DES PASSAGES SUR DES CORPS ELOTTARS
Les armées ont fréquemment passé les rivières sur des corps floltans , tels que bâteaux , radeaux de toute espèce , bacs, trailles, ponts volans, etc. , etc. Il suffit de parcourir l’histoire militaire pour s’en convaincre.
Dans tout passage de vive force, la construction des ponts est précédée d’un débarquement de troupes, chargées d’éloigner l’ennemi de la rive opposée et de protéger l’établissement des ponts.
Le passage d’une rive à l’autre de détachemens isolés, et même celui d’un corps d’armée détaché pour une expédition lointaine , et dont on n’a pas besoin d’assurer les communications, s’effectue plus promptement sur des corps flottans , que si l’on devait procéder à l’établissement d’un pont qu’il faudrait rompre immédiatement après le passage.
Des passages en bateaux.
Le premier soin comme le premier devoir d’un commandant d’avant-garde qui se trouve arrêté par une rivière, sans que l'armée qui le suit ait à sa disposition un équipage de pont, est de fane explorer par des troupes légères les bords
SI II 1.1! PASSAbb D£S HJVlk t'.liS.
de la rivière; de faire rassembler aux points qui lui out été désignés d’avance , ou vers ceux qui lui paraîtront les plus favorables, tous les bateaux dont on a pu s’emparer; ou, à défaut de bateaux , les bois , tonneaux et autres objets propres à la construction des radeaux. 11 fera sonder aux points de passage, la rivière dans toute sa largeur, afin de s’assurer qu’elle a partout une profondeur d’eau suffisante pour que les bateaux chargés ne soient point exposés , en la traversant, à s’échouer ni à se briser sur des bas-fonds.
Au siège de Magdebourg, en 1621 , 5oo mousquetaires impériaux devaient attaquer par eau le fort de Péage ; mais les bateaux quï les portaient ayant été arrêtés par des bancs de sable et entre des pieux, il en périt plusieurs corps et biens.
Pour faciliter l’embarquement et le débarquement , surtout ceux de la cavalerie et de l’artillerie , on fera entaillers en pentes douces les rives trop élevées ou escarpées.
Les bateaux , numérotés si l’on en a le temps , seront rangés le long de la rive par ordre de grandeur ; les plus légers en amont, parce qu’ils dérivent moins que les autres, et qu’on peut plus facilement éviter qu’ils ne tombent sur ceux qui sont en aval.
L’emplacement des bateaux pour l’embarquement sera toujours choisi en amont du point de débarquement, plus ou moins selon la force du courant, pour que les bateaux ne soient point entraînés au-delà de l'endroit où ils doivent aborder.
Les bateliers du pays, qui tous ont dû être requis, seront répartis dans les bateaux. On leur confiera de préférence le gouvernail, parce qu’ils connaissent mieux les localités. Si leur nombre ne suflit pas, on complétera les rameurs par des soldats bateliers.
ESS'.I DISK l.\5IilCïiOX
Dans un passade qui s exécuterait de nuit, ou sogs le leu de l’ennemi, on exercera la plus grande surveillance sur les bateliers étrangers; on placera près d’eux des hommes sûrs, qui surveilleront tous leurs mouvemcns ; on les préviendra du sort qui les attend, s’ils tentent de s’échapper, ou de compromettre l’expédition. On a vu des bateliers se jeter à l’eau pour se sauver à la nage, et d’autres qui manœuvraient pour ramener les bateaux à la rive de départ , plutôt que de vouloir s’exposer au t’eu de l’ennemi.
L’infanterie destinée à l’embarquement , ayant toujours en présence de l’ennemi la bayonnette au bout du canon et l’arme chargée , sera partagée en pelotons composés d’autant d’hommes que chaque bateau peut en contenir sans être trop surchargé et sans nuire au jeu des rames et du gouvernail, afin d’éviter toute confusion qui loin d’accélérer le passage le retarderait. On indiquera à chaque chef de peloton le numéro du bateau qu’il doit prendre.
Avant l’embarquement , on recommandera aux soldats d’observer le plus grand ordre elle plus grand silence; d’entrer avec calme et successivement dans lesbateaux; d’y rester immobile à la place qui leur est assignée ; de ne point se jeter par à coup du côté opposé vers lequel le bateau penche, lorsqu’une cause quelconque produit un mouvement de roulis; de ne point faire feu pendant le trajet, car ils ne pourraient plus recharger leurs armes et aborderaient l’ennemi avec désavantage.
Le général Championne!, au passage du Rhin, en 1795, prononça la peine de mort contre tout grenadier qui ferait feu pendant la traversée.
On préviendra les soldats de ne point chercher en abordant à débarquer tous à la fois, ce qui pourrait faire chavirer le bateau. Ils doivent quitter le bateau avec autant
SDK I*E PASSAGE DES BIVlknES. 4*
d’ordre que celui qu’op a observé à rembarquement. Les officiers se repartiront par bateau et tiendront sévèrement la main à l’exécution des mesures ordonnées.
Souvent les rivières ont peu de profondeur d’eau, vers les bords, ce qui oblige les bateaux à se tenir à quelque distance des rives. Les troupes sont forcées , dans ce cas, de marcher quelques pas dans l’eau pour s’embarquer ou débarquer. Elles ne doivent pas hésiter à le faire , mai s i faut, autant que possible, éviter de pareils emplacemens.
Lorsque la rive sur laquelle on aborde est escarpée et qu’ofi n’a pu l’entailler à l’avance , les premières troupes de débarquement seront munies de pelles et de pioches pour y creuser des rampes. On prendra la même précaution, lorsqu’il faudra se retrancher immédiatement après le passage.
Aussitôtlesdébarquemens de troupes efl'eclués, les bateaux reviennent promptement en chercher de nouvelles, en se conformant aux mêmes dispositions.
Si la troupe doit s’embarquer dans les bateaux de l’équipage de pont de campagne , on la fractionnera par pelotons de 20 hommes; les soldats détacheront la martingale de leur giberne et la placeront devant eux; ils entreront dans le bateau par le côté de l’avant-bec, et garniront les bancs de l’arrière à l’avant, en ayant soin deserrer vers l’arrière; ils appuieront le dessous de leur sac sur les plats-bords , et placeront leur fusil entre leurs jambes devant la giberne.
Quoiqu’àla rigueur on puisse passer vingt-cinq hommes dans un bateau d’équipage, en formant un rang inférieur de cinq hommes qui s’assiéront sur les genoux des hommes des deux premiers rangs, on ne peut disconvenir que le passage d’un corps d’armée , en se servant ainsi de ccs bateaux ou de barques de même dimensions, s’effecluc-
KSSA1 U INK INSTRUCTION
rait assez lentement. On pourra l’accélérer de beaucoup , en formant des trains de quatre bateaux, comme l’indique la figure i (planche 1 1 ).
