'extraction est impossible, le placenta se putréfie, et au bout de quelques jours il est expulsé dans cet état. Les atrésies des parties génitales sont très bien décrites (c. 56). Ali en admet de congénitales et d'acquises, celles-ci résultant d'un procédé de cicatrisation à la suite d'ulcérations; ici comme dans le chapitre suivant: « de emissionum quœ in matrice fiunt cura », c'est aux sages-femmes que sont adressés les conseils pour pratiquer les opérations nécessaires : '< In conglutinationibus digitum imprimere » ; on leur enseigne aussi la manière d'opérer avec les instruments pour faire l'ablation d'excroissances. Les atrésies de l'anus chez les nouveau-nés devront être ouvertes avec le doigt de la sagefemme ou avec le phlcbotome(c. 63). Dans aucun écrivain arabe la situation des sages-femmes n'est si bjen mise en relief que
dans les livres d'ALi. On leur abandonnait les opérations obstétricales les plus difficiles, et l'emploi des moyens mécaniques dans le traitement des maladies des femmes et des enfants. Les hommes ne faisaient que conseiller, la pratique des opérations restant exclusivement abandonnée aux premières.
Les médecins prescrivaientdesremèdesdansles accouchements difficiles, si ceux-ci ne réussissaient pas, ils donnaient des conseils pour indiquer ce qu'il fallait faire. Faut-il une démonstra- \ion plus claire de la cause qui a maintenu pendant si longtemps lobstétricie dans l'enfance, et un état d'infériorité si triste. La bonne volonté pour s'occuper de cette branche de l'art de guérir n'i manqué à aucun des auteurs de l'antiquité, mais elle venait se brser contre les préjugés du temps, qui s'opposaient à ce qu'aux honmes fut confié ce qu'on regardait comme appartenant au donaine des femmes, sot aveuglement, sentiment de pudeur erroné, qui maintenait hors de leurs mains des secours qui n'étaient demmdés aux hommes qu'exceptionnellement, et sous la pressionie la plus absolue nécessité, plus ou moins souvent, suivant le de;ré plus ou moins élevé de l'instruction des matrones,
Ob. I. — Nous possédonsles deux éditions latines suivantes :
* Lber artis medicinœ, qui dicitur regalis dispositio Haly filii Abas, quem Stephanus Antiochenus (ann. 1 126 et 1 127) ex arab. n lat. transtulit. Venet., 1492, in-fol.
* Lier totius medicinœ necessaria continens, quem Haly filius iBBAs, etc. edidit, regique inscripsit, unde et regalis dispositions nomen assumpsit. Lugd., i523, in-4° (Traduction de Stephaïjs avec remarques (fecundis synonimis illustrât.) de MicH. n Capella.
Obs. I. — Il ne faut pas retrancher des œuvres de notre Ali Abbas l'uvrage qui porte le titre de '( Liber Pantegni Ysaak israëlitœ^lii adoptivi Salomonis régis arabice » dans l'édition : * Omnia oera Ysaak in hoc volumine contenta, etc. Lugd., i5i5, in-fol. etme Constantinus Africanus s'est approprié, « quem CoNST.apricanusmonachus montis Casinensis sibi vindicavit» où se troue avecletitreci-dessus :Lzèer Pantegni, etc., de même que le Viticum Ysaak in septem partitiun libros et qui porte au frontisjce la remarque peu honorable : « Quod Constantinus, etc. iilatinum facitfut pleraque alla ipsius opéra) sibique
id arrogare non erubuit ». Constantinus a aussi écrit des préfaces, dans lesquelles il ne rougit pas de s'attribuer ces oeuvres, d^en offrir la dédicace à l'abbé de son couvent, comme on peut le voir par la suscription qui précède la Préface. L'ouvrage de Pantegni dans lequel se trouve conservée aussi la division en dix livres de théorie et de pratique, donne dans beaucoup d'endroits des extraits d'ALi. Comparez par exemple. Pract. , Lib, IX, c. 62, De fétu mortuo extrahendo, ainsi que les préceptes dans le Via- ?/czn?2, par exemple, lib. VI, ch. 16 et 17. De difficultate partus et de exitu secundinœ, qui ne diffèrent pas des préceptes d'ALi Abbas. Aussi voit-on sur la figure du frontispice de cette édition Ali Abbas. Ysaak et le moine Constantinus assis ensemble pacifiquement autour d'une table ; le premier instruit les deux autres le second paraît dormir, tandis que le moine rusé écoute av(C attention ; le petit esclave qui se tient debout près d"eux salie respectueusement Ali Abbas et lui présente un encensoir.
Au reste Ysaac Ben Soleiman était un hygiéniste fort distinfué parmi les arabes, il a vécu au dixième siècle.
En dehors de l'édition de Op. omn., de i5i5 dont nous avjns parlé, voy :
* IsAACi Judaei Salomonis arabiœ régis adoptivi filii de diœtis iiniversalibiis et particula?'ibus, Libr. II, etc., Basil., lijo, in-8°. (Traduit par .T. Posthius Germersheim.)
§ III.— Avicenne. ■
Abu Ali Alhossain Ebn Abd' Alla Ebn Sinah, ordinaîement appelé AvicENNE, a joui de la plus grande considérationparmi les Arabes comme médecin et comme écrivain ; cette irmense renommée lui a valu le nom de « prince des médecins . Il est né à Aphshana en Perse (980), ei il vint avec ses prents à Bochara. Dès son enfance, son père lui fit donner un{ éducation très soignée ; cet enfant admirablement doué fit ^es progrès si extraordinaires, qu'à lage de 10 ans il possédaite Coran et une grande partie des connaissances littéraires usuelles (magnam humanioris litteraturœ partem, dit Casiri. ov. c). Un maître renommé Abu Abd.\lla Nabelknsis, que son>ère avait fait venir dans sa maison à Bochara, lui enseigna la pilosophie et les mathématiques ; plus tard il poursuivit seul Tétde de ces
connaissances. Animé par sa propre impulsion et par les écrits métaphysiques cI'Aristote, il commence à seize ans l'étude de la médecine dans les livres et au lit des malades ; c'est avec une ardeur incroyable et un zèle sans exemple, que jour et nuit il se livrait à ces études ; dès l'âge de dix-huit ans il put exercer son art et se distinguer comme auteur. La guérison de quelques malades, dont deux califes, lui donna une grande considération. Après son séjour à Dschordschan il fut nommé médecin particulier du Prince Maudodaula à Ray.
Plus tard il exerça les fonctions de visir à Hamdan, fut impliqué dans des intrigues politiques, et incarcéré plusieurs fois. Il prit la fuite pendant sa seconde détention, se réfugia à Ispahan, et vécut là à la cour du calife Ala-od-daula, entouré des plus grands honneurs, et Jouissant d'une grande considération. Il accompagna son prince dans un voyage à Hamdan, y tomba malade et mourut en io36, à l'âge de 58 ans, après avoir usé son corps vigoureux par de nombreuses dissipations.
Obs. — Pour la vie d'AvicENNE voy. Gasiri, ouv. c, t. I. p. 263, a Avicennce Vitœ ex Arabie, philosophorum bibliotheca » où Avic. donne lui-même des renseignements sur sa vie.
Abul-Pharag., Histor. dynast., p. 229.
Bar-Hebraei, Chronic, p, 236.
Abulfed. Vol. III, p. 92.
* D'Herbelot, 5/Mfo^/?. oriental. Pans, 1697, in-f°. art. Sina.
La vie d'AvicENNE par son élève Sorsanus se trouve à la tête des meilleures éditions d^AvicENNE.
Les histoires de Freind, Portal, Sprengel, et l'art. Ebn Sinah par Hecker dans VEncyclop. Wœrtesb. der medi^. Wissensch. (Die. encyclop. des se. méd.), 10 vol. Berlin, 1834, in-8°.
Voy. aussi Haeser. Gesch. de mediz. lena, 1875, in-8''. t. I, p. 584. (F. -J. H.)
§ 112. — Le canon d'Avicenne.
Parmi les écrits d'AvicENNE qui sont arrivés Jusqu'à nous, le plus renommé est le Liber canonis medicinœ, qui comprend en cinq livres un système complet de la médecine, comme il n'en avait jamais été écrit pour cette science.
Le premier livre contient une introduction générale à l'étude de la médecine, puis il traite de l'anatomie et de la physiologie, essentiellement d'après les principes d'ARiSTOTE et de Galien, mais avec beaucoup plus de largeur et de finesse que ce dernier auteur, enfin il expose les règles de Thygiène dans toutes les conditions de la vie. Le second livre traite de la matière médicale (de raedicinis simplicibus), le troisième, des nialadies depuis la tête jusqu'aux pieds, le quatrième, des fièvres en particulier, le cinquième, des médicaments composés. Non seulement les contemporains, mais une longue postérité ont apprécié à une si haute valeur ce livre, qu'il a fait oublier le Helchavy de Rhazès, aussi bien que le livre royal d'ALi Abbas. Ce qui à cette époque avait été trouvé bien et grand, les contemporains croyaient le trouver dans le système d'AvicENNE. Depuis longtemps on avait oublié de faire des recherches personnelles, trouvant bien plus commode de s'en tenir à ce qu'on avait devant soi, de suivre les auteurs qui avaient fait des collections, plutôt que de se livrer à la recherche de principes nouveaux et à de longues méditations. On acceptait aveuglément les principes d'hommes qu''on croyait infaillibles. C'est par ces motifs que le livre dAviCENNE a pu exciter une si grande admiration, et s'assurer, pendant une si longue suite d'années, la domination exclusive sur toute la médecine. Ce qu'avant lui avaient dit les médecins grecs et arabes se trouvait contenu dans ce canon, et si ses prédécesseurs immédiats avaient à peine eu un autre point de vue dans leurs travaux. AviCENNE avait, par l'ordre qui régnait dans son travail, la finesse et la perspicacité éblouissante qui l'animaient, ces qualités si essentielles, obtenu la faveur universelle et une vénération durable, qui lui ont assuré le meilleur accueil et une considération de longue durée dans toutes les contrées où la science arabe avait pénétré. Les arabes avaient abandonné depuis longtemps le théâtre de leurs exploits que brillait encore dans tout son éclat le nom dAvicENNE. Il restait pour les médecins du moyen âge l'oracle le plus vénéré, et personne ne pouvait se dire médecin, s'il n'avait étudié ses écrits avec le plus grand soin. Ce n'est que
lorsque au milieu de la nuit commença à luire l'aurore d'une science nouvelle qui s'éveillait de sa longue torpeur, ce n'est qu'alors que furent brisés les liens qui avaient enchaîné la paresse, que le passé s'écroula de toutes parts, que la science eut conscience d'elle-même, que commença à pâlir enfin l'étoile d'AvicENNE, qui pendant des siècles avait tout ébloui par son éclat emprunté. Maintenant Avicenne est tombé dans le domaine de l'histoire. Bien qu'on ne saurait lui attribuer personnellement aucun mérite vraiment durable dont la science puisse s'enorgueillir, il faut lui être reconnaissant de celui qu'il a eu d'avoir, par un exposé si clair et si méthodique, conservé les acquisitions du passé pour ses contemporains et la postérité.
Obs. — D'après la liste des écrits d'AvicENNE, que donne Casiri, ouv. c, p. 270, le Canon aurait compris 14 livres. Les autres écrits attribués à Avicenne par cette liste sont reproduits en partie dans la plupart des éditions du Canon, et ont en partie été publiés aussi séparément; tels : « De viribus cordis et medicamentis cordialibus ; De syrupo acetoso ; De removendis nocumentis qu£e accedunt in regimine sanitatis ; cantica de medecina si ve liber de medecina in compendiumredacta ». Nous avons aussi de lui quelques dissertations philosophiques que A. Alpagus Bellunens a publiées en un volume. * Venet., 1546, in-4''.
§ II 3. — Obstétricie d' Avicenne.
Avicenne, dans beaucoup d'endroits de son Canon, a parlé de l'obstétricie et des maladies des femmes, de sorte qu'on peut très bien être renseigné, par ce livre et les règles qui y sont exposées, sur l'état de ces branches de la médecine à cette époque. Aucun de ses prédécesseurs ne traita des maladies de femme avec autant d'ordre et de clarté. Ses doctrines ne renferment que peu de choses nouvelles, cela est vrai, mais elles sont cependant de la plus grande importance, car elles complètent très bien ce qui avait été dit. Excellents sont les conseils que donne Avicenne sur la manière de soigner les nouveau-nés, sur l'allaitement et le sevrage.
Soigneusement est exposée la manière de lier le cordon après la naissance ; la ligature doit être éloignée de quatre pouces de l'ombilic, on doit employer à cet effet, de la laine (iana munda, quœ bene et subtiliter sit retorta, ne doleat), le pansement se fera mo5œnnant un petit linge huilé; l'enfant devra être baigné soigneusement et frictionné avec du sel (voy. plus haut ^ ii), et tenu dans une grande propreté ; les bains seront continués penl'été et l'hiver.
Il n'y a rien à ajouter aujourd'hui à ces préceptes. Les règles à observer pour l'allaitement des enfants sont également excellentes, ainsi que ce précepte : « Omnibus modis quibus est possibile, lac matris infanti ad sugendum dandum est : ipsum enim est nutriens, quod magis simile existit substantiœ nutrientium prœteritorum, quibus alebatur dum in ventre erat. » L'expérience de tous les temps a constaté et démontré la justesse de ce coup d^œil de l'auteur sur Tœuvre de la nature. Ce n'est que quand une raison sérieuse empêche la mère de nourrir son enfant qu'il doit être question de choisir une nourrice, dont les qualités et la manière de vivre, qui doivent être observées, sont exposées avec le plus grand soin. C'est quand apparaissent les deux premières dents qu'il faudra commencer à sevrer peu à peu. Sur les maladies des seins, les qualités anormales du lait, on trouve des indications dans le livre III, fen. 12. L'obstétricie proprement dite, les maladies des femmes et ce qui y a trait, se trouvent dans le livre III, fen. 21 avec ce titre : « De membris generationis in mulieribus très continens tractatus ». Le premier chapitre expose l'anatomie de la matrice d'après les vues anciennes, elle est appelée : 'c conversum instrumentum virorum ». Au reste, la description de la matrice est faite encore d'après les vieilles idées ; on y décrit deux cornes, etc. On parle de l'hymen chez les filles non déflorées. Ce qu^AvicENNE dit dans le 2'' chapitre '( De generatione embryonis » est également imité de ses devanciers Aristote et Galucn. Un long article (c. 8-10), est consacré à la stérilité ; l'étiologie et le traitement en sont très longuement exposés. Les conseils qu'AvicENNE donne aux hom-
mes dans des cas pareils (c. lo) sont dignes d'être lus. Les écrivains d'aujourd'hui ne les exposeraient pas ainsi au public, ils les réserveraient pour des entretiens privés; cela concorde entièrement avecla vied'AviCENNE; ses biographes sont ainsi condamnés à ne pas mentir. Les signes de la grossesse et leur critique laissent peu à désirer, il les décrit tels qu'ils sont enseignés encore aujourd'hui; même des signes tirés de l'état de l'urine sont pris en considération ; par contre les signes du sexe de l'enfant; avant la naissance, sont exposés avec une prolixité fatigante ; ici encore les garçons sont placés dans la matrice à droite, les filles à gauche. (La traduction latine emploie partout ces belles expressions de : « masculinitas et feminitas ». Le 1 5^ chapitre traite même « de signis Albanim i. e. facientis nasci masculos », où est suivi mot à mot ce que dit Galien sur le testicule droit dans ses commentaires in Hippocr. Epidem. (Kuhn, vol. 17, pars. 2, p. 212). Dans le ij^ chapitre Avicenne parle de la grossesse gémellaire et de la superfœtation, cette dernière dangereuse pour les deux enfants. Les signes tirés des nœuds du cordon (voy. § 106) sont répétés ici, toutefois Avicenne ajoute que si, sur le cordon d'un premier né il existe des nœuds, l'enfant suivant sera sûrement un garçon. Le second traité a pour titre <(. De irapregnatione et partu », il renferme tout ce qui se rapporte à l'obstétricie. On y trouve très bien exposée (c. 2) l'hygiène des femmes enceintes ; la chose principale consiste à éviter l'avortement. Avicenne proscrit les bains avant la dernière période de la grossesse. Il a utilisé ici les doctrines d'HippocRAXE, d'AÉTius, de Paul d'Egine et de Rhazès. La vieille doctrine de la mortalité des enfants nés à 8 mois est encore répétée ici (c. i). A l'avortement sont consacrés plusieurs chapitres (8-12.); le dernier traite de la provocation de l'avortement. alors qu'elle devra être pratiquée: « Cumprcegnans est puella parva, supra quam timetur mors ex partu », certainement dans des cas d'étroitesse pelvienne; une foule de moyens dynamiques et mécaniques sont indiqués, entre autres, la saignée, l'action de soulever des fardeaux, de les porter, l'abstinence de nourriture, etc., l'excitation du col,
par l'introduction d'un rouleau de papier, d'un tuyau de plume, d'un morceau de bois, etc. Suit l'indication d'une foule de médicaments. AviCENNE indique encore (c. i3) un instrument spécial pour provoquer Tavortement par une injection dans la matrice : a instrumentum triangulata; extremitatis, longum habens collum., secundum mensuram longitudinis colli matricis mulieris quae curatur, ettaliter, ut ingrediatur os matricis et sentiat mulier quod Jara pervenit in spatium intra matricem, et injiciatur per ipsum, illud quod interficit, et quod lubricat, et quod extrahit ». Le chapitre qui a pour titre : « De regimine quorundam antiquorum in extrahendo fœtu mortuo » (14) n'est que la répétition des doctrines des grecs, particulièremeut de celles de Philume- Nos et d'AÉTius. Partout les conseils s'adressent aux sages-femmes pour leur apprendre à ouvrir la matrice et à appliquer les crochets, etc. Il n'est pas dit partout qu'il s'agisse de « fœtu mortuo », mais il est parlé de l'embryotomie d'un « foetus vivi ». L'importance qu'accorde Avicenne à ce chapitre est prouvée par le renvoi qu'il y fait chaque fois que les opérations dont nous parlerons plus tard ne réussissent pas. Ainsi dans le ch. 16 « De extractione secundinœ » on ne répète que des choses anciennes ; le placenta devra être enlevé de suite, ou laissé, suivant les circonstances, jusqu'à ce qu'il soit spontanément expulsé; la dissolution du délivre sera favorisée moyennant des injections. On évitera la grossesse (c. 1 7), si la femme est petite et si l'accouchement pouyait amener un danger; on l'évitera encore s'il y a « œgritudo in matrice » ou « débilitas vesicos ». L'auteur a parlé bien et longuement sur les moles (c. 18 et 19). Sous ce nom il ne considère pas seulement celles qui sont le résultat de la conception, moles de génération, mais des tumeurs provenant d'un état morbide de la matrice, moles de nutrition. Dans les chapitres suivants, Avicenne aborde l'accouchement, et expose les règles qui s'y rapportent (c. 2o-3o), qui nous donnent un aperçu exact de l'état de cette partie de l'art à son époque. Tout est exposé avec suite et dans un ordre parfait, si bien que quelques parties du canon se fondent parfaitement avec l'ensemble de l'ouvrage.
AvicENNE commence par parler des présentations normales et des présentations anormales du fœtus (c. 20). Naturellement est seule normale la présentatisn de la tête, qu^nd elle n'est inclinée ni d'un côté ni de l'autre, « secundum rectitudinem oris matricis, absque inclinatione » et sans procidence de bras.
