‹ Essai d'une topographie médicale de l'Ile MauriceChapitre 3 sur 9 · DE L’ILE MAURICE · texte numérisé non relu

DE L’ILE MAURICE

Historique. — Le x\' e siècle venait à peine de finir que la soif des voyages aventureux, allumée quelques années auparavant par la découverte de l’Amérique, avait entraîné les Portugais bien au delà du promontoire des Tempêtes, jusque dans ces mers de l’Asie devenues depuis la route naturelle des Indes orientales. Les îles situées à l’est de l’Afrique ne pouvaient échapper longtemps aux recherches de ces hardis navigateurs. Aussi dès 1505, don Pedro de Mascarenhas, un de ceux qui s’étaient jetés les premiers sur les traces de Vasco de Gama, avait pris déjà, au nom du roi de Portugal, possession d’une île qu’il appela d’abord Da Cerno, et qui se nomme aujourd’hui l’île Maurice. Quoique l’histoire et les traditions antiques ne permettent guère de douter que lès côtes de l’Afrique n’eussent été déjà explorées dans toute leur étendue par ces vaisseaux qui, partis de Carthage, vinrent, au bout de trois années, aborder sur les rivages de l’Egypte, par la mer Rouge, il semble peu probable que l’antiquité ait eu jamais aucune connaissance de nos îles, puisque réduits, pour se diriger, au secours incertain des étoiles, ceux qui tentèrent ces audacieuses entreprises ne perdaient la côte de vue que lorsque la violence des courants les éloignait de la terre. Quoi qu’il en soit, les Portugais n’ayant fait à Da Cerno aucun établissement, cette île passa en 1580 sous la dorai

1842. — Miche!. 2

nation de Philippe II, roi d’Espagne. Abandonnée par les Espagnols r les Hollandais, sous les ordres de l’amiral Wibrand Van Warwick, en prirent possession le 20 septembre 1598, et la nommèrent Mauritius, en l’honneur du stathouder. Abandonnée encore en 1712 par ces derniers, M. Dufresne en prit possession , au nom du roi de France, le 10 Septembre 1715, et lui donna le nom dlle de France. Près d’un siècle plus tard, le 3 décembre-1810, Vile capitula, et elle fait depuis lors partie des possessions de la Grande-Bretagne. Ainsi cette colonie, possédée par cinq nations différentes, après avoir porté successivement les noms de Da Cerno, de Mauritius et de Vile de France, a repris aujourd’hui son ancien nom-de Vile Maurice (1),

Géographie. L’île Maurice, point important sous le rapport agricole, commercial et militaire, est située entre les tropiques, à trois degrés de celui du Capricorne, à 120 milles ait nord-est de Bourbon, à 480 milles est de Madagascar, et environ a 300 milles ouest de Rodrigue ; par 19° 58' 45", et 20° 32' 24"de latitude sud, et par 57° 17' 56" et 57® 46' 30" de longitude à l’est du méridien de Greenwich. Sa forme est irrégulièrement ovale. Le sommet du nord est plus allongé, et celui du sud plus aplati. D’après M. Vabbé de La Caille, le contour de nie est de 90,668 toises. Le plus grand diamètre est à peu près nord et sud de 31,890 toises, et la plus grande largeur, prise à peu près est et ouest, est de 22,124 toises; sa superficie est de 432,680 arpents ou 676 milles carrés, et sa population d’environ 400,000 âmes, ce qui donne à peu près 148 personnes par mille carré. « Sur cette quantité, dit le baron d’CJnienville, un tiers environ est occupé par lès montagnes , mares , rivières , ravines, etc., et doit être considéré comme incultivable ; un cinquième en cultures diverses ; un sixième en savanes;

. (1) Voir, pour de plus amples détails, les Tableaux historique,politique et pittoresque de l île de France , de M. Magon de Saint-EUier, et la Statistique de Idc Maurice, par le baron d’Cnienvifle.

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le reste, d’un peu mains d’un tiers, est en forêts plu» ou moins gar

nies, et pourrait être cultivé » (1).

Hydrographie. —Le terrain s’élève, par une pente douce, depuislô bord de la mer jusqu’au centre de File. Elle est arrosée par dix-huit bassins remarquables; par quarante-six rivières, vingt-six ruisseaux, et une trentaine de ruisselets qui se rendent à trente-huit canaux principaux. Ces différents cours d’eau sont en général encaissés , et la plupart d’entre eux, d’un aspect varié et pittoresque, ont Uni par se-creuser sur le rocdes lits profond» où ils deviennent en certaines circonstances des torrents impétueux. A trois lieues du port Souillac, entre les quatre bornes des plaines Wilhems et la Savanne, au milieu des forêts et des montagnes, on trouve un magnifique réservoir appelé le Grand-Bassin , à propos duquel nous ne pouvons nous empêcher de citer les intéressantes observations faites les4, 5 et 6 juin 1835 par M. J. A. Lloyd, ingénieur civil. «Élévation au-dessus du niveau de la mer, selon le terme moyen de vingt obs rvations barométriques, 2,179 pieds anglais. Surface de tout le bassin en arpents anglais, 17,766 pieds. Plus grande profondeur, 60 pieds. Terme moyen de la profondeur du bassin au nord-nord-ouest, eau stagnante et fond boueux, 48 à 57 pieds. Dito, du côté du sud, 12 à 25 pieds. Température de l’eau le 6, à neuf heures du matin à la surface, 62° Farenheit. Dito du fond dans, l’endroit le plus profond, 68°; froid extrême de *1 atmosphère pendant les trois jours, 57°' 4'. Chaleur extrême de l’atmosphère pendant les trois jours, 64°. Terme moyen de la déclinaison de l’aiguille aimantée, les 5 et 6, 11° 27' 33" ouest. Élévation du camp de Gurepipe , au-dessus du niveau de la mer, 1,817 pieds. Dito pont Col ville, 868 pieds » (2).

(1) Voir la Géographie de Malte-Brua, et la Carte des lies de France et de Bourbon, par M. Geoffroy, publiée dans l’Atlas du Voyage de M. Bory de Saint- Vincent, 1804.

(2) VviihXPpusctàsur file de, France, par M. Magon, 183&

Montagnes . — L’ile est coupée par quatre chaînes de montagnes* dont deux dirigées du nord au sud, et deux de l’est à l’ouest. La hauteur du sommet le plus élevé vers le nord de l’île est de 420 toises (montagne de Piter-Booth). Celle de la seconde chaîne (montagne de la Rivière^Noire) dans l’ouest, est de 424 toises. Celle de la troisième (montagne des Bambous) au sud, est de 322 toises. La quatrième chaîne (piton! des Faïences), enfin, à l’est, n’a que 223 toises de hauteur perpendiculaire. Entre ces diverses montagnes se trouvent des coteaux et des plaines, dont la base, formée par des bancs de roches, est recouverte de terre végétale , superficielle. Dans le milieu de l’île elle est plus profonde à mesure qu’on s’approche du rivage. A l’époque de la découverte de l’ile , les forêts descendaient des hauteurs jusqu’aux bords de la mer. Depuis lors les défrichements successivement exécutés pour les besoins de la culture ont déboisé toute la zone inférieure des montagnes et même quelques sommets; mais le centre de l’île est encore couvert de sa végétation primitive. Ce déboisement paraît avoir influé d’une manière fâcheuse sur le climat et sur la fertilité du sol.

Ports. — L’île offre vingt-deux mouillages, dont trois principaux. Ces trois beaux ports sont: cçlui du Port-Louis, au nord*ost: on ne peut y entrer qu’avec assez de difficulté, mais on a l’avantage d’un vent presque toujours favorable pour en sortir; aussi est-ce dans cet endroit que la ville principale a été bâtie. Celui du Grand-Pért, au sud-est, est beaucoup plus vaste , mais moins avantageux, parce que les vents, soufflant de la même partie pendant la moitié de l’année, en rendent la sortie très-difficile. Les Hollandais avaient abordé à ce port et y avaient formé leur premier établissement. Enfin le port de la Rivière-Noire, à l’ouest, et les autres, peuvent donner abri aux navires dans un cas de danger.

Côtes.— Escarpée au sud, la côte est plane dans les autres parties, et partout elle est bordée de récifs formés par des masses de rochers

et des bancs de coraux qui, dans certains endroits, s’avancent a plus d’une lieue en mer, et sont assez élevés dans d’autrçs pour former des îlots de plusieurs pieds de hauteur.

Géologie. — Minéralogie.

Sol. — Le sol de cette île est aussi varié que sa température; il change d’une rivière à l’autre, d’une montagne à l’autre; mais tout, y porte des traces manifestes de l’action primitive du feu; et malgré l’opinion contraire de plusieurs naturalistes, qui voudraient rapporter à quelques révolutions antiques causées par l’impétuosité des eaux les accidents divers dont cette île est semée , il est certain qu’ils ne doivent être attribués qu’à l’activité incessante des feux souterrains. L’aspect des montagnes, et leur composition , examinée avec soin par M. Bailly, ne permettent plus de douter quel’île entière n’ait été primitivement qu’une masse volcanique épuisée par de fréquentes éruptions. Chacune de ces montagnes est un amas de pyrites ferrugineuses. Elles présentent, vers le centre de l’île, une coupe abrupte, et s’abaissent insensiblement du côté de la mer. Toutes les couches qui les composent, inclinées sur l’horizon et formées d’une pierre grisâtre très-dure, se prolongent sous les plaines, et jusque dans la mer, où elles sont recouvertes, presque dans toute la circonférence de l’île, par des coraux et des madrépores. Des lits d’argile sont interposés entre ces bancs.

Ilots. — L’île est entourée de plusieurs ilôts que quelques naturalistes ne regardent que comme des fragments qui en aiiraient été détachés par l’effort des feux souterrains (t).

(1) Voir ce qu’en ditM. Bory de Saint-Vincent. Voy. dans les Quatre principales lies des mers d’Afrique , 1.1, p. 152.

Roches. —- Les roches appartiennent, d’après M. Bailly, à la classe que Dolomieu appelle argilo-ferrugineuses. Elles sont presque toutes porphyritiques avec cristaux de Péridot, mélangées de pyroxèneetde feld-spath. L’île est pleine de pierres piquées. Ce sont des laves poreuses basaltiques et lithoïdes, Dans les cavités de quelques laves, on trouve de la chaux carbonatée cristallisée, des laves «confiées, mélangées de chabasie , d’amphibole, de géolithe, de la chaux phospha tée, du fer phosphaté. Dans les lieux bas et marécageux, on trouve du fer oxydé hématite. Les basaltes sont prismatiques.

MMi. Cossigny et Sonnerai, partisans dé l’origine volcanique de l’ile, citent encore à l’appui de leur opinion l’énorme amas de cendres accumulé près de la montagne du Corps-de-garde.

Couches géologiques. On a trouvé en différents endroits de l'ile des couches irrégulières alternativement formées de terre végétale, mêlée de petits débris de laves poreuses, et séparées d’une couche semblable par une, terre argileuse (1).

PlusieursTavmes, celle surtout au fond de laquelle coule la rivière de la Cascade, sont d'entelées. M. Legentil attribue ces accident* à l’action, de l’eau. Çeta peut être ; mais ne serait ce pas plutôt, comme le pense M. d’Unienville, une violente commotion souterraine qui aurait causé cette immense déchirure?

Cavernes. — I! existe dans l’île beaucoup de cavernes. LeSspluSi remarquables sont du côté de là Rivière-Noire, et l’on en voit une, entre autres , située à une lieue et demie de la ville , qui a 343 toises de lon-

(1) L’aspect de ces lieux indique clairement que les différentes révolutions a cratères se sont ôpéré'ëS successivement à des époques plus ou moins rappwcitées les unes des autres,, mais qui ont néanmoins laissé assez d’intervalle entre elles pour qu’une nouvelle couche de terre végétale ait eu le temps de se former sur chaque coulée de laves. (Note de M. Deroy', membre correspondant d* la Société d’histoire naturelle de l’île Maurice.)

«meur, onze voûtes, dont la plus considérable a de hauteur 3 toises, de largeur 4 toises, de longueur 58, et la moins grande a de hauteur 2 pieds, de largeur 1 toise 4 pieds, et de longueur 6 pieds. Pour quelques personnes, elle pourrait avoir été le soupirail d’un volcan ou l’ancien lit d’une rivière souterraine. Le grand bassin dont nous avons déjà parlé offre tous les caractères d’un cratère ancien; on compte dans l’île quatorze vieux cratères. Le terrain des environs est formé de laves globuleuses et vitreuses.

Le voyageur Bartolomeo, dont l’opinion d'ailleurs est favorable aux plutoniens, pense, lui, que l’ile a été submergée; c’est ainsi qu’il cherche à expliquer la présence de certaines pétrifications (1), témoignages authentiques, suivant lui, du séjour de la mer, et qu’on prétend avoir trouvés dans l’île. Nous ferons remarquer d’ailleurs que l’on fie rencontre dans l’intérieur que des coquilles terrestres et fluviatiles (2)1 ra • - . -

Madrépores. — L’île est environnée de madrépores et de coraux qui croissent chaque jour et tendent à l’agrandir (3),

(1) On various mountains of the ïsland which lie at a distance from tke sea there are found a greàt many càleareous substances and different kinds of petrifiedmuscles and shellfish which hâve nearly their natural form, so that they can be clearly distinguished from each other. Their présent situation can be no otherwise accounted for , than by suppàsing that they were either deposited at the time when these mountains were covered'by thc flood, or that they were carried thither by the united efforts of water and volcanic fire.

(2) Histoire de Maurice , de M. Magon.

(3) M. Desjardins a vu à la suite de l’ouragan du 6 mars, sur quelques parties

du rivage de Flacq, un accroissement de 6, B et 10 pouces. C’étaient des buttes de sables madréporiques enlevées par les vents, et retenues peu après par les pluies et la végétation du gazon qui tapisse toute la côte {Rapp. ann. sur les tracée la Société d'hist. nat. t 1836). .