Dans un train de bateaux, ainsi disposés, on pourra sans difficulté embarquer de 160 à 180 hommes par trajet, ce qui fait 60 à 80 hommes de plus que dans les bateaux isolés; dans les trains, les hommes ne sont pas assis, ils se tiennent debout.
Les pontonniers détachés au siège d’Anvers, en 1 83 y , se sont servis avec succès de ce moyen pour faire passer laRupell et l’Escaut à quelques divisions de l’armée du Nord.
Les trains passent un peu moins vite que les bateaux isolés et dérivent davantage.
La cavalerie ne peut passer les rivières qu’au moyen do grands bateaux , dans lesquels on établit un plancher, pour que les chevaux n’endommagent pas le fond du bateau et pour que leurs pieds ne puissent se prendre entre les courbes et les semelles du fond. Pour faciliter l’embarquement et le débarquement des chevaux, on construit avec quelques planches une rampe sur l’avant-bec des bateaux.
Les chevaux seront placés en travers de la longueur du bateau, ayant la tète tournée alternativement vers l’un et l’autre bord ; les cavaliers les tiendront parla bride et près du mors. Il est très-dangereux de placer les chevaux suivant la longueur du bateau, un mouvement de roulis un peu fort pourrait les renverser cl faire chavirer l’embarcation. 11 serait facile de citer des accidens funestes dûs à celle cause.
Le passage de l’artillerie dans les bateaux exige presque toujours qu’on la démonte, à moins que les bateaux ne soient très-grands , ou qu’ils n’aient la forme d’un bac ou d’un passe-cheval.
I/opéi alion toujours longue de démonter et de remonter
SIR I.1-; PASSaCK DK b BIVllAfcS. 4&
l’artillerie , pour la passer aune rive à l’autre * peut chou* de graves incohvéniéns Si l’on se trouve dans le voisinage de l’ennemi. On pourra y obvier en construisant uh petit pont de deux bateaux , sur lè plancher duquel on placera les pièces montées sur leurs affûts et lés chevaux de trait.
La construction de ce pont est aüSsi simple que facile ; placez 5 à 7 pôutrellës à (fig. a) , de mèhie équarrissage et de même grandeur, en travers Sur lé corps des bateaux ; espacez-les également entre elles, de manière que les madriers formant plancher, dont vous lés couvrirez, dépassent les poutrelles eilrémeS de o,5a (i pied). L’iritèrvalle entre les bateaux dépend de la longueur des poutrelles, dont les extrémités dépasseront les bateaux do o,64 (2 pieds). Fixez les poutrelles sur les batcadx par des fnentiS cordages, passés dans des crochets, ou par de forts clous ou des clameaux ; les planches ou madriers b quicüiivreht les poutrelles , sont maintenus en place par deux aüfrés poutrelles c, qui Correspondent aux poutrelles extrêmes et sont fortement liées avec ceS dernières ; on né Cîoüe que les planches extrêmes.
Réglez la force des bois employés sur la capacité des bateaux et le poids des fardeaux.
Un plancher ou tablier de pont formé de 7 poutrelles , de 8 mètres de longueur sur 0,12 d’éqüarrisSage , et de madriers de o,o4 (18 lignes) d’épaisseur, porte la pièce de *4 sur affût.
Ce petit pont, qui peut servir au passage de l’artillerie et de la cavalerie , se conduit à la rame avec presque autant de facilité qu’un bateau. Ayez l’attention de ne pas trop le Surcharger.
, ün ennemi vigilant et prévoyant n’oublie pas , en se retirant, de détruire tous les moyens de passage, soit en brûlant ou en coulant, les bateaux, soit en les faisant échouer
ESSAI d’une instruction
sur la rive opposée. Les bateliers du pays, pour éviter qu’on né prenne leurs bateaux , ont souvent l’habitude de les couler.
Pour s’emparer des bateaux échoués sur la rive opposée, on fait traverser la rivière par quelques soldats bons nageurs, portant avec eux tout ce qui est nécessaire pour réparer le bateau et le mettre à flot. Ils enlèvent l’eau , le sable ou la vase qu’il pourrait contenir; ils bouchent les trous dés qu’ils les découvrent , ceux faits avec des tarières au moyen de baguettes rondes de forme conique , les trous de haches ou autres avec des étoupes trempées dans du suif fondu et maintenues sur les trous par des planchettes clouées à l’intérieur du bateau. Le bateau vidé et réparé , on le mettra à flot et on lui fera traverser la rivière.
Pour remettre à flot un bateau dont les plats-bords ne sont couverts que de quelques centimètres d’eau , on place des hommes munis de seaux, baquets , pelles en bois, etc. , sur les plats-bords, ou sur la partie des becs qui est hors de 1' eau, ou sur des planches mises en travers du bateau. Si ces hommes, en agissant ensemble et avec beaucoup de vitesse , parviennent à faire sortir plus d’eau qu’il n’en rentre, le bateau ne tardera pas à se mettre à flot.
On peut retirer de l’eau un bateau entièrement submergé, en se servant de deux autres bateaux que l’on amène de chaque côté du bateau coulé ; on réunit les deux bateaux , au moyen de deux poutrelles fixées sur les plats-bords, l’une vers l’avant, l’autre vers l’arrière, en ayant soin de laisser entre les bateaux un intervalle plus grand que la largeur du bateau coulé. On maintient les bateaux en place, en les ancrant en amont et en aval. On glisse sous l’avant et sous l’arrière du bateau submergé , des cordages ou des chaînes, dont les extrémités seront attachées dans les deux
bateaux adjacens, puis on charge ces bateaux avec de l’eau puisée dans la rivière pour les abaisser autant que possible sans les couler. On tend les cordages et les chaînes , on les arrête fortement, puis on vide les bateaux. Les bateaux, en s’allégeant, soulèveront le bateau coulé. On conduit tout le système vers un endroit moins profond, jusqu’à ce que le bateau coulé touche de nouveau le fond ; l’on recommence l’opération jusqu’à ce que les plats-bords soient hors de l’eau : alors l’on vide et l’on répare le bateau coulé comme on le ferait s’il n’était qu’échoué. Les procédés pour retirer les bateaux de l’eau, en sc servant d’un système quelconque de machines , sont peu susceptibles d’ôlre employés aux ai'mées.
Du passage sur des radeaux.
Les armées ont souvent employé des radeaux , seuls ou concurremment avec les bateaux, pour franchir les rivières.