La présentation qui est Je plus près de la normale est celle des pieds; toutefois, si dans celle-ci les bras sont dirigés vers la tête, elle doit être considérée comme mauvaise, la mère et l'enfant courent de grands dangers. Les causes de l'accouchement difficile (c. 21) sont exposées d'une manière complète, et ici la « parva matrix » et plus encore « via constricta valde in creatione » paraissent pouvoir être interprétées comme des vices du bassin; mais les doctrines d'Avicenne sur les os du bassin, liv. I, fen. I. Doctr. 3, c. ii et 12, prouvent suffisamment qu'AviCENNE, pas plus que les anciens en général, n'avaient une idée de la structure de cette partie importante du corps. L'idée que la naissance des filles est plus difficile que celle des garçons est tout arbitraire. Le traitement des accouchements difficiles consiste en médicaments, parmi lesquels on en cite des excitants, (c. 3i), en applications externes : bains, fumigations, frictions (c. 23, 24), et en moyens opératoires (c. 25-2g). Partout l'étiologie est exposée, et motive le mode d'intervention. Chez les personnes grasses on recommande la position sur les coudes et sur les genoux; et si ce n'est pas une présentation vicieuse qui entrave l'accouchement, on conseille à la parturiente de changer de position, de se lever et de se promener (c. 24). Les opérations obstétricales, qu'on recommande (aux sages-femmes), sont les suivantes : si ce sont les pieds qui se présentent, on cherchera à engager la tête, si on ne réussit pas, on enveloppera le foetus avec une toile et on exercera sur lui des tractions ; si on ne réussit pas, on recommande de pratiquer l'embryotomie (c. 2 5). Dans les présentations transversales, on fera la version sur la tête (c. 26). Si c'est la grosseur de l'enfant qui est la cause de la difficulté de l'accouchement, la sage-femme cherchera à envelopper la partie qui se présente avec une toile ou avec un filet
pour faire des tractions énergiques, si on ne réussit pas on fera usage de pinces dentées dont on se servait déjà alors, et dans le cas de nécessité on fera l'embryotomie (c. 28J.
Enfin, dans tous les cas où Fenfant est mort, on renvoie à ce qui a été exposé au ch. 14 (voy. plus haut). Quand il y a des difcultés dans l'accouchement, on emploie des crochets tranchants pour diviser Tenfant. Si la tête est trop grosse, des pinces fortes, appropriées pour l'écraser (conquassatio), c. 29; obstétricie vraiment sanglante inspirant un sentiment d'horreur ! L'excuse des médecins arabes se trouve dans l'impossibilité où ils se sont trouvés d'observer l'accouchement normal, et dans la nécessité de se renseigner d'après les relations incertaines des sages-femmes, qui ne demandaient l'assistance des hommes que dans des cas d'absolue nécessité pour pratiquer des opérations qu'elles auraient eu le droit d'entreprendre. On ne saurait méconnaître chez notre Avicenne, l'effort qu'il a fait pour cultiver cette branche importante de la médecine et d'y être utile; c'est avec plus de précision que tous ses prédécesseurs qu'il a écrit, mais la pratique était recueil contre lequel devaient se briser ses efforts, et nous ne pouvons lui en faire un reproche. Il avait en face de lui les mœurs de son temps, contre lesquelles tous ses efforts devaient rester stériles ! Si la foule de médicaments qu'il recommande (c. 3 i), pour hâter le travail ne pouvaient comblerleslacunes de la médecine opératoire obstétricale, ils démontrent toutefois que les médecins arabes ont cherché à perfectionner le côté médical de l'obstétricie, alors que l'étude du côté mécanique leur était fermée. Avicenne a aussi accordé une grande attention aux maladies de l'utérus qui sont exposées dans les 3® et 4*^ Tract, du 21 Fen. du 3*^ livre.
Obs. — Le Canon d'AvicENNE a été publié en arabe : * Rom. in typogr. medicea, i593,in-fol. Voy. sur cette édition * Chr. Fu. de ScHNURRER. BibUoth. Arabie. Hall, 181 1, in-8°, p. 449.
Outre une traduction en hébreu (Neapol., 149 1, in-8°), nous possédons un grand nombre d'éditions de traductions latines : Choclant seul en indique 28. Ce nombre pourrait être facilement doublé. Nous avons tait usage des éditions suivantes :
* AvicENN^: Liber canonîs, de medicinis cordialibus et cantica, cum castigationib. Andr. Alpagi Bellunensis una cumejusdem nominum arabicorum interpretatione. Venet. ap. Junt, 1544, in-8°.
Pour d'autres éditions, où il a fallu faire des comparaisons :
* Venet. ,per Bernard Benalium, s. ann., in-f°. * Papix', 1483, in-t°.
* Venet., i5o7, in-4°. * Lugdun., i522,in-4°. * Venet., i523, in-f°, * 1527, in-f». *i555, in-f°. * Basil, i556, in-f". * Venet., 1564, in-f. '^ 1584, in-f°. * iSgS, in-f». * 1608, in-f°.
Voy. Ghoulant, ouv. c, p. 160.
Ici appartient encore : * J. S. Wittig, Interpretatio loci arabici ex opère Avicenn^ de superfœtatione. Viteberg, i8o3, in-8° (du t. III, f. 21, c. 17).
§ 1 14. — Abulcasis.
Nous possédons un écrit du XIP siècle d'un médecin espagnol : Ghalaf Ebn Abbas Abu'l Kasem Alzaharavi, habituellement appelé Abulcasis. Il est né à Alzahara près de Cordoue, et il s'est distingué comme médecin et comme chirurgien. Il a écrit un grand ouvrage sur les deux branches de l'art de guérir : la médecine interne et la chirurgie intitulé : « Altasrif » (Collectio). Deux parties ont été imprimées ; une consacrée à la médecine pratique, l'autre à la chirurgie, celle-ci est très estimée et précieuse surtout en raison des figures d'instruments qui s'y trouvent ajoutées.
D'après Casiri, Abulcasis mourut en 1 122, et encore d'après lui, Abu Mohamed Ali, dans son histoire des médecins espagnols, parle d'ABULCAsis en ces termes : « Fateor Alzahravi libros medicinas et chirurgiae quam maxime utiles esse atque longo rerum usu comprobatos : adeo ut nemo quod ego sciam opus ullum hac de re utilius, plenius vel accuratius hactenus scripserit ».
Obs. — Voy. la vie d'AsuLCASis par Casiri, ouv. c, t. II, p. i36, ainsi que la lettre de Casiri à Channing dans l'édition de ce dernier delà chirurgie d'ABULCASis, p. vu.
SrEDOLD-HERRGOTT. l8
I 1 15. — Obstétricie d'Abulcasis.
Le livre de médecine qu'AsuLCAsis nous a laissé renferme ce qui a trait à l'obstétricie disposé dans les chapitres de son ouvrage suivant l'ordre de ses prédécesseurs. Comme eux il a parlé des maladies de matrice; il ne décrit pas les opérations obstétricales, mais, quand elles sont nécessaires, il renvoie à la chirurgie. Par contre, Abulcasis signale parfaitement les indications ; partout rétiologie et ses anomalies sont prises en considération, même là où sont prescrits une foule de médicaments. Là où sont indiqués des moyens manuels, tels que « la dilatation du col, l'onction, » on s'adresse toujours aux sages-femmes. Dans ce qu'AsuLCASis dit sur l'anatomie de la matrice (Théorie, c. 25) il n'y a rien de nouveau, il reste fidèle aux vues anciennes. Dans le Tract. 25 de la Pratique sont traitées en 19 chapitres les maladies delà matrice absolument de la même manière que dans les livres de ses prédécesseurs. Dans une seconde section il est question des affections qui ont trait aux accouchements, on y trouve la « passio molaris » (ainsi appelée parce que les moles sont le résultat d'une productivité morbide de la matrice) ; il traite aussi de la stérilité, de l'avortement, etc.
Dans le chapitre « De modo prœgnantis » c. i8, Abulcasis s'occupe du traitement des souffrances sympathiques delà grossesse. Parmi les signes du sexe de l'enfantavant la naissance, Abulcasis indique pour un garçon : « pulchritudo faciei et agilis motus », pour une fille « denigratio rostri mamilkti sinistrœ^ discoloratio et maculée faciei » (voy. plus haut § 100); pour le reste, les garçons sont toujours dans le côté droit, les filles dans le côté gauche de Putérus. Dans le 10'^ chapitre, qui a pour titre : « De difficultate partus » on trouve très bien indiquées les causes de l'accouchement difficile qui dépendent de la mère, de l'enfant, du placenta, de Teau de l'amnios, de causes extérieures, ou de plusieurs de ces causes réunies. Nous avons à peine besoin de remarquer quUci encore il n'est pas question d'étroitesse pel-
vienne. Parmi les présentations du fœtus, la présentation de la tête est la seule qui soit normale et heureuse, toutes les autres sont « malœ et non naturales >'. Ai^ulcasis range dans celles-ci les présentations des pieds, et il n'admet même pas comme ses prédécesseurs que ce sont celles qui se rapprochent le plus des présentations normales.
Partout le traitement repose sur l'étiologie, il indique une foule de médicaments internes et externes; là où des moyens mécaniques doivent être employés, Abulcasis renvoie à sa chirurgie. Dans le chap. 23 « De conceptu super conceptum », il dit qu'elle ne peut avoir lieu « quia primum conceptum necat secundus, et possibile est etiam secundum mori » ? Remarquable est le chapitre 17 « De cautela medici quod non decipiatura mulieribus in provocatione menstrui ne destruatur conceptus ». L'auteur s'élève avec énergie contre la légèreté avec laquelle on provoque l'avortement, afin d'arrêter cette pratique de la part de gens « quibus nulla ratio neque lex inest ». Dans aucun cas le médecin ne doit écouter de pareilles sollicitations. Abulcasis conseille dans les cas douteux de prendre l'avis d'une sage-femme instruite et discrète. On voit quelle est la considération dont Jouissaient les sages-femmes à cette époque, puisque auJourd''huij pour des cas pareils, qui sont du domaine de la justice, on insiste pour qu'un médecin ou un accoucheur, un homme en tout cas, soit appelé. Le 26^ Tract, enfin est consacré à l'hygiène et aux maladies des nouveau-nés. Nous apprenons qu^à cette époque on cautérisait le cordon avec le fer rouge au lieu d'en faire la ligature pour éviter toute hémorrhagie. Au reste, les deux procédés étaient en usage; on s'occupe aussi dans ce chapitre du choix d'une nourrice et de quelques défectuosités du lait.
Obs. — * Liber theoricœ nec non praticœ Alsahaîiavu in prisco Arabum medicorum conventu facile principis, qui vulgo Aça- RAVius dicitur : iam summa diligentia et cura depromptus in lucem. Impens. Sigism. Grimm medici et Marci Viursung. Augusi.Vindelic, 019, in-f*'(avec unelettre de recommandation du Dr Paul Ricius).
Voy, sur ce livre Freind, ouv. c, p. 267.
I 116. — Les opérations obstétricales d'Abulcasis.
Abulcasis nous a laissé, dans son traité de chirurgie, un tableau complet de la médecine opératoire obstétricale de son époque. C'est un monument important de l'art arabe, qui a d'autant plus de prix, qu'on y trouve figurés les instruments dont on faisait usage dans les accouchements déjà bien avant Abulcasis.
Les chapitres qui contiennent les doctrines sont très précis (lib, II, sect. 75-78), le titre en est celui-ci : « De doctrina obstetricum «.
Dans l'exposé des opérations, on s'adresse toujours aux sagesfemmes, et dans le texte, il n'est question que d'elles. 11 nous a toujours paru extraordinaire qu'une description précise de l'opération à pratiquer n'ait été donnée par aucun médecin arabe ; la médecine opératoire n'est en général qu'esquissée, et nous trouvons là une preuve que peu de médecins parlaient d'après leur expérience personnelle, et connaissaient par eux-mêmes la pratique de ces opérations. Ils ne connaissaient que les indications de telle ou telle opération, mais leur exécution devait erre abandonnée à ceux qui, à cette époque, pratiquaient cet art. C'est bien d'une autre manière que Celse décrit quelques opérations, par exemple, l'introduction de la main, pour dilater les voies génitales, l'application du crochet ; sans qu'il y ajoute le mot « medicus », on voit que ceux qui parlaient ainsi avaient pratiqué les accouchements. Ceci s'est modifié dans la suite des temps, c'est pourquoi les écrivains de cette époque n'ont pu admettre dans leurs traités que des règles générales, abandonnant l'exécution de ces opérations à ceux qui pratiquaient cet art, nullement préoccupés du résultat de ces règles qui pouvaient parfois sauver l'enfant, ou le tuer par les mêmes efforts, pour être réduit à cette cruelle extrémité, où il n'y avait plus qu'à pratiquer ces tristes et terribles opérations que nous trouvons décrites dans le chapitre qui porte pour titre : 0 De extractione foetus mortui ». La première section de la « doctrina obstetricum » a pour titre ; « Quomodo infantes
vivos tractare debent, quando forma non naturaliegrediuntur ». Les moyens à employer sont indiqués suivant la présentation de l'enfant dont la seule naturelle est celle de la tête.
Dans ce cas la sage-femme devra faire une pression sur le basventre. Contre nature sont les présentations des pieds ou du tronc, celles où il y a procidence d'une main ou d'un pied, les présentations de la tête compliquées de procidence d'une main, et les présentations endouble. Danslesaccouchementsdifficiles, quand la tête se présente, aussitôt que les contractions diminuent, on devra changer la situation de la parturiente ; on lui donnera des bains de vapeur, on fera des onctions et des injections huileuses, on administrera des sternutatoires. On apprend aux sagesfemmes à rompre les membranes avec un scalpel ou avec l'ongle (AÉTius). Si une main est prolabée, elle devra être repoussée aussitôt : si cela ne réussit pas, on secouera tout le corps (Hippocrate). En cas d'insuccès encore, le fœtus étant sûrement mort, on pourra amputer les membres, puis extraire le fœtus. Toutefois on trouve le conseil d'appliquer un lacs sur la main pour faire ainsi des tractions. Les présentations complètes des pieds ou des genoux seront changées en présentation de la tête : pour cela, on donnera des bains, des sternutatoires, on fera des pressions sur le ventre, etc. afin de favoriser la version sur la tête; elle réussira alors, — «si Deus voluerit » — pieuse formule arabe, qui est ajoutée par Abulcasis à tous ses préceptes. Dans les présentations du côté (du tronc) on devra pratiquer la version sur la tête : souvent il y a plusieurs enfants dans la matrice, deux, jusqu'à quatre, qui peuvent naître vivants. S'il y a cinq fœtus « extra naturae cursum « ils naissent tous morts. Un involucrum (enveloppe) entoure tous les enfants qui sont séparés entre eux par une membrane, « membrana dividens ». Ils peuvent naître dans des présentations diverses, et le traitement devra nécessairement différer. En présence de ces cas, la sage-femme devra être : « subtilis, et faciat quae fieri debent, cum lenitate, etcallide agat secundum formam, sicut astutia sua inspiret ad salutem ductura, si Deus voluerit ». La fréquence de l'avortement dans les gros-
sesses multiples lui était parfaitement connue. Il parle aussi d'avortements de sept et même de quinze embryons. Telles sont les règles pratiques d'ABULCASis, quand l'enfant est vivant et quand les secours sont indispensables. Si Penfant est mort, et si l'intervention est nécessaire, il faut avant tout s'assurer si la mère est en bon état de santé (voy. plus haut | 91). On couchera la femme sur le dos, la tête un peu basse ; l'opération principale consiste dans l'extraction de l'enfant moyennant les crochets, l'opération est présentée comme dans Celse (§ 61) ; les crochets doivent même être employés dans les présentations des pieds ; on les appliquera sur les hanches ou sur les côtes. Alors on procède à l'extraction de la tête; de là le titre de ce chapitre : « De extractione fœtus mortui ». Lorsqu'il y a procidence de la main, on y appliquera un lacs, et on pourra en faire l'amputation dans l'articulation du poignet ou au coude. Même procédé lorsqu'il y a présentation des pieds, quand on ne réussit pas à faire la version sur la tête. Si celle-ci est trop volumineuse, on la perforera avec un scalpel, on la brisera avec une pince (Almishdach) et les fragments seront extraits successivement avec des pinces. Si, après la sortie de la tête, les épaules font obstacle, on devra penser à une accumulation d'eau dans la poitrine, qui met dans la nécessité de l'ouvrir ; ou bien il faudra couper la tête. Dans une hydropisie ascite, on fera la paracentèse. Par contre, si les deux pieds se présentent (chez Tenfani mort), on tirera sur eux pour faire naître l'enfant, ce qui n'est pas difficile. Si la tête venant la dernière cause des difficultés, on l'extraira moyennant les crochets. Si, dans les présentations transversales, la version (sur la tête) ne réussit pas, on devra procéder immédiatement au morcellement du fœtus. A la fin, Abulcasis donne une observation remarquable d'une grossesse (extra-utérine) où les os du fœtus sortirent à l'ombilic par une ouverture causée par un abcès, et il ajoute ces mots : « Et ego hic loci rarum adduxi fœtum, nimirum in iilo est scientia, et juvamcn illis, qui conabuntur arte manuali, et mcdica hujus modi curationem aggredi ».
Lu section suivante {yy]^ traite : « de forma de instrumento-
rum quse necessaria sunt ad extrahendum fœtum », et ici nous apprenons pour la première fois quelque chose de précis sur la structure des instruments d'obstétricie chez les anciens, attendu que des figures accompagnent les texte d'AsuLCAsis. On voit représentés d'abord trois instruments dilatateurs, deux grands, et un plus petit, dont l'application est décrite dans le texte, nous trouvons ensuite un instrument pour repousser « impellens », dans l'opération de la version, la partie qui se présente; il a la forme d'un levier ; puis arrivent deux pinces, une grande et une petite (Almishdach) « ad contundum caput » ; à la surface interne, qui devra être mise en rapport avec le crâne, il y a des dents ; deux crochets, un simple et un double, dont les parties sont symétriques l'une vis-à-vis de l'autre, et enfin quelques scalpels larges « ad incidendum fœtum », Abulcasis termine ce chapitre par ces mots : « haecce instrumenta, ut multipliées sint eorum species, artifici tamen adsint parata, ita enim ad opus erit paratior et apud homines etiam ob talem apparatum celebrior. Ne sit igitur hominidespectui velunum exeis instrumentis,quin sit tibi prasparatum ; nimirum a necessitate ejus nulla est fuga. Si voluerit Deus excelsus ! » Le dernier chapitre (sect. 78), donne des règles pour l'extraction des secondines « extractio secundinae» . En cas de retard, l'auteur conseille d'administrer des sternutatoires, de retenir l'haleine (effort), défaire des fomentations aromatiques, des injections de ces infusions dans le vagin, moyennant une canule qui est représentée, enfin la sage- femme devra détacher le placenta avec la main gauche et l'enlever. Si cette opération ne réussit pas, on en attendra la sortie par suite de la putréfaction. Voilà un coup d'œil sur l'obstétricie opératoire d'ABULCASis, elle diffère peu de celle de ses prédécesseurs, seulement son mode d'exposition est supérieur à celui de ses prédécesseurs immédiats, attendu qu'il y règne un ordre meilleur, et qu'il y a un enchaînement dans les exposés, qui permet de mieux les comprendre; on constate en général dans les livres d'ABULCAsis, des qualités qui sont remarquables dans les chapitres que nous avons étudiés, et qui le sont surtout pour le temps où ils ont été composés.
2 8o QUATRIEME EPOQUE
Obs. I. — Si des écrivains récents ont voulu trouver dans Abulcasis les traces du forceps inventé plus tard (par exemple, MuLDER dans son histoire bien connue des forceps et leviers), cela ne peut résulter que d\m examen superficiel des instruments figurés par Abulcasis, ou bien d'un préjugé fréquent qui fait croire que rien n'a de valeur que s'il en est question dans l'antiquité, ou du moins si on en trouve des traces. Il faut seulement déplorer que l'idée du forceps, dont les anciens s'étaient tant approchés, n'ait été réalisée que si tardivement pour le bien de l'humanité. Si on veut bien se rappeler que les secours des médecins n'étaient invoqués, que quand l'enfant avait succombé entre les mains des sages-femmes, par suite de leurs manœuvres aveugles, on comprendra que la nécessité d'imaginer un instrument destiné à conserver l'enfant en vie n'ait pu être sentie par eux, et qu'ils s'en soient tenus aux modes divers de perforation pour l'accomplissement desquels leur assistance était demandée.
Obs. II. — Voy. les éditions suivantes d'AsuLCASis :
* Q^rz/r^fd! Abulcasis cum cauteriis etaliisinstrumentisfavec la « Cyrurg. parva Guidonis »,le « Tract, de ociilis, Ies. HALi,etc.»
Venet., i5oo, in-8°(Trad. de Gérard, Cremon.).
* Abulcasis chinirgicorum omnium primarii, Lib. III. Argent., i532, in-f° (avec Octav. Horatianus en pagination continuée).Voy. I 8i. Obs.
