SUCCESSIFS
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Des probabilités de la vie . — Le tableau n° 5 fait voir qu’à Maurice , la vie probable d’un enfant qui vient de naître est de 32 ans, tandis qu’en France elle est de 20 ans 4 mois ; à 40 ans, chez nous, l’homme
a, en moyenne, 1 7 ans à vivre encore; tandis qu’en France cette moyenne est encore de23ans. On voit,par ce résultat, que la mortaliteest moins grande relativement chez nous qu’en France dans les premières périodes de la vie; mais dans un âge plus avancé les probabilités de vivre diminuent (1). Il est vrai que nos résultats statistiques s’appliquent chez nous à la population riche; mais, d’après ce que nous avons vu plus haut, s’ils avaient porté sur les diverses classes de la société, ils seraient encore plus favorables.
De la vie moyenne. — Nous donnons pour Maurice, comme moyenne de la vie, 33 ans; en France, elle est de 32 ans et demi. D’après M. Quetelet, la vie moyenne en Belgique est de 32 ans 1 mois ; elle est de 33 ans en Angleterre, selon Bîckman. D’après cette moyenne, la mesure de la santé publique serait bien belle à Maurice; car «la vie moyenne, dit M. Quetelet, si l’on pouvait l’obtenir avec certitude , donnerait la vraie mesure de l’état hygiénique d’un pays, comme la consommation de l’habitant donnerait celle des exigences du climat. »
De la population . — Le rapport du nombre des individus à l’étendue du territoire est un des moyens les plus propres à nous faire connaître le degré de civilisation , la fertilité du sol, l’ancienneté d’habitation de chaque contrée du globe. Ainsi nous voyons que l’Europe est au moins deux fois aussi peuplée que l’Asie, douze fois plus que l’Afrique et l’Océanie , et vingt-trois fois plus que l’Amérique. M. Quelelet a déterminé la population deJ’Europe en comptant le nombre des habitants par lieues carrées : ainsi il trouve comme extrêmes, que les Pays-Bas contiennent par lieue carrée 1,829 habitants; la Suède et la Norvège 81. Maurice nous donne à peu près 148 habitants par mille carré. La population seule ne peut donner d’ailleurs la force et la pros-
(1) Ces calculs ont été faits d’après le tableau n° 42 de la Statistique de Me Maurice.
périté d’un pays. Il faut encore avoir la vie moyenne, et là où elle sera la plus longue existera le plus de prospérité, parce que le p ays où la fécondité et la mortalité sont le plus considérables sera toujours pauvre et faible. D’après cela, Maurice serait encore un des pays les plus sains et les plus heureux.
Depuis le milieu du siècle dernier, le nombre des habitants augmente chaque année dans presque toutes les contrées de l’Europe. Il y a en France 10 naissances pour 8 décès ; à Maurice, de 1804 à 1825 les naissances ont surpassé les décès de 1740 : terme moyen, par année, 81 pour la population blanche. Comme terme moyen, 350 par année pour la population libre. Malgré ce grand accroissement, et en supposant même qu’il continue dans une progression relative, la population trouverait encore longtemps dans son propre territoire de quoi suffire à sa subsistance, car l’ile possède un tiers environ de sa surface en forêts, et de plus, un sixième en savanes. Nous avons déjà exprimé notre opinion sur les dangers du défrichement des forêts. Mais les savanes sont-elles bien réellement rebelles à la culture? Nous ne le croyons pas ; et si l’active industrie parvient à livrer ces vastes et inutiles terrains à l’agriculture, elle n’aura plus à craindre les catastrophes qu’entraînent les famines; le bonheur et la richesse des habitants n’auraient rien à souffrir de cet accroissement de production.
De la longévité. — Dans tous les climats, l’homme peut parvenir à un âge avancé; toutes les nations nous offrent des exemples de longévité. Une mortalité précoce atteste plutôt le vice du régime que celui du climat, et c’est la raison qui nous a fait apporter tant d’insistance à développer tout ce qui se rattachait au régime et à l’hygiène. D’après ce que nous avons dit plus haut, on voit qu’à Maurice, comme partout ailleurs, on peut arriver à un grand âge.
La ville et quelques quartiers considérés sous le rapport hygiénique .
Rien n’est variable comme les conditions hygiéniques où sont placés les hommes dans des localités différentes quoique voisines. Nous examinerons donc rapidement quelques-uns des principaux quartiers de nie dans leurs rapports avec l’hygiène publique.
Le Port-Louis (ville principale ) est divisé en trois parties f le centre et les faubourgs de l’est et de l’ouest. Il est situé au fond d’une rade dont nous avons déjà parlé, entouré de hautes montagnes qui le mettent à l’abri des vents du sud-est. Il touche à la mer, dont les marées ne s’élèvent jamais à plus de 2 pieds 3 pouces, et dont le fond est composé de coraux et de sable. Toutes ces conditions doivent naturellement donner à cette ville la température la plus élevée de l’ile; On comprend aussi que l’air y soit stagnant, humide et altéré par des miasmes de diverses natures, et que les chaleurs de l’été y soient augmentées encore par la réverbération des rayons solaires. La population de la ville, en 1830, était de 27,277 individus, sans y comprendre les troupes, ni les personnes qui habitent passagèrement la ville; et comme elle n’a guère que dix milles carrés de superficie, o»p voit qu’un grand nombre d’hommes sont rassemblés sur une assez petite surface. Le centre de la ville contient 949 habitations ; le faubourg de l’est, 578; et le faubourg de l’ouest, 553. Presque toutes les maisons n’ont qu’un rez-de-chaussée , plusieurs ont un étage , mais très-peu en ont deux. Au centre de la ville, les maisons sont, en général, trop resserrées, et n’ont point assez d’espace relatif pour les individus qui les occupent. Lecentre est coupé, du nord au sud, par quatorze rues,* et de l’est à l’ouest, par treize autres rues principales. Il y a en outre vingt petites rues qui augmentent les moyens de communication. Les faubourgs sont coupés par beaucoup de petites rues assez mal tracées en» général; ils sont, du reste, plus élevés et mieux aérés que le centre et les maisons y ont en général une cour assez grande. Les places publiques, si nécessaires dans les villes, où elles contribuent à la circula-
tion de l’air, sont, au Port-Louis, en petit nombre, et fort petites en général. Il est à regretter quelles ne soient pas plus vastes, et q u ’ on n’ait pu les planter; car une des premières conditions de futilité des
arbres sur les places publiques, c’est qu’on puisse planter ces arbres
assez loin des maisons pour n’arrêter ni les rayons du soleil ni I a circulation de l’air. La ville est malheureusement arrosée par cinq petits ruisseaux dont aucun ne fournit une eau potable. Plusieurs de ces ruisseaux se dessèchent pendant la saison des chaleurs, et au moment des pluies ils deviennent souvent des torrents impétueux qui ne sont pas toujours sans danger. Ces ruisseaux, qui ne peuvent contribuer à la propreté et à la salubrité de la ville, entretiennent une atmosphère humide qui se charge aisément de toutes sortes d’exhalaisons, et quand le dessèchement arrive, ils peuvent devenir et deviennent, nous en sommes persuadé, la source de beaucoup de maladies. Si l’on ne peut les combler, ne pourrait-on du moins y faire passer des courants d’eau assez rapides pour laver fréquemment ces foyers d’infection. Il serait de la plus grande importance aussi qu’on en retirât la fange à certaines époques, mais jamais pendant les grandes chaleurs. Nous appelons encore l’attention de nos compatriotes sur la construction des fosses d’aisances : elles ont subi des modifications heureuses et importantes, mais tout n’est pas fait , et pourtant c’est une des principales causes d’insalubrité. La propreté des rues, leur pavage, ont aussi besoin qu’oh y songe, dans l’intérêt de l’hygiène publique. Voilà certainement les causes les plus probables de l’excès de mortalité dans la ville.
Maintenant, si nous considérons un moment le quartier des plaines Wilhems, nous le voyons très-élevé, puisqu’il a plus de deux mille pieds anglais au-dessus du niveau de la mer. Il est déboisé en général, sa température est chaude et sèche dans le bas, celle des parties les plus élevées est douce et modérée en été. Ce quartier est moins humide, mais aussi froid en hiver que Moka : ce qui en fait un des quartiers les plus sains, comme nous l’avons établi plus haut, cest qu’il domine tous les quartiers d’alentour. L’air y est par conséquent
plus vif et plu» sec; l’accès facile des vents y renouvelle l’atmosphère plus souvent; tandis qu’à la Savanne, où la mortalité est tres-grande, il y a beaucoup de rivières, de montagnes et de forêts; les vents soufflent du sud; le quartier est très-boisé et très-humide; il y fait très-froid, surtout vers les parties les plus élevées : ce quartier est malsain relativement aux autres ; l’air circule difficilement dans ses épaisses forêts; le sol, peu réchauffé par les rayons du soleil, reste constamment humide ; et ces vents du sud dont nous avons déjà parlé, y causent des accidents graves. Faudrait-il donc* pour diminuer la mortalité dans ce quartier, y opérer quelques-uns de ces défrichéments dont on a tant abusé dans d’autres quartiers de l’île?
Climatologie.
Après avoir parlé de l’air, des eaux, des lieux, des saisons, des vents, de la température, de l’exposition, de l’élévation des terrains, de leur sécheresse, de leur humidité, de leur fertilité, des aliments, des productions, de la population, etc., il nous reste maintenant à examiner l’influence du climat de Maurice sur l’homme. On sait toute l’importance qu’ont attachée à l’étude de la climatologie, et des circonstances diverses qui en constituent, pour ainsi dire, les éléments, les médecins de tous les âges qui ont le plus honoré la science et le mieux méritéde l’humanité. L’illustre Baglivi, qui vivait dans l’air de Rome, et écrivait pour 1 air de Rome (scribo hcec in aere romano),a mis, pour ainsi dire, l’obstination du génie à revenir sur la nécessité de cette étude. On nous pardonnera donc, nous l’espérons, d’entrer dans quelques détails sur l’exposition des phénomènes principaux qui se trouvent sous la dépendance du climat.
Sous les latitudes équatoriales, l'action incessante de la chaleur toujours élevée et de la vive lumière qui pénètre en tous sens, donne aux animaux et aux végétaux une physionomie particulière , suivant l’expression du célèbre naturaliste de Humboldt ; elle modifie pareillement chez l’homme, objet spécial de notre étude, l’exercice des fane tions dévolues à chacun de ces appareils d’organes.
• Nous examinerons cette influence dans ses rapports avec la circu- Jation d’abord, puis avec la respiration, le système musculaire, la digestion, les sécrétions diverses, le système nerveux, et enfin nous dirons quelques mots sur les modifications imprimées au moral de l’homme par le climat des pays équatoriaux.
Système circulatoire. — Le pouls, plus vif et plus fréquent que dans les pays froids, bat normalement, suivant Bernier, jusqu a cent fois par minute au Mogol. M. Chapotin, qui observait à Maurice même dans les dernières années de la possession française , assure que le pouls est à peine sensible chez un grand nombre de personnes, chez les femmes surtout, et que jamais, dans aucun cas, les pulsations ne sont aussi fortes que chez l’Européen.
Quelles que soient les explications que l’on puisse donner de ce dernier fait, la grande fréquence du pouls, l’activité de la circulation, suffisent pour rendre raison de cette tendance extrême aux épistaxis, aux métrorrhagies, etc. (1). Les maladies organiques du cœur sont assez fréquentes sous les tropiques, la dilatation des oreillettes surtout; l’apoplexie cérébrale n’est pas rare non plus. La vie s’use vite, dit-on, dans ces contrées. Tissot lui-même a dit que, par la raison que le cœur bafVite, il bat moins longtemps. Nous ne pouvons pourtant accepter dans son entier cette ingénieuse expression de l’illustre médecin de Lausanne. Quelques résultats statistiques que nous avons eu occasion d’exposer dans l’article précédent, tendront peut-être à faire considérer comme une opinion préconçue cette influence de la rapidité de la circulation sur la longévité. Il y a d’ailleurs, sous ces latitudes, une prédominance marquée du système veineux sur le système artériel: aussi les varices, les hémorrhoïdes, les varicocèles, etc., sont assez communs.
