‹ Essai d'urologie clinique [electronic resource]Chapitre 17 sur 118 · ODEUR. — RÉACTION · texte numérisé non relu

ODEUR. — RÉACTION

Fermentation ammoniacale de f urine.

L'urine exhale à la période d'état de la fièvre typhoïde une odeur iirineuse fade^ difficile à définir, mais se rapprochant un peu de celle du bouillon. Exceptionnellement l'on trouve des urines, à odeur imlle^ ou urineuse for le ^ aromatique^ urineuse normale ou rappelant la macération d'herbes et la marée. Par contre, à la période des oscillations descendantes, les odeurs de marée., fétides^ ammoniacales., sont plus fréquentes que l'odeur urineuse fade. Pendant la convalescence, ces dernières odeurs augmentent encore de fréquence et l'urineuse fade devient presque une rareté ; aux derniers jours de cette période, l'odeur redevient nulle ou normale. En outre, il faut noter que dès la défervescence, on peut rencontrer 5 à 7 fois environ sur 100 une odeur d'hi/drogène sulfuré.

(1) La densité s'élève dans des proportions parfois considérables, je l'ai vu monter de 1030 à 1044 pour redescendre à 1^30 après la suppression du médicament.

(2) Albert Robin. Société de biologie, janvier, 1877.

Dans les cas mortels, l'odeur fade est la règle depuis le début de la maladie jusqu'à la terminaison. Les urines qui sentent la macération dlierhes et la marée sont plus rares ; l'odeur àe pain bouilli s'observe environ 45 fois p. 100 dans les formes rénales ; on la perçoit aussi toutes les fois que le liquide urinaire contient une forte proportion d'albumine. Dans les formes thoraciques mortelles, les odeurs urineuses fortes aromatiques dominent.

Les odeurs herbacées et fétides ont une certaine valeur clinique en ce sens qu'elles paraissent généralement au début de la défervescence et qu'elles la précèdent même quelquefois, en se montrant concurremment avec lapolyurie et l'augmentation des matériaux solides signalées dans le paragraphe précédent. Depuis cette époque jusqu'à la fin de la maladie, ces odeurs alternent entre elles ou avec celles examinées plus haut, sans qu'on puisse saisir la loi de ces variations (1).

Il ne faut pas confondre cette fétidité de l'urine avec Y état ammoniacal; la première concorde, en effet, souvent avec une réaction acide et présente non pas l'odeur assez franche de l'ammoniaque, mais bien celle de la macération anatomique; elle n'est pas produite par la décomposition de l'urée, mais elle paraît provenir de la fermentation des matières extractives qui sont toujours en grande abondance dans l'urine au moment de la défervescence. L'administration de l'acide salicylique diminue les odorances fades de l'urine qui devient inodore ou légèrement aromatique.

(1) Pour bien apprécier l'odeur, il faut attendre que l'urine ait séjourné à l'air dans un vase propre, pendant une demi-heure ou une heure .

La RÉACTION suit, à peu de chose près, la marche de l'odeur. Très-acide aux périodes d'état et d'augment l'urine rougit moins franchement le tournesol aux approches des oscillations descendantes et prend une réaction alcaline, soit au milieu de cette période, soit au cours de la convalescence.