Les Gaulois, sousBrennus, passèrent sur des radeaux le Pô et la plupart des rivières d’Italie. Annibal se servit de radeaux pour faire passer le Rhône à ses ëléphans et à une partie de la cavalerie. Charles XII, roi de Suède, en lit un fréquent usage dans le cours de ses guerres.
Les radeaux étant construits (nous indiquerons dans un chapitre particulier les divers modes de construction des radeaux) et rangés le longde la rive, l’on prendra avant d’embarquer les troupes, des mesures d’ordre analogues à celles prescrites pour les passages en bateaux; mais comme les’ radeaux dérivent généralement plus que les bateaux, le lieu de l'embarquement devra se choisir beaucoup plus en amont.
La facilité avec laquelle on peut s’embarquer, exige que
i:ssAi d’lsf. instruction
l’on redouble de précautions pour éviter que les soldats , par une impatience bien naturelle sans doute sous, le feu de l’ennemi , ne fassent chavirer les radeaux en s’y portant en masse.
L’infanterie, pour s’embarquer, marchera, par le flanc et occupera d’abord le milieu du radeau dans toute sa longueur; elle se doublera successivement, de chaque côté, jusqu’à ce que tout le radeau soit chargé. Le débarquement s’effectuera dans un ordre inverse. Pour abaisser, autant que possible, le centre de gravité de tout le système, les soldats seront reposés sous les armes.
On observera le même ordre pour l’embarquement de la cavalerie; les cavaliers mettront pied à terre et tiendront les chevaux par la bride près du mors.
Les voilures les plus lourdes de l’artillerie seront toujours placées sur le milieu des radeaux, et l’on tâchera de répartir les poids le plus uniformément possible sur toute leur surface. 11 serait très-dangereux de faire pencher un radeau plus d’un côté que de l’autre, surtout sur une rivière rapide.
Les radeaux présentent les avantages suivans ;
I)ç permettre plus facilement l’embarquement et le débarquement des troupes de toutes armes;
De passer dans un seul trajet un grandnombre de troupes;
tyç ne pouvoir, comme les bateaux, être coulés à fond par le feu de l'ennemi ;
De tirer moins d’eau que les bateaux; de passer par conséquent plus facilement au-dessus des bas-fonds, sans courir les risques de S(’engraver.
Au passage de l’Acésinès, par Alexandre-le-Grand, les radeaux chargés de troupes traversèrent sans éprouver «d’açcident; tandis que la plupart des bateaux échouèrent
si n i.f. passa.ce dks piviknr.s. 4 7
sur les bas-fonds , ou se brisèrent sur les rochers dont le lit de ce fleuve était parsemé.
Ces avantages , incontestables sans doute , ont porté quelques auteurs militaires à prescrire , dans tout passage de rivière, l’usage des radeaux de préférence à celui desbateaux. Cependant les radeaux ne sont pas non plus sans inconvéniens : ils naviguent avec plus de difficultés que les bateaux, ils laissent les troupes de passage plus long temps exposées au feu de l’ennemi ; ils ne peuvent comme les bateaux aborder avec certitude aux points indiqués d’avance pour le débarquement, surtout lorsque la rivière est large etrapide; il est toujours long et quelquefois impossible de les remonter contre le courant, pour les ramener après le premier passage au point d’embarquement; enfin les préparatifs qu’exige leur construction, ne permettent pas de les employer pour l’exécution d’un passage destiné à surprendre l’ennemi. • . « ,
A l’armée on pe doit point être exclusif; il faut agir selon les circonstances, se servir de tous les moyens dont on peut disposer et qu'offrent les localités , et ne rien néghgçr de toutce.qui peut cofiUriljiuçr au succès d’une opération ; 1’e.ssentiel est de réussir.
Du Bac.
Ç’origipe du bac est très-ancieppe. C’est un de» premiers moyens dont les ^oronges se sojgnt sprvis4 pnpr patwr courngpdément 1$ civières de largeur ngqyepne ef peu rapides. Son usage est si répandu qu'il est peu, dp rivières sur lesquelles on ne s’en serve. Dans les environs de Paris, onpasse encore * en plusieurs ^p^roits la Seine aq moyen de bgçs. Quelques
kss \ i d’uke issTni'CTiox
inslans suffisent pour rétablissement d’un bac, et il n’es-, même pas nécessaire d’avoir des bateliers pour le diriger.
Le bac est ordinairement un grand bateau plat peu élevé, en forme de carré long, et dont les extrémités, ouvertes flans toute leur largeur, présentent des pentes commodes pour l’embarquement et le débarquement des chevaux et des voitures.
Le bac de Plaisance, dont Napoléon se servit en 179b pour passerle Pô, portait 5oo hommes ou 5o chevaux. Les Français en iSa3, pour entrer dans Cadix, passèrent le Rio Santi Pétri sur un bac qui contenait 3oo hommes.
On fait passer un bac, d’une rive à l’autre, en tendant en travers de la rivière un câble peu élevé au-dessus de la surface de l’eau et dont une partie même plonge dans l’eau quand la rivière est large. Un des côtés du bac porte deux fourches à quelque distance l’une de l’autre, dans lesquelles s’engage le cable ; le côté du bac qui porte les fourches est toujours en amo.pt de l’autre. Les hommes placés dans le bac le font passer en tirant sur le cordage.
Le câble est arrêté , sur l’une et l’autre rive, à de forts piquets ou à de gros arbres , et tendu au moyen d’un cabestan, d’un palan, ou à bras d’hommes. Pour empêcher qu’il ne frotte à terre on le place sur deux petits montants, mais ces montants ne sont pas indispensables. Pour passer le câble d’une rive à l’autre on fixe une de ses extrémités surla rive de départ , on embarque le cordage dans une nacelle , et on le déroule au fur et à mesure qu’elle traverse ; arrivé sur la rive opposée on tend et on arrête le câble. Onnepourraitpasser le câble de cette manière sur une rivière un peu rapide et large ; la force du courant, frappant le câble, empêcherait la nacelle d’aborder. 11 faut pour réussir passer d’abord un t cordage de moindre dimension, à l’extrémité duquel on
SUR I.P. PASSAGE DES RlVlkRES. 4'.t
attache le câble ; c’est en tirant sur ce cordage qu’on amènera le bout du câble à la rive opposée.
La position des fourches , sur le bord da côté d’amont . oblige le bac à prêter tout son flanc à la fQrce du courant. 11 serait impossible de lui faire traverser ainsi une rivière très-rapide; il faut, au contraire, profiter de cette force pour faciliter le passage et donner au bac uné inclinaison telle que la force du courant, en frappant le bordage,se décompose en foi'ces, dont les unes soiçnl nulles ou détruites par la résistance qu’oppose le cordage, tandis que les autres plus puissantes tendent à faire glisser le bac le long du cordage.