Système respiratoire. — L’air étant plus dilaté , plus raréfié, par la
(1) Rochoux, Recherches sur la fièvre jaune ; Paris , in-8°.
chaleur, les poumons absorbent moins d’oxygène; l’appareil respiratoire partage d’ailleurs le défaut d’énergie qu’on retrouve dans la plupart des autres appareils:« La poitrine, est, en général, étroite, le cou long, les épaules élevées plus ou moins çn avant, et la voix faible , suivant M. Desportes;.,» 11 y a, selon IM. le docteur Copland, moins d’acide carbonique dégagé dans l’acte de l’expiration que dans les climats tempérés ; ce qui pourrait s’expliquer en admettant, avec Annesley, que le foie, organe supplémentaire d’hématose, pçut opérer, sous forme de bile, la séparation de la portion de carbone qui, dans d’autres contrées, eût été entraînée par la respiration sous celle d’acide carbonique (1). La calorification est moindre aussi, bien que la chaleur moyenne de* l’homme y soit plus élevée.- John Davy a constaté quelle pouvait monter jusqu’à + 38° 33, ce qui ne s’accordait point avec l’opinion généralement reçue, il y a quelques années. Les habitants des zones torrides ont également une faculté moins grande de résistance au froid. Qui ne sait, en effet , tous les ravages que détermine le changement de climat chez les personnes qui sortent d’un pays plus chaud pour aller habiter un pays plus froid ? Presque toutes finissent par succomber à des affections du côté de. la poitrine. Les expériences de M. Milne-Edwards sur la chaleur animale, semblent confirmer ces résultats (2).
On pourrait croire après cela que cette température sans grandes variations , cette chaleur élevée et continue, à la bienfaisante influence desquelles la medecine a coutume d’aller confier ceux de ses malades quelle n’espère point guérir elle-même, mettent les heureux habitants de ces contrées à l’abri de certaines maladies qu’on a coutume d attribuer, dans les climats froids et tempérés, aux brusques et continuels changements dé ratmosphère. Malheureusement il n’en est pas
(1) Researches into the causes, nature and treatment of the more prévalent diseases of India, in-8° ; London, 1828.
(2) Êlém. de zoologie.
1842. — Michel.
ainsi : la phthisie, par exemple, fait des ravages considérables à Maurice, comme M. le professeur Andral (1) l’a souvent fait remarquer dans son cours de pathologie.
Noris ne sachions pas que l’on ait donné encore une raison bien satisfaisante de ce funeste privilège qu’ont, au milieu des pays chauds certains pays particuliers, de développer cette terrible maladie avec une activité presque aussi grande que dans les climats à température basse et variable. Lés tableaux statistiques, construits pour comparer ce développement dans les diverses contrées, ont paru si évidemment contredire quelquefois la théorie des températures, qu’il semblerait aujourd’hui raisonnable d’aller chercher, dans quelques circonstances de localité, d’alirrientation, d’usages, de mœurs, etc., des causes de modification dont l’importance égalerait peut-être celle de la température. Ce travail ne nous semble pas fait pour notre pays en particulier, et nous n’avons point la présomption de mettre ici la main à un tableau qui nous paraît exiger à la fois la vigueur de l’esprit et l’exactitude de l’observation, la sûreté du jugement et la maturité de l’expérience.
Le carreau lui-même, que nous ne rangeons ici qu’en raison de son affinité toute naturelle avec la phthisie, le carreau ne fait pas moins de ravages parmi les enfants; et telle est aussi, à l’égard de cette maladie, l’influence des localités, qu’en même temps qu’aux îles Seychelles, les familles sont nombreuses, él que l’enfance arrive ordinairement florissante à i’époque de la puberté, à Bourbon, à Maurice, à Madagascar, etc. Les plus légers symptômes de cette maladie, les signes mêmes de la prédisposition ne laissent plus aux parents aucun espoir d’arracher leursenfants à une mort certaine ; qu’en les éloignant au plus vite du lieu de leur naissance (2). 11 suffit quelquefois chez nouvS de les faire changer de quartier.
U serait, d’ailleurs, à la fois utile et important de s’assurer si le ré-
(1) Path. int. , t. 1, p. 448.
(2) Voy. art, Glim. du Dictionn. de méd., par M. Guérard, t. 18, p.- 38.
gime alimentaire adopté pour l’enfancé, aux îles Seychelles, neutre pas pour beaucoup dans les causes d’immunité qui protègent cet arc ipel contre les ravages du carreau. On sait tout ce que peut avoir de funeste pour les enfants l’habitude de les mettre,, presque dès leur naissance, à l’usage de certains aliments trop forts pour leurs organes 'tendres et délicats. De là peut-être les hydropisies, les coliques, les aigreurs, les vers, les engorgements du mésentère, les vents, les diarrhées, les convulsions, .etc. Zimmérmann (1) va jusqu a attribuer la grande mortalité des enfants qui meurent de convulsions, à un aliment (la bouillie) qui les empoisonne.
L’asthme essentiel est aussi, à Maurice, une affection des .voies respiratoires que sa fréquence a fait ranger avec justice parmi les maladies endémiques.
Système musculaire . —- Le système musculaire est peu développé, en général, dans les pays chauds. Cette proposition, avancée et reconnue depuis longtemps parla plus grande partie des médecins, a été mise hors de doute par les expériences de Pérou avec le dynamomètre. Doué de peu de puissance et d’énergie, la chaleùr l’affaiblit et l’énerve ; aussi tous les voyageurs ont-ils été frappés de cette propension singulière qu’éprouve l’habitant de ces climats pour le repos et la mollesse. Est-ce maintenant à cette propriété du système musculaire , unie avec l’atonie, la flaccidité de tous les organes, qu’il faut attribuer cette promptitude, cette facilité de l’accouchement constatée par Ludolf, dans son Histoire œtkiopique, par Pison, Léry, etc., au Brésil. et à Maurice, par M. Desnoyers. Les pertes utérines, si fréquentes, surtout après l’accouchement, dans nos climats, trouveraient ensuite dans cette -^daxité musculaire une explication plus naturelle encore et moins contestable, car nous ne nous dissimulons point que, si, d’un côté, le relâchement des organes qui servent de passage à l’enfant doit faciliter son expulsion, d’un autre côté, l’énergie contractile des muscles ex-
(1) Traité de l’expérience, t. 3, p. 36.
pulseurs ne serait pas une cause moins puissante pour rendre l’accouchement plus prompt et plus facile. On pourrait répondre à cela, il est vrai, que l’atonie habituelle, physiologique, des muscles de l’utérus et de l’abdomen, dans les pays chauds, ne prouve point que la nature ne puisse développer au même degré, dans le moment de l’accouchement, cette sorte d’énergie pathologique nécessaire àlacconTplissement de cette fonction.
Quoi qu’il en soit, ce même relâchement de l’utérus fournit une explication toute naturelle dé la fréquence des avortements, et peutêtre même de la rareté comparative'des conceptions. Les accidents hémorrhagiques et nerveux qui succèdent à la parturition, acquièrent d’ailleurs dans nos climats beaucoup de gravité.
Système digestif. — Sous l’influence d’une haute température, le mouvement d’expansion du centre à la périphérie, étant secondé par une densité moins considérable de l’air, tous les fluides attirés vers la peau diminuent en proportion l’afflux des liquides sur les organes intérieurs, et l’action du tube digestif se trouve ainsi singulièrement affaiblie. La susceptibilité -de l’estomac, la lenteur, la difficulté de l’assimilation, engendrent mette disposition saburrale, ces crudités , ces flatulences, ces dysenteries et ces diarrhées si communes chez nous. C’est la paresse, l’atonie de cet appareil, qui a fait naître le besoin des épices les plus âcres et les plus stimulantes, pour ranimer l’énergie opprimée de l’intestin. Malheureusement elles deviennent la source d’une foule de phlegmasies chroniques de ces viscères, qui sont, en effet, si fréquentes dans les pays chauds, ainsi que l’a remarqué Broussais (1). La nature, il est vrai, en prodiguant à ces contrés les aliments rafraîchissants, doux, sucrés, acidulés, mucilagineux, leur a donné tous les moyens de combattre l’ardeur dévorante du climat, et son retentissement sur l’organisme; mais cette nourriture végétale est très-insuffisante. Tout contribue donc, comme on le voit,
(1) Phlegm. chroniques.
à rendre l’habitant de Maurice d’une faiblesse excessive; et si les infiltrations lymphatiques, les hydropisies, lesanasarques, les hernies sont si multipliées dans ces régions; si la maladie des Barbades et l’hydrocèle sont même des maladies endémiques dans le pays, rien ne peut donner de ce fait une explication plus naturelle que l’influence combinée du régime habituel et de la température essentiellement affaiblissante dece§ contrées. La pléthore y est rare, ainsi que l’embonpoint.
Système cutané. — Les fonctions de la peau sont très-actives, et des flots de sueur inonderaient presque continuellement lasuface du corps si, malgré l’abondance de cette excrétion, l’évaporation de la sueur ne s’opérait souvent avec tant de rapidité, que le corps se trouve habituellement sec, dans certaines saisons surtout. C’est à l’action de la chaleur etdela lumière, excitants directsde la peau, quel’on doit attribuer les bourbouilles, espèces de sudamina, qui ne se montrent, en général, que pendant les mois les plus chauds. Elles commencent par une éruption de petits points rouges, disséminé^ d’abord, mais qui se réunissent bientôt, et qui occupent le dos, les bras, la poitrine et la figure principalement. Cette éruption est accompagnée d’un prurigo quelquefois intolérable, et qui pousse les personnes qui en sont affectées à se déchirer la peau avec les ongles. Les bourbouilles offrent à leur sommet une petite vésicule qui se crève, soit naturellement * soit artificiellement, et donne lieu à une petite desquamation (Ghapotin, thèse 1812, p. 25). Les exanthèmes de tous genres, les rougeoles, les varioles , le pian, la maladie vénérienne, les dartres endémiques dans le pays, reconnaissent sans doute la même influence comme cause de la fréquence et de la rapidité dans la marche de leurs symptômes. Du reste, cette excitation cutanée est très-utile sous un autre point de vue, celui d’une dérivation extérieure, qui diminue d’autant les congestions intérieures et rafraîchit l’économie par cette abondante diaphorèse.
Système urinaire. — L’urine est beaucoup moins abondante que
dans les climats tempérés, et doit être, par conséquent, plus chargée de produits âcres et irritants. Si l’on ajoute à cela l’usage habituel des aliments salés, des substances stimulantes, des boissons spi r i tueuses, les excès vénériens, on ne s’étonnera plus sans doute de rencontrer si fréquemment la gravelle,, et, comme conséquence, l a néphrite calculeuse et l’hématurie, rangées à Maurice parmi les maladies auxquelles on reconnaît le caractère endémique. M,Salesse, l’un des médecins les plus distingués de Maurice, pense que l’on doit ajouter à la liste des causes qui produisent le plus souvent l’hématurie, la mauvaise qualité des eaux, et la masturbation.
On a vu, selon M. Heurtrel d’Arboval, de§ épidémies d’hématurie survenir chez des animaux qui avaient mangé des feuilles d’if (1). Reil a vu une épidémie d’hémqtu rie chez l’homme : «J’ai vu une fois, ditil, l’hématurie régner épidémiquementcomme maladie aiguë: c’étaient surtout des hommes jeunes et bien portants qui en étaient atteints, du reste, sans accidents fâcheux ; ils guérissaient rapidement (2). »M. Chapotin est le premier qui ait parlé de l’hématurie à l’île Maurice (3); mais il était réservé à M. Salesse, homme d’observation, de donner le premier une bonne description de cette maladie, d’en faire ressortir le caractère endémique, et d’appeler l’attention du monde savant sur cette question. Enfin, M. Rayer, dans une série d’excellents articles publiés par le journal /'Expérience (4), a jeté sur cette question le même jour qu’il a su répandre sur les autres sujets de ses recherches. 11 a divisé l’hématurie en trois classes. Dans la première, il comprend les cas simples d’hématurie; dans la deuxième, l’hématurie accompagnée de gravelle; enfin, dans la troisième, il range tous les cas dans les-
(1) Dlciionn. de méd. vét. } art. Hématurie,
(2) Fieberlehre, 2 e édit., t. 3, |>. 124.
(3) Top. méd* de Vile Maurice.
(4) Années 1837 et 38, p. 577 et suiv.
