‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 64 sur 139 · LITRE III.— LE MOIIDE PRIMITIF. SOI · texte numérisé non relu

LITRE III.— LE MOIIDE PRIMITIF. SOI

ne sont donc qu'autant d'expressions diverses d'un seul et même sentiment. Le mariage maintenait Tordre social , la religion révélait un monde invisible , le tombeau était le passage qui menait de Tun à l'autre , le lien mystérieux qui les unissait.

Les traditions les plus anciennes placent le berceau des sociétés humaines vers les régions centrales de l'Asie; de là elles se seraient répandues à l'orient, à l'occident, au midi. De ce moment, c'est-à-dire depuis l'apparition de l'homme sur la terre, jusqu'à celui où commence l'histoire positive, se trouve une période que nous ne pouvons remplir qu'à Taide d'hypothèses. La naissance des premières associations humaines, et leur dispersion, sont les grands faits qui la dominent ; mais la date où ils se sont accomplis , le chemin qu'ont suivi les peuples pour arriver aux lieux où nous les trouvons établis quand s'ouvre la scène de l'histoire, nous sont encore inconnus ; ils le demeureront probablement toujours. Seulement il est à croire qu'après le brisement de l'humanité en races diverses, celui de la race en peuples a dû se produire isînon sur-le-champ , au moins à une époque fort rapprochée. Les difficultés seules de la vie matérielle auraient suffi pour empêcher de nombreuses agglomérations d'hommes de se fixer dans un étroit espace. Dès leur origine , plusieurs de ces associations nouvelles s'éloignèrent, dans des directions différentes, du sol natal, pour aller chercher une patrie nouvelle ; mais des causes morales, plus eiSicaces peut-être que celleslà , vinrent s'y réunir pour agir dans le même sens. N'est-il pas éminemment rare, sinon impossible, qu'il

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existe en chaque homme \m équilibre parfait entre toutes ses facultés? N'est-il pas, au contraire, ordi* naire, qu'il s'en trouve une dominante qui décide de ses goûts I préside à ses actions, fasse sa destinée? Or c'est aussi ce qui arriva chez ces ôtres collectifs que nous appelons peuples. Dès leur origine , les uns se sentirent attirés vers la guerre, d'autres vers les voyages , vers l'exploration de la terre , encore nouvelle; d'autres vers la vie sédentaire, l'agriculture, la pratique des arts pacifiques ; d'autre vers le commerce et l'industrie ; d'autres vers la science, l'étude des choses religieuses. Ils allèrent porter dans un terrain de leur choix cet élément de civilisation dont chacun se constituait le représentant; Us allèrent développer, ici ou là , tel ou tel cas particulier de la grande formule de la civilisation générale.

La division de l'espèce humaine m fractions diverses ne s'arrêta pas à la constituti(Hi des premiers peuples; le plus souvent chacun de ces peuples devint le centre et le point de départ de nouvelles sécessions. Des schismes nés au sein de l'orthodoxie de$ croyances nationales; des passons, des instincts contrariés dans le milieu où ils prenaient naissance; la prédominance de telle faculté chez un certain nombre d'individus , qui devait les pousser à s'y livrer exclusivement; le besoin de mouvement, de nouveauté, d'activité physique, si puissant chez les peuples barbares ou primitifs ; cet attrait de l'inconnu, que nous sommes toujours si enclins à peupler de merveilles, toutes ces causes, et bien d'autres encore, durent provoquer de nombreuses émigrations chez les peu-

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