C’est d’après ce principe que l’on fait passer les bacs établis sur la Seine près de Pafis. Ces bacs ont environ «4 mètres âo centimètres (4a pieds) de longueur' sur 5 mètres 50 (17 pieds) de largeur. Leurs extrémités ou becs sont mobiles et à charnières; elles s’élèvent et s’abaissent à volonté au moyen de deux fartes pièces do bois faisant levier, rangées le long des bordages intérieurs. Cette disposition est nécessaire pôur empêcher les eaux d’entrer par les becs, et pour mieux raccorder le fond du bac avec la rive. Au milieu du bord d’amont se trouve un cylindre ou une fourche mobile, et vers chacune des extrémités de l’autre bord deux fourches fixes. La manœuvre de ce bac est aussi aisée que la précédente. Pour passer d’une rive à l’autre, on place le câble dans la fourche du milieu et dans la fourche extrême, opposée à la rive de départ; le bac prend alors une position oblique par rapport au courant, qui frappe son flanc sous un angle de 5o° à 55°. Cette inclinaison, déterminée par les dimensions du bac, estgénéralement regardée comme la plus favorable pour le passage; le bac soumis âd’action seule du courant passerait TOME 1. ( Xr* LIV. ) 4
lentement , on accélère sa marche en tirantsur le câble. Pré» d’arriver à la rive on soulève le câble, pour le dégager de I* fourche exlrèmef et on le porte en marchant pour le mettre parallèle au coté du bac, qui se redresse alors et arrive carrélhent â la rive. g
Pour ramener le bâc à la rive de départ, on le pousse au large , on porte le câble qui reste toujours dans la fourche du milieu dans l’autre fourche extrême : ëe mouvement oblige le bac à tourner sur lui-même et lui fait prendre une inclinaison égale à celle qu’il avait d’abord, mais du côté opposé; le passage s’effectue ensuite de la même manière.
L’embarquement doit s’opérer avec ordre, en ayant l’attention de ne pas trop surcharger le bac ni d’en gêner la manœuvre. Les chevaux de la cavalerie se placeront en travers de la longueur duJbac. ^11 n’est pas toujours nécessaire de ' dételer les voitpres; cependant,’ en le faisant, le bac en contiendra dn; antage. c
Toul corps flottant tel que bateau, radeau, etc. peut traverser les rivières de rapidité moyenne à la manière des bacs.
Au lieu de fourches on peut élever sur le devant du bateau.
Ou du radeau, un petit mât contre lequel s’appuie le cordage.
Ce moyen , l’un des plus simples et des plus faciles pour traverser les rivières , et qui ne demande que quelques hommes adroits pour réussir, peut être d’une grande utilité pour le passage d’un corps d’armée.
Le plus difficile sera de se procurer un cordage asseï long pour aller d’une rive à l’autre, et assez fort pour ne point se rompre parla traction qu’exerce le bac; un pourra y suppléer par des chaînes en bois. Ces chaînes se composent de chaînons ou pièces do bois de brin'de o“,o5S» à o,“o65 ( 2 pouces à 2 pouces 1;*) de diamètre, et de i81,5oà (4 pieds à 6 pieds) de longuuur, portant à chaque fi-
51' H I.K PASSAGil DBS KIVli-RKS. il
trémité un anneau à pâte ; les chaînons sont liés les uns aux autres par des mailles en fet; leur nombre dépend de la longueur à donner à la chaîne. Dans un cas pressé, au lieu de ferrer les chaînons, on les perce d’une mortaise près de chaque extrémité, et on les réunit par de menus cordages, ou par des harts passes à plusieurs reprises dans les mortaises. Si vous manquez de cordages ou de harts, prenez les petites courroies des havçp-sacs. Les chaînes ainsi formées sont loin d’avoir la force des chaînes avec ferryres.
Lorsque les rivières n’ont que l\0 à 60 mètres de largeur, on peut faire passer rapidement d’une rivé à l’autre un bateau ou tout autre corps flottant équipé en va-et-vient. On se sert à cet effet de deux cordages, plus longs chacun que la rivière n’est large. L’un de ces cordages est sur une rive et l’autre sur la rive opposée, on les fixe au bateau par l’une de leurs extrémités. Des hommes, en tirant, de dessus terre, successivement sur cescordages, passeront le va-et-vient d’une rive à l’aulrç : il ne faut qu’un seul batelier au gouvernail, pour incliner convenablement le bateau selon le courant et pour le redresser en arrivant à terre. Afin que le vaet-vient aborde toujours aux mêmes points, plantez sur les rives deux forts piquets A et B ( fig. 3) en face l’un de l'autre, attachez-y deux poulies C et D dans lesquelles vous ferez passer les cordages ; au défaut de poulies, jetiez le» cordages par-dessus les piquets, fixez vos cordages au bateau en E et F à la naissance de l’avant-bec, pour que lg batelier puisse le gouverner avec facilité , et chacun d’eux au bord opposé à la rive sur laquelle on agit; pour traverser sans accidens faites tirer modérément et sans à coup sur les cordages.
Trailiff
Le mode de passage delà (raille diffère .de celui du bac y en ce que le câble, au lieu de battre la surface des eaux, est tendu à une certaine distance au-dessus de la rivière, de manière à ne point apporter d’entrave à la navigation. La traille ne passant d’une rive à l’autre que par la seule force du courant, ne doit s’établir que sur des rivières dontla vitesse du courant soit au moins d’un mètre par seconde, et dont la largeur n’excède pas 100 à 120 mètres; au-delà il serait
impossible de tendre le câble. Sur le câble roule une poulie A (fig. 4) dans le crochet de laquelle passe un cordage B auquel on adonné le nom de bride, et qui s’attache par ses extrémités aux nez des bateaux de la traille.
Le -corps de la traille se compose de deux grands bateaux CC pontés comme on l’a indiqué à l’article des passages en bateaux. Les bateaux longs, étroits, profonds, et dont les bordages ou côtés sont droits, sont ceux qui conviennent le mieux pour l’établissement des trailics.
Onpasselc câble de la traille d’une rivcàl’autre delà même manière que celui du bac. Pour l’élever au-dessus de la rivière^ on dresse sur chaque rive des poteaux EE, dans le haut desquels il y a une poulie ; on les maintient par des arcs boutants ou par des haubans h; on engage le câble, ^>assé d’abord dans la poulie de la traille A, dans les poulies des poteaux ; une des extrémités est arrêtée à un fort piquet ou à un gros arbre en arrière d’un des poteaux, l’autre est fixée à un palan ou à un cabestan qui sert à le tendre jusqu’à ce qu’il n’ait que le moins de courbure possible; le câble est placé perpendiculairement à la direction du courant.