M. Gubler à qui l'on doit la découverte de cette ahalinité a publié le résultat de ses recherches dans la thèse de son élève M. Durante. J'en extrais ce qui suit : (( M. Gubler a remarqué que dans un g-rand nombre de maladies aiguës qui ont duré un certain temps et se sont accompagnées d'une grande déperdition de forces, lesurines présentent, au moment.de la convalescence, des caractères tout particuliers dont le plus important est leur alcalescence. Les convalescents de pneumonie et surtout de fièvre typhoïde sont ceux oii le phénomène a paru le plus marqué; pour constater cette alcalescence, il faut choisir le jour oii la convalescence s'établit franchement; la période pendant laquelle elle existe est trèscourte : si dans quelques cas on a pu l'observer 5 à 6 jours, d'autrefois, 24 heures suffisent pour la faire disparaître. C'est à la suite des maladies longues qui ont jeté l'organisme dans une grande débilitation, que cette période aura le plus de durée et que l'on verra l'alcalinité persister plusieurs jours, puis diminuer peu à peu et disparaître à mesure que les forces reviendront et que l'alimentation sera plus abondante. Gomment doit- on se rendre compte de l'alcalinité des urines chez les convalescents et quelle est la signification de ce phénomène ? Quoiqu'on ne soit pas d'accord sur la nature du principe qui communique à l'urine son acidité, on sait, du moins.

que ce caractère est produit par les résidus de la désassirailation. Dès lors, on comprend que des sujets, qui viennent pendant une maladie plus ou moins longue, de se nourrir aux dépens de leur propre substance, lorsque la fièvre tombe, l'organisme ayant beaucoup à réparer, le travail d'assimilation l'emporte de beaucoup sur le mouvement inverse ; l'élimination des matériaux azotés est diminuée ou même suspendue et les urines, dès lors, prennent une composition fort analogue à celle du sérum du sang. »

Il y a peu de chose à ajouter à ce tableau ; je dirai seulement que l'alcalescence apparaît aussi, mais rarement, à la fin de la période d'état ou au début de la défervescence : dans ces cas, elle aune valeur clinique qui vient s'ajouter à celle des autres caractères qui se développent à ce moment (polyurie, abaissement de la densité, exagération des matières solides, odeurs herbacées ou fétides, etc).

La 7ïature et la cause de cette alcalescence doit être maintenant discutée, et ceci nous conduit à aborder l'étude de la fermentation ammoniacale de C urine. Graves (1), Bouillaud, puis Schonlein et Simon (2) ont observé déjà l'état ammoniacal de l'urine dans la fièvre typhoïde : pour les deux derniers auteurs, cet état survient à la fin du deuxième septénaire; sa signification est assez fâcheuse,, car il coïncide avec l'apparition de symptômes graves, tels que le coma , et cela, surtout quand l'urine était précédemment acide et colorée. Andral puis Becque-

(1) Graves. Dublin Journal of med. Science, VI, p.

(2) Simon's. Handbuch B. Beitrage. Bd. 1, p. 107.

rel (1) se sont, avec raison, inscrits en faux contre cette opinion. Pourtant l'on n'a qu'à sentir les urines émises dans les vingt-quatre heures par un convalescent de lièvre tvpboïde pour les trouver, dans la plupart des cas, fortement ammoniacales. Quelle est la cause de ces diverg'ences ?

On doit, d'abord, disUnguev deux sortes cC alcalescences : celle qui est produite par les alcalis fixes (carbonates, phosphates, combinés à la chaux, à la magnésie, etc.), et celle qui provient de la fermentation ammoniacale de l'urée (2j ; or, \ alcalescence par les alcalis fixes est la seule forme que' l'on rencontre dans la fièvre typhoïde si l'on examine l'urine au moment même de son émission et chez un malade qui n'a jamais été sondé; c'est l'alcali • nité décrite par M. Gubler. La deuxième forme ne se trouve que dans les urines qui ont séjourné quoique temps à l'air libre. Mais, chose assez remarquable, cette deuxième variété n'existe qu'aux périodes de défervescence et de convalescence, périodes où l'urine fermente avec une si grande rapidité, qu'après quatre à cinq heures d'exposition à l'air, la réaction devient alcaline. Au contraire, à la période d'état etdans les formes mortelles, l'urine fermente très-difficilement et conserve son acidité pendant plus de vingt-quatre heures; aussi n'ai-je

(1) Becquerel, sur 38 cas, et Andral sur 151, n'ont trouvé l'urine alcaline que dans les conditions suivantes il" Pus mêlé à Turme ; 2" l'urine avait séjourné longtemps dans la vessie -, elle s'était écoulée spontanément ou bien on l'avait extraite par le cathétérisme ; 3° elle n'avait été examinée que plusieurs heures après avoir été rendue ; 4o on avait donné au malade une grande quantité de boissons alca-

lines.

