CHAPITRE VI
Équipages de ponts de bateaux et ponts construits avec ces équipages
L'établissement des pontB de bateaux pour traverser les' rivières , remonte h la plus haute antiquité. L’histoire nous fait connaître que les Persesavaient déjà, sept à huit sièclèsr avant J.-C., des ponts de bateaux permanents sur le Tigre, l’Euphrate , le Méandre, etc.
Il est probable que les Grecs et les Romains , qui nous ont transmis l’usage de ces ponts, avaient emprunté aux' Perses ce mode de passer les rivières.
De nos jours l’on rencontre encore un grand nombre de ponts de bateaux permanents sur les grands fleuves de l’Europe : entre autres à Tilsit sur le Niémen ; àVarsovie sur la Vistule, à Kelh, à Manhein, et à Mayence sur le Rhin ; à Rouen sur la Seine, etc.
Les armées n’ont pas' tardé à se servir de ce moyen prompt et facile de franchir les rivières. D’abord on a construit les ponts avec les bateaux du commerce qtfon’ trouvait dans le pays et dont s’emparaient les troupes lë-: gères qu’on détachait pour explorer les bords des rivières;’ (Tome I, 2' Liv.) 10
mais cette opération, qui trahissait la marche de l’armée, détermina par la suite à adopter des équipages de ponts de bateaux légers, portés sur des voitures assez mobiles pour suivre les mouvements des armées.
L’art de jeter les ponts pour les opérations de la guerre fut étudié et approfondi ;4’on apprécia les avantages qu’offraient les ponts de bateaux qui , soit avec les équipages du pont, soit avec les bateaux du pays, peuvent être tendus de trois manières différentes.
La première qui est la plus généralement en usage, consiste à ponler les bateux les uns après les autres, à l'endroit même désigné pour l’emplacement du pont , c’est ce que l’on appelle construire le pont par bateaux successifs.
La seconde consiste à construire séparément des parties de pont de deux*, de trois et même de quatre bateaux entièrement pontés, que l’on nomme portières , et qui, réunies à la suite les unes des autres, forment un pont que l’on désigne sous le nom de pont par portières.
Les portières peuvent être construites à l’avance loin de l’ennemi el de l’emplacement fixé pour le pont, ou dans un des affluents dont on est maître.
La troisième consiste à construire le pont le long de \a rive el à le mettre en travers de la rivière par un quart de conversion ; ce pont se prépare en amont du point de passage , et peut y être conduit en le laissant descendre le long et près de la rive d’où on, le maintient au moyen de bons cordages. ■ nid#
L’on se propose, après que l’on aura fait connaître l’équipage de ponts debateaux de campagne adopté en France, d’examiner successivement ces divers modes de pontage, en nese servant que des matériaux de cet équipage. L’on s’ efforcera, dans la description sommai re de ces manœuvres, de don-
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sca LE PASSAGE DES RIVIÈRES.
une idéeexactede leur cuscmblect de faire ressortir les principales difficultés d’exécution ; mais l’on omettra les détails peu utiles, ou ceux qui seraient la conséquence immédiate desmouvemens décrits et que l’on comprendra sans qu’il soit besoin d’explication.
On se rappellera que dans toutes les manœuvres de construction de pont on compte de la rive de départ pour numéroter les bateaux, radeaux, ancres, etc. Dans toutes les manœuvres de repliement les numéros iudiquent le rang de ces objets à partir de la rive que l’on abandonne.
On désignera par plat-bord intérieur poupée intérieure , etc. d’un bateau, le plat-bord, la poupée, etc., les plus près de la rive de départ pendant la construction, ou les plus près de la rive sur laquelle on replie le pont pendant les manœuvresde repliement ; le mot extérieur s’appliquera au platbord ou à la poupée du bordage opposé.
De l'équipage de pont de bateaux de campagne adopté en France.
Toutearmée bien organisée mèneà sa suite unéquipagede pont, désigné par cette raison sous le nom d’équipagede pont de campagne, dont elle se sert pour passer les rivières qui pourraient l’arrêter dans sa marche.
Cet équipage, pour atteindre le but qu’on se propose ,doit satisfaire aux trois conditions fondamentales suivantes :
1. Que les voilures qui le composent aient assez de mobilité pour qu’il puisse suivre les mouvemens les plus ra pides des armées.
ESSAI D’UNE INSTRUCTION
2. Qu’il fournisse les moyens de jeter sur la rive ennemie les troupes de débarquement chargées de protéger l’établissement des ponts.