(5) These, 1835, sur l’hématurie.
quels l’hématurie a été remplacée par une urine chyleuse (urine laiteuse, Chapotin; urine chyleuse, Prout), ou urine albumineuse graisseuse. M. Rayer termine son travail en exprimant le vœu que les médecins qui exercent à File de France comblent les lacunes qui peuvent encore exister dans l’histoire de cette maladie.
Nous devons personnellement, à ce sujet, quelques renseignements à l’obligeance de M. Desnoyers, qu’une longue et honorable pratique à Mauriceüa mis à même d’étudier sur les lieux mêmes cette maladie pendant vingt années. Ces renseignements nous permettront d’ajouter ici, aux savantes recherches de M. Rayer, qu’à File Maurice, les 8 /io au moins des garçons, et le '% des petites filles sont affectés de cette maladie. Elle n’a jamais de gravité dans les premières années de la vie: mais, suivant M. Desnoyers, elle ne manque guère, vers la quinzième année environ, de se transformer en néphrites variées chez le plus grand nombre d’enfants qui en ont été atteints. Ils éprouvent alors des coliques néphrétiques atroces, qui ont cinq, six, et même huit jours de durée. Ces accès semblent ordinairement se juger par des dépôts abondants et variés dans les urines. Ces dépôts sont des produits solides, rouges, blancs, gris, des mucosités épaisses et abondantes , ou bien de simples nuages. Cette affection attaque même les Européens transportés dans les deux îles, et ne cède qu’avec Fâgê.
Sécrétions .— Les diverses sécrétions de l’économie sont remarquables par leur peu d’abondance, si l’on en excepte celle de la bile et celle du sperme. Quelle est maintenant la cause première de cet excès d’action dans les deux organes chargés de ces fonctions ? La chaleur, dont l’influence, quoique inexplicable peut-être, semble si évidente sur l’organe biliaire, a-t-elle une action aussi manifeste sur la sécrétion spermatique? ou bien la prédominance du système nerveux, dans les climats chauds, doit-elle être invoquée ici ? Impuissant que nous sommes à résoudre cette question , nous nous bornons à constater le fait et à rappeler que Bordeu, considérant les rapports qui semblaient unir ensemble les fonctions de ces deux organes, avait donné au
tempérament bilieux le nom de tempérament spermatique. Ces organes acquièrent donc , en effet, dans notre pays , une activité prodigieuse Johnson (1) cherche à expliquereette sur-activité du foie par une sorte de sympathie mystérieuse qui existerait entre cet organe et la peau Notre intention n’est aucunement d’entrer ici dans l’appréciation des théories; mais le fait lui-même une fois constaté, nous rappellerons ce principe fondamental, que les perturbations sont d’autant plus fréquentes dans un organe, que l’action vitale y est plus énergique. De ce principe doit découler, comme une conséquence nécessaire, la fréquence des maladies du foie dans nos pays : aussi, partout dans notre île, la teinte halée, ictérique de la peau, annonce aux yeux les moins observateurs le travail morbide de l’organe sécréteur de la bile. Partout aussi, les phlegmasies aiguës et chroniques du foie, l’ictère, les granulations, l’hypertrophie et lès abcès de cet organe, y font des ravages qui semblent braver tous les efforts de la médecine. On sait, d’ailleurs, tous les inconvénients que peut produire la présence d’une bile surabondante dans les organes de la digestion : l’anorexie, les nausées, un malaise général du corps et de l’esprit, des embarras gastriques, en deviennent la suite la plus ordinaire.
Système nerveux. — Le système nerveux règne, pour ainsi dire, en souverain maître sur l’organisme dans les pays chauds. On dirait que son empire devient plus despotique à mesure que les feux du soleil deviennent plus brûlants. Tout semble conspirer pour favoriser son action dans ces contrées, ou la chaleur ne paraît condamner l’homme au repos et à la mollesse, que pour mieux laisser au système nerveux le loisir de détourner en silence à son profit tous les efforts delà nature. Bichat et Fiai lé avaient remarqué depuis longtemps que la nature avait réglé de telle sorte les attributions des systèmes musculaire et nerveux, que l’un ne peut jamais se développer qu’aux dé¬
fi) diseases of warrn. climat., in-8°.
pens de l'autre. C’est surtout dans les climats extrêmes, sous la zone torride par exemple, que cette vérité semble arriver jusqu’à l’évidence. On pourrait croire que cette invincible propension au repos, qu’entraîne avec elle l’action énervantpjde la chaleur, qui fait de tout exercice une fatigue, et enchaîne les sens dans une sorte de langueur et d’engourdissement, amènerait du moins à sa suite le bienfait d’un sommeil réparateur; mais il n’en est pas ainsi, on dort moins sous les tropiques que dans les climats tempérés ; les centres nerveux, tenus par mille causes différentes dans un état habituel de surexcitation, résistent avec énergie au besoin de repos qui opprime autour d’eux tout le reste de l’organisme, sans pouvoir presque parvenir à abattre leur fatigante activité. On sent tout ce qu’une pareille disposition peut ajouter de gravité aux affèctions cérébrales et nerveuses idiopathiques. C’est là, sans doute, aussi qü’il faut aller chercher la source de cette inégalité d’humeur, de cette inconstance de caractère , de ce besoin d’émotions fortes, que l’on a reprochés quelquefois aux habi? tants de ces contrées.
Les maladies du système nerveux, si communes dans ces climats, qu’elles y sont pour ainsi dire endémiques, découlent tout naturellement aussi de cette exaltation habituelle des centres nerveux, dont elles ne sont pour ainsi dire qu’une exagération. Les maladies des autres appareils ont également une propension remarquable à provoquer le trouble dans les organes de la sensibilité : de là ces conaplications inévitables qui viennent entraver la marche de presque toutes les maladies, et ajouter à la gravité de l’affection primitive la gravité qui leur est propre : c est 1 anxiété nerveuse, c’est le délire, ce sont les convulsions, et autres phénomènes de ce genre, qui nécessitent, ainsi que le remarque Barthez, un plus grand usage relatif des remèdes narcotiques , des boissons tempérantes, etc. Les maladies qui portent essentiellement sur ce système ont, en général, beaucoup de gravité dans notre pays, et elles frappent plutôt les femmes et les enfants. On y rencontre à chaque pas des névroses de toute espèce, l’épilepsie, l’hystérie, etc.,
1842. — Michel.
des inflammations du cerveau et de ses membranes {!), et, au premier rang, le tétanos. Nous nous arrêterons un instant sur cette dernière maladie, dont l’importance justifie sans doute la prédilection particulière qui en a fait l’objet des recherches d’une foule de médecins distingués , mais qu’il nous serait impossible de traiter convenablement dans la partie de cette thèse que nous nous proposons de consacrer à l’étude de quelques-unes des maladies les plus communes dans notre île. Nous n’avons rien à dire du tétanos traumatique, qui n’offre de particulier que son incurabilité presque absolue. Mais il y a, dit M. Desnoyers, un tétanos que l’on peut appeler symptomatique , puisqu’il est presque toujours le résultat de quelque affection viscérale. Celte espèce de névrose prend au tétanos (raumatique ses formes terribles sans en avoir la gravité, et elle se termine habituellement par la santé. Les causes les plus ordinaires de cette affection sont la présence de vers dans l’intestin, l’éruption des dents, une indigestion, une suppression de transpiration.
Vient ensuite le" tétanos des nouveau-nés, le seul peut-être qui mérite d’être appelé endémique. Parmi les enfants qui en sont atteints peu en guérissent ; il n’attaque guère, du reste, que dans les huit premiers jburs qui suivent la -naissance. Après cette époque,il se voit rarement. Lind , Dazille, M. Chapotin, etc», lui donnent pour cause la plus habituelle l’impressionM’un air froid sur la peau.
Nous ne pouvons nous empêcher de revenir une fois encore sur une réflexion qui nous est échappée déjà plusieurs fois ; nous voulons parier de l’importance que l’on doit attacher aux lois d’une hygiène bienfaisante et préservatrice. Cette importance n’a jamais peut être été mieux constatée que par la diminution progressive et certaine de cette maladie terriblequi se joue constamment deseffortsde la thérapeutique, dès que la puissante influence d’une sage hygiène n'a pu parvenir à l’é-
(1) Voir;à ce sujet une thèse de M. Coignel, qui exerce aujourd’hui la médecine, à Maurice, avec distinction. Méningite des enfants; 1837.
touffer, pour ainsi dire, avant sa naissance. Comme bien d’aulres maladies, le tétanos des nouveau-nés semble reculer aujourd’hui à mesure que 1’hygiène se perfectionne sous la main des médecins les plus distingués. Que ne doit- on point espérer de son heureuse action, lorsque ses lumières , déjà si répandues, auront fini par pénétrer toutes les classes de la société , eelles surtout qui en ont le plus besoin, et qui, par cela même, peut-être,se sont dérobées plus longtemps à sa sollicitude !
Il serait si heureux de trouver un remède qui pût donner à la médecine quelque prise sur le tétanos, celui surtout qui est la suite d’une blessure, ’qu’on nous permettra sans doute d’ajouter ici à la longue liste de ceux qui ont été employés dans cette maladie un moyen qui paraît avoir réussi aux Indes orientales. On ne peut guère conclure, il est vrai, de deux ou trois faits isolés; mais c’esHan devoir de ne rien négliger dans une maladie qui laisse aussi peu d’espérance. On voit (1) que l’emploi du chanvre (cannabis indica), commun dans notre pays, a obtenu entre les mains de M. O’Shaugnossi un succès inespéré dans le tétanos traumatique. Sur trois sujets soumis à l’action de ce médicament, deux ont guéri, et le troisième était en voie de guérison quand une dysenterie le fit succomber. Nous ajouterons ici, à titre de renseignement curieux dans l’histoire du tétanos, que l’homme semble avoir communiqué aux animaux qu’il oblige de vivre près de lui le triste privilège de partager ses maladies. M. Chapofin dit-que les lorrys, les perroquets, etc-, à l’état privé, sont pris, comme l’homme, par le tétanos, quand ils sont exposés, comme lui, à l’impression du froid.
Système générateur .—Le passage de l’enfance à la puberté est marqué par une série de phénomènes physiologiques.et moraux fort importants. Tourmentés de nouveaux désirs,Thomme et la femme voient à cet âge s’ouvrir un monde inconnu pour eux. Le développement rapide des organes de la génération, chez l’homme, est venu l’avertir qu’il vient
fl) Praeés-vérbal ile la Gazette méd. de Calcutta, 5 jaav. 1839.
d’être doué d’une faculté nouvelle. La femme a vu naître chez elle un écoulement périodique, que la nature lui envoie comme un signe, un gage presque de fécondité. Hâtive, en cela comme en toutes chose», la nature, dans les pays chauds, précipite pour ainsi dire cette importante époque de la vie. « A Maurice, dit M. Chapotin, elle arrive, pour les femmes, de douze à treize ans, souvent plus tôt, et elle est rarement entravée par ces indispositions qui attestent en Europe les efforts pénibles de la nature. La quantité des règles est moins abondante, en général, que dans les pays froids; il y a peut-être plus d’irrégularité dans les époques. » On comprend facilement, du* reste, qu’avec cette disposition nerveuse et la rapidité du développement, il y ait une puberté rapide. A peine sorties de l’enfance, les femmes deviennent mères; mais, semblables à ces fleurs hâtives que l’ardeur de l’été voit éclore et faner en un jour, elles perdent de bonne heure les dons précoces que leur a faits la nature. L’âge critique arrive rarement, chez nous, après quarante ans; quant aux hommes, leur jeunesse ne résiste guère au milieu dés voluptés que l’ardeur du climat sollicite , et ils sont vieux dès le milieu de leur carrière, ainsi que nous l’avons établi plus haut.
Système osseux. — Quant au rachitisme et aux autres difformité», qui ne sont que le résultat de l’action lente d’une cause peu connue encore sur l’organisme en général, et le système osseux en particulier, ils sont rares chez nous, et ne s’y rencontrent qu’accidentellement.
