‹ Essai d'une philosophie de l'artChapitre 1 sur 51 · RUE DES SAINTS-PÈRES · texte numérisé non relu

RUE DES SAINTS-PÈRES

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Vivement frappé des efforts qui se font par toute 1 Europe, pour faire sortir de la fermentation actuelle une rénovation de lart, sentant que ce mouvement a quelque chose de réel, malgré ses écarts, et qu’un souffle divin le pousse, je n’ai pu m’empêcher de l’approfondir.

L’art est pour les sens ce que la poésie est pour l’âme, c’est-à-dire un des plus puissans leviers de l’ascension humaine : travailler à réhabiliter dans l’art les vrais principes du progrès, c’est donc agir pour une des branches les plus importantes de toute civilisation.

Voilà ce qui m’encourage à venir jeter au milieu de 1 examen des questions nouvelles, le fruit de mes obsei vations propres et le faible tribut de mes études.

VI AU LECTEUR

Mon but moral est de contribuer au triomphe du beau chrétien , encore méconnu dans les trois principales branches du dessin , peinture, sculpture et architecture. Mon but historique est de rattacher l’art à la philosophie , son histoire à l’histoire générale des peuples. Car n’est-il pas, comme la littérature, V expression de la société ? En présenter le tableau chez une nation, ou dans une époque, n est-ce pas juger et faire comprendre ses monumens? Or, les monumens d’un siècle ne peuvent se séparer du tableau de ses révolutions et de ses pensees successives. Ainsi , l’histoire de l’art est étroitement liée à l’ensemble du développement de l’humanité.

Rome étant la pensée unitaire, la clef de voûte du monde païen, comme du monde chrétien , je suis aile chercher dans Rome les preuves de tout ce que le Christianisme est capable de produire par l’art en le pénétrant.

Rome de la primitive, Rome du moyen âge, Rome des temps modernes , montrent avec une égale force que le Christ est l’unique source de toute beauté progressive, et que la décomposition et la mort aug mentent dans l’art, comme dans la société, selon la mesure où l’on s’éloigne de lui.

J’avais d’abord pensé à réunir en un seul volume le tableau de ces trois grandes époques du génie dire-

AU LECTEUR

vu

tien ; mais la réflexion m’a fait voir que mon but serait mieux atteint en faisant paraître successivement et séparées les diverses parties de ce travail, de manière que chacune forme un tout indépendant, et que de l’ensemble ressorte l’histoire de l’art à ses différentes périodes dans la capitale des arts et du Christianisme.

Plus tard suivra la description historique des monumens de l’antiquité romaine , afin de présenter un Manuel complet de V artiste et du voyageur à Rome, en même temps qu’un travail critique sur les plus importantes époques de l’art ancien et moderne.

Je ne crois pas avoir fait un livre avec des livres, quoiqu’il m’ait fallu en lire beaucoup pour compléter mes idées et mes observations, et en faire sortir un ouvrage archéologique, historique et descriptif sur la ville d’où sont partis les premiers et les derniers rayons de la civilisation moderne, travail qui m’a semblé manquer à notre littérature. J’y ai déjà consacré trois années; cependant je suis loin de penser qu’il est absolument exempt d’erreurs; je prie les hommes d’étude de vouloir bien me critiquer, celles qui m’auront échappé seront rétractées avec joie ; car je crois ne chercher qu’une chose : le vrai et son triomphe.

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