3. Qu’il puisse servir à former sur les rivières les plus rapides des ponts capables de donner passage à une armée.
Les divers essais qu’on a fait subir à l’équipage de pont de bateaux de campagne adopté définitivement en France, depuis 1829, ont prouvé que cet équipage satisfait autant que possible à chacune de ces conditions.
On distingue dans le bateau du nouvel équipage :
L’avant bec ou simplement l’avant A B(fig. 1); l’arrière bec ou simplement l’arrière C D ; le corps B C ; le fond E ; les bordages ou côtés F ; les plats-bords G ; les courbes H ; les poupées 1 5 les nez K ; les tringles LL munies chacune de cinq crochets de pontage O ; les semelles extérieures M ; les pitons à anneaux de brelage N.
Il y a dans l’intérieur du bateau et de chaque côté des bordages deux supports tournant en fer P, pour porter les madriers servant de banc aux hommes qui s’embarquent.
Dimensions principales dn balean.
Longueur
Totale ....
De l’avant-bec Du corps . . .
De l’arrière-bec
/ ' Du corps dans toute sa largeur [ en haut 1.700 T j i en bas 1.325
Largcur r l’avant 0.730
| Supérieure au nez de i l’arrière 1 .400
ni.
Hauteur, non coin- f Du corps dans toute sa Ion-
pris les semelles an-J gueur 0.785
térieures qui ont 0m. ) , , ( l’avant. . . . 0.920
027 d épaisseur [ ( 1 arrière . . . 0.865
Les membrures sont en rhène, le fond et les bordages sont en planches de sapin de 27 millimètres d’épaisseur. Le bateau pèse environ 700 kilogrammes, au sortir du chantier, et 800 kilogrammes après avoir séjourné quelque temps dans l’eau, ce qui donne 750 kilogrammes pour son poids moyen.
Le bateau enfoncé jusqu’au niveau de ses plats bords déplace 9 métrés cubes 200 ; le poids de ce volume d’eau correspond à 9200 kil.
Si l’on en déduit le plus grand poids du bateau qui est de » . . 800 kil.
La différence 8400 kiL
Est le poids nécessaire pour submerger le bateau. Si l’on suppose que le poids de la partie du
tablier dont un bateau ponté est chargé soit de 880 kil.
Il en résulte que le bateau ponté est capable de supporter 7520 kil.
Nous avons vu qu’on pouvait embarquer dans ce bateau vingt à vingt-cinq hommes avec armes et bagages.
La nacelle de l’équipage a, comme le bateau, son fond et ses bordages en sapin et ses membrures en chêne.
I Totale 9.08
De chaque bec 2. 19
Du corps 4. 70
ESSAI D’UNE INSTRUCTION
f aux nez
Largeur
en haut .
f à la naissance du corps (
en bas .
Hauteur j
f du corps
{ aux nez
Le haquet, c’est ainsi qu'on nomme la voiture qui porte le bateau ou la nacelle, sc compose d’un avant-train et d’un arrière-train, réunis par une cheville ouvrière. Les parties principales sont: les brancards a ; les traverses des bouts de brancards le lisoir c; les ranchels c d ; la chaine d’enrayage h , la chaîne d’embrelage qui empêche les deux tiains de se désunir.
Le haquet pèse environ environ 900 kilogrammes.
Les roues de l’avant-train pouvant passer sous les brancards, le haquet tourne facilement sur lui-même ; on lui fait exécuter attelé de six chevaux une contre marche sur un chemin de six mètres de largeur. m
r ( Du haquet à vide 8. 80
Longueur j 1
1 Du haquet chargé 1 1 . 20
Ecartement des trains, ou distance entre les essieux de milieu à milieu 4
I Depuis le sol jusqu’au - dessous des
brancards 1 . 40
Du haquet chargé 2. 50
L’ancre de l’équipage de pont de campagne a un jas en
fer mobile, qui sc couche le long de la verge, ce qui la rend plus commode à transporter. Les parties de l’ancre sont (fig . 2) la verge ou la tige a ; les bras c soudés à un bout de la verge et terminés par les pâtes d; l’organneau y, auquel on amarre le cordage d’ancre, lient à un anneau e fixé à l’autre bout de la verge; la culasse b dans laquelle passe le jas g; une rondelle h sert à maintenir le jas en place. On a donné
le uoui de croisée à la partie l de l’antre, ou la verge et les bras se joignent. Celle ancre pèse 65 kilogrammes. Les poutrelles ont 8 mètres de longueur sur 0.12 d’équarrissage. Les poutrelles de culée n’ont que 6“ 30 de longueur. Les madriers ont 4” 20 de longueur sur 0.333 de largeur et 0.040 d’épaisseur. Ils sont entaillés vers leurs extrémités.
CORDAGES DE l’ÉQCIPAGE.