* Methodus medendi certa clara etbrevis, etc. praecipue quas adchirurgiam requiruntur libr. III, exponens, cum instrumentis, etc. depictis auctor. Abulcas.e, Basil., 1541, in-f».
* Abulcasis, De chirurgia arabice et latine, cura J. Channing. Londinens, 2 tomi, Oxonii, 1778, in-4° (édition la plus précieuse).
Les parties qui se rapportent à l'obstétricie ont été admises dans Gynœc. de Wolph et de Spach,
§ II 7. — Abimeron Aven:joar et Averrho'ès.
Dans les quelques écrits imprimés des médecins arabes postérieurs à Abulcasis, on ne voit plus rien qui ait traita l'obstétricie. On ne trouve mentionnées que quelques maladies des femmes par Abimeron Avenzoar (mort en 1161), dans son lib. II, tract. V; et aussi fort peu sur l'anatomie des organes génitaux de la femme, les signes des maladies des femmes, dans le livre d'AvERRHOES son élève, intitulé « Colliget » ; on cite quelques exemples de
procidence complète de l'utérus (c. 4), avec conservation d'une bonne santé, ce qui est digne d'attention, et d'où l'auteur conclut que l'utérus n'est pas un « membrum principale ». Averrhoes émet encore quelques idées paradoxales sur la génération (lib, II, c. 10), il compare les ovaires (toujours appelés testicules féminins) aux mamelles des hommes et les regarde comme celles-ci comme inutiles à la génération. Le liquide sécrété chez la femme pendant le coït, ne concourt en rien à la formation du fœtus, ses éléments proviennent du sang menstruel, et sa forme est déterminée par la semence de l'homme. C'est l'esprit de l'air (Luftgeist) qui est surtout actif, de là la fable d'AvER- RHOES, souvent reproduite, qu'une femme est devenue enceinte dans un bain dans lequel un homme avait peu auparavant éjaculé du sperme. — Nous ne voulons pas reprendre la question de savoir si les arabes regardaient comme superflu d'étudier une branche de la médecine dont la pratique se trouvait entre les mains des femmes, et qui devait leur inspirer peu d'intérêt, ni rechercher s'il se trouve encore des travaux sur l'obstétricie dans les écrits arabes non publiés Jusqu'à ce jour, comme Casiri semble le penser. En admettant même cette opinion, nous croyons pouvoir dire que rien ne s'y rencontre qui puisse enrichir notre science ; ce que les successeurs arabes nous apprennent encore le prouve surabondamment.
Obs. I. — Abimeron Avenzoar, appelé aussi Abdalmalek Abn Mervan Ebn Zohar, était un espagnol, de Penaflor ou Hosnalzahr près de Séville, en Andalousie, voy. Casiri, t. I, p. i32.
Son principal ouvrage a été appelé par lui Taisir, rectificatio regiminis, ou Documents pour Tart de guérir, dont nous avons devant les yeux les éditions suivantes :
* Venet., 1490, in-4° (avec Averrhoes). * 1496, in-f"^, * 1497, in-fo, * Lugd., i53i, in-S". Comme supplément à Averrhoes * Venet. ap. Junt., i553, in-f°.
Obs. II. — Averrhoes ou Abu'l Walid Muhamed Ben Achmed Ebn Roschd était né à Cordoue, il était l'élève du précédent. Il mourut en 1198, voy. Casiri, t. I, p. 184, sur ses nombreux écrits philosophiques et théologiques. Nous possédons les éditions suivantes de ses écrits médicaux imprimés.
* Co/Z/g-^if, AvERROis medici, etc. Lugd., i53i,in-8°. *Venet., 1549, in-f°.
Nous avons encore de lui Collectam. de ?'e medic, section III, de sanitatis functionibus, de sanitate, et, de ratione curandorum morborum, ainsi que : Comment, du cantique d'AvicENNE, qui se trouvent dans Péd. de Venise, i553, in-f", et la Collect. dans Péd. * Lugd., 1537, in-4°.
Obs. III. — Dans les écrits de Mesue jun. qui vrais emblablementappartient auXIP siècle, on ne trouve rien qui se rapporte à l'obstétricie ou aux maladies des femmes. Nous possédons bien son ouvrage sur la guérison de quelques maladies, mais il est incomplet, et ne contient que les maladies de la tête et de la poitrine. La suite a été donnée par Petr. Apponi et Franc, de Pede- MONTiuM, nous en parlerons dans le prochain paragraphe.
§ 118. — Ouvrages non imprimés des arabes. Garibaï BenSaid.
Après avoir passé en revue les écrivains arabes qui ont été imprimés, et dont les traductions latines étaient entre nos mains, et après avoir étudié ceux de ces écrits qui avaient trait àTobstétricie, nous ne devons pas oublier qu'il y a encore à la bibliothèque si riche de l'Escurial un grand nombre d'écrits qui n'ont été ni traduits, ni imprimés ; Casiri a donné le catalogue de la bibliothèque arabico-hispana de l'Escurial. Bien des choses qui se rapportent à nos études peuvent encore s'y trouver, qui pourraient prouver avec quelle ardeur les médecins arabes se sont occupés de l'obstétricie et des maladies des femmes, bien que ces écrits ne soient pas de nature à modifier le jugement que nous avons porté sur les œuvres imprimées, et bien que nous pensions que les manuscrits ne renferment rien de réellement nouveau.
Tous les écrits que nous avons pu consulter n'ont pas exposé spécialement, et dans des ouvrages séparés, ce qui a trait à l'obstétricie, ils ne font que compléter un système ou d'autres branches de l'art de guérir, par exemple, la chirurgie (Abulcasis). Nous déplorons d'autant plus que le seul traité exclusivement consacré à l'obstétricie que renferme cette riche collection n'ait
pas été rendu accessible à nos investigations. Ce traité est celui de Garibai Ben Said, il porte le titre : " Tractatus de fœtus generatione ac puerperarum infantium que regimine ». Ce livre est décrit par Gasiri, t. I, p. 2y3 comme : « Tractatus satis locuples, nec contemnendus, in capita XV distributus ».
D'après Gasiri, l'auteur était né à Gordoue, et avait vécu dans la seconde moitié du X'' siècle, on peut du moins le penser, puisque dans sa préface il mentionne Al Hakem Almosthanser, le neuvième roi des Ommajades (mort en 976), sur l'ordre duquel il avait écrit son livre. Dans le ch. IV, il parle d'une servante de ce roi : « Gontigit in civitate nostra anno videlicet 353 (de rhégire) ad Gordubae méridien sita quse tumulo condita fuisset, animo post biduum recepto, suis restituta est. » Le contenu de ce livre est donné par Gasiri en ces termes : « De semine ejusque qualitate : de causis ad illius materiam corrigendam, augendamque idoneis : de iis quœ generationem impediunt : de ratione cognoscendi an fœtus in utero latens, mas sit, an femina, ubi hujusce rei et enucleantur causse et expérimenta referuntur : car fœtus membra augescant, decrescantve : de tempore, quo fœtus in alvo gestandus sit; ac de extremis praegnationis finibus : de prsegnantium regimine : de proximi partus indiciis, ejusque facilitate, ubi etiam de pueperarum regimine : de lactis ubertate, de puero lactando, de ejus valetudine tuenda, regenda que; de puerorum dentibus, eorumque mutationibus et gradibus, ubi de morbis curandis, qui ea de causa accideri illis soient : de eorum regimine ante et post dentium ortum ad eetatem usque adultam ». Ce riche index fait vivement désirer que le livre soit imprimé et traduit, c'est un pieux désir que nous croyons devoir exprimer ici.
§ 119. — Conclusion.
Si, après avoir essayé de retracer l'état de l'obstétricie chez les arabes d'après les documents qui subsistent, nous jetons un
regard critique sur les résultats obtenus, pour en apprécier la valeur, nous devons dire que l'obstétricie n'a été nullement négligée, qu'aucun auteur de quelque importance n'a omis d'en tracer un tableau dans ses œuvres, mais qu'on ne constate chez aucun arabe une acquisition qui témoigne d'un progrès. Nous devons en tirer la conséquence que cette branche restée stationnaire fut la même à la fin qu'au commencement de cette période. Mais peut-on rendre les arabes responsables de ce résultat ? Dans leurs livres ils se sont efforcés loyalement ide traiter toutes les branches de l'art, ayant pour modèles les ouvrages des grecs ; mais si déjà chez ceux-ci l'obstétricie n'a pas été traitée commeelle l'aurait mérité, puisque déjà à une époque voisine l'intérêt pour son perfectionnement avait commencé à s'éteindre (comparez les écrits de Paul d'Egink avec ceux de ses devanciers), il ne peut venir à l'idée de personne de rendre les médecins arabes responsables de l'absence de ces progrès dans l'obstétricie. Au point de vue de la médecine en général, ils ont fait des efforts pour venir en aide à l'obstétricie, comme en témoignent les remèdes si nombreux que mentionnent leurs écrits; de ce côté, ils avaient cherché à répondre à toutes les exigences de l'époque, en indiquant des médicaments adoucissants, quand on s'adressait à eux dans des accouchements anormaux. Mais si dans les cas où des moyens plus précis auraient dû être appliqués, on ne conseillait que la version céphalique, quand la présentalion del'enfant n'était pas normale, à l'exclusion de la version sur les pieds, qui antérieurement avait déjà été recommandée, s'ils n'enseignaient que l'embryotomie ou la perforation du crâne, il faut se rappeler que la pratique des accouchements et les connaissances techniques n'appartenaient qu'aux femmes, que les médecins en étaient systématiquement éloignés, n'avaient par conséquent aucune occasion de s'instruire par l'observation directe des lois delà nature. Les observations racontées par les femmes ne pouvaient aucunement les instruire, car chez celles-ci manquaient les connaissances préliminaires indispensables. Elles exerçaient leur profession sans y penser ; même cet usage anté-
rieur que nous constatons encore chez Gelse, qui commandait d'appeler les médecins dans des cas difficiles, ne paraît pas avoir été mis en pratique chez les arabes, ou du moins bien rarement, puisque ces opérations n'étaient enseignées qu^aux femmes. Il ne restait donc aux arabes qu'à conserver ce qui avait été acquis, c^est-à-dire les règles suivant lesquelles ces opérations terribles devaient être pratiquées. Si enfin nous considérons que pendant des siècles nous ne devons qu'à l'ardeur des arabes la culture de quelques branches de l'art, à une époque où celui-ci était repoussé partout, on doit dire qu'ils ont préservé de la perte totale les acquisitions des temps antérieurs et qu'ils furent des maîtres pour les siècles suivants, par les écrits qu'ils ont laissés, et par les écoles qu"'ils ont fondées, et qu'ils furent des modèles à imiter. Ce n'est pas par un coup de baguette que peut surgir ce qui est bien et se développer dans toutes ses parties. Celui qui par son ardeur excite une activité scientifique mérite la reconnaissance de la postérité, quand bien même ses efforts n'ont pas été couronnés de succès, et même quand il est tombé dans l'erreur. Le coup d'œil jeté sur le passé montre la Justesse de ces paroles de CicÉRON : « Est enim admirabilis quaedam continuatio, séries que rerum, ut alla ex alla nexa, et omnes inter se aptas colligatœ que videantur » ; et heureuse la science qui, elle, ne regarde pas avec fierté et dédain ceux qui ont loyalement entretenu la continuité de la « séries rerum » et ne porte pas sur ceux qui l'ont accomplie un jugement sévère.
TEMPS APRÈS LES ARABES, PERIODE ARABISTE (ÉCOLES ARABES ET LEURS imitateurs), jusqu'à la PUBLICATION DU PREMIER LIVRE d'aCCOUCHE- MENTS PAR EUCHARIUS ROESSLIN (dU COMMENCEMENT DU XII*^ SIECLE AU COMMENCEMENT DU XV1«).
§ I20. — La médecine en Occident. Les moines.
Si nous Jetons un coup d'œil sur l'Occident, sur l'état des connaissances en général, et sur celui de la médecine en particulier, nous voyons qu'à l'époque, où en Orient existait une ardeur au travail, une grande activité pour la culture des sciences, on constatait dans les contrées chrétiennes de l'occident d'épaisses ténèbres, une profonde nuit que n'éclairait aucune étoile.
Les effets multiples des désordres politiques causés par l'invasion des barbares, les guerres et la soif des conquêtes^ se révélaient de la manière la plus visible. La hiérarchie relevait sa tête, et sa puissance ne reposait que sur l'ignorance et sur la superstition, ses honteux satellites. Il ne faut pas s'étonner si la puissance spirituelle les favorisait de mille manières. C'est pourquoi le Pape Grégoire I, si prudent d'ailleurs, appelé le Grand (590-604), s'éleva contre les sciences ( i), si bien que cette aversion a donné lieu au bruit faux d'avoir livré aux flammes la bibliothèque palatine. L'état ecclésiastique seul, et particulièrement les moines restaient
(i) Comme tous les grands hommes, Grégoire a été jugé avec passion. Ce n'est pas sans grande injustice qu'on peut l'accuser d'avoir favorisé l'ignorance, alors que lui-même avait donné les preuves d'une instruction solide. (F.-J.H.)
2 5ô CINQUIEME EPOQUE
en possession des sciences, depuis la fondation de l'ordre des bénédictins au VI^ siècle par Benoit de Nursia, le patriarche des moines de Poccident, qui les réunit en un corps solide très utile, qui formait exclusivement alors le monde instruit. Les couvents seuls donnaient un appui solide aux sciences partout abandonnées; les moines collectionnaient toutes les richesses littéraires de l'antiquité, copiaient les manuscrits, ces monuments d'une civilisation florissante, les enlevant aux regards des profanes (i). Ils pratiquaient seuls la médecine, ils s'y trouvaient entraînés par les devoirs de leur état qui prescrivent les œuvres de miséricorde et de charité. Il est vrai aussi, qu'opposés aux recherches et à de profondes méditations, ils avaient recours à des pratiques superstitieuses : aux reliques, à l'eau bénite et à d'autres pratiques religieuses pour se rendre maîtres de la maladie ; si l'on réussissait, l'effet était attribué à la volonté du Très-Haut ; rinsuccès était regardé comme la punition méritée du péché. Les religieuses elles-mêmes, pour rendre inutiles les secours des hommes, s'occupaient de pratiquer la médecine chez leurs sœurs, faisaient des saignées, etc. Pendant bien longtemps la pratique de la médecine et de la chirurgie resta entre les mains du clergé, jusqu'au moment où des synodes et des conciles défendirent aux ecclésiastiques la pratique des opérations chirurgicales, notamment les cautérisations et les sections. Toutefois il n'était pas interdit aux religieux de soigner les malades de leurs couvents. Ces règlements n'avaient voulu que s'opposer à l'esprit de lucre en dehors du couvent, et favoriser l'accomplis sèment des devoirs de leur état : « eo usque enim progressa erat consuetudo medicinam exercendi, dit le II" concile de Latran (sous Innocent II, r iSg), ut monachi et singulares canonici post susceptum habitumetprofessionem factam spreta beatiss. magistrorum Benedicti et Augustini Régula medicinam gratia lucri temporalis addiscerent ». La répétition de cette
(i) Rien de plus injuste que cette imputation de cacher ce que les règles de leur ordre leur prescrivaient de conserver et de répandre par l'écriture. (F.-J. H.)
défense prouve que les ecclésiastiques n'ont renoncé que difficilement à la pratique de la médecine.
Obs. I. — Voy. les exhortations que Cassiodore adresse aux ecclésiastiques au VI^ siècle. 11 les engage à étudier la médecine et surtout les œuvres d'HippocRAXE, de Dioscoride et de Cœlius AuRELiANUs (*Magn. Aurel. Cassiodori Oper^. Paris, i588,in-4°, De institutione divinarum scriptur, Lib. 1, c. 3i). Avec toutes les choses contradictoires qui ont été dites pour et contre les ordres monastiques dans lesquelles nous ne devons pas entrer ici, une chose au moins reste certaine : c^est que pendant un long espace de temps ils ont été dans l'occident chrétien les seuls soutiens des sciences, quoique faibles parfois. Particulièrement méritoires furent les écoles des couvents dont rétablissement coïncide avec le règne de Charlemagne (768-814). Voy. * Fr. E. RuHKOPF, Gesch. des Schuhl — iind Er:{iehungsrpesens in Deutschland, von der Einfiihrung des Christenthums bis aufdie neuesten Zeiten, I Thl. Brem., 1790, in-S". p. 9 (Histoire des écoles et établissements d'instruction en Allemagne depuis l'introduction du christianisme jusqu'à nos Jours). Ces écoles doivent surtout leur établissement au savant anglais Alcuin et à l'évêque Theodulfus AuRELiANENSis. D'après Alcuin il avait été établi à la cour même de Charlemagne une savante école (schola palatii), voy. * Alcuini Abbatis Caroli M. Opéra. Ratisb., t. I, vol. 1, 1777, in-8''. Epist. 67, p. 90, et* Lavnoy, De scholis celebrioribus seu a Carolo M. seiipost eundemper Occidenteminstauratis. Op. Omn. Col. Allobr., 1732, in-fol. t. IV, c. II, p. 10. Il paraît résulter de vers qu'on trouve dans Alcuin qu'à la schola palatii la médecine était enseignée. Voy. De studiis in Aula Régis in Op. omn., t. II, p. 228. Charlemagne avait prescrit l'enseignement de la médecine dans les écoles conventuelles. Voy. * Fr. Lin- DENBROG, Cod. Ug. antiquav . Francofort., i6i3, in-fol., p. ioi5, c. 225 et: * Sti Balvzu, Capitularia reg. Francior., t. I, Paris, 1780, in-fol., p. 421 et 966.
Obs. II. — Sur l'empiétement des religieuses dans les affaires médicales, voy.* Petr. Ab^lardi et Heloisi^., Opéra. Paris, 16 16, in-4°. Epist. VIII^ p. i56. « Quod facilius fieri potest, si quas infirmis prasest, non fuerit expers medicinse : ad quam etiam, quœ sanguinem minuunt, cura pertinebit. Opportet autem aliquam flebotomiae peritam esse, ne virum propter hoc ad mulieres ingredi necesse sit ». Nous possédons une espèce de matière médicale dont l'auteur est Hildegarde, une abbesse du couvent sur le Rupertsberg (montagne Robert) près de Bingen (morte en 1 180), voy. Physica St.e Hildegakdis, etc. Argent., i533, in-fol.
SIEBOLD-HERRGOTT. IQ
Nous trouvons un écho de cette immixtion des religieuses dans les affaires médicales, dans la congrégation des sœurs de charité.
Sur rétat de la médecine chez les moines, surtout chez les Bénédictins, voy. * Magnoald Ziegelbauer, Historiarei litterariœ ordinis Sti Benedicti. Pars. II, Aug. Vind. et Herbipoli, 1754, in-foL, p. 299. « Historia medicinœ prout inter Benedictinos excultœ ».
§ 12 1. — Le couvent du Mont-Cassin.
Sx Benoit a exercé, au VP siècle, une grande influence sur les sciences par la fondation du célèbre couvent du Mont-Cassin; il avait étudié les sciences à Rome, et avait appris à en apprécier la valeur ; en peu de temps il rassembla autour de lui les hommes les plus estimés et les plus renommés. La considération dont il était entouré par le peuple, et le renom de sa sainteté procurèrent au couvent des richesses et des présents de la part des pays voisins. Sx Benoit choisit bientôt parmi ses religieux les meilleurs et les plus instruits, et les envoya dans toutes les contrées pour y fonder des monastères, et pour donner à la règle établie par lui une force nouvelle et de l'accroissement.
D^aprèsla volonté expresse du fondateur, les moines devaient, après avoir accompli leurs devoirs religieux, cultiver une science et l'enseigner à leurs élèves ; toute fonction publique leur était interdite. Quelques exemples prouvent que ce précepte ne fut pas toujours rigoureusement observé; au neuvième siècle le savant abbé Berxharius enseigna la médecine oralement et par ses écrits. Les historiens de son couvent nous ont conservé les noms des religieux qui s'étaient particulièrement occupés de médecine, on voit la considération dont ils jouissaient par un voyage que fit l'empereur Heni^y II de Bavière, pour se rendre dans le couvent afin d'y réclamer des soins contre une affection calculeuse delà vessie. La chronique mentionne comme médecins expérimentés: l'abbé Berxhaiuus, et le moine ALPHANUs,qui plus tard devint abbé du couvent des bénédictins àSalerne, ainsi
tEMPS APRES LES ARABES, PERIODE ARABISTE 29 1
que l'abbc Desiderjis qui, plus lard, fut le pape Victor III. La renommée scientifique de ce couvent attira de tous les pays des moines désireux, de s'y livrer à Tétude de la médecine qui, sous leur influence acquit un degré de perfection sensible, ainsi qu'en témoignent les écrits des élèves du couvent parvenus jusqu'à nous.
