‹ Essai de catéchisme socialisteChapitre 4 sur 12 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DE L HOMMI-;

' Demande. -- Qu'est-ce que l'homme ?

Réponse. — L'homme est le dernier terme de la vsérie animale. Comme tous les autres, animaux, il est composé de besoins qu'il tend à satisfaire de plus en plus complètement et de facultés que, pour la satisfaction de plus en plus complète de ses besoins, il tend à

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développer de plus en plus complètement (i). Cette douljle tendance, qui constitue ce qu'on appelle selon le cas l'EKiriCTiiiiLiTÉ ou pko- GKÙs, ne lui est pas particulière, comme on l'a cru lon/:;temps, mais existe chez lui à un degré supérieur.

D. — L'homme ne se distingue-t-il que par une plus grande perfectibilité ?

R. — Non, il existe entre l'homme et les autres espèces animales des différences essentielles.

D. — Quelles sont ces différences ?

R. — 1° L'homme ne peut être homme, c'est-à-dire remplir la loi de sa nature éminemment progressive que sous l'action, avec l'aide de ses semblables, dans leur société. Isolé, individuellement, il ne lui est pas possible de satisfaire ses besoins et de développer

(il On voit dés lors l'erreur de ceux qui voudraient faire une distinc tien entre nos besoins, les diviser en légitimes et en illégitimes, et refuser à ceux-ci la satisfaction qu'ils accordent à ceux-là. C'est pour satisfaire déplus en plus complètement nos besoins que nous développons de plus en plus complètement nos facultés. Les besoins constituent autant de mobiles de l'activité humaine. Les restreindre, ce serait restreindre dans une mesure correspondante cette activité, mutiler l'homme sous prétexte de le perfectionner, et, sous prétexte de réaliser un ordre moral supérieur, détruire en réarmé l'ordre moral qui résulte naturellement et ne peut résulter que de l'égal développement ou de l'équilibre de l'intégralité des facultés en soi et en autrui.

ses facultés au delà d'une limite très RESTREINTE. Dépossédé de la parole, qui n'a aucune raison, aucun moyen de sortir du cri, il n'est pas même prouvé qu'il prenne la position verticale. Quelque activité d'autre part que développe chez lui le besoin, ses seules forces ne lui permettent pas d'autre habitation que les grottes naturelles, d'autre vêtement que le feuillage adamJque ou la peau de bête de l'âge de pierre. C'est le plus misérable des animaux. Les autres individus des autres espèces, au contraire, ne sont pas diminues par l'isolement, qui, loin de nuire à la satisfaction de leurs besoins, la rend plus complète et plus facile. Et de même qu'il leur est possible de pourvoir à toutes les exigences de leur organisme sans le concours de leurs congénères, ils peuvent atteindre leur maximum de développement individuellement, sous le seul empire de la nécessité. L'état social ou collectif, en un mof, est l'état naturel, nécessaire et constitutif de l'espèce humaine, comme l'état individuel est l'état normal des autres espèces. 2" L'antagonisme d'intérêt qui domine les individus des autres espèces, les oppose directement et fatalement les uns aux autres dans la satisfaction de leurs besoins, et ne leur

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permet de se conserver et de se développer qu'au détriment les uns des autres, n'existe pas, au moins avec sf»n caractère de nécessité, dans l'espèce humaine, entre les membres de laquelle il y a, il peut y avoir harmonie, communauté, solidarité d'intérêt. Étant donné par exemple un certain nombre de bœufs ou de moutons sur une certaine étendue de prairie, il est certain que l'intérêt de chacun de ces moutons ou de ces l^œufs sera en opposition avec l'intérêt de ses compap^nons de pâture, que l'herbe dévorée par chacun d'eux sera enlevée à la faim présente ou à venir des autres , qui en seront d'autant plus pauvres. Étant donné d'autre part un chiffre d'hommes sur un espace limité du sol terrestre, chacun de ces hommes ne satisfera pas nécessairement ses besoins au détriment de ceux de ses compagnons. Il se peut, l'expérience démontre, que chacun d'eux sera plus riche, mieux nourri, mieux vêtu, mieux logé qu'un homme qui aurait eu la possession isolée de cette même étendue de terrain, ou d'une étendue double, triple.