On fait aller la traille, d’une rive à l’autre, en l’inclinant
SUR LE P A SS \ G E UES RlllkRF.S.
par rapport au courant au moyen d’un ou deux gouvernails ; l’action seule du courant suffit pour la faire passer; l’expérience apprend bientôt quel est l’angle le plus favorable pour le passage. 11 parait avantageux de donner à la bride la plus grande longueur qu’elle puisse avoir sans toucher l’eau , parce qu 'alors la traille passera, non seulement par le mouvementde lapoulie sur le câble, mais encore en oscillant sur la bride à la manière des ponts volans proprement dits.
Lorsque la profondeur de la rivière ne permet pas d’atteindre les rives, sans que les bateaux ne louchent le fond de la rivière , on établit aux points où la traille aborde deux culées DD pour faciliter l’embarquement et le débarquement.
La construction de ces culées sera donnée avec détail en parlant de la construction des ponts.
Si le corps de la traille ne se composait que d’un seul bateau , l’on fixerait les extrémités de la bride en gg à la naissance de l’avant-bec.
Les radeaux, pourpasser en traille, ont une forme particulière que nous indiquerons en parlant de leur construction ; on ne peut les établir ainsi que sur des courants d’une force modérée ; il serait à craindre , sur un courant rapide, que les eaux, en s’élevant au-dessus du radeau , ne le fissent submerger. L’établissement des trailles, quoiqu’un peu plus compliqué que celui d’un bac, ne laisse pas que d’être un moyen prompt et facile de passer les rivières rapides de largeur moyenne.
Des ponts volans. *
On appelle en général pont volant tout corps flottant qui oscille d’une rive à l’autre au moyen d’un cordage arrêté à
XSSAI »rl X F. 1KSTI SCTIOX
un point fixe , pris ordinai rement dans le lit même de la rivière , et qui est mis en mouvement par l’action seule du courant frappant obliquement ses côtés.
Les ponts volans ne peuvent s’établir que sur des rivières dont les eaux aient au moins une vitesse d’un mètre par seconde.
L’emploi des ponts volans se présente souvent à la guerre; on s?Cn servait déjà dans le 1 4' siècle.
Lors du passage du llhin en 1 79a par Jourdan , on construisit deux ponts volans pour communiquer de la rive gauche avec l’tle de Weissenlhurm.
Quand Moreau effectua son passage du Rhin, en 1797 , on établit un pont volant devant Diersheim aussitôt après les premiers débarquemens de troupes, et l’on n’eut point d’autre communication jusqu’à la nuit.
Le passage de la Linth par Soull en 1 799 , a été exécuté dans des bateaux, et sur un pont volant quiservitseul à transporter la cavalerie et les voitures.
Les armées allemandes ont en tout temps fait usage de ponlsvolanspourfranchir le Rhin, l’Oder, la Yistulc, etc, etc.
Quoique les ponts volans n’offrent pas tous les avantages d’une communication continue , ils possèdent les qualités précieuses et utiles à là guerre :
f* D’être promptement établis même sur les rivières les plus rapides ;
2°Den’exigerpourleurétablissementque peu de matériel;
5° D’être d’un service facile et sûr; un homme suffit à la rigueur pour les conduire, il n’en faut jamais plus de 6 ;
4° De permettre le passage de toutes les armes et des plus lourds fardeaux ;
5° D’être d’un embarquement et d’un débarquement commode ;
sv r lu pass\ce ots njvdiiiES. 5â
G* De ne point interrompre la navigation ;
7° D’offrir peu de prises aux machines incendiaires et autres que l'ennemi abandonne au courant pourdélruire les ponts.
Ou emploie les ponts volans avec succès sur les derrières de i'arméo pour assurer les communications , lorsqu’on est forcé après un passage de lever les ponts, soit pour les soustraire à l’action de l’ennemi , soit pour les mener de nouveau à la suite des armées.
Des ponts volans sont établis sur un grand nombre de fleuves et rivières} on en compte plusieurs sur le Rhin, à Neuvvied, à Bonn, à Cologne, à Dusseldorff, il s’en trouve sur l’Escaut, l’Oder, laVistule, etc. etc., et enfin partout où pour une cause quelconque on n’a pu construire sur des rivières larges et rapides des ponts permanens.
Le mode de construction employé pour les ponts volans des grands fleuves, et celui dont se servent les pontonniers pour établir un pont volaut avec les petits bateaux de l’équipage de pont de campagne, indiqueront suffisamment comment l’on pourra opérer avec les matériaux qu’on aura à sa disposition.
Les ponts volans du Rhin se composent de deux grands bateaux A ( fig. 5 ) de sa à 5o mètres de longueur sur 5 à o à 4 mètres de largeur et ayant environ î mètre 70 de profondeur; leurs côtés sont peu inclinés sur le fond, et le fond des becs est très peu relevé. Ces bateaux sont par conséquent longs, étroits et profonds, ce qui leur donne la forme la plus avantageuse pour présenter le moins de résistance an courant , et pour en être frappés dans presque toute la longueur de leurs côtés, lorsqu’on donne à passer sous l’angle le plus favorable.
11 y a dans chaque bateau un échafaudage b, en forme de
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chevalet, posant directement sur leur fond; il sert avec les plats bords de point d’appui aux poutrelles du tablier, il supporte une partie, du poids et empêche que les bordages ne s’écrasent souslediargement. •
Ce genre de chevalet qui sert à consolider les bateaux étant d’un usage fréquent, nous ferons connaître sa construction dans un des chapitres suivons.
Le nombre et les dimensions des poutrelles c du tablier, se réglenlsurla force des bateaux etle poids du chargement ; on leur donne la plus grande longueur possible pour que l’intervalle entre les bateaux ne soit pas trop resserré, et que le courant puisse , lorsque le pont volant est en mouvement , frapper à la fois les deux bateaux. £
Les poutrelles sont fixées aux plats bords des bateaux par des étriers en fer, et sur l’échaH’andage b par des clameaux. '
Les bouts des poutrelles sont encastrés carrément dans une ou entre deux poutrelles extrêmes il.
Le tablierdupont s’étend, non seulement surtoutle corps des bateaux, mais encore entre les becs où il forme L’avantpont i et l’arricrc-pont f, réservés aux hommes qui manœuvrent le pont volant.
Tous les madriers du tablier sont cloués sur les poutrelles.
Une potence g h i k ( fig. 6 J s’élève sur la partie antérieur du tablier, elle sert à maintenir le câble au-dessus de la surface des eaux; elle se compose de deux montans g h et i k de deux traverses li i et l tn , entre lesquelles glisse une pièce de bois arrondie et percée d’un trou par son milieu pour le passage du câble ; cette pièce se nomme le chat.