(2) Consulter sur ce sujet : Gosselin et Albert Robin, L'urine ammoniacale et la fièvre urineuse. Arch. gên. de méd. 1874.

pas observé un seul cas d'état ammoniacal dans ces con- , ditions, si ce n'est lorsque le liquide avait été recueilli dans un vase malpropre, contenant déjà de l'urine décomposée ou du ferment de Pasteur. Donc, cet état j ammoniacal, presque secondaire, possède aussi une cer- ■ taine valeur, qui est bien différente de celle que lui assi- | gnaient Schonlein et Simon, puisque dans nos observations, il a toujours coïncidé avec une amélioration de symptômes et une heureuse issue de la maladie. Il est ; encore à remarquer qu'il se développe dans les urines ■ rendues alcalines par les alcalis fixes beaucoup plus facilement que dans les autres. Enfm, on ne trouve ici ni ' l'une ni l'autre de ces deux formes, quand la défervos- i cence et la convalescence ne s'accompagnent pas d'une ' augmentation de la quantité d'urine; dans ces cas, en ! effet, l'acide urique existe toujours en quantité au moins ' normale. La signification des deux alcalescences est donc connexe, puisque toutes deux s'enchaînent; elles constituent des signes favorables , surtout dans les fièvres graves et à longue durée : leur disparition coïncide avec le retour à la santé ou avec la reprise de l'alimen- . tation.

La première est due à une évolution plus parfaite des j déchets organiques qui ne fournissent plus qu'un minimum d'acide urique, à l'augmentation de la quantité, à la réapparition, en proportion normale, de la chaux et de la magnésie; enfin, à la présence des carbonates alcalins. Cette alcalinité fixe crée un milieu où le micrococcus urece se développe avec plus de facihté que dans un liquide acide; la diminution de l'acide urique, la grande dilution de l'urée, aident encore à la génération

du ferment qui dédouble l'urée en carbonate d'ammoniaque et en eau (1).

On doit rapprocher de la décomposition ammoniacale les fermentations qui donnent naissance aux odeurs fétides et sulfureuses. Les urines restent alors acides pendant un cfîrtain temps, mais plus tard l'urée se dédouble, et l'odeur d'ammoniaque vient compliquer et masquer les odorances primitives.

Ces fermentations portent^ l'une et l'autre, sur les matières extractives et l'albumine, dont le soufre passe à l'état d'hydrogène sulfuré. Elles sont aidées par la présence du pus et du mucus dont les néocytes jouent le rôle de ferment et les matières albuminoïdes le rôle de matières fermentescibles, comme l'a démontré M. Gubler (2).

Pour terminer ce chapitre de la réaction, je noterai encore que les rechutes bénIgnes qui surviennent au moment de la pleine convalescence, modifient peu cette tendance à la fermentation rapide. Si la réversion est SÉRIEUSE, l'urine reprend presque de suite son acidité primitive.

Les malades soumis au traitement par l'acide salicylique, émettent une urine qui rougit fortement le papierde tournesol; l'acidité per3iste plusieurs jours encore après la suppression du médicament, même à la phase de convalescence. Ceci est en rapport avec l'élimination du médicament dont j'ai pu retrouver les traces dans l'urine

(1) Dès 1848, Heller avait constaté déjà que les tcru'es et le penicillum glaucum se développent avec une rapidité remarquable, dans les urines de la fièvre typhoïde.

(2) M. Gubler. Du rôle des néocytes dans la fermentation ammoniacale. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1875.

sept jours après sa suppression. Pourtant, à l'état ordi- l naire, deux à quatre jours suffisent à cette élimination. \

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