Obs. — Voy, Gregorii vita Sti Benedicti, in * Muratorii, i^er. Italie. scrij)t.,x.l\, p. i83. * Flav. Alexh Ugonii, Opusculum de dignitate atque praestantia reipublicae Cassiniensis. Dans * Thesaiir. antiqiiitat. et historiariimitaliœ eiira et stiid.J. G.Gr^vh, t. IX, p. I, Lugd. Bat., 1723, in-foL, p, 327. Voy. encore : Petro- NAX Brixianus : séries Abbatum cassiniensium, ibid., 270.
* Pétri Diaconi, De viris illustribus cassiniensium, ibid., p. 32g, avec le supplément de Placid, Roman.
* Chronicon Sti Monasterii casinensis, in * Lud. Ant. Muratorii, Rer. italicar. scriptoj'., t. IV, Mediol., 1723, in-fol., p. 241.
* P. GiANONE, Bûrgerliche Geschichte des Kœnigzeichs Neapel (Hist. delà bourgeoisie dans le roy. de Naples), ubers. v. O. Chr. V. LoHENscHioLD. I Th. Ulm,, Frankf. u. Leipz.. 1785, in-4°, p. 256, 2 Th., X762, p. 121.
§ 122. — L'école de Salerne.
Si importante pour la culture des sciences qu'ait été l'institue tion monasti^que dont nous venons de parler, l'école de Salerna exercé une influence plus heureuse, surtout pour la médecine. II est hors de doute que des médecins distingués aient existé à Salerne dans des temps reculés, à l'époque même où en Occident la médecine était entre les mains des moines. Très anciennement la ville portait le nom de « Civitas Hippocratica », et cette dénomination se trouve sur le sceau du collège salernitain. Les contacts nombreux de Salerne avec les arabes, qui, comme nous l'avons vu, ont pendant si longtemps seuls cultivé la médecine, devaient nécessairement avoir pour effet de transmettre aux salernitains leur ardeur pour les sciences médicales ; cette influence s'est prolongée bien au delà de leur occupation des côtes de
l'Italie. Heureuses aussi ont été les relations étroites qui existaient entre les médecins de Salerne et le couvent de bénédictins qui y avait été fondé, dont les religieux restaient toujours en rapport avec ceux du Mont-Cassin. Ces relations avaient une influence bienfaisante sur l'amour de Part, entretenu ici dans les murs silencieux du cloître, là dans les relations avec Textérieur. Sous Roger roi de Sicile, au milieu du onzième siècle, certains privilèges furent accordés à l'école de Salerne, qui était arrivée à une haute célébrité. De toutes parts affluaient à Salerne des malades et des élèves avides de savoir, qui exercèrent sur l'école la meilleure action. AuXIIP siècle furent rendues, par l'empereur Frédéric II, les fameuses ordonnances qui imposaient à tout candidat qui voulait exercer dans le royaume de Naples de se faire d'abord examiner par le collège des médecins de Salerne. La durée des études à Salerne fut mieux précisée. Ce n'est qu'au XIV"^ siècle que l'école de Salerne fut éclipsée par celles de Bologne et de Paris, et depuis, Salerne n'a plus jamais recouvré sa première splendeur.
Obs. — Sur l'école de Salerne, voy. : * Ant, Mazza, Urbis Salernitanœ historia et antiquitas. Nap., 1681, in-40 (aussi dans Thésaurus art. et hist. ital. de Gr/Evius, t. IX, p. 4).
* GlANNONE, CUV. C, 2 Th., p. 122.
* Ch. J. Jagemann, Geschichte der freien Kûnste und Wissenschaften in Italien (Hist. des arts libéraux et des sciences en Italie) 3 Bd. i Th. Leipz., 1779, in-8°, p. 167.
* J. Chr. g. Ackermann, Studii medici salernitani historia^ (dans son édit. du Regimensanitatis Saler ni). Stendal.,T790,in-8''.
Sprengel, ouv. c, 2 part.
Pour les ordonnances sur la médecine de Roger, et de l'empereur Frédéric II, voy. dans Linuenbrog, ouv. c, Constit. Sicular. Lib. III, tit. XXXIV, p. 807. Ici l'empereur prescrit entre autres choses : que personne ne devra étudier la médecine, s'il n'a suivi avec assiduité pendant 3 ans au moins un cours de logique. Les étudiants en médecine ne devront pas négliger l'étude de la chirurgie : « quie est pars medicina; » ; on y trouve aussi la prescription : « nectamen post completum quinquenium practicabit, nisi per annum integrum cum consilio expert! medici practicetur ».
Sur la décadence de l'école de Salerne, voy. :
* Franc. Petrarch/e, Itinerar. Syria£,danssesO/'er. Basil., 1 58 1,
TEMPS APKÎ:S LES ARABES, PÉRIODE ARABISTE 293
in-fo, p. 56 1. « Fuisse hic medicinae fontem fama est, sed nihil est. quod non senio exarescat ».
§ 123, — Imitation de la médecine arabe en Occident.
Nous avons vu comment les sciences médicales avaient trouvé un refuge hospitalier où elles avaient pu être cultivées, il est vrai, sans profit sérieux pour leurs progrès, car on se contentait de ce qu'on avait; Hippocrate et Galien restaient les sources principales des connaissances. On prisait fort les écrivains arabes, on les traduisit, et dans l'occident chrétien ils furent bientôt en plus haute estime que les auteurs grecs et romains. On en fit des extraits qu'on fit passer même quelquefois pour des oeuvres originales; il devait en résulter que, pendant bien longtemps, ce furentles principes arabes qui dominèrent en médecine, quoique présentés sous un autre nom. Au Mont-Gassin, aussi bien qu'à Salerne, on étudiait dans les auteurs arabes traduits en latin, et de là cette étude se propagea en Occident; même la loi de Frédéric II qui imposait l'étude des livres authentiques d'Hippo- CRATE et de Galien, qui devaient être interprétés par les élèves, fut modifiée en ce sens, qu'à Salerne on y exigeait en outre l'explication d'AviCENNE. Si on ajoute à cela l'influence de PEspagne, dont des provinces ont été occupées pendant si longtemps par les arabes, qui avaient fondé partout des établissements d'instruction florissants vers lesquel affluait de toutes parts une jeunesse avide de savoir, on ne sera pas étonné d'avoir vu subsister, durant de longues années en Occident, les doctrines des arabes. C'est donc avec une pleine justice que tous les historiens ont appelé période Arabiste celle qui s'étend jusqu'au XV^ siècle. Ce nom indique l'esprit qui anime tous les écrits qui nous ont été conservés.
Obs. — « Graecorum medicina in universa Europa usque ad saeculum médium XV, inculta et extincta quasi jacuit, Arabum vero medicina, quae sola et docebatur et exercebatur, ità viguit.
Ut ex libris tegni Galeni, sive. ut euni vocabant, Galieni tyroiies quidem prima medicinas prascepta haurirent, Arabes vero medici principes in universa scientia medici viri esse putarentur. » Voy . AcKERMANN,//25W?. jnediciu. medicin.j p. 357.
% 124. — Constantin l'Africain.
Constantin l^ Africain a pris une grande part à la transplantation de la médecine arabe en Italie auXI'^ siècle. Né à Garthage, il fit beaucoup de voyages en Asie et en Afrique pour étudier les sciences des peuples de ces contrées. Après avoir voyagé pendant 39 ans, il retourna dans son pays. Ses compatriotes rendus attentifs à ses connaissances lui ayant créé des obstacles, il se réfugia à Salerne et y vécut caché pendant quelque temps. Robert GuiscARD, duc d'Apulie et des Calabres (loSg-ioSS), lui rendit tous les honneurs, le prit à son service en qualité de secrétaire particulier, et lui donna l'occasion de poursuivre l'étude de la philosophie et surtout celle de la médecine. Après être resté à Salerne pendant un grand nombre d'années, Constantin se rendit au Mont-Cassin et pria l'abbé Desiderius de l'admettre au nombre de ses religieux. Il s'occupa alors à traduire différents ouvrages et composa des œuvres personnelles qui sont arrivées jusqu'à nous. II mourut en 1087.
Obs. — Voy. * Bart. Corte, Noti:{ie istoriche intorno medici scrittori milanesi. Milan, 171 8, in-4°, p. i5. * Ghronic. Sti Monast.Casin. not. illustr. Lib. III, c. 35, p. 455. In Murator, Rer. italic.scriptor.^ t. IV. Mediol., 1723, in-fol.
* Petr. Diaconi, De viris illustribus Casinensibus, c. XXII, p. 369, in Gr/ev. Thesaur. antiquit. et historiar. ital., t. IX, p. I, Lugd. Batav., 1723, in-fol.
§ 12 5. — Triste état de Vobstétricie au temps de Constantin l'Africain.
L'auteur que nous venons de nommer témoigne du peu d'intérêt qu'inspirait l'obstétricie à cette époque en occident. Tous n'étaient que des imitateurs serviles des arabes ; chez aucun d'eux
nous ne rencontrons des chapitres de quelque e'tendue qui, de loin ou de près, aient rapport à l'obstétricie, et c'est aussi dans les premiers livres de l'occident que nous trouvons la cause de cette situation si fâcheuse, dans laquelle Tobstétricie s'est maintenue en occident pendant de si longues années. On peut admettre que ce triste résultat est dû à l'exercice de la médecine exclusivement pratiquée par des religieux, que les devoirs de leur état tenaient éloignés des soins à donner aux femmes. L'obstétricie, exclusivement exercée par les sages-femmes, se trouvait dans un état lamentable; elles manquaient absolument d'une instruction donnée par des médecins, elles ne pouvaient avoir que celle qu'elles pouvaient puiser dans les livres des arabes et se maintenir dans cet état stationnaire qui résultait de leurs écrits. Les écrivains d'alors ne prenaient pas la peine de répéter ces préceptes dans des livres àla portée des sages-femmes, sachant que celles pour lesquelles ils auraient été composés ne pouvaient en faire aucun usage. On n'a qu'à consulter dans le livre de Constantin l'Africain, De morb. cognitet curât, le maigre chapitre 16, du livre VI qui porte le titre « De difïicultate pariendi ». On n'y trouve conseillé que des moyens externes, des bains, des onguents, des sternutatoires, etc., nulle part il n'est parlé de véritables manœuvres. Parmi les causes de dystocie on ne mentionne que la mort du fœtus qui « se ad exeundum movendo non adjuverit ». La même pauvreté thérapeutique se trouve encore dans le chapitre suivant : (( De secundinae exitu », où l'on ne trouve indiqué que des vomitifs et des emménagogues. De semblables répétitions se remarquent dans le même livre à l'occasion des maladies de la matrice, ainsi qu'au chapitre XV « De ordinanda diosta prœgnantum », Le fœtus est comparé, d'après Galien, au fruit de l'arbre, dont la connexion devient plus solide avec le temps, de là résulte la fréquence des avortements pendant les premiers temps de la grossesse. On conseille de ne pas parler à une femme enceinte d'aliments qu'on ne pourrait pas lui procurer, pour ne pas exciter un désir impossible à satisfaire sans danger. Contre les flatulences, dont les femmes encein-
tes sont souvent fatiguées, on conseille une foule de médicaments fortifiants. La description de la matrice (Decommun. loc. Lib. III, c. 33), ne contient également que des choses anciennes empruntées à HippocRATE, à Aristote et à Galien ; et aussi à la fin des chapitres les vieilles histoires sur les grossessesquadrietquinque gémellaires, la superfœtation, etc., auxquelles Constantin ajoute les paroles suivantes : « haec omnia naturae possibilia, sed nullum tamen ego vidi, qui fateretur se vidisse «, L'écrit « De mulierum morbis » n'est d'aucune valeur, ce n'est presque qu'un recueil de recettes contre diverses souffrances de la matrice.
Obs. — Quand on mentionne la loi des Goths occidentaux, d'après laquelle aucun médecin ne pouvait faire une saignée à une femme, si un parent n'était présent, on peut se demander ce qu'il en était de la présence des médecins aux accouchements, voy. LiNDENBROG, ouv. C. Leg. Wisigoth. Lib. XI, tit. i, 1. i.
Voy. pour les éditions de Gonstantinus Africanus : * Const. Afric. Opéra, conqiiisita undique magno studio, jam primiim typis evz//^i</a, etc. Basil., ap. Henric. Petrum, i536, in-fol.
* Ejusd. Op. reliquia^ etc. Basil., i!>39, in-fol.
Parmi les nombreux chapitres de cet auteur, s'en trouve un « De coitu ». Voy. encore pour l'appréciation de cet auteur, § 1 10, obs. II.
§ 126, — Livre de Trottila sur les maladies des femmes.
L'état déplorable de négligence, dans lequel se trouvait l'obstétricie pendant ce siècle, est révélé par un écrit sur les maladies des femmes, dont l'auteur peut bien être un médecin de Salerne, ayant pour titre : « Trotul^ curandarum œgriUidinum muliebrium, ante, in et post partumn, ou : '( De passionibus mulierum », dont l'auteur porte le nom d'EROs. Il n'y a aucun doute que cet écrit n'appartienne au XII^ siècle, cela se voit à chaque chapitre du livre, mais quel en est l'auteur .-^ Sur ce point, rien n'est décidé; par contre, nous ne pensons pas que ce soit une sage-femme, car celle-ci aurait dit sur les accouchements, auxquels elle devait avoir assisté, bien plus que ce qui se trouve
TKMPS APRES LES ARABES, PERIODE ARABISTE 297
dans ce livre, où Tonne rencontre pas môme le nécessaire à côté des compilations cherchées dans les livres les plus médiocres du passé (Constantin) ; de plus, mille choses superstitieuses qui portent le cachet de l'époque à laquelle ce livre appartient.
Obs. — L'opinion qui a attribué cet ouvrage à Eros, un médecin affranchi de Julia Augusta, a été refutée depuis longtemps par Gruner, qui a écrit sur ce sujet une dissertation solide, cl qui a démontré qu'il avait pour auteur un médecin salernitain chrétien, appuyant cette démonstration, sur : la latinité corrompue du langage, la citation d'auteurs postérieurs à l'époque de Julia, la prescription de médicaments arabes, la citation de propos tenus par des Sarrazins, etc. Voy. ' Prolusio, etc. auct. Ch. Godfr. Gruner. len., 1773, où on lit : « Neque Eros, neque Trotula, sed salernitanus, quidam, medicus, isque christianus auctor libelli est, qui de morbis mulierum inscribitur ». Il est vrai que Henricus Baccius, dans sa Descriptioregni neapolitani, t. IX, pars. 1, du Thés, antiq. et historiar. ItaL, écrit : « Trotula seu Trottula di Ruggiero, multae doctrine matrona, quœ librum conscripsit de morbis mulierum et eorum cura, ut et alterum de compositione medicamentorum ». La préface du livre contenant le passage suivant réfute le mieux cette assertion : « Qua propter ego, miseranda illarum (mulierum) calamitate, praesertim cujusdam matronae instigatione, compulsiis (comme on lit dans la plupart des éditions), incepi diligentius contemplari de aegritudinibus, quibus fœminus sexus saepissime molestatur », et même le mot compidsus changé en compulsa dans l'édition de 1778, d'après l'édition Aldine, ne peut démontrer le contraire ; il n'a fait que motiver la note qui s'y trouve, p. 5, 011 on lit : « Quibus potissimum verbis auctor hujus libelli persuadere cupit lectoribus, hue qualemcunque a femina confectum, quod et in ipso libello expresso nomine prodit ». Voy. ce passage au ch. 20.
Voy. aussi *J. A. F abricu, Bibliotîieca latina, éd. ] . A. Ernesti, t. III, Lips., 1774, lib. IV, c. 8, p. 542.
§ 127. — Lobstétricie contenue dans le livre de Trotula.
Les doctrines renfermées dans ce livre sont absolument ineptes et offrentla meilleuredémonstration de l'état inférieur dans lequel se trouvait l'obstétricie à cette époque. Nous arrêterons notre attention aux chapitres 12-20 qui serapportent spécialement à l'obs-
tétricie. On apprend au chapitre 1 2, « De formatione seminis concepti » qu'au 5^ mois l'enfant commence à ressembler à la mère ou au père. Le i3^ chapitre « De situ tœtus in utero matricis », est en partie copié de Constantin l'Africain, mais le contenu ne répond pas au texte, d'où nous concluons que l'auteur n'avait pas la moindre expérience. Dans le 14^ chapitre « De signis imprœgnationis » on renvoie aux signes oiseux qui indiquent que la femme est enceinte d'un garçon ou d'une tille ; il se termine par le conseil suivant : la femme laissera tomber dans l'eau trois gouttes de sang ou de lait du sein droit, si les gouttes tombent au fond, ce sera un garçon, et vice versa. Le chapitre i5 « De regimine praegnantium » est copié du chapitre analogue de Constantin. Le 16^ chapitre est consacré au « Regimen parturientis », il commence par ces mots naïfs : « Tempore partus imminente, paret se mulier, ut mos est, obstetrix similiter ». Après cela on prescrit de nouveau des siernutatoires, des fomentations, des décoctions de fœnu grec, du mucilage de graine de lin, de la thériaque, de l'armoise et du vin. On y ajoute encore « : Remédia quœdam physicalia, quorum virtus, comme dit l'auteur, est obscura, quœ ab obstetricibus facta proferuntur ; « à cette série de moyens d'effet obscurs il faut ajouter l'action de tenir un aimant de la main droite, de boire des liquides contenant de la râpure d'ivoire, de porter des colliers de corail, et cet « album quod invenitur in stercore accipitris ». Une pierre trouvée dans le ventre ou le nid d'une hirondelle, de l'urine, etc., jolie matière médicale comme on voit et qui donne une bonne idée de la pharmacie de Paullinus !
Tout aussi profitable est le 17° chapitre dont le titre est : « De difficultate partus ». Ici encore une foule de remèdes contre l'accouchement difficile ; mais quant à la technique, on observe seulement que quand l'enfant n'est pas en présentation normale, sans autre explication : « ut si prius tibiœ vel brachia exeant », la sage-femme mettra l'enfant en présentation moyennant la main. Ici encore ne manquent pas les moyens sympathiques et superstiijeux: mettre autour du corps des peaux de serpent tombées, appli-
quer sur la cuisse des pierres d'aigle ; pour déterminer la sortie du placenta faire des fumigations avec de la corne du pied de cheval, ou de la fiente de chat ou de brebis. Que faut-il penser quand, dans les accouchements difficiles, on donne le conseil suivant : « Ponatur patiens in linteamine, et tendatur a quatuor fortibus hominibus per quatuor angulos, capite patientis aliquantulum elevato hue et illuc, ab oppositis angulis fortiter irahatur linteamentum, et statim pariet, Deo favente « (i). Nous croyons, par ce que nous venons de citer, avoir fourni les éléments d'un jugement sérieux à porter sur l'état de l'obstétricie à cette époque (2).
Obs. — Ce livre a été imprimé pour la première fois dans :
* Aldi medici antiqui oinnes, qui latinis litteris diversorum mor-
borum gênera et remédia persecuti sunt, undique conquisiti, et
uno volumine comprehensi, etc. Venet., 1547, in-fol, p. 71. Le
titre complet du livre de Trotula est donné ainsi : « Trotul^
(1)2'= manière de pratiquer la succussion hippocratique, voy. plus haut, § 45.