Le câble, après son passage dans le chat , s’enroule autour du cylindre d’un cabestan o, ( lig. 5 ) placé sur l’arrière et qui sert à le tendre convenablement.
Sun tli PASSAGE DES KlVlkBKS. ôj
Los montans do la potence s’appuient sur des sabots placés surlel'onds des bateaux , ils sont fortement maintenus par des chaînes P. • •
La potence se pose vers le tiersde la longueur des bateaux, à partir de leur nez de devant; sa hauteur, qui varie de 5 à 10 mètres selon la longueur du tablier, ne doit avoir que . ‘ l’élévation strictement nécessaire pour que. le câble ne gène
pas le mouvement des voitures sur le pont.
Le chat qui , dans le mouvement du pont volant, parcourt le long des traverses tout l’espace compris entre les montans , a pour but d’empêcher l’usure du câble et son frottè- -*• * ment contre les traverses.
Un garde-fou règne tout autour du tablier, des barrières ferment les ouvertures ménagées pour l’embarquement.
Les poutrelles?- qui vontdu tablier aux becs de l'avant, et celle qui relie ceux-ci entr’eux, sont mises pour éviter que le câble ne se prenne sous le nez des bateaux. Enfin chaque bateau est numide son gouvernail ; quelquefois une traverse réunit les deux gouvernails pour qu’un seul homme puisse gouverner le pont.
La construction du pont volant avec les petits bateaux de l’équipage, sans offrir de difficultés, demande beaucoup * d’attention.
On l’établit en réunissant six bateaux trois par trois; pour assembler trois bateaux on en met d’abord deux A et B (fig. 8 ) l’un derrière l’autre, se louchant par le nez de l’arrière et fortement amarrés entre eux; le troisième bateau C se place intérieurement contre les deux autres et s’amarre à ceux-ci ; son avant bec est tourné en amont et son milieu correspond à-peu-près à la jonction des deux premiers. On place ces deux assemblages de trois bateaux vis-à-vis l’un de l’autre, et parallèlement les troisièmes ba-
58 ESSAI i/uAE lASrr.ECTION
(eaux C dans l'intérieur de l’intervalle ; on met d’abord six poutrelles i,i sur lescorpsdes bateaux, dons le sens de leur largeur, et dépassant de o, 1 5 les plats bords extérieurs; on place par-dessus un rang de poutrelles a, 2 dans le sens de la longueur des bateaux , puis un troisième rang 5,5 en travers de celle-ci et qu’on couvre de madriers; les poutrelles Sont fixées aux bateaux et entre elles par de menus cordages.
La potence se compose de deux montans a a, maintenus par les haubans b b, et d’une traverse c; comme on ne lait point usage de chat, les aqgles supérieurs de celte traverse sont arrondis pour faciliter le mouvement du câble.
Ce pont volant peut porter de eoo iwbo hommes armés , il ne met qu’une minute et demie pour franchir un bras du Rhin de eoo mètres de largeur.
Lorsque la rivière n’est point très large on ne construit point de potence ; on attache le câble aux poutrelles de devant du tablier en k, et on le fait glisser sur une poutrelle d posée contre les poupées des deux bateaux le plus en amont; une brider empêche le câble de s’échapper de dessus cette poutrelle.
Ce pont traverse en une minute un bras du lthin de 8n mètres de largeur; si le bras du Rhin avait été plus large on aurait été forcé de construire une potence.
L’on formait autrefois le pont volant avec trois couples <le bateaux, placés parallèlement, et disposés comme le ^couple À B ( fig. 8 ) , celui du milieu partageant l'intervalle entre les couples extrêmes. Cette disposition n’offrait pas toute la solidité désirable ; la jonction des bateaux se trouvant sur une môme ligne g A, il en résultait qu’en chargeant le pont il fléchissait vors son milieu , comme autour jd’une charnière , ce qui n’était point sans danger «et forçait pour l’éviter délaisser un espace vide dans le milieu du pont.
sir. lj: imssaci: dus mvikats. àg
Le mode actuel de construction a paré à cet inconvénient, et c’est celui que l’on conseille de suivre avec des bateaux do petites dimensions.
Le pont volant étant construit, pour le faire passer d’une rive à l’autre, on mouille une ou plusieurs ancres A (fig.g) ' auxquelles est attaché le cordage que plusieurs nacelles B soutiennent au-dessus de l’eau ; on passe le câble dans le chat et on le tend au moyen d’un cabestan ou à bras d’hommes; cela fait on pousse le pont volant au large, en l’inclinant par rapport au courant dont la force imprime au pont l’impulsion nécessaire pour le conduire rapidement à la rive opposée ; on construit les culées C aux points où le pont volant aborde ; la première culée peut se commencer en même temps qu’on faille pont, mais si le pont, par la tension quereçoitle câble, estdescendu après le premier passage au-dessous de cette culée, on le rem.ontera en tendant davantage le câble.
Le succès du passage dépend de la position du point d’ancrage, de la longueur du cordage, du placement desnacel- * les sous ce cordage et enfin du degré d’obliquité qu’on donne au pont volant.
L’emplacement choisi pour le mouillage de l’ancre doit être tel que le pont volant, en oscillant autour de ce point, traverse également bien dans les deux sens. Si le plus fort courant est au milieu de la rivière , il est évident que c’est dans le milieu qu’on devra jeter l’ancre ; mais si le plus fort courant passe plus près d’une rive que de l’autre , ce n’est plus au milieu de la rivière ni même dans le plus fort courant qu’on placera l’ancre, il faut dans ce cas la rapprocher davantage de la rive la plus éloignée <lu courant; afin que le pont ait moins à remonter contre le courant
ESSAI D UNli lKSTnUCTU»'
dans la partie de la rivière où il est le plus faible, que dans celle où il imprime le plus de force au pont volant.
On mouille une ou plusieurs ancres selon la grandeur du pont volant et la force du courant; à défaut d’ancres on se sert de grands paniers, de caisses, de filets remplis de pierres, ou de meules de moulins; le meilleur point d’amarrage serait un fort pilot planté dans la rivière.
Le câble doit avoir au moins une longueur égale à la largeur de la rivière , et ne jamais dépasser le double de celte Jargeur; plus la rivière est rapide et moins il est nécessaire d’allonger le câble. Pour empêcher que le câble ne flotte dans l’eau, ce qui retarderait la marche du pont volant , on l’éléve au moyen de la potence et on le soutient au-dessusdo la rivière de distanceen distance parplnsieurs nacelles, ou sur do petits corps flottans tels que bouées, tonneaux , caisses, etc. etc.
