AVANT-PROPOS
An aliis in regionibussimilia contingant, ignore: unicuique enira regionî sua est medicina, sua mcthodus. Quare neminem darnno, neminem a medicina sua indigena in usum revocanda dissuadeo. Si experti loquuntur et scribunt, credendum iis
est ; sin minus minime. Ideo remcdiorum su~
pellex varia esse potest in variis regionibus ; sed præcepta bene medendi eadem in omnibus.
(Baglivius, Append. ad Pleur...)
Destiné à exercer la médecine sous un ciel si différent de celui où s’est poursuivi tout entier le cours de nos études médicales, et profondément pénétré d’ailleurs de l’importance et de la vérité des préceptes exprimés dans les paroles que nous avons prises pour épigraphe, nous avons dû tenir nos regards tournés sans cesse vers tout ce qu’il pouvait y avoir de particulier dans l’application à notre pays des préceptes généraux de la bonne médecine. Nécessairement privé d’expérience personnelle à l’égard de cette application, privé même nécessairement du bienfait de l’observation actuelle, devions-nous nous laisser abattre par cette considération? Mais, quand nous n’aurions pas su, avecBaglivi, que les préceptes de la bonne médecine ne varient nulle part, n’y avait-il pas pour nous une source inépuisable de courage et de force dans ces paroles de Zimmermann : «C’est l’expérience des autres qui doit nous instruire, leurs pensées nous éclairer, et, pour ainsi dire, leurs ailes nous porter, avant que nous puissions être inventeurs (1).»
(I) Zimmermann, Traité de texpér. en méd. } t. 1, p. 48.
Aussi, lecteur assidu.des ouvrages de ces hommes immortels qui ont tenu et tiennent encore avec tant de gloire le sceptre de la science médicale, nous n’avons point négligé, Dieu le sait, l’étude des travaux plus modestes de ces hommes qui n’ont vu , pour ainsi dire, que ce que nous devons voir, combattu ce que nous aurons à combattre. Les ouvrages de Pringle, de Lind, de Dazille, de Moselez (Benj.), Thomas (Rob.), Curtis (Ch.), etc., ont occupé, dans nos études, un temps que doit justifier sans doute l’importance qui résulte pour nous de la spécialité de leurs travaux.
Nous pouvons donc, nous le croyons du moins, nous rendre cette justice , que jamais nous n’avons perdu de vue ce qui devait, selon nous, faire l’objet principal de nos études; et au moment où, rappelé dans notre pays natal par tous les genres d’affections, nous allons nous présenter de nouveau à nos compatriotes, nous espérons que cet Essai sur la topographie médicale de Maurice, sera considéré par eux comme un témoignage évident de la sympathie et de l’amour que nous avons conservés toujours pour notre commune patrie.
Une topographie médicale, pour être complète, est sans dpute un sujet trop vaste pour une dissertation de ce genre. On pourra donc nous reprocher d’être incomplet, nous le savons; mais lors même que la nature seule de notre travail, considéré comme thèse, ne nous imposerait pas des bornes assez étroites, nous avouerons que le développement pratique, appliqué, des lois de l’hygiène ayant été le but principal de nos efforts, nous avons pensé qu’il nous serait permis de rétrécir un peu le vaste cadre dans lequel nous étions entré.
Malgré cela, nous sommes loin de nous dissimuler com-
bien est immense et difficile la tâche, que nous nous sommes imposée ; si nous avions suivi le précepte d’Horace : « Quan- «tum valeant humeri», nous aurions décliné à la fois l lionneur et les dangers d’un pareil travail. Mais nous avons espéré que, malgré son imperfection nécessaire, on nous saurait gré peut-être de l’avoir entrepris, et qu’on nous tiendrait compte de nos intentions. Nous ne désespérons point d’ailleurs, fort que nous sommes de l’expérience de nos maîtres, d’avoir signalé quelques dangers , rappelé quelques principes négligés , donné enfin quelques conseils utiles pour l’hygiène publique et privée, puisés dans la connaissance des conditions climatologiques diverses où se trouve notre pays.
L’homme immortel qui a posé d’une main si ferme les bases de la science médicale, et qui n’a laissé y pour ainsi dire, à ses successeurs que le droit de féconder ses admirables observations, avait reconnu déjà, il y a près de trois mille ans, qu’il fallait aller chercher hors de l’homme, et dans tout ce qui l’entoure, les causes de la plupart des maladies qui menacent son existence ; il avait exprimé en* quelques mots simples cette nécessité, pour le médecin honnête, de remonter d’abord avant tout à la connaissance exacte des sources du mal qu’il veut combattre : «Qui artem medicam «recta investigatione consequi volet, is primum anni «tempora, ventos et aquas in considerationem adhibere «debet (1).»
Qui peut en douter, en effet ? L’air que l’homme respire , l’eau qui l’abreuve, les lieux qu’il habite, renferment les
(1) Hipp., de Aere, aquis et locis, cap. 8.
principes de la conservation et delà destruction de son être exercent sur lui une action directe, continue, nécessaire inévitable, qui modifie sans cesse les lois de l’organisme. C’est donc à ces agents ; dont les effets ne reconnaissent point d’intermission, que nous avons demandé compte de la plupart des phénomènes pathologiques que présente notre pays, et c’est contre eux aussi que nous avons essayé quelquefois de les prémunir.
S’il est difficile en général à l’homme continuellement placé sous l’influence de ces puissances toujours actives, de conserver longtemps son existence à l’abri de toute affection morbide, de toute infirmité, de combien de dangers ne sera-t-il pas enveloppé, lorsque le sort ou les circonstances le livreront à la merci d’une atmosphère agitée par de grands et continuels bouleversements, ou l’abandonneront sur un sol embrasé dont les dévorantes ardeurs ne tarderont pas à dessécher les sources de la vie ! Le rapport entre la cause et les effets devient alors plus étroit, plus manifeste ; et comme l’exacte connaissance des unes nous semble pouvoir servir puissamment à prévenir ou à borner les autres , nous ne croyons pas avoir excédé les limites de notre sujet, en nous occupant principalement de l’hygiène de notre pays, et en terminant notre travail par l’étude de quelques maladies endémiques.
Nous nous plaisons à croire que, en suivant cette marche, dont nous espérons ne point nous être écarté, nous serons Arrivé peut-être à quelque vérité utile pour notre pays , et c’est là le but constant de tous nos efforts, hœc meta laborum.