(2) Il convient ici de citer deux passages du chapitre XX intitulé : « De his quEe mulieribus saepe post partum accidunt », attendu qu'on y trouve la première indication de la périnéorrhaphie, et des conseils excellents pour prévenir la rupture du périnée, en le soutenant méthodiquement. « Suntqu£edam quibus vulva et anus fiunt unum foramen, et idem cursus; inde istis exit matrix, et indurescit. Quibus.... suaviter eam reponimus. Post modum rupturam intra anum et vulvam tribus locis vel quatuor suimus cum filo de serico : postea pannum hneum vulvœ imponimus ad quantitatem vulvœ. »
Ceci est un excellent procède de suture immédiate; l'autre passage qui montre commentil faut soutenir lepérinée pour éviter la rupture se trouve encore dans le même chapitre, un peu plus loin : « Ad prcedictum periculum evitandum, eis in partu diligentissime sicprovidendum est : Praeparetur pannus in modum pilae oblonguee, et ponatur in ano, ad hoc ut in quolibet eonatu eijciendo puerum, illud firmiter ano imprimatur, ne fiat huiusmodi continuitatis solutio ». En 1862 nous avons revendiqué pour Trotula la priorité de la périnéorrhaphie dans une lettre adressée à M. Verneuil (Gaz. hebd., 1862, p. 417).
L'indication d'un manuscrit de Trotula qui se trouve dans la bibhothèque Laurentienne de Florence, donnée par Haeser (Gesch. 3^ éd. I, p. 663), porte le titre de : « Trotula in utilitatein miilierum et pro decoratione earum, scillicet de facie et de vulva earum indique très bien les soins que cette femme donnait à ses compagnes pour leur conserver tous les avantages physiques, parmi lesquels, les soins de conservation et de restauration des parties génitales lésées pendant Taccouchement sont certes à placer en première ligne. (F.-J. H.)
Ciirandariim œgritudinum miiliebrium ante, in et post partum liber iinicus, nunquamantea editus, quo fœminei sexus accidentes morbi et passiones, infantum et puerorum a partu cura, nutricis delectus, ac reliqua iisce adnata, dispositiones utrique sexui contingentes, expérimenta deniquevariorum œgritudinum, cumquibusdam medicamentis decorationi corporis inservientia edocentur. » Une seconde édition avec le même titre a été donnée par * Benedict. Victorius dans son £'mji7/r/c. Venet., t554, in-8o, p. 460.
L'ouvrage a paru ensuite dans les * Gynœciis de Casp. Wolph. Basil,, i556, in-4°, sous le titre : Trotul.e, sive potius Erotis medici liberti Juliœ muliebrium liber, qui etiam ad ornatum pertinentia qusedam, et alia varia continet., p. 217, dans son édition, Basil., i586, in-4°, p. 89, ainsi que dans les Gynœc, d^Israël Spach. Argent., iSqj, in-8°, p. 42,
Enfin publications séparées :
* Trotul^, Ciirandiim œgritudinum muliebrium ante, in et post partum libelliis ex recensione Aldi emendationibus aique animadversionibus illustratus. Accessere Henr. Kornmanni quaestiones de virginum statu ac jure observationibus auctae. Lips., 1778, in-8°. ^
§ 128. — Albert le Grand.
Le livre le plus triste et le plus déplorable de la littérature de cette époque est celui qui porte le titre de « Sécréta mulierum » et dont l'auteur nommé est Albert le Grand, qui a appartenu à Tordre des dominicains, a fait à Paris des leçons sur Aristote, et qui est devenu évêque de Ratisbonne ; il est né en 1 193 et mourut dans un âge très avancé, en 1 282. Ce livre est celui d'un élève de ce religieux (de Henry de Saxe) qui, utilisant quelques explications physiologiques et astrologiques de son maître, composa ce misérable factum (dies elende Machwerck zusamenstoppelte). Dans beaucoup d'endroits on cite Albertus, « récitât Albertus « est-il dit, ce qui prouve bien que ce n'est pas Albert mais un autre qui a composé ce livre; au reste ce qui s'y trouve est en dehors du cercle d'activité d'un évêque, en tout cas sa dignité ne lui aurait pas permis de Texposer au public. On a utilisé beaucoup Aristote et Avicenne et leurs doctrines sont expliquées
d'après les idées de l'auteur. On y trouve la plus grossière ineptie basée sur le calcul de la puissance des planètes et certaines conjonctions de ces astres; en un mot, tout ce que le passé et le présent ont pu produire d'absurde est exposé dans ce livre. On n*a qu'à lire les chapitres i-3 « De generatione embryonis, De fœtus formatione, et De influentia plantarum ». Dans le chapitre g « De exitu fœtus ex utero » ; on ne trouve également répétées que les plus vieilles doctrines sur les présentations fœtales; on fait seulement la remarque générale, que quand Tenfant se présente par le pied ou la main, « Obstetrices fœtum diligenterretrudunt », ce qui est souvent accompagné de telles douleurs, que les femmes succombent. Il y est ajouté la remarque, qui ne donne pas une haute idée des sages-femmes d'alors : « Accidit quandoque etiam in partu mulieris, quodrumpitur vulva usque ad anum, ità quod illa duo foramina unum fiunt ». Ce qui suit indique bien que l'auteur ne parle que par ouï-dire : « hoc autem didici a quibusdam mulieribus, quod quando fœtus prœtendit caput in exitu, tum bene valet negotium, quia tune alla membra faciliter sequuntur, et fit partus levis ». L'auteur raconte aussi que des prostituées « doctae mulieres etlenae in hac arte » provoquent l'avortement, et il indique les moyens dont elles font usage. On attribue une grande influence à l'éclair sur la vie du fœtus, les autres chapitres s'occupent : (c. 4) « De generatione animalium imperfectorum » ; (c. 6) « De monstro in natura » ; (c.7) « De signis conceptionis »; (c. 8) « De signis an vir vel femina sit in utero » ; (c. g) « De signis conceptionis virginis » ; (c. 10) « De signis castitatis (ici un grand rôle est attribué à l'urine) » ; (c. 11) « Dedefectu matricis » ; (c. 12) « De impedimeniis conceptionis » ; (c. i3) « De spermatis natura ».
Obs. — Les Sécréta mulierum ont été attribués tantôt à Thomas DE Brabant, tantôt à Henry de Saxe. Il est difficile de distinguer la vérité. Voy. : * B. Alberti M. ex ordine prasdicatorum Episcopi Ratibon. de adhserendo Deo libellus. Accedit Alberti vita. Compilatore Petro de Prussia. Antw., 162 1, in- 12, c. 18, p. i65. Ici c'est Thomas DE BRABANTqui est désigné comme l'auteur de l'ouvrage. Par contre ce livre est attribué à Henricus de Saxonia
dans * Bibliothcca instituta et collecta primiim a Conrado Ges- NERO, deinde in epitomen redacta, etc. per Jos. SiiviLERUMTigurinum. Tigur., 1574, in-fol., p. 38i.
Il y a une foule d'éditions de ce livre, nous ne citerons que les suivantes :
* De fonnatione hominis in utero materno, vel ut alii dicunt Scc?~eta mulierum c. commentario, s. loc. et s. anno, in-40.
* De secretis mulierum. Francof., i58o, in-8°, * Amsterod., 1648, in-i2. * i655, in-8°. * 1669, in-12. Trad. en allemand « Der Frauen^immer Hiemlichkeit. Francf. a M., i562, in-4°. * Hamb.. i6î3, in-8''.
§ 129. ■ — Conclusions.
Après ce qui vient d'être exposé, une nouvelle démonstration du triste état dans lequel se trouvait l'obstétricie à cette époque est superflue. Exclusivement confié aux mains rudes des sagesfemmes, dont l'éducation ne préoccupait personne, l'art devait décliner de plus en plus, privé de tout guide scientifique et ne consistant plus qu'en de grossières manœuvres, qui trop souvent avaient pour effet de tuer l'enfant avec la mère. Les médecins n'étaient appelés que pour prescrire quelques médicaments qui avaient été formulés par les arabes. On comprend que, dans ces tristes circonstances, les remèdes superstitieux de toutes sortes ne devaient pas manquer, ils avaient la faveur des moines et celle des prêtres ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, nous trouverons l'occasion de montrer que ces pratiques se sont conservées pendantun temps très long, et ont même été recommandées par des médecins dans leurs livres. Les écrits qui ont passé ■ sous nos yeux ne nous ont que trop convaincu, que pendant ces siècles, les médecins avaient été entièrement étrangers à toute intervention réelle et effective dans les accouchements ; le peu qui s'y trouve nous permet de croire qu'il n'y a là aucun résultat d'observations personnelles, c'est pour cela qu'ils se perdaient dans des théories subtiles auxquelles on voyait mêlées les niaiseries les plus grossières, si bien que l'auteur des Sécréta mulierum
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a pu s'occuper de recherches sur les choses les plus ineptes. Le degré le plus bas de la triste et honteuse ignorance était atteint ; il a fallu quelques siècles pour que l'art put se relever un peu, et dissiper la nuit et les ténèbres profondes dans lesquelles il croupissait. Pouvons-nous nous étonner de ce triste état de l'obstétricie, alors que celui de la médecine était le même. Tout esprit supérieur, toute noble ardeur les avaient abandonnées, l'une et l'autre ne se traînaient plus qu'à la remorque de modèles médiocres, qui avaient remplacé ces hommes du passé à élans supérieurs ; l'art de guérir n'était plus qu'un grossier empirisme, et ceux qui le pratiquaient étaient devenus d'indignes manœuvres.
Obs. — Des femmes médecins se trouvent encore parmi les salernitains. Voy. * G. Matthi^ Conspectus, historiœ medicoriim chronologicus. Goetting, 1761 , in-8°, p. 5 i. « Mulieris medicœ salernitanœ «. Ici on trouve outre Trotula, une Abella, Mercu- RiALis, Rebecca, Sentia, Guarna et une Constantia Calenda qui même a dû avoir été coiffée du bonnet de docteur. Elle est appelée ainsi par Henri Baccius, elle a écrit sur les maladies des femmes. Y a-t-il eu alors quelques femmes instruites ati milieu de tant d'ignorantes dans la foule de celles qui s'occupaient d'accouchements ?
I i3o. — La loi qui prescrit de pratiquer l'opération césarienne post mortem.
Si triste qu'ait été l'état de l'obstétricie, si pauvre en choses pratiques, l'opération, dont les origines se perdent dans la mythologie grecque (§ 25) et les premiers temps de Rome (§ 58), qui consiste à ouvrir l'abdomen des femmes mortes en état de grossesse pour en extraire l'enfant, n'en a pas moins été conservée par la loi. Dans l'obs. I du § 58 nous avons fait observer que les prêtres avaient appuyé cette pratique, dans le but d'assurer aux enfants par le baptême le bienfait de la félicité éternelle. Les synodes et les conciles ont prescrit d'ouvrir l'abdomen des femmes enceintes, et l'histoire a conservé les noms d'enfants nés
de cette manière; parmi ceux-ci se trouve Burcard, comte de Lincgow, abbé de St Gallen, appelé « ingenitus » puisqu'en gSg il avait été extrait du ventre de sa mère morte, et Gebhard, comte de Bregenz, plus tard (980) évêque de Constance qui a vu le jour de la même manière. Des chirurgiens, même des sages-femmes paraissent avoir pratiqué cette opération, mais nous manquons de détails à cet égard.
Obs. — Sur les naissances de Burcard et de Gebhard, voy. :
* Rerum alamanicarum scriptores aliquot vetusti ex biblioth. M. H. GoLDASTi cura H. Chr. Senckenberg. Francof. et Lips., 1-30, in-fol., p. 43. « At temporelabente appropinquans partui pi\tgnans periclitatur, et aute quatuordecim temporivi partus dies emoritur. Infans excisus, etc. Solebant eumnominare/n^enititm ».
* G. Bruschii, Magni operis de omnibus Germaniœ episcopatibus epitom.^ t. I, Norimberg, 1549, in-8°, p. 32. « Gebhardus secundus hujus nominis cornes Brigantinus, Uthonis ex Domina Dielburga filius, post mortem matris ex utero cœsus ».
Voy. sur l'opération césarienne au point de vue théologique :
* Th. Raynaud e Soc. les. De ortii injantium contra naturani per sectionem cœsarum tractatio. Lugd., 1637, in-8°.
* Cangiamilla, voy. ouv. c. § 58, obs. i.
§ i3i. — Le trei:{iènie siècle. Fondation d'écoles de médecine.
Le treizième siècle se montra plus favorable à la culture des sciences médicales; celles-ci trouvèrent un appui solide dans la prévoyante sollicitude de l'excellent empereur Frédéric II (i 196i25o), nous avons déjà mentionné ses ordonnances sur l'exercice de la médecine; il fonda l'école de Naples et celle de Messine ; il fit lui-même traduire Aristote, et l'envoya pour le répandre à l'université de Bologne. Les sciences furent enseignées sous la protection des papes en Italie, à Ferrare, Padoue, Pàvie, Milan et à Plaisance, et dans ces villes on fit aussi des cours sur la médecine. Depuis longtemps la médecine était publiquement enseignée dans les écoles de Paris et de Montpellier ; et en 1271 il s'était formé à Paris un collège de chirurgiens sous la
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présidence de J, Pitard, et placé sous la haute surveillance de la Faculté de médecine; ses membres jouissaient des mêmes droits que les magistri in physica, avaient droit aux mêmes honneurs et portaient le même costume qu'eux(chirurgiens de robelongue). Ce collège des chirurgiens attira à Paris un grand nombre d'élèves; peu à peu celte académie de chirurgie prit le premier rang de toutes les écoles. La médecine était tombée trop bas, pour avoir pu s'élever, même dans ces circonstances favorables; ce n'était que le commencement de sa renaissance, et ces efforts ne peuvent être considérés que comme les prémices de sa restauration future. On s'en tenait toujours à des recherches subtiles auxquelles on mêlait des niaiseries astrologiques, car l'influence des constellations était regardée comme la partie principale de la médecine. Il ne manquait pas de cures miraculeuses qui donnaient au clergé une influence de plus en plus considérable ; si bien que le pape Innocent III (1198-1216) ordonna qu'un prêtre serait toujours appelé par le médecin, quand celui-ci entreprendrait le traitement d'un malade.
Obs. — Sur l'état de la médecine en Italie au XIIP siècle et en particulier sur la fondation de l'empereur Frédéric II, voy. : * GiROL.TiRABORCHi, Storid délia litteratura italiana, t. IV. Modena, 1774, in-4°, lib., 1, c. 3, p. 33, et 1. 11, c. 3, p. 166.
Sur l'histoire des univ. de Paris et de Montpellier; * C. E. Bulaeus, Hist. universitat. Parisiensis.
* J. AsTRuc, Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de Montpellier, Paris, 1767, in-4°.
Voy. encore Sprengel, ouv. c, 2'' part., VII, section v et suiv.
* Voy. aussi œuvres d'AMBROisE Paré, par Malgaigne. Paris, 1840, in-80. Introduction: Origines des universités, p. xxviii, et détails biographiques sur Pitard, ibid., p. xlix et suiv. (F.-J. H.)
§ i32. — Oubli complet de l'obstétricie dans les écrits médicaux du XIIl'^ siècle.
Il est inutile d'entrer dans de longs détails pour dire que dans ces circonstances rien ne fut fait au profit de l'obstétricie ; dans les écrits qui parurent, elle ne fut pas même mentionnée, on ne
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pensait pas qu'il valût Ja peine de transcrire ce qu'on aurait trouvé dans les écrits antérieurs, quoique les livres des grecs et des arabes fussent lus avec attention, et même commentés. Nous pouvons en conclure que les médecins et les chirurgiens de cette époque ne se souciaient plus d'une partie de l'art qui se trouvait exclusivement entre les mains de femmes si ignorantes, que les hommes rougissaient de participer à une œuvre où il n'y avait à espérer ni renommée ni honneur. La parole prononcée plus tard par Le Bon : « hace ars (obstetricia) viros dedecet » était certainement un écho de cette triste époque qui donne une idée suffisante de Tétat complet deTobstétricie d'alors. Oui, même les chirurgiens du Vil" siècle, qui ont laissé des écrits, ont dédaigné de traiter des sujetsd'obstétricie, c'est en vain qu'on parcourt les œuvres de Roland de Parme, de Bruno de Lungoburgo, de Théodo- Ric, de Guillaume de Salicet, de LANFRANC,etc. Roger de Parme, le plus ancien de ces chirurgiens et le maître de Roland (1206), plus tard chancelier de l'université de Montpellier a seul traité dans deux chapitres (69 et 70) « De difficultate partus, et De secundina », mais d'une manière tout à fait insignifiante, et où il ne répète même incomplètement que des vieilleries, et fait intervenir les sages-femmes dans les présentations des mains et des pieds, en ne parlant que de la reposition. Pour le reste, il ne donne que des formules de médicaments, d'onctions, de bains, de sternutatoires comme moyens d'accélérer le travail ; dans le chapitre consacré à la délivrance, il parle d'une sella perforata pour la favoriser. Les maladies des femmes sont traitées dans le livre de Roger absolument comme dans les livres des anciens.
Obs. I. — Voy. * CyriD'giaBmNi, Theodorici, Rolandi, Rogkrii, Lankranci aliorumque (Gi;y de Chauliac, Bestapaglia), dans une collection. Venet,, 1499, in-fol.
Obs. IL — Dans les écrits de cette époque, où il est question dos devoirs et des droits des chirurgiens, il n'est fait mention nulle part de l'obstétricie, et pourtant ces droits devaient s'étendre au personnel masculin, pour exercer une partie de l'art qui, d'après la signification étymologique du mot, devait leur revenir.
TEMPS APRES LES ARABES, PERtODE ARABISTÉ Soj
Il n'est question de la pratique des accouchements dans aucune des deux classes de chirurgiens dont parle Guy de Chauliac dans sa préface, et dont la dernière se subdivise en cinq sections : dans la dernière seulement on pourrait trouver quelque chose qui se rapporte aux accouchements ; il y est dit : « quinta secta est mulierum et multorum idiotarum, qui ad solos sanctos de omnibus œgretudinibus inftrmos remittunt, fundantes se super illo, Dominus mihi dédit, sicut placuit, Dominus a me auferet, quando sibi placebit, sit nomen Domini benedictum, amen ^>. — Par contre, le célèbre Arnauld de Villanova, qui à la fin du XlIIe siècle était professeur à Barcelone, n*'a pas craint d'écrire pour le beau sexe un livre destiné à lui conserver sa beauté, et d^entrer dans les plus petits détails, par exemple sur les moyens « ad rugas ventris post partum, ad mamillas restringendas ».Voy. * Arn. Villanovani, de ornatu mulierum dans ses* Oper omn. Basil., i585, in-fol, p. i6i6. Dans ce livre s'est égaré un chapitre « De difhcultate partus» qui ne prescrit quedes frictions et des fumigations aromatiques. Au reste, personne ne s'est plus occupé que lui d'astrologie, p. 2o53, par exemple c. 3, « De quolibet signo, quod membrum in corpore respicit » où il est dit : « Scorpio respicit genitalia membra, sicut vulvam et matricem »,etc. lo, «De judiciis spectantibus admedicum», Medicus operanspotest juvari in opère, et in prognostificatione per scientiam astrorum, et quomodo medici non incurrant in errores intolerabiles illi, qui ad hoc non considérant ».
Obs. III. — A cette époque, où les théories sur l'accouchement étaient introduites dans les livres, on s'en tenait aux doctrines des grecs et des arabes, comme on peut le constater dans les livres de Pierre d'Abano, un des principaux écrivains de l'École scolastique du XIIP siècle, et un des grands soutiens des finesses astrologiques (né à Padoue en i25ol, voy. * Conciliator controversiariim quœ inte?~ philosophos et medicos versantur. Venet., 1548, in-tol., p. jb et 164.
Sur sa vie voy. : * Chr. G. Gruner, ^/ma/2<îc/z, etc. pour l'année 1789. Jen,, in-8°, p. 171.
§ i33. — État de la médecine au XI V*^ siècle.
Pendant le XIV^ siècle l'état de la médecine resta à peu près tel qu'il avait été au siècle précédent; même répétition de ce qu'avaient dit les maîtres grecs et arabes surtout ; même mélange
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d'inepties astrologiques, de cures miraculeuses ou charlatanesques, les premières approuvées par le clergé, les secondes par les écrits des médecins d'alors ; c'est ce qui caractérise la médecine de ce siècle ; c'est en vain que quelques hommes clairvoyants, rares hélas, avaient essayé de répandre un peu de lumière. Les eft'orts de ces hommes, parmi lesquels nous devons nommer François Pétrarque, qui étaint dirigés particulièrement contre les arabes et leurs aveugles partisans, préparaient un temps meilleur, mais le siècle ne les comprenait pas, il trouvait plus commode de répéter ce qui avait été dit, que de travailler par lui-même à chercher quelque chose de nouveau et de meilleur. De là les commentaires nauséabonds des écrits arabes, les compilations inutiles de matière médicale, les théories vaines sur l'étiologie des maladies, la propagation des doctrines et des écrits d'astrologie, et le recours aux astres pour guérir les maladies. Est-il nécessaire de poursuivre plus loin ces descriptions pour caractériser les erreurs de cette époque, et de montrer quelles entraves étaient opposées au progrès et à sa propagation, et combien ce qui est bon était rare à ce moment.