Chaque nacelle porte vers son avant une fourche a (fig. 7 ) en forme de petit mât dans laquelle passe le câble; une bride b attachée au câble et au nez de la nacelle empêche celle-ci de tourner; sa longueur est calculée pour que la nacelle puisse former avec le courant un angle égal à celui du pont volant.
La première nacelle est éloignée de l’ancre d’une distance au moins triple de la profondeur de la rivière, les autres sonldistantesle pluspossiblecntreclles, sans pourtant que le câble puisse toucher la surface de l’eau ; leur nombre dépend de la longueur du câble et de la rapidité du courant; moins le courant a do forces, moins le câble sera tendu , et plus il faudra de nacelles pour que la partie comprise entre deux nacelles ne s’abaisse pas jusqu’à l’eau.
La question relative à l’angle que le pont volant doit faire avec la direction du courant, pour qu’il passe avec la plus
Sth LK PASSAGES DI'S RIVIERES
grande rapidité, a beaucoup occupé les auteurs qui ont décrit ce mode de passage. Nous ne les suivrons pas dans leurs Calculs, nous nous bornerons à faire connaître qu’il a été posé en principe par les uns (1) •« que jour que le pont » volant passe avec la plus grande vitesse, il faut ^incliner » de manière que sa direction divise en deux parties égales » l’angle formé par le courant avec une perpendiculaire au » cordage. » Par d’autres « (2) qu’il faut incliner *le pont » volant de manière que la tangente de l’angle que la direc- » tion de sa longueur fait avec le courant soit double de la » tangente de l’angle qu’elle fait avec une perpendiculaire » aucordaged’ancre. » Etpar le plus grandnombre (3) «que » la force qui pousse le pont volant acquiert son maximum » lorsque les côtés font avec le coûtant un angle de 54°44-“ Cette dernière donnée est celle que l’expérience semble le plus confirmer.
Quoiqu’il en soit voici comme on agît dans la pratique , la seule chose qui doive nous occuper : on pousse d’abord l’avantdu pontvolanl au large, en prètantle flanc des bateaux à l’action du courant; on augmente successivement cette inclinaison , tan t que le pont volant en acquiert plus de vitesse, ce dont on juge facilement par l’impulsion qu’il reçoit; près d’arriver on redresse peu-à-peu et sans à-coup le pont volant, pour ralentir sa marche et pouvoir aborder sans secousse et parallèlement à la culée. Deux ou trois passages suffiront pour enseigner au pilote la direction la plus convenable à
(1) M. Drieu : Guide du pontonnier.
(2) M. Français : Précis d’un cours sur les pouls militaires , h l’usage de l’école de Mets.
(3) MM. Douglas et Vaillant: Essais sur les principes et la construction des ponts militaires. — Gassendi : Aide-mémoire de l’artillerie ( 5e édition ). — M. Fabert : Praklisches lehrbuch. — M. S. N. , auteur de l’article Pont volant (ûiegende brûckcn ) , dans 1« Mililair conversations Icxicon.
fiî KSSW d’i'.NE ISSTBÜCTIOS
donner an pont volant, afin de passer avec la plus grande rapidité. ,
Si le pont volant éprouve plus de difficultés à passer dans un sens que dans l'autre, si le point d’ainarrage est mal choisi , les nacelles mal placées , le cordage trop long ou trop court; ; on rectifiera dès qu’on le pourra sans nuire au passage , ces erreurs de construction que l’usage fera assez tôt reconnaître.
Afin de prévenir les accidens que peuvent occasionner la rupture du câble pu le déplacement du point d’ancrage , ayez toujours sur l’avant du pont volant une ou deux fortes ancres prêtes à être mouillées et capables par- leur poids d’arrêter le pont volant.
L’oubli de cette précaution donna des inquiétudes au maréchal de Turenne pour le pont qu’il jeta sur le Rhin en 1G72 ; le cordage d’un pont volant qui se trouvait en amont de ce ponts’étanl rdmpu, le pont volant, chargé d’un escadron de cavalerie , vint heurter le pont et entraîna avec lui une vingtaine de bateaux ; il alla échouer ensuite sur un banc de sable où, il faillit périr corps et biens. .
L’appareil des ponts volans est susceptible d’être simple fié, sur des rivières de largeur moyenne , en attachant le câble sur l’une des rives; le pont passera très-bien pour arriver sur la rive où est fixé le câble , il éprouvera plus de difficultés pour aller en sens contraire. *
Deux câbles, dont un amarré sur chaque rive, rendraient toute chose égale ; le pont passera de A en B (fig. 10) sur le cordage CA en décrivant autour du point C l’arc descendant AB et en entraînant dans son mouvement le câble DB ; on remonte ensuite le point en E vis-à-vis du point A ; de là il traversera la rivière sur le câble amarré en I), en sorte que le pont ne décrira jamais qu’une portion descendante d’arc.
M * LK PASSAGE LES RIVlkltBS. 65
Tous les baleaux-nacclles, radeaux, corps flottans, convenablement équipés et construits, peuvent traverser les rivières à la manière des ponts volans.
L’usage de la potence n’est nécessaire que sur des rivières qui ont plus de Go à 80 mètres de largeur ; les nacelles sont inutiles lorsqu’on amarre lecâble sur la rive.
Le bac, la traille, le pont volant, donnent donc les moyens - de passer toute espèce de rivière et sont susceptibles d’être employés avec avantage dans beaucoup de circonstances ; leur étabüsseinentneprésenteque peu ou point de difficultés, et peut s’effectuer en très peu de temps et avec très peu de matériel; leur service n’exige qu’un très petit nombre de bateliers, qu’il sera toujours facile de trouver dans toute réunion de troupes, ou auxquels on pourra suppléer par des hommes intelligens.
Du passage d'une arrange sur Les ponts militaires. :
Les ponts militaires sont loin de présenter toutes les garantes de sûreté, de solidité, et de stabilité que l’on exige, dans les ponts permanens établis pour les besoins de la so* eiété. Construits la pluparldu temps sur des corps flottans, ils eon tractent par l’effet dupassage un L niant eu en tpi us ou mo ns vif et par suite plus ou moins dangereux. Leur surface s’ofidule selon la différence des poids qu’elle porte dans son ëtenv due ; leur voie étroite et sans garde-fous inspire peu de sécurité; la vue de l'eau effraye les chevaux et le bruit de leurs sabots battant les planches, d'un tablier mobile et mat assujetti , augmente encore leur hésitation et leur crainte.
Le plus grand ordre doit présider au passage d'unen rince sur les ponts militaires, pour prévenir tonte précipit mon
K SSA I d’üîSE INSTRUCTION
ilonl Icssuilrs deviendraient funestes, el toute confusion qui loin d’accélérer le passage nuirait à son succès ou entraverait la marche de l’armée ; c'est surtout lorsque l’on bat en retraite devant un ennemi victorieux, que le passage des ponts militaires, défilés toujours dangereux, offre des difficultés qu’on ne peut surmonter qu’en prenant des dispositions capables de remédier aux désordres qui accompagnent inévitablement la marche rétrograde d’une année.