D. — Pourquoi la perfectibilité est-elle plus grande chez l'homme que chez l'animal ?

R. — Parce que l'homme ayant la possi-

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bilité de diriger les forces de la nature de façon à lui faire produire les objets- qui lui manquent, aucune limite n'est imposée à la satisfaction de plus en plus complète de ses besoins, et par suite au développement de plus en plus complet de ses facultés. Pendant que l'animal est limité dans la.satisfaction de plus en plus complète de ses besoins, par la quantité des produits existant naturellement, et dans le développement de plus en plus complet de ses facultés par le maximum de satisfaction fixée à ses besoins.

D. — Pourquoi l'état social ou collectif est-il l'état normal de l'homme, et l'état individuel celui de l'animal ?

R. — Parce que l'animal n'ayant pour satisfaire ses besoins que ce qui lui est fourni spontanément par la nature extérieure, et toute son activité se bornant à récolter, aucune combina-son d'efforts ne se trouve pour cela indispensable; l'action individuelle suffit. Tandis que, pour suppléer à l'insuffisance des produits naturels, l'homme étant capable d'appliquer son activité à la producticm des choses nécessaires à sa conservation et à son développement, ce travail exige la réunion,

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l'association des efforts individuels, l'action comnnine.

D. Pourquoi l'antai^^onisme qui rè^ne fatalement chez l'animal entre les membres d'une même espèce, fait-il, peut-il faire place chez l'homme à l'harmonie, à la communauté, à la solidarité des intérêts ?

7v. — Parce que l'animal consomme sans produire, c'est-à-dire sans accroître, ni même renouveler la somme des objets nécessaires à la satisfaction de ses besoins et que, le champ de la consommation se trouvant ainsi lim-ité, moins sont nombreux les individus qui y ont accès et plus la part de chacun est considérable, plus ils sont nombreux et plus la part de chacun est restreinte. De cet état de choses, de l'impossibilité pour l'individualité animale de satisfaire ses besoins sans réduire la somme des objets nécessaires à la satisfaction des besoins des autres individualités de même espèce, naît la fatalité de la concurrence vitale, de la lutte pour l'existence, non pas seulement extérieure, c'est-à-dire entre l'espèce et tout ce qui n'est pas elle, mais INTÉRIEURE, dans le sein même de l'espèce, entre les individus qui la composent. La consommation exclusive fait de l'animal l'ennemi

de son semblable : Animal aximali lupus ! L'homme, au contraire, est à la fois consommateur et producteur, c'est-à-dire qu'il peut satisfaire ses besoins sans réduire la somme des objets nécessaires à la satisfaction des besoins de ses semblables en reproduisant par le travail ce qu'il a pu consommer; il est même susceptible de produire plus qu'il ne consomme. Et, comme cet excédant de la production sur la consommation augmente d'autant plus et d'autant plus vite que le travail est moins individuel, plus coopératif ou 'combiné, c'est-à-dire que l'accord, l'entente, la coopération est plus complète dans un plus ;^rand nombre d'hommes (i), l'homme, en

(i) Tout le monde connnit l'exemple cité par Adam Smith des 10 ou- Tricrs qui, bien que très pauvres, en associant leur travail, fabriquaient ensemble i)lus de 48,000 épinffles par jour, pendant que chacun d'eux travaillant scparcmcnt, n'aurait pas fait 20 cpinjflcs par jour, « peutrtre pas une seule. • Mais la i/ivisi\>n liu travail ou la rôj)art;tion entre divers individus ou (troupes d'individus des diverses op<5rat'ons qu'exige la production de la plupitrt des produits, n'est qu'une des formes de la coofiitation en matière de production, qui peut être simple ou composée, et présente dans les deux cas les mêmes immenses avantages.

