LE MONDE ORIENTAL
De grands faits sociaux avaient rempli la période dont nous venons d'esquisser l'histoire. Les éléments sociaux se dégagent peu à peu de l'espèce de chaos primitif où ils s'étaient d'abord trouvés confondus; ils se séparent y s'ordonnent dans le temps et dans l'espace. La diversité des races se fait jour sous l'unité primitive de l'espèce humaine. Des agrégations sociales se forment instantanément^ qui obéissent d'abord à des dieux , à des demi-dieux , puis à des dynasties , à des aristocraties humaines. Les fonctions sociales se distinguent, se différencient , au sein des sociétés récemment constituées ; de là ces castes , ou ces classes , que nous ne cessons de retrouver partout dans les premiers siècles de l'histoire. L'homme entre en lutte avec la nature, dont il se soumet quelques*
uns des agents les plus énergiques. Il ajoute sans cesse de nouvelles forces à ses propres forces. A l'aide du feu , il décompose certains corps dans leurs éléments constitutifs , et en produit de nouveaux; à Taide du fer , il entr'ouvre le sein de la terre et se fabrique des armes redoutables. Il multiplie, il transforme de mille et mille façons le levier ; il s'entoure de machines ingénieuses et puissantes , qui deviennent pour lui comme autant de bras nouveaux , dont les cent bras du géant de la fable ne seraient qu'un symbole incomplet et affaibli. Il trouve dans la culture du blé la conscience du passé, de l'avenir, le sentiment de la continuité de sa propre existence. Il multiplie par l'industrie ses moyens de subsistance; il se crée , grâce à elle, une sorte de patrie qui n'est point le sol , qui ne tient point au sol. Il rassemble , par le commerce, dans un étroit espace, des produits d'abord épars sur des espaces immenses. Les sociétés , à peine nées , obéissent à un instinct puissant qui les pousse à s'emparer de la terre ; elles se mettent en marche dans tous les sens; s'arrétent-elles , des colonies sorties de leur sein continuent l'œuvre de dispersion , en allant fonder de nouveaux établissements , où périra quelquefois jusqu'au souvenir de la société mère. D'un autre côté, les peuples ont alors une foi profonde dans le dogme social et religieux dont ils sont les représentants; il n'en est pas qui ne veuille faire régner le sien à l'exclusion de tous les autres. C'est alors qu'ils entrent en rapport, c'est-àdire qu'ils se font la guerre. Le seul rapport international , la loi générale de l'histoire du monde à cette