L’exposé rapide que nous venons de faire suffira sans doute pour donner une idée générale des maladies que la température des climats chauds appelle sur l’homme. Son influence sur le moral n’est pas moindre peut-être:« Ainsi, dit Hippocrate, il est parmi les hommes des races ou des individus qui ressemblent aux, terrains montueux et couverts de forêts; il en est qui rappellent ces sols légers qu’arrosent des sources abondantes; on peut en comparer quelques-uns aux pràiries et aux marécages; d’autres, à des plaines sèches et dépouillées. » Avant Hippocrate, les prêtres égyptiens avaient appris à Solon que non-
seulement les qualités physiques, telles que les formes extérieure^ le teint, la taille, le tempérament, mais encore les facultés morales , la bonté, la prudence, l’esprit d'indépendance, etc., proviennent de l’air qui nous environne, et de la nature du sol où nous recevons le jour. Montesquieu(l), Cabanis (2), ont écrit dans le même sens.
Les rapports naturels qui existent entre le caractère de l?homme et ce que l’on appelle son tempérament nous permettront de terminer cet article par quelques considérations sur ce dernier sujet, qui s’appliqueront également bien à l’étude du caractère.
L’équilibre parfait entre l’activité de chacune des fonctions de l’éeonomie constituerait un état de perfection organique et morale, qui n’est point entré sans doute dans lés vues de la nature, puisque les exemples en sont si rares. Mille circonstances diverses, circonstances individuelles, locales, générales, circonstances de température et de climat, favorisent partout et toujours la prédominance do l’un ou l’autre des grands systèmes de l’économie; c’est à elle que Dieu a confié le soin d’entretenir dans l’univers cette variété infinie de tempéraments, dont le caractère n’est pour.ainsi dire qu’un reflet nécessaire. Or, de tout ce que nous avons dit jusqu’ici, il découlé nécessairement aussi que le système nerveux et le système biliaire, étant incontestablement les plus excités dans les climats chauds, doivent naturellement y exercer cette prédominance, cette tyrannie, qu’exerce toujours l’un ou l’autre de nos organes.
Les tempéraments sont donc, en général,à Maurice, bilieux ou nerveux , ou plus souvent encore bilioso-nerveux. Les tempéraments sanguins, pléthoriques, y sont rares, comme nous l’avons dit déjà.H s’en trouve cependant un certain, nombre, et, à part même l’observation, cette source de vérité la plus sûre de toutes, les cféductions théoriques auraient prévu ce résultat. C’est un fait mis hors de doute par l’observation générale, que nos pères nous transmettent avec la vie
(t) Esprit des lois.
(2) Rapport du phys. et du moral, 6 e mémoire.
quelques-unes des conditions de maladie ou de santé auxquelles j| 8 ont été soumis eux-mêmes. Nous devons donc retenir encore quelques souvenirs du tempérament sanguin de nds pères d’Europe; et , malgré les ardeurs dévorantes d’un climat qui tend chaque jour davantage à modifier cette consti tution primitive * et à tout ramener en silence sous l’empire des lois immuables de la nature, la prédominance bilieuse de la zone torride se mêle encore quelquefois avec la pléthore des climats tempérés, qui refcte là comme le cachet de notre origine (1^ Nous attacherions moins d’intérêt à une discussion de ce genre, si nousm «lions pas pénétré, comme nous le sommes >,de l’importance des résultats que peut avoir en thérapeutique l’application générale, dans un climat-, des méthodes particulières consacrées dans un autre. Ainsi, chez nous, les opérations chirurgicales étant souvent accompagnées de phénomènes nerveux graves , on ne doit se servir du bistouri qu’avec la plus grande réserve (2)et nous-même, fondé sur ce principe, et averti par l'expérience de nos devanciers, quelles que soient d’ail leurs nos iprédileetions pour la chirurgie* nous avouons hautement que nous attendrons dans tous les cas, pour recourir au bistouri, que l’impuisîsance de la èiédècïoe nous ait été bien démontrée.
ha saignée a été pour ainsi dire le seul moyen thérapeutique employé pendant un siècle à Maurice. L’abus de ce moyen puissant a produit chez nous le même résultat que produisent tous les abus : ü eh a fait proscrire entièrement l’usage. Et, aujourd’hui, tombée peutêtre dans un excès contraire , c’est généralement aux évacuants seuls et répétés que la médecine va demander des armes contre toutes les maladies-différentes. H faut avouer, d’ailleurs, que le raisonnement et l’expérience semblent justifier de tout point cette méthode, et son application à la tîiédéeine active chez les créoles, faite avec sagesse et discernement , nous parait consacrée aujourd'hui., et mise à l’abri de toute attaque.
(1) Voy. Gardanne, Maladies des créoles en Europe.
(2) Dazille, Maladies des climats chauds.
La marche des maladies sous les zones équatoriales a d ailleurs tant de rapidité, leur terminaison souvent funeste arrive quelquefois dune manière si foudroyante, que le médecin n’a nulle part besoin d’autant de décision dans l’esprit, de promptitude dans le jugement et l’exécution. « Les traitements que réclament ces maladies extraordinaires, dit M. Foissae, doivent être prompts, énergiques comme le mal lui-même, et ne ressembler en rien aux médications qui sont si utiles dans les climats tempérés et froids. On a observé que les émissions sanguines, si nécessaires ailleurs, ont rarement de l’efficacité sous les tropiques, même au début des maladies aiguës, et que les toniques sont, en général, très-salutaires» (t).
Tout ce que nous avons dit jusqu’ici ne peut guère laisser de doute sur nos opinions personnelles à l’égard de la médication qui doit être appliquée dans nos climats; s’il était nécessaire , cependant, de formuler avec-netteté le résultat de nos études à set égard, nous avouerions avec franchise que les méthodes préconisées par plusieurs des plus illustres médecins des derniers siècles, en France et en Angleterre, et enfin à Vienne, par Stoll, il y a un demi-siècle à peine, nous semblent les plus utilement applicables à la médecine de nos blimats. Avant de nous faire cette opinion, nous avons lu la plupart des auteurs qui traitent des maladies de nos pays, les excellents ouvrages de Da*. zille, Lind, Campet (2), Levaeher (3), Moseley (Benj. ) (4), Thomas (Rob.) (5), Curtis (Ch.) (6); nous avons aussi consulté avec fruit la thèse de M. Guibert (7).
(1) Foissac, Influence des climats sur l'homme.
(2) Malad. graves des pays chauds.
(3) Guide méd. des Antilles.
(4) A treatise on tropical diseases, etc.
(5) Médical advice to the inhabitans oftvarm climats ; London, 1ï90.
(6) An account of the diseases of India, etc. ; Edinburgh.
(7) Essai sur les émissions sanguines et les évacuants , précédé de quelques consi< dérations sur la vie, la santé et la maladie.
Maladies endémiques.
Voulant consacrer dans notre thèse un article spécial à l’étude de quelques maladies particulières, nous avons été déterminé dans le choix de ces maladies par des considérations que nous allons rapidement exposer.
Il n’est point de contrée, sans doute, qui ne paye à peu près dans son entier le tribut complet de maladies imposé par la nature à la faiblesse de l’humanité. Chaque pays, cependant, est plus particulièrement soumis à une ou plusieurs classes d’affections , variables suivant les climats, les, localités même, les mœurs et les habitudes. Cette prédominance dans la fréquence d’une affection peut même aller jusqu’à revêtir le caractère di’endéraie toutes les fois’que son retour obstiné, inévitable, son développement régulier et fréquent sous certaines influences sensibles, ou à certaines époques, ne permet plus de l’attribuer à autre chose qu’à une cause particulière au pays, au peuple , ev ^7i(Aov,
Or, il nous a toujours semblé que le but principal des études d’un homme qui se destine: à l’exercice de la médecine dans une contrée dont le climat est bien déterminé, devait être surtout la connaissance exacte des maladies qu’il doit rencontrer le plus souvent, et qu’il sera le plus souvent appelé à combattre.
A la tête de ces maladies endémiques devraient peut-être se ranger celles qui sont sous la dépendance immédiate du système nerveux et du système biliaire; mais ce sujet est si vaste, et son importance est si grande, que nous ne pouvons nous résêudrç à, le rétrécir dans le cadre resserré qui nous reste. Nous avons parlé d’ailleurs avec quelque étendue déjà des maladies de cés deux systèmes dans notre article Climatologie; nous n’y reviendrons donc pas. : V ^ ■
Si nous aVib'nS besoin de justifier aux yeux de nos compatriotes 1 insistance que nous àvQns mise à leur recommander l’exacte observation du régime et des lois de l’hygiène , ce serait ici la place de
montrer que, s’il existe un moyen de prévenir le développement de ces affections , c’est là principalement qu’il faut l’aller chercher. Si ces affections reconnaissent quelques-unes de ces causes mystérieuses qui se dérobent aux investigations de la science, il en est d’autres qui peuvent être à la fois connues et combattues peut-être avec quelque avantage. Les considérations que nous avons exposées plus haut nous déterminent donc à ne parler ici que de trois maladies que l’on peut appeler endémiques à Maurice. On trouvera à notre article Climatologie quelques renseignements sur les autres. Nous parlerons d’abord de l’éléphantiasis des Arabes, ensuite de l’hydrocèle, et enfin de l’asthme essentiel.
Eléphantiasis des Arabes.
Définition .—« Le véritable éléphantiasis, 1 eléphantiasis exotique, ne consiste point dans ces tuméfactions plus ou moins considérables qui arrivent à la suite d’oblitération des vaisseaux, d’un état variqueux , du rétrécissement des veines , des nombreuses phlegrnasies de la peau, etc.; mais il consiste dans une tuméfaction de la peau, du tissu cellulaire et du tissu adipeux sous-jacent, plus ou moins considérable, dure, permanente, produite peu à peu par des inflammations successives du derme, des vaisseaux , et des ganglions lymphatiques, accompagnées d’une déformation des parties qui en sont le siège, déformation quelquefois telle quelle justifie très-bien le nom qui lui a été donné» (t).
Étymologie. — Éléphantiasis des Arabes (jambe des Barbades, maladie glandulaire des Barbades, lèpre tuberculeuse éléphantine d’Alibert).
(1) Cazenave, art. Éléphantiasis des Arabes du Dictionn. de mèd., t. 14, p. 281. 1842. — Michel.
Origine. — H faut arriver au X e siècle pour trouver dans Rhazès et Âvicerme la première description qui ait été faite de cette maladie. Be meilleures descriptions nous ont été données dans le siècle dernier, par quelques auteurs anglais établis aux Barbades, Hillary, en 1659 (1), Henry, en 1784, etc.; mais Ce que nous avons de mieux sur ce sujet est un travail d’Alard, qui parut en 1806 d abord, puis en 1824; enfin dans ces derniers temps, MM. Boqillaud, Rayer, etc., ont contribué à éclairer cette question.
Anatomie pathologique .—La peau est le plus ordinairement endurcie, épaissie, tantôt couverte de squames jaunâtres ou de croûtes épaisses, quelquefois fendillées, et présentant de petites squamules dures, analogues à celles de l’iehthyose. L’épiderme est très-épais, fendillé, très-adhérent; le corps muqueux est très-distinct, et M. Andral (2) a constaté les diverses couches admises par M. Gauthier, et plus tard par M. Dutrochet, entre le derme et l’épiderme, couches dont le développement morbide rendait la démonstration facile. Le corps papillaire est très-developpé, et parfaitement distinct du derme; les papilles sont extrêmement allongées, éloignées , proéminentes : e ? est au moins ce qui résulte des recherches de MM. Andral et Chevalier (3). Le derme est hypertrophié, et acquiert quelquefois plus d’un demi-pouce d’épaisseur. Pour le tissu cellulaire, il est hypertrophié aussi, et offre dans ses aréoles une matière demi-liquide, comme gélatineuse; le plus souvent il présente l’aspect d’un tissu lardacé. M. Andral a vu les muscles réduits en faisceaux minces et décolorés (4). Le système lymphatique subit diverses altérations, ainsi que l’ont démontré MM. Henry , Alard,etc. Ainsi les vaisseaux et ganglions lymphatiques sont engorgés, obstrués, et plus ou moins unis à la matière lardacée
(1) Hillary (William), Observations on the changes of the air , and the concomitant epidemical diseases ofihe islandof Barbadoes; London, 1757. Ibid. 1766, in-8°-
(2) dréh.géwér. ée mëd. r 'msa% , i^ï7.
(3) Medico-chirurg. transact ., t. Il, p. 63.