On a vu, dit-on, ces zoophytes fixer, avec le temps, des navires aux rochers. L’île aux Tonneliers est formée entièrement de débris de coquilles et de madrépores. M. Bory de Saint-Vincent a trouvé près de cette île trois morceaux d’une substance qu’il reconnut pour être de même nature que les aérolithes tombés en divers lieux de la terre.

Pierres ponces. —Du côté de Flacq, au vent de l’île, on trouve des pierres ponces jetées sur la surface du sol et sur des lits de coraux. On pense qu’elles y ont été apportées parles courants ou poussées par les vents généraux; elles put été, presque toutes, enlevées par les corroyeurs, dit M. Deroy.

Fer. — Il a existé dans l’île une manufacture de fer, dont lesr produits firent plusieurs fois l’étonnement des voyageurs. Le célèbre Bougainville ne pouvait se lasser de l'admirer,; il en avait peu vu, disait-il, d’aussi belles en Europe (1).

Chaux. — La chaux se prépare avec les coraux et les coquillages, mais elle a, ainsi que le sable employé dans l’île, le grand inconvénient de contenir beaucoup de chlorhydrate de chaux et de magnésie, qui, unis au sel marin, attirent l’humidité de l’air, rendent les bâtiments insalubres et accélèrent la destruction des bois lorsqu’on ne prend pas beaucoup de précautions.

Sel .— 11 y a de très-bonnes salinés établies près le fort Blanc, et qui donnent tout le sel nécessaire à la colonie. « On fut fort surpris, il y a peu d’années (disait en 1812 M. Chapotin) (2), de retirer de deux ou trois carrés de cet établissement 300 kilogrammes de sulfate de

(1) Vojage autour du monde, t. 2, p. 392.

(2) Topogr. méd. de Vile Maurice.

magnésie. C était en été, il faisait une chaleur extrême, accompagnée dorages assez fréquents.» D’autres salines ont été établies dans 1 de depuis cette époque.

Eaux.

Toujours agitées par un mouvement rapide au milieu des rochers, les eaux sont légères et excellentes dans presque toutes les rivières. Celles du ruisseau des Lataniers, qui coule près de la ville, contiennent une substance bitumineuse particulière, qui détermine à la peau des animaux qui en font usage diverses éruptions; elles peuvent même devenir très-meurtrières dans certaines saisons.

Eaux ferrugineuses. — Une source minérale ferrugineuse fut découverte en 1818 au champ de Lort, chez M. Tielmann. La colonie se crut sur le point de n’avoir plus rien à envier aux sources minérales de l’Europe les plus renommées. Tout semblait faire croire que cette eau procurerait de . grands avantages aux malades ; mais elle est tombée, nous ne savons pourquoi, dans un oubli presque complet.

Hippocrate (<de Aere, aquis et locis ), et, depuis lui jusqu’à nos jours, beaucoup de médecins ont voulu rattacher à l’influence constante des qualités physiques et chimiques des eaux l’existence des maladies endémiques diverses. On a donc souvent demandé à l’analyse de déterminer les proportions différentes des éléments qui entrent dans leur composition, et les résultats ont été, pour l’île Maurice, que les eaux généralement employées dans cette île pour les usages domestiques contiennent une très-forte proportion de carbonate calcaire. M. Desnoyers a signalé, en outre, cette particularité remarquable, que parmi les nombreuses sources qui s’écoulent des flancs de certaines de nos montagnes, les eaux de celles qui prennent naissance sur le versant occidental sont saumâtres , purgatives même, et dissolvent mal le sa-

1812. — Michel.

von ; tandis que sur le versant oriental de ces mêmes montagnes les eaux sont excessivement pures (1).,

Sous le gouvernement de M. de La Bourdonnaye, au nom duqueUe rattachent tant de travaux utiles, les eaux qui se distribuaient au Port- Louis, très-pures à leur source, mais traversant, pour arriver à cette ville, des terrains chargés de sels de cuivre, y dissolvaient une partie de ces sels, et leur usage avait déterminé une épidémie dysentérique qui fut très-meurtrière. M. de La Bourdonnaye fît arriver ces eaux dans la ville au moyen d’un aquéduc en maçonnerie, et l’épidémie fut arrêtée. On a, depuis lors, construit plusieurs canaux dans le même but, le canal Dagot, le canal Bathurst, etc. Les qualités ferrugineuses des eaux du reste de File n’ont jamais, suivant Dazille (2), porté aucun préjudice à la santé publique.

Les eaux de puits, qui sont nombreuses d’ailleurs à Maurice, malgré les assertions contraires de M. C. Stirling, de la Société asiatique de Calcutta, y sont généralement saumâtres comme celles dont nous parlions plus haut (3).

Des circonstances particulières et accidentelles peuvent,sans doute, apporter aussi dans la composition des eaux des modifications importantes, dont les résultats, passagers aussi, offriraient un caractère épidémique à l’observation du médecin. Pendant l’année qui s’écoula de janvier 1823 à mars 1824, trois épizooties se succédèrent avec une rapidité cruelle, dont on crut devoir chercher la raison dans quelques phénomènes météorologiques de ce genre, de grandes pluies, un ouragan , un coup de vent. Nous insistons d’autant moins sur cette explication que les phénomènes dont nous venons de parler nous semblent avoir dû porter leur action autant au moins sur l’atmosphère, modi-

(1) Rapp. ann. sur les travaux de la Société d’histoire natur. de l’tle de France, p. 23;1837.

(2) Maladies des nègres.

(3) Voy. Cursory notes of Mauritius made in 1827; Calcutta, 1833.

liée d’une manière ou d'une autre, que sur la composition des eaux elles-mêmes.

Botanique.

11 n’entre pas dans le plan que nous nous sommes proposé, de tracer ici un tableau complet de la riche végétation de l’ile Maurice. Noùs nous bornerons à citer, parmi les arbres et arbustes, et les végétaux d’un ordre inférieur, ceux qui par leurs usages offrent plus ou moins de rapports avec la médecine et l’hygiène. Nous choisirons donc» parmi les fruits d’abord , les légumes ensuite, les céréales, les épices et les plantes médicinales, ceux qui nous sembleront devoir offrir le plus d’intérêt. Nous croyons utile cependant de faire précéder cette étude de quelques détails généraux sur la végétation de l’île et son influence hygiénique.

L’île était couverte de bois lorsque les Portugais y descendirent; mais chacun des peuples qui la possédèrent successivement depuis cette époque se hâta de détruire ces vastes forêts, dont le défrichement se poursuivit en quelques endroits jusque sur les montagnes. On eut bientôt à se repentir d’avoir mis dans cette destruction si peu de ménagements. Plusieurs quartiers, ceux surtout des Pamplemousses et de la Poudre-d’Or, du Bois-Rouge, et de la Rivière-du-Rempart, complètement dépouillés de leurs forêts , virent baisser, se dessécher même les ruisseaux qui les arrosaiént. Dans la séance annuelle de la Société d’histoire naturelle, tenue en 1839, M. Bouton a appelé l’attention , la sévérité même du gouvernement, sur ce déplorable décroissement des forêts de l’île. Nous ne pouvons que joindre nos vœux à ceux de cet excellent citoyen, et applaudir à tous les efforts qu’il a faits pour prémunir le pays contre ces dangereuses spéculations qui tendent à livrer toute la surface de l’île à la culture exclusive de la canne à sucre.

Les tardives leçons de l’expérience ne furent point du reste perdues tout à fait, et c’est à elles qu’on doit la conservation des belles

forêts que l’on voit encore dans les quartiers de Moka et des plaines Wilhems, de la Savanne et de la Rivière-Noire.

Les arbres à fruits indigènes, privés d’une humidité bienfaisante et desséchés par les rayons du soleil, ne croissent qu’avec une lenteur extrême, et leurs racines, peu profondes, rampent à la surface du sol. Us sont d’ailleurs en très-petit nombre : ce sont les bigarrades, quelques espèces de citrons, plusieurs variétés de diospyros , la grenadille, et quelques autres arbres sans utilité. Mais il n’en est pas de même des arbres exotiques : l’île Maurice vit tour à tour s’acclimater dans son sein la plupart des arbres à fruits qui naissent dans les diverses°régions du globe, en Asie surtout, et beaucoup de ces arbres y croissent aujourd’hui sans culture. Il en est résulté une très-grande variété de fruits, qui d’ailleurs y mûrissent .toute l’année (1). .

Fruits. —•- L’importance des fruits comme aliments dans les pays chauds nous engage à commencer par eux l’étude des produits végétaux de l’île Maurice.

On peut diviser en cinq classes les fruits qui intéressent la médecine ou l’hygiène. Nous ne citerons d’ailleurs que ceux dont les caractères sont le plus tranchés dans chaque classe.

(1) Nous regrettons de ne pouvoir donner ici à l’étude des végétaux de notre île la place que lui mériterait son importance. La flore de l’île Maurice, tour à tour enrichie par les savantes recherches d’une foule d’hommes distingués dans la science, est devenue aujourd’hui beaucoup trop vaste pour pouvoir être resserrée même en abrégé dans une thèse. On trouvera d’ailleurs tous les renseignements désirables à ce sujet dans les ouvrages des savants naturalistes auxquels nous renvoyons :

Voyez Histoire des plantes de la Guyanefrançaise, 4 vol. in-4°; Londres et Paris, 1775, dont 2 des planches au nombre de 400. — Willemet, Herbarium mauritianum . "Voyez sa Notice dans les Actes de la Société d‘hist. naiur. de Paris, 1792; — I e Mag. encyclopédique del792 et 95, et les Annales de botanique du professeur Uslert, 7 e partie, page 129. - Aubert du Petit-Thouars. Voy. et Hist. des végétaux re-

Première classe i Acidulés, tels que la bibas (mespilus japonica j, l’ananas (bromeüa ananas), la grenade ( punica granatum), etc. Deuxième clas.se : Les fruits acides, tels que le citron (citrus acida ), le limon (citrus), le tamarin (famarindus indica), etc. — Troisième classe: Les fruits doux et nourrissants, tels que la banane ( musa paradisiaca), la papaye (carica papaya ), le fruit à pain (artocarpus incisa), etc. —Quatrième classe : Les fruits sucrés, tels que la mangue (mangifera indica), le litchi (dimocarpus litchi), latte (annona squamosa), l’avocat (laurus persea) etc., etc. — Cinquième classe : Les fruits astringents., la goyave rouge ( psidium pyriferum ), etc.

Tous ces fruits seraient d’une qualité supérieure si la culture en était plus soignée, et il est à regretter qu’il n’en soit pas ainsi ; car le monde s’est trouvé, pour ainsi dire , sous le point de vue alimentaire , divisé en deux grandes sections. Sage et toujours prévoyante, la nature a mis partout le goût d’une alimentation spéciale à côté de l’utilité , du besoin de cette alimentation.

Dans les climats tempérés ou froids, et pendant les saisons qui semblent encore les rapprocher de l’un ou de l’autre pôle, les organes, l’économie tout entière, entravés dans leur action, éprouvent le besoin d’aller chercher dans une alimentation forte, solide, animale , le ton ,

cueillis dans les îles australes d‘Afrique; Paris, 1805, in-4° de 15 et 20 pl. Mélang . de botanique et de voy., in-8°; Paris, 1811. — S. E. Robert T. Farquhar, esq., gouverneur; Catalogue des plantes exotiques cultivées à Vile Maurice (impr. au Port- Louis, par Baron et Souvignée, nov. 1816, p. 31). — Nouveau catalogue imprimé par Mallac frères, au Port-Louis, in-4°, p. 44. — ha. Monographie des orchidées des îles de France et de Bourbon, par M. A. Richard (4 e vol. des Mém. de la Soc. d’hist. natur. de Paris ; 1826, p. 1-74). — L'Hortus mauritianus, ouvrage d’une grande valeur scientifique, publié par M. Bojer, en 1837. — C’est enfin dans le cours de la même année, dit le Rapp. ann. de la Soc. d'hist. nal., qu’a paru le 1 er Catalogue raisonné des plantes phanérogames et cryptogames qui croissent à la surface de notre île, etc.

le stimulus, qu’ils ne peuvent trouver dans une atmosphère où l e mouvement organique tend à disparaître comme la chaleur.

Entravées aussi, ou plutôt opprimées par l’excès constant de stimulation dans les pays chauds , les fonctions de l’organisme qui languissent ont-elles besoin d’une stiraulâtion nouvelle, ont-elles besoin qu’on ajoute du feu à l’incendie? Les fruits deviennent alors une ressource précieuse. Peu alimentaires , peu stimulants par eux-mêmes, ils garantissent l’économie contre une partie des dangers qu’entraînent avec elles la turgescence et la pléthore, si redoutables sous des cieux ardents. Chargés, presque tous , de quelque principe acide, ils tempèrent, ils rafraîchissent, « ils exigent, en général, moins d’efforts de digestion , ce qui s’accorde avec la faiblesse des organes digestifs; en donnant moins de vigueur ils maintiennent la vie dans une douce et constante médiocrité» (1).

Dieu, dit Van Swietèü, Dieu a dit aux fruits de croître en abondance dans les pays chauds et pendant les saisons chaudes, car l’homme alors en a besoin pour lutter à la fois contre les ardeurs dévorante* du soleil et les dispositions bilieuses de l’économie (2).

L’utilité des fruits, et particulièrement des fruits acides, est donc incontestable partout, et dans toutes les circonstances où l’action de* vaisseaux tend à devenir exagérée. Les reproches que l’on a faits à cette alimentation s’adressent à l’abus qu’on en peut faire bien plutôt qu’à son usage légitime et modéré. Mais de quoi n’abuse-t-on pas? Et s’il est facile de rejeter sur eux ces embarras gastriques, suivis souvent de diarrhées et de dysenteries rebelles, ces flatulences, ces coliques, ces empâtements viscéraux, quelques maladies cutanées même»

(t) Virey, Dictionn. des sciences méd., vol. 17, p. 91.