I.orque plusieurs ponts , et c'est le cas le plus ordinaire , spnt tendus pour le passage de l’armée ; les uns sont exclusivement réservés à la cavalerie et aux voitures, les autres à l'infanterie. I.es troupes défileront successivement el par arme sans chercher à se dépasser mutuellement ; l’on ne permettra jamais le passage d’une colonne d’infanterie, en même temps que celui d'une colonne de cavalerie ou d’artillerie. Si quelques mouvemens de troupes s'effectuent en sens contraire ; l’un des ponts est destiné pour l’aller, l’autre pour le retour ; dans aucun cas les troupes ne devront se croiser sur un passage aussi étroit que dangereux. ■*
L’infanterie, pour s’engager sur les ponts , marchera sur trois rangs et par le flanc, sans bruit de caisse ni de musique ; on recommandera aux hommes de rompre le pas.
Le pas cadencé portant alternativement et simultanément tout le poids d’une colonne sur des lignes parallèles , dans toute l’étendue du pont, lui imprime des balanceinens nuisible*» sa solidité et capables de renverser les hommes et les chevaux. C’est pour l'empêcher que l’on fait rompre le pas, afin que la pression du poids se répartisse également sur toute la surface etque les résultantes des forces ne tendent plus aie faire osciller autour de son axe. On atteindra plus facilement ce résultat en faisant accélérer le pas et même en faisant prendre le pas de course ; plus les mouvemens sont
SUR LE P ASS 4 GE DES BIVlliBF.S. 65
irréguliers, plus l’on diminuer,! le. balancement et moins l’on compromettra la stabilité du pont.
Les troupes se trouvant presque toujours arrêtées ou retardées à la sortie des ponts , on laissera entre chaque compagnie une distance de quelques pas et entre chaque bataillon leur intervalle de bataille.
On s’assurera ainsi que le passage n’éprouve pas d’interruption et on laissera au pont le temps de reprendre un peu de stabilité.
Si pendant le passage vous remarquez du désordre ou de l’hésitation , empêchez de suite de nouvelles troupes de s’engager sur le pont , dégagez vos ponts et réparez les avaries s’il y a lieu. Evitez surtout de surcharger le pont ; craignez d’occasioner par trop de précipitation des avaries graves , qui interrompraient le passageet compromettraient le succès de l’opération.
La cavalerie , tant pour sa propre sûreté que pour celle du pont , mettra pied à terre ; les cavaliers tiendront leurs chevaux parla bride près du mors, ils pourront passer marchant par deux.
Les cavaliers se résignent difficilement à mettre pied à terre , il faut presque toujours les y contraindre; il est cependant très-important d’y tenir la main, parce que , dans une colonne de cavalerie, des chevaux prennent le trot pour tâcher de passer plus vite, tandis que d’autres s’effrayent et s’arrêtent court : l’on a vu des chevaux se jeter à l’eau avec leur cavalier assez imprudent pour ne pas mettre pied à terre. De ces causes réunies naissent un désordreet un balancement préjudiciables pour le pont et pour la cavalerie elle-même. Jamais la cavalerie ne doit trotter sur les ponts , les madriers n’étant pas cloués seraient déplacés par cette allure brusque, tome 1. ( i” liv.) 5
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KSSii L>t.\F. I.NSTftL'Cl'IOM
et laisseraient enlr’éux des intervalles où les chevaux pourraient se casser les jambes.
La cavalerie në doit ttiutltUf à chevül qu’à qtlèlqüe distance de la sortie du pont ; elle le fait souvent trop tôt , d’où résultentdes temps d’arrêt, ce qui demande qu’on maintienne de grands intervalles entre les escadrons pour ne pas encombrer les ponts.
Les voitures, pour pâssèr les ponts défileront au pas et cil colonnes par pièces , en laissant cnlr’elles une distancé de vingt pas; les officiers, sous- officiers, et condutteués, excepté ceux des chevaux de derrière , mettront pied à terre et tiendront leurs chevaux par lu bride près du mors ; les conducteurs de derrière raccourciront lés rênes , et dirigeront leur voiture autant que possible suivant le milieu de la largeur du pont.
Avant de vous engager avec une colonne de voitures sur un pont , informez-vous du poids que le pont peut porter sans danger , faites décharger les voilures trop lourdes. Si malgré vos soins une voiture d’un poids trop fort se trouve en marche sur le pont, et que vous entendiez les parties du tablier craquer sous elle , ou que vous voyez les corps flottans s’enfoncer à fleur d’eau ; gardez-vous d’arrêter, faites fouetter les chevaux et passez à l’allure la plus vive possible ; c’est le seul moyen qui vous reste , si vous ne pouvez diminuer le chargement, de parvenir à la rive opposée ; peut-être alors ne vous arrivera-t-il d’autre accident que de faire entrer un peu d’eau dans les bateaux, ou de rompre quelques poutrelles et madriers qui éclateront après le passage de la voiture.
Si dans un cas pressé un accident arrête Une voiture au milieu d’un pont , faites transporter au plus vite son chàr-
SIR LE PASSAGE DES RIVlkflES. 67
gement dans les bateaux les plus proches, dételez et jetez la voiture à l’eau.
En toute chose réglez votre conduite sur les circonstances du moment.
Lesarméesont quelquefois à leur suite de grands troupeaux de bœufs, U convient d’indiquer les moyens de leur faire franchir sans accidens les ponts; Les bœufs ayant l'habitude lorsqu’une cause quelconque les effraie , de se jeter les uns sur les autres et de se serrer en niasse , ce qui pourrait compromettre le pont , l’on arrêtera le troupeau à quelque dis du pont , et on ne le fera passer que par parties de cinq à six têtes à la fois suivies d’un homme armé d’un fouet qui les chasse devant lui. 11 est rare, malgré cette précaution, que quelques bœufs ne se jettent à l’eau préférant traverser la rivière à la nage plutôt que sur le tablier vacillant du pont. Pour éviter que les bœufs qui se trouveront arrêtés et pris entre les cordages d’ancre, ne se noyent , l’on placera près de chacun de ces cordages des hommes qui les détendront pour laisser à ces animaux la possibilité de gagner la rive.
Tel est l’ensemble des mesures à suivre pour assurer le passage des différens corps d’une armée sur les ponts militaires ; rien n’empêchera de les modifier selon que les évé~ nemcns imposeront.
ÏSSAI U VH K IHSTRUCTIOB