(4) Traité d‘anat. path t. 1, p. 2,77.
tégumentaire. Les veines sont rétrécies, et leurs parois ont pris un aspect artériel, suivant M. Bouillaud(l).Les artères ont été trouvées saines, dilatées, ossifiées. On n’a pas de renseignement bien positif sur l’état des nerfs. Les os ont été trouvés amincis, friables et cassants. Dans les viscères, il n’y a rien de constant, rien qui annonce un rapport de cause à effet.
Siège. — L’éléphantiasis peut se développer sur tous les points du corps. C’est aux membres inférieurs qu’il se présente le plus sou* vent. On l’a trouvé au scrotum ; M. Desncyers dit que le scrotum atteint dans ce cas des dimensions incroyables : c’est alors le sarcocèle d’Égypte de M. Larrey ; il se développe encore au pénis, aux membres supérieurs, à la vulve, aux mamelles, 9 la face, sur les parois abdominales; Bayle l’a rencontré à la marge de l’anus. Nous avons suivi dans cette énumération l’ordre indiqué parla fréquence du développement. 11 est rare qu’il affecte les deux jambes à la fois;M. Alard en a vu des exemples pourtant.
Causes. — On a attribué cette maladie à l’impression des vents , qui, dans nos climats, s’élèvent ordinairement avec le soleij, et font, avec la température du jour, un contraste qui exerce une grande influence sur la santé des habitants de ces contrées. 11 n’est ni contagieux ni héréditaire, et il se développe dans toutes les condi tions so ciales. Henry et Alard ( 2 ) disent que les causes les plus communes sont les brusques alternatives dé température. Yirey avait déjà reconnu son caractère endémique à l’îîe de France il y a plusieurs années. Selon M. Desnoyers, il est moins redoutable que l’éléphantiasis des Barbades. Les femmes sont plus souvent atteintes de cette maladie que les hommes, les jeunes personnes surtout peuvent l’être dès le plus bas âge. Incurable dans l’île, elle se guérit assez facilement quand on se résout de bonne heure à changer de climat. Suivant M. Chapotin , elle frappe tous les sexes, tous les âges, surtout les
(1) Arch. gén. de méd., t. 6, p. 57.
(2) Z>e l’inflammation des vaisseaux absorbants lymphatiques, c<c.,iu-8°; Paris, 1824.
femmes; elle commence à l’éruption des règles; une fois fixée, elle ne se dissipe jamais; son origine, dit-il encore, me paraît analogue à celle des hydrocèles.
Symptômes . — Le plus souvent il n’y a point de symptômes précurseurs, la maladie débute d’une manière brusque et inattendue: on ressent d’abord une douleur plus ou moins vive dans une glande ou sur lë trajet des principaux troncs lymphatiques; presque toujours la main peut sentir une corde noueuse et tendue dans la direction des douleurs. Ces symptômes sont accompagnés de fièvre, de soif, de nausées , de vomissements, souvent même très •répétés; il y a quelquefois du délire ; mais bientôt tous ces phénomènes locaux et généraux disparaissent, pour revenir à des intervalles plus ou moins éloignés; il n’èst pas rare qu’il reste une légère tuméfaction. Après chaque accès, la rougeur érysipélateuse disparaît, mais le gonflement augmente et persiste pendant plusieurs mois, plusieurs années : cet engorgement est mou d’abord, puis devient assez dur pour résistera l’impression dû-doigt; les accès sont extrêmement variables, et Henry en a vu de treize à quatorze dans un an; d’autres fois ils ne se présentent qua de longs intervalles. Il arrive un instant où la maladie semble ne plus faire de progrès, ou plutôt l’état de la peau, et des tissus sous-jacents, ne permet plus d’apprécier les inflammations nouvelles; les ganglions restent tuméfiés et endurcis, la peau s’épaissit, s’altère, s’obscurcit, et après un temps plus ou moins long, présente cette forme hideuse de la maladie qui lui a fait donner le nom d 'éléphantiasis. Le tissu cellulaire sous-cutané participe alors plus ou moins à l’affection de la peau, les tissus sous-jacents eux-mêmes sont envahis. Si l’affection , par exemple, siège à l’un des membres inférieurs, le pied, la jambe, la cuisse, se gonflent successivement au point d’acquérir un volume prodigieux; la peau , dure, bosselée, inégale , de couleur grisâtre, forme des bourrelets difformes, séparés par des sillons profonds, surtout près des articulations. II arrive des desquamations, des gerçures, des ulcérations fongueuses même : c’est dans ce dernier
cas qu’on a vu des suppurations intarissables, la gangrène elle-meme.
Très-souvent, lorsqu’il n’existe pas de complications , le mal ne fait que des progrès très-lents; il finit même par rester stationnaire, et les malades sont condamnés à traîner leur membre comme un poids inerte pendant le reste de leur vie : telle est la manière dont se comporte l’éléphantiasis quand il attaque les membres. Nous avons dit déjà que le scrotum, la verge, les mamelles, en sont assez fréquemment le siège. Biett a vu la verge quadruplée de volume. On a été obligé quelquefois de soutenir les mamelles avec des bandages passés derrière le cou, tant elles deviennent énormes. Le scrotum acquiert des proportions incroyables, comme MM. Alibert, Clot-Bey, Desnoyers , etc., en citent des exemples.
Nature. — « L’éléphantiasis est une maladie spéciale du système lymphatique, soit que l’inflammation qui caractérise les accès commence par les vaisseaux, ou par les glandes, soit qu’elle débute par un véritable érysipèle , ce qui, d’ailleurs, est beaucoup plus rare (1). » Nous ne pouvons nous déterminera croire que cette maladie ne soit que l’inflammation ordinaire de ces vaisseaux, inflammation si bien décrite tout récemment par M. Velpeau (2), et dont elle ne serait, suivant quelques auteurs, que la terminaison par induration.
Diagnostic. — Symptômes locaux. — Douleur tensive se prolongeant suivant le trajet des vaisseaux lymphatiques superficiels d’unè partie du corps, et surtout d’une des extrémités inférieures ; sorte de corde, chapelet noueux, dû à l’engorgement de ces vaisseaux; couleur rosée plus ou moins vive, puis inflammation érysipélateuse de la peau*
Symptômes généraux. —Frissons, fièvre, malaise et délire, cessation de tout phénomène morbide, persistance du gonflement de la partie
(t) Cazenave, Dictionn. de méd.j 1.11, p. 284; (2) Archiv. général de méd.,. p. 129, juin 1835.
affectée, répétition des accès, augmentation de l’engorgement; pl us tard, gonflement plus ou moins difforme, indolent, accompagné d’une induration telle que souvent la peau ne cède pas à la pression du doigt.
Marche. — La maladie ne se déclare ordinairement sous la forme qui lui e 9 t propre qu’après un nombre variable d’accès.
Durée. —Elle est très-longue; elle peut persister pendant vingt ans, et même toute la vie.
Terminaison.—* Fort souvent incurable quand il a fait quelques progrès , l’éléphantiasis des Arabes est pourtant susceptible de résolution dans quelques cas, surtout par l’émigration dans les climats tempérés. Ge qui peut arriver de plus heureux, c’est 1 état stationnaire.
Pronostic. —* C'est toujours une maladie fâcheuse, et qui devient d’autant plus grave qu’elle est plus ancienne, qu’elle occupe une plus grande surface, que la suppuration est plus abondante , que les ulcérations sont plus profondes.
Hygiène. — Comme les causes sont encore, on peut le dire, inconnues, les moyens hygiéniques ne peuvent que se ressentir de cette obscurité. Henry, Desnoyers, pensent qu’en quittant, au début de la maladie, le pays où elle est endémique, on pourrait la guérir facilement. Les observations recueillies en France, où , il est vrai, la maladie n’est point dans des conditions d’endémie dont parlent qes médecins, n’ont pas confirmé ce qu’ils ont avancé.
Traitement. ‘— Quand les accidents inflammatoires existent, il parait convenable d’opposer à la maladie le traitement antiphlogistique, la saignée locale et générale, les émollients, le repos, la diète, les boissons délayantes, quelques laxatifs. Une compression modérée et méthodiquement appliquée pourra être utile. On favorisera le dégorge-
~ ni —
ment des parties en tenant la région affectée dans une position elevee. Henry, et quelques auteurs qui ont exercé à la Barbade, n insistent pas sur les émissions sanguines, à moins d’accidents inflammatoires graves. MM. Rayer et Cazenave les recommandent instamment dans cette période. Mais le feraient-ils à Maurice et aux Barbades ?
Si la maladie est passée à Tétât chronique, et qu’elle offre les formes caractéristiques de Téléphantiasis, ces moyens thérapeutiques sont insuffisants et inutiles. Le' médecin doit s’occuper de faire résoudre l’engorgement, et de provoquer le rétablissement du cours régulier des fluides dans la partie affectée. On a conseillé à l’intérieur les mercuriaux, le calomel, les purgatifs, les préparations arsenicales, l’extrait d’aconit; à l’extérieur, les frictions résolutives, les pommades d’hydriodate de potasse ou d’onguent mercuriel , les douches de vapeur, et surtout, dit M. Gibert (1), la compression méthodique unie au repos. Le massage a paru Ære fort utile, combiné avec d’autres moyens thérapeutiques. Lès scarifications, les ventouses, les cautères, les vésicatoires , sont plus nuisibles qu’utiles. Biett obtenait de bons résultats de la compression , aidée de quelques frictions résolutives et de l’emploi des douches de vapeur. Quant aux moyens intérieurs, ils ont peu d’efficacité, dit M. Cazenave. Si Ton obtient la résolution de l’intumescence éléphantiaque, le malade doit s’assujettir longtemps à porter un bas lacé en coutil ou en peau de chien.
Quand le membre est très-volumineux, est-â permis de recourir à 1 amputation? Naegelé (2), Davidson (3), ont, par cette méthode, obtenu des succès, tandis que Henry (4), Schilling, Rayer, Cazenave, Gibert, citent des cas de récidive. D’après cela, on ne doit opérer que quand les accidents menacent la vie. Pour Téléphantiasis des parties
(f) Traité des mal. de la peau.
(2) Arch. génér. de méd. } t. 13, p. 426.
(3) Expér., t. Il, p. 104.
(4) Henry (James), Findi cation of the opinions andfacts contained in a treatise on the glandular of Barbadoes ; London , 1789, in-8°.
génitales, les beaux succès obtenus par Delpech , Larrey , etc., autorisent l’opération.
Hydrocèle.
Le mot hydrocèle signifie, en général, toute tumeur formée par de l’eau; mais l’usage, en chirurgie, a spécialement consacré ce nom aux tumeurs aqueuses du scrotum. C’est une maladie propre à l’homme : «Cependant, dit M. Blandin (t), on voit quelquefois apparaître à la partie supérieure de la grande lèvre un kyste séreux, qui est un reste du canal de Nuck : or, c’est là une véritable hydrocèle, car ce canal est réellement analogue à la tunique vaginale. » Comme nous ne voulons décrire que l’hydrocèle de la tunique vaginale, la seule endémique à Maurice, nous ne parlerons ni de celle de la femme, ni de l’hydrocèle akystique. Et l’hydrocèle kystiqu? pouvant offrir elle-même plusieurs variétés, nous n’examinerons que celle de la tunique vaginale. M. Velpeau (2) a divisé cette variété d’hydrocèle en acquise ou congénitale, aiguë ou chronique, simple ou compliquée. De ces six formes, nous ne décrirons que l’hydrocèle chronique de la tunique vaginale; c’est, en effet, la seule qui soit en rapport avec la question, telle que nous nous sommes proposé de la traiter.
Définition .— Cette hydrocèle consiste en une accumulation plus ou moins grande de sérosité dans la cavité séreuse qui environne le testicule.
Anatomie pathologique. — L’anatomie pathologique de cette affection est très-importante, car elle en éclaire singulièrement la thérapeutique. Les altérations du scrotum peuvent se rapporter toutes à la
(t) Dictionn. de méd., t. 10, p. 109.
(2) Art. Hydrocèle du Dictionn. en 25 vol., 2 e édit.
matière épanchée, aux tuniques du kyste, au testicule, à 1 épididyme et au cordon.