(2) «Creator eo s (fructus) jussit abuudare eo tempore, dum m'olesto calore aæstuant sub æstivo sole hommes et disponitur sanguis ad atrabiliariam, necnon ainflammatoriam cachocbymiam ; durant in autumnum usque, ut illoruro usu «solvi possit et blanda vi al vu m taxante expelli melancholica saburra *stati* «tempore collecta.»

tout ce cortège enfin de symptômes abdominaux qui sévissent particulièrement sur l’enfance, ne serait-il pas aussi facile de répondre que des médecins tels que Tissot, Zimmermann, Degner, Pringle, etc., ont été souvent demander aux fruits d’utiles secours contre plusieurs de ces maladies ?

Tous ces reproches, d’ailleurs, perdent une partie de leur valeur quand il ne s’agit plus des zones intermédiaires. Si la température, si la nature même du sol entre les tropiques, impriment à l’organisme des modifications profondes, cette influence n’est guère moins remarquable dans l’élaboration des sucs de nos fruits; leur saveur et leurs diverses qualités n’ont guère de commun avec la saveur et les qualités des fruits de l’Europe que le nom qui sert à les exprimer. 11 deviendrait sans doute inutile, après cela, de rapporter ici les diverses autorités sur lesquelles on pourrait appuyer ce que nous avons dit à propos des fruits. Nous sommes très-loin d’ailleurs de contester la funeste influence que peut exercer , même sous les latitudes équatoriales, un usage peu modéré des fruits de ces contrées, ceux surtout dont l’abondance et l’agréable saveur rendent l’abus à la fois séduisant et facile. Nous avons nous-même été témoin .de plusieurs épidémies dont la cause était certainement de cette nature; mais une importante remarque à faire, c’est que , si d’un côté cette abondance, cette profusion de fruits favorisent et déterminent sans aucun doute le développement d’un certain nombre d’affections du tube digestif, la rareté des mêmes fruits, leur manque absolu, ne sont guère moins redoutables, et déterminent les mêmes affections sur le même ordre d’organes. C est ainsi que, dans le cours de l’année 1824, un grand nombre d’enfants furent emportés par une épidémie de dysenterie, dont l’opinion générale, celle du peuple comme celle de la science,s’accorda à rechercher la cause dans la disette des mangues , que divers orages et un coup de vent avaient complètement détruites cette année-là.

Il y a d’ailleurs, relativement au genre de fruits et à leur influence différente sur les tempéraments divers, une distinction importante,

que M. Londe, dit-il, a exprimée en quelques mots: « Les fruitsconviennent presque à tout le monde ; mais les mêmes fruits ne conviennent pas à tous les tempéraments, et notre goût, dans ce cas, est un guide infaillible : ainsi les mucilagineux fades ne seront pas digérés sans assaisonnements par les personnes d’un tempérament lymphatique, qui ont du dégoût pour ces fruits, et auxquelles conviennent mi^ux les fruits acerbes. Les fruits acides incommoderont les personnes irritables, auxquelles conviennent mieux les mucilagineux sucrés; tandis que les individus d’un tempérament sanguin et bilieux savoureront avec délices les fruits acidulés, qui leur sont si utiles pendant les chaleurs de l’atmosphère (1).»

Céréales.-*- Une partie des céréales de l’Europe sont cultivées à Pile Maurice; mais il faut chaque année renouveler les semences pour en prévenir la dégénération. C’est en Europe que nous les allons chercher, au cap de Bonne-Espérance, à Pile Bourbon même, dont le sol, malgré sa proximité de notre île, offre cependant une grande supériorité pour la culture des céréales.

On peut diviser en deux classes les diverses plantes céréales dont l’usage est le plus répandu à l’île Maurice :

Première classe : Les féculents proprement dits, le riz (oriza sativa ), le maïs (zea maïs), le blé ( triticum ), etc. Deuxième classe : Les féculents avec matière sucrée, tels que la batate ( convolvulus batatas ), le manihot (Jatropka manihot), la songe (arum) , etc.

Une partie de ces plantes, telles que le haricot, la fève, le maïs, etc., ont dû s’acclimater à Maurice avec d’autant plus de facilité qu’elles sont originaires des contrées les plus chaudes. C’est l’activité de leur végétation, dont elles peuvent parcourir toutes les phases dans l’espace de quelques mois, qui a permis de naturaliser ces utiles végétaux dans les climats dont la température est moins élevée.

(0 Bjrg'» t. 2, p. 113.

Le principe féculent, qui constitue la base des végétaux de notre première classe, se trouve dans ceux de presque toutes les parties du globe. C’est sans contredit le principe végétal qui nourrit le plus; aussi, est-ce le plus employé dans notre pays, il n’a point, comme l’aliment fibrineux, l’inconvénient de faire marcher promptement la vie , et il nourrit presque autant que lui. 11 élève peu la chaleur animale, et n’accélère pas sensiblement la circulation.

Riz.— Le riz s’emploie aujourd’hui dans toute l’Europe, mais on en fait, dans nos climats , une très-grande consommation. Il est très-nourrissant et facile à digérer. L’usage heureux qu’on en avait fait dans quelques maladies abdominales avait fait ranger autrefois cetté plante dans la classe des astringents : « Mais , dit Hallé (1) , s’il réussit quelquefois dans les dysenteries et les diarrhées, c’est en raison de sou mucilage.» Le riz est naturalisé dans le pays; une sorte d’heureux privilège semble avoir mis Maurice à l’abri des funestes influences qu’exerce dans l’Inde la culture du riz. Il faut, en Asie, pour cette plante, de vastes marais entretenus par la nature ou par l’art, et qui deviennent pour les malheureux agriculteurs dévoués à sa culture d’incessants foyers de mortalité. Des épanchements séreux, des engorgements lymphatiques généraux, ne leur permettent guère de prolonger longtemps une existence que tout s'attache à rendre misérable : «Maisà Maurice, dit M.Chapotin (2), il possède l’avantage précieux de convenir aux mêmes terrains que les autres grains, sans qu’on soit obligé de disposer en rizières, et par conséquent, de donner lieu au développement de ces gaz délétères si pernicieux surtout dans les pays chauds. »

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(1) Hygiène deTourtelle et Hallé, p. 213, art. Riz.

(2) Topograph. médic.; 1812, p. 18.

1842. - Michel.

Maïs. — Trop rarement employé chez nous aujourd’hui, le maïs offre une nourriture excellente. On a accusé cette plante, nous ne savons pourquoi, de déterminer à.la longue la production de la gale, et ce n’est peut-être pas un des motifs qui ont le moins contribué à faire abandonner son usage. Mais la gale, chez nous comme ailleurs, reconnaît pour cause la malpropreté: «Et ce qui le prouve, dit Hallé (1), c’est que la gale ne règne pas plus dans les pays où l’on fait un usage habituel du maïs, que dans tous ceux où cet aliment est inconnu.

Sous le rapport hygiénique, le mais est un aliment précieux. On sait toute l’importance qu’on y attache dans les plainesjle la Bourgogne, et si les qualités qu’on lui attribue dans ces provinces peuvent paraître exagérées, au moins est-il certain que son usage , si commun dans ces contrées, n’a rien oté à la vigueur de leurs habitants.

Aussi v nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer ici la vive satisfaction que nous inspirent les utiles efforts de M. Bouton, pour rappeler l’attention de ses concitoyens sur l’importance de la culture des plantes alimentaires. Nous espérons que M. Bouton, qui s’occupe de l'agriculture avec tant de soin et de talent, contribuera pour sa part à faire rendre dans notre île aux diverses céréales une partie du sol envahi chaque jour par la culture exclusive d’une plante à laquelle tout semble sacrifié.

Manioc * — Le manioc est très-nutritif , et son usage en farine est assez répandu dans Je pays. Mais il faut que cette nourriture soit préparée avec soin ; elle pourrait, sans cela , devenir la source de divers accidents plus ou moins graves. Cette plante contient, en effet, ou du moins plusieurs espèces dé cette plante contiennent un principe vénéneux qui disparaît par l’action de la chaleur ou des lavages fréquemment répétés. Nous avons été plusieurs fois témoin nous-même de

(1) Hygiène, art. Maïs, p. 213.

phénomène* toxiques occasionnés par le manioc chez l'homme et chez les animaux; mais ces accidents, plus effrayants encore que redoutables, se terminent presque toujoursd^ge manière heureuse,et tout se borne assez généralement à des v |jg yements et à quelques convulsions. Dans les cas malheureux y 4’auropsie n’offre, dit-on, aucune trace d’inflammation dans le tube intestinal. M. Henry avait pensé que ce principe vénéneux pouvait bien être l’acide hydrocyanique ; mais les recherches de M. Soubeiran n’ont point confirmé ce résultat (t). Le sucre à haute dose, l’eau de mer, le suc du roucou, etc., avaient passé longtemps pour en être l’antidote; mais ils ont malheureusement perdu cette prérogative , selon M. le professeur Richard (2). Firmin a guéri un chat empoisonné par le manioc, en le faisant vomir au moyen de l’huile chaude de navette. Mais faut-il attribuer la guéririson à l’huile de navette, ou bien au vomissement, ou bien même aux simples efforts de la nature, qui parvient presque toujours à guérir seule et sans le secours de l’art ?

Patate. — La patate ne se plaît que dans les pays chauds. Cultivée à l’île Maurice, et devenue pendant quelque temps un des principaux objets de consommation, elle avait presque été entièrement abandonnée , quand la Société d’histoire naturelle appela l’attention des cultivateurs sur la patate-Sully; Son Exc. M. le gouverneur; toujours empressé d’accueillir les idées utiles , fit publier dans la Gazette officielle du 9 août 1838, un avis, où, résumant les travaux de MM. Pitot et Bouchet, il recommande vivement aux habitants la culture de cette racine, et appelle leur attention sur les plantes alimentaires. Cet exemple suffira pour faire comprendre tout ce que peuvent faire la science et les lumières, toutes les fois quelles sont unies au désir d’être utile, et à cet ardent amour de l’humanité qui sait éclairer les

(1) Journal de pharmacie, t. 14, p. 393.

(2) Dictionn. de médecine, t. 19, p. 323,

hommes sur leurs intérêts véritables, même contre leurs intérêts apparents.

Songe,. — PresqueJÉÏIes nos rivières contiennent une plante connue sous le nom de song^arum), qui a pu servir comme aliment dans les temps de disette,. et qui fait même quelquefois la nourriture habi tuelle des classes pauvres de la société. C’est, d’ailleurs , un très-mauvais aliment, et son ingestion produit un singulier phénomène: ainsi, au bout de trois ou quatre heures, on éprouve autour de l’anus un prurigo insupportable qui dure quelques heures.

Légumes. — L’étude des plantes légumineuses de Pile Maurice n’offrant rien de bien particulier, et ne pouvant guère donner lieu qu'à des considérations générales qui se rattachent tout aussi bien aux végétaux du même ordre en Europe, nous suivrons à leur égard le plan que nous nous sommes tracé jusqu’ici, et nous ne nous arrêterons que ^ur une plante de cette catégorie, la morelle, renvoyant, pour de plus amples détails sur cette matière, à l’excellente thèse de concours de M, le professeur Trousseau pour la chaire d’hygiène (1837).

Brède ou morelle. — La brède ou morelle ( solanum nigrum ) est mangée tous les jours sans donner lieu jamais à aucun de ces accidents toxiques, que tous les thérapeutistes lui ont reprochés tour à tour. Ses baies ne sont pas plus vénéneuses que la plante, qui est émolliente. Nous avons nous-même, comme tous nos compatriotes, fait usage de cet aliment, et M. le professeur Trousseau, qui a souvent, ici à Paris , partagé des plats de brèdes accommodées à la manière de l’île Maurice, est à même de certifier ce que j’avance sur l’innocuité de ce végétal.

On emploie aussi diverses autres plantes, comme la pariétaire, Parroche, et presque toutes les plantes émollientes. Cette nourriture serait bonne et utile pour le climat, si l’usage n’y faisait ajouter du piment et autres épices en grande quantité.

Épices. — Il est impossible, en examinant la répartition géographique des végétaux condimentaires, de ne pas apercevoir une liaison intime entre leur nécessité et leur abondance dans un meme climat. Tous les condiments les plus âcres, les poivres, les piments, les huiles essentielles les plus brûlantes, cannelle, muscade, girofle, etc., sont prodigués par la nature sous la zone équatoriale; les habitants de ces climats énervants, conduits ou plutôt égarés par un instinct aveugle, en abusent, et bientôt le tube digestif partageant déjà, corpme nous l’avons vu plus haut, l’oppression générale de toutes les fonctions de l’économie, n’a plus d’autre action, pour ainsi dire, que celle qu’il va puiser dans la passagère et dangereuse énergie de ces assaisonnements, dont la funeste habitude est devenue pour lui une nécessité indispensable.

Nous sommes loin, du reste, de proscrire l’usage des épices. «Les assaisonnements, dit M. Londe (1), conviennent aux tempéraments lymphatiques, à la vieillesse, à l’habitant des climats très-froids et très-chauds, parce que le premier a besoin d etre stimulé dans son appareil circulatoire, et le second, dans son appareil nerveux. Ils sont contraires aux tempéraments sanguins, aux bilieux, au jeune âge, etc. » Ainsi donc, encore une fois, ce n’est pas l’usage, c’est l’abus que nous combattons. Est-il besoin d’aller chercher autre part la source de ces gastrites chroniques qui font chez nous tant de ravages, et qui amènent jusqu’à la destruction de la muqueuse stomacale. Nous savons qu’au point où l’excès de la civilisation a amené les mœurs actuelles, l’atonie naturelle et acquise des organes et des forces rend en quelque sorte leur usage nécessaire dans nos climats; mais nous savons aussi que c’est dans nos climats que leur abus est à la fois plus facile et plus terrible dans ses conséquences. Voilà pourquoi nous voudrions appeler l’attention de nos compatriotes sur ce point; trop heureux si nous pouvions contribuer à tarir

un peu cetle source féconde, d’où s’écoulent lant de maux sur notre

Nous ne parlerons que de quelques assaisonnements exotiques connus sous le nom à'épices , tels que poivre (piper), piment ( capsicum annuum ), ravensara ( agathopkyllum aromaticum ), muscade ( miristica officinalis) , miel ( mel ), champignons (fungi) , etc. (1). '

Le poivre, le piment, le ravensara, la muscade, etc., peuvent être assôciésavec avantage aux viandes blanches et aux végétaux mucilagineux fades. Us sont contraires aux tempéraments bilieux, sanguin, aux jeunes gens, aux personnes irritables, convalescentes de quelque inflammation. On fait dans le pays un emploi journalier de ces végétaux; mais ceux qui, sans contredit, sont le plus en usage, sont le piment et le safran, principalement dans un mélange de substances végétales et animales appelé carry dans l’île, et ctf/a/oa dans les îles de l’Amérique. Les mets les plus épicés sont les plus recherchés. Les habitants ont un goût très-prononcé pour les chatinies, les rougaijles, et autres plats favoris où entrent les condiments les plus âcres.

