Essai d'une théorie du sentiment esthétique
L'élément objectif peut relever de différents ordres d'idées, suivant que l'on considère, soit chez l'homme, soit chez l'animal, quel sens il est susceptible d'impressionner plus immédiatement: les ondes sonores et les ondes lumineuses donneront, par exemple, matière à des jugements esthétiques de condition différente en affectant soit le sens de l'ouïe, soit celui de la vue.
Nous retrouvons même la Beauté au delà des choses « sensibles ». Chaque jour nous en appliquons la notion à des matières d'ordre purement moral : c'est ainsi que nous disons un beau caractère, une belle pensée, etc.
La notion du Beau est donc fort étendue. Il est difficile de l'embrasser d'un coup d'œil dans son ensemble, surtout quand à ces variations de l'élément objectif viennent se joindre celles que l'élément subjectif comporte à son tour.
Aussi, n'est-ce pas du Beau dans sa généralité que je compte m'occuper dans cette étude, mais uniquement du Beau « sensible », et plus spécialement encore du Beau plastique, essentiellement corrélatif du sens de la vue.
Cet ordre de choses épuisé, nous pourrons examiner, en manière de conclusion, si les principes déjà posés pour la vue ne sont pas susceptibles d'être généralisés en ce qui concerne l'exercice des autres sens, et si même on ne peut les étendre au domaine moral dont nous avons parlé.
Le Beau plastique s'entend des phénomènes esthétiques reposant essentiellement sur le sens de la vue.
Il comporte, avons-nous dit, deux éléments, l'un objectif, l'autre subjectif, que nous allons successivement analyser.