ANALOGIES ET DIFFÉRENCES
I n'est certes pas facile d’expliquer l'action des sérums soit qu'on s'adresse aux sérums artificiels, normaux ou de vaccinés.
M. Charrin qui a poursuivi avec M. le Dr Cassin de très nombreuses expériences sur cette intéressante question a été conduit à penser qu'il est possible d'empêcher ou tout au moins de retarder la mort des animaux contaminés par des toxines, en utilisant simplement des solutions minéralisées, appelées à tort sérums artificiels, puisqu'il n’y à pas d’albumines, pas de sérine, pas de globulines, éléments si actifs.
Il est inutile d'ajouter qu'on n'obtient pas des résultats aussi satisfaisants qu'avec les humeurs des animaux vaccinés ; quoi qu'il en soit, les survies, en tenant compte il est vrai, de l'emploi de virus atténués ou de poisons médiocrement abondants sont à retenir.
Il ne s'agit pas là de purs effets de /avages ; car avec des quantités minimes, par exemple, 1, 2 ou 3 centimètres cubes de ces solutions minéralisées, déposées sous la peau, on peut réussir, c'est-à-dire obtenir des survies notables ; il y a plus,
(1) Voy. sur cette question : RoGER, Rôle du sérum dans l’atténuation des virus, Revue générale des sciences, 30 juin 1891. — H. RoGer, Etude sur le rôle du sang dans la résistance aux infections. Archives des sciences médicales, janvier 1896. — NicoLas, Pouvoir bactéricide du sérum antidiphtérique. Thèse, Lyon, 1895. — H. RoGER, Le pouvoir atténuant du sérum, Presse médicale, 1896
PO 2 si au lieu de s’en tenir à certaines doses, on veut les dépasser, on s'expose à faire du mal (Charrin).
Ces composés augmentent l’activité des propriétés humorales nuisibles aux germes; ils font varier l’urée, les déchets, les élèvent si on emploie des doses faibles, les abaissent avec de grosses quantités (Charrin et A. Desgrez, inédit) ; en changeant, en modifiant profondément la constitution des plasmas, ils 2n/luencent la dialyse (4).
On sait qu’en étudiant les propriétés osmotiques des divers corps, on constate que les uns se diffusent plus ou moins facilement, quoique inégalement à Hravers les membranes, tandis que les autres ne se diffusent qu'avec une extrême lenteur ou pas du tout.
Or la dialyse, phénomène d'ordre purement physique qui met en présence deux forces distinctes cristalloïdes et albumainoïdes, n'a pas cette simplicité dans les phénomènes d’échanges incessants que provoque /4 vie: l’électrogénie (Béraud et Robin), le coefficient de saturation, l’imbibition osmotique des tissus interviennent ; outre ces facteurs multiples, il y a des états chimiques indéfinis, insaisissables qui sont le propre, l’attribut spécifique de la matière vivante et qui pour l'heure présente échappent à l’analyse.
« L’immense édifice moléculaire qui correspond à un corps albuminoïde, ne se tient debout que par la force de la 2e; or, cet état dynamique des atomes s’écroule dès que le chimiste y porte la main. Comment dès lors en fixer la nature » ? (Cassin.)
En abordant l’étude de la dialyse dans les tissus vivants avec cette conception, on voit vite à quels résultats illusoires et arbitraires l’expérimentation in vitro peut conduire en se
(1) Pour cette question de dialyse j'ai fait de très larges emprunts à un mé-
moire inédit de MM. Charrin et Cassin.
servant de membranes animales mortes, de substances albuminoïdes en voie d'altération, elle ne peut aboutir qu'à des données très imparfaites ; d'autant plus imparfaites, ajoutent MM. Cassin et Charrin, que le liquide témoin de la dialyse est ordinairement l’eau, alors que dans nos tissus, nos humeurs, les échanges qui se font à travers les enveloppes cellulaires ont toujours lieu entre des albuminoïdes fluides vivants.
La question est très complexe, comme on le voit; MM.Charrin et Cassin se sont teñus à ce point très précis et restreint qui est le suivant: si on plonge dans une {oxine une vessie de baudruche contenant une solution saline physiologique, quelles sont les modifications qui se produisent dans les deux liquides? Ce problème comporte 3 termes principaux : 4° la toxine, 2 la membrane, 4 la solution physiologique, auxquelsse rattachentdes conditions contingentes comme la constante thermique et l’asepsie parfaite du milieu ; d’autres plus délicates, telle que la valeur du dialyseur.