Nous ne craignons point de nous répéter en rappelant encore à ceux de nos compatriotes qui nous liront, quelle foule de maux on peut prévenir en se tenant en garde contre l’abus d’un pareil régime; nous ne le craignons point, car prévenir la maladie vaut mieux que de la guérir.

Sucre. — On a planté la canne à sucre partout où il n’a pas été impossible de le faire. C’est la principale, et à peu près la seule plante cultivée dans ï’ile. Pour elle, on a sacrifié en grande partie le manioc et le maïs, qui ont presque disparu de l’île. Il ne reste plus guère que quelques champs d’ambrevades [cajanus bicolor) , quelques caféries, quelques carrés de céréales, et plusieurs beaux jardins, un, entre autres,dont

t^l) Voir un Essai sur Cintroduction des arbres à épiceries à l’île Maurice, P ar M. L. Bouton. Rapp. de la Société d’hist. natur., p. 40, 1836.

les noms illustres de Céré et de Poivre ont porte la réputation jusqu’en Europe. Nous voulons parler du jardin botanique des Pamplemousses, chef-d’œuvre de science et dégoût, que des circonstances diverses avaient réduit à l’état le plus déplorable quand S. E. le gouverneur, sir W. Nicolay, créa un comité de surintendance pour aviser à lui rendre toute sa splendeur.

Le sucre, qui fait la richesse de noire île, ne nous offrant rien de bien particulier, nous ne nous en occuperons point.

Miel. — Le miel de Maurice, agréable et aromatique, a été remplacé de nos jours par le sucre. Le miel vert de Bourbon, beaucoup plus échauffant que le nôtre, a aussi un arôme et une saveur bien plus agréables.

Champignons. — Les champignons ( fungi ), placés indifféremment dans les aliments ou les condiments, causent de temps en temps, dans notre pays comme ici, des accidents toxiques graves. Nous citerons, au sujet de ces empoisonnements, un moyen de les combattre, dont l’emploi, consacré par le succès à Maurice, se trouve en opposition avec les expériences faites à Paris. Nous lisons dans la Gazette de l’île Bourbon et de Pile de France (1) : «La municipalité s’empresse de donner connaissance au public de l’avis qu’elle vient de recevoir du citoyen Fortin , concernant le remède spécifique contre le poison des champignons et du poisson. L’on fait boire au malade, de demi heure en demi-heure un gobelet d’une forte limo^ide au citron; on augmente le jus de citron si le malade n’a pas été secouru dès Le principe, et : on le lui donne à boire de quart-d’heure en quartd’heure; et à défaut de citron , l’on peut employer le bon vinaigre en même dose ; il produit le même effet pour les deux sortes de vénéneux. » Suivant M. Fortin, «il n’y a que les acides qui soient un contre^

(1) 2 vent, an Vil, n° 16 , p. 3.

poison aux champignons vénéneux et au poisson de mauvaise qualité (1).»A Paris, dans tous les cas d'empoisonnement parles substances narcotico-àcres, comme pour les champignons, on commence par une éméto-cathartique, quand on a lieu de penser qu’il y en a encore dans les voies digestives. D’après ce que nous avons dit plus haut, on voit que chez nous cela n’est point nécessaire, et que l’on ne craint point, en agissant immédiatement par le vinaigre, etc., de dissoudre le principe vénéneux (2).

Boissons .—Relativement aux boissons , que nous rangeons ici pour suivre l’ordre indiqué par M. Londe, nous n’avons rien à dire sur l’eau, dont l’utilité et les dangers sont les mêmes partout. Le vin, qu’on nous apporte d’Europe ou du cap de Bonne-Espérance, offre peutêtre moins d’inconvénients dans les pays chauds que sous des températures plys basses; le climat, par lui-même, en permet moins l’abus; et d’ailleurs, comme pour les assaisonnements, notre système digestif est habitué à être stimulé, et a plus besoin de stimulant.

Si l’homme, qui ne sait user de rien sans en corrompre l’usage, pouvait apprendre à rester dans les bornes indiquées par la nature, combien serait rétréci le cercle des infirmités dont il a fait son apanage! On ne peut, sans en avoir été témoin, se faire une idée des effroyables ravages qu’amène, sous la zone torride, l’abus des liqueurs alcooliques. L’action bienfaisante de ces boissons sur les divers appareils denleconomie, lorsqu’elles sont prises en petite quantité, convenablement étendues d’eau, et surtout de bonne qualité, n’a pas suffi, malheureusement, à un grand nombre d’habitants de ces contrées, surtout à la classe pauvre : ils en ont su faire un poison actif, dévorant, nécessaire, pour ainsi dire, à force d’habitude, et les rnalé -

(1) Journal et Gazette, n° 15, 2 e décad., prair. an 111, p. 84,85.

(2) Raige-üelorme, p. 243, t. 7, du Dictionn. de méd. Voir Devergie, Mèd. lég •

dictions de la science n’ont pu parvenir encore à en faire comprendre tous les dangers(1). Nous voulons surtout parler du tafia, qui, avec le rhum et l’eau-de-vie, partage le funeste privilège d’être la source d’une partie des maux qui pèsent le plus sur nos pays. Si leur usage était réglé avec une sage et prudente réserve, elles peuvent certainement donner aux forces digestives une activité plus grande, et diminuer peut-être ces transpirations abondantes dont l’excès affaiblit si promptement l’organisme. Prises en grande quantité, comme elles le sont presque toujours, si elles semblent d’abord développer les forces, c’est pour les dissiper bientôt avec plus d’énergie (2).

Les boissons aromatiques , telles que le thé et le café, méritent à peu près chez nous les mêmes éloges et les mêmes reproches qu’en Europe; nous ajouterons seulement, à propos du café, qu’on en fait chez nous un usage fréquent et heureux, comme antiscorbutique. Quant à ce qui regarde le thé, les sueurs abondantes qu’il provoque sont loin d’en justifier l’usage, et moins encore l’abus : il devient ainsi une cause débilitante ajoutée à tant d’autres, et qui devrait suffire pour ep faire proscrire remploi habituel.

Plantes médicinales. ?— L’île Maurice produit une infinité de plantes médicinales. Il existe dans ce pays peu de familles végétales qui n’offrent à la médecine des ressources précieuses, et lès vertus de ces agents thérapeutiques, appropriées par la nature à la guérison des diverses maladies propres au climat, les rendraient sans doute préfé-

(1) A potu maledictt istius arac. C’est ainsi que s’exprimait, sur cette dangereuse boisson, vers le milieu du xvu e siècle, un médecin qui avait pratiqué dans ces contrées, et qui attribuait à l’arac, ou tafia, une grande influence sur la production des maladies du foie que l’on voit si souvent dans ces pays (V. Bontius, de Med. ind. } part. 3, cap. 7, p. 26).

(2) Voyez à ce sujet l’excellente thèse de concours de M. le professeur Royer- Collard , 1838.

1842 . — Michel.

raWes à là plüpart dés médicaments qu’on apporte à grands frais de l’Europe. Ceci est surtout applicable aux diverses préparations officinales , dont une longue traversée ne peut guère manquer d’altérer ] es propriétés, quand elle ne leur en donne pas de contraires au but qu’on se propose. îNotre île a donc eh elle-même à peu près tout ce qui lui èst nécessaire our lutter contre les influences morbides attachées à sa température et à son climat; il ne faut peut être que des hommes à la fois instruits, Courageux et persévérants, pour faire aüx maladies diverses une application heureuse des médicaments indigènes, et en substituer l’usage,à ceux de l’Europe. Il existe d’ailleurs très-peu de médicaments, parmi ces derniers, qui soient supérieurs aux nôtres; et quand V’île Maurice est pleine aujourd’hui de médecins instruits, de pharmaciens et de chimistes distingués, on ne peut qu’espérer de voir bientôt leurs efforts réunis mettre d’abord à nu, par l’analyse, la constitution élémentaire de nos végétaux, en généraliser l’usage par l’expérience, et délivrer enfin notre pays d’un tribut qu’il payé depuis longtemps à l’Europe, par habitude, nous dirions presque par négligence. Si nos efforts, si les travaux auxquels nous prenons ici l’engagement de nous livrer, pouvaient obtenir jamais la modeste influence qui fera toujours l’objet de notre ambition, nous croirions avoir dignement mérité l’estime de nos concitoyens, en contribuant de tous nos efforts au résultat dont nous venons de parler.

Nous ne ferons point ici une histoire des plantes médicinales de Maurice ; nous nous bornerons à choisir dans cjiaque classe de médicaments quelques individus seulement qui nous serviront à montrer que le pays peut se suffire grandement à lui-même, et qu’il n’a rien a envier aux pharmacies de l’Europe pour fes végétaux. Ainsi, d’un coté si*les malvacées, les violacées, les graminées, les bruyères, etc.^ nous fournissent avec abondance tout ce que la thérapeutique peut demander aux plantes mucilagineuses, émollientes, qu’aurons-nous à envier aux pharmacopées étrangères pour tout ce qui se rapporte à la médication excitante, quand nous aurons examiné nos labiées, nos ombellifères, nos crucifères, etc.

Les astringents, si nombreux chez nous, eomnae s’ils avaient été placés là pour remédier aux accidents hémorrhagiques* ait* fliî* séreux, si communs dans le pays, sont fournis par les artoearpées, les apocynées , les célastrinées , les eombrétaeées, les sapotées, les myrtacées, etc.

Les tempérants, si utiles pour combattre les symptômes inflammatoires simples, ou compliqués d’accidents bilieux , sont très-répandus sur toute la surface de l’île ; et pendant que les cueurbitacées, les aurantiacées , les synanthérées, etc. , nous prodiguent ces médicaments avec une sorte de profusion, à côté d’eux, les émétiques, fournis par les asclépiadées, etc., et les purgatifs puisés parmi les euphorbiacées, les légumineuses, etc., viennent aider leur action , ét fournir à la science les moyens de combattre avec avantagé les maladies qui se montrent le plus communément dans notre île.

Si les maladies nerveuses sont communes chez nous, noug avons à leur opposer les antispasmodiques si variés, donnés par les aurantiacées, les laurinées , etc.

À côté des emménagogues , fournis par les rutaeées, les broméliacées, etc., nous possédons beaucoup de sudorifiques et de diurétiques : les premiers se trouvent dans les familles des borraginées, les légumineuses. etc., et les seconds dans les ménispermées, les myrsinées, etc.

Les affections vermineuses que l’on rencontre* chez nous à chaque pas, ne résistent guère à nos vermifuges indigènes, que l’on trouve dans les familles des papayacées, des ehénopodiacées ; et la famille des granatées nous offre des ressources précieuses contre le,s variétés du tænia.

Les stupéfiants nous sont donnés par les sojanées * les pa pavé racées, etc. Nous avons peu de fébrifuges, Seraiparee qu’ils sont moins nécessaires chez nous , où l’on ne connaît qu’à peine la fièvre intermittente.

Les dépuratifs ne nous manquent point : les synanthérées, les polygonées, etc., nous en offrent en abondance. Les irritants sont fournis

par les renoneulacées, etc. ; et enfin, les détersifs et les sialagognes sont loin d’avoir fait défaut à notre île.

Les principaux matériaux de cette partie de notre thèse nous ont été fournis surtout par la Flore médicale des Antilles de Descourtilz. Nous avons également puisé dans les ouvrages de.Dazille (1). L’inépuisable obligeance de M. Desnoyers, qui a exercé avec distinction pendant vingt ans à Maurice, nous a été aussi de la plus grande utilité.

C’est à peine, après cela, si nous osons parler de quelques plantes où nous avons pu nous appuyer sur nos renseignements particuliers.

Astringents . — Figuier de la fouche (ficus rubra) : l’écorce est employée dans la dysenterie.

Bois de lait à petites feuilles ( labernæmontana persieariæfolia) : l’écorce s’emploie dans la dysenterie, la blennorrhagie. Bois d’olive (elædendron orientale ) : l’écorce est astringente.

Badamier (terminalia catappa) : l’écorce et les sommités sont astringentes; le fruit est un bon émulsif. Castiquè petite espèce, ou nuriri (phyîlanthus nuriri) : l’écorce s’emploie dans la gonorrhée, la dysenterie. Cadbc (guilandina Bonduc) : les noix et les feuilles sont employées dans la gonorrhée. Sang-dragon (pterocarpus draco) : la résine est astringente. Bois de natte (mimüsops) : plus, var.; l’écorce est un bon astringent. Verveine (verbena offieinalis) r; toute la plante est employée dans la gonorrhée. Gouyavier rouge ( psidium piriferum) : l’écorce de la racine est tonique-astringente; le fruit est un bon astringent, et le suc qu’on en exprime convient dans les diarrhées, les lientéries, les gonorrhées; le fruit sert à faire des confitures qui valent celles de cynorrhodons. Corossolier à fruit hérissé (anona murieata): les graines et la pu lpe*con viennent toutes les fois qu’il y a indication de combattre l’atonie du système digestif., Corossolier réticulé (anona reticulata), employé dans les dysenteries. Corossolier à fruit écailleux (anona squamosa) : c’est l’atte de Maurice; le fruit est rafraîchis-

(1) Sur les maladies des climats chauds .

sant, les bourgeons , les racines et l’écorce sont astringentes. Le cocotier des Indes (palma indica) : la décoction du brou est tonique-astringente et convient dans les hépatites chroniques et les diarrhées muqueuses; l’eau de coco est un très-bon antiscorbulique; l’amande est d’une facile digestion. Le mangoustan (garcinia mangostana) est employé dans les dysenteries, et convient dans les affections chroniques de la vessie. La mangue (mangifera indica) est souvent donnée avec assez de succès dans les maladies exanthématiques , scorbutiques et syphilitiques, où elle agit comme dépuralive et sudorifique; les feuilles servent à nettoyer les dents et raffermissent lés gencives; les fleurs, les fruits et leurs écorces ont été employés comme fébrifuges. M. Desportes dit que l’écorce de la mangue se rapproche tout à fait de celle du Pérou (1). L’ananas conique (ananas aculeatus) : le suc de l’ananas, quand il est demi-mûr, est diurétique et très-bon dans les affections de la vessie et la. gravelle; la limonade faite avec ce fruit est indiquée dans les maladies inflammatoires, bilieuses et adynamiques. La curanelli : toute la plante dans la gonorrhée.

