‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 114 sur 139 · LIVRE TX. -« LE MORDS BELLÉHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE TX. -« LE MORDS BELLÉHIQUE

dire la volonté d'exprimer , de réaliser une idée, avec la conscience de la chose voulue.

Platon nous a laissé le modèle de cette façon d'agir du génie ^ec en matière sociale ou politique. Ce philosophe se propose de rechercher en quoi consiste la justice, ce qui rend un homme juste ; il veut comparer la condition de Thomme vertueux avec celle du méchant, afin de pouvoir décider laquelle est préférable. Un des interlocuteurs opine pour qu'on n'ait aucun égard, dans le cours de cette discusion sur le juste et l'injuste, à leurs suites , bonnes ou mauvaises; il veut que tous deux ne soient examinés , analysés qu'en eux-mêmes , toujours en eux-mêmes, et dans leurs effets sur le cœur même de l'homme; puis, qu'il soit prononcé, à la suite de cet examen, lequel est le plus heureux, de Thomme qui pratique la vertu ou de celui qui s'abandonne au vice. Mais comment connaître ce qu'est la justice par rapport à un simple citoyen? à quels signes, à quels caractères? Socrate répondàl'objectionenproposantd'examiner ce qu'elle est dans une société entière : sur de plus grandes dimensions la chose apparaîtra avec plus d'évidence. On pourra comparer un état juste à un homme juste , car ce qui rend un état juste sera nécessairement ce qui rend juste un seul citoyen : la justice , considérée en elle-même, ne saurait différer d'elle-même. Alors Platon nous décrit ce que doit être un état organisé d'après les règles de la justice. C'est le plan de cette république demeurée célèbre. Nous ne nous y arrêterons pas : il n'est personne dont il ne soit connu ; d'ailleurs c'est seulement du point de départ choisi

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par Platon , du procédé logique employé par lui, que nous entendons nous préoccuper. Or son point de départ , c'est une notion générale , abstraite , l'idée de la justice telle qu'il la concevait , telle que l'admettait son époque ; son but , la réalisation de cette idée dans le monde extérieur.

La république , l'état de Platon, notons encore ce point , est fondée sur la conception de l'honmie individuel telle qu'il se Tétait faite ; elle n'est , sous quelques rapports, que cet honune lui-même qui se serait développé tout à coup , qui aurait pris des proportions gigantesques. Ainsi, comme il y a trois facultés dans l'homme, le courage, la justice , les passions, il y aura dans la république trois classes d'hommes qui auront mission de les manifester , et qui seront les magistrats, les guerriers , le peuple. L'état sera bien gouverné quand le peuple sera soumis aux guerriers, les guerriers aux magistrats, les magistrats aux lois ; car l'homme est juste quand le courage et les passions sont soumis à la justice et à la raison, etc. Les gouvernements, d'un autre côté, étant fondés sur la nature humaine elle-même, ils devront reproduire par leurs variétés les variétés de cette nature. Comme on peut compter cinq espèces d'honunes, — que Platon classe , au reste , assez arbitrairement , — on comptera cinq espèces de gouvernements : la monarchie, l'aristocratie, la timocratie, l'oligarchie^et la démocratie , qui se transformeront d'ailleurs les uns dans les autres , comme fait un homme qui dans le cours de sa vie change de passions et de caractère. La république dont Platon nous trace le modèle est,

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