Le liquide de l’hydrocèle est en général de la sérosité pure, légèrement teinte en jaune, et ressemblant assez à celle de l’hydropisie ascite. Il est plus pesant que l’eau , et exhale une odeur spermatique. U est principalement formé d’eau et d’albumine. La quantité varie d’une once à deux ou trois livres. On y trouve quelquefois des flocons albumineux en suspension. Cette sérosité peut être lactescente, verte, porracée ou couleur de chocolat. Mais l’hydrocèle où l’on rencontre cette dernière couleur doit nécessairement rentrer dans l’histoire de l’hématocèle, ainsi que l’a fort bien démontré M. Velpeau. Les variétés relatives à la coloration et à la nature du liquide sont, d’ailleurs, trèsnombreuses : on a yu une tumeur offrir une transparence parfaite et une fluctuation très-évidente, et contenir un liquide épais qui se prenait en gelée à mesure qu’il sortait par la canule du trois-quarts. Le kyste de l’hydrocèle est très-variable dans son aspect. Quand il s’agit d’une hydrocèle proprement dite , le liquide est limpide, et la tunique vaginale ne subit pas de notables altéraiions. Les plaques, les brides friables, comme cartilagineuses, qui doublent l’intérieur du sac, et qui adhèrent très-foriement à ses parois, dit M. Velpeali, sont des restes de sang,épanché, des traces d’hépiatocèle, par conséquent. 11 n’y a que les fausses, membranes purement albumineuses qui appartiennent à l’hydrocèle. Elles s’organisent , comme dans toutes les autres séreuses, et on a beaucoup de peine à les séparer des parois de la tunique vaginale , tandis que rien n’est plus facile que de séparer les concrétions fibrineuses. Ce sont ces dernières qui viennent donner parfois au kyste cette épaisseur, cette dureté fibro-cartilagineuse. C’est peut-être.faute d’avoir bien su distinguer l’hydrocèle et l’hémalocèle, qu’une foule d’observations, recueillies par différents auteurs, sont venues apporter dans l’hisloire de cette dernière affection une confusion inévitable. Lecat, Dupuytren, et beaucoup d’auteurs modernes, ont vu des hernies perforer la tunique vaginale, et venir se loger au —Michel. 15
milieu du liquide. La peau du scrotum est légèrement amincie, ainsi que le fascia sous-cutané superficiel. Le dartos subit quelquefois un amincissement prononcé; d’autres fois, il devient comme musculaire. Le fascia sous-cutané profond de l’abdomen, la gaîne en sautoir et la gaine de l’anneau sont ordinairement plus ou moins éraillés , amincis, ou épaissis (1). H n’est pas rare, cependant, que ces différentes tuniques n’offrent aucun indice de travail pathologique. Le testicule est ordinairement un peu affaissé, aplati, ridé, et, dans quelques cas véritablement atrophié. S’il y a eu orchite, il a, au contraire, augmenté de volume. L’épididyme dur, bosselé, est très-volumineux, et déborde de toutes parts la glande séminale. On trouve quelquefois de petits kystes dans la tunique albuginée, le cordon testiculaire se trouve ordinairement derrière la tumeur, cependant scs rapports peuvent changer. « On a vu, dit M. Blandin, une hydrocèle presser les éléments du cordon, les dissocier et reporter l’artère et le canal testiculaire en avant, comme la chose arrive naturellement dans certaines hydrocèles du cordon. » Scarpa a confirmé ce résultat.
Causes, — Les plus fréquentes sont les irritations diverses portées sur le scrotum, sur le cordon ou dans l’urèthre. Les climats chauds prédisposent surtout, parce que le scrotum, échauffé par la température ou par l’exercice, devient le siège d’une exhalation anormale. Les cavaliers en sont aussi, dît-on , fréquemment atteints. La hernie inguinale et le bandage destiné à la maintenir peuvent aussi être considérés comme cause de cette affection. Ruysch pensait que le varicocèle disposait à l’hydrocèle. Le cordon peut être comprimé aussi par les muscles de l’abdomen et le diaphragme, d’où peut résulter également cette maladie. Les maladies de la glande elle-même entraînent souvent l’hydrocèle. On a vu des hématocèles amener à leur suite cette affection. On est forcé d’avouer, dit M. Velpeau, que cette ma-
(1) Voir XAnat. chirurg. de M. Velpeau, Introd., t. 1,3 e édit..
ladie se rencontre quelquefois sans qu’il soit possible d en préciser la cause.
Symptômes. — Tumeur variable sous le rapport du volume, piriforme, n’entraînant aucun changement de couleur à la peau, placée profondément dans le scrotum, sans douleur, ne gênant en général le malade que par le volume qu’elle acquiert. Devenue volumineuse, elle produit des tiraillements dans les lombes. Cette tumeur est molle tant que la sérosité n’est pas trop abondante. Plus tard, et quand la tunique vaginale est remplie, elle devient dure, et n’offre plus qu’une fluctuation obscure, quelquefois même il n’y en a point. Elle est le plus souvent transparente. Ce que nous venons de dire peut s’appliquer à toutes les formes d’hydrocèles ; mais comme nous nous occupons de celle de la tunique vaginale en particulier, nous puiserons nos éléments de diagnostic dans la forme de la tumeur, dans son volume, dans son poids, dans une espèce de fluctuation particulière, et surtout dans sa transparence.
Forme. — En général elle est piriforme, son sommet se dirige vers le ventre , sa base répond à la partie inférieure des bourses, elle se développe le plus souvent de bas en haut, elle a l’aspect d’une calebasse , selon l’expression de M. Velpeau. C’est elle qui a été appelée, par Dupuytren, hydrocèle en bissac. Elle offre quelquefois des bosselures sur différents points de sa surface, ce qui tend à faire juger que les enveloppes scrptales se sont éraillées. Quelquefois $a base est en haut et son sommet en bas.
Fo/ume. —r D est très-vaftable, ainsi que la quantité de liquide épanché. Ainsj, on a trouvé dans des hydrocèles, depuis une cuillerée jusqu’à quatre litres de sérosité.
Poids. — 11 est moindre, en général, qu’on ne semble disposé à l’admettre; il augmente quand le testicule est engorgé et qu’il existe
quelques concrétions dans la tunique vaginale. «Aussi la légèreté estelle un des principaux signes de sa simplicité , dit M. Velpeau. »
Transparence. — La transparence de la tumeur est donnée, par tous les praticiens, comme le signe pathognomonique de l’hydrocèle. Pour obtenir cette transparence, il faut que la tumeur soit placée entre l’œil du chirurgien et une lumière artificielle, disposée de telle manière que les rayons lumineux n’arrivent à l’œil de l’observateur qu’après avoir traversé l’hydrocèle. Bien des circonstances peuvent donner le change sur ce point; ainsi, dit M. Velpeau , une simple infiltration séreuse, une légère raréfaction des enveloppes du scrotum chez les enfants, font naître cette transparence: la main, elle-même, placée trop obliquement, la lumière mal dirigée, peuvent être aussi un sujet d’erreur. Cette transparence peut manquer et l’hydrocèle n’en exister pas moins, quand la tunique vaginale est épaissie, ou qu’il y a dans son intérieur une certaine quantité de sang. La position du testicule et du cordon peut aussi, jusqu’à un certain point, masquer cette transparence.
Comme l’œil est suffisant pour cet examen , nous ne parlerons point des divers instruments inventés à cet effet; quand la transparence manquera, il faudra en accuser l’altération du sac et du liquide épanché, et non l’imperfection des moyens explorateurs.
Fluctuation. — Quand il n’y a point trop de liquide dans la tunique vaginale, on y perçoit une véritable fluctuation qui disparaît plus tard.
Ce serait ici la place de faire le diagnostic différentiel de cette maladie, mais la nature de notre travaîî ne nous permet guère de le faire.
Marche , durée. — Sa marche est généralement assez lente; daprès M. Velpeau, il est rare que l’hydrocèle se forme en moins d’un moisi et qu elle mette plus de deux ans à remplir la tunique vaginale. Elle
peut rester stationnaire pendant des années, et devenir tellement volumineuse qu’elle envahit alors tout le scrotum, enveloppe la verge, facilite le passage du péritoine dans le canal inguinal qu’elle dilate, et devient ainsi la cause prochaine d’une hernie. La gêne qu’elle apporte à l’expulsion des urines peut amener des affections variées dans les organes chargés de cette fonction, et exposer le scrotum à des excoriations, à des érysipèles ; et enfin les symptômes les plus graves peuvent suivre quelquefois des froissements, des violences extérieures exercées sur cet organe souffrant.
Terminaisons. —• On cite dans les auteurs quelques cas de guérison d’hydrocèle arrivée spontanément. Ils sont très-rares chez l’adulte. Chez les jeunes sujets, on a vu quelquefois s’opérer la résorption du liquide ; la thérapeutique de l’hydrocèle est si simple, si sûre dans ses résultats et la guérison spontanée si rare , qu’il faut en délivrer les malades, et ne pas laisser la nature faire seule les frais d’une cure qu’on attendrait le plus souvent en vain.
Pronostic . — Il n’a, en général, rien dé fâcheux dans l’hydrocèle simple qui ne compromet aucune fonction importante et ne gêne que ■ par son volume et son poids. A part quelques rares complications, on peut la considérer comme une simple infirmité. C’est, dit M. Desnoyers , la maladie endémique qui sévit le plus fréquemment à Maurice; l’habitude lui a ôté tout ce qu’il y a de pénible à en être affecté. On s’en fait opérer sans façon, comme sans grandes précautions, quoiqu’il soit arrivé quelques catastrophes tétaniques à la suite de cette opération. Nous ajouterons ici, que nous connaissons à Paris un Mauricien affecté d’une hydrocèle de la tunique vaginale depuis plus de quinze ans : tant qu’il a été dans File, l’hydrocèle n’a fait qu’augmenter, et depuis cinq ans qu’il est en France, elle est complètement stationnaire. Restera-t-elle dans cet état ? Nous n’en savons rien ; mais nous le saurons un jour peut-être.
Hygiène. — Comme cette maladie est endémique à Maurice, et q Ue sa cause prochaine tient évidemment au climat, rien ne serait pl U8 commode pour l’éviter que de porter un suspensoir. On sait d’ailleurs combien cette précaution, si simple, peut épargner de maladies du côte des bourses. Convenable pour ceux qui sont affectés d’un gonflement lourd et volumineux , ses avantages sont encore incontestables pour prévenir les contusions et les compressions que peuvent éprouver ces organes, quand ils acquièrent surtout, comme dans nos climats par l’effet de la chaleur, des dimensions qui facilitent leur froissement sur les cuisses. On diminuerait ainsi, sans doute, la fréquence de cette affection, et peut-être en serait-il de même pour beaucoup d’au ires maladies assez communes dans le pays. Nous voulons parler du varicocèle et des affections qui frappent directement la glande séminale.
Traitement. — Le traitement de cette maladie est curatif ou palliatif.
1° Le traitement palliatif se pratique chez des sujets qui, soit par pusillanimité , soit parce qu’ils ne peuvent cesser leurs travaux pendant un certain nombre de jours, soit à cause de leur grand âge, ne veulent pas se soumettre à une méthode de traitement définitive. L’opération ne consiste alors qu’à évacuer de temps en temps le liquide contenu dans la tumeur aqueuse; elle se pratique avec un trois-quarts, ou avec une lancette, ou même avec un bistouri étroit, toutes les fois que la tunique vaginale est par trop distendue. «Comme l’épanchement ne manque presque jamais de se reproduire bientôt après, et qu’on est ainsi astreint à répéter la ponction tous les deux, trois, quatre, six, huit mois, celte manière de traiter l’hydrocèle a pris le nom de cure radicale palliative (Velpeau).
Presque tous les chirurgiens vident la tumeur avec le trois-quarts : cest le premier temps de l’opération que nous décrirons plus tard. Cette pratique n’entraîne presque jamais de dangers; l’opéré peut vaquer à ses occupations habituelles, pourvu qu’il porte un bon suspensoir et qu il ne se fatigue point. Cependant M. Velpeau, A. Cooper, et
quelques autres, rapportent des faits où les suites de cette opération ont pu donner des craintes pour la vie des malades; A. Coôper parle même d’un malade âgé qui succomba dans la semaine qui suivit son opération (1).