La coopération est dite simple lorsqu'il ï^'ftgit de l'assistanco que «c prêtent plusieurs individus travaillant ensemble \ la fabrication d'un môme produit. Kt, sous cette forme, en même temps qu'elle rend faciles certaines opt'r.itiong, comme l'abuttagc des arbres dans les forêts, le s(i;ij{e dos bois, etr, qui scr.aient pri'<i)ue iuipossiblcs \ un homme seul, elle offre cet autre avantage que dans ces op'rations et dans d'autres plus acressibîes .1 l'activité individuelle, le pn«inH fst prpportiotttiel à ftissistoticf titutuflU qur se pièti-nt les trax-aillruis, c'est ft'dire, par exemple, que deux hommes travaillant ensemble

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tant que trr.vaillcur, au lieu d'être un ennemi pour riiommc, se trouve être un auxiliaire plus qu'utile, indispensable : Homo iiomini DEUS ! En d'autres termes, le caractère non plus destructif, mais productif de la concurrence vitale, ou de la lutte pour l'existence que l'homme soutient contre tout ce qui n'est pas lui, lui permet de ne pas entrer en concurrence vitale, en lutte pour l'existence avec ses semblables; et la productivité d'autant plus grande de cette concurrence, de cette lutte avec la nature extérieure que l'espèce

feront plus que qu.-itrc hommes travaillant scparcmcnt et mC-inc que quatre fois quatre hommes.

La coopération est dite composée lorsqu'il s'ngit de l'assistance mutuelle que se prêtent divers individus ou fjroupcs d'individus travaillant séparément à la production dï produits différents qu'ils échangent ou qui entrent comme éléments dans la production d'un produit dernier. Et, sous cette forme, elle a également pour effet de rendre possibles quantités de produits auxquels ne saurait même songer un homme isolé, et d'en rendre la production d'autant plus facile, d'autant plus abondante que l'assistance mutuelle entre les travailleurs est plus complète. En combien d'opérations distinctes, par exemple, ne se décompose pas la confection d'un habit, qui, si elles avaient d'à dtrc accomplies par le même individu, successivement agriculteur, c'evcur, tondeur, filenr, tisseur, teinturier, tailleur Ipour ne pas parier des autres opérations ayant pour but sa nourriture et son logement, qu'il lui aurait fallu mener de front; auraient à tout jamais empêché l'humanité do se vêtir ! Pendant que, grâce à la répartition de toutes ces opérations entre des milliers et des milliers de travailleurs qui, séparés dans le temps et dans l'espace, oK'p^rciii îi la confection d'un habit, grâce aux échanges auxquels a donné lieu cette division du travail et qui ont permis aux divers travailleurs de se nourrir, de se loger, etc., non-seulement les vêtements sont devenus possibles à l'homme, mais ils abondent et s'acquièrent, même actuellement, contre quelques journées de travail.

humaine est moins divisée et plus unie, en identifiant l'intérêt individuel et l'intérêt commun, donne lieu à la solidarité.

D. — Ainsi, toutes les différences que nous avons dû signaler entre l'homme et l'animal se résolvent dans la productivité humaine opposée à la destructivité animale ?

R. — Oui, la productivité, le travail est ce qui distingue notre espèce. Sans travail, pas de perfectibilité plus grande; sans travail, pas de société; sans travail, pas de solidarité et par conséquent pas d'homme.

D. — Quelle est la fin de l'homme ?

R. — Le bonheur, qui consiste, pour tout être organisé et pour l'homme, par suite, dans la satisfaction de plus en plus complète de l'intégralité de ses besoins.

D. — Tous les hommes peuvent-ils l'atteindre; ou, comme n'a pas craint de l'affirmer une prétendue science sur la foi d'un prétendu savant, l'impossibilité de faire croître aussi rapidement que l'espèce humaine les moyens de satisfaire ses besoins physiologiques, ne la rendrait-elle cette fin accessible

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qu'à un petit nombre, de plus en plus restreint ?

A'. — Non -seulement tous les hommes peuvent l'atteindre, mais aueun homme ne saurait l'atteindre isolément, en ce sens que ses besoins effectifs et intellectuels ne pouvant trouver leur satisfaction dans un milieu livré à une souffrance injustifiable, son bonheur, limité à la seule satisfaction de ses besoins pliysiologiques, serait toujours incomplet. Et si jusqu'à présent, ce bonheur, même incomplet, qui résulte de la satisfaction des besoins physiologiques de l'homme, a été le partage d'un si petit nombre, ce n'est pas à l'impossibilité d'égaler la production à la consommation qu'il faut l'attribuer (i), mais