Excitants .—Le thym croît en abondance dans les savanes comme dans les jardins: c’est un excellent stomachique et.un aromatique fort*agréable. Safran marron (canna indica) : les graines sont employées comme carminatives et aromatiques. Tatamaka de Madagascar (calophyllum inophyllum) : la résine. Mourougue (paoringa pterigosperma) : les racines, fleurs et feuilles sont rubéfiantes et carminatives. Eupatoire ayapana (eupatorium ayapana) : les feuilles sont stomachiques et détersives; l’exagération avait voulu faire de cette plante une sorte de panacée : il ne reste guère aujourd’hui. de tout cet enthousiasme, que son utilité pour laver les morsures des animaux venimeux ; on l’a employée avec assez de succès en lavements, dans les diarrhées rebelles (2).

(1) Histoire des maladies de Saint-Domingue.

(2) Voir les Élem. thér. de M. AliberU

Bois colophane (colophania raauriliana) : la résine en est détersiveet employée en emplâtre. Viennent ensuite toutes les labiées, comme la mélisse , le romarin , la menthe, la sauge, etc. Le poivre blanc et noir (piper aromaticum) est employé comme stomachique ; c’est aussi l’un des aphrodisiaques les plus énergiques. Le poivrier pédieulé (piper cubeba) est.tonique, sialagogue et carminatif. Le thé, le café, la vanille. Le muscadier aromatique (myristica aromatica) : le macis est employé comme tonique diffusible et stomachique. L’amome gingembre (amomum zinziber) est un puissant stomachique, carroinatif et aphrodisiaque. Le laurier eannelier (laurus cinnamomum) convient dans les dyspepsies, les dévoiements, la chlorose, l’aménorrhée, le catarrhe utérin, et l’anasarque surtout, si on lui associe le fer et le sirop de salsepareille. Le gérofller aromatique (oaryophyllus aromaticus) : ses feuilles servent à faire des bains, son huile essentielle, à former un oléo-saccharum utile quand il faut stimuler le tube digestif. Evodie ravensara (agatophyllum aromaticum) : l’écorce et les fruits sont carminatifs et aphrodisiaques. Le cresson de fontaine (sisymbrium nasturtium ) est donné comme diurétique, antiscorbutique et vermifuge^

Diurétiques. — Bois de chandelle (dracæna mauritiana) : ses feuilles sont données aussi comme antiscrofuleuses. L’herbe aux papillons (tiaridium indicum) : ses feuilles sont employées comme détersives. Pareira brava (cissampelos mauritiana) : sa tige sert encore comme antipleurétique. La liane-poilïy (baduja scandens) : ses feuilles et ses racines ont été employées dans les mêmes circonstances.

Ernménagogues. — Ananas jaune (bromelia ananas): son fruit, quand il est jeune, est aussi abortif. Le safran ( cucurma longa); le laurier avocat ( laureus persea) : le fruit est des plus excitants; le bourgeon est un des béchiques et apéritifs dans lequel on a le plus de confiance. Le bois puant (apagyfi^ fœtid^ ; le$ graines sont encore purgatives et vermifuges ; sa racine est diurétique , et ses feuilles

— ao —

résolutive*. La jarnrosa (eugenia jamrosa) : lecorce de la racine est abortive.

Sudorifiques. —Bourrache, plus. var. méd. (borrago officinale). Casse puante (cassia occidentalis) : ses feuilles sont dépuratives.

Sialagogues. — Vétiver (anatherum muricatura) : sa racine est des plus détersives. Le poivre long, piment (capsicum*annuum); le piment caraïbe (capsicum baccatum), ont aussi été employés dans les odontalgies, et même dans la gangrène, comme antiseptiques.

Émétiques. — Ipéca, ou ipécacuanha du pays (secamore emetica) : ses feuilles et ses racines sont émétiques, sudorifiques et expectorantes. Ipéca asclepias asthmatica ; les racines.

Purgatifs. — Pignon d’Inde (jatropha curcas) : l’huile et les feuilles sont purgatives, suppuratives et émétiques, ainsi que les fruits. Tamarinier (tamarindus indica): la pulpe est purgative ; on l’emploie surtout dans les fièvres bilieuses et adynamiques, les embarras gastriques et intestinaux, les dysenteries, la blennorrhagie; ses feuilles sont astringentes. Belle de nuit (mirabilis jalapa) : ses racines sont purgatives. Le palraa christi (ricinus communis); le liseron maritime (convolvulus maritimus}. L’aloès {aloe perfoliata) est purgatif, vermifuge et vulnéraire; l’île en fournit beaucoup : il ne faut que vouloir l’obtenir. La liane cochon, liane marron (ipomea angulata), est employée à l’île Bourbon avec le plus grand succès, suivant M. Lepervanche-Mezière; la tige seule est employée; elle est très-commune à Maurice. Le mapou, si utile dans les arts , ne l’est pas moins en médecine; il est employé journellement comme apéritif et adoucissant. Calebassier comestible ( crescentîa edulis ) : la décoction de eette plante est laxative; elle a été considérée comme un spécifique pour un grand nombre de maladies , et principalement pour celles de la poitrine. Le calebassier à feuilles longues (crescentia ci*-

jete) : le suc exprimé de la pulpe est purgatif. La papangay (cucumis acutangulus) : ses graines sont souvent employées comme purgatives.

Antispasmodiques . — Bigarrade (citrus aurantium ) : le citron est très-commun et l’écorce est employée dans les fièvres intermittentes. L’oranger pamplemousse (citrus decumanum) : les fruits, les feuilles et les fleurs sont donnés comme antispasmodiques. Le laurier camphrier (làurus camphora) est antiseptique et résolutif.

Anthelmintiques. — Herbe pipi» ou thé du Mexique (chenopodium ambrosioides) : toute la plante est vermifuge; à forte dose, elle est abortive. Papayer commun (papaya vulgaris ) : le suc, qui est à la fois un bon antiseptique et un excellent vermifuge, a été analysé par\auquelin. Ricin arborescent (ricinus africanus) : l’huile est purgative et anlhelmintique. Grenadier (punica granatum) :les fruits et les racines sont astringents et tænifuges. *

Stupéfiants. —Herbe au diable (datura stramonium) : toute la plante s’emploie dans l’asthme; datura fastuosa; pavot (papaver somniferum) ; le tabac (nieotiana tabacum).

Dépuratifs. — Petit trèfle (desmodium latifolium et trifolium) : les feuilles sont dépuratives. fïerbe de Flacq (siegesbeckia orientalis) : les feuilles. La sqùine a une grande réputation.

Détersifs. — Baume de l’ile Plate (psiadia glutinosa) : ses feuilles sont détersives, balsamiques: Le bananier (musa paradisiaca) : les fruits ont été donnés avec succès dans la dysenterie ; ses feuilles sont antiseptiques, et conviennent à la guérison des viëux ulcères et de la pourriture d’hôpital. La casse de Java (cassia rumphiana) : les feuiU es sont détersives et antiherpétiques.

Toniques névrosthéniques. — Quinquina du pays ( musaenda stademanni) : l’écorce est tonique et fébrifuge.

Émollients. — Le figuier du pays (ficus mauritiana) : les feuilles sont pectorales. Batate/à Durand ou batatrant (batatas maritima) : ses feuilles sont émollientes. Capillaire médical (adiantum) : toute la plante est émolliente. Le nourouquier ( erytherina indica ) «es fleurs sont béchiques et pectorales. Bois noir (mimosa lebbeck ) : cet arbre fournit une gomme qui pourrait remplacer la gomme arabique dans bien des circonstances; les feuilles ont été employées avec quelque succès contre ie rhumatisme. Patte de poule (scopolîa aculeata) : ses feuilles sopt pectorales et vulnéraires. Sagoutier (eycàs circinalis) : toute la plante est béchiques calmante et aromatique. Le dattier commun (phœnix dactylifera) : Hippocrate l’employait dans les diarrhées, les marasmes» les hémorrhagies, les maladies des reins et de la vessie. Le cytise des Indes (ambrevade ,bytise eajan) : la fleur est béchique;la farine, résolutive; les bourgeons, pectoraux. Levoulou-bambou (bambusa arundinacea) en décoction est béchiqUe. Lamorelle melongène, berengène (solanum melongena) sert à faire des cataplasmes résolutifs. Le faux-rima, ou arbre à pain, donne un fruit qui constitue une nourriture saine et agréable; sa saveur approche de celle du pain. Le fruit du jaquier donne une fécule qui a été employée avec quelque avantage dans les coliques bilieuses,et les dévoiements : on fait rôtir, ou cuire dans 1 eau les noyaux ou châtaignes de ce fruit, qui ont une saveur fort agréable. Le baquois (pandanus) fournit une farine qui, malaxée avec le miel et le soufre sublimé, fournit un électuaire qu’on recommande aux personnes affectées d’hémoptysie et de toux opiniâtre. Le mil (holcus spicatus), le maïs , le riz, la batate, etc., sont employés comme maturatifs et résolutifs. L’indigotier faux (indigofera argentea) a été-donné avec assez de succès, en décoction, dans les gonorrhées et l’asthme : on se sert de cette plante comme pouvant hâter la résolution de diverses tumeurs. Un des meil-

1842. -Michel. ,

leurs résolutifs est la racine de manioc fraîchement râpée, selon Dazilîe (1). Le franehipanier, si commun à Maurice, est excellent dans un grand nombre de maladies de poitrine.

Tempérants. — Le jambosier à longues feuilles (eugenia jambos ) s’emploie en limonade clans les maladies inflammatoires et bilieuses. Melon sucré vert (cucumis melo viridis); courge giraumon à verrues (cucurbita pepo); courge-calebasse étranglée (cucurbita latior). Le litchi ( euphoria punica) a été administré avec assez dasuccès dans les affections bilieuses. Carambolier cylindrique, bilîmbi (averrhoa bilimbi) : on fait avec le fruit un sirop fort utilement employé dans les hépatites aiguës, les dysenteries, etc. Oranger limon (limo vulgaris); oranger doux de la Chine’(citrus sinensis) : c’est la grenade ; les feuilles sont antispasmodiques; l’écorce est excellente pour remédier à l’abondance du flux menstruel; les fruits sont rafraîchissants. L’ananas rouge »(bromelia rubra) : son suc est vermifuge. .

Irritants. — La moutarde blanche et noire (sinapis alba et nigra). Vigne vierge (clematis mauritiana) : les feuilles sont vésicantes.

Zoologie.

Nous ferons , pour la zoologie proprement dite, ce que nous avons fait déjà pour les diverses branches de l’histoire naturelle ; et pour ne point sortir du cadre que nous nous sommes tracé, nous nous bornerons à donner ici un tableau succinct qui ne reiifermêra, nous l’espérons, que les individus qui peuvent se rattacher par un point ou un autre à l’hygiène ou à la thérapeutique. Nous commencerons ce résumé zoologique par les mammifères, renvoyant, d’ailleurs, les personnes qui voudraient se faire une idée complète sur cette matière, aux

(1) Maladies des climats chauds, p. 204.

savants travaux de M. Desjardins ( 1). On pourra consulter aussi les recherches pleines de science et de zèle infatigable de M. Liénard père (2).

Mammifères. — Les principaux mammifères qui se trouvent à l’île Maurice sont : le singe (simia), le cerf (Cervus), le cochon (sus porcus, sus scrofa), le lièvre (lepus, lepus timidus), lestanrecs (cëritenes), les cabris (capra, capra hircus, etc.). Tous ces animaux, qui servent d’aliments à la population, n’entrent cependant qu’en seconde ligne dans les approvisionnements et la nourriture des habitants. C’est, en effet, à Madagascar et au cap de Bonne-Espérance que nous allons chercher presque tous les bœufs et les moutons qui font la base de l’alimentation de Maurice.

Les détails dans lesquels nous sommes entré, lorsque nous avons eu à parler de l’influence hygiénique des fruits sur l’organisme, nous dispenseront sans doute de renouveler ici des considérations générales qui ont trouvé leur place ailleurs. Cependant l’incontestable importance de cette matière nous fera pardonner peut-être d’apporter une sorte d’insistance sur les inconvénients, les dangers même, ou les avantages qui peuvent résulter de l’abus ou d’un usage sage et modéré de telle ou telle sorte d’alimentation.

Les chairs des animaux sont beaucoup plus nourrissantes que les aliments végétaux; elles réparent davantage les forces (maximum alimentum sub minima mole). Dans les pays chauds mêmes, elles sont plus compactes, plus desséchées, et les humeurs moins abondantes ; elles y acquièrent donc, au suprême degré, les propriétés nutritives; mais en meme temps elles deviennent plus lourdes et plus fatigantes pour

(1.) Note sur les mammifères de Vile Mauricei, lue à la Société d’hist. nat., dans la séance du 12 mars 1830, et résumée dans le South, african quarterlr journal n° 5, p. 126, octobre 1831.