Obs. — Les efforts de Pétrarque, l'homme le plus considérable et le plus clairvoyant de son temps (né en 1804, mort en i3;74), se manifestent dans beaucoup de passages de ses écrits pour faire cesser, chez ses contemporains Pimitation servile des Grecs et des Arabes et donner à l'esprit du temps une impulsion autonome et supérieure, d'où le proverbe : « veritas, nonsecta sequenda » auquel il se conforma toujours. C'est ainsi qu'il écrit à JoAN. Patavin, Epist. rer. senil. lib., XII, c. 2. : « unum antequam desinam, te obsecro, ut ab omni consilio mearum rerum, tui isti arabes arceantur atque exulent, odi genus universum. Arabes quales medici, tu scis : vix mihi persuadebitur, ab Arabibus posse aliquid boni esse. Vos autem docti viri, nescio qua fragilitate animorum, magnis illos et indebitis prceconiis celebratis, usque adeo, ut audisse meminerim, quod si quis latinorum Hippocrati etiam par existeret, loqui quidem posse. nisi Griucus tamen aut Arabs scriberenon auderet, et si scriberet,sperneretur ». * Pictrarch. Opéra. Basil., i58i, in-fol., p. 91 3. Il s'écrie sur sa patrie: « O Italia vel sopita ingénia, vel extincta ! «. Voy. aussi les quatre livres des « Invectivarum contra medicum quendam ». Ibid., p. 1087.
TEMPS APRÈS LES ARABES, PERIODE ARABISTE SoQ
§ I 34. — Renaissance de l'anatomie par Mondini de Lu^p et amélioration de la chirurgie par Guy de Chaidiac.
Nous avons à examiner deux événements qui appartiennent à ce siècle, et dont les conséquences ont préparé pour l'art un temps meilleur ; nous voulons parler de l'ardeur nouvelle pour l'anatomie, excitée par Mondini de Luzzi ( i 3 i 5), et de l'amélioration de la chirurgie par les efforts de Guy de Chauliac. Une voie meilleure était ouverte par l'anatomie aux progrès de la physiologie et de la pathologie, en la suivant, la fausseté de certaines vues pouvait être mise au jour, et on arrivait ainsi à trouver plus facilement ce qui était préférable et plus près de la vérité, car Part'de disséquer donnait, à cet égard, de précieuses indications, qui allaient avoir une grande influence sur la pratique de la médecine ; l'ardeur pour la chirurgie y trouvait un stimulant et une organisation préférable, qui allait devenir profitable aussi à notre obstétricie dont elle était un rameau. La branche principale, constituée par des actions manuelles ou instrumentales, devait être confiée aux mains plus sûres d'hommes dont on pouvait espérer une véritable amélioration ; c'était la seule voie pour enlever l'obstétricie des mains des femmes, qui, pendant si longtemps, avaient entravé tout progrès. Ce n'est que de cette manière que sa considération allait pouvoir être augmentée; et si, pendant longtemps encore, elle devait partager le sort d'une branche à laquelle elle était attachée, si, pendant longtemps encore, la partie mécanique de l'art devait être la partie prédominante de la chirurgie, qui, durant un grand nombre d'années, allait constituer pour elle une entrave, nous devons penser qu'ici bas chaque chose ne se forme que peu à peu, et qu'il devait en être ainsi pour ce rameau, condamnépour si longtemps encore à végéter si humblement, car il lui manquait la véritable condition de son développement, c'est-à-dire la plus importante condition de tout progrès : l'observation par les médecins de la marche normale de l'accouchement. Nous devons
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une immense reconnaissance aux chirurgiens de s'être préoccupe's de ce rameau abandonné ; c'était le seul chemin qui pût le conduire à un développement ultérieur ; le succès a démontré la v^érité de cette proposition.
Obs. — MoNDiNi DE Luzzi était professeur à Bologne, où, le premier, il lit publiquement la dissection de deux cadavres féminins en i3i5, l'un en janvier, Tautre en mars, ainsi qu'il le dit luimême. En i3i6, il publia son anatomie, ainsi que cela ressort de ses paroles : « quam anatomizavi anno prœterito.« Mondini parle toujours des testicules féminins, et il appelle le vagin « collum matricis, cujus extremitas est vulva ». Par contre, il décrit très exactement 1' « os uteri » qu'il compare à un « os catuli nuper nati », ou avec V <( os tincœ » (museau de chat nouveau-né, ou museau de tanche, ce nom lui est resté). Dans la matrice il admet sept loges dans lesquelles le sperme se coagule avec le sang menstruel et se fixe aux orifices des veines. Pour le reste, il cherche à accommoder le résultat des recherches faites avec son scalpel aux doctrines de Galien et à celles des Arabes.
Voy. * Anathomia Mundini emendata per doctorem Melerstas (Mart. Pollich de Mellerstadt). S. lieu d'impress. ni date, in-4°.
* Anatomia Mondini nuper optime emendata ac summa diligentia impressa. Venet., iS/O, in-fol.
* MuNDiNus^ De omnibus humani corporis interioribus membris anathomia. c. prœf. Joann.Adelphi. phys. Argent., i5i3, in-40.
* Anatomia Mundini per Joann Dryanderum (Eichmann) med. prof. Marpurgens. c. fig., Marpurg., 1541, in-4°.
* Math. Curtii Papiens, in Mundini anatomen explicatio. Papiae, t55o, in-S".
Voy. sur Mondini * Tiraboschi, ouv. c. V, p. 220.
,^ i35. — Doctrines obstétricales de Bernard de Gordon.
Parmi les écrivains de ce siècle, qui dans leurs ouvrages font mention de sujets se rapportant àl'obstétriciejil faut citer d'abord Bernard de Gordon professeur à Montpellier (i285) qui, en l'année i3o5, suivant sa préface, composa son Lilium medicinse. Dans ce compendiuni Gordon s'occupa de toutes les maladies, mit à profit les écrits des arabes, et y ajouta sa scolastique personnelle et la sagesse astrologique. La particula VII est consa-
crée aux « passionihus membrorum generationis in utroque sexLi « qui sont traitées suivant l'ordre adopté par les écrivains grecs et arabes. Les chapitres i5, tô et 17 s'occupent « Deregimine prœgnantium, de difficultate partus et de retentionesecundina? ». Dans le ch. i5, il parle des signes de la grossesse, parmi lesquels il mentionne ceux que fournit Turine : «. urina est colorata, et apparet quoddam contentum quasi cotum carpinatum (fîocons de coton cardé) et sunt ibi quœdam contenta alba ascendentia et descendentia ». Plus loin il examine les causes et les signes de l'avortement, expose très bien les signes du foetus mort, et ajoute les règles à suivre pour Téviter. Nous voyons, par les paroles suivantes, qu''à cette époque Tavortement provoqué n'avait rien d'insolite : «. caveat tamen sibi quicunque sub pœna aeternali, quod non doceat potionem mortiferam nec aborsum facientem ». Digne d'attention est la fin du chapitre, où il est dit qu'après la mort de la mère, le fœtus peut continuer à vivre encore pendant quelque temps ; de là le conseil, qui suit immédiatement, de veiller à ce que l'orifice utérin reste ouvert pour favoriser cette survie, suivant des principes physiologiques peu clairs, et celui qu'il donne, avec raison, d'ouvrir immédiatement le ventre de la mère pour en extraire le fœtus, ajoutant ces paroles : « tali artificio, ut dicitur, fuit primus Cassar extractus, et inde ex illo habuit nomen » (voy. § 58, obs. II). Dans le chapitre 16 « De difficultate partus » on répète ce qui avait déjà été dit depuis bien longtemps : la division des accouchements en « naturales, innaturales et difficiles ». Naturel est l'accouchement à la fin du septième, neuvième et dixième mois, si toutefois la tête se présente, et si la face est dirigée en bas (ad terram). hinaturel quanà'û est couché sur le dos, ou quand les pieds passent d'abord, ou quand le flanc ou la main se présente. Difficile c( quando non potest exire, laborat mater et angustiatur, moratur in illo labore et anxietate longo tempore » , ce qui peut être le résultatde causes extrinsèques ou intrinsèques. Il n'est toujours pas question du bassin, on ne parle que du passage étroit « meatus strictus », on mentionne comme cause d'accouchement difficile la
faiblesse du fœtus « qui non potest se juvare », on affirme encore ici que la naissance des garçons est plus facile que celle des filles. Les moyens à employer sont à peu près les anciens, on ne parle que de médicaments et aussi encore de « superstitiosa ». Les opérations sont exclusivement confiées aux sages-femmes, et il n'est question que de la version sur la tête dans les présentations anormales. « Eligatur, dit Fauteur, obstetrix habens manum gracilem et digitos longos, dilatât orificium matricis suaviter cum ungulis, et intromittatur pessarium, etc. » Gordon mentionne encore l'ancienne doctrine hippocratique sur l'accouchement à huit mois, la cause qui empêche l'enfant de vivre se trouve dans les planètes. Le traitement de la rétention du délivre (ch. 17) ne présente également rien de nouveau ; la sage-femme devra Tenlever si elle le peut, si elle ne réussit pas, on attendra qu'il soit putréfié ; on indique ici encore une foule de moyens internes et externes.
Obs. — Voy. * Tabula pratice GoKTiO'^u dictiim Liliiim medicine. Venet., 1496, in-40.
* Bernardi Gordonii opus, lilium medicinœ inscriptum prope omnium curatione, septem partibus distributum. Lugd. ,1574, in-80.
I i36. — Johann. Gaddesden. Wilhelm Varignana.
Deux autres auteurs appartiennent à cette époque, qui dans leurs écrits n'ont pas omis i'obstétricie, bien que ce qu'ils en disent n'ait aucune valeur, et ne renferme que des choses empruntées aux écrits antérieurs, et même des passages entiers textuellement transcrits.
Le premier est Joh. Gaddesden, professeur à Oxford, appartenant au commencement du XIV siècle, qui a publié la Rosa Anglica, l'autre est Wilh. Varignana, professeur à Bologne (i3o2). Dans le livre de Gaddesden on trouve recommandés, pour favoriser Paccouchement, l'aimant, les coraux pour être tenus en mains, et confectionnes en colliers, ce qui est ha-
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bituel dans les livres de médecine, on dit aussi que 'c ova perdicum per vulvam immissa » sont très actifs. Plus misérable encore est ce qui se trouve dans les «Secretis » de Varignana pour favoriser '< expultionem foetus et secundinae » (secretis, etc., cap 2, tract. i6), horrible mélange de choses absurdes et écœurantes.
Obs. — Voy. * Rosa anglica pratica medicine a capite ad pedes. Pap., 1492, in-fol.
Jo. Anglici, P?^axis inedica, rosa anglica dicta : Ed. Phil. ScHOPFF, in-40. Aug. Vindel, 1595, in-4*'.
* GuiLELM Varignana, Sécréta sublimia ad varios curandos morbos verissimis auctoritatibus illustrata, additis nonnullis flosculis. Lugd., i526, in-4''.
§ iSj. — Nicolas Bertrucci.
Une compilation de préceptes d'obstétricie, meilleure que les autres pour cette époque, se trouve dans le « compendium artis medicas » de Nicolas Bertrucci professeur à Bologne (mort en 1342). Ce n'est toutefois qu'un extrait d'HippocRATE, Galien, Rhazès et AvicENNE, sans observation personnelle à ce qu'il paraît, l'anatomie et la physiologie du fœtus manquent complètement; cela ressort du moins de la description des membranes qui précède le chapitre, (voy. tract. 9, sect. 3), c. 5 « De facilitantibus partum et educentibus secundinam «. Les phénomènes véritables de l'accouchement lui étaient aussi inconnus qu'à ses prédécesseurs, on le voit par ce qu'il dit de l'attitude de l'enfant dans la matrice; il admet que les extrémités inférieures sont fléchies vers l'ombilic, le visage couvert par les mains, la tête relevée ; qu'il est assis comme le représenteront plus tard les figures de RoEssLiN. Ce n'est que lors de l'accouchement que la tête descend, que la face se dirige en arrière, il naît ainsi. Toute autre attitude est contre nature. Dans le chapitre qui a pour titre « Methodus » il indique le traitement à appliquer à l'accouchement, mais au point de vue médical seulement, et avec
la fastidieuse énumération des moyens connus. Excellent est le conseil qu'il donne à la parturiente d'éviter sur le lit de travail, tous les mouvements superflus (révolutiones de latere super latus). Si les membranes ne se rompent pas, la sage-femme les ouvrira en les grattant avec l^ongle ou en les perçant avec un petit couteau. Les signes de l'enfant mort sont vrais : « sentit quasi casum lapidis de loco ad locum », est-il dit. entre autres choses. Sous le titre « Empirica » sont indiqués les moyens quUl emprunte comme tous les autres à Avicenne et à Rhazès. Le signes pronostics sont pour la plupart tirés d'HippocRATE. Rien de personnel dans les moyens techniques.
Obs. — Voy. * Bertrucci Bononensis medici compendhim sive (ut vulgo inscribitur) coUectorium artis medicœ, tam practicœ quam speciilativœ. Nunc demum recognitum et suae integritati restitutum perJoANN. Caesarium. Colonn, iSBj, in-4".
Voy. Tiraborchi, ouv. c, t. V, p. 211.
§ i38. — Guy de Chauliac.
Guy de Chauliac, fondateur de l'amélioration de la chirurgie au XIV"-' siècle, fut d'abord professeur à Montpellier puis médecin particulier du pape Urbain V à Avignon ; il a écrit en i363 un livre de chirurgie célèbre. Dans le Traict VL Doct. II, ch. VII, se trouvent deux articles consacrés à « tirer hors Tenfant », et à « tirer hors Tarrière-faix », il adresse quelques remarques aux sages-femmes, et dit positivement : « quia istud negotium exercetur per midierey ut plurimum, non opportet in ipso multum immorari(i). Il donne plus loin quelques avis sur la manière de
(1) Cette phrase se trouve réellement dans le texte, mais se rapporte à un propos sur les grossesses multiples qui, selon Avicennu, et selon Abulcasis seraient déplus de sept, savoir et neufcomme il dit, et elle est immédiatement suivie de celle-ci: « Et d'autant que cette affaire est exercée par les femmes le plus souvent, il ne s'v faut guère arrêter. Je cite d'après la grande chirurgie de M. Guy de Chauliac, etc., restituée Itraduite en français) par M. Laurens Joubert. Pour bien faire il faudrait recourir au texte original, cela ne nous a pas été possible. (F.-J. H.)
se conduire dans les accouchements difficiles, où de nouveau sont indiqués les onctions et les sternutatoires. « Mais si la sortie n'est en forme deseue, et naturelle, qu'on la réduise à la naturelle de tout son pouvoir », sans autres explications. « Et si par fortune l'enfant était mort..., adonc la sage-femme doit essayer.,, si elle le pourra tirer dehors ; sinon qu'on mette l'instrument dit miroir, fait avec une vis de pressoir, et qu'on ouvre la matrice tant qu'il sera possible. Et que puis on le tire avec les mains, crochets et tenailles, entier ou en pièces, et qu'il n'y demeure point ». A une femme enceinte qui est morte, le ventre devra être ouvert, l'ordonnance du Roy défend d'enterrer la femme enceinte ; jusques à tant que l'enfant en soit dehors en tenant la bouche et la matrice de la femme ouverte comme les préceptes le veulent (voy. plus haut, § i55)... La femme soit ouverte avec un rasoir de long à costé gauche, d'autant que cette partie là est plus libre que la dextre à cause du foye, et en y mettantles doigts, l'enfant en soit retiré. » La fable de Jules César est répétée d'après le texte erroné de Pline (voy. § 58, obs. II). Les préceptes pour la délivrance ne diffèrent en rien de ceux des auteurs précédents, à la fin du chapitre se trouve même un etc. (qui ne se trouve pas dans la traduction de Joubert).
Obs. — * Cyriirgia Guidonis de Cauliaco, etc. cum Brun. Theo- DORic, etc. Venet., 1499, in-fol. Edition plus récente : * Guidon DE Cauliaco chU'iirgia, mine iterum non mediocri studio atqiie diligentia a pliiribus mendis pur gâta. Lugd., 1572, in-8°.
Nous croyons devoir ajouter quelques détails à cette bibliographie d'un auteur si important. I^'ouvrage de Guy de Chauliac achevé à Montpellier en i363 fut imprimé pour la première fois par Scotus, à Venise, en 1490, in-8'>. D'après la Bibliotheca chirurgica de Haller, t. I, 157, et le Dictionnaire historique de Dezeimeris ; on en aurait publié au moins douze éditions latines.
Gallice sed barbare vertit Nicolaus Panis. Paris, 1478. Verdier (dit Haller).
Mais c'est à Laurent Joubert, médecin ordinaire du Roy et du Roy de Navarre, etc. chanceher de Tuniversité de Montpellier, que revient l'honneur d'avoir fait une bonne traduction de cçtte œuvre, d'y avoir
3l6 CINQUIÈME ÉPOQUE
ajouté des notes, d'en avoir fait une édition digne de ce monument, qui fut achevée en 1 579 (date du privilège) et publiée à Lyon en 1 585, in-4'', réimprimée plusieurs fois à Lyon sous ce format et à * Rouen chez David dv Petit Val, 1641, in-8".
Voici comment Malgaigne parle de ce livre : Ed. d'AuBROiSE Paué, Paris, 1840. Introd., p. lxvi. «Je ne crains pas de le dire, Hippocrate excepté, il n'y a pas un seul traité de chirurgie grec, latin ou arabe que je mette au-dessus ou même au niveau de ce magnifique ouvrage de Guy DE Chauliac ». Il méritait donc bien d'être appelé par Siebold « le fondateur d'une chirurgie meilleure », et une note bibliographique plus étendue que celle qui lui a été consacrée, ainsi que l'indication exacte de la traduction française, à laquelle nous avons emprunté les citations de Siebold. Nous croyons savoir qu'il se prépare une édition nouvelle des œuvres de (juy de Chauliac, qui sera lue avec le plus vif intérêt, et dont les chirurgiens français seront reconnaissants à l'auteur. (F,-J. H.)
§ 189. — Pierre de la Cerlata.
Les doctrines de Pierre de la Cerlata ou de Largelata sont en pleine conformité avec celles du précédent. Il vivait encore en 1410, il était professeur à Bologne (et y fit rembaumement du pape Alexandre V). Sont recommandées comme chez Guv de Chauliac : la version sur la tête (par les sages-femmes), la dilatation de l'orifice utérin moyennant le spéculum, l'emploi du crochet tranchant, des pinces, la perforation du crâne, l'ouverture de l'abdomen chez les femmes mortes en état de grossesse (voy. Lib. V. Tract, XIX. c. VII. « De extractione fœtus a matrice in muliere mortua et non mortua »). L'auteur déclare avoir fait lui-même plusieurs de ces opérations, il dit même : « Ego sagpe in hoc casu perforavi caput, et digitum posui in capite et ipsum exiraxi ». L'ouverture prescrite de Pabdomen de la femme morte enceinte est textuellement celle de Guv de Chauliac ; il donne la même direction à l'incision, et il ajoute : « Ego aliquando feci \x\c\s\o\iexn a pomo granato usque ad os pectinis cum cautela, ne intesiina et puer tangantur, et per istum
modum extravi puerum » ; toutefois il préfère le premier procédé.
Nous regardons ce passage comme important au point de vue de l'ancienneté de l'incision dans la ligne blanche, et nous devons regarder Pierre de la Cerlata comme le premier qui ait proposé ce procédé, bien que l'incision commence au-dessous de l'appendice xiphoïde, à la place, que par une vieille dénomination il appelle pomme de Grenade, Pierre de Cerlata pourrait aussi avoir été le premier chirurgien qui ait dit positivement qu'il a pratiqué des opérations obstétricales.
