LIVRE IV. — LE MONDE ORIENTAL
époque , c'est la guerre ; guerre d'où devait sortir , dans la suite des âges , la paix universelle.
Le grand cataclysme que nous appelons le déluge surprit les hommes au milieu de ce mouvement social. Les progrès déjà accomplis s'arrêtèrent subitement ; les sociétés furent brisées , et le genre humain se trouva tout à coup reporté à son point de départ. Peut-être les générations qui suivirent immédiatement ce grand désastre reculèrent-elles davantage encore; peut-être restèrent-elles dépouillées, aumoins en partie , de ces facultés intuitives que nous avons reconnues chez les premiers hommes , et qui nous ont paru la cause principale de la puissante spontanéité de leur développement intellectuel. Toutefois la civilisation ne dut point mourir tout entière. Parmi les sociétés existantes au moment de la catastrophe , il serait possible que toutes n'eussent pas péri jusque dans leurs derniers éléments , et qu'il eût été donné à leurs survivants de conserver çà et là quelques lambeaux , quelques fragments de la science primitive , supposition qui peut s'accorder jusqu'à un certain point avec l'opinion de l'universalité du déluge. D'ailleurs le progrès social était déjà déposé dans les langues, dépositaires fidèles, qui ne laissèrent point se perdre le trésor précieux qui leur était confié.
D'après la tradition biblique, Noé et les siens furent seuls sauvés , et par l'intervention directe de Dieu , de la destruction de la totalité du genre humain par les eaux. Mais on sait combien le génie antique se plaisait au symbole et à la personnification. Le terrible événement épargna peut-être çà et