ESSAI DE CLASSIFICATION DES MÉLORÉSIÉES
Les croûtes peuvent être plus ou moins adhérentes au substratum, minces ou épaisses, à surface lisse ou mamelonnée. Les branches ont un diamètre très variable et elles forment des massifs plus ou moins ramifiés.
Cet aspect extérieur a joué jusqu’à présent un grand rôle dans la classification spécifique; il est en effet assez constant chez certaines espèces ; mais il est extrêmement variable chez d’autres. D’une manière générale il faut avoir vu un assez grand nombre d’échantillons pour reconnaître une espèce et on ne peut pas être certain de connaître toutes leurs variations. Aussi est- 1 très utile de posséder un critérium de détermination; chez plu sieurs espèces, en particulier chez le Lithothamnium calcareum 1 , j’ai pu, en étudiant des échantillons de localités diverses et de formes différentes, montrer que la structure est un caractère spécifique de grande constance.
Généralités sur la structure des Mélobésiées. Avant de caractériser les genres, il est nécessaire de donner un aperçu de la structure schématique commune à toutes les espèces de
Mélobésiées.
Étude d’une croûte. — Je choisirai comme exemple de cioùte le Lithothamnium crispatum Hauck, espèce commune dans la
Méditerranée.
Les caractères des espèces en croûte ne sont visibles que sui une section perpendiculaire à la surface de la croûte. Au contraire, une coupe parallèle à la surface montre les cellules coupées transversalement, et n offre, par suite, pas beaucoup
d’intérêt.
Une coupe verticale, menée perpendiculairement à la suiface, montre que la croûte est constituée de deux parties :
1) A la partie inférieure, reposant sur le substratum, se trouvent des files horizontales, rampantes, composées de nombreuses cellules de forme rectangulaire; ces files sont lâches et entremêlées et se recouvrent les unes les autres. Ce tissu est
Vhypothalle.
Les files se ramifient fréquemment; leurs ramifications su
1. Lemoine (M me P.), Repartition et mode de vie du Maerl Lithothamnium ‘Calcareum) aux environs de Concarneau ( Finistère ). Annales e ns 1 u •Océanographique, I, fascicule 3, mars 1910.
SÉANCE Di: 10 JUIN 1910.
redressent et constituent des files verticales qui sont par conséquent dans une direction perpendiculaire à la direction des files de riiypothalle. Cette partie supérieure du tissu s’appelle le péri thalle (p)-, peu développé dans les’croùtes très minces, il acquiert un grand développement dans les croûtes épaisses,
Fig. 1. — Coupe verticale de Lithothamnium crispation montrant l’hypothalle h
et le début du périthalle p, traversé par une zone colorée zc.
tandis que 1 hvpothalle est relativement beaucoup moins développé.
Le périthalle est limité à sa partie supérieure par une écorce et un épiderme.
Chez toutes les espèces du g-enre Lithothamnium le périthalle est traversé par des zones (zc.) de coloration différente , alternativement plus foncées et plus claires; ces zones sont
me
P. IÆMOINE.
quelquefois remplacées ou accompagnées par des lignes colorées (/) qui traversent le tissu.
Les files du périthalle sont lâches dans les coupes décalcifiées
et formées de cellules ofoides.
2) Étude d’une branche. — Je prendrai comme exemple une
tige de Lithothamnium norvegicum Areschoug. Les branches
Fig. 2. — Coupe transversale d’une branche de Lithothamnium noi vegtcum mon trant la région centrale c, et la région périphérique tra\eisée par < es zones plus ou moins colorées limitées par des lignes colorées.
des Lithothamnium peuvent être étudiées aussi bien en coupe longitudinale axiale qu en coupe transversale, perpendiculaire
à l’axe.
Dans une coupe longitudinale, on voit les files cellulaires, qui composent le tissu, s’élever verticalement dans 1 axe de la
branche et s’épanouir en éventail vers la périphérie.
Par suite, sur une coupe transversale, on verra deux régions : au centre une région (c) dans laquelle les files axiales sont coupées perpendiculairement; il s ensuit que 1 on \oit les ce Iules avec un contour plus ou moins polygonal, une ré D ion périphérique correspondant à 1 épanouissement des fi| es cons taté dans la coupe longitudinale. C’est dans cette région peu
phérique qu’on peut étudier les caractères du tissu.
Dans les deux coupes le tissu se montre constitué par des files cellulaires distinctes; les cellules sont rectangulaires chez
le L. norvegicum. m ,
A un faible grossissement, le tissu se montre dix isé un couc les superposées montrant des colorations variables, ce son zones colorées que nous avons déjà vues dans les cioùtes.
PRINCIPAUX TYPES DE STUCTURE DES MÊLOBÉSIÉES
Je passerai en revue les principaux types de structure qui correspondent aux coupures génériques. La description anatomique des espèces sera donnée ailleurs, je me bornerai simplement ici à donner la liste des espèces que je range dans chacun des genres.
Tout d’abord on peut distinguer deux groupes dans les Mélobésiées :
1) Le groupe des Lithothamniêes caractérisé par la présence d’un hypothalle. Ce groupe comprend les genres Lithothamnium, Lithophyllum, Archæolithothamnium , Tenarea , Porolithon.
