‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 104 sur 139 · LIVRE V. •— LE MONDE PERSAN · texte numérisé non relu

LIVRE V. •— LE MONDE PERSAN

prolongement, qu'un appendice de celui deBrahma; en Perse, le grand roi c'est le descendant- de Djemshid, qui réunit tous les caractères de la divinité. Les constitutions politiques sont la mise en relief de l'idée religieuse. De là le caractère spécial de Tart, de là le manque de responsabilité, de conscience personnelle; de là l'absorption de la fenmie, des enfants, de l'esclave dans le chef de famille; de là encore l'exploitation de la plus grande partie de l'espèce humaine par une minorité qui la traite comme un bétail ; de là l'absence de la propriété individuelle , ou plutôt sa concentration dans les mains des rois , qui personnifient la société ; de là encore la privation du droit chez les masses , la pratique exclusive du devoir , en faveur des gouvernements. Ces trois peuples concentrent également leur lutte contre la nature dans l'exploitation du sol. Leur culture intellectuelle prend également son point de départ dans des hymnes et des chants nationaux ; elle conserve son unité première sous les fprmes les plus diverses.

Toutefois certaines différences ne laissent pas que de se dessiner sur ce fond identique. La Chine adopta comme type des relations politiques les rapports naturels du père et du fils , du fils et du père ; le fils s'absorbant dans le père de famille , qui lui-même s'absorbe dans l'empereur. Elle en resta au gouvernement patriarcal ; la vie sociale, ne s'y manifestant encore que sous sa forme la plus primitive , demeura cosmogonique, nous voulons dire confondue, enfouie au sein d'une masse où rien ne se montre distinct, séparé. DansJ'Inde, la vie sociale subit, au

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contraire, une distinction,, une séparation , une limitation ; cessant d'être identique dans la totalité du corps social , elle reyét , depuis le palais du soor verain jusqu'à la chaumière , les formes variées des castes; ce sont comme autant d'organes qu'elle se façonne pour l'accomplissement de fonctions divises. Des oppoffllions , des antagonismes, de classes et d'intérêts s'établissent dans l'intérieur de l'état. C'était un gramd pas, un grand progrès; mais l'Inde s'arrête à ce premier pas, elle ne parvient pas à met* tre fin à ces oppositions, à ces antagonismes, en leur faisant produire d'autres unités- d'ordre plus élevé. Les castes, juxtaposées sur un même sol, n'cHit aucun moyen ncm seulement d'assimilation, mais mêmed'action réciproque ; loin de là, chacune d'elles ne se proposeque ce seul but, se maintenir rigoureusement séparée de toutes les autres. L'Inde, vis-à-vis du reste du monde , se place dans un rapport analogue : elle ne tend pas à s'assimiler les autres peuples, à exercer sur eux une influence quelconque; elle ne pense au contraire qu'à s'en tenir à l'écart. La Chine et l'Inde sont le théâtre de religions , de révâations primitives, qui les concernent seules, qui font de chacune un monde fermé. Le peuple Zend, lui, obéit à un mobile éminemment diffament : il se met en o[qposi* tion , en hostilité avec tous les autres peuples; s'il ne prétend pas leur imposer par la force ses propres croyances, s'il se contente de les leur prêcher, il voudra , du moins, étendre sur eux le sceptre d'Ormuzd, dont il s'est fait le missionnaire et l'apôtre. Dès IcM's il ne devait pas cesser de se trouver en rapport

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avec l'étranger. Les peuple anté-histeriquesont dû sô donner cette mission; mais il est le i»^emîer dôs peuples historiques qui soit entré systématiquement en relations avec les autres ; il est le premier qui ait non seulement une histoire intérieure, ntai^ aussi une hi&> toire extérieure. D'un aufere côté, la vie sociale sema'^ nifeste déjà, dans les institutions persanes , sous certaines formes qui la rapprochent de ce qu'elle deviendra dans les temps modernes. Les classes s'y montrent distinctes ^ bien que cessant pourtant d'être séparées, comme dans l'Indé , par d'infranchissables barrières. Les éléments de la civilisation peuvent se mouvoir et s'agiter dans ce milieu avec aisance et liberté , il leur devient possible de s'allier sous de nouvelles combinaisons. La noblesse et le sacerdoce continuent d'être le partage de certaines tribus , mms néanmoins deviennent accessibles à de nouveaux venus.

La Perse , par la nature de sa missibn , était d^ti^ née à jouer un rôle important dans l'histoire générale. Elle soumit toute l'Aâe occidentale , la Thrace , la Macédoine, la Syrie, lia PhéUicie, l'Egypte. C'est la première fois qu'un empire fondé sur la sujétion de plusieurs états séparés par leurs origines , leurs cultes 7 leurs institutions, apparaît dans le monde. Des civilisations essentiellement différentes entre elles se trouvèrent dès ce moment en con^ tact. D'ailleurs, c'est à les rapprocher dé la sorte que se borne à leur égard le rèlé de là Perse ; eMe ne possédait aucun moyeu d'agir moralement sur elles, de se les assimiler. La législation persMe

ne modifia pas sensiblement le sort des femmes , des enfants, des esclaves, en un mot de la masse de la nation; elle le laissa à peu près tel qu'il était à Tépoque où elle parut ; elle se contenta de ne pas creuser entre les diverses classes les abîmes infranchissables qui existaient ailleurs. C'est ainsi qu'agit la Perse dans ses rapports avec l'étranger. L'idée dont elle s'était faite l'organe s'était comme épuisée dans la conquête ; cette conquête achevée , elle n'eut pas l'instinct d'une autre œuvre dont la tentative l'eût entraînée dans une seconde carrière d'efforts et d'entreprises. Elle manquait de la force qui lui eût été nécessaire pour jeter dans un nouveau moule» ses propres institutions et les institutions étrangères. Aussi tous ces peuples qui portèrent un moment le joug de la Perse lui échappèrent-ils bientôt. Si les idées, les sentiments dont ils étaient dépositaires se réunirent plus tard , ce fut sous des conditions différentes,. et qui donnèrent naissance à une autre civilisation, à laquelle ne présidèrent plus les idées persanes. Loin de là, un empire éclatant s'établit, dont le royaume d'Ormuzd ne fut qu'une partie secondaire.

De nombreux et puissants éléments de progrès social étaient alors entrés dans le monde et ne pouvaient manquer de jouer un rôle immense. La Perse avait créé les relations de prosélytisme de peuple à peuple; la Phénicie avait armé l'activité humaine d'un de ses instruments les plus puissants ; le moment arrivait où les rivages de la Méditerranée deviendraient le théâtre d'une nouvelle phase de l'histoire. La Grèce, qui devait être l'organe le

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