Obs. 1. — Sur la signification des mots : Pomum granatum » voy.GABR. FALLOPPiA,Expositiodeossibus,c. 24. « DicitGALENUs, quod cartilago in extremo aliquando Ç^cpoôtorf; vocetur. Et si tangamus hominem viventem in ea parte videtur circularis haec cartilago, et habet similitudinem cum parte mali punici, quae est veluti flos, et hinc a quibusdam appellata est haec pars « pomum granatum^) * Fallop. op. Francofurt., i58i, in-fol, p. 582.
Obs. IL — Voy. * Ciritrgia magistri Petri de Largelata. Venet., 1499, in-fol * i5i3, in-fol.
Voy. * Murator, Scriptor. rer. Italie, vol. XXI, p. 1 162.
§ 140. — François du Piémont.
Nous mentionnons encore de François du Piémont (mort en 1343), professeur à Naples sous le règne du roi Robert, Pouvrage qui a été composé comme supplément à Mesue (voy. plus haut §117, obs. III), c'est avec raison que Sprengel le caractérise comme un ouvrage méthodique, animé d'un esprit scientifique, dans lequel a été mis à profit ce qu'il y avait de meilleur chez ses prédécesseurs, bien qu'il n'ait pu s'affranchir des principes scolastiques et de la prolixité galénique. Nous pouvons en tout cas juger par cet ouvrage de l'état de la science à l'époque où il a été écrit ; c'est par ce motif qu'il ne peut être laissé de côté, et aussi parce qu'il renferme quelques documents sur l'obstétricie, et que nous pouvons y trouver l'opinion de quelques médecins
Oïb CINQUIEME ÉPOQUE
instruits de ce siècle sur une branche que le poids des préjugés maintenait toujours dans un état d'infériorité et de langueur. Notre auteur sentait bien quelle serait la condition essentielle de l'amélioration de l'état de Tobstétricie, car dans le chapitre 4, summa 4, qui a pour titre : « De aegritudine matricis », et qui traite de l'accouchement naturel, on trouve ces paroles : « De partu naturali, de quibus solummodo procedamus, quantum spectat ad indaginem eorum, et pro ipsorum notitia, causas conservativas, et nocumenta ipsorum, si quœ inveniant, agnoscamus, ut eis providentiam faciamus et curam ». Mais la bonne volonté de l'auteur se heurtait contre l'usage persistant d'exclure les hommes du traitement des accouchements; dans cette occurrence, où toute expérience personnelle lui manquait, il ne pouvait qu'exposer les anciennes doctrines, telles qu'elles se trouvent dans Hippocrate, Galien et les Arabes, et ne donner qu'en peu de mots le conseil important : « ut dimittat naturse obstetrix, et nihi agat », quand elle se trouve en présence d'un accouchement que tous signes annoncent comme devant être normal; nous doutons toutefois que cette excellente règle ait été suivie partout. Le 16^ chapitre traite ensuite : « de nocumentis partus, ex quibus est difficultas ». Une foule de causes sont énumérées d'après la triple étiologie ancienne : « exmatre, etc. auxquelles on ajoute avec raison les : « errores obstetricis in procurando ». Les règles pour l'intervention dans les accouchements difficiles sont divisées en celles qui doivent être prises en considération « ante horam » et celles « in hora », ici ne sont indiquées que celles qui depuis longtemps sont connues, mais elles sont exposées sous une forme plus logique et dans un ordre plus convenable. Les moyens thérapeutiques indiqués n'offrent rien de nouveau. Perforation artificielle des membranes, version sur la tête dans toutes les présentations qui ne sont par celles de la tôte; chez les enfants morts, emploi des crochets, perforation, morcellement de l'enfant ; chez les femmes mortes en état de grossesse, opération césarienne. On accorde une grande confiance aux « remediis fœtum trahenti-
bus » ; Fauteur en indique une foule. Les moyens superstitieux ne sauraient manquer, ils sont exposés avec beaucoup de développements : de Paimant saupoudré avec de la cendre de corne de chevalou d'âne, tenus dans la main gauche ; le psaume « miserere mei Domine » jusqu^au verset Domine labia mea aperies » est écrit par la parturiente avec une plume et de l'encre sur un papier, puis lavé avec de Peau qui est bue par elle ! Ou bien on dit dans son oreille droite « Memor esto Domine » etc. (Ps. 88, V. 5i) avec trois Pater; ou bien le psaume » Dixit Dominus Domino meo, etc. « est écrit sur un parchemin provenant d'un veau extrait du cadavre d'une vache, traversé d'un fil par une fille vierge, et pendu au cou de la parturiente. Voilà les tristes erreurs d'une époque dépourvue de moyens efficaces. Bien loin de nous est la pensée de blâmer toute prière adressée dans la détresse à Celui qui peut tout ; sa bénédiction ne manquera jamais à celui qui fait tout pour rendre service au prochain, mais son recours à de telles superstitions est un véritable abandon au hasard, il annonce toujours une impuissance réelle, qu'on dissimule sous de pareilles niaiseries, et un état de l'esprit et de l'intelligence bien déchus chez ceux qui en font usage. Nous estimons et vénérons profondément la prière mais la vieille maxime « Ora et labora « s'applique aussi à notre obstétricie, et peut être admirablement commentée en toute occurrence. C'est l'union de ces moyens qui conduit au but désiré, dont s'éloignent beaucoup ceux qui ne s'adressent qu'au premier. C'étaient là, à cette époque, les résultats de l'immixtion du clergé dans les affaires de la médecine. Bien que la science ait fait des pas rétrogrades, une partie de ce qu'elle avait semé avait prospéré; il a fallu un temps considérable pour l'anéantir de nouveau, pour étouffer toute recherche nouvelle et pour opposer au développement fécond des sciences de si grands obstacles.
Obs. I. — * Supplementum in secundum librum coinpendii sea^etoriimJoAN^. MEsuEStum Pétri Apponi Patavini, tum Francisci DE Pedemontium medicorumillustrium. Venet., i6o2,in-fol.
§ 141. — Le XV'' siècle.
Les sciences médicales ne se présentent pas sous un aspect plus avantageux dans ce siècle que dans le précédent, bien qu'il s'y rencontre des germes de maints progrès. La médecine arabe commença à disparaître peu à peu, et on se portait de nouveau vers les modèles grecs, qui purent être étudiés dans la langue originale. Les Turcs avaient repoussé les savants grecs, et ceuxci s'étaient réfugiés en Occident, et y avaient répandu leur savoir. L^étude de la philosophie, qui jusque-là était restée uniforme, prit une meilleure direction, elle se retourna vers les doctrines de Platon. L'invention de l'imprimerie qui appartient à ce siècle doit être regardée comme un moyen puissant de culture intellectuelle. Mais les écrivains médicaux poursuivaient toujours encore Putopie astrologique qui était enseignée systématiquement. L'alchimie, la recherche de l'or, les cures merveilleuses, etc., prenaient une part importante despréoccupations scientifiques, bien qu''il ne manquâtpas d'hommespour s'élever contre ces théories, et déclarer fausses toutes les déductions astrologiques. Dans ces circonstances, l'obstétricie devait rester dans l'abandon, ajoutez de plus qu'elle eut à lutter encore contre les préjugés du temps. Pour apprécier l'état dans lequel elle se trouvait, nous n^avons qu'à consulter quelques écrits du temps qui ont bien voulu lui consacrer quelques chapitres.
§ 142. — Valesciis de Tarenîe.
Dans la première moitié de ce siècle nous trouvons un compendium qu'un portugais, Valescus de Tarente^ pratiquant la médecine à Montpellier depuis i382, composa en 1418 comme résumé d'une pratique de 36 années. Toutes les maladies sont traitées dans cet ouvrage ; bien qu'écrit dans un style barbare avec de grands développements, il se fait estimer par une grande
clarté et un ordre systématique, si bien qu'on en publia plusieurs éditions. Partout l'auteur avait utilisélesmédecinsgrecs et arabes et se couvrait de leur autorité, toutefois il y a mêlé beaucoup de choses et d'observations personnelles. L'auteur nous renseigne sur l'état de l'obstétricie dans le livre VI « De affectibus partium génération! intervientium. » Les ch. 17, 18 et 19 ont pour titre : « De difficultate partus, de regimine praegnantium, et de secundinarum retentione. » On ne trouve là absolument rien de nouveau. Les doctrines qu'on expose s'adressent aux sages-femmes, et leur enseignent comment elles devront se conduire : version sur la tête dans les présentations des pieds et du bras ; chez les enfants morts embryotomie, si cela n'avance pas; on ne dit pas comment l'opération devra être exécutée. Parmi les causes de l'accouchement difficile ne manquent pas ici les « errores obstetricum )). On dit aussi que les filles naissent plus difficilement que les garçons, et on trouve plus loin comme proposition pronostique la chose suivante : « Mulier in virginitate perseverans usque ad annum 25, si deinde vel pauloante concipiat, difficulter primogenitos suos pariet. » Gomme moyens préparant une couche heureuse, on recommande les bains, et une foule de médicaments. Les règles de la délivrance ne diffèrent pas des anciennes ; on donne la préférence à la « méthode expectante » et ici encore on s'adresse aux sages-femmes.
En général on trouve dans tout l'ouvrage l'indice de l'importance des sages-femmes dans les accouchements, et de leur situation en général. Dans le livre consacré aux maladies des femmes on constate aussi qu'on leur accordait de grands droits : Elles exploraient et donnaient les soins mécaniques dans ces maladies, etc. Gomme le médecin arabe Ali, l'auteur conseille d'enlever la matrice quand elle est prolabée et irréductible; si les femmes sont bien portantes elles supportent facilement l'opération.
Obs. — Avec AsTRUc et Sprengel^ nous ne pouvons porter sur l'auteur qu'un jugement incomplet, d'après l'édition mutilée de Hartmann Beyer qui a pu être consultée. Toutefois on
ne peut constater rien de personnel à l'auteur dans ce qu'on y trouve. Les doctrines obstétricales concordent parfaitement avec celles de l'époque.
* Philonium pharmaceiiticum et chirwgicummedendis omnibus cum internis tiim externis hiimani corporis affectibus a Va- LESCO DE Tarenta mcdico Monspelii olim clarissimo, etc. opéra et studio JoANN. Hartm. Beyeri, cum pr^efat. G. W. Wedelii, Francof. et Lips., 1680, in-4". *Ed. plus anc, Venise, 1490, in-f". Lion, i52i, in-fo, i535, in-8°.
Voy. dans Haeser. t. I, p. 712, une ample bibliographie. (F -J. H.)
Sur la vie de Valesc. de Tarenta, voy. Astruc. Mem. pour serv. à l'hist. de la Faculté de Montpellier. Par., 1767, in-4'', p. 268. « Valescus de Tarenta, Balescon de Tarente. «
§ 143. — Jean Platearius.
Les écrits laissés par Jean Platearius, d'après Sprengel probablement professeur à Pise, ne renferment que quelques chapitres incomplets sous le titre de « De œgritudinibus matricis ». Sprengel pense que ce compendium est un remaniement d'un ouvrage plus ancien de Math. Platearius, médecin salernitain ; nous ne le mentionnons que pour indiquer l'opinion de l'auteur, pensant qu'il ne valait pas la peine d'admettre dans son livre les doctrines obstétricales, ce qui nous montre à quel état d'abaissement elles étaient arrivées à cette époque, aussi ce qu'il dit de relatif à Tobstétricie, qui a été puisé aux sources ordinaires, n'est d'aucune valeur. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à voirie conseil qu'il donne aux religieuses, aux veuves, dans les cas de « suffocatione et prœcipitacione matricis» (ch. III, et p. 184 de l'édition que nous avons pu consulter).
Nous ne possédons qu'une édition, qui renferme également les Practicade Serapion, et qui porte le titre :
* JoH. Platearii salernitani medici Qxcellenûssimi prac tic a brevis féliciter incipit. A la tin : Venetii, 1497.
Sprengel cite une édition : Lugd., i525, in-4".
Haeser (Lc/n'/?. de Cescli. d. Mcdi:;. Icna, 1875, in-S", p. 661) mcii-
tionne 5 éditions : la première de Ferrare,i488, in-fol. ; trois de Venise 1497, 1499, ^ ^3o, les trois in-fol. ; une de Lyon, 1 52 5, mentionnée plus haut. JoH. Platearius appartenait à une famille médicale qui pendant un siècle à occupé un rang distingué, et dont plusieurs membres ont publié des écrits, ce qui a nécessité de leur donner des numéros pour les distinguer puisque quelques-uns avaient le même prénom (voy. notre note au § 127.) (F.-J. H.)
§ 144. — Jacques de Forli.
A cette époque, toute recherche scientifique se perdait dans les superstitions et les insanités astrologiques, nous en trouvons la meilleure preuve dans le commentaire prolixe sur Avicenne que composa Jacques de Forli, professeur à Padoue et maître de Savonarole. Dans son commentaire du chapitre qu'AvicENNE a consacré à la génération de l'embryon (Lib. III, Fen 21. Tract, i, c. 2), il cherche à démontrer par la voie astrologique la cause de la non viabilité du foetus à 8 mois. Il pense que pendant le premier mois c'est Jupiter qui règne : « quasi juvans pater )>, comme auteur de la vie, au septième mois c'est la Lune favorable à la vie par son humidité et la lumière qu'elle avait reçue du Soleil. Dans le huitième mois ne règne que Saturne, ennemi de la vie, qui dévore les enfants, par conséquent aucun enfant né pendant ce mois ne peut rester en vie. Au neuvième mois le vieux /z/pf if er règne de nouveau et conserve la vie de l'enfant. Ne voit-on pas là les doctrines vraiment scientifiques qui caractérisent cette époque !
Obs. — Jac. Foroliviensis Expos, super aureum Avic. capit. de generatione embryonis. Venet., i5i8, in-fol.
I 145. — Hugo Bencio. Ant. Cermison.
A cetie époque appartiennent les « Consilia y^ de Hugo Bencio (mort en 1439) et d' Antoine de Cermisone (mort en 1441). Les écrits de ces deux médecins, qui furent professeurs dans plu-
sieurs écoles d'Italie, ne contiennent rien qui se rapporte à l'obstétricie proprement dite. Suivant la mode du temps, on ne parle que des c( ^îlgritudines matricis » : un petit chapitre de CermisoN (cons, i3) qui a pour titre : « Contra exitura fétus in mala forma » renferme un conseil adressé aux sages-femmes, leur disant de chercher à changer la présentation mauvaise par des secousses imprimées à l'extérieur du corps, et des injections huileuses ; étrange est l'attitude qu'on recommande à la parturiente; lasage-femmeposera les Jambes de celle-ci sur ses épaules, (c super spatulas suas », afin que les genouxy trouvent un point d'appui, et c"'est dans cette situation que devront être pratiqués avec douceur les mouvements recommandés « conquassationes coxarum suaviter ». Dans le chapitrequi suit (consil. 14), «Contra difficultatem partus », on donne le conseil d'administrer de la canelle et du castoreum qui termineront l'opération.
Obs. — Voy.*UGONis Senensis Consilia. Florent., i523,in-ro. * Consilia Cermisoni (avec consiliis gentilis. etc. Venet.'. s.d. *in-fol. Francof., 1604, in-fol.
§ 146. — Mathias Ferrari de Gradi.
Un autre médecin italien, Math. Ferrari de Gradi a écrit un commentaire sur le neuvième livre de médecine que Rhazes a adressé à Al MANSUR(voy. plus haut § 107), il contient aussi sur les maladies des femmes quelques éclaircissements, mais qui sont exposés avec longueur et des renvois fréquents à d'autres écrits arabes. Tous les conseils obstétricaux, que donne Gradi dans ses commentaires, sont empruntés aux arabes, et ne renferment rien de nouveau. Dans l'introduction, qui comprend l'anatomie de la matrice. Fauteur parle de deux œufs quMl représente comme des corps glanduleux (ovaria) qui sont placés à côté de la matrice. Les mérites de Graaf ne sauraient en être diminués, comme PoRTAL paraît avoir voulu le tenter, car la description de ces parties est très obscure dans le livre de Gradi.
Obs. — Practica D. mag. Joann. Malh, de Gradi duas partes complectens nuperrime a praestantissimo viro. D. Mich de Capella, etc. emendata cum adnot. marginal, Lugd., iSip, in-4°.
§ 147. — Antoine Guainerius.
Antoine Guainerius, né à Pavie (mort en 1440), a traité dans ses Practica les maladies de matrice plus longuement que ses prédécesseurs. Il a aussi consacré à l'obstétricie quelques chapitres qui renferment un exposé plus explicite des doctrines de Tépoque ; ils ont le titre habituel : « De part, difficultate, de extractione secundinae et de regimine enixcc » (c. 35, 36 et 3/ du traité De œgritud. matric). Bien que Fauteur parle d'une sagefemme prudente « obstetrix prudens » qui devra avoir recours aux moyens mécaniques pour donner dans les présentations vicieuses, au fœtus « legitimam formam » (version sur la tête), il dit pourtant que « mulieres delicatce » appellent souvent des médecins à leur aide pour les opérations; puis il indique une foule de médicaments internes et externes afin d'obtenir le résultat désiré. Il mentionne aussi les amulettes, l'aimant, le jaspe, le corail, etc. sans toutefois leur accorder grande confiance, il faut laisser la foi aux sorciers aux « ribaldis fratribus et vetulis sortilegis ». Il ajoute foi cependant à la fable d'Ovide sur Alcmène (voy. plus haut § 56, obs. IV) qui ne pouvait accoucher, puisque Lucine était présente les mains croisées sur les genoux; il disait qu'il y avait là pourtant quelque chose, mais il ajoutait naïvement : « anathemisandus non erit ». Quand Sprengel vante Guainerius d'avoir été affranchi des superstitions de son époque et l'en félicite, il faut admettre qu'il n'en était pas ainsi dans ce qui avait trait à l'obstétricie; il raconte certaines choses, plutôt pour se conformer à la mode du temps, que pour montrer qu'il y ajoute foi. Dans le chapitre consacrée la délivrance, c'est particulièrement aux moyens médicamenteux qu'il a recours pour provoquer la sortie du placenta. Il signale les
dangers qui, pour la femme, résultent de sa rétention ; dans le 2^ chapitre de ce traité il parle d'une jeune personne (adolescentula) qui devint enceinte sans avoir été menstruée et d'une autre femme qui avait accouché plusieurs fois et qui n'était jamais menstruée que pendant la grossesse.
Obs.I. — Voy. * Practica A^Tomi Guainerii Papiensis doctor clariss. et omnia Opéra. Venet., i5o8, in-fol.
* Antonii GuAYNERii Opus prceclavum ad Praxim non mediocriter necessarium, c, mult. adnotam. Falconis. Lugd., i534, in-4°.
Obs. IL — Comme exemple de la superstition la plus aveugle de ce temps, particulièrement parmi le peuple, nous citerons un fait que nous trouvons dans Guainerius ; il montre également la manière barbare d'écrire de cet auteur, commune à ses contemporains, qui, sans le Lexique médias et infimas latinitatis de Du Fresne, seraient complètement inintelligibles. Dans le 36*^ chapitre, où il est question des membranes, l'auteur dit : « His proximis diebus cujusdam zelotipi quendam fratrem minorem de uxore suspicio erat sic ut ipsa ad beati Francisci ecclesiam ire auderet nequaquam. Praegnans facta ab ea panniculo fetum involutum ut plerumque accidit peperit : mulier vero quœdum puerum natum tristi zelotipo nunciatum it et nato parvulo gaudium sperans augere bene fortunatus inquit erit cum minorum more ad lucem indutus devenerit : mulieres plurimae ut sic scias ab ea vestitum infantem nasci ad bonum omne putant. Infelix zelotipus ille sic ab ea vestitum infantem cum audivit : statim a minore fratre genitum pensavit : patientia tamen omni extincta puerum rapiens de eo terram protinus allidere volebat nisi ab astantibus prohibitum fuisset. Is tristis rabiem in innocentem evomere non valens puerperam miseram invadit, et tantum eam pugnis ac calcibus mulctavit, ut vocatus ad vitam pêne reducereeam potuerim ». Un autre voua son enfant né ainsi enveloppé à porter Thabit ecclésiastique, voyant là comme la volonté du ciel qu'il devint franciscain. Guainerius ajoute: «Tu igitur ubi opus est, pauperculas mulieres excusato, et talium vulgarium corruptam phantasiam remove ».
