‹ Essai de Classification des Sérums: Étude Expérimentale de Leur Action sur l'Infection PyocyaniqueChapitre 17 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sérums toxiques (1).

Plusieurs auteurs se sont occupés de déterminer le pouvoir toxique du sérum sanguin.

Rummo et Bordoni (in Riforma Medica, 1889) ont, en pratiquant des injections intra-veineuses chez le lapin, trouvé les toxicités suivantes pour un kilogramme d'animal :

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Les chiffres fournis par d’autres auteurs sont un peu diffé-

rents (2).

D'après MM. Mairet et Bosc la toxicité du sérum humain varie de 12,5 à 18 cc., soit en moyenne 15 ce.

M. le D' Roger a constaté avec M. Cadiot, que le sérum du cheval n’est pas toxique pour le lapin ; on peut injecter 40 à 45 cc. sans produire aucun trouble.

Les phénomènes]déterminés par les injections de sérum humain ou defsérum du sang d'animaux atteints de maladies

(1) Voy. sur cette question le remarquable article de M. RoGer dans le Traité de pathologie générale, tome I, p. 769, Les Intoxications.

(2) Voy. CHarRix, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1890, p. 697. — LEGLAINCHE et RÉMOND, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1893, p. 103. — Muret et Bos, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1894.

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infectieuses (charbon, choléra des poules, rouget) ont été longuement décrits par G. Rummo et L. Bordoni (1).

Urémie. — Si dans l’urémie les poisons ne s’éliminent pas etsils s'accumulent, le sang, le sérum et les tissus doivent devenir plus toxiques. C’est ce que l’on constate en effet ; quelques expériences, celles de M. Charrin entre autres, établissent la réalité de ce fait (2); elles établissent aussi que la toxicité dépend en grande partie des albumines ; cet auteur a, du reste, constaté le même fait dans les maladies du foie, de l'intestin, etc. Dans l’urémie, Charrin a vu la toxicité aller de 3, de 4 ce. à 10, 15, c’est-à-dire aller de 3 à la normale, qui, pour cet auteur est de 14, et non 24, comme on le lui prête d’après une expérience ancienne reclifiée par lui-même.

Eclampsie puerpérale. — Le sang des éclamptiques est plus toxique que normalement, tandis que l'urine l’est beaucoup moins.

Cette hypertoxicité du sang, signalée par Rummo, a été mise en évidence par les expériences de MM. Tarnier et Chambrelent (3).

Ces résultats ont été confirmés par plusieurs auteurs, notamment par M. Massion (4).

MM. Tarnier et Chambrelent ont établi que la toxicité du sérum des éclamptiques oscille entre 3 et 6 cc. au lieu de 10 ce., qui est le chiffre normal. De ces résultats obtenus les auteurs ont pu tirer des déductions cliniques et pratiques d’un très haut intérêt : ils ont montré que, malgré la gravité

(1) G. Rummo et L. Borpont, Riforma medica, 28 et 29 octobre, 11 et 12 novembre 1889.

(2) CHARRIN, Toxicilé du sérum du sang dans l’urémie. Atténuation des poisons de l'organisme. Archives de physiologie, janvier 1892.

(3) TARNIER ét CHAMBRELENT, Toxicité du sérum sanguin chez les femmes atteintes d’éclampsie puerpérale. Annales de gynécologie, novembre 1892.

(4) MassioN, De la toxicité du sérum, Thèse de Bordeaux, 1893.

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manifeste des symptômes, le pronostic est favorable si le sérum est peu toxique; par contre ils ont vu se terminer par la mort des cas, en apparence peu graves mais dans lesquels le sérum était très toxique.

Toxicité du sérum sanguin dans les affections cutanées. — Quinquaud a montré que le sérum était toxique.

1° Dans les affections cutanées d’origine rénale.

2° Dans les affections cutanées coïncidant avec de l’albuminurie ; on constate que le sérum est le plus souvent hypertoxique, mais on peut le trouver normal ou hypotoxique.

3° Dans toutes les dermatites avec grande exfoliation ; la toxicité du sérum augmente dans les premières phases de leur évolution et diminue dans la convalescence.

4° Dans le pemphigus aigu ; dans les pemphigus cachectiques, il y a hypotoxicité ou toxicité normale.

5° Dans les érythèmes infectieux.

6° Dans l’eczéma généralisé surtout, il y a hypertoxicité au moment des poussées aiguës, puis hypotoxicité. On peut observer une véritable courbe de toxicité.

Quinquaud a extrait des substances du sérum sanguin ; l'une retirée des pemphigus cachectiques est peu toxique, mais elle fait maigrir, elle cachectise jusqu'à la mort.