L’hypothalle est d’ailleurs plus ou moins développé; il arrive chez certaines espèces qu’il soit réduit par exemple à quelques files de cellules ; il peut enfin n’être représenté que par une seule assise de cellules obliques. Mais, même lorsqu’il est très réduit, on en retrouve encore la trace.
2) Un groupe comprenant les Melobesia et les Maslophora , dans lequel l’hypothalle n’est plus reconnaissable. Il est probablement représenté par l’assise basilaire de cellules, que rien ne différencie des autres cellules du tissu.
La réduction de l’hypothalle, qui est la règle de ce deuxième groupe et qui se présente chez certaines espèces du premier groupe, me parait résulter d’un phénomène de régression. On pouvait d ailleurs s’attendre à une structure plus simplifiée chez les Melobesia que chez les Lithothamniêes, car ils vivent sur d autres Algues et sont relativement protégés contre les agents extérieurs; ils sont d’ailleurs faiblement incrustés.
1 groupe : Lithothamniêes. — Des deux tissus, hypothalle et périthalle, c est 1 hypothalle qui m’a paru fournir les caractères les plus intéressants et les plus caractéristiques, c’est 1 hypothalle qui permet de distinguer facilement les deux grands genres Lithothamnium et Lithophyllum.
I 01 type de structure : Lithothamnium. — J’ai déjà étudié plus haut deux exemples de Lithothamnium. Je me bornerai à en résumer ici les caractères.
L hypothalle (fig. 1) est formé dans les croûtes de files horizontales lâches ou serrées; les cellules des files hypothal-
»| me P. LEMOINE. -
liennes sont presque toujours rectangulaires, plus rarement rectangulaires-ovoïdes. Le périlhalle est formé de files lâches dont les cellules sont généralement ovoïdes.
Dans les ti^es les files cellulaires sont lâches ou tout au
moins distinctes, les cellules sont souvent au même niveau, mais elles ne s’organisent jamais en rangées régulièrement
superposées comme chez les Lithophyllum.
Eniin le périthalle de la croûte ainsi que le tissu des branches est traversé par des zones de coloration variable (lig. 1 et 2), alternativement foncées et claires. Elles ont été considérées
Fig. 3. — Coupe verticale d’une croûte de Lithophyllum lichenoides constituée en grande partie par l’hypothalle h, dont les rangées sont régulièrement con-
centriques.
comme des couches d’accroissement du tissu; je ne lésai pas
retrouvées chez les Lithophyllum.
2 e type de structure : Lithophyllum. — Dans ce geme, comme dans le genre précédent, il convient d étudier les formes
en croûte et les formes en branches.
1 ° Espèce en croûte : Lithophyllum lichenoides■ du z les Lithophyllum en croûte, la structure est plus compliquée que < liez les Lithothamnium ; mais elle peut cependant y être rattachée.
Le tissu basilaire ou hypothalle est généralement bien dé\eloppé. Les cellules des files qui constituent cet hypothalle sont disposées au même niveau et s'organisent en rangées concentriques (fig. 3, 4); les cloisons des cellules se touchent et forment ainsi des raies colorées limitant des rangées cellulaiies. La disposition est par suite très caractéristique. Il suffit de
comparer les deux figures 1 et 3 pour se rendre compte de la différence dont il est question.
Les cellules sont toujours rectangulaires. Les files de l’hypothalle se ramifient; elles donnent naissance, comme dans le cas des Lithothamnium, à des files verticales qui constituent le péri thalle ; le passage des files de l’hypothalle à celles du périthalle se fait d’une façon très rapide, presque à angle droit. La limite des deux tissus est ainsi beaucoup plus nette, tandis qu elle n’est que fictive chez les Lithothamnium.
Le péritlialle est formé de files lâches de cellules rectangulai res peu colorées; il est d’ailleurs très peu développé chez cette espèce choisie comme exemple.
2) Espèces en branches : Lithophyllum byssoides. — Dans les espèces qui forment des branches, le tissu est le plus souvent constitué par l’hypothalle qui montre les mêmes caractères que dans la croûte. C’est ainsi que, chez le L. byssoides, le tissu des branches est constitué, en coupe transversale ou en coupe longitudinale, par des rangées concentriques de cellules rectangulaires, à parois claires, dont les cloisons se juxtaposent pour limiter les rangées concentriques; de la sorte, les cellules sont
à la fois disposées en files rayonnantes et en rangées concentriques.
Vers la partie périphérique du tissu il existe, chez certaines espèces, un péritlialle, différant du tissu médullaire, et généralement peu développé.
Les caractères du genre peuvent être résumés ainsi :
L liypothalle de la croûte est formé de rangées concentriques de cellules, séparées par des cloisons continues et colorées par les réactifs. Le péritlialle est formé, soit de files distinctes, soit de files juxtaposées; dans ce deuxième cas, les cellules s’organisent en rangées superposées. Les branches sont constituées par un tissu composé, au moins en grande partie, par des rangées concentriques de cellules, ayant les mêmes caractères que l’hypothalle de la croûte.
Enfin, d’une manière générale, les cellules des Lithophyllum sont rectangulaires, leurs parois sont claires et montrent des pores qui font communiquer les files entre elles. Il n existe jamais dans le tissu des zones diversement colorées comme c est
F. GAGNEPAIN.