Traitement curatif. — Les différents moyens employés dans l’espoir d’obtenir la cure définitive de l’hydrocèle sont les médications générales et topiques, la cautérisation, les tentes et les canules, le séton , l’incision et les injections. Nous ne pouvons passer en revue tous ces procédés inventés par les chirurgiens des différents siècles ; mais comme la méthode des injections est presque exclusivement employée de nos jours , quand l’hydrocèle est simple, nous allons examiner le but et les moyens de cette opération. Cette méthode était connue de Celse, qui faisait des injections avec le nitre ou le salpêtre. Plus tard , elle fut pratiquée par Lembert de Marseille, dont les observations et commentaires ont été publiés en 1677. Ce praticien injectait de l’eau phagédénique dans le kyste, après en avoir retiré l’eau au moyen d’une canule. On a employé aussi tour à tour l’eau de chaux chargée de sublimé corrosif, l’alcool pur ou affaibli avec de l’eau , le vin de Porto coupé avec une décoction de roses , le vin de Médoe affaibli avec de l’eau, une solution de potasse caustique,de sulfate de zinc. Boyer (2) employait le vin rouge, soit simple, soit aiguisé avec un peu d’alcool, et dans lequel on avait fait bouillir des roses de Provins. Dupuytren (3) se servait du vin de Roussillon, dans lequel on faisait aussi bouillir des roses de Provins, et on y ajoutait ensuite un peu d’eau-de-vie camphrée. Tous ces irritants étaient encore en usage quand M. Velpeau vint, il y a quelques années, préconiser et populariser la teinture d’iode.
(1) Œuvres chirur ... p. 482.
(3) Leçons orales, t. 4 , p. 461.
Les avantages attachés aux injections iodées méritent d’être pris en grande considération : il n’est point nécessaire de remplir toute la tunique vaginale, il suffit de mettre toute sa surface en contact avec l’injection : on n’a besoin ni de réchaud, ni de seringue spéciale , rien, enfin, de tous ces préparatifs qu’il est toujours bon d’éviter quand on le peut. S’il arrive une infiltration, elle est moins sujette à causer une inflammation gangréneuse que celle causée par le vin lui-même. On ne retient l’injection dans la tunique vaginale que quelques minutes; les malades ne souffrent presque pas, et peuvent marcher le lendemain de l’opération sans inconvénient. La guérison, dit M. Velpeau, est plus prompte et tout aussi durable que par le vin : nous avons si souvent constaté au lit des malades l’exactitude de ces résultats que nous sommes pénétré des avantages, de cette méthode. Le mélange employé par M. Velpeau est celui-ci : 8 à 16 grammes de teinture d’iode par once d’eau.
Procédé opératoire. — La méthode des injections consiste à évacuer le liquide à l’aide d’une ponction avec un trois-quarts, et à injecter dans lé tunique vaginale le liquide astringent : nous allons décrire le manuel opératoire de l’injection vineuse. Bien des précautions que nous allons indiquer deviendraient inutiles si on opérait avec la teinture d’iode, il faut avoir, avant de faire la ponction, une seringue de la capacité d’un demi-litre à peu près; On doit avoir aussi un litre ou deux de vin préparé, comme nous l’avons dit plus haut,, et placé sur un réchaud qui contient des charbons ardents; plusieurs bassins sont nécessaires : les uns pour contenir l’injection, les autres pour recevoir le liquide de la tumeur. Quand tout cela est prêt, le chirurgien s’assure une dernière fois s’il a réellement affaire à une hydror cèle. Après s’être assuré de la position du cordon, il soutient et embrasse le scrotum avec la main gauche, comme s’il s’agissait de pratiquer sur cette partie une incision; puis, saisissant de la main droite un trois-quarts armé de sa canule, il l’enfonce à la partie antérieure, inférieure et externe jusqu’au centre de la tumeur. Il opère dans cet
endroit pour éviter le testicule et ses dépendances, qui se trouvent en dedans, en bas et en arrière. Si le testicule avait changé de position, il faudrait porter l’instrument dans le point qui serait le plus propice': une gouttelette de liquide qui s’échappe au dehors, un manque de résistance, la profondeur où se trouve l’instrument, indiquent assez qu’on est dans le kyste. Les deux premiers doigts de la main gauche saisissent la canule près de la peau , et la main droite retire le trois-quarts. Le liquide s’écoule en grande partie de lui-même; puis on presse la tumeur dans toutes les directions, en faisant bien attention que le bec de la canule ne se place pas entre les enveloppes tlu scrotum. Quand tout le liquide est sorti, on remplit la seringue avec le liquide de l’injection, qui doit avoir une température d’environ 32°; du reste, si le sujet paraît peu irritable, si le liquide lui-même ne l’est pas excessivement, on peut augmenter la température : on dit qu’on peut l’élever jusqu a ce que la main la supporte avec peine. Alors on porte le siphon de la seringue dans l’ouverture externe de la canule ; l’aide pousse le piston jusqu a ce que le kyste soit plein : alors le chirurgien, qui tient la canule au centre de la nouvelle tumeur, afin d’empêcher quelle ne s’arc-boute dans l’intérieur du sac, ou quelle ne se place entre les, différentes couches dçs bourses, ferme avec l’indicateur l’ouverturé de la canule , pour s’opposer à l’écoulement du liquide quand l’aide retire la seringue; quelques minutes après on fait une deuxième et quelquefois une troisième injection. On a conseillé de chasser de la tumeur tout l’air qui aurait pu s’y introduire , ainsi que les dernières gouttes de liquide, avant d’enlever la canule. Après l’opération , on couvre le scrotum de compresses imbibées d’un liquide pareil à celui avec lequel l’injection a été faite. On continue ce pansement pendant quatre ou cinq jours, jusqu’à ce que les phénomènes inflammatoires soient arrivés et aient acquis le degré d’acuité que l’on veut obtenir : c’est alors que l’on emploie les cataplasmes émollients sur la tumeur; les topiques astringents et résolutifs sont quelquefois aussi très-avantageux; mais leur emploi n’est peut- 1842. — Michel. « jg
être pas sans quelque danger. A cette époque du traitement, l a tumeur est d’ailleurs chaude, rouge, douloureuse, et a presque acquis son volume primitif. Des accidents graves, mais rares, sont arrivés : ainsi M.BIandin (,1) a vu la phlegmasie s’étendre jusqu’aux veines du cordon et faire périr le malade. Quelle que soit donc la rareté de ces accidents , il faut cependant se mettre en garde contre eux, et ne pas perdre de suite le malade de vue. Les plus communs sont : la gangrène du scrotum , son hémorrhagie et sa piqûre.
Asthme essentiel.
Nous ne parlerons point ici des asthmes symptomatiques, douloureux, thymiques, ni de celui de Millar, dont les caractères sont si peu déterminés que, rejeté par quelques auteurs, il a été regardé par d’autres comme un asthme essentiel, ordinaire, et confondu par beaucoup avec le croup, le catarrhe suffocant, etc. Nous ne nous occuperons que de celui qui est endémique à Maurice ; nous voulons parler de l’asthme essentiel, nerveux, idiopathique.
Définition. — Pour Cullen, Barthez, Pinel, Corvisart, etc.,l’asthme est une affection caractérisée par une respiration difficile, fréquente, haletante , comme dans une dyspnée très-intense, et qui offre cependant des phénomènes particuliers: 1° cette dyspnée n’est presque jamais accompagnée de fièvre; et s’il existe un changement dans l’état de la circulation, il consiste en une légère accélération du pouls qui semble alors, comme dans les affections nerveuses en général, acquérir en fréquence ce qu’il perd en développement; 2° les retours de cette affection sont périodiques; ce sont de véritables accès qui
(1) Diçtionn. de méd. prat t. 10, p. 128.
laissent parfois entre eux de longs intervalles d une santé parfaitè, dit M. Ferrus (1).
Causes prédisposantes. — L’hérédité semble exercer sur la production de l’asthme une influence remarquable. Quand il n’est point héréditaire, il paraît que l’étroitesse congénitale de la glotte, une susceptibilité des bronches ou de la muqueuse, peuvent le faire naître. Il frappe tous lesâges, plus rarement les enfants; cependant MM. Guersant et Alibert l’ont vu chez de très-jeunes sujets. Les hommes y sont généralement plus disposés que les femmes, mais il semble que dans la vieillesse il frappe également les deux sexes. Le tempérament nerveux y prédispose évidemment, ainsi que l’onanisme chez les enfants, l’abus des plaisirs vénériens, les rxcèsen tous genres, les peines morales. Des voyageurs ont observé qu’une partie «de la Saxe, de l’île Bourbon , et quelques contrées de l’Inde, etc., offraient beaucoup d’asthmatiques. On a remarqué que les personnes qtïi faisaient beaucoup d’efforts , celles dont les professions exigent une compression de la poitrine, celles où le poumon était irrité mécaniquement par des molécules de poussière, y étaient plus prédisposées que les autres. On a vu l’asthme essentiel succéder à l’hystérie et alterner quelquefois avec une névralgie. Alibert a cité des cas d’asthme qui reconnaissaient pour cause la rétrocession de dartres, la suppression dune hémorrhagie habituelle, la pléthore, la cessation prématurée d’un accès de goutte, des évacuations abondantes , de longues suppurations , la chaleur trop forte , l’électricité. C’est surtout dans les pays très-froids ou très-chauds que l’on rencontre l’asthme plus fréquemment. •
Causes déterminantes. —Les extrêmes de température, dont la continuité, comme nous venons de le voir, prédispose à cette affection,
(t) Art. Asthme du Dictionn. de méd.j t. 14, p. 249.
peuvent en devenir aussi une cause déterminante. L été et l’hiver sont les saisons pendant lesquelles on voit le plus d'asthmatiques. En hiver, les accès sont plus fréquents et plus intenses. Les lieux élevés, la raréfaction de l’air, une chaleur très-forte, surtout si elle est accompagnéede miasmes organiques en grande quantité, les lieux d’assemblées, les vents, et surtout les vents secs ; les gaz irritants, les odeurs , toutes ces circonstances peuvent déterminer les accès de l’asthme. « Quand le froid est plus voisin de la sécheresse que de l’humidité, dit M. le professeur Rostan (l), les difficultés de respirer sont plus communes.» L’action de l’électricité est des plus manifestes, et les personnes atteintes de cette affection éprouvent des redoublements ou des accès pendant les temps orageux. Les phases de la lune semblent n’avoir aucune influence sur cette affection bizarre, que l’absence seule de la lumière, mêrop artificielle, peut quelquefois provoquer.
Symptômes. — Le plus souvent brusque et inattendue, son invasion est précédée quelquefois d’oppression, de tension à l’épigastre awc éructation; d’autres fois elle est annoncée par un picotement dans les voies aériennes, un malaise général, des bâillements, etc. Que Ces symptômes précurseurs aient existé ou non, c’est ordinairement le soir que les accès arrivent, de dix heures à une heure du matin. J. Frank en a yu pendant le jour. Le malade éprouve un sentiment d’oppression, une gêne dans la respiration, qui peut aller qu’à l’orthopnée.Le malade, s’il était couché, quitte bientôt cette position pour en prendre une verticale. 11 met en jeu toutes les puissances respiratoires pour introduire l’air dans ses poumons; il renversé la tête, ouvre largement la bouche, porte fortement en arrière les épaules et les bras. Le diaphragme et les muscles de la poitrine se contractent convulsivement; les inspirations et les expirations sont bruyantes, rauques ou sifflantes : « La face, dit J. Frank, est tantôt pâle , tantôt colorée, souvent elle se présente alternativement sous les deux aspects dans le même
(t) Art. Atmosphère du Dictionn. de méd., 1 . 14, p. 349.
accès. Les yeux sont saillants , et cette saillie, que 1 on remarque même pendant l’intervalle des accès, chez les individus asthmatiques depuis longtemps, devient, lorsqu’elle n’est pas générale, un signe qui, avec l’état variqueux des veines labiales, peutservir à caractériser l’asthme. » Les mains, les pieds, le nez, les oreilles, sont pâles et refroidis, la face et la poitrine sont couvertes d’une sueur froide et visqueuse, l’anxiété est extrême, la difficulté de respirer augmente à chaque instant, lé malade ne peut parler, il a des mouvements convulsifs dans les muscles des parois thoraciques , dans ceux de l’abdomen, et même dans le diaphragme, qui seul agit et dilate la poitrine du haut en bas. Lexpiration est assez facile, tandis que l’inspiration est très-pénible ; la toux, assez fréquente, n’est jamais suivie d’expectoration au commencement de l’accès, la suffocation paraît imminente: toutes les fenêtres sont ouvertes, le malade demande encore de l’air , d’une voix brève et saccadée. Au milieu de ces accidents, le pouls est petit; serré et peu fréquent. Enfin, après quelques minutes, quelquefois deux ou trois heures, la respiration se fait mieux, la toux s’humecte, la parole esi plus libre, le pouls se développe: pendant le paroxysme, c’est à peine^si l’on pouvait percevoir un léger râle dans* la poitrine ; maintenant l’auscultation y fait entendre un râle muqueux ; bientôt le malade expectore aisément, et on en a vu pendre des cuvettes pleines de matières visqueuses, filantes. D’autres fois l’expectoration est pim épaisse, striée, et semble moulée sur les petits tuyaux bronchiques; ce trouble, cette anxiété, ces désordres, sont suivis d’un sentiment de bien-être, et à peine s’il reste un peu de fatigue au niveau des attaches du diaphragme; s’il y a un peu de lassitude, un sommeil profond et réparateur ne tarde pas à la faire disparaître. L’asthmatique aime à-se coucher sur les coudes, la tête placée entre les mains, et il dort généralement dans cette situation : la face revient presque à son état naturel, seulement elle reste légèrement bouffie. Après l’accès , l’urine est d’abord abondante et aqueuse ; plus tard, elle devient rare, foncée, et on l’a vue déposer un sédiment Gopieux et rougeâtre.