TEMPS APRES LES ARABES, PERIODE ARABISTE Ol"]
§ 14S. — Bartholom. Montagnana.
Dans les écrits de Barthélémy Montagna, professeur à Padoue, (mort en 1460) il est question des maladies des femmes, maison n'y trouve rien de relatif à l'obste'tricie, qui à cette époque devait rester en dehors de la sphère d'activité des médecins; il faut en excepter toutefois ce qui a trait à l'avortement, surtout aux moyens de l'éviter, les maladies des femmes sont traitées avec beaucoup de concision, on ne porte l'attention que sur des règles hygiéniques, l'auteur est du reste un des meilleures hygiénistes du siècle.
Obs. — * Bartholomaei Montagnana sélect, op. Francof., 1604, in-fol. « De œgi'itudinibiis membrorurn generationis in mulierib. Consil. CCIV et seq., p. 822.
§ 149. — Jean Michel Savonarole.
Nous trouvons une description détaillée de l'état de l'obstétricie et de sa pratique à cette époque, dans la Practica major de Jean Michel Savonarole, un des médecins lesplus renommés de ce siècle ; d'abord professeur à Padoue, puis appelé à Ferrare par Nicolas III d'Esté, il mourut en 1466. Les explications qu'il donne, et les règles qu'il formule ont trait aux moyens usuels alors en usage, et s'adressent aux médecins aussi bien qu'aux sages-femmes, à ces dernières était confiée la pratique des accouchements, Taccomplissement des manœuvres et opérations nécessaires ; aux médecins était réservé de prescrire les médicaments et les règles de l'hygiène. Ce qui a traita notreart se trouve dans Tract. VI, c. XXI « de membris generationis in fœmellis «. Après l'exposé des notions anatomo-physiologiques indispensables sur les parties génitales, et la revue des maladies qui y surviennent, on arrive à ce qui a trait à l'obstétricie, rubr. 3 2-42. Dans la
rubr.32 « dediflicuhatepartus», Savonarole n'admet comme normal que l'accouchement où la tête se présente; toutefois en parlant de la présentation des pieds il dit : « Est partus non naturalis ». Toutes les autres présentation sont « mali, et praster naturam. » Les causes de l'accouchement difficile dépendant de la mère sont exposées en général d'après l'observation de la nature, mais Tétroitesse du bassin n'est pas encore mentionnée ici, il n'est toujours question que « de angustia matricis sive vulvœ». Toutefois dans les mots : « Mulieres quas non sunt in anchis suis bene amplee», il y a un indice d^étroitesse pelvienne ; de pareilles femmes doivent éviter, dit-il, d'épouser des hommes forts et de taille élevée. Parmi les causes de dystocie dépendant du foetus, il est toujours question du sexe de l'enfant, et on répète encore qu'un enfant du sexe féminin naît plus difficilement «namnon est ita fortis, sicut masculus, neque ad motum ita agilis », où nous voyons qu'on adopte toujours la vieille doctrine qui attribue à l'enfant un rôle actif dans l'accouchement. Très bien exposés sont les signes de l'accouchement imminent et de celui qui est commencé. Le traitement de l'accouchement débute par ces paroles remarquables : « Primum attendendum est maxime pro dominabus magnis ; nam pro pauperculis non multum laborat medicus )). L'auteur fait une revue des meilleurs conseils à donner aux femmes enceintes, indique des moyens tels qu^ bains, onctions et lotions, qui jouent le rôle principal. Les soins de la sage-femme commencent avec le travail, et c'est à elle que l'auteur adresse ses recommandations. Très sensé est le conseil qu'il donne à la sage-femme de s'informer de la manière dont se sont passées les couches précédentes ; si elle est appelée plusieurs fois chez une pluripare, elle doit, dans l'accouchement présent, se guider d'après ce qui a eu lieu dans les accouchements antérieurs. Pour provoquer le travail, l'auteur conseille la danse sur un pied, puis sur l'autre, et les cris. C'est dans la situation debout ou agenouillée que la parturiente doit se tenir jusqu'à ce que la douleur soit passée, et il ajoute: « Stct suis pedibus, et se suspendat collo unius fortis mulieris
quae eam sustineat ». Pendant ce temps, la sage-femme fera des pressions sur le ventre, introduira la main bien huilée dans les parties génitales qu'elle cherchera à dilater. '( Quibus peractis, dit Savanarole, si facilis erit partus, bene erit deo semperlaus. » Dans les accouchements difficiles, la parturiente se mettra sur les coudes et les genoux : « Sicut animal brutum ». L'orifice utérin sera élargi moyennant un spéculum. Si cela est nécessaire, on rompra la poche. Si la présentation de l'enfant est vicieuse, on fera la version sur la tête ; mais si un pied se présente, et si la version sur la tête ne réussitpas, il faudra rechercher l'autre pied et extraire ainsi l'enfant. Les enfants morts seront extraits moyennant les crochets et les pinces. A côté d^une série de médicaments recommandés comme pouvant favoriser le travail, on trouve ici encore vantées un certain nombre de pratiques superstitieuses, telles que prières dites dans l'oreille droite de la parturiente, le port d'amulettes bénies, dont la confection et les éléments sont longuement indiqués. Larubr. 33 traite de la rétention du délivre, où l'auteur se déclare partisan de l'intervention active. Suivent six chapitres plus petits (rubr. 34-40) où l'on parle de la menstruation diminuée ou augmentée, de la fièvre, du gonflement du ventre, de la douleur de la matrice, du traitement des (c ulcerum », du malaise et des défaillances des femmes en couche. La rubr. 41 a pour titre : « Deregimine fœtus mortui » ; il commence par ces mots : « In hac rubrica satis faciliter pertransibo ; quoniam propter malos viros periculum est loqui, et quod a medicis dicetur, erit dictum ad salutem et non ad interitum. Qui autem maie utitur his, in praejudicium animas suae laborabit ». L'auteur dit d'abord que si l'accouchement dure plus de quatre jours, le fœtus meurt le plus souvent, et qu'il faut en faire l'extraction. Les moyens indiqués sont encore de trois espèces : diététiques, médicamenteux ou opératoires. L'indication des remèdes est fort longue, les moyens opératoires très courts, puisque les opérations sont du domaine de la chirurgie, et consistent en extraction moyennant les crochets, et si elle ne réussit pas en l'embryotomie. Pour cela, l'auteur renvoie à Rha-
zÈs. Il termine par « De regimine enixœ, rubr. 42 ». Telle est l'obste'tricie de Savonarole ; nous avons cru devoir Texposer avec plus de précision et d^étendue, puisque l'auteur a été un des écrivains les plus renommés de son époque, qu'il peut être considéré comme une autorité, et puisqu'aucun autre auteur n'a donné autant d'attention à l'obstétricie.
Obs. — Savonarole a été, ainsi que le dit Murator « Equestris ordinis Hierosolymitani insignibus ornatus », il se maria après avoir obtenu la dispense nécessaire. Son petit fils a été le célèbre Jérôme Savonarole. Voy. * Murator, Rerum italica)^ script, t. XXIV, p. 1 1 35, et * Jac. FACciOLATiyh^^f gymnas. Patavini. Patav. 1757, in-4".
Pour les éditions de cet auteur voy. :
* Practica Joannis Mich.el. Savonarol.e. Venet., 1497, in-fol.
Practica major Joann. Mich. Savanarol^, med. Patav. in qua de morbis omnibus, quibus singulas humani corporis partes afficiuntur, ea diligentia et arte disputatur, ut iis, qui medicam artemexercent, nihilpossit esseaccomodatius.Venet., 1 56o, in-fol.
§ i5i. — Antoine Benivieni.
Il faut aussi citer ici un écrit intéressant, résultat d'une pratique de trente-trois années, dont Fauteur est Antoine Benivieni, médecin à Florence ; il a pour titre : « De abditis morborum causis » ; et fut publié après la mort de l'auteur (i5o2) par son frère .Jérôme Benivieni. L\iuteur avait tenu un Journal dans lequel il relatait les faits de sa pratique, c'est là l'ouvrage que nous avons devant les yeux. La nature est très fidèlement représentée; l'auteur s'éloigne de la manière suivie jusqu'alors dans leurs ouvrages par les médecins, qui compilaient les livres des anciens et s'abritaient sous leur autorité. Benivieni montra la seule voie à suivre pour relever la médecine de son abaissement :
TEMPS APRKS LES ARABES, PÉRIODE ARABISTE 33 I
observation fidèle et pure de la nature, au lieu de la confiance aveugle aux modèles grecs et latins sans vérification de leurs affirmations. Les casobservésparlui sontexposés dans troischapitres qui se rapportent à la médecine et à la chirurgie^ ceux surtout empruntés à cette dernire révèlent en Benivieniuu excellent opérateur. Il a aussi pratiqué les accouchements ; le chapitre 29 qui a pour titre : « Emortuus fœtus unco extrahitur » en donne la preuve. Ce cas se rapporte à une présentation transversale, Penfant venait de mourir, la version sur la tête et celle sur les pieds n'avaient pu être pratiquées ; il fit usage du crochet qui fut implanté dans le dos de Tenfant et au moyen duquel il fut peu à peu extrait. La mère survécut. Il eut à traiter aussi des maladies de femmes nombreuses et variées, dont plusieurs furent guéries par des opérations chirurgicales.
Obs. I. — Dans les opérations mentionnées par Benivieni se trouve celle d'un calcul vésical chez une femme, qu'il fit sortir après l'avoir brisé. Il mérite donc une mention honorable à côté de C1VIALE, dans l'histoire de la lithotricie. V. c. LXXX. « Insolitum, dit Benivieni, sed tamen opportunum consiliumcapiens,uncum cajculo injicio, ne scillicet concussus iterum in vesicam revolveretur. Tum ferramento priori parte retuso calculum ipsum percutio, donec saepius ictus in frusta comminuitur, et tune omni qua potui diligentia ne quid intus omnino lœderetur, uncum ipsum pariter ac ferramentum reduco, ex quo simul urina atque calculis remissis statim sanata est mulier. »
Obs II. — L'ouvrage de Benivieni a été publié plusieurs fois séparément. Flor.,i5o6, i5o7,in-40, Lugd. Bat., i585, in-8°. Harderovic,i62 1 , in-S" ; quelquefois avec d'autres écrits, par exemple. * Glaud. Galeni, lib. De plenitiidine.^ Polybus, De salubri rictus ratione pi'ivatoj^iim, Apuleius Platonicus, De herbarum virtutibiis, Antonii Benivieni, libelliis de abditis nonnullis ao mirandis niorborum et sanaiiomimcaiisis. Paris, i528,in-fol., ainsi qu'avec Gelse, Paris, 1329, in-8°.
Sur Benivieni, voyez : * G. Mazzuchelli, Gli scrittori d'Italia cive notifie storiche e critiche iîitorno aile vite e agli so'itti, vol. II, part. II. Brescia, 1760, in-fol.j p. 856.
§ t52. — Alexand}-e Benedictus.
Le chapitre consacré à Pobste'tricie par Alexandre Benedictus^ qui fiorissait également à la fin duXV^ siècle(mort en i525), doit aussi être mentionné ici. C'est une compilation tirée des meilleurs auteurs grecs, nous y trouvons la preuve qu^à cette époque avait commencé à diminuer le prestige des arabes. Il recommande aux sages-femmes de faire l'extraction par les pieds, quand ceuxci se présentent, et quand la version sur la tête n'a pas réussi. Si la mère meurt pendant le travail, on maintiendra la bouche ouverte moyennant un petit bois (surculo impacto inter dentés), on ouvrira ensuite le ventre pour en extraire l'enfant; « ii caesares ac cœsones a cœso matris utero nuncupati sunt », dit-il avec Pline (voy. ch. 35 De obstetricis officio). Se basant sur son expérience personnelle ; il s'élève contre la mortalité des enfants de huit mois admise par Hippocrate (c. 23). Il appelle l'attention sur la mobilité du coccyx (c. 24); il connaît bien la différence entre le sacrum de l'homme et celui de la femme (v. De partib. corp. human.jlib.V, c. 3o); il conteste la disjonction de la symphyse du pubis pendant l'accouchement qui fut admise plus tard avec tant d'empressement, il s'exprime en ces termes : « Qui os pectinis divisum senserit in partu, non constat ». Ses connaissances anatomiques exposées dans son livre: « De partib. corp. hum. » si solides pour cette époque, l'avaient préservé de cette erreur.
Obs. I. — Bknedetti est né à Legnano en Lombardie, il étudia à Padoue la médecine et la philosophie. En 1490, il se rendit en Grèce, en revint en 1493. En 1495 il prit du service en Vénétie comme chirurgien de l'armée, participa comme tel à la guerre contre la France sous Charles VIII, et mourut à Venise en 1 525. Ses écrits sont dédiés à l'empereur d'Allemagne Maxi- MiLiEN, voy. * Mazzuchelli, ouv. c, p. 811.
Obs. IL — Voy. * Alexandre Benedicti Veron., Singulis corpoj'iim morbis a capite adpedes, generatim membratimque remédia caus. eorumqiœ signa, XXXI libr. complexa, prœterea,
histor. corp. hiunan. libr. qiiinqiie, de pestilent. lib. un. et collectionum médicinal, libell. Venct., i533, in-fol.
* Al. Benedicti Veronens., De re medica opus insigne., elc. Basil., 1549, iii-f\
Ce qui se rapporte àl'obstétricie se trouve, dans cette dernière édition, au liv. XXV; dans la première édition au liv. XXVI, attendu que dans celle-ci, l'index compte comme lib. I.
§ i53. — Les auteurs d'anatomie du XV^ siècle.
L'anatomie, que l'auteur que nous venons de nommer n'a pas été seul à étudier ni à mettre à profit, sur laquelle même il a laissé un traité dans un ouvrage séparé, a trouvé au XV® siècle un certain nombre de fervents qui, appréciant sa haute utilité dans toutes les parties de l'art de guérir, l'ont cultivée avec amour et frayé la voie aux travailleurs futurs. Parmi ceux-ci nous devons nommer tout d'abord un allemand, Jean de Ketham, qui a vécu aussi à la fin du XV^ siècle, et dont nous possédons un écrit ayant pour titre : « Fasciculus medicinœ ». Cet ouvrage s'occupe d'anatomie, surtout des veines et des parties génitales de la femme; ce qu'il dit sur ce dernier sujet est une compilation tirée des œuvres d'ARiSTOTE, des Arabes et d'ALBERT le Grand. Dans ce livre se trouvent des gravures sur bois, entre autres une, qui représente une matrice de femme. Un même ouvrage, publié par Jacob Peiligk à Leipzig en 1499, renferme également des gravures sur bois mais dont le texte est une compilation tirée des arabes et de Constantin l'Africain. Un autre allemand Magnus Hundt de Magdebourg, depuis 1487 professeur à Leipzig ^mort à Meissen en 1 5 1 9) a également publié une anatomie dans laquelle se trouvent aussi des gravures sur bois (très médiocres, il suffit de jeter les yeux sur la figure de la matrice). Un ouvrage plus considérable a été publié par Gabriel Zerbis de Vérone à la fin du XV^ siècle, dans lequel il s'occupe longuement de la matrice, et où il a largeinent mis à profit les arabes. L'ouvrage se termine par une figure
spéciale : « Anatomia matricisprœgnantis, et sermo de anatomia et generatione embrionis ». L'auteur place en tête cette remarque : « Convenientius est horum inquisitionem tîeri potius in simiis et porcis et aliis bestiis feminse similibus ». En attendant il ne parle plus que d'une wena ombilicalis, non de deux comme ses prédécesseurs. Comme clarté dans Pexposition, et comme vérité résultant d'un examen personnel, Alexandre Benedetti surpasse tous les autres ; nous voyons par ses écrits qu'il disséquait avec ardeur, et que son expérience personnelle lui permettait de dire : « Hortor omnes tum tirones lum veteranos medicos, val chirurgos ad frequens hujusmodi theatrum quod singulis saltem annis celebrandum sit, quoniam in eo vera videmus, aperta contemplamur, ut opéra naturae tanquam viventia nostris subjacerent oculis : alioquin scriptura est picturœ persimilis, quœ sœpe recordationis negligentiam excitât, et animi caliginem discutit » (Lib. V. c, XXXV, De lande dissectionis). C'est avec raison que Haller le représente comme le restaurateur de l'anatomie qui entre en scène au commencement du XYI^^ siècle, et qui devait bientôt exercer une si grande influence sur la pratique de la médecine.
Obs. — Voici les renseignements bibliographiques et biographiques sur les auteurs dont nous venons de parler :
* Fasciculus medicinœ compositiis per excellentissimum artium et medicinœ doctoremi oxt^nem de Kethau A lamaniim, tractans de anathomia et diversis injirmitatibus . Venet., 1491, in-fol. * Ibid., i5oo, in-fol. * Ibid., i5i3, in-fol. Haller ajoute deux éditions (Bibl. anat.,X. I, p. i52) de 1495 et i522, in-fol. mais qu'il n'a pas vues.
* Jac. Peiligk, Compendiosa capitis phisici declaratio : principalium corporis membrorum figuras liquida ostendens : philosophia^ alumnis admodum profutura. Lips., i5i6, in-fol. Haller cite comme première édition une de 1499, et une postérieure de i5iS. (Bibl. anat., 154.)
* Anthropologiiun de huminis dignitate, natura et proprietalibus et membris humani corporis, etc. per Magnum Hundt. Parthenopolitanum ingenuarum artium magistrum in gymnasio Liptziensi. Lips., i5oi,in-40.
j. Zach. Platner a écrit sur ces auteurs un programme avec
notices biographiques : * Magno Hundt tabulariim anatomica- 7~inn ut videtu)\ aiitorc. Lips., 1734, in-4''. Dans son * Histoire de l'Anatomie, etc., Portal traduit : (t. I, p. 247) Hundt a le grand » et il ajoute : « l'épithète qu^on lui donne nous prouve que ce médecin a joui d'une grande réputation ». Cette méprise est excusable puisqu''il n'a pas vu cet écrit, pas plus que le programme de Platner, et qu'il a fait sa citation d'après la Method. stiid. med. de HALLER(Boerhaave), p. 499, sans quoi, il se serait aperçu que l'auteur n'aurait pu s'attribuer cette épithèthe honorifique sur le titre même de son livre, et aurait évité cette méprise.
* Liber anathomiœ corporis humani et singulorum membrorum illiiis : editiis per excellentiss. philosophum et medicum D. Gabriel DE Zerbis Veronensis. Venet., i5o2, in-fol. Haller, Bibl. anat.,t. I,p. i53, mentionne une édition séparée de l'^ni^tomia matricis et de anatomia et generatione embryonis. Marb., 1537, in-4°.
Il a paru aussi quelques éditions séparées de l'anatomie de Benedetti. * Alex. Benedetti j'/2;r-^fcf anaf. siv.hist. corp. hum. Paris, i5i4, in-40 et * Colon., 1527, in-8°.
§ I 54, — Conclusions.
Par ce que nous avons vu pendant cette période , nous n'avons pu constater qu'une préparation à une constitution meilleure de l'obstétricie ; la pratique restait toujours entre les mains des sages-femmes, qui, toutefois, se faisaient aider par les chirurgiens dans les cas où leur intervention restait impuissante. Peu à peu approche le moment, où, prenant une situation plus élevée, l'obstétricie allait passer entre les mains des chirurgiens, dont les efforts lui donneront des principes propres. Bien des choses s'accomplirent par eux ; cependant beaucoup de temps devait s'écouler encore avant que l'obstétricie put se flatter d'avoir atteint un état plus satisfaisant, et eût le droit de paraître comme un édifice basé sur ses propres fondements.
Pour atteindre à cette dignité, il était, avant tout, nécessaire que cette branche de l'art de guérir fut traitée dans des écrits spéciaux, desquels serait exclu tout ce qui lui est étranger. C'est par
cette voie qu'allaient pouvoir être comblées ses lacunes, rectifiées ses erreurs, et créée cette autonomie, sans laquelle aucune branche du savoir humain ne peut prospérer. Cette ère nouvelle commence avec les premières années du XVP siècle ; l'histoire doit donc ouvrir là une nouvelle époque.