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mer sa conquête, se créait ainsi comme une patrie nouvelle 9 indépendante du sol , et à la fécondité inépuisable. Sans doute la richesse commerciale et industrielle s'était déjà mêlée , comme élément plus ou moins considér£d)le, à la prospérité d'autres peuples, mais toujoui;^ en proportion bien inférieure à celle de la richesse territoriale. Pour la première fois elle parut seule ou du moins dominante ; les produits de l'étroite bande de terre qu'on appelait la Phénicie n'entraient, en effet, que pour une bien minime quantité dans la somme de la richesse nationale. Un phénomène nouveau se montra : on vit un peuple arriver à la civilisation, à la jouissance de toutes choses, tout en ne possédant qu'un territoire très incapable de fournir à ses premiers besoins. Le Phénicien labourait avec la quille de ses vaisseaux un champ qui se couvrait , au gré de sa fantaisie , de toutes les productions du monde alors connu.
C'est surtout grâce à la navigation qu'il fut donné à l'homme de marcher à la conquête et à l'exploration du globe. Les mers, qui semblaient avoir été créées comme autant d'abîmes destinés à séparer à jamais les continents, sont devenues leur principal intermédiaire et comme leur trait d'union. A l'aide de cette grande création sortie de ses mains , le vaisseau , rhomme a pu pénétrer jusque dans les lieux les plus cachés; il a visité les points du globe les plus éloignés , ceux que des obstacles en apparence insurmontables semblaient devoir dérober à jamais à son ardente curiosité; il a pu faire des pas de géant dans cette voie qui doit le conduire à s'emparer du globe
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toat entier, à rétreindre, pour ainsi dire, dans s^ propres bras. Et , en effet, « les notions bizarres ope s'étaitfaites l'antiquité sur la forme de la terre ne pouvaient persister dans les esprits après ce grand mouvement d'exploration et de colonisation ; elles furent promptement rectifiées. Les populationi^ fantastiques dont les géographes couvraient certaines contrées lointaines et alors inconnues se sont évanouies au grand jour de la science , comme font les fantômes de la nuit à l'approche du soleil. Le globe entier n'a plus maintenant un seul rivage où nous n'ayons abordé , un seul coin de la terre qui ne porte la trace de nos pas , un seul grain de sable que nous n'ayons en (pielque sorte décrit et mesuré. Et bien plus, cette même terre que nous foulons aux pieds , ne Tavons-nous pas , pour ainsi dire , créée de nous-mêmes et de nos propres mains? La nature nous l'avait livrée sous la forme d'une surface plane , limitée en tous sens ; nous l'avons courbée à ses extrémités;, nous l'avcms arrondie en un globe qui , construit en quelque sorte pièce à pièce , partie par partie , dégagé des trompeuses apparences sous lesquelles il se montrait à nous, est devenu notre propre ouvrage , tout aussi bien que la statue tirée du bloc de marbre par le ciseau du sculpteur , ou le navire savamment et pénibloaient construit sur nos chantiers. » (1) Qui ne voit, d'un autre côté, l'état de faiblesse et d'isolement où seraient demeurés les peuples dans le cas où la mer
*(1) De la navigation dans TOrient , Fantiquité , le monde moderne. — Un automne au bord de la mer , par B. de Penhoên.
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n'eût jamais cessé d'être un obstacle infranchissable ? L'invention sublime qui livra l'océan à l'activité hn* maine eut dans les destinées de la civilisation une influence en quelque sorte proportionnelle à l'espace occupé par l'océan lui-même sur le globe terrestre.
Le commerce et l'industrie on joué un rôle immense dans l'histoire du monde j un rôle qui s'agrandit, pour ainsi dire, à mesure qu'on y réfléchit. La richesse mobilière n'aida pas moins à la transformation progressive de l'homme que la richesse agricole. Le travail accumulé sous cette forme a peut-être produit , produit peu1>4tre encore sous nos yeux des résultats plus étranges, plus merveilleux. Telle branche de commerce , tel procédé industriel , en apparence des plus insignifiants, ont parfois produit les événements les plus importants. Le commerce de certaines épices des Moluques, dont elle avait alors le monopole , a long-temps alimenté les finances de la Hollande et l'ont mise en mesure de tenir tête à Louis XIY , de soutenir une guerre dans laquelle fut entraîné le reste de l'Europe. Le commerce mit Garthage à même de disputer à Rome l'empire du monde ; le commerce fit de Venise la reine de la Méditerranée. Aujourd'hui, des milliers , des millions d'hommes vivent de la vente d'une petite herbe verdàtre qui nous vient de la Chine; cette vente crée, en quelque sorte, des provinces à l'Angleterre, à la Hollande, aux États-- Unis. Toutefois ce n'est là qu'un côté de la question. La richesse commerciale et industrielle ne donne pas seulement la nourriture du corps, mais encore celle de
l'esprit; elle appelle à la vie intellectuelle grand nombre de créatures qui sans elle n'y eussent pas participé. Or, parmi ceux qui lui doivent cette sorte de vie, peut-être s'est-il trouvé de grands hommes d'état, de grands généraux qui ont changé le sort des royaumes, de grands philosophes qui ont influé sur la marche de l'esprit humain. On connaît la mélancolique épitataphe de Gray à propos d'un cimetière de campagne : « Ci-gît peut-être quelque Milton inconnu, auquel il n'a manqué que de savoir lire. » Eh bien ! ce qui peut nous paraître la plus misérable chose du monde en fait de commerce ou d'industrie aurait peut-être été la cause que ce Milton, disons aussi que ce Newton inconnu, eût appris à Ure; elle aurait doté l'humanité du Paradis perdu ou du calcul infinitésimal.
La Perse étendit son pouvoir sur toutes ces populations dont nous venons d'indiquer le rôle dans l'histoire de la civilisation. Elle forme la transition de l'orient à l'occident , elle est un lien entre les premiers âges du monde et ceux de l'antiquité. Les peuples de la Chine , de l'Inde , de la Perse , se ressemblent par certains côtés, diffèrent par certains autres. A l'époque où ils se montrent dans l'histoire, ils sont encore comme enveloppés dans une vaste unité religieuse; le ciel et la terre, dans leur conception, ne se sont pas encore nettement séparés l'un de l'autre. Ils obéissent à des souverains qui sont aussi leurs dieux. L'homme semble hésiter à se détacher de ce grand tout cosmogonique d'où il vient à peine d'émerger. En Chine, le ciel se personnifie dans l'empereur; dans l'Inde , le corps social n'est qu'un