L’accès avorte rarement dans son cours, soit spontanément, soit
par les moyens de la science. Un accès peut être formé de plusieurs accès très-courts et séparés les uns des autres par une petite rémission. Si l’accès doit revenir la nuit suivante, le malade éprouve certains phénomènes, comme compression de la poitrine, gêne delà respiration , surtout dans la position horizontale. Il n’y a aucune règle fixe qui puisse faire prévoir les retours de cette affection : tantôt c’est au bout d’un an quelle revient, d’autres fois au bout de plusieurs années. On a vu les accès d’asthme se renouveler à époques fixes, tous les mois, par exemple, chez les femmes, au moment de leurs règles. Quand les accès reparaissent chaque jour, la maladie est le plus souvent le résultat d’une altération organique ; on remarque d’ailleurs que ces accès quotidiens diminuent chaque jour d’intensité.
Diagnostic. — Pour se prononcer sur ce point, il faudra examiner attentivement tous les organes et toutes les fonctions; ce n’est qu’après un examen complet qu’il sera permis de formuler son jugement, et encore devra-t-on y mettre quelque réserve. Dans l’asthme essentiel, le malade jouit d’une santé parfaite entre les accès; cependant on comprend qu’à la longue une maladie semblable puisse ainener des lésions consécutives : ainsi, l’emphysème, l’hypertrophie du cœur, et autres affections organiques, qui sont si souvent le résultat de la dyspnée asthmatique, deviennent cause à leur tour, et réagissent d’une manière très fâcheuse sur la respiration. Ce qui distingue l’asthme symptomatique , c’est donc l’état maladif du sujet entre les accès. On ne confondra pas cette affection avec les maladies des voies aériennes et du poumon, quand on aura les signes rationnels et sensibles , que nous ne pouvons point rappeler ici, mais qui ne peuvent guère laisser de doute quand ils existent.
Siège, nature. — Dans l’état actuel de la science, on ne peut rien donner de positif et de précis sur le siège et la nature de l’asthme. D ailleurs , la nature de notre travail ne nous permet point de discuter la valeur des diverses théories qui ont été tour à tour admises et re-
jetées ; nous dirons seulement que les belles expériences de MM. Magendie et Dupuytren ont établi que la section ou la compression des nerfs pneumogastriques produit dans la respiration un trouble qui est porté bientôt jusqua l’asphyxie dans l’espace de quelques jours. D’un autre côté, les travaux de Legallois ont fait voir que tous les nerfs qui président à la respiration partent du bulbe rachidien, au niveau de l’insertion de la huitième paire, et que leur lésion paralyse les muscles respirateurs. Nous croyons pouvoir conclure de ces faits, que l’asthme dit essentiel provient habituellement d’une lésion des nerfs diaphragmatiques et des pneumogastriques. Nous avouons que nous ne connaissons pas plus cette lésion que celle de toutes les névroses. Cependant, les laborieuses investigations anatomiques de MM. Reisseissen et Cruveilhier nous ont appris que les bronches possédaient un appareil musculaire assez semblable à celui de certaine portion du tube digestif, c’est à-dire qu’il y existait deux espèces de fibres, les unes circulaires, et les autres longitudinales. Partant delà, on s’est dit que l’accès pouvait bien être dû au resserrement spasmodique de cet appareil spécial. Par suite de ce resserrement, il s’ensuivait un obstacle à l’entrée de l’air dans les vésicules pulmonaires, contre lequel toutes les puissances inspiratrices étaient mises en jeu. Le sifflement que fait l’air, à son passage dans la partie supérieure du larynx , semble démontrer aussi qu’elle partage le spasme des poumons et leur contraction. D’un autre côté, le stéthoscope, appliqué sur la poitrine, ne fait entendre aucun bruit, ce qui tient, dit Laennec, à ce que les petits tuyaux bronchiques, resserrés, ne laissent plus pénétrer le gaz atmosphérique (1).
Tout ce que nous avons dit sur les conditions matérielles de l’asthme semble accepté par la plupart des auteurs. Il ne faut point se dissimuler, cependant, que si l’asthme est une des affections sur la description desquelles les auteurs sont le mieux d’accord, il n’en est pas
(1) Auscu.ll., t. 2, p. 84; 1826.
de même sur implication des phénomènes. Les uns considèrent cette maladie comme une irritation, ou même une inflammation des bronches, tandis que les autres y voient une névrose du poumon.
Marche. — La marche de l’asthme essentiel est, en général, fort irrégulière; mais ce qu’il faut surtout savoir, c’est qu’entre les intervalles des accès, les sujets jouissent d’une santé parfaite, jusqu’à la production des lésions secondaires.
Durée, terminaison, pronostic. — Le pronostic de l’asthme essentiel n’est point, en général, grave ; les sujets qui en sont affectés peuvent vivre très-longtemps ; mais si, par l’intensité de la cause qui la produit, ou par sa persévérance, l’affection se perpétue, alors chaque accès-augmente à la fois la gravité du mal, et enlève quelque chance de* guérison, surtout quand elle a déjà produit des désordres dans les divers organes thoraciques. 11 est donc de la plus grande importance de mettre tout en œuvre pour empêcher le retour des accès. L’asthme de notre île, dit M. Desnoyers, guérit immédiatement par le départ du pays ; mais il vient ressaisir le malade aussitôt après son retour dans rîle,* dès la première nuit, se fût-il écoulé dix ans depuis le départ, c’est-à-dire depuis la dernière crise.
Hygiène. — C’est surtout dans des affections de cette nature que les secours journaliers, incessants de l’hygiène, peuvent être utiles à l’homme. Si Ton se rappelle Pénumération des causes qui peuvent produire l’asihme essentiel, l’attention du médecin, comme celle du malade, devra s’employer tout entière à éloigner ces influences , pour en annuler ou eu diminuer les dangers Pendant la saison froide,on devra se couvrir avec soin, pour se mettre à l’abri des vicissitudes extérieures. Les asthmatiques n’oublieront pas que certains vents peuvent hâter le retour des accès; ils devront occuper des appartements vastes, aérés. On a conseillé de placer dans ces appartements des vases remplis deau, afin que l’évaporation pût prévenir le dessèchement de
l'air, et l’empêcher, par suite, de contracter des propriétés irritantes. Les petites promenades, un exercice modéré, sont fort utiles. On prescrira aux jeunes gens et aux pléthoriques un régime composé de viandes blanches et de végétaux. Quand la maladie est très-ancienne , on peut donner une nourriture un peu plus riche; mais il ne faut point en abuser : elle serait alors très-nuisible. Les seules boissons qu’on doive tolérer, sont les boissons aqueuses, rafraîchissantes. On doit, suivant Cullen, proscrire sévèrement les liqueurs fermentées et aromatiques. Si le malade peut le faire, il devra quitter le pays qu’il habite, pour aller chercher la santé dans un climat plus tempéré. Il évitera les émotions morales , les idées tristes, les travaux de l’esprit trop prolongés. Dès la plus haute antiquité, on a conseillé les frictions sèches, qui peuvent encore être employées avec beaucoup d’avantage. Le tabac, mêlé à des feuilles de belladone, ou mieux encore de stramoine, a donné d’excellents résultats. On fait inspirer la vapeur d’eau chaude chargée de ces diverses substances.
Traitement. — La première chose à faire, quand on est appelé près d’un malade asthmatique, c’est de le faire asseoir et de faire ouvrir les fenêtres. On enlèvera tous les vêtements qui étreignent un peu fortement quelque partie du corps ; on placera le malade dans un air frais, et on éloignera tous les assistants inutiles. S’il y a quelques signes de congestion pulmonaire, on pourra faire une saignée; mais on doit savoir que dans l’asthme essentiel, en général, l’expérience*a démontré leur inutilité. On cherchera à favoriser l’expectoration, en donnant l’oxyrael scillitique, les préparations antimoniales, le sulfure de potasse, le polygala, l’ipécaeuanha, à faibles doses, les potions kermétisees, édulcorées avéc le sirop de Tolu, etc. H. Wilhiavv dit avoir employé avec succès la lobélie, et le docteur Elliotson la considère comme spécifique dans cette maladie. On emploie les révulsifs cutanés, les pédiluves ou les manuluves , rendus irritants par la farine de moutarde, la cendre, le chlorure de sodium. MM. De la Berge et Mon-
1842. — Michel. , 17
neret (1) ont proposé d’appliquer des sinapismes, soit aux extrémité* inférieures , soit sur la poitrine même ; M. Joly (2) propose des ligatures. On s’est aussi servi de ventouses sèches, ou même scarifiées, placées sur la poitrine ou entre les deux épaules. Nous ne pouvons passer en revue la longue liste des substances proposées contre cette affection; nous parlerons seulement des principales. En première ligne arrivent les narcotiques et les antispasmodiques. Laennec (3) dit que les narcotiques ne doivent leurs avantages qu’à la propriété qu’ils ont de diminuer le besoin de respirer, et d’empêcher par là le retour des accès, qui ne sont qu’une exagération de ce besoin. L’opium, la belladone, le tabac, ont été donnés avec quelque succès dans l’asthme essentiel; mais le datura est l’agent thérapeutique qui a eu le plus d’efficacité, selon M. le professeur Trousseau (4). On a proposé de mettre dans l’appartement des asthmatiques , des vases remplis d’une décoction bouillante de ces dernières substances. Les divers antispasmodiques, le musc, le castoréum, l’assa fœlida, l’éther, peuvent être donnés avec avantage. On a employé aussi l’électricité. Laennec, parlant de ce moyen thérapeutique, dit qu’on a assez souvent réussi par là à modérer l’intensité de la dyspnée ; mais que, dans d’autres cas, au contraire, elle a augmenté sous l’influence du galvanisme (5). On donne avec beaucoup de succès les expectorants à la fin des accès, et de temps en temps on doit prendre des évacuants.
Nous terminerons ici le travail que nous nous sommes imposé; mais nous avons besoin d’ajouter quelques mots encore. Nous sommes loin,
(1) Compendium j 1.1, p. 449.
(2) Dictionn. en 15 vol., art. Asthme.
(3) Traité de l’auscult ., 2 e édit, t. 2, p. 93.
(4) Traité de ihérap. et de mat. méd., art. Datura, 2 e édit.
(5) Auscult., t. 2 , p. 97.
certainement, de nous être dissimulé notre faiblesse, comparée surtout à la grandeur de la tâche que nous avions entreprise. Forcé de tout emprunter à l’expérience des autres, que de choses ont dû nous échapper! Nous ne l’ignorons pas; mais le désir de bien faire et l’ardeur d’y réussir seront peut-être, nous l’espérons, un motif puissant d’indulgence aux yeux de nos juges et de nos compatriotes.
Da veniam scriptis quorum non gloria nobis Causa sed utilitas^officiumque fuit.
(Ovide.)
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