(2) Rapp. ann. de la Soc. d’hist. nat., p. 28, 1839 (voir la zoologie de l’île Maurice).

les organes de la digestion: L’excès d’une pareille alimentation peut devenir dangereux et entraîner à sa suite, surtout dans notre pays, l’apoplexie, la goutte, les rhumatismes, les hémorrhagies, en ün mot, le cortège entier des congestions irritatives de toute espèce. Pour remédier à ces accidents, il faut avoir égard aux tempéraments, aux idiosyncrasies. Ainsi les-chairs fortement colorées conviennent aux* constitutions molles et lymphatiques ; celles qui sont blanches, aux tempéraments bilieux, si communs dans les pays chauds. Comme les viandes rôties et grillées acquièrent des propriétés réparatrices et stimulantes plus marquées, il faudra ne pas en abuser dans notre pays et surtout dans l’été. Les viandes salées et remplies d’épices constituent, dans nos climats , une mauvaise alimentation, et, comme nous l’avons déjà dit, elles ont entraîné souvenf des maladies de la peau excessivement rebelles, ou du moins elles en ont favorisé le développement. Quant à l’élément gélatineux, qui est beaucoup moins excitant que la fibrine, il convient aux tempéraments bilieux, et l’hygiène ne nous semble point s’opposer à ce que, dans notre climat, on en rende la digestion plus facile par l’addition sage et mesurée de quelque substance stimulante.

Lait. —■ Quoique nous n’ayons rien à dire de particulier sur le bœuf et les autres individus de la même famille, nous placerons cependant ici quelques réflexions relatives au lait, aliment si répandu dans toutes les parties du globe, et qui est fourni principalement par les femelles de cette famille.

D’après des expériences comparatives récentes, faites sur le lait des vaches de France et celles de Maurice, il résulte que, contrairement à l’opinion générale, celui des vaches crgbles est plus nourrissant (t)*

11 est utile aux personnes dont les organes digestifs sont très-affaiblis» de même que dans tous les cas d’épuisement, dans la plupart des ca’s de

(1) Desiardins, Rapp. ann p. 11 , 1839.

phthisie et de marasme ; il y a pourtant des circonstances où cet aliment ne convient pas dans ces mêmes maladies, comme 1 avait déjà.fort bien observé Hippocrate(l); il agit surleconomieà la manière desvégétaux mucilagineux et des fruits mucoso-sucrés ; mais ihnous semble peutêtre difficile, avec M. Londe, d’accorder à cet aliment une influence directe et primitive indépendante d’une action générale. Nous pensons que ce que l’on attribue ainsi à des effets spéciaux n’est autre chose sans doute que le résultat d’une modification de cette nature. Aliment doux et peu excitant, le lait n’agit, selon nous, qu’en abaissant l’exaltation des diverses fonctions de l’économie, et eù en régularisant les mouvements.

Cochon . —- Le cochon ne convient pas aux habitants des pays chauds ; sa chair est un aliment fort et nourrissant, mais indigeste [verumporcinœ carnes suillis graviores sunt et alvo secedunt (2). Il est funeste aux Orientaux, dit M. le professeur Rostan (3), Aussi presque toutes les religions de ces climats le proscrivent. Nous ;ayons mille fois, chez nous, entendu attribuer a l’usage habituel de la chair du porc, la variété de lèpre connue sous le nom d’ elephantiasis tu berculata.

Oiseaux. — On trouvera également dans les ouvrages que nous avons cités tout à l’heure, les détails les plus intéressants et les plus complets sur les diverses branches de l’ornithologie.

Les oiseaux de basse-cour sont en grand nombre à Maurice, et fournissent une excellente nourriture. Les oiseaux de chasse sont abondants aussi, et très-estimés. Pendant la saison des pluies, le bord de la mer et les savanes donnent abri à des troupes innombrables d’oi-

(1) Aph. 64, sect. 5.

(2) Hipp., lib. 2, de Diœta.

(3) Hygiène t art. Cochon.

seaux émigrés. On préfère en général, et avec raison, les granivores et les insectivor es à ceux qui se nourrissent de poissons. On ne mange point les oiseaux de mer. Les principaux de nos oiseaux sont : les pintades, les cailles dé Madagascar et de Chine, les perdrix, les merles les pigeons ramiers, et ceux qui vivent en domesticité, les tourterelles les perruches, les alouettes, etc. Le martin (gracula testis), extrêmement commun d’ailleurs, est devenu célèbre par les services qu’il a rendus en détruisant les sauterelles, qui étaient très-nombreuses dans le pays. Tous les oiseaux que l’île fournit sont bons à manger, et leur étude ne peut donner lieu à aucune considération hygiénique qui ne rentre dans celles que nous avons faites au commencement de ce chapitre.

Reptiles . — C’est à peine s’il existe dans l’ile un reptile venimeux; et Maurice est peut-être, après Bourbon, la partie du monde qui, par rapport à son étendue, contient le moins de ces animaux. On n’y connaît aucun ophidien , et si l’on a rencontré deux ou trois individus de eette famiile, on a dû, pour expliquer leur présence, les supposer apportés par des navires qui auraient échoué près de la côte (1).

(1) Voir le Rapport, de la Soc. d’hist. nat ., par Desjardins , 1837, p. 36. On y trouve des détails sur le grand boa tué aux plaines Wilhems, près de la cascade du Réduit par M. Fleuriot, le 4 février 1813 (voyez Gaz. du gouv., samedi 25 février, n° 4, et Petites aff mercredi 3 mars 1813, n° 9). M. Laplace a été induit en erreur quand il dit, dans son Voy. autour du monde , t. 1, p. 77 (4 vol. inr8; Paris, 1833-35), que les murs, construits entièrement en bois, donnent asile à des scorpions, des cent-pieds et des serpents. Il n’est pas moins surprenant de voir dans 1 Hist. nat. de Cuvier et Valenciennes, t. 4, p. 443, à l’art, de laSïNANCÉE Branchion, connue dans l’île sous le nom de laf de boue , que les pêcheurs redoutent beaucoup plus sa piqûre que celle des vipères et des scorpions ( Sur une couleuvre vivante au Port-Louis de l’île Maurice , lu à la Société d’hist. nal., le 22 sept-1829, par J. Desjardins),

Chéloniens. — On y a trouvé deux espèces de chéloniens, la tortue de terre (testudo indica), qui n’existe plus qu’à l’état de fossile ; la tortue de mer (chelonia) (1) ; un caret (testudo umbricata), et une tortue luth (testudo coriacea) (2).

On fait avec la tortue des bouillons adoucissants et restaurants, qui conviennent aux phthisiques (3). Barrère dit que la chair de ces amphibies délivre entièrement les nègres du pian. Les lépreux du Portugal vont, ainsi que les scorbutiques, au cap Vert, se nourrir de viande de tortue pour obtenir leur guérison. Chez nous, le gouvernement envoie nos lépreux à Diégo, où ils ne mangent que de la tortue et du coco. Les symptômes de cette affreuse maladie semblent, en effet, disparaître sous l’influence de ce traitement; mais aussitôt que ces malheureux éléphantiasiques veulent quitter l’île, la lèpre s’allume de nouveau , et les guérisons réelles se comptent encore.

Sauriens. — Quant aux sauriens , l’île fournit trois espèces de scinques, plusieurs geckos. Un crocodile a été pêché en rade du Port-Louis, en 1835, et décrit longuement par M. Liénard (4). Cuvier parle de caméléons qui existeraient à Maurice, mais il n’y en a pas (5).

(t) Le Mémoire de J. Desjardins Sur trois gisements fossiles de tortues terrestres situées dans le quartier de Flacq, lu à la Soc., le 6 avril 1830L^tavier, Recherches sur les ossements fossiles, tome 2, part. 284, 1855, 3 e édit; in-%°. Dubreuil et Marcel de Serres, Annales sc. nat., t. 9, p. 394 et suiv., 1826 {Tortue fossile de l’tle Maurice. Rev. bibliog. des Ann. sc. nat., t. 16, n° 68, 1829, t. 21, p. 141, 1830).

(2) La tortue luth a été reconnue par M. Liénard père, séance du 15 janvier 1834. Voir le*5® rapp. ann. de cette société par Desjardins.

Le caret a été trouvé vis-à-vis la grande rivière du Port-Louis, en septembre 1830; il fait partie de la collection de J. Desjardins.

(3) Hallé. Hygiène , p. 245.

(4) Rapp. ann., p. 30, 1839.

(5) Voir Règn. an., 2, 60; 2 e éd., 1829.

Batraciens. — Les batraciens nous offrent une espèce de grenouilles extrêmement fréquente et des crapauds (L. rana. Bufo. L. Buf 0 . rana vulgaris).

Ichthyologie. ~ De toutes les branches de l’histoire naturelle, l’une des plus avancées., sans contredit, pour ce qui regarde l’île Maurice est l’ichthyologiè. Les savants travaux de MM. Liénard père et fils, leur zèle infatigable pour tout ce qui se rattache à cette partie de la zoologie, les recherchés persévérantes de J. Desjardins, savant modeste, dont toute la vie fut consacrée sans bruit aux progrès de la science, et qui sut à la fois mériter da reconnaissance et l’amour de ses compatriotes, ont donné à l’iehthyologie' une impulsion active qu’il serait à désirer de voir imprimée à toutes les autres branches de la science dans notre île. •

Cest à eux que l’on doit la plupart des descriptions d’espèces nouvelles trouvées dans les mers qui nous entourent; et ils ont recueilli sur les espèces déjà connues des notes nombreuses et variées, qui seront connues plus tard sans doute. Nous devons exprimer aussi à M. Guérin*Meneville, l’un des entomologistesdes plus distingués de cette époque, toute notre reconnaissance pour l’obligeance et l’empressement avec lequel il a mis à notre disposition les nombreuses notes de J. Desjardins sur l’ichthyologie. Nous les avons étudiées avec tout le soin qu’elles méritaient, et nous avons profité des enseignements qu’eflps ont pu nous offrir sous le rapport hygiénique et thérapeutique; nous n’aurons point, du reste, à nous occuper ici de la zoologie de Maurice, qui doit être publiée bientôt par Je savant M. Guérin , dans le Magasin de zoologie , d'anatomie comparée et de paléontologie. Ce vaste et important travail, qui devra jeter enfin sur notre zoologie l’ordre et la clartéqui lui manquent peut-être encore, nous dispensera de nous appesantir sur eette matière, où nous devrions presque toutd ailleurs, comme nous l’avons dit déjà, à l’obligeance de-M. Guérin.

On peut voir à ce sujet, dans l’histoire de l ’Ichthyologie de Cuvier, la liste nombreuse clés naturalistes qui ont visité nos parages. On

consultera aussi avec avantage le catalogue encore inédit, mais qui sera publié d’ici à quelque temps, des animaux que l’on trouve a Maurice, par Desjardins et M. Guérin.

Toutes nos mers sont remarquables par l’étonnante variété de ces êtres animés, Auxquels elles donnent la vie. Ce sont les pélagiens, tels que les scombres, les coryphènes, etc. ; où les saxatiles, tels que les labres, les aleutres, etc. : presque tous éprouvent le besoin de chercher un abri sur nos côtes et dans- nos rescifs. Partout où l’oeil peut pénétrer, on se demande ce que l’on doit le plus admirer, de l’éclat de ces animaux-plantes qui, comme les éponges et les alcyons, attendent tranquillement la mort au lieu où ils sont nés, ou bien dé ces poissons si riches par la variété de leurs couleurs, qui circulent librement dans ces vastes demeures. C’est là que nous rencontrons les chéladons comprimés, les pomaceutres, les glyphisodons, etc., l’éclatante tribu des balistes, etc. C’est l’or et l’argent mêlés aux couleurs du prisme, que l’Océan semble avoir donné pour vêtement à chacun des êtres qu’il anime (1).

Toutes les mers qui baignent l’île sont très-poissonneuses, suivant Grant (2).

La côte et les rivières fournissent toute la saison beaucoup de poissons excellents; mais il s’en trouve quelques espèces qui sont vénéneuses. Ces dernières appartiennent principalement aux scares, aux balistes, aux serranus, etc.

Nous dirons d’abord quelques mots des po ssons qui se mangent, et nous passerons ensuite aux espèces vénéneuses, sur lesquelles nous insisterons davantage à cause du danger qu’offre leur emploi.

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(1) Voir Lessou, Voyage de Belanger, in-8°; Paris, 1834. — Quoy et Gàimard Annal, scient ., novemb. et décemb. 1824, p. li t, 411 et 421, et p. 187, de la Zoologie de 1‘Uranie.

(2) There is a greatvariety offish in the sea that sur round the Island ofFrance. So abundant is the sea in fish , dit le même auteur, that o?iç drçg.of the net took half a tone weight of fish{IIist. of Mauritius).

1842 .-Michel. 7

Cabot. — Le cabot (gobius). La chair de ce poisson est blanche et de facile digestion. Il convient aux personnes faibles et épuisées par une longue maladie. M. Chapotin (I) recommande ce poisson, dont Bernardin de Saint-Pierre avait parlé déjà dans son roman de Paul et Virginie (p. : 56). L’endormi ( même genre) a^ia chair blanche, délicate et très-recherchée, selon Desjardins.

Gourami. — Le gourami (osphronimus) a Sa chair délicate, blanche et de facile digestion quand il est jeune; mais vieux, il résiste aux organes digestifs, «On l’estime tant dans cette colonie, dit Milbert (2), qu’on ne l’offre qu’à un ami ou à une personne que l’on considère.» M. Chapotin en a aussi parlé à la page 23 de sa thèse.

Anguille. — L’anguille vulgaire (muræna anguilla) est une bonne nourriture quand elle est jeune, mais elle devient coriace avec l’âge. Elle convient aux estomacs forts. Pour la rendre plus digestible on la fait griller. « Il y a dans le grand bassin , dit encore M. Milbert ( dans son Voy. pitt. à lt/e de France ), de grosses anguilles si monstrueuses et si fortes, qu’elles peuvent entraîner un cerf au fond du gouffre. On m’a assuré que des Noirs ayant eu l’imprudence de s’y baigner, ont été saisis par ces congres, anguilles murènes (muræna helena). » Nous ne prenons point, du reste, la responsabilité de ce fait, qui ne rend même pas croyable la grosseur réelle de ces poissons. On peut consulter aussi à ce sujet la thèse de M. Chapotin, p. 24, et le Voyage dans l'Inde, par Legentil.