L'idéal serait d'employer des membranes séreuses enlevées à des animaux récemment sacrifiés ; MM. Charrin et Cassin l'ont tenté sans succès.
Du résultat de longues et minutieuses expériences démontrant l'adresse et la sagacité des auteurs, il a été permis d'entrevoir, dans une certaine mesure, l’action, le rôle que doivent jouer dans l’économie ces processus de dialyse, qui se réalisent à {out instant au travers des séreuses, de l'intestin, à la périphérie de chaque cellule, là où se trouvent des coques réelles où des épaississements protoplasmiques, etc., etc., et qui sont, ainsi que M. Charrin l’a parfaitement démontré, des modificateurs très énergiques des toxicités.
Quant à l'action du sérum antitoxique, on suit que dans son premier travail, publié en 4890 avec la collaboration de Kita-
ÉNpre
sato, Behring a mis en évidence la neutralisation complète du poison tétanique par l’antitoxine el cela 2n vitro.
D’après ces recherches, il y aurait dans ce cas une action chimique spéciale, mystérieuse, qui rendrait Ja toxine tétanique inoffensive, quand on la mel en présence de l’antitoxine.
Au cours de travaux ultérieurs, Behring a constaté qu'un mélange de sérum et de toxine inoffensif pour un cobaye normal, pouvait produire des accidents graves et même la mort sion injeclait ce mélange à une espèce plus sensible ou à un cobaye dont on aurait fait fléchir la résistance par des inoculations antérieures de toxines ou par une saignée, par l’inanition, etc.
La théorie de la neutralisation du poison tétanique par son antitoxine, a depuis longtemps entraîné des protestations de la part de Büchner (1).
Cet expérimentateur prétend que le mélange de loxine et d’antitoxine, loin de constituer une destruction ou une neutralisation du poison, laisse ces deux corps intacts lorsqu'ils sont en présence l’un de l’autre. Et si l’on constate une certaine innocuité du mélange on doit l’attribuer à l’action rapide du sérum sur l'organisme ; l'animal serait rendu réfractaire par l’action du sérum qui agit sur ses cellules et rend ces dernières insensibles à l’action de latoxine. En un mot lout se réduirait à un procédé d’immunisation rapide.
Pour mettre ce fait en lumière, Buchner a préparé un mé- Jlange de toxine et de sérum antitétanique : il sera par exemple sans action sur la souris blanche.
Il injecte un mélange identique à une espèce plus sensible
(1) Voy. Bucaxer, Le mode d'action des sérums antitoxiques. Berlin. klin. Wochensch., 1894, n° 4, p. 73 et Gazelte hebdomadaire de médecine et de chirurgie, n° 10, 1894.
au tétanos, à un cobaye, et constate chez cet animal des symptômes graves d'intoxication télanique.
Si les affirmations de Behring étaient exactes, dit Buchner, l'injection devrait être inoffensive, même pour des cobayes : or, on constate le contraire. {7 conclut de ses expériences, que le poison n'est pas détruit et que dans le mélange, la toxine et l'antitoxine restent sans action l'une sur l'autre et agissent indépendamment sur l'animal auquel on les injecte.
Les expériences de Büchner infirment-elles le principe de la neutralisation du poison par l’antitoxine ! 1l est bien difficile, dans l’état actuel des connaissances de répondre à cette question. D'ailleurs Behring n'a jamais prétendu que la neutralisation füt complète et correspondiît exactement à un mélange d’alcali et d'acide.
Il est possible sans doute d'admettre une neutralisation partielle, en quelque sorte relative ; car il est juste de dire que nous ne possédons pas de réactif nous permettant de déceler la toxine et l’antitoxine, puisque leur nature chimique nous est totalement inconnue.
Ajoutons que les animaux vaccinés contre les venins des serpents posséderaient un sérum qui a des propriétés antitoxiques certaines ; en chauffant le mélange, la chaleur détruit l’antitoxine et le mélange redevient actif (Calmette). On serait donc parvenu à faire reparaître d’un mélange de poison et d’antitoxine, le poison pur.
Les sérums incitent les cellules ; le sérum antitoxique du tétanos et de la diphtérie agit sur les phagocyles de la même façon que le sérum bactéricide des autres maladies infectieuses, qui ne protège que contre l'infection par les bactéries vivantes.
Ils incitent le système nerveux à la défense, à la lutte.
Des travaux de MM. Bouchard et Charrin tendent à établir