Dans les pemphigus aigus, il a trouvé une substance extrèmement toxique qui tue à la dose d'un demi-milligramme par arrêt du cœur en diastole (1).

Toxicité du sèrum du sang dans la pneumonie (2). — La toxicité varie suivant les diverses périodes de la maladie

(1) Voy. QuinquauD, Des variations de la toxicité du sérum sanguin dans les affections cutanées. Société de dermatologie et de syphiligraphie, 18 mai 1893, Revue générale de clinique et de thérapeutique, no 21, 1893.TENNESON a confirmé les résultats obtenus par Quinquaud.

(2) CHARRIN et ROGER, Toxicité du sérum du sang dans la pneumonie. Société de Biologie, 1891.

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(acmé, défervescence, guérison) et les oscillations qu'elle présente sont loin d’être constantes (1).

Aliénation mentale. — De nombreux auteurs ont étudié la toxicité du sérum dans les diverses formes d'’aliénation mentale.

Les résultats obtenus par ces différents expérimentateurs sont assez concordants.

D'après d’Abundo (2), la toxicité du sérum est moins marquée que normalement dans les cas de dépression et de stupeur, par exemple dans Pidiotie, l’imbécillité, après les accès épileptiques ; elle est augmentée s’il y a excitation, comme dans la manie, la folie pellagreuse : elle est diminuée dans la lypémanie, mais elle augmente lorsqu'il y a des périodes d’agitation. La toxicité est très élevée dans la paralysie générale, elle tombe au-dessous de la normale pendant les périodes de calme. |

MM. Régis et Chevalier-Lavaure (3) ont constaté que le sérum et lPurine présentaient en général des variations en sens inverse: dans les cas d’excitation, l’urine était moins toxique et le sérum l'était plus que normalement ; on observait le contraire en cas de dépression.

Mairet et Bos, Dubois et Weil, de Bæck et, Slosse, Brugia (4) ont étudié la toxicité du sérum et de l’urine dans les diverses formes d’aliénation mentale.

(1) L. Prcozini et A. Conri (de Crémone), Toxicité du sérum sanguin et de l’urine dans la pneumonie. Onzième congrès international des Sciences médicales, tenu à Rome du 29 mars au 5 avril 1894.

(2) G. n'ABUNDO, Action toxique du sang des aliénés (Riv. sp. difren, t. XVIII, fasc. 2, 1892. Revues analytiques, in Archives de Neurologie, 1893, p. 252).

(3) CHEVALIER-LAVAURE, Des auto-intoxications dans les maladies mentales. Thèse de Bordeaux, 1890. —E. REGis et A. CHEVALIER-LAVAURE, Des auto-intoxications dans les maladies mentales. Quatrième Congrès de médecine mentale, tenu à La Rochelle du 1er au 6 août 1893. — Id. Archives clin. de Bordeaux, 1893, nos 10 et 11. ù

(4) Cités par M. ROGER, in Intoxications p. 812.

RG NR Dans l’épilepsie la question a été étudiée par MM, Deny et Chouppe, Féré, Voisin et Péron.

Rummo et Bordoni ont étudié la toxicité du sérum dans la fièvre typhoïde. | Au cours des supppurations, Nissen (1) a constaté que le sérum stérilisé empoisonnait la souris. Enfin, pendant les accès des névroses parozystiques, le sang et l'urine renferment, d’après Chiaruttini (2), des alcaloïdes qui produisent des troubles respiratoires, de la tachycardie, de la polyurie, des contractions intestinales : la mort survient au milieu des con-

vulsions.

On a pu encore établir l'augmentation de la toxicité du sérum dans les cas de brûlures (3); et surtout à la suite de l’extirpation du corps thyroïde. D’après Ughetti, Mattei, Rogowitch (4), la transfusion du sang de chien thyroïdectomisé ne produit rien chez un chien normal, mais provoque un tremblement continuel et entraîne rapidement la mort chez un animal dont on vient d’extirper le corps thyroïde. M. Gley a constaté qu'après la thyroïdectomie le sang n'était pas plus toxique qu’à l’état normal, mais qu’il acquérait la propriété de produire des contractions fibrillaires caractéristiques. Fano et Lando (5) ont vu que les troubles s’amélioraient quand on pratiquait une saignée et qu’on injectait ensuite de l’eau

salée ou du sang normal.

(1) Deutsche medicinische Wochenschrift, p. 29, 1892.

(2) CHIARUTTINI, « Ricerche sulle ptomaïne nelle nevrosi accessuali ». La Riforma medica, 1898, t. II, p. 687.

(3) KIANICINE, De la cause de la mort à la suite des brülures étendues de la peau. Archives de médecine expérimentale, 1894, p. 781.

(4) Traité de pathologie genérale (Intoxications).