Croissant. — Le croissant (g. serranus)se mange sous lèvent de Pile ; on ne le mange frais que quand il est petit, et on sale les gros.

Perea tauvina. — Le serran tau vin ( perea tauvina ), vieille. mou-

(1) Top. méd. x p. 23.

(2) Foy. pitt. àl’tle de France.

chetée , est un excellent poisson ; c’est après le mulet ( mugis albula ), le meilleur de nos poissons. On le voit sur toutes nos tables ; sa chair blanche et ferme est assez agréable, dit Desjardins; mais suivant M. Bouton, la grande quantité de principe huileux qü’elle contient doit en rendre la digestion difficile. Le serran est noirâtre, assez semblable à la morue pour la forme et le goût ,' et comme la plupart des autres poissons de l’ile, il peut, en quelques circonstances, devenir un poison. « J’ai vu un ouvrier en mourir, et sa peau tomber par écailles, » dit Bernardin de Saint-Pierre (1). Ce qu’il y a d’étrange, c’est que jamais il n’est dangereux au vent de i’ile.

Mérou. — Mérou à taches hexagones (serranus hexagonus; c’est encore une vieille). Excellent; il est.servi sur toutes les tables; il s’appelle vulgairement bingue.

Platax. — Le platax (vesperlilio, Cuvier). «C’est une erreur, dit Desjardins, de croire que les viscères de cet animal soient un poison : tous lesjours, les chiens qui rôdent au bazar et dans la ville en mangent : c’est ce que m’a assuré M. Béguinot, qui connaît très-bien les poissons. Si cependant il faut en croire M. Lamoite de Lenferot, habitant du Trou d’Eau-Douce, en 1828, une grande quantité de chiens et de cochons de ce petit village auraient été empoisonnés pour avoir mangé les tripes de ces poissons, dont on venait de prendre une certaine quantité. Sa chair, du reste, est très délicate (2).»

Triglia vohtans. — Le triglia volitans ( dactyloptère pirabèle), vulgairement laf volant, est un poisson armé d’une sorte de petits piquants qui sont redoutables pour ceux qui n’ont point de chaussures.

(t) Voy. à ïtie de France.

(2) Desjardins, Notes inédites.

Acanthure. ~ M. Quoy a donné à l’acanthure le nom de transversal (vulgairement tabac), parce qu’il sent très-fort, et que , dans l’été et après la cuisson, il prend quelquefois à la gorge (1).

Nous trouvons dans les poissons et les crustacés, comme le homard, le camaron (espèce d’écrevisse), la chevrette (crevette), etc., la réunion des aliments fibrineux, albumineux et gélatineux.

«Les aliments, dit M. Trousseau (2), fournis par la chair des poissons, des reptiles, tiennent le milieu, pour les propriétés nutritives, entre celle des oiseaux et des mammifères et les aliments tirés du règne végétal. Puisque la chair de poisson est moins substantielle, elle est généralement plus faeile à digérer; aussi doit-elle occuper une place importante dans le régime des convalescents et de ceux qui ont une santé habituellement délicate. Les tortues fournissent un aliment léger, de facile digestion , et nourrissent encore moins que les poissons de nos rivières. Les mollusques et les crustacés sont habituellement d’une facile digestion. »

Tous les poissons dont la chair est imprégnée d’une huile sont, en général, fort peu digestibles. Le poisson nourrit d’ailleurs sans exciter, et il n’est point aphrodisiaque, comme on le dit, quand il est frais. Quant à ses propriétés nutritives, si Haller pensait que le poisson nourrissait moins que les autres animaux, Cullen combattit cette proposition,.émise déjà par Hippocrate. Le poisson convient aux tempéraments bilieux et à ceux qui ont besoin d’être nourr is sans être stimulés : ces deux conditions le rendent précieux dans nos climats. 11 doit être mangé le plus frais possible, excepté la raie, qui est coriace.

(1) Pour de plus amples détails sur les poissons qui peuvent se manger sans danger, voir {Gaz. de Maurice , n° 202,14 fév. 1829) une ordonnance qui donne le nom des poissons qui peuvent être vendus, et qui les divise en deux classes. (Voir aussi les Gaz. de Maurice, n° 196, 3 janvier 1829, et n° 199, 24 janvier 1829.)

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(2) Thèse pour le concours d’hygiène, en 1837.

Salé et séché à la fumée, il entre dans la classe des aliments âcres et irritants , et constitue une nourriture très - malsaine pour le pays. Malheureusement encore on en abuse. Sous cette forme il cause des irritations de toute espèce, qui se manifestent' particulièrement à la peau , comme la lèpre , les dartres, etc., maladies endémiques dans le pays, et dont la cause n’aurait pas besoin, sans doute, d’être cherchée autre part que dans une alimentation mal comprise. Si jamais nos efforts pouvaient parvenir à éclairer nos compatriotes sur les avantages et les dangers qu’entraîne avec lui l’usage habituel de quelques aliments, nous nous regarderions comme trop largement récompensé par le résultat de ces efforts, auxquels nous nous promettons de nous consacrer tout entier, tant qu’il nous sera permis de le faire.

L’âge apporte dans la chair de tous les animaux des changements de la plus grande importance : elle devient ferme et coriace, de délicate et légère qu’elle était; mais nulle part, peut-être,^ette propriété ne devient plus évidente que dans notre pays. Beaucoup de poissons chez nous, et nous en avons cité des exemples , n’acquièrent jamais aucune propriété malfaisante tant qu’ils sont jeunes ou au vent de l’île ; l’âge ou même la situation sous le vent les rend très-dangereux. Deviennent-ils vénéneux par l’aliment qui les nourrit alors dans une position géographique différente, nous n’en savons rien ; mais le fait ne manque pas d’intérêt. Beaucoup de ces poissons même n’empoisonnent ceux qui les mangent qu’à une certaine époque de l’année. 11 y a d ailleurs ceci de remarquable, que tous se nourrissent de corail (1), qu ils mangent avec avidité, surtout en janvier, février et mars, temps où les polypiers commencent à travailler (2).

(1) Nom générique employé chez nous pour exprimer les madrépores, les millépores, les rétipores, etc.

(2) Voir les Observât, sur laphjrs. et l’hist. nat. de l’abbé Bozier, mars 1774 ou *• S, p. 225, et Chapotin, Top. méd., 1812.

Nous donnons ici la liste des poissons vénéneux, et dont l a police

interdit la vente (1).

Varravara (diacopa angulus), vieille sainsila (plectropome k pectorales orangées), vieille louche, cheval de bois, vieille croissant (serranus), gibelot, gros tasard, bourse-barrois, vieille passe-passe, crabe des brisants ( serranus cancer).

Le mérou crabe ( nom vulgaire), vieille loutre ou de boue, se mange quand il n’à pas plus d’un pied de long; passé cette dimension, il est considéré comme très-vénéneux, dit Desjardins.

Le plectropome à pectorales orangées, est très-malfaisant, ainsi que le mélanoleuque (plectropoma melanoleucum).

La diacope vénéneuse de Desjardius (diacopa venenosa ) est trèsvénéneuse, et personne n’ose en manger.

Diacope angulus (varravara). On prétend que les requins mêmes ne veulent pas en manger.

La cause rgplle qui développe ainsi dans quelques poissons, à certaines époques ou dans certains lieux, des propriétés vénéneuses ayant soulevé de tous temps des discussions importantes et utiles, nous croyons qu’il ne sera point sans intérêt d’analyser ici,à ce sujet, l’opinion de M. Munier, médecin de l’hôpital royal des invalides (2).

L’histoire de ces poissons est liée, suivant ce naturaliste, aux polypiers constructeurs des madrépores,

(1) Gaz. de Maurice J samedi 9 juillet 1836. — Cette ordonnance a paru à la suite de la mort d’un apprenti causée par le crabe. On peut consulter les voyageurs. (Foy. pitt. à l’ile de France, Milbert, p. 267 et 68; celui de 1607, par l'amiral VanderHagen, p. 193, t. 3 ; le Rec.des voy.)\ tous parlent des poissons vénéneux. Un avis de la police du Port-Louis, 8 avril 1829, défend aussi de vendre le serranus lutra.

(2) Cette opinion a été exprimée dans une lettre fort intéressante, écrite à Sonnerat, et qu’on peut lire dans les Obs. sur la phys. et l'kist. nat. de l’abbé Bozier, mars 1774, ou t. 3, p. 227.

On a attribué, dit-il, l'action vénéneuse du poisson aux fleurs du corial, dont on suppose qu’il se nourrit. Peut-être a-t-on cru qu il s’en alimentait, parce que, dans les grandes chaleurs, moment où il est vénéneux, presque tous les poissons ont l’odeur et le goût du corail. Cela seul aurait dû faire chercher une autre théorie, puisqu’il n’y a jamais que les mêmes poissons qui empoisonnent. Est-il démontré que cette matière calcaire leur serve de nourriture? est-il prouvé aussi quelle soit délétère ? Nous pensons que cette cause est entièrement inconnue, comme beaucoup d’autres(1).

Pour constater l’action vénéneuse du poisson , la nécessité a fait chercher une foule de moyens. Les Indiens qui habitent le pays, font cuire avec du sel et beaucoup de piment, le poisson qu’ils supposent être vénéneux, et ils y placent une cuiller d’argent: si elle noircit, ils ne mangent pas le poisson; mais nous avons vu cette expérience ne pas réussir.

Nous pouvons donner ici, d’après notre expérience personnelle, les symptômes et le traitement d’un empoisonnement que nous avons pu étudier sur nous-méme et sur toute notre farpille.

Empoisonnement .— Peu d’instants après le repas, pesanteur à l’épia gastre, envie de vomir, vomissements, coliques très-fortes, quelques convulsions dans les membres, des déjections alvines fréquentes, une sueur générale, et une grande faiblesse, au point que nous ne pouvions quitter notre lit; beaucoup d’anxiété et d’angoisse, céphalalgie intense. Puis bientôt un prurigo insupportable au visage, aux mains et aux pieds, auquel succéda une urticaire. Tout cela se passa dans 1 espace de vingt à vingt-quatre heures. Ce premier stade de l’empoisonnement fut suivi de douleurs dans les articulations des membres pendant près de huit jours: elles étaient profondes, intolérables. La démarche était très-vacillante, on eût pu nous croire une paraplégie

(1) Voyez Cossigny, Voy. à Canton , p. 520 et 522.

commençante. Nous avons remarqué que, dans cet empoisonnement, les symptômes avaient semblé en raison directe de la jeunesse et de la quantité de poisson ingérée.

Traitement. — Les Indiens, chez nous, quand ils sont empoisonnés par le poisson , recourent immédiatement à un antidote certain selon eux : c’est la cassonade brute, qu’ils mangent par poignées. Nous ne pouvons nous déterminer à croire à la vertu de ce spécifique, mais il est employé très-souvent.

Quant au traitement qui fut employé sur nous-mêmes avec succès, il consista d’abord en un éméto-cathartique, puis des lavements huileux. Quand les premiers accidents furent disparus, on nous administra les acides végétaux, des bains, etc. Pour combattre enfin les douleurs dans les membres, nous nous sommes bien trouvés de l’usage du citron et du tamarin (1).

Crustacés. Dans l’étude des crustacés, M. Liénard père; que nous avons cité si souvent dans cette thèse, arrive encore ici en première ligne. Après beaucoup de difficultés, ce naturaliste et plusieurs de ses confrères les plus distingués sont arrivés,en 1838, à réunir 143espèces de crustacés. Ils espèrent en augmenter le nombre, car chaque jour vient enrichir leur collection de quelque espèce nouvelle (voy. pour l’hygiène l’art. Poisson).

(1) Voyez Obs. sur la phys. et l’hist. nat. de l’abbé Bozier, la thèse de M. Chapotin , et ce que nous avons dit aux Champignons.

On trouve dans l’histoire du pays, en anglais , le fait suivant : In the island of Rodriguez the fleet under admirai Boscawen lost , by the eating the fish , upwards of 1500 men which occasioned the expédition to fail against the island of Franc.e (p. 58 , Hist. of Mauritius by Grant). Nous pensons que d’autres causes morbifiques ont dû se joindre à l’action des poissons. Cet article de Grant est d'ailleurs à peu près la traduction littérale de Bernardin de Saint-Pierre.

Insectes. — Le nombre d’insectes et d’arachnides indigènes connus en 1838 était de 994 (1).

Araignées .— Les araignées des campagnes sont énormes ; nous avons vu souvent des personnes mordues par ces insectes, et il n’en est jamais résulté d’accidents graves.

Les piqûres des scorpions ( cent-pieds ) sont peu douloureuses , et entraînent tout aussi peu d’accidents. Les moustiques et les fourmis sont, comme dans tous les pays équatoriaux, en très-grande quantité ; avec quelques précautions on peut échapper a ces insectes insupportables.

Coquillages. — Les coquillages sont nombreux et variés (2): Météorologie.

L’île Maurice, quoique située sous la zone torride, est un pays très-sain , comme on le verra plus bas. Quelques voyageurs , qui ont parcouru les régions australes , se sont reposés avec délices dans cette île, qu’ils appelaient un paradis terrestre. Son beau ciel,, son air pur, la douceur de son climat, l’abondance de ses eaux, la fraîcheur de ses brises, tout concourt à en faire un séjour non moins agréable que salubre. On n’y connaît pas ces funestes, fièvres qui rendent si dangereux le séjour de Batavia, des Philippines, des Moluques, de Madagascar, et de la plupart des régions équatoriales. La température na pas, à beaucoup près, le degré d’élévation qu’on serait porté à lui

(1) Voir le Rapp. ann. de la Soc. d'hist. nat. de l’île Maurice.

(2) Mém. sur les coquilles de l’tle , par François Bussié, 1835. Le nombre d’espèeés qu’il décrit est de 364, distribuées comme suit: 268 univ., 62biv., 34 multir. oursins, étoiles de mer. Dans le muséum de Desjardins il y en a 400 espèces.

