LIVRE VI. -<- LE MOM^E HELLÉNIQUE
reproduire, il ira jusqu'à méconnaître toute idée ^ toute notion différente; il outragera jusqu'aux lois de la nature. ASparte, dans un but d'utilité guerrière, le commerce entre hommes est ordonné. En Crète „ la même dépravation est encouragée, cette fois dans Tintention de restreindre la population. Et Aristote, parlant de cette loi , dominé qu'il est par le génie grec, écrit avec un imperturbable sang-frcMd : « Institution dont nous examinerons plus tard les avantages, » Rien ne coûte à la politique ^ecque, dans la fureur artistique qui l'anime , pour la réalisation de Tid^ qu'elle a conçue.
Le génie de la Grèce, au milieu de la diversité de ses manifestations^ ne laissait pourtant pas d'aspirer à l'unité. L'homme individuel , en dépit de c© qui le caractérise comme tel, n'en conserve pas moins l'identité de la nature humaine ; c'est par là qu'il se rattache au reste de l'espèce. Le génie national de la Grèce, après s'être exprimé, compris dans ce qu'il avait de divers , devait tendre, par un mouvement opposé, à se saisir dans son unité; effectivement nous le voyons viser à ce but par un grand nombre d'institutions. Les oracles^ liés à tout le système politique, sont une des manifestations les plus marquées de cette disposition d'esprit. Les dieux des différentes tribus, les différents systèmes religieux , autrefois en présence et en hostilité , avaimt fini par constituer un système national. Du temple de IMphes, consacré à Apollon, du temple de Jupiter, à Olympie , sortaient des oracles acceptés par la Grèce entière ; les entreprisses, les résolutions les plus impor-
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tantes 9 dépendaient de leurs réponses. On sait comment un de ces oracles, interprété par le génie de Thémistocle, devint le salut d'Athènes et de la Grèce. L'oracle de Delphes exprimait donc , au point de vue théorique , le seul qui nous occupe en ce moment , la volonté souveraine qui régissait la confédération; la gardedu temple, l'administration des sonmies d'argent consacrées à son entretien , constituaient une portion considérable du droit international. L'unité de tradition, de doctrines , d'ailleurs confuse dans le reste de la péninsule, venait se rattacher à ce centre. La Grèce tout entière assistait aux jeux néméens , isthmiques, olympiques ; là elle retrouvait le sentimentde son unité nationale dans les jouissances d'un art et d'une poésie communs à tous ses peuples, tout en s'exaltant, s'enivrant du sentiment de sa supériorité sur les barbares.
Le sentiment de l'unité s'était de bonne heure manifesté par l'association , la fédération. Le réunion des héros de la Grèce contre le sanglier de Calydon ouvre l'histoire des temps héroïques ; peu après vient l'expédition des Argonautes , où la Grèce, représentée par ses héros, se montre déjà en armes contre rOrienl}; c'est, enfin, la guerre de Troie, où assiste le monde hellénique, qui, de plus, se perronnifie dans Agamemnon, le chef du conseil des rois , le roi des rois. Une institution politique exprime ce sentiment bien plus complètement encore que tout le reste : le tribunal des Amphictyons. Ce tribunal était formé des députés des douze villes principales de la Grèce, qui se réunissaient à Delphes, sous l'invocation