(5) Ibid.

Le sérum d’intoxiqués et l'infection.

J'ai entrepris différentes expériences avec des sérums empruntés à des épanchements séreux du péritoine ou de la plèvre ou au sang de malades urémiques.

ExPÉRIENCE |.

… Le 25 février 4895, un lapin 1, pesant 1 kil. 710, reçoit 2 centimetres cubes de culture pyocyanique faible.

Un lapin 2, pesant 2 kil. 1430, reçoit aussi 2 centimètres cubes de cette même culture, et en outre 5 centimètres cubes de liquide d’ascite séreuse.

Le 27 février, mort du lapin 2.

Le 28, mort du lapin 4.

ExPÉRIENCE Il.

Le 13 mars 1895, un lapin 3, pesant 1 kil. 710, reçoit À cc. 5 de culture pyocyanique dans les veines.

Un lapin 4, pesant 1 kil. 840, reçoit également 1 cc. 5 de cette culture, en outre, en même temps, 5 centimètres Cubes du sérum d’une femme grosse urémique.

Le lapin 4 meurt le 22 mars.

Le lapin 3, 2 jours après.

Expérience Il.

On inocule le 43 mars, un lapin 5, du poids de 1 kil. 710.

On inocule également un lapin 6, du poids de 1 kil. 740, avec une égale dose de culture pyocyanique.

On injecte à ce lapin 6, 5 centimètres cubes du sérum d’une femme grosse albuminurique.

Le lapin 6 succombe le 22 mars.

Le lapin 5, le 26 du même mois.

Expérience IV.

Le 26 avril 4895, on inocule avec la même dose de virus pyocyanique, deux lapins 7 et 8, pesant respectivement : le premier 1 kil. 370 et le second 1 kil. 490.

Le lapin 8 reçoit, en outre, 5 centimètres cubes de-liquide de pleurésie séreuse.

Le lapin 8 meurt le 28 avril.

Le lapin 7, seulement le lendemain, c’est-à-dire le 29.

ExPÉRIENCE V.

Le 27 avril, on inocule avec une dose égale de virus pyocyanique, 2 lapins.

Le lapin 9, pesant 1 kil. 820, reçoit seulement la culture,

Le lapin 10, pesant 4 kil. 520, recoit en outre 5 centimètres cubes de liquide de pleurésie séreuse.

Le lapin 410 meurt le 30 avril.

Le lapin 9 succombe seulement le 4° mai.

J'ai répété plusieurs fois l'expérience avec le sérum de pleurésie séreuse. J'ai toujours obtenu ‘des résultats de même sens, c’est-à-dire que les animaux qui recevaient outre la culture ce sérum succombaient plus rapidement que les animaux témoins.

De ces différentes expériences il est sans doute permis de conclure que ces sérums de provenances diverses paraissent aggraver et accélérer la marche de l'infection.

Comment expliquer ce rôle d'aggravation ou d'accélération joué par le sérum emprunté à divers malades ?

Ces sérums de malades ne sont autre chose que des dilutions de poisons. Or, on sait, spécialement par les travaux de Bouchard, par les expériences de Charrin et Duclert (L),

(1) Mécanisme de l'influence des substances toxiques sur l'infection par MM. Duccerr et CHARRIN. Académie des sciences, 30 juillet 1894.

que si on ajoute une intoxication organique à une infection, cette infection est aggravée (1).

Ces auteurs ont en effet vu que chez des animaux empoisonnés, la gravité du mal tenait, non à une augmentation d'activité des microbes mais à un accroissement de nombre. Or, on sait que, pour les virus, la quantité importe, — M. Bouchard a placé ce fait en lumière, en se servant du bacille pyocyanique.

Ce savant, M. Charrin avec lui, ont même reconnu que cet accroissement de nombre dépendait de l’affaiblissement des cellules chargées de la défense, plus encore que de leur diminution de nombre. |

Ces cellules phagocytaires, altérées par les poisons introduits, fonctionnent moins énergiquement ; elles détruisent moins de germes, surtout dans les instants qui suivent l’inoculation.

C’est sans doute de cette manière qu’il faut envisager l’action de ces sérums provenant de malades. Et l’on peut dire qu’à l'infection vient se surajouter une intoxication.

Il y a là vraisemblablement des effets vaso-moteurs, en dehors de ces actions cellulaires, effets vaso-moteurs qui, en resserrant les vaisseaux (faits de MM. Bouchard, Gley, Charrin) s'opposent à la libre sortie des sérosités bactéricides, des leucocytes phagocytaires.

(1) Voy. Influence des injections de divers sérums sur l'infection, par L. MEYER. Comptes rendus de la Soc. de Biol., 29 juin 1895.

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