1842. Michel. j)£* . : g

accorder d’après la lattitudede l’île; et si la nature semble ici s’écarter de ses lois générales, ses écarts, comme partout, ne sont qu’apparents. Plusieurs causes peuvent, en effet, rendre raison de ces phénomènes et nous allons les énumérer avec rapidité. Ç’est d’abord la durée des jours, beaucoup moindre que dans les saisons chaudes des climats tempérés, puisque le soleil ne se montre jamais plus de treize heures au-dessus de l'horizon. Rien n aurait pu faire supporter les ardeurs du climat, si les jours de la zone torride eussent égalé en longueur ceux des zones tempérées ou glaciales. C’est ensuite le souffle bienfaisant des vents alises , ou vents d’Orienf, qui entretiennent presque toute l’année dans l’atmosphère de l’île un état de fraîcheur et de bien-être qui rapproche assez notre température de celle du midi de la France; 3° entourée d’une niasse énorme de mers, où l'évaporation se fait avec tant d’activité, l’atmosphère est constamment saturée d’une abondante humidité, dont la présence, et surtout la précipitation sous forme de rosée, devient chaque nuit la source d’une fraîcheur qui peut même Quelquefois mériter un autre nom;. 4° l’Ile est montagneuse; ses forêts, que la culture a épargnées encore, ses rivières, ses nombreux ruisseaux , tout concourt au même but ^ü® de fréquents orages éte des détonations électriques foudroyantesv avec des pluies diluviales qui se précipitent sur le sol, pendant que le soleil est au zénith surtout, rafraîchissent aussi l’atmosphère, en ramenant avec elles vers la terre l’air froid des régions élevées; 6° enfin* l’énorme dilatation que la chaleur fait subir à l’air des tropiques appelle pour ainsi dire, suivant les ingénieuses explications deM. l’abbé lîaiiy, l’air des autres zones du globe, plus froid, plus condensé, plus pesant, et qui par cela même tend sans cesse à s’y précipiter ; de là viennent sans doute «es brises du nord et du sud est, qui pénètrent jusqu’à Maurice. Pour terminer ce que nous avons à dire de la chaleur, nous ajouterons que, dans les jours assez rares où le thermomètre s’élève jusqu à 28° üëaumuii?, ©Ile ne semble jamais aussi accablante que celle que 1 oa éprouve en France ©t en Angleterre , lorsque le thermomètre, dans les mois de juillet et août, monte jusqu’à 25 et 26° Réaumur.

Saisons. — Dans cette lie, comme dahs tous les pays situés entré les tropiques, il n’existe que déux saisons bien distinctes : la Saison des chaleurs et des vents variables, qui commence eh novembre et finit en mai î et la saison des vents généraux et des fraîcheurs, qui règne de juin à octobre. Suivant Hippocrate, la variété des saisons peut étfe regardée comme la cause principale des différences qu’on observe parmi les hommes; leurs qualités diverses sé communiquent soiiè toutes les formes à la physionomie et aux habitudes morales. Dans les pays où la température est presque toujours la même, les hommes sont portés à l’indolence et à la paressé, comme nous le dirons plus loin. C’est là que l’on trouve des traits presque semblables, des caractères moraux dont le type est plus constant et plus uniforme que dans les régions intermédiaires, où quatre saisons toutes diverses viennent sans cesse modifier notre corps, heurter l'équilibré dé nos humeurs , et disposer ainsi l’organisme à certaines affections particulières SOUs l’influence de cette instabilité. La différence entre une saison et une autre, si marquée, si importante dans les pays froids et tempérés , ne vaut guère la peine qu’on en tienne compte sous les tropiques, où des jours de douze heures toute l’année, et le pet* d’incliHaison du soleil, ne permettent point cette variation qu’on remarque dans les saisons des autres climats.

Pour nous conformer cependant aux dénominations usitées, nous décrirons quatre saisons :

Été. — L’été commence 1 année, c’est la saison des grandes chaleurs, des grandes pluies et des ouragans.

Thermomètre. — Pendant les mois de janvier y février et mars, le thermomètre s’élève, au Port-Louis, de 27 à 28° Réaumur, et ne descend guère au-dessous de 20.

Vents. — Les vents, pendant cette saison, très-chauds d’ailleurs, sont variables ou ne se font poïht sentir.

C’est surtout dans ce dernier cas que la chaleur est accablante, et qu’il devient nécessaire de changer de linge assez souvent pour ne point le garder mouillé. On doit se rappeler d’ailleurs, que les obstacles qu’apporte à la transpiration le linge porté trop longtemps, peuvent devenir, surtout dans les pays chauds, la source de désordres variés et graves dans les diverses fonctions. C’est dans cette saison que l’utilité de bains frais, locaux et généraux, est reconnue. A eette époque encore, la constipation, assez commune, réclame un emploi plus fréquent des évacuants divers. Il faut aussi se garder alors d’abuser des travaux de l’esprit, parce que l’atmosphère et le climat, en relâchant tous les organes, tend également à affaiblir l’exercice des fonctions intellectuelles. Les promenades sont des plus utiles; mais il faut en savoir les bornes : Le matin et le soir sont les heures favorables. «C’est pendant cette saison , plus encore qu’au printemps , qu’on doit éviter l’usage des aliments excitants et des boissons excitantes , qui peuvent irriter les voies digestives et disposer à de graves maladies (1). »

Épidémies. — C’est pendant le cours de ces trois mois que se sont presque constamment montrées les maladies épidémiques. Ainsi,c’est en été que s’est présentée trois fois la maladie des barbiers, qui laissa des traces profondes de son passage ; c’est en été que parurent les quatre épidémies si meurtrières de petite-vérole, qui précédèrent l’introduction de la vaccine dans l’île, où elle fut apportée en 1803 par M. Déglos, capitaine du commerce, envoyé par Jenner dans les Indes. Depuis cette introduction, elle s’est présentée sept ou huit fois; mais elle a fait beaucoup moins de ravages. C’est toujours aux environs de cette saison que se sont manifestées les épidémies de dysenterie, de rougeole, d’angine, de croup, de convulsions des en-

(1 ) Hygiène de Tourtelle et Halté.

fants, celle de coqueluche, qui, malgré l’opinion d’Ozanam (I), s est montrée souvent sous les tropiques; enfin, en 1819, une épidémie de choléra-morbus ravagea Maurice et fut combattue, dit-on, avec assez d’avantage par l’administration des préparations opiacées, de différents sels, tels que ceux d’Epsom, de Glauber, de l’eau de la mer, pris chaque jour comme préservatifs. L’été est encore l’époque des disettes et des épizooties (2). C’est dans le courant de l’été 1813 que se montrèrent les premiers accidents d’hydrophobie maladie jusque alors inconnue dans l’île.

Maladies de là saison .— Quant aux maladies qui sont habituellement sous l’influence de cette saison,, ce sont principalement les bourbouilles, les furoncles, les maladies hépatiques inflammatoires, et les engorgements de cet organe, les maladies cutanées, les embarras gastriques , etc. On les traite en général avec succès par les évacuants, les boissons amères, acidulées, et les toniques. On voit aussi à Maurice quelques cas de fièvre typhoïde. Presque toutes ces maladies se compliquent d’embarras gastriques. Les fièvres intermittentes se voient rarement dans la colonie; la plupart de celles qu’on y rencontre ont été apportées de Madagascar.

Ouragans. — C’est toujours pendant ces trois mois qu’arrivent ces terribles convulsions de l’atmosphère que l’on appelle ouragans (3). C est habituellement au moment où le cultivateur est prêt à jouir du fruit de son travail qu’ils se déclarent avec ,une terrible impétuosité.

(1) Hist. des épid t. 1, p. 218, 2 e édit.

(2) Voir un Mém. sur les mal. épiz. des bêtes à cornes des îles de France et de Bourbon , 1783, in-12, p. 24 ; Beauvais.

(3) Voir un ouvrage intitulé: The Law of storms , du lieutenaut colonel Reid, du génie royal ; et une lettre de M. Castillon, Rapp. ann. de la Soc. d'hist. nat.-d'te l’île Maurice, p. 15,1839.

* Quant au deuil général de la nature, ai éloquemment décrit par Bernardin de Saint-Pierre dans son roman de Paul et Virginie, s’il était réel, dit M. d’Unienville, ce serait un bienfait de la Providence, qui par là donnerait à l’habitant un avis certain de se tenir sur ses gardesmais jusqu’à présent le mouvement du baromètre seul peut doàïier quelques indices à ceux qui ôïït eu l’attention de ie consulter; et tout homme comptant sur l’exactitude dés descriptions de Fauteur des Études de la nature aurait été fort étonné de sè voir assailli d’un ouragan, satis avoir remarqué le frémissement des feuilles, cette consternation des animaux, cette fuite des oiseaux marins , indiqués comme les signes précurseurs et assurés de la tempête. »

îtepuis un siècle, Maurice a essuyé onze ouragans, quatre tempêtes et quatre bourrasques. Tous ces effroyables» phénomènes atmosphériques sont moins fréquents cependant, moins longs et moins terribles en général, que ceux qui affligent les Antilles, les Bermudes, les mers de Chine, les côtes de Coromandel et d’Oriza, aux renversements des moussons.

Automne. 4- Les mois d’avril, mai et juin, amènent l’automne, saison pendant laquelle a lieu la petite récolte.

Vents. — Les vents soufflent du sud-est ou de l’est. Us sont fréquents, frais et agréables; le temps est généralement beau.

Thermomètre. — Le thermomètre atteint son maximum en avril, 27° Réaumur; et son minimum en juin, à 23° 1/2 Réaumur. On La vu descendre, pendant certaines nuits, jusqu’à 14° Réaumur.

C’est pendant cette saison qu’il faut se prémunir avec plus de soin contre les variations de la température; et, quoique l’hygiène des saisons en Europe soit loin d’être rigoureusement applicable aux nôtres, les principes de la bonne médecine ne variant nulle part, suivant 1 expression de l'illustre Baglivi, que nous avons eu déjà occasion de rapporter, on devra donc, dans cette saison, prendre garde de ne

pas se coucher sur la terre, surtout quand elle est humide. Cette funeste habitude pourrait entraîner diverses affections catarrhales. L’automne est l’époque la plus défavorable aux phthisiques, comme l’a dit depuis longtemps Hippocrate; aussi nous conseillons de bien se couvrir dans cette saison de transition, et nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer les paroles du père de 1 hygiène, de Gelée : «Per automnum, neque sine veste, neque sine calceamentis pro- «dire oportet, præcipuèque diebus frigidïortbus, neque sub divo «noctes dormire, aut Certè benè operiri. » Comme cette saison tente à débiliter l’économie, on pourra prendre quelques aliments fortifiants, du bon vin, etc.

Hiver. — Notre hiver, qui est l’été des contrées situées du côté du pôle arctique, règne pendant les mois de juillet, août et septembre.

Vents. — Dans cette saison, les vents généraux soufflent du sud-est avec beaucoup de force, et ils sont très-froids. Il y a assez de brouillards, sans que les pluies soient très-abondantes.

Thermomètre. — La plus grande élévation du thermomètre pendant ces trois mois est de 24° Réaumur, la plus faible est de 10°1 Réaumur. Presque jamais il ne descend aussi bas; son minimum habituel est de 12° Réaumur.

On doit, pendant cette saison , se garantir du froid et de l’humidité; un exercice modéré deviendra même fort utile pour développer une certaine dose de chaleur. S’il y a une époque de l’année, dans le pays, où l’on doive prendre une nourriture excitante, c’est bien dans celle-ci. Cette saison est regardée avec raison comme un moyen naturel de guérison pour les maladies de la saison opposée. Johnson dit, «que l’hiver tropical soulage le système hépatique de son excessive activité;» et Hippocrate avait dit déjà, d’après les leçons

de l’expérience : «æstivos morbos hiems succedens solvit (1)

Maladies delà saison. — Les affections catarrhales, rhumatismales névralgiques, le tétanos, ne sont point rares dans cette saison. On y voit aussi quelques fièvres typhoïdes et différentes épidémies, etc.

Printemps. — Les mois d’octobre^, de novembre et de décembre, qui forment le printemps de Maurice, sont secs en général; cependant, comme les vents sont variables, ils entraînent quelquefois avec eux des pluies abondantes.

Thermomètre. — Le thermomètre atteint son maximum en octobre, à 25°; en novembre., à 26°; et en décembre, à 27°Réaumur. Son minimum pour le mois d’octobre, 16°; pour le mois de novembre, 17°; et pour le mois de décembre, 18° Réaumur.

Pendant cette saison, il ne faut point abuser des épices ni des aliments excitants. Un régime convenable doit être exactement suivi. Nous serions heureux de persuader à nos compatriotes combien est puissante cette incessante influence du régime, qui s’exerce, pour ainsi dire, dans l’ombre et le silence, et n’en est que plus sûre dans son action. Qu’y a-t-il au-dessus de son pouvoir, toutes les fois que l’imprévoyance de l’homme n’attend pas que le mal ait frappé quelques viscères d’une irrémédiable désorganisation ?

Maladies de cette saison. — A cette époque de l’année, et surtout en décembre, lorsque cette saison va toucher à l’été, se voient quelques épidémies de varicèle, de rougeole, de scarlatine, et diverses éruptions urticaires, miliaires, etc.

C’est alors aussi que commencent les mauvais temps et les orages.

Nous ne pouvons nous dispenser d’entrer ici dans quelques dé-

(1) Morb. pop., lib. 3 , sect. 3.

tails sur cette importante partie de la météorologie de Maurice.

Tonnerre. — Le lonnerre se fait entendre pendant six à sept mois de l’année, de décembre en mai. Dans la statistique de 1 île Maurice, publiée par M. d’Unienville, il est dit : « Que dans les dix années d’observations météorologiques, faites avec le soin le plus scrupuleux par M. Lislet-Geoffroy, correspondant de l’Institut de France, le terme moyen des jours où il a tonné a été de seize par an. Pendant trois de ces années, il n’y a eu que de cinq à sept jours de tonnerre par an ; pendant trois autres années, de ving-trois à vingt-cinq jours. »

On a vu plusieurs fois, pendant des orages, la foudre incendier les maisons et frapper les animaux mortellement.

Nous donnons ici les termes moyens de dix années d’observations météorologiques faites par M. Lislet.

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