(i) Pour ne pas parler des entraves apportées à la production par l'appropriation du sol, transforme ici en parc ou jardin de plaisance — ou absolument stérilisé ; paralysé ailleurs dans sa virtualité productive par l'intérêt même de ceux qui le possèdent et ne retireraient pas un intérêt suffisant des capitaux qu'cxijje sa mise en valeur ; presque partout enfin rédut à un rendement dérisoire par les moyens limités de la petite culture, — combien de travaux improductifs destinés à satisfaire aux caprices d'une minorité oisive n'cnlèvent-ils pas de bras au travail essentiel, à l'agriculture? C'est ;t peine si la production du blé, du vin, des objets de première nécessité occupe auiourd'hui de i/io à i/i5 de la population. Là est la raison de l'insuffisance, incontestée et incontestable, des subsistances, et nullement dar.s la soi-disante loi de Malthus d'après laquelle pondant que la population croîtrait dans la proportion géométrique i, 2, 4, S, 16. le produit agricole ne pourrait s'augmenter que dans la proportion arithmétique i, 2, 3, 4, 5.

Malthus, en effet, qui fondait son fameux théorème sur \z.prolificeuct humaine opposée à la productivité diminuante de la terre ou à ce fait

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aux conditions dans lesquelles se sont opérées jusqu'à présent la production et la répartition des produits.

que, passé un certain quantum, la terre cesse de rendre en proportion du travail ajoute, ne connaissait pas mieux le premier que le second de CCS deux termes.

Il se faisait, plus ou moins sincèrement, une idée tellement exagérée de la productivité diminuante de la terre que la seule supposition que le produit agricole de l'Angleterre et de TEcosse pût doubler en vingtcinq ans lui paraissait dépasser les limites de la vraisemblance. Or, non-seulement le produit agricole de la Grande Rretigne a plus que quadruplé depuis lygj, mais, malgré ce quadruplement, de l'aveu de tous les traités d'agronomie, l'introduction d'une bonne culture à plusieurs assolements dans les parties les plus peuplées de l'Europe, suffirait à donner un produit 9 fois plus considérable que le produit actuel ; et, d'après les mêmes traités, les formes les plus perfectionnées de la culture à plusieurs assolements sont loin de représenter le dernier mot de l'économie rurale.

Il ne se faisait pas une idée moins systématiquement fausse de la i»oliJîce.nce humaine lorsque, prenant pour exemple les États-Unis d'jVmériquc, snm z'Oiiloir tenir cojnpie de taffluence des éini'^ntnts, il prétendait que la population pouvait doubler en moins de vingt-cinq ans, c'est-à-dire que lo taux annuel de la multiplication humaine était de 3 ■/«■ Rcs statistiques les plus incontestables, il résulte en effet que sur les 10,9^7,846 individus qui composaient en t85o la population blanche des Mtats-Unis, i2,.(32,.i2j provemiicnt plus ou moins directement de l'émigration, ce qui, en réduisant à 7,555,423 le chifïrc atteint en soixante ans par la population libre évaluée à 3,922,827 individus en 1790, donne plus d» 5o ans pour le doublement de la population et un taux annuel de multiplication d'à peine i,ô8 •/. [Académie des sciences ntoraleset politiques, séance du 28 ntn>emb>e 1874'.

Le taux de la productivité diminuante de l.a terre n'a pas encore été déterminé scicntifiquomeut. .Mais ce qui est certain, coque permettent d'affirmer les donnéfs expérimentales de l'agronomie, c'est qu'il est fort au-dessous de ce que voulait l'éconumiste anglais. Et en fut-il .autrement qu'il n'y .lurait pas davantage A s'en préoccuper, puisque — Nicolas Tchcrnichcwski l'a surabondamment démontré - le déficit auquel il donnerait lieu avec une jHipuhtion doublant tous les vingtcini] ans, disparaîtrait devant uu progrès de la technique agricole de 0 "/• par siècle, — progrès évidi-mment inférieur .1 ceux qui ont été réalisés jusqu'il présent et qui pourrait être encore réduit p.ir l'augmentation de I.i proportion entre le» ouvrier» agricoles et la population (t'oir <t l'appendice).

Le f;iTix ili- Il miiltl)ili< Mtuin luiiii.iliii- n'.i p:is non pins i-U- dctcr-

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